Fatigué de sa nuit mouvementée, Harry arriva en retard au cours de métamorphose le lendemain. Il fut déçu de voir que la place à coté d'Hermione était déjà prise, l'occasion de faire ses excuses aurait été parfaite. Malheureusement son amie s'était assise à coté de Ron, ce qui était loin d'être surprenant.
Alors qu'il s'avançait tête baissé vers un siège il entendit la voix prétentieuse de Malfoy l'appeler du fond de la salle.
-Alors Potter on a eu du mal à faire ses lacets ce matin ? lança naturellement le blond, fier des rires déclenchés chez les serpentards.
Le lion lui lança un regard noir mais ne jugea pas utile de répondre à une insulte si immature.
-Bien bien, tout le monde est là. Vous vous rappelez tous des mandragores ? Si je ne me trompe pas, vous les avez étudiées avec le professeur Chourave il y a quelques années. Aujourd'hui nous étudierons le sortilège Dragonifor, qui vous permettra, si toutefois vous y parvenez, de les transformer en dragons.
-Classe ! s'exclama Ron sans retenue.
Pendant de nombreuses minutes les élèves s'exécutèrent avec plus ou moins de succès. Seule Hermione parvint correctement à manipuler ce sort.
Harry avait essayé mainte et mainte fois mais abandonna, finissant rapidement dans les nuages. Depuis quelques semaines, il lui était impossible de rester concentré en cours. Des images de Sirius venaient sans cesse interrompre son écoute. La sensation déclenchée par ces visions lui faisait perdre l'envie de tout.
Il se surprit à observer sa meilleure amie au loin. Elle semblait si épanouie lorsqu'elle apprenait la magie. Son sourire donnait une pointe d'espoir à Harry. Il se demanda si elle lui en voulait d'avoir rejeté son soutien la veille. Même s'il avait réagi de façon si ferme il avait beaucoup apprécié le moment passé auprès du feu avec elle. Harry savait qu'elle lui laisserait toujours une place sur son épaule en cas de besoin. Cette certitude rendait les évènements un peu moins difficiles.
Sa rêverie fut rapidement interrompue lorsqu'un cri retentit du fond de la pièce. Malgré les casques, tout le monde put entendre la mandragore de Drago hurler particulièrement fort. La pauvre créature subissait les bêtises de Malfoy qui ne cessait de ricaner.
-Ecoutez tous, le parrain de Potter a pleuré de la même façon…une vraie petite fille!
Il ne fallut pas longtemps à Harry pour bondir de sa chaise, envoyant la table valser sur Crabble et Deamus qui l'évitèrent de peu. Les nombreux ustensiles de magie se brisèrent sur le sol dans un vacarme assourdissant. La classe entière tourna la tête et le regarda la bouche grande ouverte.
Harry n'y alla pas de main morte lorsqu'il traversa la pièce. Bousculant tout le monde sur son passage, il fut en moins de 10 secondes devant sa victime. La colère l'envahissait sans aucune limite. Il la sentit le conquérir jusqu'au bout de ses doigts.
Il saisit sa baguette et sous les yeux effarés de son audience fit violemment voler Drago contre la fenêtre. Son corps percuta la vitre qui explosa en mille morceaux avant de retomber sur le sol.
-Vas y Potter je ne souffrirais pas autant qu'il a souffert ! affirma le serpent alors qu'il avait le visage en sang.
Pour une fois, Drago ne se dégonflait pas dés la première menace.
Les choses allèrent si vite…Ron tenta de bloquer Harry mais son meilleur ami le stupéfia à l'aide d'un sort. N'hésitant pas à rejeter tous ceux qui voulurent l'arrêter Harry se trouva de nouveau devant sa proie et dans une fureur noire commença le sortilège d'Doloris...
Dans un silence de mort Drago commença à se tordre de douleur.
-Finite ! cria à temps le professeur McGonagall.
-Laissez-moi faire ! hurla Harry sur son professeur, s'avançant vers elle agressivement.
-Assez ! fit-elle entendre d'une voie autoritaire.
-Il le mérite ! cria Harry de plus belle.
En un rien de temps McGonagall saisit la baguette du sorcier et la cassa en deux plus que déçue du comportement de son élève.
Plein de rage Harry se laissa tomber sur le sol, en larmes. Ron, libéré du stupéfix, fut le seul qui vint l'aider à se relever. Les autres élèves furent trop choqués pour réagir.
Jamais ils n'auraient imaginé Harry capable d'effectuer le sortilège impardonnable, mais lorsqu'ils le regardèrent effondré sur le sol, noyé dans son chagrin, aucun d'eux ne put lui en vouloir.
Les mandragores s'étaient toutes cachées dans leurs pots de terre n'émettant plus aucun bruit, et seuls les pleurs d'Harry pouvaient se faire entendre. Son meilleur ami le prit sous son épaule et le fit sortir avec l'accord de McGonagall. Cette dernière mit quelques secondes avant de reprendre la parole, peinant à croire ce qui venait de se passer juste sous ses yeux.
-Allez dans vos salles communes, bien entendu je compte sur chacun de vous pour ne parler à personne de ce qui vient de se produire. Que quelqu'un emmène monsieur Malfoy à l'infirmerie.
Puis elle s'approcha d'Hermione qui se tenait immobile dans la pièce, les larmes aux yeux. La vieille dame mit sa main sur son épaule.
-Il semble que tous ces événements dépassent Harry.
-Vous…vous allez le renvoyer n'est ce pas professeur ? balbutia la jeune sorcière et… il sera jugé au ministère et envoyé à Azkaban?
-La procédure le voudrait, mais ne vous en faites pas miss Granger, Poudlard sait fermer les yeux lorsque les erreurs ne correspondent pas à leur auteur. Je suis sure que Dumbledore fera le nécessaire pour éviter ceci à Harry.
Sur ces mots elle laissa Hermione qui aussitôt courut à la recherche de ses deux meilleurs amis. Elle ne trouva que Ron dans la salle commune. Le dernier garçon des Weasley se trouvait assis le visage entre les mains, aborant un air désespéré.
-Où est-il ?
-Il est parti à l'instant, déclara Ron les yeux fixant le sol, j'ai rien pu faire.
-Quoi ?! Ou ça ?!
Ronald haussa les épaules.
-Je lui ai dit de rester mais il n'a rien voulu entendre...
Sur ses mots son meilleur ami laissa couler quelques larmes et prit une grande inspiration.
-Harry doit fuir avant d'avoir des ennuis. Tu te rappelle ce qu'avait dit Maugrey sur l'utilisation d'un sortilège impardonnable.
A peine eut-il finit sa phrase que sa meilleure amie avait déjà quitté la salle commune à toutes vitesses. Hermione parcourut les couloirs de Poudlard aussi vite que possible. Jamais elle n'avait eu aussi peur d'arriver trop tard. Il fallait qu'elle rattrape Harry.
Elle ne pouvait concevoir une année sans lui. Elle ne pouvait le laisser vivre ça tout seul. Il avait besoin d'elle. Pourquoi ne l'avait-elle pas empêché de lancer ce fichu sort à Malfoy au lieu de rester là à le regarder comme une idiote. Elle aurait pu évité son départ, éviter son emprisonnement voire pire.
Alors qu'elle descendait à toutes allures le dernier escalier Hermione sentit des gouttes d'eau glisser sur son cou. Elle réalisa que la peur la faisait pleurer. Sans attendre elle passa la porte de Poudlard.
Elle le vit au loin, un sac dans un main, son balai dans l'autre quittant l'école des sorciers dans la panique. Sa course s'accéléra davantage.
-Harry ! cria-t-elle angoissée.
Le jeune homme se retourna. Il fixa les yeux d'Hermione. Elle rougit et essuya ses larmes. Il lui lança un sourire gêné. Le temps semblait ralenti. Il aurait préféré ne pas la revoir avant de quitter les lieux. L'idée qu'il ne la reverrait pas avant des lustres lui serra le ventre. Son visage chaleureux, sa voie à la fois passionnée et réconfortante, ses long cheveux sans fin, son franc-parler, sa douceur, son rire…Tout ceci allait terriblement lui manquer.
-Je…il faut que tu restes.
-Hermione, après ce que j'ai fait c'est impossible…le ministère...ils vont venir et...
-McGonagall affirme que non tu peux…,le coupa la sorcière en le prenant par les épaules.
-Je ne peux pas, la coupa t-il sans hésiter. Peu importe le règlement je…Je suis en train de devenir un monstre. Je suis tout le temps en colère, j'ai besoin de partir. Tout le monde croit que je peux supporter tout ça parce que je suis celui qui a survécu mais ce n'est pas le cas. Regarde ce que j'ai fait…Je ne fait que du mal autour de moi…Sirius a réussi à survivre caché, je peux le faire.
-Laisse nous t'aider Harry.
Il ne répondit pas. Sa réponse était non. Il se sentit bête, Hermione était là devant lui à essayer de retenir une nouvelle crise de sanglots et il ne savait même pas quoi lui dire. Harry pensa à un geste, un signe qui lui montrerait qu'elle allait lui manquer, qu'il tenait à elle mais quelque chose le bloquait.
Ca avait toujours été comme ça avec Hermione. Il n'osait jamais se rapprocher d'elle, pourtant quand elle lui montrait de l'affection il se sentait soulagé de tout. Pourquoi n'arrivait-il pas à faire de même ? Longtemps Harry s'était demandé si ce qu'il ressentait pour elle n'était pas plus que de l'amitié. Peut-être était-ce ce mystère qui le paralysait. « Fais quelque chose imbécile » se dit-il à soi même. D'un geste un peu maladroit, il s'approcha décidé à la prendre dans ses bras, mais Hermione eut le réflex de reculer.
-Je te fais peur.
-Non Harry c'est que…
-Si je te fais peur, répéta le sorcier en baissant la tête.
C'était évident. Il devait d'y attendre. Depuis la rentrée il s'énervait contre elle dés qu'elle lui donnait une occasion de se confier. Dés qu'ils n'étaient pas d'accord, il haussait le ton et avait des gestes agressifs. Quelques minutes auparavant, il venait d'effectuer le sortilège impardonnable juste sous ses yeux. Il l'effrayait, comment pouvait-il être si surpris d'une telle évidence ?
-C'est juste que…tu n'es plus le même…J'essaie d'être là pour toi Harry mais tu t'es construit une carapace et ces derniers mois c'est comme si je t'avais perdu.
-Tu ne m'as pas perdu Hermione, je te promets que tu ne m'as pas perdu.
Elle désigna le sac d'Harry.
-Si t'en vas ce sera le cas.
Il respira profondément, passa sa main dans ses cheveux noirs corbeau et ferma les yeux pour réfléchir. Il fallait qu'il soit honnête.
-Je ne supporte pas ça Hermione.
-Pas quoi ?
-Vos regards plein de pitié. Je n'ai besoin de l'aide de personne, j'ai juste besoin d'être avec mes amis. Des amis qui ne me regardent pas comme un chien battu. Je n'ai pas besoin de ton aide Hermione.
Harry savait qu'il se mentait à lui-même. L'idée qu'il ne verrait pas Hermione pendant des semaines, des mois ou des années le paniquait de plus en plus.
-Et si moi j'avais besoin de toi ? demanda t-elle sensiblement.
Hermione avait gagné. Il n'en fallait pas plus pour motiver Harry à faire demi-tour. D'un geste délicat il avança sa main vers la sienne et serra ses doigts. Le sorcier se sentit plus apaisé que jamais.
-Rentrons à la maison…déclara Harry avec un sourire.
La boule au ventre il tourna la tête et regarda Poudlard. Il se doutait qu'à l'intérieur les professeurs débâtaient de son sort. Il savait que la rumeur de son acte se répandait déjà entre les 4 maisons. Il savait que Malfoy voudrait plus que jamais sa mort. Mais lorsqu'il sentait la peau douce d'Hermione contre la paume de sa main, il savait qu'il ne vivrait pas ça tout seul...
