Chapitre 42

Norvin Green Forest, 16h.

Doug avait entendu le vrombissement de l'hélicoptère passer, cette fois-ci, juste au-dessus de leurs têtes. Sam s'était mis à pleurer, terrifié par le bruit et le tourbillon de poussières et de brindilles. Il l'avait aussitôt pris dans ses bras pour le calmer, autant par instinct que pour qu'ils ne se fassent pas repérer. L'hélicoptère était repassé quelques minutes plus tard dans l'autre sens. Cette fois Sam, s'était contenté de s'agripper à son cou, sans bouger, sans pleurer. Il avait vu l'hélicoptère disparaître au loin. Cela le rassura, pour un temps.

Au même moment à quelques centaines de mètres …

Jordan Shaw venait de recevoir sur son talkie-walkie le message que tout le monde espérait depuis des heures. Ils s'étaient tous figés, attendant les consignes. Une présence suspecte avait été repérée par l'hélicoptère. Du mouvement dans les branchages, et des tâches de couleur sous les feuillages. En haut de l'escarpement situé à cinq cent mètres d'eux. Une équipe composés de policiers de Ringwood se trouvait à proximité sur le flanc nord de la butte, et s'apprêtait à entamer aussi l'ascension. Il n'y avait aucune certitude. Pour ne pas inciter l'homme à bouger, si c'était bien lui, l'hélicoptère avait préféré s'éloigner, se contentant de signaler la position de ce qui avait été repéré.

- Préparez-vous ! Mettez les gilets ! ordonna Shaw. On va gravir l'escarpement. Sorenson, Esposito, passez devant. Ryan, Beckett, avec moi en couverture.

Ils s'exécutèrent, revêtant leurs gilets pare-balles. La tension était palpable au moment de s'élancer dans la pente. Leurs regards anxieux se croisaient, s'interpellaient, se donnaient mutuellement confiance. Ils ne savaient pas à quoi s'attendre. Douglas n'était pas supposé être armé, mais ils n'en avaient pas la certitude. Rien ne confirmait non plus que Sam était toujours en vie. Ils avancèrent péniblement, le souffle court, chacun scrutant ses pas, s'accrochant aux branches pour faciliter son ascension. Leurs têtes étaient vides, ils ne pensaient plus, avançaient comme des automates expérimentés vers leur objectif.

Arrivés à quelques mètres du sommet, ils s'arrêtèrent, tendant l'oreille. Le silence était pesant, seulement interrompu seulement par le murmure saccadé de leurs respirations haletantes. D'un geste, Shaw fit signe à Sorenson et Esposito de se coucher et de ramper jusque sur le plateau. Ryan et Beckett s'écartèrent chacun sur un côté, la main posée sur leur arme pour les couvrir, tandis que Castle restait en contrebas dans la pente.

Esposito et Sorenson rampèrent sur quelques mètres, puis, couchés parmi les feuilles et les branches, passèrent furtivement la tête au sommet. Ils balayèrent du regard le plateau herbeux. Rien. Esposito tendit les yeux un peu plus loin, contre le mur de rochers. Il y avait quelque chose de bleu, comme une toile, immobile. D'un mouvement des yeux et du menton, il indiqua à Sorenson ce qu'il avait aperçu, puis se retourna, et signifia au reste de l'équipe qu'il y avait quelque chose. Shaw leur fit un signe de tête leur donnant l'autorisation d'agir.

En un bond, ils se retrouvèrent sur le plateau, prirent leur arme au poing, et avancèrent pas à pas vers le tissu bleu. Beckett, Ryan et Shaw grimpèrent à leur tour, arme à la main, s'assurant que l'endroit était sécurisé.

- RAS ! lança Sorenson en soulevant le tissu bleu.

- C'est une tente, il était là ! s'exclama Esposito.

- Il ne peut pas être bien loin, fit Castle en tournant sur lui-même pour regarder où l'homme avait bien pu partir.

Ils se mirent à arpenter la zone, à fouiller les fourrées et les buissons, rejoint par les six hommes en uniforme de la police de Ringwood.

- Il n'y a qu'une issue possible, conclut Beckett en désignant le ravin.

- C'est sacrément à pic, fit remarquer Ryan tandis que Kate s'avançait vers le bord de l'escarpement rocheux et la pente raide qui s'étendait à ses pieds.

Par endroits, c'était une véritable falaise verticale, mais ailleurs, la pente s'adoucissait légèrement et rendait la descente réalisable, bien que dangereuse. Il était néanmoins impossible de descendre sans s'accrocher avec les mains pour accompagner le mouvement de ses pieds. Si Doug était descendu là, avec Sam dans les bras, c'était une mission suicide.

Beckett se pencha légèrement, tentant d'apercevoir quelque chose. Et elle le vit. Là. Environ trente mètres plus bas. Accroché à la paroi rocheuse, Sam suspendu à son cou. Son sang ne fit qu'un tour. Instinctivement, elle s'apprêta à hurler pour que Douglas stoppe sa descente. Mais elle se reprit, contrôlant sa peur et sa rage, pour ne pas mettre la vie de Sam en danger. S'ils étaient pris par surprise, l'un ou l'autre pouvait lâcher prise et tomber s'écraser en contrebas.

Elle se contenta de faire un signe vers Shaw, et tous s'avancèrent prudemment au bord du ravin pour constater de leurs propres yeux. Douglas était immobile, sur une sorte de replat, large de moins d'un mètre, regardant vers le bas. Il portait Sam d'un bras, tandis que l'enfant s'accrochait à son cou, sans bouger, presque inerte.

Ils se lancèrent des regards remplis d'angoisse. Leurs visages, déjà marqués par l'épuisement, étaient livides. Ils se demandaient quelle attitude adopter pour sortir Sam de là vivant.

Avec précipitation, Shaw se saisit du talkie-walkie pour signaler la position de Douglas et envoyer au plus vite des équipes et des secouristes en bas du ravin. Elle réfléchissait, rapidement, pour trouver une solution.

- Ils vont mettre un temps fou pour arriver par en bas. On n'a pas d'équipe de ce côté-là, fit Ryan, perplexe.

- Il faut descendre, lâcha Beckett, le regard pétri d'angoisse.

- Descendre ? s'étonna Castle, inquiet qu'il ne lui prenne l'envie de descendre elle-même dans le ravin.

- On peut tenter de lui parler, fit Esposito.

- Et s'il prend peur et lâche Sam ? demanda Sorenson.

- Il ne le lâchera pas. Il ne l'a pas tué. Il l'a emmené avec lui. Il ne veut pas le voir mort, répondit Shaw.

- Mais on n'est pas à l'abri, un faux mouvement ou un faux-pas et ils tombent tous les deux, constata Rick, en jetant un œil vers le vide.

- On va lui parler, fit Shaw. Reculez tous, qu'il ne voit pas un attroupement ici quand il va lever la tête. Beckett, restez avec moi.

Les hommes reculèrent. Le regard de Rick croisa celui de Kate. Elle comprit qu'il lui demandait d'être prudente. Il n'avait pas l'air rassuré à l'idée qu'elle se tienne si près du bord.

- Douglas ! lança Shaw, tournée vers la pente, dans un cri qui déchira le silence pesant qui planait sur la forêt, et résonna dans un écho strident.

Elles le virent se figer, puis décrocher Sam de son cou, et le poser à ses côtés sur un rocher, tout en gardant sa main dans la sienne. Puis il leva la tête, sans rien dire.

- Douglas ! Ne bougez plus ! continua Shaw, d'une voix calme mais autoritaire.

- Et ensuite ? hurla Douglas, froidement.

- Laissez-nous récupérer Sam ! cria posément Beckett, évitant de répondre à sa question.

- Sam reste avec moi, répondit-il, catégorique.

- On tient Alicia. Vous n'avez plus de raison de garder Sam, tenta Shaw.

Cette fois, Douglas ne dit rien. Ils avaient Alicia. C'est pour ça qu'elle ne s'était pas inquiétée de savoir s'il avait fait ce qu'elle lui avait demandé. Ils avaient trouvé des preuves. Mais lesquelles ? Il regarda Sam qui cramponnait son ourson, inconscient du drame qui se déroulait. Le petit leva vers lui ses yeux interrogateurs.

- Accroche-toi Sam. On va descendre, fit Douglas, en le hissant dans ses bras.

Shaw et Beckett observèrent sidérées la scène qui se déroulait. Sam se laissait porter, sans réaction. Douglas se remettait à descendre la pente.

- Douglas ! Arrêtez ! hurla Jordan Shaw, terrifiée à l'idée que l'enfant puisse tomber sous leurs yeux.

- Vous n'irez nulle part ! On a des hommes qui vous attendent en bas ! tenta Kate.

- Moi, je ne vois personne ! répondit-il avec arrogance, espérant encore s'enfuir une fois arrivé en bas du ravin.

- Vous n'avez pas tué Sam. Vous ne lui voulez pas de mal, expliqua Shaw.

- Posez-le ! cria Kate, contrôlant de plus en plus difficilement la rage et l'angoisse qui l'emportaient.

- Que savez-vous de ce que je veux ? demanda Douglas, tout en avançant pas à pas, tournant le dos au vide.

Il progressait doucement, tenant d'un bras puissant Sam contre sa poitrine, s'accrochant de l'autre aux prises qu'il rencontrait pour maîtriser sa descente. Le moindre de ses pas était une prise de risque. Il ne voyait pas où il posait les pieds, tantôt sur une pierre, tantôt à même la terre qui se dérobait à chaque fois un peu sous ses semelles. Il avait encore une cinquantaine de mètres à parcourir pour atteindre le sol, rocheux, qui s'étendait plus bas.

- Pensez à Aileen et Carrie, continua Shaw, essayant de toucher le cœur de ce père aimant.

- C'est trop tard. Malheureusement, elles vont devoir vivre avec le fait que leur père soit un tueur.

- Ce n'est pas vous, Douglas. C'est Alicia la responsable. Elle vous a manipulé.

Kate jeta un œil anxieux vers Shaw, se demandant si c'était une bonne idée de continuer à faire parler cet homme, tant la moindre déconcentration pouvait l'amener à faire une erreur, et glisser, tomber vers le fond du ravin.

Shaw recula vers le reste de l'équipe.

- Il faut descendre, lança-t-elle. Il ne s'arrête pas. S'il voit qu'on vient le chercher, ça peut le stopper. Si on prend le risque de le laisser descendre, il a le temps de nous filer entre les mains.

- Ok. J'y vais, fit Esposito, sans hésitation.

- Moi-aussi, ajouta Sorenson, soucieux d'être actif tant il se sentait responsable du tragique destin de Sam.

- On va prévoir un hélitreuillage pour vous récupérer ensuite, ajouta Shaw en lançant un appel à l'hélicoptère via son talkie-walkie pour que les hommes se tiennent prêts.

Esposito et Sorenson s'avancèrent vers le rebord de l'escarpement. La pente était très raide, mi- rocheuse mi- terreuse, mais pas complètement verticale et régulièrement des pierres et des replats permettaient de poser les pieds, d'accrocher ses mains. Néanmoins, sans corde de sécurité, sans être assuré, la mission allait être périlleuse.

- Sam est tout ce qui compte, leur lança Shaw. Ne prenez pas de risque inconsidéré. Vous récupérez Sam. C'est tout, ok ?

- Ok.

Sorenson et Esposito se retournèrent pour descendre, dos au vide, collant leur torse sur la paroi.

- Soyez prudent les gars, fit Kate, en lançant un regard inquiet à Javier.

- Oui, ne t'inquiète pas, répondit Esposito en soutenant le regard de Kate de ses yeux sombres.

- Douglas ! reprit Beckett, toujours calmement pour ne pas l'affoler, redoutant une réaction impulsive qui leur serait fatale. Nos hommes viennent chercher Sam. Ne bougez plus.

Douglas s'arrêta, leva la tête vers la hauteur pour constater qu'elle ne mentait pas. Deux flics avaient bien entrepris de descendre vers lui. Ils progressaient rapidement, alertes dans la pente.

- Que va-t-il arriver à Alicia ? lança Douglas, comme si à cet instant précis où sa propre vie était en jeu, seul le destin de cette fille le préoccupait.

- A votre avis ? demanda Kate.

Elle essayait de le faire parler pour gagner du temps et permettre à Esposito et Sorenson de se rapprocher le plus vite possible de Sam.

- Je veux la voir ! cria Douglas avec espoir.

- Vous ne pouvez pas. Elle vous a abandonné Douglas. Comment croyez-vous qu'on vous a trouvé ? lança Shaw.

Doug agrippait l'enfant suspendu à son cou. Son esprit était torturé. Il ne savait plus que faire. Et si les flics disaient vrai. Si Alicia l'avait dénoncé. Ce n'était pas ça qui le torturait. Mais le fait de ne plus la revoir. Il ne survivrait pas à cette angoisse qui le rongeait. Il n'y avait plus rien qui le maintenant à la vie. Il s'en était sorti grâce à Alicia. Cette fille avait été sa bouée de secours pour ne pas sombrer et se laisser mourir. Son seul espoir aurait été de revoir sa mère. Il le savait, c'est pour ça qu'il avait entrepris de la retrouver. Le Dr Tucker l'avait aidé à prendre conscience que ses angoisses découlaient de l'absence de sa mère. Peut-être serait-il sorti de cette torpeur qui le rongeait depuis des années s'il l'avait retrouvée. Peut-être aurait-il pu se défaire de cette dépendance incontrôlable vis-à-vis d'Alicia. Cette dépendance qui l'avait amené à tuer des enfants. Mais il n'avait pas retrouvé sa mère. Et il ne reverrait jamais Alicia. Aileen et Carrie grandiraient mieux sans lui. Il avait tellement peur de leur faire du mal quand elles deviendraient adolescentes. Elles étaient son obsession. A cause de sa mère apparemment. A cause de son père également. Il ne voulait pas faire de mal à Aileen et Carrie quand elles grandiraient. Mais il était persuadé que ses pulsions et ses angoisses seraient plus fortes que sa raison et son amour paternel. Peut-être était-il préférable qu'il n'existe plus. Avoir un père mort était sans doute plus supportable qu'avoir un père assassin d'enfants. Et au moins, jamais elles n'auraient à subir ses assauts. Il avait mal au ventre. Son angoisse le tiraillait, il avait l'impression que sa tête allait exploser. Il entendait ces flics là-haut continuer de crier, de lui parler. Mais il ne comprenait plus ce qu'elles disaient. Il ne voulait plus entendre. Comme un automate, il arracha Sam à ses bras. Le petit garçon le regarda inquiet.

- Assis-toi, Sam. Et reste là, je t'en prie. Attends les policiers qui arrivent. Tu les vois ? fit-il en lui montrant les hommes qui descendaient le long de la paroi, et n'étaient plus qu'à quelques mètres d'eux.

Le petit garçon leva la tête, et se mit à pleurer.

- Sam. Ecoute-moi. Tu es grand. Ferme les yeux et ne les ouvre pas avant que les policiers soient là. D'accord.

L'enfant hocha la tête. Doug lui sourit, lui ébouriffa les cheveux.

- Ferme les yeux Sam.

Il s'exécuta. Doug se tourna vers le vide.

En haut, Beckett et Shaw comprirent en une fraction de seconde ce qui allait se produire.

- Douglas ! Ne faites pas ça ! lança Shaw.

- On a retrouvé votre mère ! Douglas ! cria Kate.

Leurs mots ne parvenaient plus ni à sa tête ni à son cœur, comme si désincarné, il n'était déjà plus qu'un corps vide de toute pensée, de toute émotion. Son angoisse s'évapora, et sans un mot, il sauta le plus loin possible vers le ravin. Le vacarme de la douleur dans sa tête lorsqu'elle frappa avec violence un premier rocher l'assomma.

Le temps sembla s'être arrêté. Sa chute parut interminable. Sans un bruit. Sans un cri. Shaw et Beckett le virent tomber, livides, sa tête butant dans les pierres et les rochers, son corps tel un pantin inanimé heurtant la paroi. De chaque choc subi par le corps émanait un bruit sourd, rythmant cette chute inexorable vers la mort. Il s'écrasa en bas. Un instant, elles restèrent figées sans réaction. En état de choc. C'était comme si leur cœur allait exploser dans leur poitrine. Le bourdonnement de l'hélicoptère les tira de cette espèce de léthargie. Puis elles réalisèrent. Sam. Il était tout seul. Il ne l'avait pas emporté dans la mort. Il avait voulu qu'il vive. Mais il était là, à cinquante centimètres du vide. Immobile.

- Il a sauté, Espo ! Vite ! hurla Kate, reprenant ses esprits.

- Sam ! Ne bouge pas ! Ne bouge pas ! cria Shaw, redoutant le pire.

Ryan, Castle et tous les hommes se trouvant en haut avaient accouru au bord du ravin. Ils regardaient Esposito et Sorenson franchir prudemment les derniers mètres qui les séparaient de l'enfant.

- Sam, on est là, bonhomme, fit Sorenson doucement, en arrivant à sa hauteur.

L'enfant était recroquevillé, son nounours serré contre lui. Les yeux fermés, mais le visage recouvert de larmes.

Sorenson posa les pieds sur le replat, et prit l'enfant dans ses bras. Il se mit à hurler, sans formuler de mots. Seulement des hurlements stridents, de rage, de peur peut-être, d'incompréhension, de douleur.

Esposito les rejoignit sur le replat.

- Sam, ça va aller petit gars, calme-toi, lui chuchota-t-il en lui frottant doucement le dos pour tenter de le rassurer.

- Sam, tu vas retrouver ta maman et ton papa, continua Sorenson.

Ils lui parlèrent sans relâche, jusqu'à ce que l'hélicoptère se mette en vol stationnaire au-dessus de leur position. Sam se crispa dans les bras de Sorenson, inconsolable. Ses hurlements étaient de plus en plus intenses, son corps se crispait, ses bras s'agitaient. Ces mouvements exprimaient une telle rage que tout le monde en était bouleversé. Rien ne semblait pouvoir le calmer.

En haut de l'escarpement, Kate se releva, rassurée par la présence des secouristes en train de descendre le treuil vers l'enfant. Elle s'éloigna, pour aller s'appuyer sur les rochers un peu à l'écart. Immédiatement, Rick se dépêcha de la rejoindre. Elle était blême, presque pétrifiée.

- Kate ! Ça va ? fit-il inquiet.

- Oui, c'est juste que … ces hurlements … murmura-t-elle en venant se réfugier dans ses bras.

Il la serra contre lui, posant sa joue contre la sienne. Elle était tremblante.

- On l'a sauvé, Kate. Sam est sauvé. On l'a fait, chuchota-t-il contre son oreille.

- Ces hurlements et cette colère c'est … Ça me déchire le cœur …, continua-t-elle en regardant par-dessus son épaule le treuil remonter Sorenson et Sam dans l'hélicoptère.

- Il a peur, c'est tout. Ça va aller, il va retrouver ses parents.

Elle desserra son étreinte, et esquissa un sourire.

- On l'a sauvé, fit-elle en plongeant ses yeux dans les siens, comme si elle réalisait enfin.

- Oui, sourit-il tendrement.


12ème District, Cellule de crise, 20 h.

Ils étaient tous réunis, enfin rentrés de Norvin Green Forest. L'atmosphère qui régnait dans la pièce mêlait le soulagement et la satisfaction à l'épuisement et à un certain malaise. Les traits tirés, collants de sueur et de poussière, ils attendaient Shaw et Gates pour le débriefing.

Kate et Rick étaient assis dans le canapé, leurs mains posées l'une sur l'autre. Dans l'hélicoptère qui les ramenait de l'escarpement jusqu'au poste de crise, elle avait pris sa main, enlacé ses doigts aux siens pour ne quasiment plus les lâcher jusqu'à maintenant. Elle était bouleversée. Soulagée et heureuse d'avoir sauvé Sam. Inquiète à l'idée du traumatisme subi par le petit garçon, dont les hurlements résonnaient encore dans sa tête. Torturée par la mort de Douglas, par son suicide qu'ils n'avaient pu empêcher. Une parcelle d'elle-même l'amenait à penser qu'il n'avait eu que ce qu'il méritait, qu'un être aussi cruel n'avait pas le droit de vivre. Mais une autre partie d'elle-même en voulait à la société qui n'avait pas su aider Douglas à s'en sortir, à ses parents qui avaient transformé l'enfant innocent qu'il était en sociopathe, à elle-même qui aurait dû lui dire plus tôt qu'ils avaient retrouvé sa mère. Peut-être n'aurait-il pas sauté. Il aurait dû ainsi assumer ses actes et payer pour ce qu'il avait fait. Il aurait eu une chance de rédemption. Pour ses filles qui n'y étaient pour rien. A cet instant précis, elle n'avait envie et besoin que d'une chose. Etre tout contre Rick. Sentir ses bras rassurants et aimants autour d'elle. Faute de pouvoir le faire, ici, au commissariat, elle se contenta de serrer sa main dans la sienne.

Ryan et Esposito étaient affalés dans leur chaise, amorphes. L'entrée de Wade et Clayton leur apportant des boissons fraîches les réveilla, éclairant leur visage d'un sourire.

- Voilà pour ces messieurs-dames ! lança Wade avec enthousiasme en déposant les boissons sur la table.

- Merci les gars, répondit Ryan, en s'emparant d'une canette.

- Ils sont sympas au FBI finalement …, sourit Esposito.

- Ouais … room-service et tout …, ajouta Ryan, d'ailleurs, je prendrais bien un petit encas aussi, si c'est possible.

- Et puis quoi encore ? fit Wade, qui commençait à s'habituer aux gentilles provocations et railleries de ses nouveaux camarades.

- Si vous voulez un petit massage, je suis plutôt doué ! lança Clayton en avançant ses grosses mains potelées vers Esposito.

- Euh … non merci, ça va aller ! s'écria celui-ci en bondissant de sa chaise.

Ils rirent tous les quatre comme des enfants, sous le regard amusé de Kate et Rick.

- Tenez, monsieur et madame Castle, attrapez-ça ! s'exclama Esposito en leur lançant des canettes de soda.

- Merci !

L'enthousiasme des gars dissipa peu à peu le malaise créé par la fatigue, et la mort de Douglas.

Jordan Shaw et le Capitaine Gates arrivèrent enfin, souriantes et détendues. Elles se placèrent devant l'écran pour avoir les visages de tous dans leur champ de vision.

- Je tiens à féliciter chacun de vous pour l'ampleur du travail accompli ces derniers jours, et tout spécialement aujourd'hui, commença Gates, en prenant le soin de poser son regard reconnaissant et satisfait sur chacun de ses hommes. C'est grâce à vous tous et votre persévérance que ce petit garçon a été sauvé, et que cette spirale infernale a été stoppée.

Ils se contentèrent d'esquisser un sourire, recevant ces félicitations avec humilité, tant ils n'avaient eu l'impression de ne faire que leur devoir.

- Mais l'enquête n'est pas finie, continua Shaw. Alicia Cox est inculpée pour enlèvement et complicité d'enlèvement. Le psychiatre l'a jugée responsable de ses actes, elle a donc été placée en détention provisoire. Mais, on n'a pas grand-chose de concret.

- Pour l'instant, fit Gates, dans l'état actuel des choses, il y a peu de chance qu'elle soit condamnée. Il y a trop de doutes.

- Et la famille a demandé une nouvelle expertise psychiatrique.

- Et pour la complicité de meurtre ? fit Rick.

- Pour ça, on n'a rien, répondit Shaw.

- Et on ne peut plus compter sur Doug pour la dénoncer …, ironisa Esposito.

- L'interrogatoire de Sam demain devrait nous fournir des éléments essentiels. Et il nous reste l'expertise de la voiture de Douglas, également, pour laquelle on aura les résultats d'ici quelques heures, expliqua Shaw.

- Mais pour l'instant, rentrez tous vous reposer, sourit Victoria Gates. Et demain, on fera tomber Alicia.

Chapitre 43

Loft, 21h.

Quand ils rentrèrent enfin après cette journée forte en émotions, ils furent surpris de trouver Martha en train de s'affairer à la cuisine.

- Bonsoir, les enfants ! lança-t-elle joyeusement, en plongeant une cuillère dans une marmite fumante.

- Bonsoir, Martha, sourit Kate.

- Bonsoir, Mère.

- Mais regardez-vous ! Où avez-vous été mettre les pieds pour être si …

- Dégoûtants … répondit Rick, mais on a sauvé Sam.

Le visage de Martha s'illumina d'un sourire empreint de fierté et de soulagement.

- Je savais que vous le trouveriez. Je vous sauterais bien au cou mais … vous me pardonnerez …, vous êtes trop crasseux ! lança-t-elle, rayonnante.

- Oui, Martha. On va aller prendre une douche, fit Kate en se déchaussant.

- Faites-vite. Je vous ai préparé le dîner.

- Le dîner ? Mère, depuis quand n'as-tu pas cuisiné ? s'étonna Rick en s'approchant de la cuisine.

- Ce n'est pas parce que tu ne le vois pas, que je ne cuisine pas.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il en humant le fumet qui se dégageait de la marmite.

- Ma spécialité. Du canard à l'orange.

- Ta spécialité ? Mère, tu crois que c'est ta spécialité. Mais il n'y a de spécial là-dedans que l'aigreur du goût, railla Rick.

- Ne dénigre pas ma cuisine devant Katherine, s'il te plaît, le sermonna doucement Martha. Tout le monde dit que mon canard est un régal.

Rick fit une moue dégoûtée ce qui fit sourire Kate.

- Dépêchez-vous donc ou ça va être trop cuit et immangeable ! leur lança Martha avec vigueur.

- Et ? C'est un problème ? ironisa Rick, le sourire aux lèvres.

Martha ne prit pas la peine de répondre, se contentant de lui lancer un regard exaspéré.

Kate s'était débarrassée de ses vêtements avec hâte et précipitée sous la douche. Tête en arrière, les yeux clos, elle savourait l'eau chaude qui ruisselait sur son visage, effaçant à la fois la poussière de cette journée, et les douleurs, les angoisses de la semaine qui venait de s'écouler.

Rick acheva de se déshabiller, posa précautionneusement son petit caillou tiré de la poche de son jean sur la table de chevet, et la rejoignit sous la douche. Immédiatement, elle ouvrit les yeux pour venir se blottir contre lui. La douceur de ses bras l'enlaçant amoureusement, la pression rassurante de son torse contre sa poitrine, ses lèvres tendrement posées sur son front, effacèrent les derniers stigmates de cette journée à la fois difficile et heureuse.

Ils parlèrent peu, se savonnèrent mutuellement, leurs mains caressantes reflétant la plénitude de ce moment.

La main de Rick s'arrêta sur son ventre, et du bout du doigt, il s'amusa à dessiner le contour de son nombril.

- Demain ? fit-il tendrement.

- Oui. Tu es impatient, répondit-elle avec douceur, enveloppant sa main dans la sienne.

- Très.

- Mais tu ne seras pas déçu si …

- Non, sourit-il. Si c'est positif, ce sera une merveilleuse surprise. Et sinon, ça annoncera de longues heures de câlins et de plaisir … donc dans tous les cas, que du bonheur.

- Tu ne perds pas le nord ! lui lança Kate, en riant.

Ils finirent de se doucher rapidement, passèrent une tenue décontractée, avant de rejoindre Martha qui les attendait dans la salle à manger pour le dîner.

Attablés tous les trois autour du canard à l'orange de Martha, ils profitaient de la sérénité de leur premier repas familial depuis longtemps.

- C'est très bon, Martha, fit gentiment Kate.

- Ce n'est pas parce que c'est ma mère que tu es obligée d'être gentille avec elle, sourit Rick.

- Richard, tes sarcasmes glissent sur moi …, répondit Martha d'un air détaché.

- Vous avez bien raison, Martha. Il fera moins le malin demain dans le bureau du Capitaine. Ou quand les gars se seront vengés.

- Qu'as-tu encore fait subir à ces pauvres garçons ?

- Rien de grave, Mère, sourit Rick.

- Je sais que c'est mon fils, Katherine, mais je ne sais pas comment tu le supportes à longueur de journée, lança Martha avec un sourire.

- Elle n'a pas le choix. C'est pour la vie maintenant …, fit Rick, avec certitude.

- Peut-être aussi que je l'aime un peu …, répondit Kate avec humour.

- Un peu ? s'offusqua Rick.

- Beaucoup.

- Je préfère ça, Madame Castle.

Martha les regardait tendrement. Elle aimait cette complicité qu'ils affichaient constamment, cette douceur dans les regards qu'ils se portaient. Elle bénissait le jour où un tueur avait pris comme source d'inspiration les romans de Richard, amenant ces deux-là à se rencontrer.

- Katherine, chérie, j'aimerais te parler de quelque chose, annonça Martha, un brin sérieuse.

- Je vous écoute, Martha.

- Je pense que l'heure est venue pour moi de m'éclipser. J'ai décidé de prendre un appartement et de quitter le loft, lâcha-t-elle de but en blanc.

Kate, étonnée, la regarda avec des yeux interrogateurs, puis dévisagea Rick, se rendant compte qu'il avait déjà eu vent de cette décision.

- Pourquoi Martha ? Ce n'est pas à cause de … nous ?

- Bien-sûr que non, Katherine. J'ai envie de retrouver un peu de liberté et d'intimité. Et comme je l'ai dit à Ricard, vous avez besoin de fonder votre petit cocon pour vous épanouir.

- Martha, vous ne nous dérangez pas. Bien au contraire. N'est-ce pas Rick ?

- Je lui ai dit la même chose, répondit-il.

- Je sais, Katherine. Mais voyez-vous, tous les deux, vous êtes en train de vivre et de construire ce que je n'ai pas eu la chance de vivre. Un couple aimant et solide, regardant dans la même direction. Bientôt, vous fonderez une famille.

- Mais vous faites partie de cette famille, insista Kate, se refusant à l'idée de voir sa belle-mère s'installer ailleurs.

- Explique-lui pour les câlins dans le canapé, fit Rick, souriant, à l'intention de sa mère, ça va la convaincre.

- Tu es d'accord avec ça ? lui demanda Kate, un peu peinée.

- Eh bien, elle n'a pas complètement tord même si sa présence agaçante va me manquer, sourit Rick, et puis tu sais, à peine partie, elle réapparaîtra comme par magie. Ma mère ne sera jamais bien loin. C'est le côté mère-poule qu'elle cache si bien sous ses airs fantasques.

Kate aimait tendrement Martha, toujours si attentionnée et prévenante à son égard. Elle apportait comme une touche de gaité permanente par sa fantaisie et sa bonne humeur. Parfois, après une longue journée, elles discutaient toutes les deux quand Rick écrivait dans son bureau, et elle retrouvait un peu de cette complicité qu'elle avait connue avec sa mère.

- Ne prenez pas cet air peiné, Katherine. Ce n'est pas comme si j'étais morte !

Kate sourit. Martha avait toujours le don de sortie une phrase choc pour dédramatiser les situations.

- Et Richard a raison. Je ne serai jamais bien loin.

- En parlant d'éloignement d'ailleurs, où est Cameron ? demanda Rick, changeant complètement de sujet.

- Cameron est où il se doit d'être, répondit Martha, s'amusant à laisser planer le mystère.

- Pourquoi tant de secrets ? soupira Rick.

- Pourquoi tant de questions ? lui répondit sa mère en riant.

Kate sourit de voir Martha se jouer de son fils, les yeux pétillant de malice.

- Tu sauras bien assez vite, lui lança Martha.

- Pourquoi ? Vous allez vous marier ? C'est ça ? demanda Rick prenant un air inquiet.

- Qu'ai-je fait au bon dieu pour enfanter un être humain bloqué à l'âge de huit ans ?

- Et moi donc, pour hériter d'une mère si cachottière et cruelle ?

Martha se mit à rire, aussitôt imitée par Kate, tant Rick était ridicule quand il s'obstinait dans ses bêtises. Il méritait bien de se tourmenter un peu après ce qu'il avait fait.

- Katherine, c'est toujours bon pour demain soir ? demanda Martha, en restant volontairement énigmatique pour piquer la curiosité de Rick.

- Oui, bien-sûr, Martha.

- Demain soir ? Qu'est-ce qu'il y a demain soir ? demanda-t-il, presque paniqué.

- Demain soir, je t'emmène quelque part, répondit Kate, tout aussi mystérieuse que sa belle-mère. Et inutile de poser des questions, tu ne sauras rien.

- J'ai des moyens de te faire parler, fit-il d'un air coquin.

- N'essaie même pas ou je dors dans le canapé ! lui lança Kate.

Il prit son air bougon.

- Arrête de bouder, et accepte de te laisser surprendre pour une fois, mon cœur. Tu ne seras pas déçu.

Il finit par sourire, convaincu et attendri par les propos de sa muse.

Ils finirent de manger dans la bonne humeur. L'esprit libérés par le fait que leur affaire touchait à sa fin, ils purent enfin prendre plaisir à raconter à Martha leur voyage de noces, la beauté des paysages, les mésaventures de Rick et ses piqûres d'araignée, et tous ces petits moments qui les avaient ravis, et qu'ils furent heureux de partager avec elle. Rick en profita pour narrer à sa mère la découverte de son précieux caillou sur cette plage australienne, caillou qui avait joué un grand rôle dans la résolution de leur enquête.

Puis, ils s'étaient mis au lit, fatigués, mais apaisés. Chacun allongé sur le côté, tournés l'un vers l'autre, ils se regardaient dans l'obscurité, ne devinant que les contours de leurs visages, et la chaleur de leurs souffles.

- Ta mère est formidable, fit Kate à voix basse.

- Oui, il n'y a que des femmes formidables dans ma vie, sourit Rick, en déposant un baiser sur son front.

- Par certains côtés, j'aimerais lui ressembler. En tant que maman je veux dire.

- Hum …. Certains côtés …, j'espère que tu ne parles pas de son insouciance, de sa frivolité et de son inconscience. Elle m'a quand même oublié ou perdu plusieurs fois dans divers endroits quand j'étais petit !

- Mais non, sourit Kate. Je parle de l'amour inconditionnel qu'elle a pour son fils et sa petite-fille, de son respect, sa tendresse, son écoute attentionnée, sa foi en la vie. J'espère être cette maman.

- Tu seras tout ça et bien plus encore. Ne t'en fais pas, un jour tu auras ta tasse des « Meilleure maman du monde », et des colliers de pâtes à n'en plus finir ! lâcha Rick en souriant avant de lui piquer un baiser sur les lèvres.

Il vint passer son bras autour de ses épaules pour la prendre contre lui, et elle lova son visage au creux de son cou.

- Bonne nuit, Rick, chuchota Kate en lui déposant un baiser dans le cou.

- Dors bien mon cœur, répondit-il en fermant les yeux.

Il sentit son souffle chaud ralentir contre la peau de son cou, tandis que lui-même s'endormait.


Jersey City, Medical Center, 9 heures, le lendemain matin.

Kate patientait dans le couloir, près de l'accueil, en attendant l'arrivée de Jordan Shaw, pour aller interroger le petit Sam. Elle faisait les cent pas, avec, dans la main, l'enveloppe contenant les résultats de ses analyses qu'elle était passée récupérer plus tôt. Elle mourrait d'envie de l'ouvrir, mais, ce matin, Rick lui avait fait promettre d'attendre qu'ils soient tous les deux réunis pour regarder le verdict. Finalement, elle était aussi impatiente que lui. A cette heure-là, il devait déjà être dans le bureau de Gates qui l'avait convoqué de bonne heure. Elle sourit à l'idée qu'il ne devait pas en mener large. Elle se demandait bien ce qu'avait pu prévoir le Capitaine pour le rappeler à l'ordre.

- Bonjour, Lieutenant Beckett ! lança Shaw derrière son dos, la tirant de ses pensées et de son impatience.

- Bonjour, sourit Kate, en enfonçant l'enveloppe dans la poche de son jean.

- Allez, on y va. Chambre 407. Vous êtes reposée ? demanda gentiment Shaw.

- Oui, merci.

- Pas de nouveau malaise ? s'enquit-elle.

- Non …, enfin …, balbutia Kate, qui, de toute façon, ne parvenait pas à lui cacher grand-chose.

- Je prends ça pour un oui.

- Oui, avant-hier soir.

- Et vous n'avez toujours pas ouvert cette enveloppe ? demanda Shaw avec un sourire qui en disait long.

Parfois, Kate maudissait cette femme qu'elle adorait. Elle avait certainement déjà tiré d'évidentes conclusions sur le contenu de cette enveloppe. Cela l'agaçait profondément, car la connaissant, elle était capable d'avoir même devancé les résultats des analyses, et de savoir déjà si elle était enceinte ou non rien que par ses observations. Elle ne voulait pas qu'elle sache. C'était quelque chose qui n'appartenaient qu'à eux. Et en même temps, elle ne pouvait pas lui en vouloir de se soucier d'elle, et de la protéger.

- Quelle enveloppe ? fit Kate bêtement, faisant mine d'ignorer ce dont elle parlait.

- Voilà c'est là.

Jordan Shaw frappa, et elles entrèrent. Sam était assis sur son petit lit, prostré, tenant fermement son ourson contre lui. Sa mère était près de lui, tandis que son père, debout, discutait avec le médecin.

- Bonjour, lancèrent M. et Mme Cox.

- Bonjour, Agent spécial Shaw. Et voici le lieutenant Beckett.

Mme Cox se leva d'un bon, un sourire resplendissant illuminant son visage, et se jeta dans les bras de l'une puis de l'autre, en les remerciant mille et un fois d'avoir sauvé son fils. D'abord surprises par une telle démonstration de reconnaissance, elles la reçurent avec une certaine émotion. M. Cox, plus réservé, les remercia à son tour, avec un regard plein de gratitude.

- Comment va Sam ? demanda Kate, en jetant un œil à l'enfant, qui semblait renfermé sur lui-même, se contentant de triturer les oreilles de sa peluche.

- Sam va bien, répondit le docteur. Il était déshydraté et avait un peu faim, mais il n'est pas blessé. Il n'a pas subi de violences.

- Nous aimerions discuter avec lui si cela est possible.

- Sam ne parle pas, fit M. Cox, il n'a pas dit un mot depuis qu'on l'a retrouvé.

- Il n'a fait que pleurer et hurler, ajouta Mme Cox, en posant les yeux sur son fils.

- La nuit a été difficile, reprit le médecin, on a dû le mettre sous sédatifs pour qu'il puisse se reposer. Mais il ne faut pas s'inquiéter, c'est le contrecoup du choc émotionnel subi ces derniers jours. Comme je l'expliquais à son papa, quand il aura retrouvé ses repères à la maison, tout rentrera dans l'ordre.

Kate jeta un œil à l'ourson de Sam. Il était sale, plein de poussières comme s'il avait été traîné longuement par terre.

- Cet ourson est à Sam ? demanda Kate.

- Non, répondit Mme Cox. Mais il l'avait quand on nous l'a rendu. Je ne sais pas d'où il sort.

- La personne qui l'a enlevé lui a donné, expliqua Kate. Peut-être pour l'attirer. Cet ourson est une pièce à conviction.

- Mais cet homme est mort non ? s'étonna M. Cox.

- Oui, mais nous pensons qu'il n'a pas agi seul, répondit Shaw.

- Mon Dieu …, murmura Mme Cox, comme si son cauchemar n'allait jamais prendre fin.

- Vous voulez dire qu'il y a toujours dans la nature un psychopathe ? lança le père.

- Non, pas dans la nature, cette personne est déjà inculpée. Mais nous avons besoin de preuves pour la faire condamner.

- Sam, fit doucement Shaw, en s'asseyant sur le bord du lit, tu peux me montrer ton nounours ?

L'enfant se tourna vers elle, et lui montra la peluche en le tenant fermement par les pattes.

- C'est bien le même que les autres.

- Sam, qui t'a donné ce nounours ?

Il ne répondit pas.

- Sam, c'est le monsieur dans la forêt qui te l'a donné ?

- …..

- C'est ta cousine Addison ?

- …

- C'est Alicia ?

- …

- Ta nounou ?

- …

Sam était sans réaction aucune. Il les regardait poser les questions, le regard triste et perdu, sans même chercher à y répondre.

- Sam, qui est venu te voir dans le parc avec ta nounou quand tu jouais dans le bac à sable ?

- …..

- Je crois qu'il ne sert à rien d'embêter davantage ce petit bonhomme pour l'instant.

- Quand il ira mieux, on essaiera de voir s'il peut la reconnaître. Si cela ne vous pose pas de problèmes, bien-sûr ?

- Non. Il faut faire condamner celui ou celle qui a fait ça. Des enfants sont morts … et … ça aurait pu être notre fils …, déclara Mme Cox, les yeux brillants de larmes.

- Par contre, on va avoir besoin de cet ourson.

- Sam, veux-tu bien donner ce nounours à la dame ? demanda son père posément.

Le petit garçon prit un air renfrogné en serrant l'ourson contre lui, comme s'il ne pouvait abandonner cette peluche, qui l'avait aidé à survivre à ces deux journées difficiles.

- Regarde Sam, je t'ai apporté ton Mimi lapin. Tu lui as manqué, tu sais ! lui lança sa mère en lui tendant la peluche.

Sam regarda son doudou lapin, celui dont il ne se séparait jamais, au point que sa maman devait ruser pour réussir à le laver de temps en temps. Il l'attrapa et le serra contre lui à son tour, n'abandonnant pas pour autant son ourson.

- Comment il s'appelle ton ourson ?

- …..

- Si tu acceptes de me le donner, Sam, je vais l'emmener voir les policiers. Il va venir visiter le poste de police avec moi. Et après je te le ramènerai.

- Moi-aussi ? demanda l'enfant, soudain tiré de son mutisme.

- Oui, sourit Shaw, dès que tu iras mieux, tu pourras venir voir les policiers. Tu me prêtes ton nounours ?

Il le lui tendit.

- Je te promets de te le rapporter très vite, fit Shaw, en l'enfonçant avec délicatesse dans un sac plastique destiné aux preuves.


Bureau du Capitaine Gates, 12ème District, 8h.

Rick était installé depuis presque dix minutes maintenant face au bureau du capitaine Gates. Elle l'avait fait entrer, adoptant son attitude la plus froide et autoritaire. Il s'était assis, et elle lui avait demandé de patienter. Depuis, elle n'avait pas levé l'œil des documents qu'elle remplissait et signait. Il regardait sa main courir furieusement sur le papier, ses doigts apposer sa signature d'un coup très sec du poignet. Même pour écrire, cette femme était glaciale. Il la soupçonnait de le faire volontairement attendre pour faire monter la pression. Et le pire, c'est que cela fonctionnait. La sanction de Gates pesait au-dessus de sa tête comme l'épée de Damoclès. Faire de la paperasse. Etre banni du commissariat pendant un mois. Etre obligé de suivre un vieux flic bedonnant. Il imaginait tous les scenarii possible.

Enfin, Gates leva les yeux, retira ses lunettes d'un geste vif, et le scruta d'un air furibond.

- Monsieur Castle, vous savez quel est l'objet de cet entretien.

- Oui, bien-sûr, répondit Rick en souriant.

- Oui, Capitaine ! asséna Gates, si fort qu'il sursauta.

- Oui, Capitaine !

- Quand on se prend pour un flic, on commence par respecter sa hiérarchie. Bien, j'ai pris quelques décisions, en accord avec votre ami M. le Maire.

- Hein ? Qu'est-ce qu'il vient faire là-dedans ?

Ses yeux noirs lui lancèrent des éclairs.

- Taisez-vous ! Et écoutez. A compter de mardi prochain, vous commencerez un stage d'une semaine de formation.

- Une for…

De nouveau, elle le fixa furieusement.

- Cessez de m'interrompre, voulez-vous. J'ai oui dire que vous souffriez de quelques faiblesses physiques lors de vos sorties sur le terrain.

- Qui vous a dit ça ? C'est Esposito ? demanda Rick, qui se remémorait les moqueries récurrentes de son partenaire sur son manque de condition physique.

- Le lieutenant Esposito n'a rien à voir avec les problèmes qui vous concernent, Monsieur Castle.

- Ça ne peut être que lui, ce faux-frère …, murmura Rick, en bougonnant.

- Par conséquent, reprit Gates, tous les après-midis, vous rejoindrez l'Académie de Police de la Ville de New-York pour y suivre un entraînement intensif et accéléré.

Rick blêmit, tandis que le Capitaine se saisissait d'un document qu'elle se mit à lire.

- Au programme : course, parcours du combattant, musculation, body-combat. Vous remercierez votre ami Rob, qui a joué de son autorité pour que vous soyez accepté pendant cette semaine spéciale. Il a pensé que cela vous ferait le plus grand bien, vous qui aimez jouer les flics.

Rick avait l'air déconfit. Il imagina l'enfer qui lui tendait les bras : courir, se battre et suer parmi les jeunes recrues au corps d'athlète de la police de New-York. A bien y réfléchir, l'enfer aurait été plus doux que ce qu'il s'apprêtait à vivre.

- Cela ne pose pas de problèmes bien-sûr, Monsieur Castle ? demanda Gates, sur un ton mêlant ironie et satisfaction.

- Non, bien-sûr. Je vais revenir de cette semaine tout musclé. C'est ma femme qui va être contente …, fit Rick avec humour, tentant de dédramatiser ce qui l'attendait.

- Oui, elle va être contente. Vous allez être tellement mort de fatigue que vous allez cesser de lui casser les oreilles quelques temps ! lança Gates avec autorité.

Rick se dit qu'il valait mieux essayer de ne pas la provoquer davantage, sinon elle risquait d'aggraver encore les choses.

- Bien, continuons, reprit Gates.

- Ah, parce que ce n'est pas tout ? s'étonna Castle, inquiet d'entendre la suite de son programme de torture.

- Tous les matins, vous suivrez des cours avec les élèves officiers de l'Académie de police.

- Je n'aime pas l'école …, bougonna Rick.

- Il va de soi qu'à l'Académie, ils n'aiment pas les cancres, Monsieur Castle. Et ils ont des sanctions bien plus cruelles que celles-ci. Alors si vous pouviez faire honneur à notre commissariat, tout le monde vous en serez très reconnaissant.

- Quel genre de cours ?

- Alors, fit Gates, reprenant le document, au programme : les lois constitutionnelles, les droits civiques, les lois d'Etat et les ordonnances locales.

- Si je m'endors, vous pensez qu'ils le verront ? ne put s'empêcher de demander Rick, s'efforçant malgré tout de dissimuler son sourire.

- Si vous voulez prendre le risque de vous enfiler des séries de pompes ou des tours de stade, endormez-vous, Monsieur Castle.

Il avait beau plaisanter, il se demandait comment il allait survivre à la semaine prochaine. Kate et les gars n'en avaient pas fini de se moquer de lui.

- Vous êtes attendus à l'académie mardi matin à 5 h.

- 5 h ?! Mais il fait nuit !

- Prévoyez une tenue de sport, se contenta de conclure Gates, avec un large sourire.

Rick se fit la réflexion qu'elle pouvait être vraiment sadique. Mais il se garda bien de faire une remarque supplémentaire.

- Bien. Vous pouvez disposer, Monsieur Castle.

Il se leva, et tourna le dos, sans un mot pour se diriger vers la porte.

- Castle ? lança-t-elle sur un ton plus aimable.

Il se retourna.

- Je vous félicite personnellement pour le travail formidable que vous avez accompli sur cette enquête. Sans vous, on n'aurait peut-être pas sauvé Sam. Merci à vous.

- Merci, Capitaine, sourit Rick, avant de sortir.

Les derniers mots de Gates avaient adouci son mécontentement. Il était touché qu'elle reconnaisse son implication dans cette affaire. Ses félicitations lui allaient droit au cœur, malgré la sévérité et le sadisme dont elle venait de faire preuve.

En quittant le bureau du Capitaine, il aperçut Shaw et Beckett qui sortaient de l'ascenseur. Il se précipita à leur rencontre.

- Bonjour, Castle ! lança Jordan.

- Alors ? fit Kate.

- Gates est un tyran sanguinaire, elle n'a pas de cœur, bougonna Rick.

- Quelle est cette sanction si terrible ? demanda Kate, en souriant face à la mine renfrognée de son mari.

- Elle m'envoie à l'Académie de Police pour un stage d'entraînement physique, et des cours de droit.

Shaw et Kate éclatèrent de rire, l'imaginant mal se fondre dans le cadre rigoureux et sportif de l'Académie de Police, surtout avec des jeunes recrues de vingt ans de moins que lui.

- Toi ? Du sport ? fit Kate, moqueuse.

- Toute la semaine en plus … Comment je vais faire ?

- Comme les autres, Castle, vous allez …. souffrir ! lança Shaw, rieuse, en s'éloignant dans le couloir pour rejoindre la cellule de crise.

- Tu as les résultats ? demanda discrètement Rick, oubliant presque aussitôt l'horrible punition qu'il venait de se voir infliger.

- Oui, sourit Kate en sortant la précieuse enveloppe de sa poche.

- Tu n'as pas regardé ? s'assura-t-il.

- Bien-sûr que non, répondit-elle.

- Viens, fit-il en la prenant par la main.

Il l'entraîna jusque dans la salle de repos, ferma la porte. Ils s'assirent, côte à côte. Kate tenait toujours l'enveloppe à la main, hésitant à l'ouvrir.

- Tu es prête ? demanda Rick.

- Tu ne veux pas attendre ? suggéra Kate.

- Attendre ?

- Oui, qu'on soit rentrés ce soir. Attendre un moment plus intime, plus romantique …

- Tu es là, avec moi. C'est romantique, fit-il tendrement.

Elle sourit et déchira l'enveloppe, s'arrêtant quelques secondes avant d'en sortir le contenu.

- Tu ne seras pas déçu ? Tu es sûr ? hésita-t-elle encore.

- Non, mon cœur. Allez … je n'en peux plus d'attendre là … c'est pire que le matin de Noël ! lança Rick, impatient.

Elle saisit la feuille, la déplia, et ensemble ils se mirent à lire chacun dans leur tête, leurs yeux parcourant le papier le plus vite possible pour saisir les informations essentielles.