Chapitre 36
Cellule de crise, 12ème District, 10 h.
Jordan Shaw jubilait, lisant et relisant sans s'en lasser le document qui allait faire tomber Alicia. Les experts avaient enfin trouvé une conversation entre elle et un inconnu, via une messagerie en ligne. Une conversation à première vue accablante. Le pseudo de l'inconnu était différent, mais il n'y avait guère de doute. C'était le même homme. C'était la discussion qu'ils avaient probablement eue suite à la mort annoncée de Tyler Benett, lundi soir.
- « Il y a eu un problème. »
- « Quel genre de problème ? »
- « Le gamin a tenté de s'enfuir. Tombé dans un ravin. Il est mort. »
- « Comment il a pu t'échapper ? »
- « Pourquoi tu n'es pas venue ? »
- « Qu'est-ce qui s'est passé avec le petit ? »
- « J'étais inquiet, je n'ai pas été assez prudent, et puis il y avait ce déluge »
- « Ne cherche pas d'excuses. Je pensais que tu étais le meilleur ».
- « Je le suis. Où tu étais ? ».
- « Chez les flics ».
- « Les flics ? Qu'est-ce qu'ils te veulent ?'
- « Ils ont fait le lien entre cette connasse d'Addison et les deux petits. Elle leur a balancé que j'étais pas avec elle samedi midi ».
- « Et ? ».
- « Et rien. J'ai joué les sainte-nitouche. Ils n'ont rien de toute façon. »
- « Tu veux que je passe te prendre ? »
- « Non »
- « S'il te plaît. J'ai besoin de te voir. ».
- « Tu n'as pas été capable de faire ce que je te demandais »
- « Et si j'en trouve un autre ? »
- « Il faut attendre »
- « Je ne peux pas attendre. Je te veux. »
- « Je dois me faire discrète quelques temps. »
- « Combien de temps ? ».
- « Je ne sais pas. Je te tiens au courant »
- « S'il te plaît. Il faut que je te voie. »
Elle voulait s'en imprégner totalement, connaître le moindre mot par cœur, pour s'assurer qu'il n'y avait rien dans cette conversation qu'Alicia puisse justifier, détourner, utiliser pour se jouer d'eux. Elle devait pouvoir réagir à chacune des réponses que la jeune fille allait fournir. Elle ne pourrait pas leur échapper cette fois-ci. Jordan aurait voulu se réjouir pleinement, mais tant qu'Alicia n'était pas là, en face d'elle, mise face à la réalité des choses, elle s'obligeait à rester prudente. Sorenson avait reçu l'ordre de la ramener au commissariat dans les plus brefs délais.
Elle venait d'avoir Beckett au téléphone. Avec Castle, ils étaient sur la route pour rentrer au poste. La piste du tueur se précisait, et Wade avait déjà saisi toutes les nouvelles informations dans la matrice. Les propriétaires de la maison qu'avait habitée Douglas leur avait raconté que lorsqu'ils avaient voulu réaliser des travaux d'agrandissement ils avaient déterré des dizaines d'ossements d'animaux dans le jardin. Douglas était leur homme.
Wade et Clayton essayaient de trouver le nom de famille de cet enfant via les listes des élèves ayant fréquenté les écoles de Wanaque. Malheureusement les données étaient très lacunaires. Beaucoup d'établissements n'avaient pas conservé les fichiers papier de l'époque. Il allait donc être difficile de remonter jusqu'au tueur par ce biais-là. L'absence de données informatisées au début des années 80 était un obstacle majeur.
Ils avaient cherché à remonter la piste via les propriétaires successifs de la maison. Il y en avait eu trois en trente ans. Celui qui possédait la maison en 1984 était décédé depuis longtemps, et il n'avait jamais habité cette maison. Le père de Douglas était certainement locataire. Mais jusqu'à présent, ils n'avaient pu trouver aucun document, contrat de location ou charges locatives attestant qu'ils vivaient là-bas. Il allait être très difficile, pour ne pas dire désespéré, de remonter à quelque chose via les archives de la ville.
Esposito et Ryan firent leur entrée dans la pièce, l'air triomphants. Ils venaient d'interroger les trois derniers coureurs qu'ils n'avaient pu contacter la veille.
- Ca y'est ! On la tient ! lança Esposito, brandissant un téléphone à la main.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Shaw.
- Un des ados qui a participé à la course du lycée hier a fait plein de photos. Des selfies de lui et ses potes tout le long du parcours, expliqua Esposito.
- Et devinez qui courait hier parmi tous ces jeunes hommes ? fit Ryan.
- Alicia, constata Shaw avec un plaisir non dissimulé, en regardant les photos qu'Esposito faisait défiler devant elle.
- On a la preuve qu'il nous manquait, fit Clayton, elle est sortie du lycée. Elle nous a menti.
- On la voit sur plusieurs photos jusqu'à River Terrace, près de Rockefeller Park, et après plus rien, ajouta Ryan.
Pendant quelques secondes, ils se regardèrent tous les cinq, partageant les mêmes sentiments : à la fois du soulagement et de l'espoir, mais aussi de la stupéfaction, comme si cette nouvelle était trop belle pour être réelle.
- Et si elle trouvait une explication à tout ça ? fit Wade.
- Non, pas possible, répondit Shaw catégorique et sûre d'elle. On a la conversation et les photos.
- On la tient, affirma Ryan.
- Je ne voudrais pas jouer les rabat-joie, fit Esposito, mais ni la conversation ni les photos ne prouvent qu'elle ait participé aux enlèvements ou aux meurtres. Ça prouve qu'elle est en contact avec celui qui les a commis. Mais pas qu'elle était complice.
Ces dernières remarques jetèrent un froid. Shaw réalisa qu'il avait raison. Il serait difficile de convaincre un jury de la condamner sur les simples éléments dont ils disposaient.
- Dans cette discussion, on voit quand même qu'elle était au courant que le type trafiquait un truc louche avec le gamin, ajouta Ryan en relisant attentivement le document.
- Oui, mais pas qu'elle dirigeait les opérations. Tout est sous-entendu, beaucoup d'éléments peuvent être interprétés comme le fait de simplement cacher une relation amoureuse ou sexuelle, répondit Shaw.
- Elle se fout de nous, comme toujours. Elle a fait exprès d'en dire juste assez pour qu'on doute, mais pas trop pour pouvoir être condamnée, fit Esposito, et pour les photos c'est pareil. Ça prouve qu'elle est sortie et qu'elle a menti, mais pas qu'elle était sur la scène de crime.
- Sauf que je ne pense pas qu'elle avait prévu les photos, continua Ryan. Il va falloir l'exploiter. Si elle ne sait pas qu'on a ces photos, on peut lui laisser croire qu'on la voit partir sur Rockefeller Park.
- C'est risqué, fit remarquer Clayton.
- Au tribunal, il y aura un doute raisonnable si on n'a rien de plus, conclut Shaw, son enthousiasme retombant d'un seul coup, à l'image de celui des gars. Les jurés veulent de l'ADN, une image d'elle sur les lieux du crime, enfin quelque chose de concret. Ils ne condamneront jamais une ado traumatisée par la mort de son frère sur nos simples suppositions.
- On aura vingt-quatre heures de garde-à-vue pour la faire parler, ajouta Ryan, il faut qu'elle nous dise où est Sam.
- Peut-être qu'elle ne le sait même pas.
- Elle ne parlera pas, fit Shaw, ça m'étonnerait qu'elle avoue quoi que ce soit. Ça l'amuse de nous faire tourner en bourrique. Elle n'a peur de rien. Elle ira jusqu'au bout.
- Sam pourra nous aider. Il va la reconnaître. Forcément, assura Esposito.
- Il faut qu'on se dépêche de trouver ce psychopathe.
- Il y a beaucoup de Douglas père de deux filles dans le New-Jersey ? demanda Ryan.
- Plusieurs centaines, répondit Wade, en regardant les informations qui défilaient sur l'écran géant.
- Plusieurs centaines de parents ont appelé leur fils Douglas ? Pauvres gamins, railla Esposito.
- Qu'est-ce que t'as contre les Douglas ? fit Ryan.
- Rien. C'est moche, mais bon avis personnel…
- Et si on croise avec les données morphologiques qu'on a, il n'y a plus rien du tout dans le fichier des permis de conduire qui correspond, ajouta Wade.
- Soit il n'est pas du New-Jersey et on se plante sur toute la ligne, soit il conduit sans permis, fit Ryan.
- Il nous faudrait une information plus précise pour réduire la liste des suspects potentiels.
Lycée Stuyvesant, New-York, un peu avant 10 h.
Alicia et Addison attendaient le début de leur cours, adossées contre le mur du couloir, parmi une multitude d'élèves.
- Tu me prêtes ton téléphone Addy s'il te plaît ? demanda gentiment Alicia. Il faut que j'envoie un message à Scott.
- Oui, tiens, se contenta de répondre Addison, lui tendant son portable et essayant de paraître la plus naturelle possible.
- Merci, c'est gentil, fit Alicia, tapant quelques mots rapidement.
Addison était bouleversée, elle luttait pour ne pas se mettre à pleurer. Elle savait qu'à l'instant précis où Alicia tenait son téléphone entre ses mains, elle était en communication avec l'homme qui avait enlevé son petit cousin, Sam. Alicia avait fait tuer Jason et Braiden. Alicia, son amie de toujours, avec qui elle avait grandi.
Alicia effaça le message après l'avoir envoyé et rendit son téléphone à Addison. Elle allait entrer en classe, quand elle aperçut les deux agents s'avancer au bout du couloir. Elle comprit immédiatement. Ils n'avaient pas leur tête habituelle, celle qu'ils faisaient quand ils tentaient de passer le plus inaperçus possible dans les couloirs du lycée pour venir vérifier ce qu'elle faisait. Là, ils ne se cachaient pas, ils avaient remonté le couloir d'un air décidé, se glissant parmi les élèves qui patientaient nonchalamment avant leur cours. Ils venaient la chercher. Cette fois, ils avaient quelque chose. Ils avaient enfin dû trouver ses conversations passionnantes sur son ordinateur. Ils allaient l'interroger, Elle allait bien s'amuser.
L'agent Sorenson arriva à sa hauteur. C'était lui, qui, déjà, l'avait ramenée au poste la dernière fois. C'était lui qui avait sacrément dû se faire remonter les bretelles par son chef puisqu'elle avait réussi à quitter le lycée sous sa surveillance. Elle lui adressa un sourire enjôleur, sans même voir le regard plein de larmes d'Addison dans son dos.
- Alicia Cox, veuillez-nous suivre s'il vous plaît, lança Sorenson.
- Bien-sûr, Agent Sorenson, fit-elle sur un ton caressant, mais pour quel motif ?
- Nous avons des questions à vous poser dans le cadre d'une enquête fédérale, se contenta de répondre Sorenson, ne voulant pas créer d'attroupement dans ce couloir déjà bondé d'élèves.
- Mes parents sont prévenus ? demanda simplement Alicia, dans un calme olympien.
- Oui. Ils vous rejoignent au commissariat. Allons-y, fit Sorenson en la faisant passer devant lui.
Sorenson était sidéré par l'attitude de cette fille, son calme placide, son absence de réaction, ce sourire qu'elle affichait. Kate avait raison. C'était une psychopathe, totalement insensible. Il avait merdé. Il s'était fait avoir comme un bleu. Si ce gamin mourrait à cause de son erreur, il ne s'en remettrait pas. Pas cette fois-ci.
En montant dans la voiture du FBI, sous les regards curieux des quelques élèves qui traînaient aux abords du lycée, elle était intérieurement euphorique. Si les flics avaient découvert la discussion à laquelle elle pensait, ils ne la laisseraient pas sortir si facilement. Mais ils ne trouveraient jamais rien de concret la reliant à l'un de ces enlèvements ou de ces meurtres. Elle avait pensé chaque détail pour que son petit jeu se déroule à la perfection. Toutes ses discussions avec lui étaient basées sur des sous-entendus. Ils n'avaient aucune preuve physique permettant de la rattacher à l'un des crimes. Elle n'avait laissé aucune trace. Elle avait un alibi pour jeudi. Son père. Elle n'avait pas réussi à cerner s'il avait compris ou non l'ampleur de ses actes. Mais il devait tellement culpabiliser de voir ce qu'elle était devenue, que jamais il ne la trahirait, jamais il ne pourrait supporter l'opprobre de ses amis, de sa famille si on apprenait ce qu'elle avait fait. Le seul maillon faible dans son petit jeu machiavélique était Sam. Il la connaissait bien. S'il restait en vie, il saurait dire qu'elle était venue au parc. Mais Sam ne resterait pas en vie. Après avoir reçu son message, Doug allait en finir avec lui comme avec les autres. Pour ça, il était efficace. C'était son truc. Il finirait par se faire prendre, car il n'était pas assez prudent, mais ce n'était pas son problème à elle. Elle avait suffisamment travaillé son emprise sur lui pour le rendre dépendant. Elle ne comprenait pas vraiment ce pouvoir qu'elle avait sur lui, mais elle s'en moquait. L'essentiel était que jamais il ne la trahirait s'il était pris. Elle en aurait mis sa main à couper.
Elle ne serait jamais condamnée par un jury si les flics n'avaient rien d'autre que des discussions superficielles sur internet. Elle avait hâte d'être au poste, pour se repaître des réactions des uns ou des autres. Cette fois-ci, elle savait qu'ils auraient la certitude, à juste titre, qu'elle était mêlée à tout ça. Ils allaient batailler pour qu'elle avoue. Mais ils avaient perdu d'avance. Elle ne dirait rien. Jamais. Plutôt mourir tout de suite, que de ne pas prendre le temps de savourer le jeu jusqu'au bout. Par conséquent, elle hésitait encore quant au rôle qu'elle allait interpréter : la sainte-nitouche en larmes, c'était du déjà-vu. La névrosée, ce pourrait être drôle. Elle pourrait jouer sur différentes nuances dans le degré de folie. La muette apathique. Pourquoi pas.
Elle n'avait peur de rien. Dans le pire des cas, le plus extrême, s'ils finissaient par arriver à la faire condamner, elle pourrait toujours savourer la détresse de son père avec délectation. Qu'est-ce qui l'anéantirait le plus ? La voir croupir en prison ou enfermée dans un asile d'aliénés ? Devrait-elle avouer quand elle se retrouverait dos au mur ? Ou jouer la folle à lier pour éviter la case prison, et atterrir directement à l'asile ? Là-bas, il y aurait de quoi s'amuser avec tous les détraqués qui devaient y pulluler. Elle avait beau imaginer tous les cas de figure possible, ce qui l'attendait ne serait que pur plaisir.
Rien d'autre ne la retenait désormais dans la vie réelle. C'était soit s'amuser de ses délires démoniaques, se nourrir de la souffrance de ceux qui l'avaient laissée se perdre après la mort de Zach, soit se laisser mourir.
Elle n'était qu'une enfant à l'époque. Ils auraient dû être là, ils auraient dû l'empêcher de sombrer, ils auraient dû comprendre cette souffrance insurmontable qui la broyait de l'intérieur. Son père aurait dû la laisser partir, ce jour-là.
Elle avait sept ans. C'était le premier anniversaire de la mort de Zach. Triste anniversaire. Avec ses parents, ils avaient entamé ce sombre rituel qui les réunirait quasiment tous les ans par la suite. Aller au restaurant. Se souvenir de Zach. Comme s'il était besoin de commémorer ce jour où Dieu lui avait pris son frère. Son double. Son ami. Son confident. Depuis un an, elle s'était renfermée, ne parlant plus, n'exprimant plus aucune émotion. Ni tristesse, ni joie. Ses nuits étaient hantées par des cauchemars. Elle avait l'impression d'avoir le cœur écrasé de chagrin, d'être seule au monde. Mais personne ne comprenait. Le psychiatre, patient, la faisait dessiner. Le père Daniel lui racontait inlassablement l'Evangile. Sa mère, dans un état second, dopée aux antidépresseurs, alternait les séjours à l'hôpital et les crises d'angoisse à la maison. Son père n'était plus que l'ombre de l'homme qu'il avait été. Ce n'était pas la mort de Zach qui avait détruit l'enfant qu'elle était. C'était eux tous. Les adultes. Ceux qui auraient dû être là pour elle s'étaient réfugiés dans leur bulle. Et elle n'en faisait pas partie.
Après leur retour du restaurant, elle s'était retrouvée seule dans le salon. Son père était allé coucher sa mère, qui n'arrivait même plus à tenir debout. La fenêtre était ouverte, elle était sortie sur le balcon, s'était assise sur la balustrade, balançant ses pieds dans le vide. Elle avait regardé le ciel, cherchant Zach, qui devait être quelque part là-haut, au paradis. Le père Daniels passait son temps à lui dire que son frère était bien là où il était, qu'il avait trouvé le repos auprès de Dieu, parmi les anges, qu'il goûtait à la félicité éternelle. Peut-être que sa propre douleur, qui chaque jour, lui faisait un peu plus mal, pouvait s'apaiser finalement. Elle ne voulait pas vivre sans Zach. Elle ne voulait plus souffrir. Elle s'était laissée tomber pour le rejoindre. Mais elle avait senti la main puissante de son père se refermer sur son bras, et la retenir alors que déjà elle basculait dans le vide. Il aurait dû la laisser mourir. Il l'avait forcée à vivre le calvaire de sa vie. Un père doit vouloir le bonheur de ses enfants. Le sien était avec Zach. Il aurait dû la laisser mourir.
Sorenson, en jetant un regard dans le rétroviseur, vit des larmes couler sur les joues d'Alicia. Elle semblait inerte, sans vie, comme une poupée de cire. Mais des larmes coulaient sur ses joues. Avait-elle un cœur finalement ? Personne ne faisait attention à ses larmes. Elles étaient réelles. Mais pourquoi pleurait-elle tout d'un coup ? Avait-elle peur ? Il n'en savait rien.
12ème District, New-York, 11h.
Quand Castle et Beckett passèrent la porte de l'ascenseur, ils aperçurent le père d'Alicia qui patientait dans la salle destinée aux familles.
- C'est dramatique ce qui lui arrive, fit Rick en jetant à l'homme un œil de loin via les persiennes.
- Oui. Et je crois qu'il n'est pas encore au bout de sa peine, lui répondit Kate, tristement.
- Le pauvre homme, soupira-t-il.
Ils rejoignirent la cellule de crise, où Shaw, Esposito et Ryan étaient penchés sur l'écran de l'ordinateur.
- Alicia est arrivée ? demanda Beckett à peine entrée.
- Oui. On la fait mariner un peu en salle d'interrogatoire, répondit Jordan Shaw.
- Vous avez quelque chose ? demanda Rick.
- Elle a envoyé un message au tueur sur le téléphone d'Addy un peu avant dix heures. « Fais-le », répondit Ryan.
- Elle veut qu'il tue Sam ! s'exclama Castle, avec stupeur.
- Elle sait que Sam est un témoin capital, ajouta Shaw.
- On a le numéro et le nom du gars ? demanda Kate, avec inquiétude.
- Non. Téléphone jetable sûrement.
- On peut le localiser ? fit Rick.
- On essaye, répondit Esposito en fixant l'écran, mais on dirait qu'il est éteint, ou qu'il ne capte pas.
- Peut-être qu'il est encore au fin fond d'une forêt, suggéra Ryan.
- Il faut prier pour qu'il ne reçoive pas ce message, fit Kate, pensive.
- « Fais-le ». Encore un sous-entendu. Rien d'indubitable, ajouta Esposito.
Wade et Clayton sont partis avec Sorenson explorer les archives municipales pour tenter de trouver le nom de famille de ce Douglas, expliqua Shaw à l'intention de Beckett et Castle.
- Et les vidéos autour de Rockefeller Park ? demanda Kate.
- Ça tourne toujours …
- On a Alicia sous la main pour vingt-quatre heures. Il va falloir tenter le tout pour le tout pour la déstabiliser, continua Jordan Shaw.
- Toujours pas d'avocat ? demanda Kate.
- Non.
- Et le père ? fit Rick.
- Il est très abattu. Il ne veut pas assister à l'interrogatoire de sa fille. On attend encore une petite demi-heure, et on y va Beckett. Le Dr Henton est en train de l'observer. Je vais voir le Capitaine, fit Shaw en quittant la pièce.
Kate s'assit à la table, se saisissant du document contenant la conversation d'Alicia avec le tueur. De nouveau, elle se sentit envahie par une vague d'inquiétude. Alicia avait pu contacter le tueur. La vie de Sam était maintenant dangereusement en suspens. Son angoisse se mêlait à un agacement profond, tant cette fille jouait avec leurs nerfs. Elle repensa au sourire maléfique qu'Alicia lui avait adressé la dernière fois. Elle redoutait de perdre son sang-froid pendant l'interrogatoire.
Rick s'assit à son tour, le regard perdu vers l'écran. La vision de ce père dévasté lui avait retourné le cœur. Et il ne savait sûrement pas encore le quart de ce qu'avait fait sa fille bien aimée. Il devait être rongé par la culpabilité, détruit par la douleur de perdre son enfant. Cette fille, qu'il avait dû désirer ardemment, dont il avait rêvé la beauté et l'intelligence. Cette fille qu'il avait aimé, qu'il aimait encore, qu'il avait bordée, serrée dans ses bras, embrassée, vénérée. Cette fille dont il avait dû chérir le moindre des sourires, le moindre des progrès, le moindre des bonheurs pendant ses six premières années. Elle était devenue cet être pernicieux et maléfique. Comment un père peut survivre à pareille douleur ? Alicia portait-elle le mal en elle depuis toujours ou était-ce un concours de circonstances désastreuses qui avait abouti à en faire un être névrosé ?
Il chassa ses idées de son esprit, et jeta un œil à Kate, qui lisait sérieusement la conversation d'Alicia, sans même remarquer que Ryan et Esposito étaient plantés là, à les toiser du regard, de leur air malicieux. Kate bailla discrètement, ce qui le fit bailler à son tour.
- Et bien …., soupira Ryan.
- Quoi ? Qu'est-ce que vous avez tous les deux ? leur lança Rick, en regardant les deux compères qui avaient leur tête espiègle.
- Vous avez l'air bien fatigués, fit remarquer Esposito, avec un sourire plein de sous-entendus.
- On n'a pas beaucoup dormi, répondit Kate en baillant de nouveau.
- Pas beaucoup dormi … hmmm …, continua Esposito en fixant Rick, avec un air narquois.
- Mon canapé était confortable ? demanda Ryan.
Kate leva enfin les yeux vers eux, comprenant où ces deux-là cherchaient à en venir.
- Vous avez fait des folies sur le canapé ! railla Esposito, moqueur.
- Sérieux, vous avez fait des trucs cochons sur mon canapé ? reprit Ryan, prenant un ton effaré.
- Des trucs cochons, mec, on dirait un gamin de dix ans qui parle ! lui lança Esposito.
Kate leur lança un regard atterré.
- On n'a rien pu faire, répondit Rick en faisant la moue, on aurait bien voulu, mais Gates nous a interrompus.
- Gates vous a surpris en train de …
- Castle ! Tais-toi, lui asséna Kate avec un regard noir, et vous deux vous n'avez rien de mieux à faire que de chercher à savoir si on s'envoie en l'air ?
- Ben non …, répondit Esposito avec un sourire.
Kate le fusilla du regard, et le sourire d'Esposito s'effaça brusquement.
- En fait, on a des trucs à faire, tu viens Ryan ! lança Esposito en quittant précipitamment la pièce, suivi de près par son acolyte.
Kate se remit à lire, sans même adresser un regard à Rick.
- Tu es fâchée ?
- Non. Je lis.
Elle avait l'air vraiment fâchée cette fois-ci. Il était un peu surpris car d'habitude elle s'offusquait quelques secondes à peine quand il plaisantait avec les gars sur ce genre de sujet. Elle en riait même parfois sous ses airs exaspérés. Mais là, elle avait l'air nettement plus contrariée. Il n'avait pourtant pas dit grand-chose. Il opta pour la prudence, et la laissa finir de lire sans intervenir. Il se contenta de sortir son caillou de sa poche et de le faire rouler sur la table.
En entendant le cliquetis du caillou roulant à quelques centimètres de sa feuille, Kate leva des yeux agacés vers lui. D'un doigt, il bloqua son caillou pour le stopper. Nul besoin d'énerver davantage sa muse.
- C'est une calculatrice hors-pair, fit-elle en lui tendant la feuille, regarde.
Il lut à son tour le document.
- Ce n'est pas suffisant ça pour l'inculper ? demanda-t-il, surpris.
- Non. Chaque phrase ou presque a un double sens.
Elle se laissa tomber en arrière sur la chaise en soupirant, et lui jeta un regard lassé.
- Désolé, j'aurais dû me taire, fit-il gentiment.
- Ça c'est sûr.
- Mais c'est les gars aussi …
- Ne rejette pas la faute sur eux, c'est toi qui leur balance des trucs constamment.
- D'habitude ça ne t'agace pas à ce point-là, constata-t-il.
- Et bien là ça m'agace ! Je n'ai pas envie que tout le monde sache que le Lieutenant Beckett fait des folies de son corps en plein commissariat.
Rick trouvait sa réaction un peu excessive, et même surprenante. Mais le peu qu'il avait dit semblait l'avoir vraiment dérangée.
- On n'a rien fait, reprit-il. Et puis c'est juste Espo et Ryan …
- Tu crois que ça me plaît que Ryan et Espo sachent quand j'ai eu envie de toi, où on a fait l'amour, si c'était l'extase ou non ?
- C'est toujours l'extase …
Il sentit qu'il avait dit la phrase de trop.
- T'es bien un mec, toi franchement quand tu t'y mets ! lança-t-elle sèchement. Arrête de divulguer des informations sur notre vie sexuelle.
- Je ne fais pas exprès, ça sort tout seul.
- Et cesse de te justifier ! s'énerva-t-elle.
Il prit son air penaud, tentant son arme ultime. Son regard, qu'il plongea tendrement dans le sien. Elle finit par esquisser un sourire.
- Tu m'agaces, lui lança-t-elle, incapable de résister à son air charmeur.
Il sourit à son tour.
- Tu sais pourquoi ça m'agace ? reprit-elle. Parce qu'il n'y a rien de plus délicieux au monde, de plus euphorisant, de plus intense que de faire l'amour avec toi. Mais ça ne concerne que toi et moi. Alors garde ça pour nous, s'il te plaît.
- Ok. Bon, là je m'incline, sourit-il, touché par les mots qu'elle avait utilisés. Je ne lâcherai plus aucune information croustillante. Promis.
- Pfffff … Ne promets pas. Tu en es incapable.
- On parie ? lança-t-il, joueur.
Elle le regarda, hésitante.
- Ok. Tu ne dois rien dire pendant vingt-quatre heures. Sinon, privé de câlins pendant deux jours.
- Deux jours, c'est long ! Et si je gagne ? demanda-t-il avec un sourire.
- Tu ne gagneras pas, répondit-elle avec certitude. Mais si tu gagnais, tu aurais … toute ma reconnaissance.
- C'est nul ! s'indigna-t-il.
- Bon, si tu gagnes, je te serai totalement soumise …. le temps d'un câlin seulement, bien-sûr.
- Tu en es incapable ! sourit-il.
- Si ! Mais de toute façon, tu ne gagneras pas ….
- Ok. Bon, ça marche. Pari tenu.
- Pari tenu, répondit-elle en lui tapant dans la main.
Elle se reconcentra sur la conversation d'Alicia qu'elle essayait de décortiquer en notant au crayon des informations en face de chaque ligne.
Rick reprit le cours de ses pensées. Du bout du doigt, il relança son petit caillou, qui entraîné par son élan, tomba sur le sol. Ils eurent tous les deux le même réflexe de se pencher pour le ramasser. Kate l'attrapa avant lui, et le lui tendit.
- Range-moi ce caillou, Castle.
Il la regarda d'un air interdit, scrutant la petite pierre ronde qu'elle tenait entre ses doigts. Instantanément, des images lui revinrent en mémoire, telle une révélation soudaine.
- Je crois que je sais qui est le tueur ! lança-t-il à Kate qui lui jeta un œil étonné.
Chapitre 37
Cellule de crise, 12ème District.
Kate le regardait, cherchant à comprendre où il voulait en venir.
- Les fillettes, mais oui, c'est ça, fit-il en saisissant le caillou que lui tendait Kate.
- Castle, explique-moi, je ne comprends rien.
- Lundi, quand on est allés avec les gars à l'école de Tyler, il y avait une foule agglutinée derrière le barrage de police. Je tenais mon caillou et je l'ai fait tomber. Et quand j'ai voulu le ramasser, une petite fille m'avait devancé.
Kate l'écoutait attentivement, buvant ses paroles.
- Elle était avec son père et sa sœur plus âgée. Deux fillettes blondes. Elles étaient habillées exactement de la même façon, comme des jumelles mais avec quelques années d'écart. La plus petite devait avoir trois ou quatre ans je dirais. Et sa sœur sept ou huit ans environ.
- Et le père ?
- Je n'ai pas fait attention à lui. Je serais incapable de dire s'il correspond au portrait-robot de Tyler. Il a demandé à la petite de me rendre le caillou. C'est tout.
- Cela ne prouve pas que c'était lui, fit-elle, sceptique.
- C'était lui, Kate, affirma-t-il avec certitude, soutenant son regard.
Elle le dévisageait en réfléchissant. Il avait son air convaincu. Il était sûr de lui, il se trompait rarement. Elle voyait qu'il continuait de se creuser la tête.
- Elles n'avaient pas de cartable, reprit-il. C'était l'heure de la sortie de l'école, tous les gamins avaient des sacs ou des cartables. Mais elles n'en avaient pas.
- Tu te souviens de tout ça ? s'étonna Kate.
- Ma femme est flic. Je l'accompagne à mes heures perdues, du coup il m'arrive d'avoir des réflexes de flic …. Et puis, cette petite a failli voler mon caillou ! s'exclama-t-il en souriant.
Elle sourit à son tour, avant de reprendre :
- Si c'est bien lui, je dis bien si, il serait revenu près de l'école pour savourer les conséquences de son crime ?
- Oui. Si on part du principe que ses filles ne sortaient pas de cette école. Il a pu venir près de l'école de Tyler avec elles pour se fondre dans la masse. C'est son truc, expliqua Rick.
- Tyler a dit que l'homme l'avait laissé un long moment dans la cabane, en disant qu'il reviendrait, continua Kate. Peut-être qu'il avait prévu d'aller traîner aux abords de l'école justement.
- Oui, tu vois ça correspond. Mon caillou a trouvé le tueur, fit-il fièrement, un sourire ravi sur le visage, en admiration devant sa précieuse petite pierre.
- Ton caillou peut nous dire comment il s'appelle aussi ? demanda Kate, souriante, mais perplexe.
- Lieutenant Beckett, voyons, un caillou, si merveilleux soit-il, n'est pas doué de parole ! Malheureusement …, répondit-il en se remettant à réfléchir aux détails qui auraient pu lui échapper.
Il se remémorait encore et encore la scène. Il revoyait bien la petite fille, charmante, polie, sa petite main potelée lui tendant le caillou quand son père le lui avait demandé.
- Carrie, lâcha-t-il soudain comme une évidence.
- Quoi Carrie ? s'étonna Kate.
- Elle s'appelle Carrie. La petite, expliqua Rick, enthousiaste.
- Tu es sûr ? demanda-t-elle, pleine d'espoir.
- Oui ! Il a dit « Carrie, redonne ça au monsieur » ou quelque chose comme ça, affirma-t-il, sûr de lui.
- Je vais chercher Shaw, on va vérifier ça, fit-elle, encore sceptique, en quittant la pièce.
Norvin Green Forest, 12 h.
Le soleil était au zénith, et malgré l'ombre des arbres, il faisait une chaleur étouffante. Sam était assis dans l'herbe, occupé à essayer d'attraper des petits gendarmes noirs et rouges qui se faufilaient entre les brindilles, avec l'insouciance et la curiosité d'un enfant de trois ans.
Doug se tenait debout au bord de l'escarpement rocheux. Il regardait le vide qui s'étendait à ses pieds, en fumant une cigarette. De temps en temps, il jetait un œil au gamin. Il n'avait pas à se plaindre, il avait été tranquille, n'avait pas pleuré depuis son réveil. Mais la journée s'étirait en longueur, et lui commençait à tourner en rond ici. La petite clairière où il avait posé la tente faisait à peine quelques mètres carrés. Elle était perchée en haut de l'escarpement rocheux, et il avait passé une partie de la matinée à empêcher le petit de s'approcher du bord de peur qu'il ne tombe dans le ravin. Il ne voulait pas encore une fois laisser un gamin lui échapper. Cette fois, Alicia ne lui pardonnerait pas.
Alicia. A ne rien faire comme ça toute la matinée, il avait passé son temps à ruminer son absence. Son téléphone ne captait pas ici. Il n'avait donc aucune nouvelle. Il allait falloir qu'il descende pour rejoindre l'entrée du parc où il y aurait du réseau, et aussi de quoi acheter quelques vivres et de l'eau au distributeur, près du poste des garde-forestiers. Il n'avait pas prévu de passer plusieurs jours ici. Le petit n'avait pas l'air de se lasser du beurre de cacahuètes, mais lui commençait à avoir faim. Bientôt, il n'aurait plus d'eau non plus. Il n'allait pas avoir le choix. Il ne pouvait pas descendre avec Sam. C'était trop risqué. L'alerte Amber avait dû être déclenchée. Il ne pouvait pas le laisser non plus seul dans la tente plusieurs heures en pleine journée. Sam ne serait pas resté en place, et pouvait tomber dans le ravin. Il allait falloir qu'il attende la nuit, quand il serait endormi, pour parcourir les quelques kilomètres qui les séparaient de l'entrée du parc. La perspective de devoir passer l'après-midi ici sans rien faire, avec le gamin, le désespérait.
Il ne savait pas trop ce qu'Alicia voulait faire de Sam. Elle avait voulu l'enlever. Mais c'était différent des précédents. Pour Jason et Braiden, elle avait passé du temps avec les gamins, s'était occupée d'eux quelques heures. Il l'avait vue souriante comme jamais. Elle s'était offerte à lui à chaque fois, lui permettant de prendre son corps avec fureur et violence. Et elle lui avait demandé, à chaque fois, d'en finir avec eux. Pour passer au suivant. Mais maintenant c'était différent. Elle n'avait pas enlevé Sam pour passer du temps avec lui. Elle l'avait enlevé pour le jeu. Elle ne lui avait pas certifié qu'elle le rejoindrait. Elle lui avait dit qu'elle le contacterait. Il lui avait obéi, parce qu'il avait éperdument besoin d'elle. C'était une gamine au corps de femme. Comme celles qui défilaient dans le lit de son père. Comme sa mère. Il avait besoin de la sentir encore et encore, inlassablement. C'était la seule façon de faire taire son angoisse. Si tuer Sam était son désir, alors il s'exécuterait. Si elle était satisfaite, elle reviendrait vers lui. S'il la décevait encore, elle l'abandonnerait. Comme sa mère. Comme toutes les filles qui couchaient avec son père.
Il vit Sam se lever et trottiner vers lui. Il ne portait plus que son short, et était crasseux à force de se traîner par terre. Il se planta devant lui, et le regarda sans rien dire.
- Qu'est-ce que tu veux ? Retourne jouer, Sam, lui lança-t-il calmement.
- Je veux maman.
- Plus tard.
- Non, je veux maman, insista l'enfant.
Quand Braiden et Jason avaient braillé et réclamé leur mère, ça l'avait exaspéré et mis hors de lui. Il avait même perdu son sang-froid, et giflé Jason. Tellement fort que le gamin avait heurté violemment le mur et s'était ouvert la tête. Il ne s'était plus réveillé. Mais avec Sam c'était différent. Il était naturellement patient. Doug s'accroupit pour se mettre à hauteur de l'enfant.
- Pourquoi tu veux ta maman ?
Sam le regarda, comme s'il était surpris par la question. Il sembla réfléchir.
- Maman est gentille et me fait des câlins.
- Et moi je ne suis pas gentil ?
Sam hésita, le fixant toujours de ses petits yeux bleus.
- Je sais pas.
- Bonne réponse, bonhomme. Viens on va manger, fit-il en le prenant par la main.
Il ne comprenait pas vraiment pourquoi, mais Sam l'attendrissait.
Cellule de crise, 12ème District.
Shaw, Gates et les gars avaient accouru quand Beckett les avait informés qu'ils avaient peut-être une piste.
- Il faut chercher dans la base des élèves scolarisés à Hoboken, lança Shaw en se plantant devant l'écran lumineux pour saisir les informations fournies par Castle.
Des lignes de textes, de chiffres et de photos défilèrent, sous leurs yeux inquiets mais pleins d'espoir. Le temps leur sembla une éternité. C'était comme si le défilement n'allait jamais s'arrêter. Le silence était assourdissant. Personne ne parlait, personne n'osait détacher son regard de l'écran. Le verdict tomba enfin, presque irréel. Ils avaient trouvé celui qui était probablement le ravisseur de Sam.
Carrie Rice, trois ans, était la fille de Douglas Rice et Jodie Dunn, qui étaient séparés. Elle et sa sœur Aileen, âgée de sept ans, vivaient chez leur mère. Le père, sans emploi, habitait au 48 sur Monroe Street à Hoboken.
- On tient ce salaud, fit Esposito.
- Comment un homme père de deux fillettes aussi adorables peut être un tueur d'enfants ? fit Beckett, plus sidérée que soulagée, regardant les photos d'école de Carrie et Aileen sur l'écran.
- Bon boulot, Monsieur Castle, fit Victoria Gates en lui lançant des yeux pleins de gratitude et de bienveillance.
Rick lui jeta un regard satisfait, mais ne répondit rien, se contentant de fixer l'écran, presque abasourdi par les évidences qui s'affichaient. Par les visages souriants et adorables des fillettes dont le père était un psychopathe. Du doigt, Shaw cibla le nom du père et la photo de son permis de conduire apparut immédiatement.
- C'est lui, affirma Rick dévisageant cet homme à l'apparence ordinaire, ça correspond au portrait-robot de Tyler.
- Oui, c'est lui, confirma Shaw.
- Voilà pourquoi on ne le trouvait pas. Son permis de conduire vient de Floride, fit remarquer Ryan.
- Je lance l'avis de recherche. Il faut diffuser la photo de ce détraqué au plus vite, lança Victoria Gates en quittant la pièce pour rejoindre son bureau.
- Lieutenants Esposito et Ryan, prenez des hommes, allez chez lui, ordonna Shaw. Passez son domicile au peigne fin. Trouvez-nous de l'ADN, et tout ce qui pourra nous aider à découvrir où il planque le petit.
- Ok, c'est parti ! lança Ryan.
Les gars s'élancèrent précipitamment, motivés par cette piste enfin concrète et l'espoir de retrouver l'enfant prochainement.
- Lieutenant Beckett, nous il faut qu'on aille interroger Alicia. Castle, je peux vous confier une mission ? demanda Jordan Shaw en se tournant vers Rick.
- Oui, bien-sûr, fit-il, ravi de se voir confier une tâche personnellement.
- Trouvez tout ce que vous pouvez sur la vie de ce Douglas Rice. Aujourd'hui et hier. Je veux tout savoir.
- Je peux me servir de l'écran tout seul ? demanda-t-il avec enthousiasme.
- Oui.
- Oh Oh ! C'est jour de fête ! s'exclama-t-il joyeusement.
- J'appelle Wade et Clayton pour qu'ils trouvent et ramènent son ex copine. Elle doit avoir plein de choses intéressantes à nous apprendre. Lieutenant Beckett, on se rejoint en salle d'interrogatoire dans cinq minutes, pour s'occuper du cas d'Alicia, fit Jordan Shaw en s'élançant hors de la pièce avec empressement.
Rick commençait déjà à tapoter sur l'écran avec l'euphorie d'un gamin découvrant un nouveau jouet le matin de Noël.
- N'abîme pas le matériel du FBI, Castle ! lui lança Kate, depuis l'encadrement de la porte. Ça peut te coûter très très cher.
- Ne t'inquiète pas ! Je maîtrise la technologie ! répondit-il, jovial, sans même se retourner, faisant courir ses mains sur l'écran.
Elle le regarda quelques secondes, attendrie par son enthousiasme, admirative de sa détermination, sa patience, son sens de l'observation, sa mémoire aussi, qui allait peut-être permettre de sauver Sam. Puis elle quitta la pièce à son tour.
Salle d'interrogatoire, 13 heures.
Le Docteur Henton avait observé Alicia pendant près d'une heure, derrière la vitre sans tain. Là où la plupart des suspects se seraient énervés, lassés d'attendre qu'on veuille bien venir les interroger, Alicia était demeurée calme. Au début, elle s'était contentée de rester assise, comme une poupée posée sur sa chaise. Elle n'avait quasiment pas bougé, triturant simplement de temps à autre le bracelet autour de son poignet, les yeux rivés sur ses mains. Et puis, tout d'un coup, au bout de vingt minutes, elle s'était levée, comme un automate mu par un mécanisme, et avait commencé à faire le tour de la salle à pas lents en rasant les murs. Henton avait vu ses lèvres se mettre à bouger légèrement. Il avait appuyé sur le bouton permettant d'entendre ce qui se passait dans la salle d'interrogatoire. Alicia fredonnait un air qu'il ne reconnaissait pas. Il scrutait son visage, le moindre de ses mouvements de lèvres, de ses clignements de paupières, la taille de ses iris, le jeu de ses mains effleurant ses jambes au rythme saccadé de ses pas. Au bout de quelques minutes d'observation, il réalisa qu'à chaque fois qu'elle passait devant la vitre sans tain, ses iris opéraient un infime mouvement vers la droite de son œil, vers cette vitre, comme si son esprit cherchait à savoir si la personne derrière gobait son petit jeu. Elle tourna en rond ainsi pendant de longues minutes, les bras ballants le long du corps, le regard perdu dans le vide, sans cesser de fredonner.
- Alors ? fit Shaw, suivie de Beckett, alors qu'elles entrèrent dans la petite pièce jouxtant la salle d'interrogatoire.
Elle tourne en rond comme le font les aliénés depuis presque une demi-heure, répondit le Dr Henton.
- Elle est folle ?
- Non. Elle veut qu'on le croit. Regardez ses yeux quand elle passe devant la vitre.
Shaw et Beckett se concentrèrent sur le regard d'Alicia, qui tournaient en rond, inlassablement.
- Je ne vois rien, fit Beckett.
- Si, ajouta Shaw, ses iris oscillent légèrement. C'est à peine perceptible.
- Oui. Parce que c'est involontaire, expliqua Henton. C'est la seule chose d'involontaire dans sa petite mise en scène. Son cerveau oriente mécaniquement ses iris vers la vitre, car elle joue un jeu pour le public qui se trouve derrière cette vitre. Nous.
- Qu'est-ce qu'elle chantonne ? demanda Beckett.
- Je ne sais pas, je n'arrive pas à reconnaître de quoi il s'agit, répondit Henton.
Ils tendirent tous les trois l'oreille, s'imprégnant de l'intensité de l'air que fredonnait l'adolescente.
- Dans l'antre du roi de la montagne, lâcha Shaw comme une évidence. Ça vient d'un vieux film des années trente. M. le Maudit. Dans le film, le tueur sifflote cette chanson. C'est l'indice qui le trahit.
- Comment elle connaît ça ? s'étonna Kate.
- Elle est simplement cultivée, et extrêmement intelligente, répondit Jordan Shaw.
- Quel genre de tueur est-ce ?
- Un tueur d'enfant. C'est un aliéné, qui souffre d'un dédoublement de la personnalité.
- Elle se fout de nous. C'est dingue ! s'exclama Kate.
- Vous croyez vraiment qu'elle veut nous laisser croire qu'elle est folle ? demanda Shaw à l'intention du Dr Henton.
- Elle est suffisamment censée pour fredonner sciemment cette chanson-là. Pas une autre, explique-t-il. Je crois plutôt qu'elle nous lance un avertissement. Si on l'envoie au tribunal, elle plaidera la démence. Le dédoublement de la personnalité. L'aliénation mentale. Comme le tueur de ce film. Interroger cette fille n'apportera rien.
- On doit tenter notre chance, fit Beckett, de plus en plus sceptique malgré tout.
L'attitude d'Alicia, son obstination à se jouer d'eux, à les provoquer, les tourner en ridicule, montraient à quel point elle ne lâcherait rien.
- J'ai rarement vu un tel degré de machiavélisme, continua le Dr Henton. Si vous l'interrogez, elle va vous sortir toute la palette de son talent. C'est son heure de gloire.
- On n'a pas le choix, répondit Shaw. On doit en tirer toutes les informations possibles.
- Je sais.
Beckett et Shaw rejoignirent la salle d'interrogatoire. Alicia, sans réaction, continua de tourner dans la pièce, sans cesser de chantonner.
- Alicia ! lui asséna Jordan Shaw avec vigueur.
La jeune fille fit mine de sursauter comme si elle venait d'être arrachée à un rêve, et se tourna vers elles.
- Assis-toi, ordonna Shaw faisant mine de ne pas prêter attention à son petit manège.
Elle s'exécuta, sans mot dire. Beckett et Shaw prirent place devant elle. L'adolescente bien sage du premier interrogatoire avait disparu. Alicia s'offrait à elles dans toute la splendeur du diabolisme qui l'habitait.
- Alicia, commença Shaw, je te rappelle que tu es mise en accusation pour enlèvement et complicité d'enlèvement d'enfant. Je vais commencer par te rappeler tes droits pour être bien sûre que tu comprennes tous les enjeux. Tu as le droit de garder le silence. Si tu renonces à ce droit, tout ce que tu diras pourra et sera utilisé contre toi devant une cour de justice. Tu as le droit à un avocat. As-tu bien compris ?
-Je n'ai pas besoin d'avocat. Et je n'aime pas me taire, répondit Alicia comme si tout d'un coup elle avait retrouvé toute sa tête.
- Tant mieux. Ça nous arrange, répondit Shaw fermement.
- Il s'avère que nous avons trouvé sur ton ordinateur plusieurs conversations que tu as tenues avec un inconnu, lança Beckett.
- C'est interdit de parler aux inconnus ? fit mine de s'étonner Alicia.
- Si cet inconnu est impliqué dans des enlèvements et meurtres d'enfants, ça l'est oui. Douglas Rice. C'est lui, lâcha Beckett, en lui lançant la photo.
Alicia regarda la photo, et un petit sourire narquois fit son apparition sur ses lèvres, ne quittant plus son visage.
- Tu le connais ? demanda Shaw.
- Lui, non. Son corps, oui.
Elles parlaient avec Alicia depuis moins de cinq minutes, et l'attitude volontairement provocatrice de l'adolescente les horripilait déjà au plus haut point. Elle n'avait aucune retenue. Elle choisissait volontairement les mots qui allaient avoir de l'effet, ceux qui pouvaient choquer. Après avoir joué la folle, elle dévoilait sciemment son côté nymphomane. Beckett et Shaw parvenaient, pour l'instant, à faire mine de ne pas prêter attention à son petit jeu.
- Tu couches avec lui ? demanda Beckett.
- On peut dire ça.
- Quand ? Où ? Lorsque tu sors de chez toi la nuit ? continua Shaw.
- Oui. Enfin depuis que vos agents campent devant chez moi, j'ai dû renoncer à mes petits plaisirs nocturnes, ironisa-t-elle.
- Tu ne voyais pas le père Daniels alors ?
- Le père Daniels ? Non, bien-sûr que non, sourit-elle.
- Pourquoi as-tu menti ?
- J'ai dû prendre l'un de mes fantasmes pour la réalité. Cela m'arrive parfois.
Kate sentait son sang commencer à bouillir dans ses veines. Elle avait du mal à savoir comment appréhender Alicia, tellement elle était inhumaine, insensible, ignoble. S'énerver contre elle ne servirait à rien. La menacer non plus. Kate se sentait impuissante, et pourtant il fallait l'amener à dire où était Sam.
- Où Douglas a-t-il emmené Sam ? demanda Beckett fermement.
- Vous croyez que c'est lui qui a enlevé Sam ? Non, Douglas ne touche pas aux enfants. Il est un peu dérangé, c'est vrai, mais les enfants sont le dernier de ses soucis.
- On a la preuve que c'est lui qui a enlevé et tué Jason Miller, Braiden Moore et Tyler Benett, annonça froidement Kate.
- Vous êtes sures ? demanda Alicia, avec un air innocent et incrédule.
Kate avait envie de bondir, tant cette fille la faisait enrager. Pour tenter de maîtriser sa fureur grandissante, elle se leva et se mit à marcher de long en large dans la pièce. Avec l'énervement et la chaleur étouffante qui régnait ici, elle ressentait une sensation de mal être désagréable.
- Il a bien caché son jeu, reprit Alicia, l'air contrite, comme si elle avait été tout d'un coup convaincue. Moi, qui croyais qu'il n'était violent qu'au lit.
- Il est violent avec toi ? fit Shaw, cherchant à sonder ce qui pouvait être vrai parmi la foule des mensonges d'Alicia.
- Parfois il m'étrangle, annonça Alicia le plus naturellement du monde.
Kate s'arrêta de marcher, et la regarda, sidérée. Shaw lui jetait aussi un œil stupéfait.
- Oh, ne faites pas cette tête, j'aime ça aussi, sourit la jeune fille.
- Où est-il ? demanda Kate en posant violemment ses mains sur la table pour toiser Alicia avec des yeux furieux.
- Il habite sur Monroe Street à Hoboken. Mais vous devez déjà le savoir.
- Comme toi tu sais très bien qu'il n'est pas là-bas, répondit fermement Beckett. Où a-t-il emmené Sam ?
- Je n'en sais rien. Je ne savais même pas qu'il enlevait des gamins.
- Et ça c'est quoi ? Tu te fous de nous ? fit Shaw en lui tendant une copie de la conversation qu'elle avait tenue avec Douglas.
- Ah ça ? J'avais oublié, tiens, qu'il m'avait raconté tout ça.
- Tu savais qu'il avait enlevé Tyler, affirma Beckett.
- Peut-être. Peut-être pas.
- « Et si j'en trouve un autre ? ». Tu savais qu'il cherchait un autre enfant à enlever.
- Ah bon ? Où voyez-vous qu'il parle d'un enfant ? Il cherchait un nouveau cadeau à m'offrir, c'est bientôt l'anniversaire de notre rencontre.
- « Tu n'as pas été capable de faire ce que je te demandais ». Que lui demandais-tu ? continua Shaw.
- Cela faisait des mois que je lui demandais de m'offrir ce foulard dont je rêvais tant. Mais vous savez comment sont les hommes. ça rentre par une oreille, et ça sort par l'autre, expliqua-t-elle comme si elle parlait sous le coup d'une longue expérience de la vie.
- Tu manipules cet homme ? demanda Kate.
- J'aime le sexe avec lui, Lieutenant Beckett, répondit-elle, avec un sourire explicite.
- Tu le manipules ? insista Kate, ne la lâchant pas du regard.
- Je lui donne ce qu'il veut. Du sexe pour le sexe. Rien d'autre, répondit Alicia, narquoise.
Plus l'interrogatoire avançait, plus Kate se rendait compte qu'il ne donnerait rien. Elle ne dirait jamais où était Sam. Elle ne lâchait que les informations qu'elle voulait bien leur donner. Elle tournait tout en dérision. Elle n'essayait même pas vraiment de se défendre contre les accusations. Elle prenait juste plaisir à être là. Kate commençait à avoir mal au crâne, soit à cause de la chaleur étouffante qui régnait dans la pièce, soit à cause de cet interrogatoire qui ne menait nulle part.
- Alicia, tu nous as dit que tu n'avais pas quitté le lycée hier matin entre 10h et 10h30. Tu nous as menti, continua Shaw.
- Tout est mensonge. La vie est mensonge, une vaste farce, se contenta-t-elle de répondre.
- Regarde ces photos, fit Beckett, en alignant devant elle les selfies pris par le jeune coureur lors du cross de la veille.
Shaw scruta la jeune fille, et observa une lueur inhabituelle dans son regard, un clignement d'œil, une hésitation qui ne dura pas plus d'un millième de secondes. Alicia ne s'attendait pas à ces photos qui prouvaient non seulement qu'elle avait menti, mais qu'en plus elle se trouvait à proximité d'une scène de crime.
- Tu es sortie du lycée hier matin, en te faufilant parmi ces coureurs, continua Kate.
- Oui, c'était sympa de prendre un peu l'air, répondit banalement Alicia.
- Tu vois cette photo-là ? fit Shaw en pointant du doigt celle qui se trouvait le plus au centre. Tu étais à quelques mètres de l'endroit où Sam Hill a été enlevé.
- Et alors ?
- Tu l'as enlevé, lâcha Beckett.
Alicia se contenta de sourire, comme à son habitude.
- Pourquoi es-tu sortie du lycée ? demanda Shaw.
- Je voulais tester l'efficacité de vos agents. Il n'y a pas à dire, ce sont de fins limiers, ironisa-t-elle.
- Comment es-tu rentrée dans le lycée ?
- Par les cuisines, bien-sûr. Au cas où vous ne l'auriez pas compris, j'aime le jeu. Duper vos agents était euphorisant, je dois l'avouer.
Kate se rassit. Sa tête commençait à bourdonner, elle se sentait toujours désagréablement mal à l'aise. Shaw orienta l'interrogatoire vers la question des appels téléphoniques.
- Hier matin, tu as reçu un appel de Douglas sur le téléphone d'Addison ? continua Shaw.
- Oui. Pas le choix. Mon père m'a confisqué mon téléphone. C'est Addy qui vous l'a dit ?
- Douglas était dans une cabine téléphonique à côté du lycée, et à côté de Rockefeller Park où Sam a été enlevé, poursuivit Shaw, sans prendre la peine de répondre à sa question.
- Il me suit partout. C'est épuisant d'être adoré comme ça. Maintenant que vous le dites, il a un petit côté psychopathe. Je devrais faire attention à moi.
- Ce matin, tu as envoyé un message à Douglas, lui lança Kate.
- Oui. Je n'y crois pas. Quelle salope cette Addison ! s'exclama-t-elle, l'air énervée.
Shaw doutait qu'elle le soit vraiment.
- « Fais-le ». Que voulais-tu lui dire ?
- Rien de spécial. J'aime bien lui donner des ordres. Il aime être dominé. Au fait, c'est sympa de discuter avec vous, mais de quoi suis-je accusée précisément ? demanda Alicia, comme si elle venait tout juste de réaliser qu'elle était en plein interrogatoire.
- Tu as participé aux enlèvements et à la séquestration de Jason Miller, Braiden Moore et Sam Cox. Tu as incité Douglas Rice à tuer Jason et Braiden.
- Tout ça. Et bien … Et quels indices avez-vous ? Je veux dire, des vrais indices ?
- Où est Sam ? s'écria Shaw avec une violence qui surprit Kate elle-même.
- Je n'en sais rien, murmura Alicia, je ne sais pas, je ne sais pas. Laissez-moi tranquille, pourquoi vous en prenez-vous à moi ? se braqua tout d'un coup la jeune fille, commençant à sangloter.
Shaw et Beckett se lancèrent un regard mi- exaspéré mi- sidéré. En quelques secondes, Alicia était passée du sourire narquois, de la prétention et de l'insolence aux larmes et à la contrition. Elle se mit à se balancer sur sa chaise, le regard figé dans le vide, et reprit le fredonnement de son petit air angoissant.
- Tu as envie que Sam meurt ? cria Shaw.
La jeune fille ne répondit pas, continuant son balancement saccadé, chantonnant sans même lever un œil vers elles.
- Alicia ! Arrête ton cinéma ! hurla Kate en se levant d'un bond, prise de rage.
Toujours aucune réaction. C'était comme si Alicia s'était enfermée dans une bulle impénétrable. Elle avait mis en marche son processus de défense. L'aliénation mentale. Kate sentit sa tête bourdonner de plus en plus intensément, et une chaleur immense lui donner mal au crâne. Elle commençait à se sentir mal, sans savoir pourquoi. Il fallait qu'elle sorte d'ici. Elle se précipita hors de la pièce, ne voyant pas que Jordan Shaw l'avait suivie, claquant la porte derrière elles. A peine dans le couloir, elle s'adossa au mur, sentant ses jambes flageller, ses yeux se voiler. Elle se frotta le visage des deux mains, luttant pour ne pas s'évanouir.
