Les tristes visages des tableaux poussiéreux montraient à quel point Poudlard avait changé. Les fantômes ne déambulaient plus joyeusement dans la grande salle. Le saule cogneur ne trouvait plus aucun plaisir à déplumer les petits oiseaux qui passaient par là. Même la grosse dame, dont la voix stridente résonnait habituellement dans toute l'école, avait mis ses chants de coté. Les nombreux hiboux et chouettes désespérés attendaient depuis des lustres qu'on leur donne une petite lettre à porter.

Autrefois beaucoup d'élèves traînaient dans les couloirs. Les rires et les discussions animaient l'immensité du château. Mais en cette période, il n'était pas commun de s'attarder. On retournait directement dans la salle commune après un cours et on respectait les règles sans poser de question. Les retenues distribuées sans aucune pitié veillaient à rappeler que l'heure n'était pas à la plaisanterie.

Ce jour là en quittant l'infirmerie, Harry ne croisa que des regards perdus. Il se demanda à quand remontait le dernier sourire de tous ceux qu'il apercevait. L'attaque des mangemorts se ressentait encore après quelques mois.
Chaque élève de septième année devait une fois par semaine se poster dans une zone de l'école et monter la garde. Quelques elfes des cuisines avaient également été réquisitionnés pour donner l'alerte en cas d'attaque. Harry fut surpris de voir à quel point chacun avait pris ses responsabilités, conscient du danger. D'après Neville, les horaires de cours étaient devenues très difficiles à tenir. Douze heures par semaine, des techniques de combat étaient enseignées par Dumbledore qui s'avérait plus inquiet que jamais.

"On les aura, ils ne savent pas ce qui les attend" répétait sans cesse Ron assoiffé de vengeance. Et il n'était pas le seul, Harry mourait d'envie de libérer sa colère sur Bellatrix. Il aimait imaginer la sorcière payer pour ses nombreux crimes.

Les quatre Gryffondors donnèrent à Harry son nouvel emploi du temps puis l'entraînèrent dans le parc.
Sous un grand châtaignier, reposait une pierre tombale gravée à la hâte et entourée d'Hortensias.

"Ginny Weasley (11 Aout 1981 – 1 Janvier 1998) a donné sa vie pour défendre Poudlard"

Harry s'avança et se mit à genoux sous l'arbre, fixant le nom de celle qui fut son amie. Il n'arrivait toujours pas à le croire...
Son meilleur ami le rejoint, se plaçant tout prés de lui. Le jeune Potter aurait voulu dire quelque chose pour rendre hommage à Ginny mais l'émotion lui noua la gorge. Rapidement il entendit les sanglots de Ron recouvrir le chant des oiseaux.

"Ils paieront pour ce qu'ils ont fait Ron je te le promets" chuchota Harry à son oreille.

***

-Tu vas m'ignorer pendant longtemps ?

-Je ne t'ignore pas Harry, je suis pressée, déclara Hermione en descendant quelques marches veillant à ne pas trébucher dans le noir.

-Me prend pas pour un con. J'ai été dans le coma pendant 6 mois et tu agis comme si tu t'en fichais. C'est comme si tu n'avais plus rien à me dire, reprocha le sorcier d'un ton vexé.

Sa meilleure amie avala sa salive. Il avait raison, elle n'avait pas le droit de le traiter comme ça. Mais que pouvait-elle lui répondre ? Qu'elle était folle de lui ? Qu'il lui avait fait mal cette nuit là mais qu'elle l'aimait toujours ? Qu'elle était à la fois dégoûtée et effrayée d'aimer quelqu'un d'aussi violent ?
Elle se contenta de soupirer et regarda ses pieds comme si les mots allaient tomber du ciel. De toute façon, la confusion la prenait de nouveau et elle se sentait incapable de parler. Elle sentit à la douleur de sa gorge, qu'elle était à deux doigts de pleurer.
Hermione demeurait partagée entre l'envie omniprésente de lui sauter au cou et le besoin de le rejeter. Ce mélange d'émotions la rendait folle.

-Je sais que j'ai fait quelque chose de terrible ce soir là et j'en suis désolé. Mais comment veux tu que je me rattrape si tu me fuis sans arrêt comme ça. Je ne sais même pas ce qui s'est passé.

Le temps tourna au ralenti. Il fallait coûte que coûte convaincre Hermione de lui laisser une chance. Le sorcier regarda les beaux yeux blessés de la jeune femme et se sentit paralysé. Le moment de faire ses preuves et de tout confesser était arrivé. Il le sentait et il ne devait pas échouer. Les mangemorts pouvaient débarquer d'un moment à l'autre et leur ôter la vie. Il refusait de mourir avant d'avoir dit la vérité.

Il avait vu un paquet de films bidon dans lesquels les moldus semblaient si facilement déclarer leurs sentiments. Pourtant en cet instant rien ne paraissait plus difficile. Elle était si jolie à le regarder ainsi, si vulnérable. Il n'oserait même pas la toucher par peur de la briser.
La faible lumière du couloir permettait de voir ses pupilles briller. Hermione avait l'air aussi dévastée qu'il l'était.
"Respire Harry, lance toi" se dit-il pour s'encourager.

-Imagine ce que je ressens. Je me réveille et je n'ai pas la moindre idée de ce que je dois faire pour me faire pardonner.

-Tu veux vraiment savoir Harry?! Demanda la jeune sorcière en pleurs. Très bien.

Hermione sécha ses larmes à l'aide de sa manche et souleva légèrement son chemisier. Harry put entrevoir une brûlure au dessus de son nombril. La blessure était de petite taille mais paraissait très douloureuse. Il recula d'un pas et manqua de tomber sur une marche.

-Nan, nan c'est impossible...

Le sorcier eut du mal à respirer.

-Si c'est bien l'œuvre de ta baguette Harry.

Conquis par le regret, il resta immobile comme si son esprit s'était évaporé pour ne pas avoir à supporter le passé.

- Pourquoi ? demanda-t-il dans un souffle.

-Tu es venu vers moi dans un état lamentable et tu as commencé à hurler que je n'avais pas le droit de te faire autant de mal. Tu t'es mis à brûler tous mes livres . Et j'ai commis l'erreur de me mettre en colère moi aussi et tu...

-Je t'aime.

Harry avait dit ça soudainement sans réfléchir. Ces trois mots si significatifs s'étaient échappé comme par magie de sa bouche.
Son amie le regarda la bouche légèrement entrouverte. Il était aussi surpris qu'elle par ce qu'il venait de dire. Etait-il pris de folie ou avait-il eu enfin le cran d'avouer ce qui le rongeait depuis des semaines ?

-Je ne supporte plus de le cacher. Se contenter d'être ton ami était si dur pour moi. Je ne pensais pas que j'irais jusqu'à t'en vouloir et te blesser. Je sais pas ce qui m'a pris. Si on doit arrêter de se parler à cause de ce que j'ai fait alors je ne me le pardonnerais jamais. Même si tu me le pardonnes d'ailleurs, je n'ai jamais voulu te faire mal et je me haïrais toujours pour t'avoir fait ça.

Harry ne put s'empêcher de parler. Dévoiler ce qui l'avait fait souffrir en silence lui faisait un bien fou. Il s'enlevait un couteau du cœur.

-J'ai envie de toi, dés que je te vois, la distance entre nous me paraît infinie. Je me suis senti sale au début. Avoir des vues sur toi me faisait me sentir pervers ou je ne sais quoi. Je ne pouvais concevoir que j'étais en train de tomber amoureux de ma meilleure amie. Et puis il y a Ron, il t'aime depuis des années tu sais alors j'ai préféré attendre et espérer que je me trompais. Mais ce n'est pas le cas. Tu obsèdes mes pensées et je sens que ce n'est pas prêt de se terminer. Tu es la première personne à laquelle j'ai pensé en me réveillant de ces 6 mois de coma.

Le pou d'Harry atteignit une vitesse record. Comment allait-elle réagir? Il l'observa tandis qu'il déballait ses sentiments mais la jeune femme ne dégageait que de la tristesse et il était impossible de détecter la moindre réciprocité.

-Ne me fuis pas s'il te plaît. Les mangemorts peuvent venir, je n'ai pas peur de cette guerre, je n'ai pas peur de mourir. Mais savoir qu'il peut t'arriver quelque chose m'effraie plus que tout.
Laisse-moi veiller sur toi. Oublie l'être cruel que je suis devenu. Je t'en prie Hermione, déteste-moi si tu veux mais laisse moi te protéger.

- Comment puis-je te faire confiance ? Le questionna la sorcière qui tentait de garder un regard impassible.

Harry glissa sa main dans sa poche et la tendit vers son élue. Sur sa paume reposait une petite fleur violette. Dans un petit bruit mélodieux, la fleur fanée reprit soudain des couleurs vives et redressa ses pétales. Puis dans les secondes qui suivirent, la luna reflexiane dispersa la lumière la plus douce qui soit.

Les deux sorciers sourirent émerveillés. La légende disait vrai... Et leurs cœurs disaient vrai. Aucun des deux n'aurait pu deviner que l'autre l'aimait autant en retour et il n'en fallu pas plus pour apaiser les tensions.

Leurs regards timides se croisèrent. Enfin ils pouvaient partager leur amour, enfin ils pouvaient se jeter l'un sur l'autre sans aucune peur d'être rejeté. Pourtant ils restaient là figés sur place, apeurés, effrayés du geste qu'ils rêvaient de réaliser depuis si longtemps.

Devaient-ils le faire ? Devaient-ils à tout jamais enterré cette amitié si précieuse ? Devaient-ils prendre ce risque ?
Harry ressentit de l'impatience dans ses jambes, comme si son corps lui ordonnait de faire quelque chose.

Il fut le premier à bouger. Conscient qu'Hermione était terrorisée, il glissa sa main vers la sienne pour la rassurer. Elle semblait trembler de la tête aux pieds. Mais ses yeux brillaient de joie autant que brillait la petite fleur violette. Il la fixa longuement, attendant un signe qui montrerait qu'elle était prête à dépasser le stade de l'amitié.

La jeune femme approcha son visage du sien et captura doucement ses lèvres. L'odeur d'Harry était si agréable. Il posa une main sur sa joue tout en continuant de l'embrasser et elle se sentie plus désirée que jamais. Il sentit un peu d'humidité et comprit qu'Hermione n'avait pas totalement arrêté de pleurer. Il serra davantage ses doigts entre les siens pour lui rappeler que tout allait bien.

Leur baiser devint de moins timide tout en restant très doux. Ils se détendirent petit à petit et se serrèrent au fur et à mesure l'un contre l'autre. Leurs langues se frôlèrent provoquant des frissons chez Hermione.
Harry avança légèrement de sorte à appuyer délicatement l'adolescente contre le mur. Puis refusant de céder à son corps ce qu'il lui réclamait, il écarta ses lèvres des siennes.

Ils reprirent leur souffle en gardant les yeux fermés. Ce moment était si fort...comme si le monde autour d'eux avait cessé d'exister. Leur amour était réciproque, ils se le répétèrent en tête plusieurs fois, si soulagés.

Puis Harry repensa à l'acte terrible qu'il avait commis. Il appuya doucement sa main sur la brûlure pour rappeler à celle qui était digne de la petite fleur, à quel point il était désolé. Et posant sa main par dessus la sienne, ne le quittant pas des yeux, elle lui fit comprendre qu'elle le pardonnait.

-Elèves en dehors des dortoirs!

Harry avait parié que ce genre de choses arriverait. Le couple s'embrassa rapidement une dernière fois et rejoignirent en vitesse leur lit, déçus de devoir se séparer si vite.