Désolée pour l'attente pour celles et ceux qui suivent, j'étais en vacances avec trop peu de connexion pour poster un chapitre.
Chapitre 32
New-Jersey, sur la route entre Hoboken et Wanaque, 13h.
Depuis qu'il avait quitté Rockefeller Park, il avait l'impression de vivre un enfer. A peine Alicia avait-elle claqué la portière que l'enfant s'était mis à pleurer, alternant des phases de sanglots et de hurlements. Il avait essayé de le calmer en lui parlant gentiment, mais il était trop petit pour être raisonné. Il avait tenté de crier mais l'enfant se crispait, et braillait tellement qu'il en devenait écarlate. Ce n'était pas comme avec les autres. Lui était encore incapable de maîtriser sa détresse, et ne comprenait pas les menaces.
Alicia l'avait assis sur le rehausseur mais n'avait pas pris le temps de lui mettre sa ceinture de sécurité. Le petit gigotait, et Doug dut s'arrêter pour l'installer confortablement. Quand il avait vu la voiture ralentir et la portière s'ouvrir, Sam s'était calmé. Mais dès qu'il avait compris que la voiture redémarrait, ses pleurs avaient repris. Il avait hurlé pendant de longues minutes, réclamant sa maman, le visage inondé de larmes, s'accrochant à son ourson de fortune.
Doug n'en pouvait plus de l'entendre, il sentait l'énervement monter inexorablement en lui. Quelle idée avait eu Alicia de choisir ce gamin-là ? Il avait été facile de l'enlever, mais maintenant, c'était un calvaire de le supporter. Et il était seul. Il ne savait pas quand il aurait des nouvelles d'elle. Il devait attendre qu'elle le contacte, mais plus il réfléchissait plus il se demandait comment elle allait procéder. Elle n'avait plus ni téléphone, ni ordinateur, et elle était surveillée étroitement par les flics. Sûrement plus étroitement encore maintenant qu'un autre enfant avait été enlevé.
Il avait allumé la radio espérant tomber sur de la musique qui puisse calmer le petit. Mais l'Alerte Amber était diffusée en boucle. Il essayait de maîtriser son agacement, quand enfin les pleurs cessèrent. Il jeta un œil à Sam par le rétroviseur. Il s'était endormi, la tête appuyée contre la portière, sa petite main serrant l'ours dont il suçotait l'oreille. Loin de s'attendrir, Doug éprouva surtout du soulagement. Il alluma une cigarette et s'efforça de s'apaiser.
Il avait d'abord été excité et impatient ce matin. Mais tout était allé très vite, il n'avait même pas eu à se mettre en chasse, ni à traquer. Elle avait tout fait, il n'avait eu qu'à exécuter. Il réalisa que cela manquait de charme. D'autant plus, qu'il l'avait à peine aperçue, ne lui avait pas parlé, n'avait même pas pu capter l'odeur de son parfum. Elle ne s'était pas approchée de lui. Il n'avait même pas eu le temps de ressentir cette envie rageuse de son corps qui d'habitude l'envahissait instantanément. Une douleur étrange, une sorte d'angoisse, l'avait assailli de nouveau. Et les cris du gamin vagissant n'avaient rien arrangé. Pour la première fois, il commençait à se demander quel rôle il jouait pour elle. Jusque-là il n'avait suivi que son instinct, ses pulsions sexuelles principalement, son besoin de se perdre dans la violence de leurs ébats, la contenter pour goûter à l'extase de son corps adolescent. Mais elle n'avait pas le même besoin viscéral que lui. Elle pouvait se passer de lui. Elle aimait diriger, ça il le savait. Ça ne l'avait pas dérangé tant qu'il pouvait en échange se satisfaire de son corps. Elle aimait jouer avec ses pulsions. Elle aimait jouer au chat et à la souris avec les flics, comme lui. Et si elle avait prévu de ne pas le rejoindre ? De regarder de loin. De s'amuser de ce jeu de piste qui les opposait aux flics. Il était persuadé qu'elle ne le trahirait pas. Jamais elle ne lâcherait rien. Si les flics trouvaient quelque chose, jamais elle n'avouerait. Ils ne pourraient faire pression sur elle, essayant de toucher son cœur et sa sensibilité de femme pour retrouver l'enfant. Elle était insensible. Elle était capable de laisser mourir le gamin sans le dénoncer. Juste pour jouer. Il le savait. Elle était comme lui.
Les consignes étaient simples. Il devait, en théorie, garder l'enfant en vie jusqu'à ce qu'Alicia le contacte. Combien de temps cela prendrait-il ? Il l'ignorait. Quelques heures. Des jours. Et si elle ne le contactait jamais ? Il commençait à douter. Il avait choisi l'endroit parfait, reculé, isolé, pour le maintenir captif. Mais il se demandait comment il allait pouvoir l'emmener jusque là-bas. Il ne pourrait pas marcher longtemps. Et comment allait-il s'en occuper. Il n'aurait jamais la patience. Si ça ne tenait qu'à lui, il aurait déjà étranglé l'enfant, observant la vie quitter son corps, goûtant l'extase. Au moins, son angoisse se serait apaisée. Temporairement. Cet enfant était comme un petit animal sauvage. Il se demandait s'il se débattrait quand il serrerait son cou, s'il avait déjà acquis le raisonnement suffisant pour tenter de lutter pour sa vie. Une main lui suffirait certainement. Il avait été frustré avec Tyler de ne pas pouvoir mener à bout son rituel. Avec lui, ce serait différent.
Il avait roulé sans s'arrêter pendant plus de deux heures depuis Manhattan quand il commença à apercevoir la forêt dense recouvrant les collines escarpées de Norvin Green. Des sensations enfantines lui revinrent en mémoire : le brouillard entourant les sommets au loin, la fraîcheur du réveil sous la tente au petit matin, l'éclat de rire de sa mère, le clapotis de la rivière où pêchait son père. Il ne devait pas être beaucoup plus vieux que Sam à l'époque. C'étaient les seuls souvenirs heureux de son enfance. Leur unique séjour en famille à Norvin Green Forest. Pendant un instant, il se sentit presque apaisé.
Cellule de crise, 12ème District, 14h30.
A peine les agents Wade et Clayton eurent-ils passé la porte, que tous les regards se posèrent sur eux, à la fois inquiets et impatients.
-Alors ? fit Shaw vivement.
- Pas de témoin pour l'instant, annonça Wade, et la ville n'a pas de caméra de surveillance sur River Terrace.
- Pas de témoin, comment c'est possible ? fit Ryan, décontenancé.
- Si le petit s'est laissé emmener de son plein gré, les gens n'ont pas fait attention. Le parc était bondé, personne n'aurait remarqué une jeune fille se promenant avec un enfant, tout simplement parce qu'il y en avait des dizaines à ce moment-là autour du bac à sable, expliqua Clayton.
- Qui était censé le surveiller ? demanda Beckett.
- La baby-sitter, une fille au pair, Marine Rousseau. Elle n'a rien vu, elle discutait avec des copines. Le petit était dans le bac à sable la dernière fois qu'elle l'a aperçue. Il y a un bâtiment abritant des toilettes juste à côté. On pense que le kidnappeur a pu se planquer là.
- C'est dingue. Les gens ne suivent pas les infos ou quoi ? s'énerva Esposito. Ça fait des jours qu'on parle d'un tueur d'enfants, et ils ne sont pas foutus de surveiller leur gamin de plus près.
- On pense toujours que ça n'arrive qu'aux autres …, et on finit par relâcher sa vigilance, expliqua Shaw.
- 3 ans … On ne s'éloigne pas d'un enfant de trois ans …, ajouta Ryan, dépité.
Jordan Shaw sentait que tout le monde encaissait de plus en plus difficilement les mauvaises nouvelles qui se succédaient. Cela faisait presque une semaine que certains travaillaient dessus. Ils avaient des pistes, mais cela n'empêchait pas ces psychopathes d'agir. Ils avaient eu de la chance pour Tyler. Cette fois, l'enfant était plus jeune, et elle percevait l'angoisse de chacun. Esposito commençait à s'énerver. Ryan, déjà épuisé par la nuit, avait un air de plus en plus affligé. Beckett, elle-même, était ravagée par la culpabilité et un profond sentiment d'impuissance. Elle avait eu du mal à maîtriser sa colère face à Addison. Elle l'avait vu plusieurs fois chercher du réconfort dans un geste tendre, un regard auprès de Castle. Elle-même, sous l'air quasi-impassible qu'elle était obligée de se donner, commençait à douter.
- Un enfant de trois ans partirait avec un inconnu ? reprit Kate, cherchant à comprendre.
- Non, fit Castle, à trois ans ça m'étonnerait, il aurait sûrement crié et pleuré.
- Dans le parc, personne n'a rien entendu. Des agents interrogent encore les badauds, on ne sait jamais. Et l'Amber Alerte a été déclenchée, continua Clayton.
- La baby-sitter connait très bien Addison et Alicia, ajouta Wade. Elles sont sorties plusieurs fois ensemble, et se sont déjà rencontrées en présence de Sam. Il aime beaucoup Alicia, elle s'amuse souvent avec lui, expliqua Wade.
- Ils ont procédé comme pour Jason. Alicia a attiré le petit, elle l'a appelé par son prénom, l'a emmené jusque la voiture, et le tueur l'a embarqué, commenta Beckett.
- Alors, elle est forcément sortie du lycée, fit Shaw, réalisant à cet instant précis qu'Alicia avait échappé à la surveillance du FBI.
- Pire encore, elle a réussi à y entrer de nouveau, continua Kate. A 10h30, elle était en cours.
- Sorenson s'est fait avoir deux fois, résuma Castle, qui, si le contexte avait été différent, aurait jubilé.
- Il faut trouver comment elle a fait ! lança Shaw. Lieutenant Esposito et Ryan, allez au lycée, je veux connaître l'emploi du temps de tous les élèves entre 9h30 et 10h30. Etudiez chaque recoin, chaque couloir, trouvez-moi quelque chose. Prenez des hommes et vérifiez tous les magasins, tous les bureaux de Chambers Street et River Terrace, il y a forcément une caméra de surveillance privée quelque part.
Esposito et Ryan attrapèrent leur veste et filèrent vers l'ascenseur.
- Où en sont les experts ? continua Shaw.
-Ils n'ont pas terminé les relevés, mais comme les fois précédentes, ils sont sceptiques. Il n'y a pas grand-chose, pour ne pas dire rien du tout, répondit Wade.
- Clayton, branchez-vous sur toutes les cameras qu'on a pour les axes routiers, les tunnels, les ponts, allant de Manhattan vers Hoboken, et le New-Jersey. Lancez le logiciel de reconnaissance pour une Chrysler noire avec une plaque du New-Jersey illustrée d'un oiseau. Trouvez-moi une image quelque part.
- Ok.
- Wade, vous vous remettez sur ces histoires de chats.
- Il faut élargir la recherche, suggéra Kate. Ce gars ne vivait peut-être pas à Hoboken quand il était adolescent.
- Oui, élargissez la recherche à un rayon de 40 kilomètres autour de Hoboken, fit Shaw.
- D'accord.
- Dès que l'ordinateur et le téléphone d'Alicia arrivent, faites venir les techniciens informatiques, continua Jordan Shaw.
- Oui.
- Les parents de Sam Hill sont arrivés, fit Victoria Gates apparaissant sur le seuil de la porte.
- Ok, répondit Shaw, en se levant pour suivre le Capitaine Gates. Lieutenant Beckett, vous vous occuperez de l'interrogatoire du père Daniels.
- D'accord.
Castle et Beckett se retrouvèrent de nouveau à attendre, devant l'écran lumineux où s'affichait la photo de Sam, avec sa bouille joufflue, ses yeux bleus, et ses cheveux blonds en bataille.
- Finalement, je ne sais pas si elle a encore une part d'humanité, lâcha Rick, elle a jeté dans les bras d'un tueur un petit bonhomme de trois ans qu'elle connaissait bien, avec lequel elle jouait et riait.
Kate s'assit contre la table, fixant l'écran, pensive.
- On ne l'aura pas, Castle. Elle ne lâchera rien. Même acculée, elle n'avouera rien. Elle m'a souri.
- Elle t'a souri ? s'étonna Rick.
- Oui, en sortant tout à l'heure. Elle m'a souri. Elle sait qu'on sait. Et ça l'amuse encore plus, fit Kate, l'air lassée.
- Elle ne craint rien. Elle se moque d'être arrêtée au final. C'est le jeu qui l'intéresse.
- Tu as vu comment elle a pleuré tout à l'heure … c'était flippant, continua Kate.
- Comme l'a dit mon vieil ami Shakespeare, « Le monde entier est un théâtre ». Le monde entier est SON théâtre.
- Il faut trouver le tueur et Sam d'abord. Après on pourra peut-être coincer Alicia, affirma Kate.
- Laurel et Hardy vont finir par trouver quelque chose, chuchota-t-il en se penchant vers elle pour que les agents occupés dans son dos sur les ordinateurs n'entendent pas, il faut avoir confiance dans les joujoux du FBI.
- J'espère.
Domicile des Cox, 14h.
Son père ne lui avait pas parlé pendant tout le trajet les ramenant chez eux. Il avait refusé qu'elle retourne au lycée cet après-midi et comptait avoir une discussion sérieuse avec elle, pendant que sa mère était encore au travail. Elle s'était montrée docile et obéissante. Elle avait vu son visage si blême, plus triste que furieux. C'était la première fois depuis la mort de Zach qu'elle lui voyait ce masque de douleur. Mais elle n'arrivait pas à éprouver le moindre remord.
Il la fit asseoir dans le canapé, et s'installa en face d'elle.
- Tu as dit la vérité ? demanda-t-il directement, comme pour sonder une dernière fois sa fille.
- Oui, fit-elle en soutenant son regard.
- Pourquoi ?
- Je ne suis pas psy, papa. Demande au psy que tu m'as envoyée voir pendant dix ans ! lança-t-elle comme un reproche.
- C'est le père Daniels qui t'a forcée ?
- Non. Je l'ai séduit, sourit-elle.
Chacun des mots de sa fille était comme un nouveau coup de poignard. Il avait l'impression de découvrir un monstre. Alicia observait chaque lueur de détresse dans les yeux de son père. Elle voulait le punir, elle voulait qu'il ait mal comme il lui avait fait mal. Quand Zach était mort, il s'était contenté de l'envoyer chez un psychiatre, et de la refiler aux bons soins du père Daniels. Elle y avait passé des journées entières, entre la messe, les sermons, les cours de catéchisme, les retraites spirituelles. Comme si la foi allait pouvoir changer quelque chose à sa douleur. Mais elle avait fait une overdose des bonnes paroles du père Daniels. Mais lui qu'avait-il fait ? Rien. Elle n'avait en mémoire aucun souvenir d'une discussion avec lui. Après l'enterrement de Zach, il ne l'avait plus jamais regardée de la même façon. A six ans déjà, elle avait compris que le regard de son père était désormais vide. Comme si elle était morte en même temps que Zach. Jamais il ne lui avait demandé comment elle allait. Jamais il n'avait cherché à comprendre son mal être. Jamais un mot gentil. Rarement un sourire. Il n'avait d'attention que pour sa chère femme, dévastée par la mort de son petit garçon. Depuis dix ans, c'était la première fois, qu'elle le voyait ressentir des émotions pour elle, de la colère à la tristesse, en passant par la déception. Et c'était un délice à observer.
- Pourquoi Alicia ? Tu dois bien avoir une idée ? Une jeune fille ne couche pas sans raison avec un homme de plus de cinquante ans. Un prêtre en plus ! s'indigna son père.
- Tu as porté plainte, donc tu en apprendras peut-être plus avec l'enquête, répondit-elle avec insolence.
- Je n'ai pas été assez présent pour toi ? demanda-t-il, les yeux brillant de larmes.
- A ton avis ? se contenta-t-elle de répondre.
- Où tu étais jeudi soir Alicia ? On sait tous les deux que tu n'étais ni au lycée ni à la maison. Tu étais avec lui ?
- Non. J'étais ailleurs.
- Où ? Tu n'as rien fait de mal ? Tu n'as rien à voir avec la disparition de ces enfants ? chercha-t-il à savoir.
- Qu'en penses-tu ?
Elle voulait qu'il ait des doutes, qu'il commence à percevoir le démon qu'il avait contribué à créer en la délaissant. Jusqu'à quel point pourrait-il aller pour la protéger ? Elle était persuadée qu'il ne la dénoncerait jamais. Elle était la chair de sa chair.
Leur discussion fut interrompue par l'arrivée des officiers qui venaient chercher l'ordinateur et le téléphone d'Alicia.
12ème District, New-York, 17h.
Le Capitaine Gates et l'Agent Shaw étaient en plein entretien téléphonique avec le Maire, qui commençait à se laisser gagner par la panique suite à ce nouvel enlèvement.
Beckett était assise à son bureau en train d'étudier la liste des appels entrants et sortants du téléphone d'Alicia Cox fourni par l'opérateur. Rick, assis à sa place habituelle, réfléchissait en regardant ses doigts manipuler de plus en plus habilement son petit caillou rond. De temps en temps, il levait un œil vers Kate, observant son air concentré. Exceptionnellement, ils ne se parlaient pas, chacun plongé dans ses propres réflexions.
L'ourson rouge d'Alicia avait été rapporté, trouvé dans sa chambre comme elle l'avait indiqué. Rien ne permettait de prouver qu'elle avait volé les peluches d'Addison et Jeff. Les trois oursons s'alignaient maintenant sur le bureau de Beckett.
L'interrogatoire du père Daniels avait été éprouvant. Bien entendu, il avait nié avoir eu des relations sexuelles avec Alicia Cox. Il n'avait pas d'alibi vérifiable pour les différentes nuits où Alicia avait été vue sortant de chez elle. Il dormait seul dans son logement de fonction attenant à la cure de l'église St Luke. S'il n'avait pas d'alibi, il n'y avait pas non plus le moindre élément l'accablant. Ce serait la parole d'une jeune fille de bonne famille, contre celle d'un prêtre, aimant et investi depuis des années au sein de sa communauté. Avec un bon avocat, il pourrait créer un doute raisonnable, et la justice serait clémente. Mais ce doute subsisterait. A moins qu'Alicia soit arrêtée entre temps pour enlèvement d'enfant et incitation au meurtre. Beckett avait été obligée de lui révéler tout ce qu'ils supposaient concernant Alicia. Le père Daniels était anéanti. Ce brave homme voyait sa vie basculer du jour au lendemain à cause d'une accusation calomnieuse. Il avait vu grandir Alicia, il avait toujours été présent pour la famille. Il l'avait entourée longtemps après le décès de Zach, essayant de l'amener à s'appuyer sur la foi pour s'en sortir et retrouver la joie de vivre. Il avait vécu son désintérêt croissant pour la religion comme un échec, mais plus encore son mal-être persistant. Que cette fille veuille détruire sa vie ne lui faisait pas le plus mal. Ce qui le détruisait de l'intérieur, c'était d'assister à la descente aux enfers d'une enfant dont il avait la responsabilité. Il avait échoué avec Alicia. Peut-être ses parents et lui avaient-ils minimisé l'ampleur de sa détresse après la mort de Zach. Ils auraient dû voir. Ils auraient dû la sauver. Le prêtre ne pensait pas à son propre sort, et à ce qui l'attendait. Il se sentait coupable. Beckett avait été obligée de le placer en garde-à-vue suite à la plainte du père d'Alicia pour détournement de mineur.
Des officiers avaient rapporté l'ordinateur et le téléphone d'Alicia, que son père lui avait confisqués la veille. Ils avaient immédiatement constaté que l'intégralité du disque dur avait été effacée. Les experts étaient déjà au travail pour tenter de récupérer des données. Leur seul espoir était que si le disque dur avait été effacé, c'est qu'il devait contenir des informations intéressantes. Quant au téléphone il n'avait en mémoire que des messages et numéros appartenant à quelques adolescents élèves au lycée Stuyvesant pour la plupart.
- Elle n'a jamais été en contact avec le père Daniels via son téléphone, fit Kate en posant le document sur son bureau, aucun appel, aucun message.
- Rien de suspect ?
- Non, tout tourne essentiellement autour d'Addison et Jeff, et plus globalement du lycée. Il n'y a absolument rien indiquant une relation avec le père Daniels, ni avec aucun autre homme d'ailleurs.
- Le père a bien dit aux officiers qu'il avait confisqué l'ordinateur et le téléphone hier en fin de journée ? demanda Rick avec un pressentiment.
- Oui.
- Donc hier soir et ce matin, Alicia n'avait aucun moyen de joindre le tueur.
- Peut-être que tout était déjà très bien planifié. Et qu'ils n'avaient pas besoin de communiquer.
- Elle a forcément dû prendre contact avec lui. Il fallait qu'elle s'assure qu'il soit là. Elle ne pouvait pas prendre le risque de sortir du lycée sans certitude de le trouver dehors prêt à agir. Imagine que tu aies seize ans, et que ton père te supprime tout moyen de communication. Que fais-tu ?
- Je demande à ma meilleure amie de me prêter son téléphone, sourit Kate, comprenant où il voulait en venir.
- Addison, annonça-t-il en lui rendant son sourire.
- Tu es génial ! lui lança-t-elle, excitée, en se levant pour lui déposer un baiser sur les lèvres.
- Je sais …, soupira-t-il avec satisfaction, ravi de voir sa muse retrouver le sourire.
Kate se saisit de son téléphone pour envoyer un agent chercher Addison Hill. Il fallait vérifier son portable et, si ce qu''avait suggéré Castle s'avérait vrai, établir une stratégie : soit le mettre sur écoute et laisser la possibilité à Alicia de joindre le tueur ce qui impliquait qu'Addison soit mise au courant, et qu'elle parvienne à duper son amie. C'était risqué. Soit empêcher Addison de prêter son téléphone à Alicia.
A peine avait-elle raccroché que son téléphone sonna.
- Oui, Ryan, fit-elle en décrochant.
- On a trouvé comment elle a fait pour quitter le lycée, annonça Ryan.
- Comment ?
- Il y avait un entraînement de cross ce matin, une cinquantaine d'adolescents sont sortis du lycée vers 10h en direction du Rockefeller Park. Que des garçons.
- Alicia se serait glissée parmi eux ?
- On le suppose. Sorenson et ses gars n'ont vu personne d'autre sortir du lycée à part ce groupe de coureurs. On va les interroger, pour voir s'il y en a un qui aurait vu Alicia. On a des officiers qui sont arrivés en renfort, mais ça va prendre un petit moment.
- Ok. Et comment est-elle rentrée dans le lycée ?
- Par les cuisines sûrement. C'est le seul accès mis à part l'entrée principale.
- Sorenson ne surveillait pas cette zone ?
- Apparemment si, mais il y a des mouvements de véhicules, et elle a pu se glisser dans la ruelle furtivement.
- Enfin il a merdé …, conclut Kate.
- On peut dire ça, en convint Ryan.
- Et pour les caméras ?
- Des agents font les magasins et bureaux de la rue un par un. Rien pour l'instant. Soit il n'y a pas de caméra, soit elles ne sont pas orientées suffisamment loin pour qu'on voit quelque chose d'intéressant.
- Ok. Merci, Ryan. Tiens-nous au courant, fit Kate avant de raccrocher.
Elle était en train d'expliquer à Castle ce qu'avaient appris les gars, quand Wade arriva en trottinant vers eux, l'air excité et souriant.
- On a trouvé un visuel sur la voiture ! lança-t-il.
Ils se précipitèrent dans la cellule de crise. L'image sur l'écran montrait une Chrysler noire s'engageant dans Holland Tunnel, qui traversait l'Hudson River vers Hoboken. L'affichage horaire indiquait 10h32. Le timing et le lieu coïncidaient avec l'enlèvement. La plaque était intégralement visible. Plaque du New-Jersey. Un aigle impérial.
- La plaque est volée, elle ne correspond pas à la voiture, on a vérifié, annonça tout de suite Clayton, mais on a d'autres visuels, sur la 14ème, puis Hoboken Ave.
- On va voir si on peut suivre le trajet qu'il a emprunté. Super les gars ! leur lança Kate, pleine d'espoir. Castle, prend un pc, on va s'y mettre à quatre.
Chapitre 33
12ème District – 19h.
Scotchés à leurs écrans, ils avaient réussi à suivre la piste de la Chrysler noire jusqu'à hauteur de Clifton, sur la route nationale 3, aux environs de midi. Ensuite, il n'y avait plus de caméras de surveillance, la route filant à travers les campagnes de l'ouest du New-Jersey. Jordan Shaw avait fait installer des barrages de police sur tous les axes menant vers les Etats voisins. Elle ne craignait pas vraiment que le tueur fuit vers un autre Etat. S'il avait prévu d'agir en connivence avec Alicia comme jusqu'à maintenant, il ne pouvait pas s'éloigner à plus de deux ou trois heures grand maximum de New-York. Il était impossible, pour l'instant, de lancer des recherches, le périmètre où il pouvait se trouver couvrant des dizaines de kilomètres. A cette heure-ci, il devait être planqué quelque part, sûrement dans une zone isolée, boisée, comme pour Braiden, Jason et Tyler, mais la région en regorgeait.
Addison Hill était enfin arrivée, et faisait maintenant face à Shaw et Beckett dans la salle de repos. Elle était dévastée par l'enlèvement de son petit cousin, Sam. N'importe qui l'aurait été à moins. C'était le troisième enfant qu'elle connaissait qui disparaissait. En arrivant au commissariat, elle avait croisé son oncle et sa tante qui attendaient des nouvelles auprès du Capitaine Gates. Elle s'était effondrée en larmes, et son chagrin n'avait pas cessé depuis.
- Addison, on a une question très importante à te poser, commença Beckett.
La jeune fille renifla, et tenta d'essuyer ses larmes. Elle avait l'impression de vivre un enfer depuis dimanche, entre les garçons assassinés, les convocations au commissariat, et maintenant l'enlèvement de Sam.
- As-tu prêté ton téléphone à Alicia aujourd'hui ? demanda Shaw.
- Juste pour recevoir un appel, fit Addison, entre deux sanglots, parce que son père lui a confisqué son téléphone.
- Quel appel ? A quelle heure ? continua Beckett.
- On attendait pour aller en cours, alors c'était un peu avant 8h30. C'était son petit-ami, Scott.
- Peux-tu me montrer ton téléphone s'il te plaît ? demanda Shaw.
Alicia sortit son téléphone de la poche de son jean, et le tendit à Jordan, sans même demander d'explication. C'était comme si le chagrin s'était emparé de tout son être.
- Il n'y a pas de numéro entrant à cette heure-là, constata Shaw, en faisant défiler la liste des appels du bout des doigts. Elle a dû l'effacer. Addison, tu nous autorises à consulter la liste de tes appels via ton opérateur ?
- Pourquoi ? s'étonna la jeune fille.
Il fallait lui expliquer pour être certaine qu'elle comprenne pleinement les enjeux. Il n'y aurait même pas besoin de mandat à ce stade-là si elle acceptait d'elle-même qu'on consulte ses appels.
- Tu as parlé à ce Scott ? demanda Beckett.
- Non, j'ai juste donné mon portable à Alicia quand il a sonné.
- Qu'a-t-elle dit ?
- Je n'ai pas entendu. Elle s'est éloignée.
- Combien de temps ça a duré ? continua Shaw.
- Pas très longtemps. Même pas une minute je dirais. Mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle a fait ? demanda l'adolescente sur un ton de plus en plus inquiet, mêlant angoisse et tristesse.
- Addison, on va avoir besoin de toi pour nous aider à retrouver Sam, expliqua Kate. Mais il faut qu'on puisse te faire entièrement confiance. La vie de Sam est en jeu.
Beckett et Shaw avaient décidé de s'appuyer sur Addison Hill. C'était une jeune fille sérieuse, qui se retrouvait mêlée à ces infanticides bien malgré elle. Elle était l'amie d'Alicia depuis leur enfance, mais depuis qu'elle avait eu affaire au Capitaine Gates, elle n'avait plus menti. Au contraire, elle s'était toujours montrée encline à aider. Kate pensait qu'on pouvait lui faire confiance. Shaw était un peu plus réservée, tant elle trouvait Addison naïve et manipulable. Ce n'était pas la première fois qu'elle se faisait avoir par Alicia.
- Je veux bien essayer de vous aider mais …
- Ce qu'on va te dire va être douloureux à entendre, Addison, la prévint Shaw, l'air grave.
Jordan Shaw redoutait sa réaction. S'entendre dire que sa meilleure amie était probablement une criminelle avait de quoi vous anéantir.
- On pense qu'Alicia est impliquée dans les enlèvements de ces enfants, reprit Shaw. On ne peut pas t'en expliquer davantage, mais elle a certainement participé à l'enlèvement de Sam.
- C'est impossible ! Elle adore Sam ! s'écria la jeune fille, le visage baigné de larmes, les mains tremblantes.
- Je sais qu'Alicia est ton amie, Addison, mais fais-nous confiance, ajouta Beckett, avec compassion.
- C'est ma meilleure amie, depuis toujours.
- On se bat pour retrouver Sam vivant, continua Shaw, et c'est tout ce qui importe. Tu peux nous croire. Es-tu prête à nous aider ?
- Oui, sanglota-t-elle, semblant réaliser la gravité de la situation, mais comment ?
- Tout ce que tu as à faire, c'est prêter ton téléphone à Alicia quand elle te le demande, et faire comme si de rien n'était. Ton téléphone va être traqué. Si elle contacte celui qui a enlevé Sam, nous le saurons.
- Vous pouvez faire ça ?
- Oui. Mais est-ce que toi tu peux le faire ? Tu peux tromper Alicia ?
- Je vais essayer. Oui.
- Sois comme d'habitude avec elle. Ok ?
- Oui.
En quelques minutes, Kate se connecta au compte téléphonique d'Addison, et repéra l'appel reçu le matin même. 8h18. Un instant plus tard, elle avait identifié l'origine de l'appel. Une cabine téléphonique sur River Terrace, située à environ deux cent mètres au sud de Rockefeller Park, où Sam avait été enlevé. Il n'y avait pas de hasard. Aussitôt, elle appela Esposito et Ryan qui se trouvaient sur place pour qu'ils orientent les recherches de caméras de surveillance dans cette zone-là. S'ils trouvaient une image du type qui avait téléphoné, une étape décisive serait franchie. Rattacher Alicia à cet inconnu. Resterait à prouver qu'il était le tueur.
Elles laissèrent Addison rentrer chez elle. Son téléphone était dorénavant sur écoute.
Norvin Green Forest, 20h.
Le petit était assis au fond de la tente, collé contre la toile. Il avait remonté ses genoux jusque sous son menton, et restait prostré, le regard inquiet. Il avait l'air épuisé, perdu, terriblement seul, serrant toujours son ourson contre lui.
Doug, debout à l'extérieur, se contentait de lui jeter un œil de temps à temps pour vérifier qu'il restait tranquille. Il fumait, tentant de chasser ses inquiétudes. La marche l'avait épuisé lui-aussi. Il n'avait pas le souvenir que le relief était si escarpé. Il s'était garé dans un petit chemin isolé aux abords de Norvin Green Forest. Il ne pensait pas que les flics puissent remonter jusqu'à lui, ici au fin fond de la forêt. Mais, pour minimiser les risques, comme à son habitude, il avait préféré rendre la voiture la moins visible possible. Puis, son sac sur le dos, et le gamin par la main, il avait commencé à s'engager sur le sentier principal. Sam n'avait plus pleuré depuis son réveil. Le petit était maintenant impassible, sans aucune réaction, se contentant de marcher, en tenant son ourson d'une main. Cela réjouissait Doug. Il n'aurait pas pu supporter de l'entendre se remettre à brailler. Sur le sentier, ils avaient croisé quelques promeneurs qui ne leur avaient pas prêté plus d'attention que cela. Au début, Sam avait marché facilement, se laissant entraîner par la main ferme de Doug. Mais petit à petit, son rythme avait ralenti, et il avait commencé à geindre, puis à pleurnicher disant qu'il avait mal aux jambes. Doug n'avait pas eu d'autre choix que de le porter. Il faisait une chaleur étouffante que l'ombre des arbres ne parvenait pas à atténuer. Il avait quitté le sentier pour s'enfoncer dans les sous-bois, gravir les pentes rocailleuses. La marche lui avait paru interminable, éreintante. Plusieurs fois il avait dû s'arrêter pour reprendre son souffle, et donner à boire à l'enfant. Heureusement que le petit se laissait transporter sans réaction, comme un ballot. Il avait dû marcher plus de trois heures, ne pensant qu'à son objectif. Atteindre la zone la plus éloignée possible des sentiers, la plus difficile d'accès aussi, où il puisse installer la tente, et planquer le gamin. La dernière pente avait été difficile à gravir, parmi les rochers et les cailloux. Le petit s'agrippait à son cou comme un petit animal effrayé.
Enfin, il était arrivé dans une zone parfaite. Il avait planté la petite tente, sous les yeux du gamin hagard, assis dans l'herbe. Il allait le garder ici, en attendant d'avoir des nouvelles d'Alicia. A peine la tente montée, Sam s'était précipité à l'intérieur à quatre pattes. Il s'était installé en boule tout au fond, et n'avait plus bougé depuis de longues minutes maintenant.
Doug écrasa son mégot par terre, se faufila dans la tente, ouvrit son sac à dos, pour en sortir du pain, du beurre de cacahuètes et un couteau. Il vit les yeux de l'enfant se poser sur les victuailles. Il avait faim. Il beurra une tranche de pain, et la lui tendit.
- Tiens, Sam. Mange.
Le petit garçon attrapa maladroitement la tartine, et au lieu de la manger, se mit à lécher le beurre de cacahuètes avec gourmandise.
Doug esquissa un sourire. Carrie faisait exactement la même chose avec les tartines qu'il lui préparait pour le goûter.
- Mange le pain aussi, Sam. Tu dois manger pour garder des forces.
L'enfant le regarda, comme si le sourire de l'homme et sa voix plus douce l'avaient rassuré.
- Licia pas là ? demanda-t-il d'une toute petite voix.
- Non. Alicia va venir bientôt.
- Addy pas là ?
- Non.
- Maman et Papa ?
- Non.
Face à toutes ces négations, le petit garçon se tut de nouveau, et mordit dans sa tartine.
Doug se maudit d'avoir accepté cette mission. Il aurait dû insister pour qu'Alicia parte avec eux dès Rockefeller Park. Pourquoi avait-elle absolument tenu à rentrer au lycée ? Elle devait très bien savoir que ses chances de tromper une nouvelle fois la vigilance des flics qui la surveillaient étaient maigres. Peut-être n'avait-elle pas l'intention de le rejoindre.
Il avait emporté quelques provisions, et un duvet pour la nuit, mais la perspective de devoir passer plusieurs jours ici en compagnie de l'enfant ne le réjouissait pas. S'il n'avait pas de nouvelles d'ici demain, il faudrait qu'il prenne une décision.
Cellule de crise, 12ème district 20h.
En ce début de soirée, l'agent Shaw était prête pour faire le dernier compte-rendu de la journée sur l'enquête. Elle attendait le retour d'Esposito et Ryan pour commencer. Sur l'écran défilaient plusieurs recherches. Tous assis autour de la table avaient l'air perdus dans leurs réflexions. Malgré l'avancée de l'enquête, ils étaient encore loin d'avoir une piste précise pour retrouver Sam Hill.
- Vous pensez vraiment qu'Alicia a prévu de sortir rejoindre le type ? demanda Castle en faisant rouler son caillou sur la table.
- Je ne sais pas, fit Shaw, c'est risqué. Elle est surveillée.
- Oui, enfin on a vu ce que la surveillance a donné, répondit Beckett, sarcastique.
- Pourquoi Alicia est rentrée au lycée ? demanda Castle.
- Comment ça ? fit Shaw, surprise par la question.
- Elle est allée aider le tueur à enlever Sam, puis elle est rentrée au lycée. C'était une prise de risque énorme … enfin atténuée par le fait que c'était Sorenson qui la filait, railla Castle, mais quand même.
- Oui, elle aurait très bien pu partir avec lui et le petit, continua Kate. Mais elle a choisi de rentrer.
- Pour assister au spectacle de l'extérieur, suggéra Clayton.
- Ou pour ne pas être plus impliquée, ajouta Castle.
- Pourquoi le gars a accepté de partir seul avec le gamin ? demanda Kate.
- Si on considère que c'est elle qui est motivée par l'enlèvement, suite au traumatisme causé par la mort de son frère, le gars enlève les gamins pour lui faire plaisir, répondit Jordan Shaw.
- Et s'attirer ses faveurs sexuelles, compléta Wade.
- Mais pourquoi a-t-il accepté d'enlever l'enfant sans rien en retour ? s'étonna Castle.
- Il doit aimer ça aussi. C'est un psychopathe, après tout, fit Clayton.
- Elle a dû lui dire qu'elle le rejoindrait. Comme pour Jason et Braiden.
- Mais a-t-elle l'intention de le faire ? demanda Rick.
Personne n'eut le temps de répondre, puisque Ryan et Esposito firent leur entrée à ce moment-là.
- On a les vidéos de la banque en face de la cabine téléphonique ! lança Ryan en s'installant directement sur l'ordinateur pour charger et lancer la vidéo.
- Et on a interrogé tous les ados qui ont participé au cross, continua Esposito, personne n'a rien remarqué de particulier. Il y en a encore trois qui sont injoignables, ils avaient déjà quitté le lycée.
- Ok. On essaiera de les interroger demain matin, répondit Shaw.
- Là ! le voilà ! s'écria Ryan en figeant l'image, sur un homme de dos, tenant le combiné téléphonique.
- 8h18. C'est lui.
- Vas-y remets en lecture, Ryan, fit Kate.
- On ne voit pas son visage, constata Shaw alors que l'homme sur l'image raccrochait, et s'éloignait dans le sens contraire à la caméra.
- C'est lui. Ça correspond. Grand, costaud, fit Esposito.
- Jogging, casquette, pour se fondre parmi les joggers qui arpentent le parc, continua Castle.
- Pas d'autre camera ? demanda Shaw.
- Non, répondit Ryan. Ou alors il faut faire toutes les rues du quartier pour trouver une image, et essayer de voir où il est allé.
- On ne va pas avoir le choix. Clayton et Wade occupez-vous de chercher les vidéos des caméras de la ville, vérifiez si les rues du quartier sont sous surveillance, ordonna Shaw.
- Pour les commerces, on va devoir attendre demain matin, répondit Wade en allant s'installer devant l'ordinateur.
- Ryan, figez l'image, lance la reconnaissance des mensurations, qu'on ait une estimation de taille et de poids, demanda Beckett.
- Ok.
- Il est malin. Il a sûrement vu la caméra de la banque, fit Esposito.
- Oui, mais on va être plus malin que lui. On va l'avoir, répondit Castle avec assurance.
- Ce n'est pas suffisant pour rattacher Alicia au tueur, fit Shaw. On a la preuve que cet homme-là a appelé Alicia sur le téléphone d'Addison. Mais quelle preuve que c'est bien le tueur ?
- Aucune pour l'instant. Mais quand on l'aura déniché, on pourra prouver qu'il était en contact avec Alicia, répondit Beckett.
- 1m82. 85 kilos environ, annonça Ryan.
- On va croiser ces données avec le portrait-robot réalisé par Tyler, et lancer une reconnaissance via le fichier des permis de conduire, expliqua Shaw en saisissant des informations dans la matrice de données du FBI.
- Et pour l'ordinateur d'Alicia, ils en sont où ? demanda Esposito.
- Ils ont récupéré des dossiers déjà. Rien de particulier : des photos d'adolescents en soirée, en vacances, expliqua Beckett, mais les experts n'ont pas terminé. Ils sont optimistes.
- Et les chats ? demandant Shaw, en lançant un œil à l'écran, où défilait la recherche.
- Toujours rien.
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda Castle.
- On attend que les joujoux du FBI fassent leur boulot …, répondit Beckett.
- Oui, la nuit va être longue. Lieutenant Ryan, vous pouvez rentrer vous reposer puisque vous avez veillé la nuit dernière, lança Jordan Shaw. Les autres, faites une pause, prenez le temps de manger.
- Sur ces paroles, Jordan Shaw quitta la pièce pour aller à la rencontre de l'agent Sorenson qui sortait de l'ascenseur.
- J'en connais un qui va passer un sale quart d'heure, lança Rick, en observant par les persiennes la scène qui se déroulait dans le couloir.
- Et j'en connais un qui va jubiler, hein Castle ! sourit Esposito, qui savait combien Rick ne portait pas Sorenson dans son cœur.
- Moi je vous laisse les gars, je rentre dormir, lâcha Ryan. Les cafés ne suffiront pas à me tenir éveillé ce soir.
- Ok, mon pote.
- Bonne nuit Ryan, lancèrent en même temps Kate et Rick, alors qu'il s'éloignait, prenant soin de contourner Shaw et Sorenson qui avaient une discussion très virulente dans le couloir.
- Je vais chercher le dîner. De quoi as-tu envie ? demanda Rick en se tournant vers sa muse.
- Et moi on ne me demande pas ce que je veux ? bougonna Esposito avant même que Kate n'ait pu répondre.
- Jusqu'à preuve du contraire, mon pote, tu n'es pas encore ma femme. Tu passes après, lui lança Rick avec un petit air narquois.
- Prends ce que tu veux, mon cœur, répondit finalement Kate.
- Tu vois, voilà pourquoi les désirs de ma femme sont prioritaires, sourit Castle.
- Mon cœur … pffff … quelle mièvrerie … je regrette la Beckett au cœur de pierre ! railla Esposito.
- Hé ! Je n'ai jamais eu un cœur de pierre ! lui lança Kate, en lui donnant une petite tape sur le haut du crâne.
- Bien fait ! lança Castle en riant.
- Bon les gars, achetez ce que vous voulez, moi je vais en profiter pour aller me défouler un peu. J'en ai besoin ! lança Kate en s'éloignant dans le couloir.
Salle de sport, 12ème District, 21h30
Rick s'appuya nonchalamment contre l'encadrement de la porte, et l'observa quelques instants, ne voulant pas l'interrompre dans son élan. Elle frappait avec énergie et fureur dans le sac d'entraînement, alternant les coups de poings et de pieds. Il oubliait parfois la guerrière qu'elle pouvait être. Avec lui, elle n'était que tendresse et douceur, sauf parfois quand il l'exaspérait. Elle tourna autour du sac, et l'aperçut qui la regardait. Elle lui envoya un sourire, et s'arrêta de frapper quelques secondes.
- Tu viens me rejoindre ? proposa-t-elle, joueuse.
- Euh … non, merci !
- Allez, Castle ! N'aie pas peur ! insista-t-elle taquine.
- Non, je risquerais de te blesser ! rigola Rick.
Elle rit. Il se délecta de cette vision ravissante. Ses yeux pétillants et son tendre sourire qui reflétaient cette joie spontanée le rendaient dingue. Elle était magnifique. Elle se remit à frapper le sac de plus belle, se délestant du poids de toute la tension accumulée aujourd'hui. Encore quelques minutes, et elle cessa enfin son combat contre elle-même pour venir le rejoindre près de la porte, essoufflée.
- Alors ça fait du bien ? demanda-t-il.
- Oui ! répondit-elle en déroulant les bandages autour de ses mains.
- Après une journée pareille, c'est soit ça, soit … du sexe, et comme cette dernière solution n'est pas envisageable là maintenant tout de suite …, continua-t-elle, en lui lançant un regard coquin.
- Quoique … au commissariat ça pourrait être exci…, suggéra Rick, ses yeux s'illuminant tout d'un coup.
- Même pas en rêve ! le coupa-t-elle en riant.
- Tant pis pour toi, sourit-il, tu ne sais pas ce que tu rates !
- Si, je le sais …, fit-elle en lui déposant un baiser sur les lèvres.
Il en profita pour la serrer dans ses bras, et savourer plus longuement la chaleur de sa bouche, la douceur de ses bras enlacés autour de son cou. Elle s'arracha à ses baisers de plus en plus pressants, et le regarda, souriante. Il était heureux de la voir ainsi malgré l'angoisse qu'ils ressentaient tous. Même les pires journées pouvaient apporter leur lot de petits bonheurs qu'il fallait savoir saisir au bond. C'était sa philosophie.
- Tentatrice ! lui lança-t-il en souriant, sans desserrer son étreinte.
- Un peu, répondit-elle, mutine.
- Tu viens manger ?
- Oui, je vais me doucher, et je descends, sourit-elle en s'échappant de ses bras.
- Je peux venir ? demanda-t-il tout en connaissant la réponse.
- Non ! s'exclama-t-elle en riant, avant de s'éloigner dans le couloir.
