Chapitre 28

Appartement de Lanie, 23h

Lanie attendait l'arrivée de Javier, un peu fébrile. Il lui avait envoyé un message, lui demandant s'il pouvait passer la voir. Elle avait décidé de tout lui dire ce soir, quoi qu'il arrive. Elle redoutait sa réaction, et réfléchissait aux mots qu'elle allait utiliser, quand les trois petits coups frappés à la porte la firent sursauter.

- Hey ma belle ! lança Esposito, lorsqu'elle lui ouvrit.

- Hey ! Entre, fit-elle, alors qu'étrangement il avait l'air intimidé. Ça va ? Comment s'est passée la journée ?

- Oh, tu sais, l'affaire toujours … Par quoi commencer, notre randonnée dans la forêt ce matin pour trouver l'antre d'un tueur, ou la recherche des chats étranglés par ce psychopathe quand il était ado …, raconta-t-il avec humour.

- Des chats étranglés ? demanda Lanie, avec un rictus de dégoût.

- C'est une longue histoire …, sourit Javier.

- Tu as faim ?

- Non, merci, j'ai mangé un morceau déjà.

- Viens, fit-elle en le prenant par la main et l'entraînant dans le canapé.

- Et toi ? Ta journée ? demanda-t-il en s'asseyant près d'elle.

- La routine, se contenta-t-elle de répondre.

Il la regardait droit dans les yeux, mais sentait qu'elle tentait d'éviter son regard, se fermant de nouveau. Il avança doucement sa main vers sa joue pour l'effleurer, puis posa ses doigts sous son menton pour l'amener à le regarder. Ses yeux étaient tristes. Il lui déposa un baiser sur les lèvres, tentant de la rassurer.

- Javi, je dois te dire plusieurs choses, se lança-t-elle timidement, mais je ne sais même pas par quoi commencer. Promets-moi d'écouter jusqu'au bout avant de te fâcher ou de dire quoi que ce soit.

- Promis.

- Il y a une semaine, j'ai fait une fausse couche, lâcha-t-elle, se disant à l'instant même où elle prononçait ces mots qu'elle aurait dû commencer autrement.

- Une …, balbutia-t-il.

- Chut. Ecoute s'il te plaît. Il y a quelques semaines, j'ai appris que j'étais enceinte, et je n'ai pas osé t'en parler. Et puis j'ai perdu le bébé, et …, termina-t-elle, les larmes commençant à couler sur ses joues, en voyant la réaction de Javier.

Elle vit son visage se couvrir d'un voile de tristesse qu'elle ne connaissait pas. Il resta figé, l'air abasourdi, quelques secondes, se contentant de la regarder. Sans rien dire, il se leva, et alla se planter devant la fenêtre, son regard se perdant dans l'obscurité parsemée des lumières de Manhattan. Il ne trouvait pas les mots pour exprimer ses émotions et le fond de ses pensées, et préféra se taire. Exprimer ses sentiments n'était pas son fort. Il ne savait pas ce qui lui faisait le plus mal au cœur : ce bébé qu'ils n'auraient pas ensemble, ou Lanie qui ne lui avait pas fait assez confiance pour lui dire. Avoir un enfant n'était pas dans ses projets immédiats. Mais savoir qu'il aurait pu être père le bouleversait. Il en était surpris lui-même. Quant à Lanie, il ne lui en voulait pas vraiment. Elle était déjà suffisamment affligée. La dernière chose qu'il voulait était de lui faire plus de peine encore. Il avait certainement sa part de responsabilités aussi. Si elle avait craint de lui dire, peut-être était-ce qu'il n'était pas assez rassurant, pas assez aimant.

Il la sentit s'approcher de lui, et glisser sa main dans la sienne. Il se tourna enfin pour la regarder, et ses yeux emplis de larmes lui firent mal au cœur.

- Je suis désolé, Lanie …, murmura-t-il d'une voix grave en l'enlaçant pour la serrer dans ses bras.

- Tu m'en veux ? lui chuchota-t-elle à l'oreille.

- Non, ma belle. Je suis juste … triste.

- Pourquoi ne m'as-tu rien dit ? Je suis là, Lanie, tu ne le vois pas ?

- Oui, tu es là, aujourd'hui. Mais demain ? continua-t-elle, résolue à lui confier toutes ses inquiétudes.

Il desserra son étreinte, pour la regarder, et essayer de comprendre à travers les traits de son visage où elle voulait en venir. Elle sentit son incompréhension.

- On ne parle jamais de nous, Javi, continua-t-elle. On ne parle jamais d'avenir. On se voit, on sort, on est heureux, mais demain ? J''ai eu peur que tu ne veuilles pas de ce bébé.

Il se détacha d'elle, l'air déçu et désappointé, pour se tourner de nouveau vers la fenêtre, et la nuit.

- Tu es celle qui me connaît le mieux. Comment tu as pu imaginer que je puisse ne pas vouloir ce bébé ? A croire que tu ne me connais pas aussi bien que je le pensais, fit-il froidement.

- C'était tellement imprévu, insensé … On n'est même pas officiellement en couple.

- Officiellement en couple ? Qu'est-ce qu'il te faut de plus pour que ça ait l'air officiel ? s'énerva-t-il, blessé qu'elle ait pu douter de sa réaction. Je ne vois que toi, je ne pense qu'à toi, je n'aime que toi.

- C'est évident pour toi peut-être, mais tu ne parles pas, et ça ne l'était pas pour moi.

- Donc c'est de ma faute …

Lanie sentait à quel point il était triste et blessé. Ce qu'elle redoutait était en train d'arriver. Il allait se braquer, se renfermer, la rejeter pour ne pas la faire souffrir et ne pas souffrir lui-même.

- Javi … ce n'est la faute de personne. Je suis désolée de ne pas t'avoir parlé. Je m'en veux depuis des semaines au point de ne plus pouvoir te regarder en face. Quand j'ai su que j'étais enceinte, que je portais notre bébé, j'ai ressenti des choses que je n'avais jamais ressenties avant. C'était tellement merveilleux. J'ai réalisé que je voulais plus que ce qu'on a actuellement.

Il la regarda de nouveau, l'air un peu apaisé par ses dernières phrases. Peut-être avait-elle trouvé les mots qu'il fallait. Il réalisa la douleur qu'elle avait dû ressentir ces derniers jours.

- Et que veux-tu ? fit-il doucement.

- Toi. Tout le temps, tous les jours, toujours.

Elle vit le plus joli des sourires illuminer son visage triste.

- Je t'aime, Lanie. Je suis désolé si je ne suis pas toujours assez expressif. Il n'y a rien de plus officiel pour moi, que toi et moi.

Elle lui répondit par un sourire et se réfugia dans ses bras. Il la serra contre lui, en lui déposant un baiser sur le front.

- La prochaine fois, dis-moi, lui chuchota-t-il simplement, comme si ces simples mots résumaient tous ses désirs.


Loft, aux environs de minuit.

Castle avait conduit Jordan Shaw jusqu'à la chambre d'amis à l'étage, avant de redescendre, et de rejoindre la chambre où Kate était déjà couchée.

- Voilà ! Notre invitée a rejoint ses appartements, fit-il en enlevant son jean.

- Elle est plutôt géniale … pour un agent fédéral.

- Oui, étonnante. J'aimerais bien avoir son pouvoir magique, sourit-il en finissant de se déshabiller.

- Tu nous rendrais la vie impossible …

- Elle a raison, continua Rick, en se glissant sous le drap, éteignant d'une main la lumière, pendant que de l'autre il enlaçait les épaules de Kate pour l'attirer contre lui.

- A quel sujet ? Tu es fou de moi ? Le sexe entre nous c'est l'extase ? demanda-t-elle en posant sa tête contre son torse.

- Non … enfin si, mais ça tu le savais déjà, sourit-il. Elle a raison quand elle dit que ce que j'ai découvert en toi hier soir, quand on était avec ce petit gars, m'a touché. Tu agissais comme une maman.

- Je t'ai toujours dit qu'avec ce que tu ignores de moi, tu pourrais encore écrire un livre.

- Oui, répondit-il en lui déposant un baiser sur le sommet du crâne, sa main jouant avec une boucle de cheveux dans son cou.

- Elle a dit que cela t'avait rassuré. Tu étais inquiet ?

- Non, ou alors pas consciemment. J'étais juste touché par tes gestes maternels. C'est émouvant de voir cette facette-là de la femme qu'on aime.

- Qu'est-ce que ça va être quand je serai enceinte alors …

- Rien que d'entendre cette phrase, je suis déjà tout chamboulé, sourit-il. Enfin, en y pensant bien, je suis rassuré quand même oui, j'ai constaté que tu vas pouvoir assurer avec les trois rejetons que Doyle nous a prédits !

- Tu crois encore aux prédictions de cet illuminé ? sourit Kate, en baillant.

- Pourquoi pas … Allez, bonne nuit mon cœur, fit-il tendrement, en accompagnant ses paroles d'une caresse le long de son bras.

- Bonne nuit …, murmura-t-elle dans un souffle, emportée par le sommeil.

Quelques heures plus tard …

Kate se réveilla doucement, déplaça délicatement la main de Rick qui reposait sur son ventre, le regarda avec un sourire émettre un petit grognement en se retournant sur le côté, et se leva sans bruit. Elle enfila son pantalon de pyjama, et un débardeur, et rejoignit le salon.

Jordan Shaw était déjà levée. Assise à l'ilot central, les yeux encore pleins de sommeil, et les cheveux tout ébouriffés, elle lisait un roman qu'elle avait dû prendre dans la bibliothèque de Rick. En s'approchant, Kate reconnut la couverture de Naked Heat.

- Bonjour, Beckett, lui lança Jordan Shaw avec le sourire.

- Bonjour. Bien dormi ?

- Oui, très bien, merci. C'est plus confortable que l'hôtel alloué au FBI.

- Voulez-vous du café ? proposa Kate en s'approchant de la cafetière.

- Oui, je veux bien. Vous êtes matinale vous aussi …

- Oui, même quand j'aimerais bien dormir un peu plus longtemps, mon horloge interne est programmée sur six heures.

- Vous vous lancez dans la série Nikki Heat ? continua Kate, souriante, en désignant du regard le roman que Jordan avait posé sur le comptoir.

- Je n'ai lu que le premier. Mais je m'aperçois que la suite révèle tout autant son obsession pour vous. C'est une mine d'informations et d'analyses intéressantes pour le profiler que je suis.

Kate se contenta de sourire.

- Que voulez-vous manger ? Des œufs brouillés et des toasts grillés, cela vous convient ? demanda-t-elle en ouvrant le réfrigérateur.

- Oui, faites comme d'habitude. J'ai croisé Martha tout à l'heure.

- Ah, elle est déjà sortie ?

- Oui. Cette femme est un rayon de soleil. Pourquoi Castle veut-il que je la profile ?

- Oh … il s'imagine qu'elle entretient une relation secrète avec un jeune homme, très jeune homme. Il l'a fait suivre hier par l'officier Karpowski …, et le Capitaine Gates lui a tapé sur les doigts, expliqua Kate, en cassant les œufs dans la poêle.

- Ça ne m'étonne pas de lui, rigola Shaw, mais vous pouvez le rassurer, Martha ne sort pas avec un jeune homme.

- Elle vous a dit quelque chose ?

- Non, pas vraiment. On a parlé juste quelques minutes, de tout et de rien. Bon, parfois je me trompe, mais rarement !

- Je vais laisser Castle mariner un peu avec ça. Ça lui apprendra. De toute façon, il ne laissera pas tomber tant qu'il n'aura pas de preuve concrète. Il peut être obsessionnel quand il s'agit des femmes de la famille.

- J'avais remarqué …, fit Shaw en souriant largement. Et vous, ça fait longtemps que vous vous posez ces questions ?

- Quelles questions ? demanda Kate, feignant l'air de ne pas comprendre.

- Celles que vous vous posez.

- Vous savez que vous me faites peur, sourit Kate.

- C'est pour ça que vous n'avez pas voulu que je vous profile devant Castle. Vous voulez un bébé ?

Jordan Shaw avait l'art de ne pas prendre de détours pour poser les questions ou asséner ses constats et vérités.

- Non, je ne veux pas un bébé, enfin pas d'un bébé pour un bébé. Je veux dire je n'ai jamais été très bébé, papouilles …, mais je commence à avoir envie d'un bébé avec lui. Je ne sais même pas d'où me sort cette envie en fait.

- L'amour. Et l'instinct biologique. Vous savez que le moment arrive. Vous êtes heureuse et l'épanouissement ultime pour beaucoup de femmes, c'est la concrétisation de l'amour pour un homme dans l'enfant qu'elle porte pour lui.

- Je pense que si ça ne tenait qu'à lui un bébé serait déjà en route …, fit Kate en souriant.

- Evidemment. Vous n'en avez pas parlé ?

- On commence tout juste à y faire allusion. Je le connais, il attend que l'idée fasse du chemin dans ma tête, pour ne pas me brusquer. C'est différent pour lui, il a déjà été père.

- Non, ce n'est pas si différent pour lui. Il n'a jamais eu d'enfant avec vous, et il n'a jamais, non plus, vécu de relation comme la vôtre. Donc même s'il en a très envie, il se pose aussi des questions, comme vous.

- Et quelles questions je me pose ? sourit Kate.

- Ah vous voyez, vous commencez à aimer mon profilage ! Alors, pêle-mêle, vous vous demandez si vous arriverez à concilier travail et famille, si ce n'est pas égoïste de votre part de faire un enfant avec toutes les horreurs que vous voyez tous les jours, avec la mise en danger de votre vie au quotidien, si vous serez une bonne mère, si cet enfant ne va pas empiéter sur la relation fusionnelle que vous avez avec Castle, si son regard sur vous changera … Je continue ?

- Euh … non, ça va aller ! Vous me terrifiez ! s'exclama Kate en riant.

- Ce n'est pas du profilage ça, c'est de l'expérience. Toutes ces questions, je me les suis posées. Et c'est déjà être une bonne mère que de se les poser.

- Vous regrettez parfois ce choix de vie ? demanda Kate, cherchant à en savoir plus.

- Vous voulez dire : être mère et agent fédéral ?

- Oui.

- Non. J'ai arrêté de travailler l'année qui a suivi la naissance de Lilly. Mais ce n'était plus moi. J'étais heureuse avec elle, bien-sûr. Mais je suis flic, je l'ai toujours été, c'est moi, c'est ma vie. Je n'aurais pas été une mère épanouie si j'avais tout arrêté pour m'occuper de ma fille, expliqua Shaw.

- Je ne sais pas si je pourrais concilier tous ces rôles : flic, mère, femme, amante, expliqua Kate en lui servant son café.

- Bien-sûr que vous le pourrez. Vous êtes flic, depuis toujours, ce n'est pas juste votre gagne-pain, surtout avec Richard Castle pour mari. C'est votre essence même. Avoir un enfant vous comblera de bonheur, vous apportera de la plénitude … et du stress aussi, mais ne vous détournera pas de ce que vous êtes. Un flic.

- Vous faites payer combien les séances de psychanalyse ? demanda Kate, avec humour, tant parler avec Shaw la faisait réfléchir positivement.

- Pour vous, ce sera gratuit, sourit Jordan.

Kate vit Rick émerger de la chambre, traverser le salon en se frottant les yeux, et les rejoindre à la cuisine.

- Bonjour Agent Shaw ! lança-t-il en contournant l'ilôt central pour s'approcher de Kate.

- Bonjour, Castle.

Il passa un bras autour des épaules de Kate pour lui déposer un baiser sur la tempe.

- Bonjour, toi, lui chuchota-t-il.

- Bien dormi ?

- Hum … oui … Alors mesdames, en forme pour attraper deux psychopathes aujourd'hui ?!


Jersey Medical Center, New-Jersey, 8h30.

Jordan Shaw était repassée rapidement à son hôtel pour se changer, avant de rejoindre le commissariat dans l'idée de convoquer au plus vite Matthew Miller et tenter d'en apprendre davantage sur le comportement d'Alicia Cox.

Pendant ce temps, Beckett et Castle étaient retournés à l'hôpital. Tyler Benett était réveillé. Ils attendaient beaucoup de son interrogatoire. L'officier était toujours en poste, près de la porte de la chambre. Ils le saluèrent, puis Kate frappa à la porte.

- Entrez ! leur lança Mark Benett 'd'une voix joviale.

Tyler était allongé dans son lit, bien réveillé, sa console de jeux entre les mains. A le voir ainsi, on aurait pu en oublier le drame qu'il avait vécu la veille. Un large pansement couvrait le côté droit de sa tête, et sa jambe était immobilisée, enfermée dans un carcan fait de bandages et d'une attelle. Il releva la tête de sa console, portant sur eux des yeux interrogateurs.

- Bonjour. Lieutenant Beckett, annonça Kate à l'intention du père, avec un sourire. Vous connaissez Richard Castle.

- Oui. Bonjour, sourit Mark Benett, avant d'ajouter : Merci. Les secouristes m'ont raconté comment vous avez retrouvé mon petit garçon. Je vous en serai éternellement reconnaissants continua-t-il, la voix vibrante.

- On est heureux de voir que Tyler a l'air en pleine forme, répondit Rick, ravi de constater le soulagement et la joie de cet homme qu'il avait vu dans un état second deux jours plutôt.

- Tyler, ce sont les policiers qui t'ont retrouvé hier, fit Mark à l'intention de son fils.

- Vous avez trouvé mes clés ? demanda l'enfant, le plus simplement du monde.

- Oui, on a retrouvé tes clés. Sacrément futé ! lui lança Castle.

Tyler se contenta de lui sourire, d'un air entendu.

- On aimerait poser quelques questions à Tyler si vous le permettez, fit Kate.

- Oui, je vais vous laisser avec lui. Il parlera plus facilement si je ne suis pas là, fit le père, il n'a rien voulu évoquer avec moi pour l'instant. Je vais aller prendre un café.

- D'accord.

- Je vous accompagne, fit Rick, souhaitant laisser Kate seule avec Tyler.

Un interrogatoire était déjà suffisamment intrusif après un tel traumatisme, il préférait qu'elle use des mots qu'elle savait réconfortants pour le faire parler. Il serait plus à l'aise avec elle.

Kate les regarda quitter la chambre et refermer la porte derrière eux. Puis elle s'assit au bord du lit, à hauteur de Tyler.

- Vous êtes un vrai flic ? demanda l'enfant.

- Oui. Tu veux voir ? répondit Kate avec un sourire.

- Oui.

Elle sortit son badge, et le lui montra. Elle vit ses yeux s'illuminer.

- Tiens, tu peux le garder pendant qu'on discute si tu veux, fit-elle en lui tendant le badge.

- Merci.

-Je sais que ce n'est pas facile, Tyler, mais il faut que je te pose des questions pour savoir qui t'a fait ça, pour le trouver, et l'empêcher de recommencer.

Il ne répondit pas, se contentant de caresser son badge du bout du pouce.

- Tu te souviens de quelque chose ?

Tyler s'obstinait à ne pas vouloir répondre, le regard vissé sur ses mains, tenant le badge de Beckett.

- Tu sais, une fois, un méchant m'a enlevée moi-aussi, tenta Kate, pour attiser sa curiosité.

- C'est pas possible, vous êtes flic, fit Tyler en relevant la tête vers elle.

- C'est arrivé pourtant, lui assura Kate, en regardant son petit visage étonné.

- Vous avez eu peur ? demanda-t-il, intéressé.

- Oui, très peur. L'homme m'a fait du mal, et j'ai cru que j'allais mourir. J'ai cru que les gens qui m'aimaient allaient être très malheureux à cause de ce qui m'arrivait.

- Vous avez réussi à vous enfuir ?

- Non, c'était impossible. On est venu me sauver. Mais toi, tu t'es enfui, n'est-ce pas ? Il faut être sacrément courageux pour s'enfuir. Comment as-tu fait ?

Il a trébuché dans le bois, alors je suis parti en courant. J'ai juste couru, le plus vite possible.

- Et tu es tombé du talus ?

- Oui, mais avant, il m'a rattrapé. Et il …

Kate vit son regard s'assombrir. Elle prit sa main dans la sienne, comme elle l'avait fait quand il gisait inconscient.

- Tu n'es pas obligé de me dire ce qu'il t'a fait Tyler, le rassura-t-elle.

- Je ne veux pas que papa sache. Il va être trop triste, répondit le petit garçon, avec son air sérieux.

- Je ne lui dirai rien, promit Kate.

- Il a dit que je n'avais pas été sage. Et il a voulu m'étrangler. Comme il a fait à Jason et Braiden. Il les a tués parce qu'ils n'ont pas été sages.

- C'est lui qui t'a dit ça ? s'étonna Kate.

- Oui. J'ai essayé de bien obéir pour ne pas mourir.

- Tu as bien fait. C'est ce qu'il fallait faire. A-t-il dit autre chose ?

- Quand il est parti de la cabane, il a dit qu'il allait revenir avec une amie. Mais quand il est revenu, elle n'était pas là et il est devenu plus méchant. J'ai eu peur qu'il me tue, et que papa ne me revoit jamais.

Elle sentit cette fois-ci l'émotion le gagner, et des larmes se mirent à couler sur ses joues.

- Tyler, ton papa est très fier de toi, lui dit-elle doucement, en caressant sa joue pour essuyer ses larmes.

- Vous étiez avec moi quand j'étais blessé dans la forêt ? demanda Tyler en refoulant son chagrin.

- Oui. Comme maintenant, fit-elle sans lâcher sa main, tu m'as fait peur avec toutes tes blessures, mais je vois que tu déjà un petit homme costaud.

Tyler sourit.

- Il était gentil au début. Il m'a donné la main pour marcher dans la forêt, comme fait papa. Et il disait que j'étais grand parce que je n'avais pas peur de l'orage et des piqûres. Mais en fait, j'avais très peur.

- Je me doute bien, mon mari aussi a peur des piqûres, et pourtant il est grand, fit Kate en souriant.

Il lui renvoya son sourire.

- Est-ce que tu te souviens d'autre chose ? lui demanda gentiment Kate.

- Je crois qu'il avait un ordinateur. J'étais un peu endormi. Mais j'ai vu la lumière comme celle d'un écran.

- D'accord, ça va bien nous aider. Et sa voiture, elle ressemblait à quoi ? Ton copain Léo a dit qu'elle avait une plaque du New-Jersey.

- Oui, avec un oiseau dessus. J'aime bien regarder les dessins sur les plaques des voitures.

- Quel genre d'oiseau ? chercha à savoir Kate.

- Un aigle, ou un vautour peut-être, je ne sais pas trop. Un rapace.

- Et à l'intérieur ? Tu es monté dedans ?

- Il y avait un siège pour les petits derrière.

- Pour les bébés ?

- Non, pour les petits de l'école maternelle.

- D'accord, c'est un détail très important pour nous ça. Tu es très observateur. Tout à l'heure, une dame va venir te voir pour dessiner le portrait de l'homme. Est-ce que tu pourras l'aider ?

- Oui, je veux bien essayer, sourit-il.

- Merci, Tyler. Tu es un petit bonhomme bien courageux.

- Merci de m'avoir retrouvé, fit l'enfant, avec le sérieux d'un adulte, et la bouille souriante d'un petit garçon.

Chapitre 29

Lycée Stuyvesant, New-York, 8h.

Addison et Alicia bavardaient dans la cour du lycée, en attendant le premier cours de la journée. Même si Addison avait trahi sa parole, en avouant à la police qu'Alicia n'était pas avec elle samedi midi, son amie avait fait comme si elle ne lui en voulait pas, comme si elle avait compris qu'elle n'avait pas eu le choix. Elle avait besoin de l'avoir de son côté pour la suite de son petit jeu. C'est donc tout sourire qu'elles discutaient toutes les deux.

- Tu as pu revoir ton copain depuis l'autre jour ? demanda Addison.

- Non, je n'ai plus le droit de sortir. Mon père a confisqué mon téléphone et mon ordi, il a pété les plombs depuis qu'il sait que je sors avec un mec, répondit Alicia, en faisant la moue.

Elle s'abstint de lui dire qu'elle avait également remarqué que des flics la surveillaient jour et nuit.

- Je suis désolée, c'est de ma faute, fit Addison, l'air fautive. Mais, c'était les flics, je n'ai pas pu mentir …

- Pas grave, Addy. Mes parents vont s'en remettre. J'ai donné à Scott ton numéro pour pouvoir lui parler, ça ne te dérange pas ? Il ne devrait pas tarder à appeler.

- Non, bien-sûr. Il s'appelle Scott alors ce beau gosse ?

- Oui, sourit Alicia.

Le téléphone d'Addison se mit à sonner. Elle regarda le numéro inconnu qui s'affichait, et tendit le téléphone à Alicia.

- Salut ! Oui, répondit-elle, adoptant tous les tics de la jeune fille amoureuse, le sourire béat, la mèche qu'elle enroule autour de ses doigts, le rire forcé.

Elle fit signe à Addison qu'elle revenait, et s'éloigna pour s'isoler derrière quelques arbres.

- Où tu es ? demanda-t-elle sur un ton ferme.

- Au Rockfeller Park. Comme prévu.

Elle l'avait prévenu la veille qu'ils devaient changer leur plan. Hier, en sortant de cours, vers 17h, elle avait vu un homme jeter un œil dans la ruelle qui menait vers l'arrière du lycée. Elle était passée devant lui, tout en discutant avec Addison et Jeff, de tout et rien, faisant comme si elle ne l'avait pas remarqué. Mais c'était un flic, elle en était sûre, personne ne passait jamais dans cette ruelle qui ne menait qu'à l'arrière des cuisines. S'il reprenait l'idée à ce flic de venir traîner par-là, elle ne pouvait pas prendre le risque, si minime, soit-il, de s'échapper du lycée par la cantine. Mais elle avait un autre plan, bien plus ingénieux. Elle était tellement excitée à l'idée de le mettre en application, qu'elle n'en avait pas dormi de la nuit.

Son père, ulcéré par cette histoire de garçon, lui avait confisqué son ordinateur. Elle avait juste eu le temps de formater l'intégralité du disque dur, avant qu'il ne le range dans le placard des objets confisqués, avec son téléphone. Enfin, celui pour lequel il payait un abonnement. Elle avait protesté vivement contre la tyrannie paternelle qui l'empêchait de vivre sa première histoire d'amour, avec force cris et larmes. Elle avait fini par accepter d'être consolée par sa chère mère, qui lui avait assuré que son père l'aimait et agissait pour son bien, pour la préserver des turpitudes de la vie. Apaisée par la tendresse maternelle, elle avait regagné son lit, et récupéré le téléphone jetable qu'elle cachait sous son matelas.

Elle s'était toujours jouée de ses parents, mais elle se félicitait maintenant de parvenir à un tel degré de duperie. Ils étaient d'une naïveté. Elle les aimait parce que c'était ses parents, et tout le monde, ou presque, aime ses parents. Mais ils ne lui apportaient plus rien depuis bien longtemps, depuis la mort de Zach. Elle ne leur en voulait même plus, tellement elle avait basculé dans une autre vie, qui comblait toutes ses angoisses, et réparait toutes ses désillusions.

Avec son téléphone jetable, elle lui avait envoyé un message, qui serait le dernier, contenant le numéro d'Addison et l'heure à laquelle appeler le lendemain matin. Puis, précautionneusement, elle avait déposé cette ultime preuve de son implication là où, elle l'espérait, personne ne le trouverait jamais, afin de réaliser l'ultime tromperie de son petit jeu démoniaque. L'impatience et l'euphorie étaient telles en elle, qu'elle ne peina à trouver le sommeil.

Maintenant, il était en place. Il ne restait plus qu'à dérouler le plan, établi à la minute près.

- Ok. Je sors à 10 h. Tiens-toi prêt pour 10h10. A 10h25 il faut que je sois rentrée.

- Ok, se contenta-t-il de répondre.

Elle raccrocha, et prit soin d'effacer le dernier appel entrant sur le portable d'Addison avant de le lui rendre.

- Ton chéri va bien ? demanda Addy avec un sourire malicieux.

- Oui, il est un peu déçu qu'on ne puisse plus se voir.

- On peut peut-être arranger un plan en disant à tes parents que tu viens chez moi ?

- Ils ne voudront jamais. Même pour aller chez toi. T'inquiète pas, ce n'est pas grave. Scott patientera un peu. L'attente fait durer le plaisir. Viens, on va finir par être en retard.

La pauvre Addison lui faisait pitié. Elle s'en voulait tellement de n'avoir pas su garder sa langue qu'elle était prête à mentir de nouveau pour lui permettre de voir son copain dont elle ignorait tout.

Plus qu'une heure et demie. Elle sentait l'excitation de l'adrénaline monter dans ses veines. C'était une prise de risque énorme, la plus grosse depuis que tout cela avait commencé. Mais que risquait-elle réellement ? Rien. Ce petit jeu était la seule chose qui maintenait de la vie en elle. S'il devait s'arrêter, et il finirait forcément par s'arrêter un jour, alors rien ne pouvait être pire que ce qu'elle avait déjà vécu.

De son côté, Doug s'était garé dans une petite ruelle, débouchant sur River Terrace, le long de l'Hudson River. De là au lycée, il y avait à peine dix minutes à pied. Ce matin, il se sentait étonnamment serein. Cette fois, tout allait bien se passer, et il avait espoir, plus tard, de l'initier à son plaisir habituellement solitaire. Cette perspective le rendait euphorique, même s'il se demandait comment ce soir elle parviendrait à duper les flics qui surveillaient son domicile pour s'extirper de chez elle sans être repérée. Il avait du temps devant lui, et entreprit une petite balade matinale au Rockfeller Park, profitant de la fraîcheur des arbres, et goûtant les embruns apportés par la rivière. L'endroit regorgeait d'enfants en bas âge, accompagnés de nounous ou de jeunes mamans. Il s'étonna de voir toute cette insouciance, toute cette vie malgré l'angoisse dans laquelle étaient censés vivre les New-Yorkais depuis l'annonce de ce troisième infanticide. Les gens pensent toujours que ça n'arrive qu'aux autres. Heureusement, il serait là pour leur rappeler que le malheur peut frapper à la porte de tout un chacun.


Cellule de crise, 12ème District New-York, 10h

Les agents Wade et Clayton étaient tous les deux partis poursuivre l'investigation au sein de la communauté de St Luke. Le premier avait pour mission d'interroger tous les anciens bénévoles de l'association d'entraide qui exerçaient à l'époque de la mort de Zach. La second était allé retrouver le père Daniels à l'église pour l'aider à établir la liste des familles ayant bénéficié des dons de l'association en 2004, et essayer d'en apprendre plus sur son emploi du temps des derniers jours. Le défi étant qu'il ne sache pas que l'objectif était d'anticiper le fait qu'il risquait de se retrouver suspect principal dans une enquête pour infanticide.

Au commissariat, Esposito avait relayé Ryan pour superviser la recherche sur les chats d'Hoboken décédés de mort suspecte. Pour l'instant, cela n'avait rien donné. Ryan, affalé dans un fauteuil, la tête penchée en avant, semblait endormi.

Beckett et Castle passèrent la porte de la cellule de crise, réconfortés et revigorés par les éléments fournis par Tyler.

- Hey les gars ! lança Kate.

- Hey ! chuchota Esposito.

- Ne faites pas de bruit, il dort ! continua-t-il à voix basse, en désignant du regard son partenaire assoupi.

- Depuis quand t'es aux petits soins pour lui ? demanda Castle, surpris par tant de délicatesse de la part d'Esposito.

- Depuis que … Non, rien, vous ne pouvez pas comprendre !

Javier avait débuté cette nouvelle journée, le cœur un peu léger. Malgré la tristesse qui l'étreignait encore suite à l'annonce de Lanie, il avait l'impression de savoir un peu mieux la relation qu'il voulait construire avec sa belle. Il n'avait pas beaucoup parlé, mais il avait réussi à la rassurer et la consoler. Ce matin, au réveil, il avait eu la sensation, pour la première fois depuis plusieurs jours, qu'elle était heureuse dans ses bras.

- Comment peut-on dormir assis ? demanda Rick, en jetant un regard perplexe à Ryan, se penchant pour regarder son visage par en dessous, et vérifier qu'il avait bien les yeux fermés.

- Quand on a passé la nuit à chercher des chats étranglés …, répondit Esposito, l'air lassé de cette quête improductive.

- Rien trouvé ? demanda Kate.

- Non …je crois que je vais finir par étrangler un chat moi-même si ça continue ! lança Esposito.

- On a les résultats des experts pour la cabane et la maison en ruines ? continua Kate.

- Oui. Mais c'est peu concluant …, répondit Esposito en attrapant le dossier contenant les rapports du laboratoire et de la scientifique, alors pour la cabane : ADN du gars qu'on cherche depuis le début, trouvé sur des cheveux principalement pour les jouets, les empreintes de Jason, Braiden et celles d'un autre enfant, non identifié.

- Sûrement celles de Zach. Ses jouets ont aussi été déposés à l'association d'entraide. Celui qui a pris les pyjamas a embarqué des jouets en même temps.

- Rien d'autre pour la cabane, ajouta Esposito.

- Aucune trace d'une femme ? s'étonna Castle.

- Non. Elle n'est peut-être pas entrée dans la cabane. Ou alors elle est extrêmement prudente, suggéra Esposito.

- Si son intérêt est de revivre des moments avec son frère, continua Kate, elle a forcément dû avoir un contact avec les enfants. Et en pleine nuit, je les vois mal sortir jouer dans cette forêt …

- Terrifiante ... fit Castle.

- Ou alors les enfants n'étaient pas retenus seulement là-bas. Peut-être que la cabane n'est qu'un point de passage, ajouta Beckett.

- Pour la baraque en ruines, reprit Esposito, rien, mis à part le sang de Jason Miller sur un mur. C'est là-bas qu'il a été blessé à la tête.

- Pourquoi était-il dans cette maison et pas dans la cabane ? s'étonna Castle.

- Peut-être qu'il les tue dans la maison en ruines, comme il le faisait avec les chats. Jason s'est débattu, et il l'a projeté contre le mur où il a été blessé à la tête, expliqua Esposito.

- Non, d'après Lanie, Jason était complètement amorphe, dragué à la morphine, il n'aurait pas pu se débattre à ce moment-là.

- C'est arrivé plus tôt alors. Mais que faisait-il là-dedans ? demanda Rick.

- Difficile à dire pour l'instant …fit Kate, où est Shaw ?

- Je suis là ! lança celle-ci en entrant. J'ai eu Sorenson. Tout va bien. Alicia n'est pas sortie de chez elle cette nuit. Et elle est au lycée depuis 8heures ce matin. Matthew Miller va arriver d'ici peu. Avez-vous vu Tyler ?

- Oui, il va bien, et nous a donné quelques informations intéressantes, fit Kate, en s'installant devant l'ordinateur, pour saisir dans la matrice, les nouveaux éléments à ajouter au profil.

Castle fit le tour de Ryan en l'observant, s'amusant à passer sa main devant son visage, pour voir s'il dormait toujours, et à lui asséner des claques fictives pour tester l'intensité de son sommeil.

- Castle, ne l'embête pas ! lui lança Kate.

- Je faisais juste un petit test, sourit Rick, en allant s'asseoir à la table.

Il sortit son petit caillou du fond de sa poche, et commença à le faire rouler discrètement entre ses doigts, en réfléchissant à toutes les nouvelles informations de ce début de journée.

- Il a dit qu'il y avait un siège-auto dans la voiture, reprit Beckett.

- Il a donc au moins un enfant qui a entre trois et six ans, fit Shaw. Ça nous laisse encore des milliers de suspects, mais c'est le genre de détails qui permettra quand on aura un élément plus décisif, de restreindre la liste.

- Pour la plaque d'immatriculation, il a remarqué un dessin d'oiseau, un genre de rapace.

- Le tueur a forcément approché de chez Alicia en voiture, fit Castle. Sur les vidéos, on voit Alicia qui part à pied de chez elle, mais il y a fort à parier que le tueur vient la chercher en voiture. S'il habite le New-Jersey comme on le pense, elle n'a pas les moyens de s'y rendre par elle-même en pleine nuit. Et forcément il la ramène ensuite. Cette voiture doit apparaître sur des vidéos de surveillance quelque part.

- Oui, il faut visionner toutes les vidéos pour trouver cette plaque du New-Jersey avec un rapace aux abords de chez Alicia. Lieutenant Esposito, vous vous en chargez, ordonna Shaw.

- Euh … vous vous rendez compte de l'ampleur de la tâche ?

- Oui, je m'en rends compte … mais on n'a pas le choix. Il faut trouver une image de cette voiture, elle apparaît forcément quelque part.

- Ok. Sur un rayon de combien ?

- Un kilomètre pour commencer. Concentrez-vous sur la nuit de vendredi à samedi, et celle de samedi à dimanche.

- Dire que je me plaignais des chats étranglés …, grogna Esposito.

- Autre chose ? demanda Shaw.

- Oui, il avait un ordinateur. Il doit communiquer comme ça avec Alicia. Sauf qu'en pleine forêt, il n'a pas pu se connecter. Même les portables ne passent pas là-bas.

- On ne peut pas traquer l'ordinateur ? demanda Castle.

- On va vérifier, mais s'il ne s'est pas connecté dans cette forêt, on n'a pas d'adresse ip. Ça ne nous avance à rien, expliqua Jordan Shaw.

- Et pour l'ordinateur d'Alicia ? continua Castle.

- J'en ai déjà parlé avec le Capitaine Gates, mais légalement, on ne peut rien faire pour l'instant. On n'arrivera jamais à avoir une autorisation du procureur sans aucune preuve reliant Alicia aux enlèvements. C'est toujours le même problème. On n'a rien du tout, juste des suppositions.

- Et illégalement, vous ne pouvez pas utiliser un de vos joujoux magiques ? demanda Rick.

- Je ne prendrai pas le risque à ce stade de l'enquête. Sans autorisation légale, tout ce qu'on trouvera sera irrecevable devant une cour. Si on se plante avec une traque illégale, on n'aura pas de deuxième chance.

Gates fit irruption dans la pièce à cet instant-là, son regard stupéfait s'arrêtant brutalement sur Ryan.

- Lieutenant Ryan ! lança-t-elle de sa voix grave et autoritaire.

Il sursauta, tous les regards braqués sur lui, se demandant ce qui lui arrivait.

- Si vous êtes trop fatigué pour travailler, rentrez chez vous ! asséna Gates.

- Non, non … balbutia-t-il, l'air abasourdi, en se frottant vigoureusement les yeux pour se réveiller.

- Alors, faites preuve d'un peu de nerf !

- Oui, Capitaine.

- Agent Shaw, Matthew Miller et son père viennent d'arriver, annonça le Capitaine sur un ton plus calme.

- Merci. Lieutenant Beckett, Castle, allez l'interroger s'il vous plaît.


Salle de repos, 12ème District.

Matthew Miller était assis dans le fauteuil, face à Beckett et Castle. Son père attendait à l'extérieur de la pièce. Vu les questions qu'on s'apprêtait à lui poser, mieux valait-il que Matthew soit libre de répondre sans appréhension.

- Merci d'être venu, Matthew. Je suis le lieutenant Beckett, et voici Richard Castle. On a quelques questions à te poser concernant l'enquête sur la mort de Jason.

- Je voudrais bien aider, mais j'ai déjà dit à l'Agent Shaw que je ne savais rien, répondit gentiment l'adolescent.

- Tu sais peut-être des choses sans le savoir, fit remarquer Castle, et le moindre élément a son importance.

- Est-ce que tu es sorti avec Alicia Cox ? demanda Kate.

- Oui, l'année dernière.

- Combien de temps a duré votre relation ?

- Trois mois, environ.

- Elle connaissait Jason ? demanda Castle.

- Oui, bien-sûr, elle l'a vu plusieurs fois à la maison.

- Comment se comportait-elle avec lui ? continua Kate.

- Pourquoi ? Elle a quelque chose à voir avec la mort de Jason ? s'étonna Matthew, commençant à se demander où pouvaient mener toutes ces questions.

- On ne sait pas encore, Matthew. Pour l'instant, essaie juste de nous répondre le plus précisément possible.

- Elle se comportait normalement avec lui, je ne sais pas trop quoi dire.

- Elle s'intéressait à lui ?

- Oui, il était petit, donc elle trouvait ça mignon. Elle le taquinait toujours.

- Elle t'a déjà parlé de son frère Zach ? demanda Kate.

- Un petit peu. Elle me disait que Jason lui ressemblait par certains côtés, et qu'il avait le même âge quand il est décédé.

- Et avec toi, comment était-elle ? continua Kate.

- Un peu possessive …

- Comme le sont souvent les femmes amoureuses …, fit Castle, en jetant un regard malicieux à Kate.

- Elle n'était pas amoureuse de moi, enfin je ne crois pas, ajouta Matthew.

- Pourquoi était-elle avec toi alors ? s'étonna Kate.

- Pour … enfin vous voyez …, répondit-il en baissant la tête pour cacher ses joues qui rougissaient.

- Vous aviez des relations sexuelles ?

- Oui … murmura-t-il, l'air intimidé, n'osant plus relever la tête.

- Ça te gêne d'en parler ? demanda Rick.

- Je ne parle jamais de ça, surtout avec une fille, enfin une femme.

- Ok. Je vous laisse tous les deux alors, fit Beckett, en se levant pour quitter la pièce.

Elle comprenait aisément qu'il soit difficile pour ce tout jeune homme d'évoquer les relations intimes qu'il entretenait avec Alicia. Elle était persuadée que Castle saurait y faire pour amener Matthew à se confier.

- Vous aviez des relations sexuelles régulières alors ? reprit Rick.

- Oui, confirma Matthew.

- Il y a un an, Alicia avait donc quinze ans. Il y a beaucoup de filles de cet âge-là qui acceptent de coucher avec des garçons ?

- Non. Dans la communauté, les filles sont plutôt du style à dire qu'elles veulent préserver leur virginité jusqu'au mariage.

- Et Alicia n'était pas comme ça ?

- Non, tout le contraire.

- C'est pour ça qu'elle t'a attiré ?

- Oui, je sais que c'est nul mais bon …, fit l'adolescent, en prenant un air un peu penaud.

- C'est pas nul, c'est l'effet des hormones, sourit Castle avant de reprendre : c'était ta première fois avec elle ?

- Oui. Mais pas pour elle. Elle avait déjà couché avec un homme plus âgé.

- Tu le connaissais ?

- Non, elle en avait juste parlé une fois.

- Elle avait de l'expérience alors ? C'est elle qui dirigeait pendant vos ébats ?

Rick vit que Matthew hésitait à répondre. Il devait redouter d'être jugé, surtout sur sa sexualité balbutiante.

- Tu peux me dire, tu sais, ce n'est pas parce qu'elle dirige pendant vos relations, que ça remet ta virilité en question. Elle te disait comment faire ?

- Oui, finit-il par répondre. Au début, on faisait des trucs normaux. Et après, elle a commencé à vouloir faire des trucs bizarres…

- Des trucs bizarres ?

- Elle voulait que je la morde.

- Tu le faisais ?

- Oui. Un jour, on était en train de … et elle voulait que je serre son cou comme pour l'étrangler. Mais je ne pouvais pas faire ça ... et …

- Et elle t'a quitté ?

- Oui.

- Elle fréquente quelqu'un d'autre ?

- Non, je ne l'ai jamais vu avec personne. Elle ne traîne qu'avec Jeff et Addison.

- Je reviens, attend une minute ! lui lança soudain qu'Castle en quittant précipitamment la pièce, pour réapparaître quelques instants plus tard, avec un ourson en tissu dans chaque main.

- Ça te dit quelque chose ces oursons ? reprit Castle, en agitant les peluches devant lui.

- Oui, Alicia en a un comme ça, et Addison aussi. Peut-être pas la même couleur.

- Elles ont des oursons comme ça ? insista Castle, tout excité par la réponse de Matthew.

- Oui, identiques quasiment. Je sais qu'Addison l'a depuis qu'elle est petite. Je l'ai toujours vu dans sa chambre. Et je l'ai vu chez Alicia aussi, sur son lit.

Le visage de Castle s'illumina d'un sourire ravi et satisfait. Il avait trouvé un lien. Il sortit sur le pas de la porte pour faire signe à Kate de les rejoindre.

- Tu vois ces oursons diaboliques ? Et bien Matthew atteste qu'Alicia et Addison ont les mêmes.

- Tu es sûr Matthew ? demanda Kate, comme si elle ne pouvait croire que ce qu'elle entendait de vive voix.

- Mais oui, pourquoi ? D'où sortent ces oursons ? s'étonna l'adolescent.

- On ne peut pas t'en dire plus pour l'instant Matthew, se contenta de répondre Kate.

- C'est Alicia qui a tué mon frère ? demanda-t-il fébrilement.

- Non, Matthew, on n'a aucune preuve.

- Je vois dans vos yeux que c'est elle ! C'est une folle, j'aurais dû le voir, elle a tué Jason !

Matthew pleurait à chaudes larmes, ne tenant plus en place, et criant sans cesse la même phrase. Rick et Kate assistaient à la scène abasourdis et impuissants. C'était comme si l'adolescent placide avait été submergé par la douleur, et ne contrôlait plus ni ses gestes, ni ses paroles.

Puis Rick s'approcha de lui pour le prendre dans ses bras puissants, l'empêcher de s'agiter, tenter de le calmer.

- Je vais la tuer … Je vais la tuer … pleurait Matthew contre l'épaule de Rick.

- Ce n'est pas elle qui a tué Jason, lui dit Castle sans desserrer son étreinte, en tapotant sa main dans son dos pour le rassurer.

- Vous mentez ! lança-t-il, plein de désespoir.

- Non, Matthew. Elle est impliquée, mais on ne pense pas qu'elle l'ait tuée.

- Ça revient au même. Je vais la tuer !

- Non, tu ne vas pas la tuer, lui dit doucement Kate, parce que ça ne te ramènera pas ton petit frère et ça détruira ta vie.

- Ma vie est déjà détruite, fit-il en tombant assis dans le fauteuil.

- Ta vie n'est pas détruite, Matthew, continua Castle, elle ne fait que commencer.

Kate s'assit en face de lui, et prit ses mains dans les siennes. Il baissa la tête, le visage baigné de larmes.

- Matthew, tu viens de nous donner un indice fondamental. Grâce à toi, on a une piste pour trouver celui qui a fait ça à Jason.

- Vous êtes sûrs ?

- On fait tout ce que l'on peut, se contenta de répondre Kate, ne voulant pas lui faire de promesses trop hâtives.

- Mais c'est ma faute. Si je n'avais pas été avec Alicia…

- Non, cela n'a aucun rapport. Tu n'es absolument pas reponsable.

- Matthew, promets-moi de ne pas t'en prendre à elle. Pour qu'on trouve le tueur, personne ne doit savoir où on en est de cette enquête. On peut te faire confiance ?

- Oui, c'est promis.