La sensation de souffrance prenait toujours Harry au moment ou il s'y attendait le moins : en plein cours, en pleine activité entre amis, au beau milieu d'un entrainement de Quidditch…Un infime détail le faisait penser à son parrain et l'entrainait dans un gouffre de dépression. Lorsque ces idées noires le submergeaient, il ressentait toujours le besoin de s'échapper, persuadé que la compagnie des autres ne lui était d'aucune aide.
Hermione aurait pu l'aider bien sur, si Ron n'avait pas été fou d'elle, si elle avait été amoureuse d'Harry en retour mais surtout si elle n'avait pas été la meilleure amie d'Harry. Car au final même si Hermione avait aimé Harry, le sorcier ne savait pas s'il aurait voulu une relation pour autant. Il la désirait aussi bien sentimentalement que physiquement, mais cela aurait-il valu le risque de détruire une amitié si ancienne ?
Le sorcier était si confus…
Lorsqu'en ce 3 Décembre, l'esprit d'Harry fut nerveux et fatigué, il céda. A l'abri des regards, il attrapa une petite boite caché sous son lit. D'un geste mécanique, il prépara méticuleusement l'herbe qu'il s'apprêtait à fumer.
Il sortit du château et se dirigea vers le lac, les lumières que le coucher du soleil peignait sur l'eau étaient magnifiques à cette heure-ci. Harry aimait admirer ces couleurs sous l'effet de l'herbe. Sa vue troublée distinguait des ombres étranges à travers la fumée. Il souriait. Il rigolait.
Cette herbe lui rongeait le corps. Si il se faisait coincé à fumer ça dans le parc, le ministère serait au courant et ses chances de devenir Auror seraient réduites à zéro.
Mais en cet instant il s'en fichait, il voulait juste échapper à ce quotidien rempli d'angoisses.
Lorsqu'il fumait, il était content sans savoir pourquoi, il ne savait plus qui il était, c'était tout ce qui comptait.
Lorsqu'il était encore dans un état raisonnable, il aimait marcher doucement et sentir le vent caresser ses cheveux. Mais la plupart du temps, l'effet de l'herbe était trop fort et il peinait à se lever. Souvent, il finissait même par s'assoupir apaisé, rejoignant la salle commune à toutes vitesses à son réveil, vers trois heures du matin redoutant de se faire attrapé par Rusard.
Ce soir là, il abusa un peu trop de cette drogue et lorsqu'il se réveilla à cinq heures du matin, il réalisa qu'il n'était pas revenu dans son état normal. Le jour se levait, il était temps de rentrer avant qu'on ne remarque son absence.
Trop tard, il y avait du bruit dans la salle commune, quelqu'un était déjà levé. Harry essaya de se concentrer, personne ne devait comprendre qu'il avait fumé. Sachant qu'il marchait à peine droit il essaya de vite s'asseoir pour qu'on ne remarque rien. Mais avant qu'il fasse quelques pas, Ginny débarqua surprise.
-Oh tu es déjà levée Harry…
Le sorcier voulut répondre mais pris d'une sensation de malaise, il tomba violemment sur le sol. Il eut le temps de voir la jeune Weasley se pencher sur lui. Rapidement il perdit la vue, mais continua à entendre des sons. Il y eut un appel au secours de Ginny, le bruit de plusieurs élèves qui descendaient l'escalier puis soudain le néant, le noir total…
***
Une atmosphère calme, blanche, une odeur de remèdes aux branches de Mandragores. Pas de doute, Harry se trouvait dans l'infirmerie. Sa tête continuait à tourner mais sa vision se rétablissait petit à petit. En revanche ses membres semblaient peser trois tonnes. Il se sentit comme paralysé.
-Ne bouge pas Harry. Ca passera tu verras.
Il reconnut la voix de Ron, ce qui le rassura. Harry tenta de demander ce qui s'était passé mais il se rendit compte qu'il était incapable de parler. Les muscles de sa bouche étaient complètement engourdis.
Quelques pas se firent entendre, et le sorcier reconnut l'odeur de potions qu'avait toujours dégagé Madame Pomfresh.
-Ne bougez pas Harry, vos muscles sont presque paralysés, ils ont besoin de repos. Vous avez fumé une herbe très dangereuse. Vous avez confondu deux herbes en faisant le plein dans la réserve du professeur Rogue je suppose. Une chance que votre ami Ronald et sa sœur aient réussi à vous amener vite ici, un quart d'heure de plus et vous seriez mort empoisonné.
Ne vous en faites pas, je ne dirais rien au professeur Rogue mais si je vous prends à refuser ce genre de choses, cela ira tout droit aux oreilles du professeur Dumbledore.
« Et merde, je vais devoir arrêter », en déduit Harry. On lui reprochait de fumer, on lui reprochait de faire l'idiot, il y avait il quelque chose qu'on le laisserait faire pour se vider la tête ?
-T'as eu chaud mon vieux. Je savais pas que tu fumais tant que ça. Si j'avais su je t'aurais aidé à stopper, parait que ton corps est dans un sale état. Tu peux pas parler je sais, t'en fais pas d'ici quelques heures tu te sentiras mieux. Va falloir que tu arrêtes de déconner Harry, il ne s'est pas passé une semaine sans que tu te sentes obligé de faire n'importe quoi. Tu es en colère, on l'a compris mais c'est pas en faisant ça que tu vas te rendre service.
Harry fut surpris d'entendre un tel discours de son meilleur ami. Ron qui avait toujours eut une vision détendue des choses, avait parlé sur un ton grave et responsable. Il se demanda pourquoi Hermione n'était pas là. Il lutta et parvint difficilement à prononcer son prénom. Le jeune Weasley eut soudain une voix embarrassée.
-Euh Harry…Tu étais surement trop défoncé pour t'en souvenir, mais tu as été voir Hermione cette nuit là. Elle était en larmes, tellement bouleversée qu'elle n'a même pas réussi à m'expliquer ce qui c'était passé. Je crois que tu lui as fait quelque chose qui ne lui a vraiment pas plu.
Il avait blessé Hermione. Harry n'arrivait pas à le croire. Comment avait-il pu l'aimer autant et la blesser ? Il ne désirait qu'une seule chose, quitter ce lit, sortir de cette putain de paralysie, courir, la chercher dans tout le château. Enfin lui avouer…lui dire qu'il était désolé, qu'elle obsédait ses pensées, que la blesser était la dernière chose au monde qu'il souhaitait.
Et s'il était trop tard ? Et si elle avait vu le mal en lui cette nuit là ? Et si elle ne voulait plus le voir ?
Harry se sentit si mal, bloqué dans cette infirmerie, il étouffait, il se noyait dans les regrets et ne pouvait rien y faire.
Ronald sentit que l'esprit d'Harry était agité et pour essayer de le détendre, utilisa un sortilège d'apaisement que lui avait enseigné Hermione pour éviter de rêver d'araignées. Inquiet, il l'observa sombrer dans le sommeil peu à peu.
Comment allait réagir Harry, quand Ron lui annoncerait qu'il avait passé 6 mois dans le coma ?
