Je ne vous fais pas attendre trop longtemps pour le verdict :) Mais cette fic étant la première de toute une suite, si vous avez lu les suivantes (que j'ai postées sur fanfiction avant celle-ci), vous devez deviner le contenu de l'enveloppe !
Chapitre 44
Salle de repos, 12ème District.
- Qu'est-ce que ça veut dire « bhCG 20720 UI/I » ? demanda Rick, ne parvenant pas à décrypter les résultats d'analyse.
- Ça veut dire que tu peux être fier de ta virilité, répondit Kate, en le regardant avec un sourire.
- Ça veut dire que …
- Oui, fit-elle avec douceur, je suis enceinte.
Il vit la petite étincelle dans ses yeux se mettre à briller. Elle était heureuse. Son sourire adorable. Son regard qui se posait sur lui telle une caresse amoureuse. Il se pencha vers elle, vint déposer tendrement un baiser sur ses lèvres. Elle passa ses bras autour de son cou pour se blottir contre lui, et enfouir son visage dans son cou. Elle sentit son cœur contre son sein tambouriner aussi fort que le sien dans sa poitrine. L'émotion la gagna quand Rick la serra contre lui, l'embrassant dans le cou.
- Un bébé …, chuchota Kate à son oreille.
- Oui … un bébé …, sourit Rick, songeur.
C'était comme s'ils ne réalisaient pas. Ils desserrèrent doucement leur étreinte. Leurs yeux pétillants de bonheur se sourirent, leurs sourires s'effleurèrent. Ils s'embrassèrent encore et encore, se piquant des baisers sur les lèvres, souriant et riant bouche contre bouche, d'une joie simple, profonde, intense. Ils étaient seuls au monde.
- Je t'aime, murmura doucement Rick en caressant sa joue, emporté par l'émotion de la voir si joyeusement heureuse.
- Je t'aime, moi-aussi, chuchota-t-elle.
- Kate …, tu sais …
Il prit une longue inspiration comme pour maîtriser son émotion.
- J'aurais pu vivre éternellement heureux et épanoui avec toi sans avoir d'enfant. Tu suffis à mon bonheur, Kate mais …
Il vit les yeux de sa muse s'emplir de larmes, et s'arrêta pour ne pas se laisser submerger par l'émotion lui-aussi. Rien d'autre ne le touchait plus au monde que les larmes de sa muse.
- Hé, ne pleure pas mon cœur …
- Je ne pleure pas, sourit-elle, une larme coulant doucement sur sa joue.
- Menteuse …, chuchota Rick en souriant, ne pleure pas ou tu vas me faire pleurer, et on aura l'air malin si Iron Gates débarque comme à son habitude.
- C'est de te faute, tu me dis de si jolies choses …et puis je me fiche de ce que Gates pensera, murmura Kate, radieuse, malgré ses yeux humides.
Il essuya du bout des doigts la larme sur sa joue.
- Ce petit bout, qui se trouve là, chuchota-t-il en posant doucement sa main sur son ventre, ce petit bout issu d'un peu de toi et d'un peu de moi, va achever de faire de notre vie un conte de fées. « Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ». Ça finit toujours comme ça …
- Beaucoup d'enfants ? s'étonna Kate.
- Euh … un …
- Oui, je préfère …
- Pour commencer ! lança-t-il en riant.
Kate rit à son tour, et inspira profondément, tentant de reprendre ses esprits. Elle ne s'était pas préparée à cette nouvelle, et le déferlement d'émotions qui la parcourait l'avait surprise, tout en la ravissant. Il y a quelques jours encore, elle n'aurait jamais imaginé que cela arriverait si vite, et aurait été effrayée à cette idée. Là, elle était simplement heureuse, oubliant ses inquiétudes, basculant dans ce doux conte de fées qu'aimait tant Rick. Leur conte de fées. Leur bonheur.
- Rick …, murmura-t-elle, en prenant doucement ses mains dans les siennes, je sais que tu es fou de joie, et moi aussi, mais je voudrais qu'on garde la nouvelle pour nous pour l'instant.
- Oui, répondit-il, serrant ses mains dans les siennes.
- Je veux qu'on prenne le temps de savourer cette idée, ce bonheur, rien que tous les deux, avant que tout le monde nous saute dessus. Alors tiens ta langue, parce que je te connais, toi et les secrets …
- Celui-là vaut tout l'or du monde. Je le garderai. Promis. Tu es heureuse ? demanda Rick avec tendresse, comme s'il pouvait en douter.
- Oui, mon cœur, répondit-elle avec le plus beau des sourires.
Il l'embrassa, fougueusement cette fois-ci, dévorant sa bouche, caressant sa langue, goûtant la tendresse de ses lèvres. Quelques secondes, ils reprirent leur souffle, leurs bouches continuant à s'effleurer, à quelques centimètres l'une de l'autre.
- On est obligés de rester au poste aujourd'hui ? sourit Rick, tout en devinant la réponse.
- Pourquoi ? Où veux-tu aller ? chuchota Kate.
- Je veux te faire l'amour. Toute la journée durant.
Sans répondre, elle se jeta sur sa bouche, amoureusement. Il sentait dans ce baiser furieux, la chaleur de sa langue et de ses lèvres se mêlant aux siennes, toute l'ivresse de son bonheur. Cette sensation attisa plus encore l'envie qu'il avait d'elle. C'était comme si leur désir et leur bonheur se nourrissaient l'un de l'autre.
- Kate …, murmura-t-il dans un souffle, si on continue je ne crois pas que je serai en mesure de me retenir. Pas aujourd'hui …
Elle sourit en s'écartant doucement de lui, arrachant sa bouche à la sienne.
- Moi non plus …, fit-elle en soupirant de plaisir.
- Comment ça « moi non plus » ? Ne me dis pas des choses comme ça, parce que commissariat ou pas …. ! lança-t-il en riant.
- On va devoir y retourner …, Shaw doit nous attendre pour le compte-rendu, sourit Kate.
- Ah … tu n'as pas dit non …
- Je n'ai pas dit oui, non plus, répondit-elle, d'un air mutin en reprenant la feuille d'analyses et scrutant les résultats.
- Ça fait quatre semaines environ … je suis enceinte de quatre semaines …
- Quatre semaines. Et je n'ai rien vu ? s'étonna Rick avec sérieux.
- Comment aurais-tu pu voir ? fit Kate en riant.
- Je ne sais pas. Je caresse ton ventre tous les jours, mes mains auraient dû deviner qu'il se tramait quelque chose là-dedans ! s'exclama-t-il.
- N'importe quoi ! rigola Kate, amusée par sa bêtise.
- Quand as-tu eu tes règles pour la dernière fois ? reprit-il.
- Euh … Tu es sérieux ? Tu es d'un romantisme …
- De toute façon, je sais, affirma-t-il, commençant à réfléchir.
- Comment ça tu sais ? Tu prends des notes ou quoi ?
- Non, je fais attention, c'est tout. Ça peut être utile de savoir ce genre de choses, rigola-t-il.
Il se mit à réfléchir, prenant un air étrange, et marmonnant en silence.
- Qu'est-ce que tu fabriques ? demanda Kate, perplexe.
- Chut, je compte, murmura-t-il.
- Qu'est-ce que tu comptes ? demanda-t-elle, à la fois intriguée, et exaspérée à l'avance.
- Les jours. Pour savoir quand est-ce qu'on l'a conçu.
- Le médecin le dira, fit-elle en pliant la feuille d'analyses pour la fourrer dans la poche de son jean.
- Non, je veux savoir lequel de nos câlins a engendré ce petit bébé.
- Qu'est-ce que ça peut faire ? Ils sont tous fantastiques, sourit-elle.
La porte s'ouvrit, et Ryan pointa le bout de son nez.
- Beckett, Shaw veut faire le point sur l'enquête, annonça-t-il en les dévisageant l'un après l'autre.
- Ok, fit Kate, en se levant.
- Qu'est-ce que vous faites enfermés ici tous les deux ? demanda Ryan avec curiosité alors qu'ils sortaient de la pièce.
- Rien, répondit Kate.
- Vous avez des drôles de têtes …, continua Ryan, intrigué.
- Et ? Tu mènes l'enquête ? Tu crois qu'on a commis un crime ? railla Castle.
- Je me le demande justement, sourit Ryan.
Kate réalisa que protéger leur petit secret allait être difficile avec ces deux vautours de Ryan et Esposito leur tournant autour à longueur de journée. Surtout Ryan. Il allait falloir se méfier de lui, qui, déjà il y a quelques années, avait été le premier à s'apercevoir qu'ils étaient ensemble.
Reprendre le cours de l'enquête, là, comme ça, après cette nouvelle, n'était pas chose aisée. Surtout ne rien montrer. Elle était sûre que malgré tous ses efforts, Shaw allait s'apercevoir de quelque chose.
Ils rejoignirent la cellule de crise, où tout le monde était installé autour de la table, dans une ambiance relativement sereine et détendue. L'angoisse avait disparu de leurs esprits. Il ne leur restait plus qu'à faire tomber Alicia.
- On a envoyé l'ourson de Sam au labo, commença Shaw en affichant sur l'écran la photo de la peluche. Les analyses sont en cours.
- C'est l'ourson jaune qui appartenait à Zach, constata Kate.
- Oui, mais il était censé être dans le cercueil de Zach, ajouta Esposito.
- Faut croire qu'elle l'a piqué quand elle était enfant ! lança Castle.
- Ses parents doivent bien savoir si elle avait cet ourson chez elle ou non pendant tout ce temps.
- Vu les circonstances, je ne sais pas s'ils sont en état de nous dire quoi que ce soit, fit Shaw, mais le père d'Alicia doit venir tout à l'heure. On va réinterroger Alicia, Lieutenant Beckett, et la garder encore la journée. On verra ce soir si Sam peut venir l'identifier.
- Je peux essayer de parler au père d'Alicia ? demanda Castle.
- Si vous voulez, Castle. Toujours rien de plus pour les vidéos ? demanda Shaw à l'intention de ses agents.
- Non, fit Wade, ni près de Rockefeller Park, ni près de chez Alicia.
- Je pense que ça ne donnera rien, fit Clayton, depuis le temps qu'on s'acharne là-dessus.
- Il faut chercher toutes les vidéos des caméras de surveillance entre Hoboken et Great Piece Meadows pour la nuit du meurtre de Braiden, et celle de Jason, continua Shaw. Alicia est allée dans cette forêt avec le tueur, c'est quasiment certain. On peut trouver une image d'elle dans la voiture. Il faut la relier à la scène de crime.
- Ok, on s'en charge, fit Esposito en se levant pour s'installer devant un ordinateur.
- Et la voiture ? On a les résultats des experts ? demanda Beckett.
- Oui. ADN des quatre garçons sur la banquette arrière. Et d'Alicia à l'avant comme à l'arrière, expliqua Shaw.
- Ça la place dans la voiture de Douglas.
- Allez, on va l'interroger, lieutenant Beckett. Guettez les résultats pour l'ourson, fit Shaw à l'intention du reste de l'équipe.
Salle d'interrogatoire, 12ème District, 10 h.
Pour la troisième fois, elles se retrouvaient face à Alicia. Mais cette fois-ci, elles n'étaient plus du tout dans le même état d'esprit. Si elles avaient toujours la même détermination à la faire tomber pour ces enlèvements et ces meurtres, elles n'étaient plus sous le coup de l'angoisse. Cela allait leur permettre d'affronter plus apaisées la perfidie d'Alicia.
Celle-ci, menottée, et vêtue d'une combinaison orange, n'avait plus rien de la jeune fille sage et polie qu'elles avaient rencontrée il y a quelques jours. Quand elles entrèrent, elle semblait sereine, calme, placide, comme la plupart du temps. Jamais elle ne l'avait vue s'énerver ou perdre ses moyens. Il lui arrivait de simuler de la tristesse ou de la souffrance, mais sa véritable douleur ne transparaissait jamais.
Beckett et Shaw ne savaient pas à quoi s'attendre cette fois-ci.
- Alicia, tout est fini, commença Shaw, sur un ton froid et distant.
- Rien ne finit jamais, tout n'est qu'éternel recommencement, répondit-elle avec ce sourire en coin qui les agaçait systématiquement.
Kate fut néanmoins satisfaite de constater qu'Alicia était sortie de sa phase autiste, et se la jouait dorénavant philosophe.
- Doug est mort, annonça Beckett, en scrutant le regard de la jeune fille.
Elle y lut simplement de la surprise.
- Vous l'avez tué ? Ou il l'a fait lui-même ? Il l'a fait, je suis sûre. C'est un lâche.
- La façon dont il est mort importe peu. Seul compte le fait qu'il le soit.
- Et Sam est en vie, continua Kate.
Cette fois, les yeux d'Alicia reflétèrent un court instant la fureur.
- Je ne vous crois pas.
- Doug ne l'a pas tué. Il a même pris soin de lui.
- C'est impossible.
- On a ramené quelques photos pour toi. Comme tu aimes le spectacle, regarde ! lança Shaw en étalant devant elle, le corps sans vie, en sang, défiguré de Douglas, ainsi que Sam dans les bras des secouristes.
- Il est tombé ou il a sauté ? se contenta de demander Alicia, observant les photos avec minutie.
- Quelle importance ? fit Kate.
- S'il est tombé, ça me conforte dans l'idée que c'était un incapable. S'il a sauté, ça rajoute à la longue liste de ses défauts, la lâcheté. Mourir plutôt que d'affronter sa cruelle destinée.
- Ta destinée est cruelle, Alicia ? demanda Shaw.
- Bien-sûr qu'elle l'est.
- Et tu n'as jamais été tentée d'y échapper toi ? Tu n'as jamais été lâche ? continua Kate.
L'adolescente se tut et baissa la tête. Un instant, Kate crut qu'elle se jouait encore d'elles. Mais quand elle releva la tête, Kate vit la lueur de ce qu'elle n'avait encore jamais vu dans les yeux d'Alicia : la douleur. Une douleur non feinte, non dissimulée. Profonde. Cela ne dura qu'une fraction de seconde, mais Alicia avait bel et bien exprimé de la souffrance. Elles avaient réussi à toucher un point sensible.
- Tu as tenté de te suicider Alicia ? demanda Shaw.
- Peut-être.
- Tu as raté ton coup ? Ou tu as été trop lâche pour aller jusqu'au bout ? demanda Kate, volontairement provocatrice.
- Est-ce que j'ai l'air lâche ?
- Alors tu as raté ton coup. Raconte-nous, fit Shaw.
- J'avais sept ans. J'ai sauté du balcon. Mon père, ce salaud, m'a rattrapée, lâcha-t-elle froidement.
Kate était sidérée. Comment une enfant de sept ans pouvait vouloir se donner la mort ? Comment pouvait-elle éprouver un tel dégoût de la vie au point de désirer en finir ?
- Ton père t'a sauvé la vie, fit remarquer Kate.
- Il a détruit ma vie, oui ! cria Alicia, soudainement en colère. Il m'a condamnée à vivre cet enfer ! Il aurait dû me laisser mourir !
Des larmes se mirent à couler sur ses joues. Kate l'observa. Alicia pleurait le plus sincèrement du monde. Elle semblait détruite par la colère qu'elle venait d'exprimer. Elles étaient en train de parvenir à briser sa carapace. Ou bien Alicia leur donnait-elle l'illusion qu'elles y parvenaient ?
- Pourquoi Alicia ? Pourquoi à sept ans on peut vouloir se suicider ?
Zach m'attendait au paradis. Le père Daniels disait que c'était la plus douce des plénitudes. Il ne dit pas que des conneries.
Kate commençait à comprendre le sinistre enchaînement de cause à effet qui s'était produit durant l'enfance d'Alicia. Peut-être était-elle déjà perturbée à la base, mais la mort de son frère avant enclenché le lent processus de descente en enfer. Et elle n'en était jamais sortie.
- Regarde cet ourson, reprit Shaw en lui montrant la photo de la précieuse peluche de Sam.
- C'est à Zach, fit Alicia, séchant ses larmes.
- Oui, on le sait. Mais il était censé se trouver dans son cercueil.
- Oui.
- Tu l'as pris avant que ton frère ne soit enterré.
Alicia retrouva instantanément son sourire narquois.
- Qu'est-ce que tu veux Alicia ? Qu'est-ce que tu attends de nous ? demanda Kate.
- Attrapez-moi si vous le pouvez.
Kate et Shaw étaient abasourdies. Cette fille voulait-elle vraiment se faire prendre ? Ou se jouait-elle encore d'elles ?
- Tu veux qu'on t'attrape ? Tu sais ce qui t'attend si on le fait.
- Oui. Un nouveau terrain de jeu pour moi. C'est la seule ivresse qu'il me reste
Entendre les propos de cette adolescente était terrible. Kate n'arrivait pas à ressentir de compassion pour elle. Mais il y avait quelque chose quand même qui l'interpellait. C'était horrible d'en arriver à un tel détachement par rapport à la vie, par rapport aux gens qui vous aiment. Kate savait ce que c'était de perdre l'être le plus aimé au monde, de grandir avec cette souffrance, de continuer à vivre jour après jour malgré la douleur qui vous assaille. Alicia avait dû ressentir tout cela, elle-aussi. Mais là où Kate en avait fait le combat de sa vie, Alicia avait baissé les bras pour se laisser happer par la folie.
- Sam est en vie, Alicia. Il sera capable de dire que tu l'as enlevé.
- Vous croyez ? Moi, non. Il a trois ans. Il est incapable de discerner la réalité et la fiction.
Alicia n'avait peut-être pas complètement tort. Sam avait l'air très perturbé par tous ces événements. Il n'était pas sûr qu'il parviendrait à formuler des mots sur ce qui lui était arrivé.
- Aide-nous à t'attraper alors si c'est ton souhait ! la défia Shaw.
- Vous avez toutes les clés. Les preuves sont sous votre nez. Trouvez-les. Moi quand je joue, c'est jusqu'au bout. Maintenant je n'ai plus envie de parler. Laissez- moi tranquille.
Salle de repos, 12ème District, 10h.
Castle avait réussi à convaincre Phil Cox, le père d'Alicia, de venir boire un café, dans la salle de repos. Il était arrivé, comme chaque jour depuis que sa fille était en garde-à-vue, l'air toujours affligé et meurtri.
Ils étaient maintenant assis face à face, avec leur tasse de café fumante.
- Vous n'êtes pas policier, lâcha Phil.
- Non. Ça se voit tant que ça ? sourit Rick, essayant de détendre l'atmosphère, je suis consultant … et écrivain à l'occasion.
- Elles interrogent encore Alicia …, continua Phil.
- Oui.
- Vous croyez qu'elle a enlevé ces garçons ? demanda-t-il, comme pour accepter l'idée lui-même.
- Malheureusement, oui, fit Rick doucement.
- Elle les a tués ?
- Non, pas directement. Mais …, hésita Castle.
Il se demandait si c'était une bonne idée de tout dévoiler à ce père anéanti. S'il était à sa place, il aurait voulu savoir.
- Vous pouvez tout me dire. Personne n'ose me dire les choses en face. Mais je ne peux pas être plus détruit que je ne le suis déjà, soupira Phil Cox.
- On pense qu'Alicia a incité un homme à tuer ces garçons, finit par avouer Rick.
- Pourquoi ?
-D'après le psychiatre, Alicia chercherait à revivre les derniers instants passés avec son frère pour apaiser sa souffrance et sa douleur.
Castle estima qu'il n'était pas nécessaire d'expliquer à ce père la démence de sa fille, qui au-delà de revivre simplement la mort de son frère, tirait aussi un plaisir jouissif du fait de manipuler un homme, de le forcer à tuer des enfants, de mentir, de se jouer des uns et des autres.
- Ma fille est un monstre, lâcha Phil Cox, les yeux emplis de larmes.
Le cœur de Rick se serra. Le chagrin de cet homme le bouleversait. Il n'osait imaginer la souffrance qui devait le hanter jour et nuit depuis quelques jours.
- Comment ai-je pu ne pas voir ? continua Phil.
- Vous aviez votre propre souffrance à gérer. Ne vous blâmez pas, fit Rick, pour le rassurer, tout en sachant qu'aucun mot ne pourrait le consoler.
- C'était une enfant. C'était notre rôle de la protéger. Et on ne l'a pas fait, elle est devenue si cruelle, froide, indifférente. Elle nous hait. Ma femme est venue hier, mais elle ne supporte pas de la voir ainsi.
Castle ne dit rien, se contentant d'écouter. Il ne pouvait pas nier les propos de cet homme. Même si Alicia était fragile psychologiquement à la base, et même peut-être un peu dérangée comme le pensait le psychiatre, l'entourage immédiat avait malheureusement joué aussi un rôle dans cette descente infernale.
Trouvant en Castle une oreille attentive qui ne le jugeait pas, Phil se confia petit à petit.
- Vous savez, je l'aime. Je veux dire, encore maintenant. Malgré ce qu'elle a fait. Je l'aime.
- Bien-sûr que vous l'aimez. C'est votre fille, affirma Rick.
- Elle me hait de tout son être. Et je l'aime, pourtant. Mais je n'ai pas le droit de l'aimer. Comment peut-on aimer encore un être qui vous maudit, qui commet les pires crimes ? Contre des enfants innocents … Vous avez des enfants ?
- Oui, une fille, qui est une jeune femme maintenant, et …
- Vous l'aimeriez encore si elle avait tué quelqu'un ? demanda Phil, cherchant à se rassurer.
- Je … difficile d'imaginer … Mais, oui, j'aimerais Alexis même si c'était une criminelle. Je l'aimerais quoi qu'elle fasse, répondit Rick.
Cette réponse sembla satisfaire Phil.
- Personne ne vous en voudra d'aimer Alicia de tout votre cœur, le rassura Castle. L'amour pour son enfant est viscéral, c'est insensé, irraisonné. Vous l'aimiez déjà quand elle était dans le ventre de sa mère, et vous l'aimerez encore quoi qu'il puisse arriver.
- Que va-t-il lui arriver ? s'inquiéta Phil.
- Elle sera probablement condamnée, et passera sa vie en prison, avoua Castle, ne pouvant cacher à ce père le triste avenir qui attendait sa fille.
- Et si on reconnaît qu'elle a un problème psychiatrique ?
- Elle sera internée. Mais je ne suis pas spécialiste, je ne peux pas vraiment vous répondre.
Les parents d'Alicia avaient demandé une nouvelle expertise psychiatrique. Ils espéraient sûrement qu'on reconnaisse sa démence et que cela lui permette d'éviter la prison.
- Dans tous les cas, Alicia ne pourra sûrement plus jamais vivre librement.
- Je sais …, murmura Phil, avec lucidité, et je ne le souhaite pas. Il faut que des gens la prennent en charge pour l'aider, pour l'empêcher de faire du mal.
Ils restèrent ainsi quelques secondes sans parler.
- J'ai menti, lâcha soudain Phil. J'ai menti. Je ne savais même pas encore ce qu'elle avait fait. Mais j'ai menti à la police …
Rick posa sur lui des yeux interrogateurs.
- Alicia n'était pas avec moi jeudi en fin d'après-midi, quand cet enfant, Braiden, a été enlevé. Je ne sais pas où elle était. J'ai menti …
- Vous avez voulu protéger votre fille. N'importe quel père aimant ferait la même chose.
Le visage de Phil se couvrit de larmes. Rick tenta de le réconforter en lui tapotant l'épaule.
- Je sais que c'est difficile, mais j'ai quelque chose à vous montrer, fit Rick en déposant devant lui la photo de l'ourson jaune.
- C'est l'ourson de mon fils, Zach …, murmura Phil en effleurant la photo du bout des doigts, comment l'avez-vous eu ?
- On pense qu'Alicia l'a donné à Sam Cox quand elle l'a enlevé …, répondit Rick sans prendre de pincettes. Alicia avait cet ourson à la maison ?
Phil le regarda d'un air triste.
- Oui, avoua-t-il. On voulait le laisser à Zach le jour de son enterrement, mais Alicia a insisté pour garder son ourson. Il était dans sa chambre, avec le sien. Comme si son frère n'était jamais parti.
- Merci …, répondit simplement Rick, sachant combien il en coûtait à ce père de dire la vérité, de leur fournir les éléments accusateurs contre sa fille.
Cellule de crise, 12ème District, 11 h.
Esposito, Ryan, Wade et Clayton avaient les yeux rivés sur les écrans, recherchant toutes les vidéos des caméras de surveillance entre Hoboken et Great Piece Meadows. Le logiciel tentait d'établir la reconnaissance de la voiture via le modèle et les plaques, mais aussi le visage et la silhouette d'Alicia à bord d'un véhicule. C'était un travail de fourmis.
Shaw et Beckett étaient revenues de l'interrogatoire, déterminées à trouver cet élément que, selon Alicia, elles avaient sous les yeux. Assises à la table, elles passaient en revue, inlassablement, tous les éléments de l'enquête impliquant la jeune fille.
- Il y a forcément quelque chose qu'on a loupé, lâcha Shaw, en farfouillant dans la pile de documents qui s'étalaient sur la table.
- Peut-être qu'elle se fout de nous, encore, fit Beckett. Il n'y a peut-être rien, et elle nous fait croire qu'il y a quelque chose.
- Non, fit Shaw, je crois qu'elle veut vraiment qu'on l'attrape. Son jeu est fini, elle veut passer à autre chose. Elle sait que dans la « vraie » vie, elle est grillée.
- Vous pensez qu'elle a envie d'aller en prison ou à l'asile ? s'étonna Kate, perplexe.
- Oui …, malheureusement, je crois, répondit Shaw, en lisant un compte-rendu d'interrogatoire.
Castle entra avec des cafés pour tout le monde, qu'il déposa sur la table.
- Voilà du café pour mes charmants coéquipiers, fit Rick, tout sourire.
- Tu sais, mec, tu as beau être tout gentil, tu n'échapperas pas à l'Académie ! lança Esposito en riant.
- Toi le faux-frère … ne m'adresse pas la parole ! s'exclama Rick, en prenant un faux air boudeur.
- Castle, tu sais faire des pompes au moins ? s'inquiéta Ryan, narquois.
- Je sais faire des pompes, je suis le roi des pompes moi ! lança Rick.
-Non, parce que sinon on peut t'entraîner un peu avant mardi …, proposa Ryan.
- Non, je me passerai de vos services, les gars. J'ai mon coach personnel pour faire des …
Ses yeux se posèrent sur Kate, qui le regardait, souriante, attendant la fin de la phrase. Mais il se retint de la terminer avec un petit sourire satisfait. Il tendit à Kate son café.
- Deca ! mima-t-il avec les lèvres sans prononcer le mot à haute voix.
- Merci, sourit-elle.
Phil Cox a avoué avoir menti pour jeudi. Sa fille n'était pas avec lui, annonça Rick, reprenant son sérieux.
- Il vous l'a dit ? demanda Shaw.
- Oui. Et cet ourson jaune avec son air démoniaque était bien en la possession d'Alicia. Elle l'a gardée après l'enterrement de son frère.
- Comment avez-vous fait pour qu'il vous avoue tout ça ? s'étonna Shaw.
- Je suis l'homme qui murmure à l'oreille des pères …, fit Rick en souriant.
- J'espère pour toi que tu murmures aussi à l'oreille des sergents instructeurs ! railla Esposito.
- Espo ? T'as pas du boulot ? fit Kate, en lui lançant un regard sévère, volant au secours de son cher et tendre.
- On a les résultats pour l'ourson ? demanda Castle, en regardant la peluche jaune enveloppée dans son petit sac plastique, posée sur la table.
- Non, mais les analyses sont terminées, répondit Shaw. On l'a récupéré.
- Où sont les autres ? demanda Castle.
- Sur mon bureau, fit Kate.
Castle quitta la pièce précipitamment, pour réapparaître quelques secondes plus tard, les trois peluches sous le bras. Il les posa sur la table, une à une en énumérant le prénom de leur propriétaire.
- Addison, Alicia, Jeff, et Zach.
- Les quatre mousquetaires, murmura Kate en regardant une à une chacune des peluches.
Son regard s'arrêta quelques secondes sur chacune d'elles. Ils les observèrent quelques secondes en silence, et puis tout à coup une idée commença à germer dans sa tête, inspirée des paroles que Rick avait tenues un peu plus tôt dans la salle de repos.
- Je le caresse tous les jours, chuchota-t-elle pour que seul Rick l'entende, mes mains auraient dû deviner qu'il se tramait quelque chose là-dedans.
Il la regarda interloqué, puis ses yeux coururent du visage de Kate aux oursons. Son esprit se connecta au sien. Il avait compris.
- Tu crois qu'il y a quelque chose dedans ? demanda-t-il.
- Peut-être … Il faut vérifier, et les ouvrir.
- J'ai toujours rêvé de tuer un ours de mes propres mains, sourit Rick.
Chapitre 45
Cellule de crise, 12ème District, 11h30.
Muni d'un cutter, Castle pratiquait avec plaisir une opération sur les oursons. Tout le monde était dans l'expectative.
Il plongea la main dans le premier ourson, celui trouvé avec le corps de Braiden. Il en sortit une mousse blanche, servant de garniture, et fourrée tout au fond, une carte SIM qu'il exhiba avec fierté.
- Bingo ! lança Kate avec enthousiasme.
- Bien joué, lieutenant Beckett, sourit Rick en tendant la petite carte à Wade qui l'inséra aussitôt dans le lecteur de cartes.
- Pourquoi on n'a pas trouvé ça avant ? s'étonna Ryan.
- Je suppose qu'au labo, ils n'ont pas passé les oursons aux rayons-X ! répondit Shaw.
- Elle a dû découdre et recoudre, là sûrement, fit Rick en montrant une fine couture sous l'ourson, pour pouvoir y insérer la carte.
Le contenu de la carte SIM s'afficha sur le grand écran. Il n'y avait qu'un fichier, intitulé « Braiden-4 sept. ». Shaw l'ouvrit d'une pression du doigt, puis lança la vidéo de trente secondes qu'il contenait. Ils regardèrent figés, avec effarement, les images de Braiden, vivant, assis dans la cabane de Great Piece Meadows. Ils virent Alicia venir s'asseoir près de lui sur le matelas, et le forcer à saluer de la main un public imaginaire, en lui disant « Fais coucou ». La vidéo s'arrêtait sur le sourire narquois d'Alicia.
Ils étaient sans voix, sans réaction. Voir ce petit garçon en vie après avoir vu son corps inerte et froid sur une table d'autopsie était atroce. Kate sentit des frissons la parcourir, et l'émotion l'envahir. Les regards des uns et des autres se croisaient, mais aucun ne parvenait à mettre des mots sur ce qu'ils venaient de voir.
- On a la preuve qu'il nous manquait, finit par dire Shaw, ramenant tout le monde à la réalité.
- Ouvre les autres, Castle, fit Esposito.
- Oui, répondit Rick, en s'attaquant à l'ourson de Jason.
Comme pour le premier, il en sortit une carte SIM. Wade répéta la procédure, sous les yeux impatients de l'ensemble de l'équipe. La carte contenait elle-aussi un seul fichier, une vidéo. Cette fois, c'est Alicia qui tenait le téléphone. La première image était Jason debout à côté de la portière de la voiture. Il y avait beaucoup de bruit, et une lumière ensoleillée. Jason souriait, et on entendait Alicia lui dire : « Tu viens ? Ta maman m'a demandé de venir te chercher car elle avait des courses à faire. ». Jason acquiesçait, et elle lui tendait la main pour le faire monter dans la voiture. La vidéo s'arrêtait là. C'était le moment de son enlèvement au Museum d'Histoire Naturelle.
Kate s'assit, tentant de dissimuler son malaise. Les images du visage de Jason, mort, de sa blessure à la tête, de son petit corps si froid et si seul envahirent son esprit. Comme elle, tous semblaient accuser le coup. Alicia avait gagné.
- Quelle horreur …, murmura Ryan, sidéré par ces images, elle avait tout anticipé.
- Elle ne nous « donne » pas ces vidéos pour qu'on l'arrête, ajouta Wade. Elle nous les donne pour nous atteindre, et nous montrer qu'elle a gagné.
- Oui … C'est une façon de nous faire comprendre qu'on a échoué. On aurait pu empêcher la mort de Jason, si on avait trouvé la carte SIM dans l'ourson de Braiden. Et empêcher les enlèvements de Tyler et Sam …, constata Kate, tristement.
- Elle veut nous faire culpabiliser, fit Esposito.
- Et ça fonctionne …, répondit Kate, Jason est mort parce qu'on n'a pas réussi à trouver la signification de ces foutus oursons plus tôt.
- Jason est mort parce qu'il est tombé sur un couple de psychopathes, Lieutenant Beckett, lança Shaw. Il n'est pas mort à cause de nos erreurs. On a fait, tous ensemble, le meilleur des boulots possible.
- Oui, mais …
- Jour et nuit, on s'est acharnés sur cette enquête. Je ne veux pas qu'un seul d'entre vous se reproche quoique ce soit, lança Shaw en regardant un à un chacun de leurs visages défaits, ou bien alors oui, elle aura vraiment gagné. Ne lui faites pas ce plaisir.
Ils restèrent tous silencieux, chacun se perdant dans les mots de Shaw, tout en regardant Castle s'attaquer au dernier ourson, celui que Sam chérissait tant. Rick remarqua tout de suite qu'il pesait plus lourd que les autres. Il en sortit un téléphone jetable, l'alluma et jeta un œil au contenu.
- Il y a un échange de messages entre Alicia et Douglas, fit Rick en tendant le téléphone à Shaw.
Elle prit le temps de lire la conversation jusqu'au bout.
- C'est l'organisation de l'enlèvement de Sam, lâcha-t-elle enfin. Tout y est. Elle a ce qu'elle voulait. On va pouvoir la déférer en justice, et elle sera condamnée.
- A moins qu'elle soit considérée comme folle …, fit remarquer Esposito.
- Oui, les parents comptent là-dessus, ajouta Castle.
- On verra. En attendant, on a fait notre boulot. Je vais m'occuper de la procédure, et voir le père. Elle sera incarcérée dès ce soir, lança Shaw en quittant la pièce.
Ils se retrouvèrent tous les six, dans une ambiance étrange. Satisfaits d'avoir réussi à faire tomber Alicia, et en même temps bouleversés par les images qu'ils venaient de voir, ils avaient surtout la désagréable sensation d'avoir été manipulés d'un bout à l'autre. Alicia avait mené le jeu, jusqu'à ce dénouement final, qui n'avait pu avoir lieu que parce qu'elle le voulait bien. Personne n'osait interrompre le silence.
- Qu'est-ce qui se passe ici ? lança Gates d'un air stupéfait, en entrant dans la pièce.
- On a résolu l'enquête, Capitaine, répondit Ryan.
- Je sais. Un peu de baume au cœur, alors !
- Oui, mais …
- Vous avez sauvé Tyler, vous avez sauvé Sam, et vous avez rendu justice à Jason et Braiden. Vous avez la reconnaissance éternelle de tous ces parents et ces familles. Et la mienne …, ajouta-t-elle en les regardant avec un sourire satisfait.
Ils la dévisageaient, buvant ses paroles. Autant elle pouvait se montrer autoritaire, autant elle savait utiliser les mots qu'il fallait pour les toucher et remotiver ses troupes.
- Oui, on a réussi, finit par lâcher Esposito avec un sourire.
- Peut-être qu'on devrait fêter ça, suggéra Castle.
- Vous devriez oui, répondit Gates pour une fois d'accord avec lui, et souriez-donc, c'est un ordre !
Ils sourirent, non pas parce qu'elle l'avait ordonné, mais parce que l'attention qu'elle leur portait était admirable.
Cellule de crise, 15 h.
Rick, appuyé contre le mur, un peu à l'écart, regardait la douce agitation qui régnait dans la pièce. Ils avaient déjeuné tous ensemble, plaisantant et riant, chassant de leurs esprits la cruauté du dénouement de l'enquête. Lanie les avait rejoints, profitant elle aussi de la joyeuse atmosphère qui régnait au commissariat. Même le Capitaine venait d'arriver, se mêlant à ses hommes, pour les féliciter un par un.
Rick, malgré la sanction disciplinaire qu'elle lui avait infligée et qu'il trouvait un brin exagérée, était admiratif. Victoria Gates aimait son équipe. Il la regardait prendre le temps de glisser deux ou trois mots à chacun, esquissant des sourires. Il ne l'avait jamais vu si reconnaissante. Il réalisa qu'elle-aussi avait été bouleversée et touchée par cette affaire, même si elle avait été moins mêlée aux différents rebondissements que le reste de l'équipe. C'était elle qui, la plupart du temps, avait eu à affronter la douleur poignante des familles, à trouver des mots réconfortants face aux larmes et au chagrin. La tâche la plus ingrate. Elle exprimait à ce moment-là son soulagement.
Les gars s'amusaient à lancer des piques à Wade et Clayton, et ils riaient tous les quatre comme s'ils étaient les meilleurs amis du monde. Debout devant l'écran, Kate était en pleine discussion complice avec Lanie et Jordan Shaw. Il se demandait bien ce qu'elles pouvaient se raconter. D'ici, il entendait surtout leurs rires. Il se perdit quelques secondes dans la contemplation de sa femme, ce sourire radieux, les petites mimiques de son visage lorsqu'elle plaisantait ou riait, son ventre qu'il s'imagina s'arrondir d'ici quelques mois. Il était en train de savourer son bonheur, quand Victoria Gates vint se poster près de lui.
- Que faites-vous là tout seul, Monsieur Castle ? demanda-t-elle.
Rick s'étonna de cette question et de cet intérêt soudain que lui portait le Capitaine. D'habitude, mis à part pour le réprimander, ou râler après lui, elle était plutôt distante et méfiante.
- Je contemple cette joyeuse agitation, répondit-il avec un sourire.
- Il y a une question que je ne vous ai jamais posée, Monsieur Castle. Pourquoi faites-vous tout cela ?
- Pour elle, en partie, répondit-il instantanément en regardant Kate, pour eux-aussi, pour l'équipe qu'on forme tous les quatre.
- Mais vous n'êtes pas flic, Castle.
- Je sais. Je ne prétends pas l'être, même si parfois je m'emporte un peu, sourit-il. Et je ne voudrais pas l'être … trop de paperasse …
Victoria Gates esquissa un sourire. Elle n'avait jamais pris vraiment la peine de discuter avec Richard Castle, tant il était exaspérant. Toujours à plaisanter, à formuler des théories farfelues, à s'amuser d'un rien, à glisser des piques. En tant que Capitaine, il ne passait pas un jour sans qu'il l'énervât. En tant que femme, elle se devait de reconnaître que Castle était un homme bien qu'elle avait appris à apprécier, même si elle ne le montrait pas.
- Vous auriez fait un bon flic …, continua-t-elle, enfin si l'école de police avait réussi à venir à bout de votre indiscipline …
Il sourit.
- Merci, répondit-il sincèrement. Vous savez, je ne fais pas ça pour m'amuser comme vous le pensez si souvent.
- Mais vous vous amusez malgré tout …
- C'est vrai que parfois ça pimente ma vie. J'aime l'adrénaline que ça procure. Mais en venant ici au poste avec Beckett, en travaillant avec vous sur ces enquêtes, j'ai l'impression d'être utile, vraiment utile. Je ne suis pas là juste à divertir mes lecteurs, je me prends à croire que je suis utile pour ces victimes et ces familles endeuillées.
- Oui, vous l'êtes, reconnut Gates.
- Et avec Beckett, c'est …
- Je dois reconnaître que vous formez une sacrée équipe …, atypique, mais redoutable d'efficacité. Vous vous êtes mutuellement sauvés la vie plusieurs fois. Vous la suivez pour la protéger ?
- Oui, aussi. Surtout maintenant …
- Que voulez-vous dire ? s'étonna-t-elle.
- Surtout maintenant …. qu'on est mariés, ajouta Rick, se dépêchant de rattraper les propos qu'il avait laissé échapper.
- Monsieur Castle, concernant le stage à l'Académie de Police, ne vous levez pas trop tôt mardi. C'était une plaisanterie, avoua-t-elle, avec un sourire satisfait.
- Comment ça ? demanda-t-il, surpris.
- Votre mère voulait vous faire mariner un peu, alors on s'est mis d'accord sur cette petite mise en scène, qui, je dois dire, a été très plaisante à jouer.
- Vous savez que vous devriez vous lancer dans le théâtre ! s'exclama-t-il.
- J'ai tenu plusieurs fois le haut de l'affiche au lycée, sourit Gates.
- Dommage, je m'étais préparé psychologiquement à aller à l'Académie, lâcha-t-il, l'air faussement désappointé.
- Vous n'auriez pas survécu à la matinée ! Mais, étant donné que nos archives sont très en désordre, vous irez, dès lundi, ranger quelques dossiers. Tant que vous serez occupé avec la paperasserie, vous n'embêterez personne.
Rick détestait la paperasserie qu'il trouvait d'un ennui mortel. Mais il aurait accepté toute la paperasserie du monde pour échapper à ce stage d'entraînement à l'Académie de Police.
Ils regardèrent Esposito se lever, son verre à la main.
- On voudrait porter un toast ! lança-t-il joyeusement, s'attirant les regards et l'attention de toute l'assistance.
- A Wade et Clayton d'abord, qu'on a réussi à supporter plus d'une semaine.
- Et pourtant c'était mal parti, hein les gars ! lança Ryan en riant.
Les deux agents acquiescèrent d'un sourire se remémorant les débuts difficiles de l'enquête.
- A Jordan Shaw, l'agent fédéral la plus cool ! s'exclama Esposito.
Elle sourit, en les remerciant d'un petit mouvement de tête.
- Au Dr Parish, pour la minutie de ses autopsies … ! continua Ryan en levant son verre.
- Et … son sourire ravageur, ajouta Esposito en lançant un clin d'œil à sa belle.
Lanie lui envoya un baiser fictif, sous les sourires de l'assistance.
- Au Lieutenant Beckett, notre gentil tyran ! lança Ryan en regardant Kate, radieuse.
- A Castle … notre Hercule Poirot préféré ! continua Esposito.
- Et à son caillou ! ajouta Ryan, en riant.
- Et au Capitaine Gates qui nous dirige d'une main de fer dans un gant de velours ! lança Castle.
Victoria Gates sembla satisfaite de l'expression utilisée par Castle, et leva son verre à son tour. Mais discrètement, Ryan appuya sur un bouton de la télécommande de l'écran, et une photo de Victoria Gates apparut. Au-dessus de sa bouche souriante, une moustache en croc avait été ajoutée. Tout se tournèrent vers la photo qui venait d'apparaître, et se retenant de rire, ils se figèrent redoutant la réaction du Capitaine.
- Mais … c'est … moi ! lança Gates, éberluée, avant de s'écrier furieusement : Castle !
- Je n'y suis pour rien ! fit-il en lançant aux gars un regard furieux.
Il était sûr qu'ils étaient à l'origine de ce mauvais coup. Et leurs sourires en coin, leurs yeux malicieux, confirmèrent ses pensées.
- Qui d'autre, Monsieur Castle ? demanda-t-elle, l'air furibond, en s'approchant de l'écran pour mieux étudier la photo.
Elle resta quelques secondes à scruter l'écran, tandis que dans son dos, tout le monde se retenait de pouffer de rire. Rick fusillait les gars du regard. Il venait de réussir à amadouer un peu le Capitaine, et elle allait être de nouveau furieuse contre lui, pour une fois innocent.
Elle se retourna enfin, contre toute-attente, le sourire aux lèvres.
- Vous avez de la chance, Monsieur Castle, j'aime l'art. Et Salvador Dali.
- Oui, je le savais, mentit Castle, avec un grand sourire, soulagé de ne pas avoir à subir de nouveau les foudres d'Iron Gates.
Il jeta un regard hautain et satisfait aux gars qui maugréaient de ce retournement de situation. Ils avaient cru pouvoir prendre leur vengeance sur Castle, mais la réaction de Gates avait été à l'encontre de toutes leurs espérances.
12ème District, 16 h.
Wade et Clayton avaient fait leurs au-revoir à l'équipe du 12ème District, et emporté avec eux le matériel du FBI, sous les regards déçus des gars et de Castle, qui ne lassaient pas d'espérer un jour avoir le plaisir d'avoir leur écran magique.
A son tour, Shaw salua et remercia tout le monde, puis Kate l'accompagna jusqu'à l'ascenseur.
- Ce fut un plaisir de travailler avec vous, Kate, sourit Shaw, et votre équipe est toujours aussi admirable.
- Oui, je suis chanceuse. Mais la vôtre n'est pas non plus. Les gars s'entendent rarement avec les fédéraux … enfin, jamais même, répondit Kate, avec un large sourire. Vous êtes la seule qui fait l'unanimité chez nous.
- J'en suis flattée.
- Revenez quand vous voulez.
- Le moins souvent serait le mieux, fit remarquer Jordan.
- Vous n'avez pas besoin d'avoir un psychopathe à pourchasser pour venir nous voir, fit Kate gentiment faisant comprendre à Shaw qu'elle la considérait comme une amie.
Jordan sourit.
- Je viendrai alors, avec Lilly. Elle sera contente de visiter New-York.
- On vous accueillera avec plaisir. Rick sera ravi.
- Prenez soin de vous, Kate, fit Jordan gentiment, en appuyant sur le bouton de l'ascenseur.
- Vous-aussi, à bientôt Jordan.
- Et … je suis heureuse pour vous …, lui lança-t-elle avec un grand sourire.
Kate la regarda, surprise, et sourit.
- Prévenez-moi quand bébé pointera le bout de son nez …, reprit Jordan en entrant dans l'ascenseur, ça me fera plaisir.
- Bien-sûr.
Elles se sourirent avec affection et sympathie. Kate regarda l'ascenseur se refermer sur elle, et resta quelques secondes perdue dans ses pensées. Celui lui faisait un petit quelque chose de voir Shaw partir après cette semaine passée avec elle. Elle s'était habituée à sa présence. Le bip de son téléphone la tira de sa rêverie. C'était un message de Rick. Un instant, elle se demanda pourquoi il lui envoyait un message alors qu'il était à quelques dizaines de mètres d'elle avec les gars et Lanie. « Rejoins moi dans le couloir du fond – Mission secrète ».
Elle sourit, se demandant encore quelle lubie il prenait à son mari. Elle passa devant la cellule de crise, où les gars étaient occupés à faire de la paperasse, puis devant le bureau de Gates, au téléphone. Elle croisa un officier qu'elle salua, puis s'avança dans le couloir du fond. Rick n'était pas là. Nouveau bip sur son téléphone. « Entrez Lieutenant de mon cœur ». Elle poussa la seule porte qui se trouvait là, celle du débarras.
Aussitôt, la main de Rick l'attrapa par le bras, pour l'attirer à lui. Il referma la porte, plongeant la pièce dans le noir.
- Mission réussie ! lança-t-il en riant.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Tu joues à cache-cache ? s'étonna Kate, rigolant de l'entendre rire.
Dans l'obscurité, elle ne le voyait pas, distinguant à peine les contours de son visage. Elle le sentait tout excité, comme quand il s'apprêtait à faire l'une de ses bêtises.
- Et bien je t'attends …, répondit-il comme une évidence.
- Tu m'attends ? Dans le placard ? Dans le noir ?
- Oui, il faudrait dire à Gates de changer l'ampoule d'ailleurs … Je sais bien que vous avez un budget restreint dans la police, mais quand même …
- Rick, l'interrompit-elle doucement, dis-moi où tu veux en venir. Je n'ai pas vraiment le temps de jouer, j'ai plein de paperasse à faire. Les gars m'attendent.
Sans répondre, il posa ses mains sur ses hanches et la plaqua contre la porte. Elle sentit sa bouche venir s'emparer furieusement de ses lèvres, sa main se poser sur son cou, glissant dans sa nuque, fouillant dans ses cheveux. Avec ferveur, elle répondit à la passion de son baiser, enlaçant sa taille de ses bras pour l'attirer au plus près d'elle. En quelques secondes, elle se laissa emporter par ce baiser chaud, humide, passionné.
- Voilà où je veux en venir …, chuchota-t-il.
- Rick … murmura-t-elle tentant de résister aux assauts de ses lèvres gourmandes, alors que de nouveau il se jetait sur sa bouche.
Elle était incapable de se raisonner, chavirant totalement au contact de sa bouche, de ses mains avides qui glissèrent sous son tee-shirt, effleurèrent sa peau, remontèrent jusque ses seins dont il caressa la courbe à travers son soutien-gorge.
Le léger gémissement que laissa échapper sa muse contre ses lèvres attisa encore le désir furieux qui inondait son corps. Mais doucement, il glissa ses mains sur sa taille, et retira ses lèvres des siennes. Il vint caresser doucement sa joue, en la regardant, à quelques centimètres de sa bouche. Leurs yeux commençaient tout juste à s'habituer à la pénombre.
- Rick …, fit-elle tendrement, pas ici …
- J'ai gagné le pari il me semble …, tu dois m'être soumise …, murmura-t-il en embrassant furtivement sa bouche qui l'attirait irrésistiblement.
- Oui …, mais … ici … dans ce placard à balais ? demanda-t-elle en se délectant de la caresse de la main de Rick qui remontait sur son sein.
- Peu importe l'endroit, seule compte l'ivresse, sourit-il, jouant du bout de son doigt sur le bout de son sein.
Il la sentit frissonner d'envie. Sous ses doigts, le rythme de son cœur s'accélérait. Il n'avait pas besoin de voir ses yeux noirs de désir, pour savoir qu'elle avait terriblement envie de lui, elle-aussi. Mais il pouvait sentir son appréhension, et le combat que devaient se livrer sa raison et son cœur, comme à son habitude.
- Mais si vraiment ça te gêne, au commissariat, on peut attendre … ce soir …, murmura-t-il avec un air coquin, et rejoindre les gars … tout de suite.
Tendrement, il couvrit sa bouche de petits baisers piquants et savoureux.
- Ils vont se demander où on est passés …, chuchota-t-elle entre deux baisers.
- Justement c'est le but … c'est excitant, fit-il tendrement en venant poser ses lèvres dans son cou, s'enivrant de parfum de sa peau, en goûtant le velouté du bout de la langue.
Elle inclina la tête pour mieux savourer sa bouche sur elle, et enfouit ses mains dans ses cheveux en gémissant de plaisir.
- Et s'ils viennent traîner par-là dans le couloir ? murmura-t-elle dans un souffle.
- Ils n'auront jamais l'idée de nous chercher dans ce débarras …, enfin si tu ne cries pas trop fort, s'amusa Rick en mordillant son cou.
- Dix minutes, chuchota-t-elle en commençant à déboutonner la chemise de son homme.
- Te faire l'amour en dix minutes ? C'est cruel …, murmura-t-il, il me faut au moins vingt minutes pour goûter à chaque parcelle de ton corps délicieux.
Elle ne répondit rien, fit glisser doucement sa chemise en arrière sur ses épaules, et plongea avec délice les mains sur son torse. Elle sentit sa peau frissonner sous ses doigts.
D'un geste habile, il retira son tee-shirt, passa ses mains dans son dos pour dégrafer son soutien-gorge, avant de venir plaquer son torse contre sa poitrine, son bassin contre le sien. Ils restèrent ainsi sans bouger quelques secondes, savourant simplement le plaisir de ce peau à peau qui était, pour l'un comme l'autre, l'un des moments les plus intenses. Celui où leur désir naissant s'enflammait.
Il s'empara alors de ses lèvres, y glissa sa langue, qu'elle accueillit amoureusement. Ses mains se saisirent de ses seins, ronds et fermes. Elle gémit, l'embrassant de plus belle. Il descendit doucement les mains vers sa taille, pour déboutonner son jean, et le faire glisser sur ses hanches, puis jusque ses pieds. Sa main empoigna sa cuisse nue, pour la soulever, et venir appuyer son bassin plus encore contre elle. Elle arracha sa bouche à la sienne, le temps de reprendre son souffle. Front contre front, ils se regardaient sans vraiment se voir.
- Mon Dieu …, dire que je suis nue au commissariat …
- Pas tout à fait encore, Lieutenant Beckett, fit-il, en faisant glisser ses mains sur ses hanches, et ses cuisses pour enlever la dernière parcelle de tissu qui la recouvrait encore.
Sa main passa dans son dos, descendit pour caresser le galbe de ses fesses, tandis qu'elle s'attaquait au bouton de son jean, ouvrant sa braguette, caressant de sa main aventureuse le sexe de son homme, figé de désir. Il facilita sa caresse en se débarrassant de son jean et son boxer.
A son tour, il posa doucement les doigts entre ses cuisses, et la caressa tendrement. Ses gémissements achevèrent de le rendre fou de désir. Il se jeta de nouveau sur sa bouche, sans cesser de la caresser, intimement, profondément.
Emportés dans l'élan de leur passion, ils en avaient oublié où ils se trouvaient. Le souffle court, leurs bouches et leurs mains se dévoraient, debout, contre la porte. Mais tout à coup, le bruit de voix dans le couloir, attira leur attention, et ils se figèrent. Nus, enlacés, leurs bouches s'effleurant, ils tendirent l'oreille, et sourirent en reconnaissant les voix d'Esposito et Ryan qui étaient en train de se demander où ils étaient passés.
- Ils ne peuvent pas se passer de nous ces deux-là …, grogna tout doucement Rick.
Les voix des gars étaient maintenant clairement audibles. Ils étaient juste derrière la porte qui n'était plus que la seule barrière entre eux et la scène torride qui se jouait de l'autre côté. Rick sentit sa muse se crisper sous ses mains, et son cœur se mettre à battre la chamade.
- Chut …, fit-il en posant un doigt sur sa bouche.
Encore quelques secondes, ils restèrent immobiles, aux aguets. Et puis, ils entendirent les pas des gars s'éloigner dans le couloir.
Kate éclata de rire, soulagée. Rick rit à son tour, puis d'une main sur sa hanche, il la fit se retourner contre la porte, plaquant son torse contre son dos. Ses mains embrassèrent tout son corps, s'attardèrent sur ses seins, descendirent de nouveau se perdre dans la chaleur humide de son sexe. Elle gémissait, de plus en plus intensément, ne se souciant plus d'où elle était. Il la tenait fermement contre lui, sa bouche contre son cou, sa langue goûtant sa peau sucrée et terriblement tendre.
Ses gémissements de plaisir le rendaient dingue, comme son excitation sur ses doigts. Il s'empara vigoureusement de ses hanches, attira son bassin contre son sexe, et se glissa en elle. Elle se cambra tout en gémissant. Les mains fermement posées sur ses hanches, il prit plaisir à varier l'intensité de ses va-et-vient, à les caler sur le rythme des gémissements de sa muse. Quelques minutes encore, et ils jouirent presque en silence, dans un tourbillon de souffles, de murmures et de soubresauts incontrôlés.
Essoufflés, ils restèrent ainsi enlacés. Rick vint poser sa main sur son ventre, tout en lui murmurant au creux de l'oreille :
- Alors, tu vois, faire l'amour au commissariat ça vaut le coup …
Elle se retourna, et vint se blottir contre lui.
- J'avoue que c'est terriblement excitant … mais complètement flippant.
- La prochaine fois, on testera l'ascenseur ! lança Rick avec enthousiasme.
- L'ascenseur ? Non, mais ça va pas ! Dans tes rêves, ça c'est sûr ! s'exclama-t-elle, avec un faux air indigné.
- Ne jamais dire jamais ! rigola Rick. Une panne d'ascenseur est si vite arrivée, et comme tu ne peux pas me résister !
- Je ne tomberai pas dans le piège cette fois-ci.
Ils rirent, tout en se rhabillant, puis se faufilèrent discrètement hors du débarras.
- Tu crois que ça se voit qu'on vient de faire l'amour ? demanda soudain Kate, inquiète.
- Euh … toi, oui ça se voit sur ton visage, sourit-il. Enfin moi, je le vois. Regarde- moi cet air comblé et ses yeux pétillants.
- Mon Dieu ! Lanie va s'en apercevoir, elle a un véritable radar pour ça !
Rick éclata de rire.
- Ce n'est pas grave, la rassura-t-il, le Lieutenant Beckett a le droit de s'envoyer en l'air !
- Oui, mais pas au boulot, grogna-t-elle. Et toi, ne prends pas ton sourire radieux, repu de plaisir.
- Lequel ? sourit-il.
- Celui-là ! lança-t-elle, en le regardant d'un air exaspéré.
- Désolé, mais je ne contrôle pas mon bonheur. Ne t'inquiète pas, ils n'y verront que du feu.
- Bon, viens …, lança-t-elle en souriant.
Ils rejoignirent l'air de rien la cellule de crise.
- Où étiez-vous passés ? demanda aussitôt Esposito, levant le nez des documents qu'il était occupé à remplir.
- On disait au-revoir à Shaw, mentit Rick en s'asseyant.
- Pendant vingt minutes ? s'étonna Ryan.
- Ça pose un problème ? sourit Rick.
- Non …, répondit Esposito avec un sourire en coin qui montrait qu'il n'était pas dupe.
Lanie, qui s'était bien gardée de toute remarque, observait Kate avec attention, comme si elle cherchait à savoir ce qu'il y avait dans sa tête.
- Viens par-là, toi, fit-elle en l'entraînant brusquement dans le couloir.
- Qu'est-ce qu'il y a, Lanie ?
- Katherine Beckett ! lança Lanie sur un drôle de ton et avec un large sourire. Au commissariat ! Je n'ose y croire !
- Quoi ? fit Kate, feignant de ne pas comprendre, sans parvenir à maîtriser son sourire.
- Oh, chérie ! Tu deviens bien dévergondée, dis-moi !
- Lanie …, soupira Kate avec un sourire, sentant le rouge lui monter au cou.
Lanie continuait de la dévisager. Ce sourire. Cet air épanoui. Ses joues rosies.
- Il y a un truc de différent …, reprit Lanie.
- Différent ? s'étonna Kate.
- Oui, à part le fait que tu fasses des folies de ton corps en plein commissariat, je veux dire ….
- Non, rien de différent, Lanie, répondit Kate, souriante.
- Hmmm …. Demain, soirée entre filles ? Ok ? Tu me raconteras tout !
- Euh …, je n'ai rien à raconter …, mais c'est d'accord.
- Ok. Je file, j'ai du boulot encore. Une homme a eu la bonne idée de noyer sa femme dans la baignoire …., ironisa-t-elle.
Lanie passa la tête par l'encadrement de la porte.
- Javi, à tout à l'heure …, susurra-t-elle.
- Oui, à ce soir, bébé ! lui lança-t-il en souriant.
