Pour la première fois, Harry trouva le Terrier inanimé, glacial, comme si la maison avait compris la gravité de la situation. Il ressentit un frisson en passant le pas de la porte. Le manque de chaleur et de bruits humains permettait même de distinguer les rugissements étranges de la goule enfermée au grenier. Rien ne bougeait, pas même le balai ni l'éponge qui habituellement frottait les nombreuses assiettes de la grande tablée des Weasley. Près de la fenêtre, un hibou noir qui lui était inconnu dormait paisiblement.
Hermione jeta un œil au pendule. L'aiguille de Ron semblait avancer de travers.

-Oh mes chéris vous êtes là !

Molly descendit l'escalier à la vitesse d'une licorne, pressée de serrer les deux invités dans ses bras. La femme au fort caractère semblait fatiguée et vulnérable ce jour là.

-J'ai eu peur qu'on ne vous laisse pas quitter Poudlard. Quand on voit à quel point le ministère fourre son nez partout. Et ils se croient capable de réformer une école. Ah ! Au diable ce crétin de Fudge !
Venez, venez ! Ronald sera très content de vous voir.

« Content » ? Ron voulait se donner la mort, comment pourrait-il être content ? Harry et Hermione furent surpris et agréablement soulagées de voir que Molly semblait garder le moral. Ils la suivirent en silence le long des nombreux escaliers qui menaient à la chambre de leur meilleur ami. Le sorcier manqua de tomber en ratant une marche. Il étouffa un rire nerveux, honteux de trouver quelque chose amusant dans un moment si difficile.

-Allez y entrez le voir, je vais vous préparer quelque chose de chaud en attendant!

Allongé dans son lit, Ron était entouré de ses frères et de sa petite sœur Ginny.

-Hermione ! Harry !

Le garçon aux cheveux roux afficha son plus grand sourire. Fred, Georges et les autres firent de même.

Harry fut le premier à approcher son ami. Il mit sa main sur son épaule et bredouillant à moitié, entama des excuses.

-Comment vas-tu ? Enfin je veux dire…Je suis désolé Ron, j'ai vraiment été con…j'aurais du…j'aurais…j'aurais du être là et voir que…ben que ça n'allait pas et je…

La pièce entière excepté Hermione et Ginny partit dans un fou rire incontrôlable. Harry et Hermione se regardèrent étonnés.

-Qu'est ce qui leur prend ? murmura cette dernière intriguée.

-On dirait que certains ne sont pas à la page, lança Fred approuvé par son jumeau.

-Ca reste grave pour autant ! s'énerva Ginny, comment pouvez vous rire de ça ?

-Comment ça ? questionna le sorcier à la cicatrice. Expliquez nous, on est un peu perdus là.

-Je n'ai jamais voulu me suicider Harry !

-Quoi ? le coupa Hermione lâchant la main de Ron qui fut déçu, mais Dean a dit à Seamus que…

-Qu'il s'était élancé contre une armée d'araignées géantes dans la forêt interdite ? demanda Georges amusé. Ce n'est pas faux, mais cela n'a rien d'un suicide. Notre petit frère a seulement une case en moins.

Ron saisit un oreiller et le balança au visage de son grand frère qui rétorqua avec le sortilège Mucus ad Nauseam.

-Bon sang !

Le nez du benjamin des Weasley se mit à couler sans interruption, sous l'œil de Percy qui silencieux jusque là, ne put s'empêcher de rire. Rapidement Hermione sortit de son sac un livre de potions, prête à lui concocter un remède attentionné.
Harry n'avait pas vu Percy depuis un sacré bout de temps. Prenant la grosse tête à cause de sa position au ministère, le jeune homme s'était considérablement écarté de sa famille. Il reprit son calme et s'avança vers Harry et Hermione.

-Impero. Ron a subit le sortilège d'Impero. Tes amis n'ont pas osé t'en parler Harry, par peur que tu ais des envies de représailles suite à la disparition de ton parrain. Bellatrix a refait des siennes. La mangemort est venue plusieurs fois au terrier. Elle sait que l'ordre du Phoenix la surveille et attaquer notre famille est le moyen qu'elle a trouvé pour faire comprendre qu'elle gardait le contrôle de la situation.

-Ce qui explique la présence de l'Auror devant leur maison, précisa Hermione.

Lorsqu'elle prit la parole, Ron tourna les yeux vers elle, la fixant plein d'admiration. Harry s'en rendit compte et ressentit une pointe de jalousie. Lui aussi ne pouvait résister au charme de son amie en cette matinée d'Automne.

La jeune fille s'était habillée dans la précipitation. Ses mèches souvent regroupées dans un chignon parfait, tombaient légèrement sur son visage, lui donnant un coté légèrement sauvage, libéré.
Deux jours plus tôt alors qu'il prenait son petit déjeuner en sa compagnie, Harry avait remarqué qu'Hermione avait mal refermé un des boutons de son chemisier, laissant entrevoir une partie de sa poitrine. Le sorcier avait soudain sentit son corps brûler de désir. Il avait profité qu'elle soit concentrée sur un ouvrage de métamorphose pour la regarder longuement. Embarrassé par la réaction gênante de son entre-jambes, il avait soudain quitté la grande salle à toutes vitesses.

Soulagée que Ron ne soit pas dépressif, Hermione arborait un sourire des plus éclatants. Cependant un souffle d'inquiétude se ressentait dans sa voix. Son ami ne déprimait pas certes, mais il avait été la cible d'une des mangemorts les plus dangereuses.

-Mais comment t'en es tu sortis ?! s'exclama Harry.

-Les centaures ! Leur sixième sens je suppose. Lorsqu'ils m'ont vu me ruer vers les araignées ils ont compris que je ne faisais pas ça de mon plein gré. Ils ont prié les arachnides de me laisser tranquille puis ils ont poursuivi Bellatrix. Ensuite ils ont prévenu Hagrid. Ils n'ont jamais été aimables mais lorsqu'il s'agit de botter le cul des disciples de tu sais qui, ils apportent volontiers leur aide.

-Des bêtes très intelligentes ces centaures. Autant que nous mais ils ont toujours refusé d'être traités comme des « êtres » et ont toujours revendiqué leur statut d'animaux.

Les Weasley se tournèrent vers Hermione . Elle comprit que son coté « madame je sais tout » devenait trop encombrant et se tut un peu gênée. Pour détendre l'atmosphère , Harry raconta le mauvais tour qu'il avait joué à Crabble et Goyle durant la nuit. Il fut bien sur disputé par les deux filles qui le jugèrent imprudent et immature mais fut content de voir que Ron fut plus qu'amusé par cette histoire.

-Oh tiens je t'ai apporté ceci.

Glissant la main dans sa poche, Harry sortit un petit animal à longue queue qui ne paraissait pas plus gros qu'un œuf.

-Je l'ai acheté tout à l'heure sur le chemin de traverse. Je me suis dit que tu serais content d'en avoir de nouveau un. Ne t'inquiètes pas, celui là ne se transformera pas en atroce Queudver. Il est tout petit car il n'a pas encore atteint l'âge adulte.

Son meilleur ami prit la petite bête dans sa main, la regardant émerveillé.

-Merci Harry ! Tu assures !

-Tâches de ne pas le martyriser celui-ci ! conseilla Fred d'un air moqueur.

-Et comment vas-tu appeler cette petite boule de poils ? murmura Hermione en s'approchant de nouveau du lit.

-Sirius.

Un silence s'installa dans la pièce et tout le monde se tourna vers Harry.

-Ca ne te dérange pas ?...Je voudrais rendre hommage à ton parrain. Tu sais un rat c'est très intelligent et puis…

-Ne t'en fais pas Ron. C'est parfait, répondit son ami avec un clin d'œil reconnaissant.

-Les enfants à table ! cria Molly de toutes ses forces pour être entendue depuis la cuisine.

***

Les Weasley quittèrent un à un la pièce laissant Harry et Hermione seuls. Le sorcier fut prit d'une envie de lui dire à quel point elle était jolie coiffée de cette manière mais il s'en empêcha. Harry mourait d'envie de la toucher, de lui caresser les cheveux, de lui prendre la main ou simplement de laisser ses doigts parcourir son beau visage. Cependant, il culpabilisait d'être attirée par celle qu'il avait toujours considéré comme sa meilleure amie.

Il devait se sortir cette folie de la tête, son meilleur ami aimait secrètement Hermione, si Harry se laissait attraper par le charme de la jeune fille alors les choses se passeraient mal. Il risquerait de devenir de plus en plus jaloux de Ron, et leur amitié se détériorerait davantage.
Une bouffée d'air chaud submergea Harry. Il se sentit stressé d'être seul en la compagnie d'Hermione. Il avait ressenti la même sensation en invitant Cho Chang au bal. Il tenta de quitter la pièce mais son amie l'attrapa par le bras.

-Attends, murmura t'elle d'une voix douce.

Elle ferma la porte pour parler seule à seul à Harry.

-Je voudrais m'excuser pour ce que j'ai dit hier soir. Quand j'ai dit que tu n'avais pas été là pour Ron, j'ai sous-entendu que tu étais en parti responsable de ce qui s'était passé et…

-Tu as eu raison de me dire ça Hermione. Je n'étais pas au courant que Bellatrix menait la vie dure à sa famille mais j'ai tout de même étais anormalement distant de lui et ton rappel à l'ordre m'a donné une bonne leçon.

Hermione se mit soudainement à rougir ce qui étonna l'adolescent.

-Ron a une théorie là-dessus…sur la raison pour laquelle tu as été si distant de lui ces derniers temps.

Elle ne parla pas pendant plusieurs secondes.

-Nan c'est rien .Oublie.

Harry lui saisit la main et son regard lui ordonna de continuer sa phrase.

-Il…Il pense que tu es jaloux de lui. Que tu ressens quelque chose pour moi et que tu es jaloux de lui parce que tu crois à tors qu'il est amoureux de moi.

-Je ne fais pas que le croire Hermione, je le sais : Ron est réellement amoureux de toi.

-Oui je sais, avoua la sorcière d'un air blasé.

-C'est le seul effet que ça te fait ? demanda Harry devant l'expression de son amie.

-J'ai longtemps aimé Ron tu dois t'en douter mais ces derniers temps, je me suis détaché, j'ai réalisé que je ne le désirais pas tant que ça. J'ai vu en lui quelqu'un qu'il n'était pas. Je tiens beaucoup à lui mais ce n'est que de l'amitié pure et simple, expliqua la sorcière, Je…je voudrais juste savoir si la théorie de Ron est juste à propos de…, affirma t'elle embarrassée.

Lorsqu'Harry fut soulagé d'entendre ses mots, il eut un déclic. Il ne ressentirait pas toutes ces émotions si Hermione n'avait été qu'une amie pour lui. S'il n'avait été qu'un simple ami, il aurait été déçu que le couple de ses deux meilleurs amis n'ait aucun avenir. Mais à la place, il était soulagé qu'elle ne soit pas amoureuse du Weasley.
Il était attiré par elle, il devait enfin l'admettre. Se voiler la face plus longtemps serait ridicule.

Le cœur d'Harry s'emballa. Que devait-il dire à Hermione ? La découverte de ses sentiments pour elle était trop récente pour qu'il en soit sur. Et puis il ne pouvait pas lui dire si tôt. Peut-être devait-il le cacher pour toujours pour ne pas mettre en jeu leur amitié.
Mais Harry se posa une question beaucoup plus importante. Allait-il se satisfaire éternellement d'une simple amitié ? Les choses étaient déjà si difficiles avec la mort de Sirius, était-il capable de supporter une peine de cœur en plus ? Pouvait-il se contenter d'être prés d'elle sans jamais la serrer sans fin dans ses bras ? Hermione était devenue de plus en belle d'année en année et si cette habitude persistait la frustration deviendrait insupportable.

-Harry…ça va ? Tu ne dis rien.

Le jeune homme leva la tête et quitta la pièce d'un pas décidé sans répondre à la question d'Hermione. Elle resta immobile, intriguée…

***

Le sorcier à la cicatrice fut trop stressé par la situation pour réussir à avaler quelque chose. Cette sensation lui rappela l'angoisse juste avant son tout premier match de Quidditch.

-Tu ne manges pas Harry ? Ces histoires de Bellatrix t-ont foutu la trouille ? demanda Georges sous le regard accusateur de Molly.

Harry croisa le regard d'Hermione. Il la fuyait puis manquait cruellement d'appétit. Avait-elle compris ce qui le tracassait ?
Un vacarme se fit entendre. Arthur Weasley et l'Auror qui gardait le terrier pénétrèrent paniqués dans la pièce.

-Molly chérie, les enfants... cette maison n'est décidément plus un endroit sûr. Rassemblez vite vos affaires. Percy, fais les transplaner à Poudlard. Nous n'avons que quelques minutes devant nous...