Dumbledore jugea nécessaire de raccompagner Harry jusqu'à son dortoir. Les gryffondors furent plus qu'étonnés, il n'était pas commun de voir le directeur pénétrer dans leur salle commune. Plusieurs d'entre eux stoppèrent leur activité et se levèrent pour lui témoigner du respect. Le grand sorcier suscitait beaucoup d'admiration. L'énergie qu'il déployait pour protéger son école rassurait les plus jeunes.
Prenant soin de ne pas trop attirer l'attention, il saisit fermement le bras d'Harry et l'aida à traverser rapidement la pièce. Harry affichait un regard perdu, comme si son âme s'était enfuie. Il ne prit pas la peine de tourner les yeux vers ses amis. Il devina qu'ils le dévisageaient tous morts d'inquiétude et voulut s'épargner ce spectacle.

Les chuchotements se multiplièrent : le célèbre Harry Potter se montrait plus faible que jamais.

-Allons allons, retournez à vos occupations, ordonna Dumbledore, agacé de voir les élèves fixer Harry comme une bête de foire.

Tandis que leurs deux silhouettes disparaissaient en haut de l'escalier, Hermione resta immobile sur la première marche. La sorcière regardait le chemin vers les dortoirs, frustrée de ne pas pouvoir rejoindre Harry. Son état était plus grave qu'elle ne l'imaginait.

Un vide évident se ressentait à la table des serpentards. Nombreux étaient ceux qui avaient lâchement fui lors de l'attaque des mangemorts. Les plus sombres d'entre eux étaient rapidement passés du statut de victimes au statut d'attaquant.
La table de chaque maison habituellement recouverte d'œufs, de bacon et d'autres mets délicieux arborait un reflet navrant. Ron fit la grimace en avalant un jus acide. La qualité de la nourriture s'était dégradée depuis l'assaut de Poudlard il y a cinq mois, mais le jeune Weasley ne s'y était toujours pas habitué. Il scruta le reste de la table, animé par le réflexe de lire la gazette du sorcier. Evidemment aucun journal ne se montra.
Hermione leva les yeux au ciel.

-Tu devrais t'y faire après tout ce temps. He Harry ! s'exclama t-elle en l'apercevant au loin.

Harry fit quelques pas et prit place sur le banc à coté d'elle. Il trouva la situation plus qu'embarrassante. Il n'avait pas vu Hermione depuis leur baiser. Il comprit à l'expression de son visage, qu'elle était envahie par la timidité elle aussi. Ils se remémorèrent ce qui s'était passé et leur regard s'intensifia.

-Ben quoi ? Qu'est ce que vous avez tous les deux ? Vous tirez une tête trop bizarre, rigola Ron en avalant une dizaine de tartines.

-Ron ! Tu te souviens du sens du mot « partage » ?! , cria Hermione profitant de la situation pour changer de sujet, Certains elfes ne mangent presque plus pour qu'on puisse avoir un petit déjeuner. Tiens Harry, je t'ai mis deux pancakes de coté, j'avais peur que ce monstre dévore tout.

Elle lui tendit une assiette de petites crêpes à l'aspect louche et put sentir le contact de sa peau pendant une fraction de secondes. Cet effleurement ne les laissa pas de marbre. « Le pauvre Ron...s'il savait... » pensa fortement Harry.

Il était assez prés d'Hermione pour entendre sa respiration et imagina cette scène sans la présence de son meilleur ami. Il aurait pu glisser son bras sur l'épaule d'Hermione, passer sa main dans ses cheveux ou tout simplement serrer discrètement la sienne.
Ron déballa une dizaine de phrases mais Harry n'y portait plus aucune attention. Pendant quelques minutes, il fut obnubilé par l'odeur d'Hermione. S'il avait eu plus de cran, il lui aurait suffit de l'entrainer dans un couloir pour l'embrasser sans fin.

-Comment veulent-ils que je me prive s'ils en mettent autant dans les plats. Et puis pas grave, j'irais à la chasse cet après-midi.

-Quoi ? Les élèves vont aussi aux parties de chasse ?

-Oui, seuls les septièmes années y sont obligés mais si tu as seize ans tu peux y participer volontairement. Hagrid mène la troupe. Ca ne plait pas trop aux centaures, mais c'est le seul moyen d'avoir un peu de viande. J'ai bien envie d'un peu de cerf pour le diner ! On devrait y aller ensemble quand tu seras rétabli.

-Harry a des choses plus importantes à faire Ronald.

Le jeune Weasley soupira. Qu'avait-elle à être si tendue et rabat-joie ?

La salle sur demande était restée d'une aide précieuse pendant ces temps de guerre. Sa grande taille surprit de nouveau Harry lorsqu'il y entra suivant Hermione. La hauteur du plafond rejoignait la hauteur des possibilités que cette pièce offrait.
Il fut ravi qu'elle l'emmène ici. Enfin ils pourraient passer un moment seul à seul.
L'heure passée à se retenir de l'embrasser l'avait mit sur les nerfs. Impatient, il ferma la porte et se pencha sur elle.

-Que fais tu ? demanda t-elle en s'écartant, on n'est pas venus s'amuser Harry.

La sorcière remit sa frange en place. Harry adorait cette mimique. Puis elle s'approcha d'un objet recouvert par un grand drap. Elle enleva le tissu et sous un vol de poussière apparut un mannequin d'entrainement. Le sorcier soupira. Lui qui s'était imaginé câlinant Hermione allait simplement assister à un cours particulier.

-Hermione tu sais que...

-Tu as perdu tes pouvoirs je sais. C'est pour ça qu'il faut que tu les retrouves au plus vite. Allez, c'est le moment de t'exercer. Concentre-toi, imagine que ce bonhomme en bois soit un mangemort.

Il fallait reconnaitre qu'elle n'avait pas tors, rester dans l'incapacité de se défendre était dangereux. Le sorcier retroussa ses manches et sortit sa baguette du fond de sa poche.
Harry se mit en position de combat, cherchant toute la concentration en lui et inspira profondément. Puis, dans un geste incertain, tenta de lancer un sortilège.

Rien ne se produisit. Aucun effet n'émergea de la baguette. Il se tourna vers Hermione qui le regardait sévèrement les bras croisés.

- Tu es fort Harry. Prends en conscience. Recommence.

Il n'aimait pas qu'elle lui parle ainsi, avec une voix mielleuse et autoritaire à la fois mais il s'exécuta sans un mot...pour subir le même échec.

-Et merde ! hurla t-il la faisant sursauter.

Hermione avança vers le mannequin et le fit disparaitre à l'aide de la magie. Puis habillée d'un sérieux infaillible, elle se mit en face de lui.

-Je vais t'attaquer, dépêche toi de te mettre sur la défensive.

Harry recula et dégagea un non très clair d'un signe de tête. Sans aucun remord, elle serra les dents et lui lança un flipendo au visage.

Le sorcier tomba à la renverse. Sa chute sur le sol en pierre provoqua un bruit foudroyant qui fit frissonner Hermione. Elle se retint de courir vers lui pour l'aider mais s'y refusa. Si elle cédait au regret qu'elle ressentait en le voyant à terre, sa leçon n'aurait aucun effet. Elle devait se contenir et anéantir toute pitié. Elle se surprit elle même, la peur l'avait rendue plus dure moralement.

Légèrement assommé il se redressa et marcha vers elle en colère.

-Qu'est ce qui te prend ?

- Défends-toi.

Hermione ne l'avait pas attaqué par plaisir. Elle l'avait fait pour son propre bien, cherchant à provoquer un déclic chez lui. Mais rétorquer par un sort lui était impossible. Cela était déjà arrivé et les heures avaient beau passer, la culpabilité de Harry était restée à son sommet.

-Qu'est ce que tu attends ?! Un mangemort ne te laissera pas le temps d'hésiter ! Réplique Harry !

-Non, je refuse de te faire du mal.

-Arrête de réfléchir et fais-le !

-Non !

Elle soupira.

-Je n'ai pas la moindre envie de te faire du mal. Pourquoi est ce si compliqué à comprendre ? Est ce qu'on va faire mine de rien et continuer à s'envoyer des sors à la gueule Hermione ?

-De quoi tu parles ? le questionna la sorcière en approchant son visage tout prés du sien.

-Tu sais très bien de quoi je parle, répondit Harry d'une voix grave et glaciale.

Son regard froid comme la mort figea Hermione et le rendit encore plus attirant à ses yeux.

- Je ne veux pas que Ron l'apprenne Harry. Il n'a aucune nouvelle de sa famille, Ginny est partie. Une mauvaise nouvelle de plus l'anéantirait.

-Je ne parle pas du petit déjeuner. Je parle de maintenant. Personne ne nous voit ici alors ne me snobe pas comme si j'étais un étranger.

-Si tu étais un étranger pour moi, je ne m'inquiéterais pas de l'état de tes pouvoirs Harry.

La colère d'Harry s'intensifia. La perte de ses pouvoirs et la distance d'Hermione le rendaient fou. Tournant en rond nerveusement dans la pièce, il tenta d'évacuer sa détresse. Il ne devait pas libérer sa rage sur Hermione cette fois-ci. Il lui avait fait suffisamment de mal.
Se calmer pourrait être si facile, il lui suffirait de l'embrasser, de l'allonger sur le sol pour lui faire l'amour. Harry savait qu'un tel acte serait parfait pour se débarrasser des sombres pensées qui l'habitaient, mais il ne devait pas céder à ses pulsions.
Sa frustration était au sommet il se dirigea vers le mur et sans retenue se mit à le frapper violemment. Plusieurs fois, son poing énergique vint cogner douloureusement la pierre.

Hermione se précipita vers lui pour l'arrêter mais il était trop tard. Déjà la peau d'Harry s'était détruite et laissait entrevoir ses os.
Des goutes de sang s'écoulèrent le long de son bras. Une mare se formait progressivement à coté de leurs pieds. Il se baissa tremblant et grimaçant tenant son poignet en gémissant.

La jeune femme ne tarda pas à attraper sa baguette et talentueuse elle invoqua un sortilège de guérison. Petit à petit, la main d'Harry reprit sa forme d'origine, et la douleur s'effaça de son visage.

Hermione se posta en face de lui, son premier réflexe habituel aurait été de le prendre dans ses bras mais elle savait qu'Harry détestait qu'elle ressente de l'inquiétude pour lui. Ainsi, elle fut plus que surprise lorsqu'il s'approcha d'elle pour poser sa tête au creux de son épaule comme un enfant apeuré.

Harry se relâcha. Il avait besoin du soutien constant d'Hermione. Enfin il se l'avouait.

-Tu crois que je deviens fou ? demanda t-il d'un air triste.

-Ne dis pas ca.

Elle caressa ses cheveux d'un geste réconfortant et referma ses bras sur lui.

Ils ne dirent rien de plus. Il n'y avait rien à dire. Harry baissa la tête, souleva doucement le menton d'Hermione et l'embrassa affectueusement. Ce nouveau baiser les rendit aussi émus que le premier. Hermione sentit qu'il allait être dur de s'arrêter. Elle s'accrocha davantage à lui et accéléra le rythme de leur étreinte.

Il avait l'air si heureux et soulagé en cet instant, comme si elle le sauvait d'un cauchemar. Rien ne pouvait la faire se sentir plus utile. Harry interrompit leur union, se sentant ressourcé et fixa sa propre main recouverte de sang séché. Il tenait toujours sa baguette.

-Tu peux le faire, se murmura t-il à soi même.

Sous les yeux émerveillés d'Hermione, il réalisa un accio parfait. Un petit cliquetis se fit entendre et dans un souffle puissant la carte du maraudeur s'installa entre ses doigts. Le soutien d'Hermione lui avait redonné confiance en lui.

-Ron revient déjà de la forêt, il faut rentrer avant qu'il nous cherche partout. Il pourrait deviner quelque chose...

L'idée de devoir cacher leur liaison et faire semblant le reste de la journée les démoralisa...C'était bien connu...la magie ne dure qu'un temps...