Tandis que la jolie fleur communément appelée « Luna Reflexione continuait inlassablement de pousser, Harry lui, maudissait les effets du temps. Ces minutes qui défilaient si vite allaient le séparer d'Hermione. Ces aiguilles qui parcouraient sans fin chaque horloge de chaque maison, étaient sur le point de vider son cœur à nouveau.
Elle ne resterait pas éternellement blottie contre son torse. Il ne caresserait pas ses doux cheveux pendant des heures. Le loup blessé ne pouvait être continuellement collé à la brebis. Dans un bref instant, l'intégralité des Gryffondors allait débarquer, satisfait d'un diner copieux et interrompant cet instant magique.

La jeune femme le savait, et le laissant seul allongé, s'écarta à la recherche de ses vêtements. Il la regarda de haut en bas, d'un œil intéressé tandis qu'elle enfilait ses bas. Hermione comprit le trajet de ses pupilles et lui envoya gentiment son haut sur la figure afin de lui ôter la vue.

-Tu en as assez vu comme ça gros pervers !

Harry se leva et l'attrapa délicatement par la taille afin de capturer ses lèvres.

-Faut-il vraiment que tu remettes ce haut ? murmura t-il à son oreille.

La sorcière fit mine de soupirer mais trouva plaisant de se sentir si désirable. La tendresse et l'amour d'Harry l'enivrait comme une odeur sucrée. Hermione savait à quel point son humeur était instable. Il pouvait lui faire peur, lui faire mal et d'un seul coup se montrer docile comme un agneau. Elle cherchait à profiter au maximum de cet instant de vulnérabilité, comme si c'était le dernier.

Un bruit de porte retentit et les obligea à s'habiller de façon très pressée.

Lorsque les premiers élèves pénétrèrent dans la pièce Hermione pouffa de rire. Harry avait malencontreusement décalé les boutons de chemise, et le fait qu'il n'ait mis qu'une seule chaussette paraissait plus que louche. Une première année le remarqua et se retourna rapidement pour cacher son sourire moqueur. Lui-même laissa apparaitre les fossettes de ses joues, amusé par son erreur.

Ron était au courant, les deux amants étaient tout à fait dans la possibilité d'assumer leur relation devant les autres. Mais le moment intime qu'ils venaient de partager les mettait mal à l'aise face au regard de leurs amis. Harry fut soulagé de constater qu'Hermione avait elle aussi opté pour la distance.

En apercevant Ron, il se remémora leur dispute. Le jeune Weasley passa l'heure à s'approcher d'Hermione, la frôlant le plus souvent possible et posant souvent sa main sur son épaule, la faisant rire. Tout ceci en fixant sans cesse Harry. Essayait-il de le rendre jaloux ? L'air maussade du rouquin l'agaça et il décida de s'échapper quelques temps à la volière.

Malgré ses courants d'air et ses fortes odeurs volatiles, Harry avait toujours apprécié se réfugier dans cet endroit. Parfois la compagnie des oiseaux s'avérait plus agréable que celle de ses camarades. De plus, la hauteur de la tour offrait une vue fantastique. Plus d'une fois, il avait rêvé de se jeter dans le vide, pour que tout s'arrête, tout se résolve…

Mais ce jour là, le malheur était absent. Le sorcier se surprit à chantonner comme un imbécile. Il se le répéta plusieurs fois pour y croire : il venait de coucher avec Hermione, et cela avait été sacrément bon. Meilleur que les herbes qu'il avait passé tant de temps à fumer, meilleur que l'adrénaline du Quidditch, meilleur que le plaisir de transgresser les règles…

Il croisa les doigts pour que le ciel lui donne l'occasion de lui faire souvent l'amour. Il était déjà accro à son cours et ne se le cacha pas. Cependant quelque chose le tracassait.

Il s'accroupit dans la paille à la recherche d'une idée pour regagner la confiance de son meilleur ami. Ron l'avait tellement énervé. Il avait eu raison de lui reprocher son manque d'attention envers Hermione certes, mais le rendre jaloux était si ridicule.

Pendant une seconde, Harry espéra que son ami l'avait entendu faire jouir Hermione puis il se calma. Sa pensée était si malsaine et elle était aussi immature que le comportement de Ron. Alors qu'il faisait appel à son sens moral un hibou qui lui disait quelque chose se posa tout prés de lui une lettre à son nom dans le bec.

Le sorcier ne mit pas longtemps à faire le lien, il avait aperçu le même volatile la dernière fois qu'il avait mis les pieds au Terrier.

Il déchira impatiemment l'enveloppe après avoir affectueusement ébouriffé les plumes du hibou.

« Celui qui renait de ses cendres a une mission pour le vif garçon ».

Un si court message rempli de mystère. Mais après réflexion, Harry réalisa que le sens n'était pas si dur à déchiffrer. Le phœnix était l'animal évoqué, référence à l'ordre du phœnix. Le garçon rappelait l'appellation du « garçon qui a survécu ». Appellation confirmée par « vif » qui évoquait son talent pour saisir le vif d'or. De plus la lettre lui était adressée. Lupin, Molly et les autres avaient grandement besoin de lui.

Harry devait à tout prix prévenir Dumbledore. Le mot phœnix impliquait probablement Fumseck et l'avertissement nécessaire de son maitre.

Arpentant les couloirs à toutes allures, il courut au bureau du directeur. Le sage lui ouvrit surpris dans un pyjama étoilé en velours. Sans même dire bonsoir, Harry lui tendit directement le bout de papier ou les quelques mots avaient été écrits à la hâte.

-Le message est clair Harry tu dois quitter l'école pour quelques temps et rejoindre l'Ordre. Va donc chercher tes affaires, je t'attends dans le hall nous allons nous rendre ensemble chez les Weasley. Evite d'attirer l'attention sur ton départ.

Le jeune Potter hocha la tête et rejoint avec appréhension la salle commune. Par chance, Hermione ne fut pas dans son dortoir mais travaillait dans un coin de la pièce à la lumière d'une bougie.

-Quelque chose ne va pas ? demanda-t elle inquiète.

Dans une maladresse qui l'étonna, il se pencha et la serra contre lui, de sortes que sa bouche soit le plus prêt possible de son oreille. Discrétion oblige.

-Je dois m'en aller. L'ordre a besoin de moi, chuchota t-il.

-Comment ça ils ont besoin de toi ?

-Je n'en sais pas plus, je ne sais pas combien de temps ça va prendre.

-Harry tu peux pas louper les cours comme ça…

Elle s'arrêta toute seule, consciente de la débilité de sa réaction. L'école était secondaire face à la lutte contre Voldemort. Elle baissa les yeux, triste de le voir partir.

-Je vais peut-être rentrer dés ce soir, je n'en ai aucune idée.

-Fais attention à toi.

La peur qui se lisait sur son visage rappela à Harry que de grands dangers l'attendaient probablement. Il se leva et marqua une pause dans ses mouvements. Ils n'affichaient pas leur relation au grand jour mais pouvait-il partir sans lui dire correctement au revoir ? Se retournant il observa les yeux brillants de la jeune fille. Elle semblait avoir compris son hésitation et pendant plus d'une minute ils se fixèrent, s'interrogeant mutuellement. Décidaient-ils de casser cette pudeur face aux autres ? Un au revoir amoureux valait-il la peine de supporter les conséquences de l'annonce de leur relation ?

La capacité des autres à s'animer de potins leur faisait peur. Mais après tout, ils n'avaient aucune idée de la date à laquelle ils allaient se revoir. Ne pouvant s'en empêcher Hermione lui attrapa le bras et l'obligea à s'accroupir en face de lui. Puis sous le regard étonné de Dean, Seamus et bien d'autres, prit fougueusement possession d'un baiser.

« Evite d'attirer l'attention» : la voix de Dumbledore raisonna dans son esprit mais ne le fit pas culpabiliser pour autant. Son étreinte avec la jeune femme le remplit de courage face à la quête qui allait lui être confiée. Plusieurs Gryffondors sifflèrent et les murmures s'amplifièrent à cette découverte publique.

Leurs joues se colorent légèrement mais ils s'en fichent. Ne plus vivre cachés les libère.

Harry eut du mal à quitter les bras de sa petit amie, mais il le fallait, il était attendu.

Il rassembla ses biens les plus utiles, rejoint Dumbledore et quitta Poudlard. En passant la grande grille il laissa son regard s'attarder sur le château. Il pria pour ne pas être parti longtemps…Le loup blessé n'aime pas s'aventurer en dehors de sa caverne…