Merci à tous les trois pour vos commentaires :)
Chapitre 8
- Vous avez vu une femme ? reprit Castle.
- Pas vraiment, en fait elle était assise à l'arrière. J'ai juste aperçu des jambes de femme, répondit l'homme.
- Des jambes de femme ? demanda Rick, cherchant à mieux comprendre.
- Oui, vous savez, plutôt fines et …
- Je sais ce que sont des jambes de femme, merci ! lança Castle.
- Comment avez-vous fait pour voir ses jambes ? précisa Kate.
- La portière arrière était ouverte, et les jambes de cette femme dépassaient.
- Quel âge selon vous ?
- Je ne sais pas …, moins de quarante ans je dirais, mais vous savez ça fait un bail que je n'ai pas vu les jambes d'une jeune femme ! sourit-il.
- Qu'a-t-elle dit au petit ?
- Un truc comme « Viens, on y va » ou « Allons-y ».
- Elle l'a appelé par son prénom ? demanda Beckett.
- Pas entendu.
- Et l'homme ? continua-t-elle.
- Pas vu d'homme.
- Le petit ? Il est monté comme ça ? Sans rien dire ? s'étonna Castle.
- Oui, il m'a juste regardé. Je me suis dit qu'il devait lorgner sur mes hot-dogs. Les gamins adorent !
- La voiture ? Couleur ? Marque ? interrogea Beckett, enchaînant les questions avec une rapidité qui déstabilisait un peu son témoin de fortune.
L'homme se gratta la tête, essayant de se souvenir de quelque chose.
- Couleur foncée. La marque, je ne sais pas.
- Bien. Merci pour votre coopération. Je vous demanderais de rester dans les parages quelques temps au cas où.
Rick et Kate s'éloignèrent pour rejoindre la voiture, tout en partageant leurs réflexions.
- Des jambes de femme ? Tu crois qu'on a affaire à un transsexuel ?
- Castle …, soupira Kate, blasé , je doute qu'on ait affaire à un transsexuel. Je sais que Gates t'a autorisé, bizarrement, à émettre des théories farfelues, mais essaie de faire un tri initial avant de me les soumettre …
- En tout cas, ça ne concorde pas du tout avec le profil de notre DrSweets …, continua Castle, le tueur pourrait être une femme ?
- Je ne pense pas : une femme n'aurait pas eu la force nécessaire, et la strangulation … ça n'est pas très féminin comme mode opératoire.
- Hum …, peut-être une haltérophile, catcheuse, championne de kick-boxing …, énuméra Rick, se laissant emporter par ses idées loufoques.
- Elle était assise à l'arrière, il y avait forcément quelqu'un qui conduisait, Castle. Sans doute l'homme que Jason a pris pour son père, continua Kate sans prêter attention aux délires de Rick.
- On chercherait alors un couple, ou deux tueurs fonctionnant en équipe.
- Mari et femme, père et fille, suggéra Kate.
- Ou mère et fils …, ajouta Castle, ma mère m'aiderait sûrement si j'avais quelqu'un à assassiner. Et Alexis m'a déjà dit que si elle commettait l'irréparable, elle compterait sur moi pour l'aider à cacher le corps !
- Alexis t'a dit ça ? demanda Kate, éberluée, mais dans quelle famille de dingues je suis tombée !
Rick sourit, car il savait qu'elle l'aimait cette famille de dingues, dont elle était maintenant officiellement membre à part entière. Ils montèrent en voiture, et Beckett appela Shaw pour lui transmettre l'information.
- En tout cas, ça risque de ne pas plaire au Dr Sweets qu'on détraque tout son profil, déclara Castle alors que Beckett démarrait.
- Le Dr Henton, Castle ! Si tu continues à l'appeler comme ça, tu vas te faire taper sur les doigts par Shaw…, soupira-t-elle en souriant.
West Village, New-York
Enfermée dans sa chambre, elle était assise en tailleur sur son lit. Les écouteurs enfoncés dans les oreilles, elle écoutait sa musique, balançant la tête en rythme. Au retour de la messe, elle s'était hâtée de retirer ses vêtements trop solennels à son goût pour revêtir son vieux jogging et un tee-shirt. Elle se souvenait comme, petite fille, elle aimait garder sa jolie jupe en velours, son chemisier blanc, et sa médaille de baptême toute la journée du dimanche. C'était le seul jour de la semaine où elle en avait la permission. Mais la petite fille en elle était morte depuis bien longtemps maintenant. Au cours de l'office, le père Daniels avait lu une prière pour Braiden. Les mots résonnaient encore dans sa tête.
« Seigneur, accueille Braiden comme un père accueille en sa maison ; donne-lui le bonheur Dieu, notre Père, comme un ange parmi les bienheureux. Tu sais combien nous sommes tristes à cause de cet enfant qui nous a quittés : Donne à ceux qui pleurent son départ de croire fermement qu'il est auprès de Toi. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. »
Elle avait prié, mais elles ne croyaient plus aux anges. Il n'y avait là-haut, auprès du Saint-Père, que des cadavres décharnés. Dans l'assistance, l'émotion avait été vive, et beaucoup de larmes avaient coulé quand le père Daniels avait évoqué l'espérance dans laquelle la communauté se trouvait suite à la disparition du petit Jason. A la sortie de l'église, les rumeurs avaient été commentées, discutées. Certains disaient qu'on ne savait pas si Jason était mort, puisque les médias n'en avaient rien annoncé. Mais il l'était, elle le savait.
Elle attrapa son ordinateur, le prit sur ses genoux, et tapota sur le clavier. Elle relut le message qu'elle connaissait déjà par cœur. C'était lui. Le souvenir de ses bras puissants, de la violence de ses assauts, de sa bouche dévorant la sienne, la fit frémir. Elle aimait être cette chose qui faisait naître en lui cette pulsion qui le ravageait. Elle se jouait de lui avec son sourire et son regard aguicheur. Elle n'avait pas besoin de le toucher, s'offrir à lui, se laisser prendre suffisait. Il pensait la contrôler, mais c'était elle qui maitrisait la relation. En échange, docilement, il lui permettait de temps en temps de retrouver l'innocence de la petite fille qu'elle avait été. C'était tout ce qui importait.
Elle ne voulait pas lui répondre, pas tout de suite. Il fallait qu'il soit patient.
- Chérie ? appela sa mère en frappant trois petits coups à la porte de la chambre.
Elle n'entendit pas. Sa mère tambourina de plus belle, et ne recevant toujours pas de réponse, finit par entrer.
- Maman ! Tu ne peux pas frapper ? hurla-t-elle en retirant ses écouteurs d'une main, et fermant rapidement son ordinateur de l'autre.
- J'ai frappé, mais tu n'entends rien avec ta musique. Il pourrait y avoir un drame qui se joue dans le salon et tu ne réagirais même pas.
- Un drame …., qu'est-ce qui pourrait bien se passer ? Papa qui tâche la nappe du dimanche avec ton potage ? râla-t-elle, sarcastique.
- Viens déjeuner. Tes grands-parents sont arrivés. Et habille-toi correctement, s'il te plaît.
- Maman …, j'ai pas envie …
- Allez dépêche-toi un peu. Et cesse de prendre cet air agacé. Il y a pire que de devoir partager un repas en famille. Pense à ces pauvres petits garçons et leurs parents.
- Ouais, j'y pense … J'arrive, mais sors de ma chambre.
A contrecœur, elle se changea, et gagna la salle à manger.
Ecole St Luke, West Village, New-York.
Ils s'étaient garés sur Hudson Street, devant la grille de l'école. C'était une grande bâtisse de briques rouges, datant de 1945 comme l'annonçait le panneau, flanqué de l'emblème de St Luke, un taureau ailé blanc sur fond azur. L'entrée était ombragée, des arbres s'échelonnaient le long du trottoir. La grille de fer forgé noir était relativement étroite, et Rick imagina facilement les bousculades des enfants aux heures de sortie. Aujourd'hui, le ruban jaune des forces de police en barrait l'accè -delà de la grille, on apercevait la statue de la Vierge Marie qui devait accueillir les enfants tous les matins. Ils longèrent le mur, et contournèrent l'école sur Christopher Street. De ce côté-là, un grillage cachait la cour aux regards des passants. On y distinguait malgré toutdes jeux, toboggan et cage à écureuil.
Kate pensait que quelqu'un avait pu se garer à l'angle d'Hudson et Christopher Street, à l'abri des regards de la foule se pressant devant la grille, et avait héléBraiden par son prénom. Il y avait quoi, quinze mètres à peine, entre l'angle de la rue et la grille où le garçon attendait sa sœur. Il avait pu venir à la rencontre de celui ou celle qui l'appelait, et monter en voiture, sans que personne ne le voie ou ne trouve cela étrange. De l'autre côté de la rue, plusieurs commerces, fleuriste, coiffeur, café, pizzeria … Tous les riverains de ce quartier plutôt paisible aux allures de village avaient été auditionnés. Personne ne se souvenait avoir vu ou entendu quoi que ce soit d'anormal. Kate s'étonnait qu'aucun adulte n'ait vu un si jeune garçon seul dans la rue. Mais Castle lui avait fait remarquer que, d'après sa grande expérience des sorties d'école, quand un parent vient chercher son rejeton, il ne se soucie que de retrouver sa chère petite blonde, et ne s'occupe pas forcément de ce qui se passe autour, surtout s'il y a du monde.
Braiden avait sûrement suivi son ravisseur de son plein gré. Du haut de ses cinq ans, il avait eu confiance : c'était donc une connaissance, ou du moins quelqu'un qu'il avait déjà pu croiser, et qui lui inspirait de la sympathie. Une femme peut-être.
Adossée à un arbre, derrière le cordon de sécurité jaune, Kate était perdue dans ses réflexions. Rick s'était éloigné quelques minutes pour aller leur acheter des sandwichs de l'autre côté de la rue. La sonnerie de son téléphone interrompit le fil de ses pensées.
- Hey, Ryan, répondit-elle.
- Beckett, on a visionné les vidéos des caméras sur Central Park West mais …, commença Ryan.
- On ne voit pas le type ? le coupa Kate, impatiente.
- On l'aperçoit, mais même en zoomant, ça reste flou. Sur 90% des images, il est caché par un bus : les touristes mettent un temps fou à descendre. On voit le petit qui court vers l'inconnu, se fraye un passage parmi les badauds, et puis plus rien. Le gars a largement eu le temps de l'embarquer.
- Et sur les 10 % des images restantes ?
- Le mec est de dos, ou le visage baissé. Il porte un jean, une veste de jogging, et une casquette bleue des Yankees. Pas de femme à proximité de la voiture ou du vendeur de hot-dogs.
- Et la voiture ? continua Beckett avec un petit espoir.
- Une Chrysler noire, berline classique. Mais les plaques étaient dissimulées. La matrice est en train de nous trouver le modèle, et de comparer avec la base de données du FBI. Mais sans les plaques, ça va être compliqué.
- Autre chose ?
- Oui, la voiture s'est garée cinq minutes avant que les gamins sortent du musée. Il n'était pas là par hasard.
- Donc, il savait que la visite avait lieu, il savait à quelle heure elle prenait fin, et que Jason y serait. Il voulait Jason, pas un autre garçon. Et pour St Luke ? On a des vidéos ? demanda-t-elle tout en jetant un œil autour d'elle à la recherche d'éventuelles caméras.
- Non, rien.
- Dis-moi, Kevin, à quelle école allait Jason Miller ?
- Ste Ann, à Brooklyn, c'est à quelques pâtés de maison de là où il habitait, à Cobble Hill. Pourquoi ? demanda Ryan, intrigué.
- Les deux garçons fréquentaient des écoles privées. Je ne sais pas si ça a un lien, mais parles-en à Shaw s'il te plaît, histoire de vérifier que son tableau magique n'ait pas oublié ce détail.
- Ok.
- Et Wade et Clayton ils en sont où ?
- Oh, Laurel et Hardy ? Ils font … des trucs de fédéraux. Ils s'amusent avec leurs joujoux …
- Demandez-leur de comparer leur liste de délinquants sexuels avec celle des membres des communautés religieuses de West Village et Brooklyn.
- Chouette, ça va leur donner du boulot pour un petit bout de temps ça !
- Et Shaw ? demanda Kate, tout en attrapant le sandwich que lui tendait Rick, et le remerciant d'un sourire.
- Avec le Dr Henton, ils auditionnent de nouveau les familles à propos de cette mystérieuse femme. On fait le compte-rendu à Gates et on vous rejoint au parc Greenway.
Kate raccrocha. Ils s'assirent sur un banc, côte à côte, à l'ombre des arbres, pour prendre le temps de manger. Ellecroqua à pleines dents dans son sandwich, sous le regard amusé de Rick.
- Tu avais faim, on dirait, sourit-t-il.
- Oui, pas eu le temps de déjeuner ce matin …, répondit-elle la bouche pleine.
- On n'a pas eu le temps de grand-chose à vrai dire. Avec cette affaire, c'est un retour sur les chapeaux de roue ! … Malheureusement …, se reprit-il, son enthousiasme s'effaçant d'un coup.
- Il faut qu'on ait trouvé quelque chose avant ce soir, Castle.
Kate avait pris son air inquiet. Elle savait qu'il leur restait probablement un peu de temps, le reste de la journée, pour avoir une véritable piste, mais que dès lundi, chaque seconde serait un supplice. Rick la sentait épuisée, mais il eut été inutile de le lui faire remarquer. Il n'était, de toute façon, pas question pour elle de se reposer deux minutes. Il avait déjà, à sa grande surprise, réussi à la convaincre de s'arrêter de courir quelques instants pour déjeuner. Toute la matinée, leurs esprits avaient été tendus vers un seul objectif : trouver une piste pour dénicher ce psychopathe. Stimulés par l'adrénaline, ils n'avaient pas eu le temps de cogiter. Mais maintenant qu'ils étaient assis, les images des petits corps inertes leur revenaient en tête. Pour chasser ces idées noires, Ils avaient besoin l'un comme l'autre de revenir au concret de l'enquête.
- Le gars a quand même eu un sacré coup de chance que les Miller se soient mal compris pour récupérer Jason, commenta Rick, tout en mâchouillant.
- Oui …, si l'un des parents s'était montré, il aurait sûrement renoncé ou reporté l'enlèvement.
- Ils vont s'en vouloir pour le reste de leur vie, et se le reprocher mutuellement … Ils ne s'en remettront pas.
- Ils ont l'air très croyants, la foi peut les aider. A chacun sa bouée de secours, hein ? sourit-elle en lui donnant un petit coup d'épaule complice.
- Me voilà réduit à l'état de bouée … Tu dis ça parce que j'ai pris du ventre ou bien … ? demanda Rick en tâtonnant sous sa chemise.
Ils rirent tous les deux de bon cœur, avant de retourner à leurs réflexions. L'un comme l'autre savait que l'amour, la patience, la compréhension, l'aide bienveillante de Rick avaient été la bouée de secours de Kate ces dernières années, lui permettant de garder la tête hors de l'eau quand ses vieux démons refaisaient surface.
- Que peut-il avoir dit à Braiden pour qu'il renonce à attendre sa grande sœur ? reprit Kate.
- Ou elle …
- Oui …
- Il,ou elle, a pu inventer une histoire bidon, du style « ta sœur sera en retard, alors tes parents m'ont demandé de te ramener ».
- Ce qui nous conforte dans l'idée que Braiden connaissait la personne avec qui il est parti.
En deux bouchées, Kate acheva son sandwich, et se leva, prête à repartir.
- Allez, hop en route Castle. Espo et Ryan vont nous attendre.
- Mais j'ai pas fini ! ronchonna faussement Rick, en s'empiffrant de ce qui lui restait de sandwich.
- Moi si, allez !
- Tu as dévoré, ma parole, tu es une véritable ogresse ! s'écria Rick en s'élançant derrière sa muse qui s'éloignait déjà à grandes enjambées.
