Rappel (chapitres précédents) : La luna reflexione est offerte à Harry par Hagrid. La légende raconte que celui qui offrirait cette fleur à sa bien aimée, la verrait s'illuminer et pousser de nouveau si la concernée l'aimait en retour. Elle s'illumine en effet lorsqu'Harry la tend à Hermione.

Harry se leva le cœur léger ce matin là. La maison d'Hermione était protégée par de puissants sortilèges et pour la première fois depuis des années, il se sentait en sécurité.
La lumière du soleil traversait la petite fenêtre de la chambre et ajoutait une pointe d'optimiste. La pluie avait cessé et le Printemps montrait enfin ses vraies couleurs.

Descendant tranquillement dans la cuisine, il aperçut un petit mot posé avec attention sur la table. Sur le papier, figuraient quelques mots écris à la hâte :

« Bien dormi ? Sers toi il y a de quoi te remplir le ventre dans le garde-manger. J'ai prévenu Ron de ta présence, il passera te voir dans l'après-midi. »

Une piqure de bonheur traversa l'épiderme d'Harry. L'idée de revoir son meilleur ami le remplissait de joie. Et dire qu'il était champion de Quidditch, il mourait d'envie de le féliciter et d'apprendre quelques détails croustillants.

Quelque chose qu'il n'avait pas remarquée la veille capta son attention. Sur le rebord d'un meuble, était disposée une grande fleur violette dans un vase. Il ne mit pas longtemps à reconnaitre la variété de la plante. Une luna reflexione…Combien de temps avait-elle continué à pousser après son départ ?

Sans plus attendre, il pénétra dans l'arrière cuisine poussé par une faim de loup. Le jeune homme fut émerveillé. La petite pièce, dont les murs en pierre aidaient à conserver la fraicheur, rassemblait une quantité immense de nourriture. Légumes, fruits, viandes fumées et une multitude de pains et brioches dégageaient une odeur merveilleuse.

Alors qu'il reniflait un jambon braisé qui pendait, une petite main vint secouer le bas de son haut. Pris de peur, Harry sursauta et se retourna. Sous ses yeux, se trouvait une petite créature chétive, au regard doux et hésitant. Un elfe de maison !

L'étonnement d'Harry ne fut pas moindre. Hermione possédait un elfe de maison ! Elle qui avait toujours trouvé inhumain d'exploiter un être vivant pour les corvées. Avait-elle changé de comportement ? Et si ses fonctions au ministère lui avaient fait prendre la grosse tête ?

-Madame Granger a laissé des pancakes pour vous, déclara le petit elfe avec un sourire. Est-ce que monsieur veut que je les lui réchauffe?

-Non ça va aller, merci beaucoup, le rassura Harry en lui tapotant gentiment l'épaule. Comment t'appelles-tu ?

-Luno monsieur, je m'appelle Luno.

-Très bien Luno. Sache que je ne te demanderai rien, libre à toi de faire ce que tu as envie de faire..

-Oh ! Mais Luno l'a fait par politesse avec l'invité monsieur. Luno n'a plus de maitre, oh ça non. Luno en avait oui, un maitre ignoble. Heureusement Madame MacAvoy Granger…Miss…Miss Granger, corrigea le petit elfe.

Sur ce, il attrapa un mouchoir et se mit à sangloter sans retenue.

- Désolé. Luno est très triste depuis que Marc s'est envolé. Marc était très gentil, tout comme Miss Granger. Très vite ils m'ont libéré des griffes du méchant maitre et ils m'ont offert un vêtement et je suis libre et heureux comme jamais.

Harry fut rassuré. Découvrir qu'Hermione avait perdu ses valeurs lui aurait fait beaucoup de peine. Son esprit l'idéalisait comme une femme presque parfaite, il était confortable de penser que c'était toujours le cas.

- Dis-moi, si ce n'est pas indiscret. Comment a disparu le mari d'Hermione ?

- C'est une histoire terrible, affreuse…déclara Luno en reniflant. Quelques jours avant le bal du ministère, Miss Granger a reproché à Monsieur Mac Avoy de ne jamais être son compagnon de danse. Marc était adorable mais très timide, il ne faisait pas beaucoup d'efforts pour s'ouvrir et ce soir là, ils ont eu une sacrée dispute.
Pris de colère, il a jeté sa robe de bal dans la cheminée. Il s'en ai terriblement voulu, ne croyez pas les apparences monsieur Potter, c'était un vrai gentleman. Mais une erreur peut arriver.
Le lendemain, Marc a voulu lui faire plaisir, il n'est pas allé travailler, il s'est exercé toute l'après midi, apprenant les bases de la valse. Il a décoré le salon de mille bougies, a préparé un petit diner et installé la pièce de façon à pouvoir la faire danser toute la nuit. Ne restait plus qu'à lui racheter une nouvelle robe de bal. Il a retiré le peu d'or qu'il avait dans son coffre à Gringott's. Puis il s'est rendu dans la boutique la plus luxueuse du chemin de traverse…

L'elfe se remit à pleurer à chaudes larmes.

-Ces affreux mangemorts ont attaqué le magasin ce jour-là. Le pauvre Marc est resté prendre la défense des autres sorciers, mais qu'est ce que peut faire un auror face à une dizaine de partisans de vous savez-qui ? Deux ans depuis ce malheur…elle ne va pas bien monsieur.

-Pardonne moi Luno, je ne voulais pas réveiller de douloureux souvenirs, s'excusa Harry en se mettant accroupi face à lui.

Au même moment, un toc toc retentit, émanant de la porte vitrée. La frimousse d'un Ron joyeux apparut à la fenêtre. Un sourire sur les lèvres, Harry se précipita pour lui ouvrir.

A peine fut-il rentré que le jeune Weasley s'empressa de le prendre dans ses bras. Ce geste amical fit le plus grand bien à Harry. Ces retrouvailles étaient plus chaleureuses que celles avec Hermione, ce qui le soulagea grandement. Sa relation de frère avec Ron n'avait pas dépéri, il en avait la preuve.

-Si tu savais comme j'ai eu peur de ne plus te revoir Vieux !

-Tu m'as beaucoup manqué Ron ! Merci d'être venu.

-C'est normal. Les autres vont passer aussi ne t'en fais pas. Il ne faut pas qu'on vienne tous en même temps. On essaye de pas attirer l'attention sur la maison d'Hermione, pour pas que tu sais qui pense que c'est le siège de l'Ordre, tu comprends. Tout le monde est fier de toi tu sais !

-Je n'ai pas réellement réussi ma mission.

-C'est tout comme. On avait bien besoin d'une victoire, c'est pas la joie avec tout ce merdier. Dis-moi Harry, qu'est ce que je peux faire pour toi ? Tu es le bienvenu chez moi si tu n'as pas de toit.

-C'est sympa Ron, mais je pense que je vais rester un peu ici pour le moment. Je crois qu'Hermione en a besoin.

-Oui j'imagine…sachant ce qu'elle a enduré…Oh salut Luno, excuse moi je ne t'avais pas vu.

-Bonjour monsieur Weasley, s'exclama gaiement l'elfe qui avait retrouvé une expression positive.

-Regarde ce que je t'ai apporté !

Ron se pencha et tendit sa main après avoir sorti un trésor de sa poche. Sur la paume, se trouvait un vif d'or luisant. Les yeux émerveillés de Luno s'écarquillèrent mais il n'osa pas attraper l'objet, intimidé.

- Prends-le, c'est à toi.

-La générosité de Monsieur Weasley n'a d'égal que la joie de Luno, chuchota t-il avec un petit rire de bonheur.

Ron se redressa. Il était devenu si grand, Harry n'arrivait pas à le croire. Le quidditch avait laissé une trace sur ses épaules devenues plus que carré. Son ami qui autrefois manquait de confiance, semblait sûr de lui avec ce physique imposant. Des dizaines de questions trépignaient d'impatience au bout de sa langue.

-Bravo pour la coupe de la ligue ! le félicita Harry pour le lancer sur le sujet.

-Oh…tu as eu le temps d'apprendre cette nouvelle. Merci !

-Et si tu me racontais ?...

La conversation dura plusieurs heures et occupa leur après-midi. Lorsque la chaleur descendit en début de soirée, ils sortirent avec plaisir pour échanger quelques passes. Le jardin d'Hermione était agréable en cette saison. Les nombreux arbres cachaient facilement des voisins et les parterres de fleurs entretenus par Luno donnaient envie d'y rester pour l'éternité.

Hermione y avait laissé sa petite touche personnelle en ajoutant une chaise à bascule dans laquelle elle se laissait aller à la lecture de vieux ouvrages. Cette dernière rentra du ministère la démarche lente. Le désespoir habitait son visage lorsqu'elle les rejoint dans la cuisine.

Les deux garçons la regardèrent avec pitié lorsqu'elle s'assit à leur coté, soutenant sa tête, le coude posé sur la table en bois.

-Ben t'en tires une tronche…On n'est pas à un enterrement !

Ron n'avait pas changé, quel manque de tact...

-Je les déteste tous…Pas fichus de ranger un dossier. Ni de régler des problèmes infimes. Un ado a attaqué son cousin avec un gros cafard. Est-ce qu'il n'y a pas plus grave à l'heure qu'il est ? On me dérange toute la journée pour des bêtises pareilles et je n'avance pas du tout dans ma mission.

-Tu sais très bien ce que j'en pense Mione. L'Ordre n'avait pas à te faire jouer la ministre.

-On ne va pas recommencer….

Ces phrases indiquaient que les deux amis s'étaient souvent disputés à ce propos. Harry se demanda si Ron et Hermione se fréquentaient toujours aussi souvent. Etait-il toujours autant amoureux d'elle ?

-Oui j'ai pas envie de me disputer non plus. Surtout qu'Harry est là ! Allez sortons un peu de bière au beurre ! Demain c'est dimanche, oublie le travail. Ca fait un bout de temps qu'on a pas été tous les trois, il faut fêter ça !

Cette initiative redonna le sourire à Hermione. De bonne humeur, le jeune Weasley rentra dans le garde-manger et fit rouler un gros tonneau dans la cuisine. Il mit le fût de bière debout, et en sous-tira trois chopes bien remplies.

-Au retour d'Harry !

Ils soulevèrent leurs verres et trempèrent leur bouche dans la mousse de miel.

Quelques bières plus tard…

-J'ai du mal à réaliser que je suis là avec vous, vous…vous pour de vrai.

Hermione et Ron le fixèrent émus et ne surent quoi répondre. Ils se contentèrent de lui sourire. Puis, non sans tanguer, elle se leva à la recherche de quelque chose. Suite à une fouille prolongée dans des vieux catons, elle ressortit un vieil album. Après avoir frotté la couverture pour la débarrasser de la poussière, elle tourna délicatement la première page.

Les trois amis ouvrirent cette fenêtre sur le passé. Les photos de leurs bouilles d'adolescents les firent rire. Le regard d'Harry s'attarda longuement sur une photo d'Hermione.

La jeune fille était allongée prés du lac à Poudlard. Elle avait les yeux fermés et semblait dormir paisiblement. Hermione remarqua son attention pour l'image, la sortit de l'album et lui tendit.

-C'est toi qui l'avait prise, tu ne te souviens pas ? Je m'étais endormie sur mon livre de métamorphose et ça t'avait amusé.

-Harry ne risque pas d'avoir oublié que t'étais un rat de laboratoire, lança Ron moqueur.

En un rien de temps, il se prit un coup inoffensif sur la nuque, ce qui ne l'empêcha pas de continuer.

-Tu te rappelles quand on a reçu les notes des ASPICS ?

-La fois ou elle a failli pleurer parce qu'elle n'avait pas eu Optimal dans toutes les matières ?

Les deux copains s'esclaffèrent en tapant sur la table, devant la mine vexée d'Hermione.

-Vous vous trouvez drôles ?! Heureusement que je ne vous rappelle pas toutes vos conneries à Poudlard ! Vous feriez moins les malins.

-Il faudrait un rappelle-tout pour tout se remémorer ! s'écria Harry, que devient Neville d'ailleurs ?

L'atmosphère devint soudain embarrassante et ses deux amis baissèrent la tête, le regard désolé.

-Désolée de ne pas te l'avoir dit plus tôt, mais Neville a subi le sortilège Doloris…Bellatrix a voulu lui infliger la même chose qu'à ses parents…

-Ah…murmura Harry dont la gorge se serra douloureusement.

Il se sentit très mal. Le jeune Londubat était si innocent. Un désir de vengeance allait bientôt se déclencher en lui, il le savait…

-Bon, il faut que j'y aille moi, déclara Ron en se redressant avec difficulté. Lise va m'attendre.

-Tu as une copine ?! s'étonna Harry. Pourquoi ne l'a pas tu dit plus tôt ?

-Oh tu sais j'ai encore tellement de choses à te raconter Harry ! Bon ce n'est pas un détail c'est vrai, mais…

-Ron ne t'en a pas parlé parce qu'il a peur de parler de couple depuis que je suis veuve, balança Hermione que l'alcool avait rendu honnête et incroyablement cash.

Un silence gênant parcourut la pièce. Le pauvre Ron avait avalé sa salive et ne savait quoi répondre. Son amie avait totalement raison. Depuis que Marc était mort, il culpabilisait d'avoir encore une famille. Il évitait d'aborder le sujet de peur de lui rappeler que la sienne avait été tuée par des mangemorts.

- Je vis dans sa maison tu sais, j'y pense. Tu n'es pas obligé d'éviter le sujet. Et puis ça me fait plaisir de savoir que tu es heureux avec Lise. J'aime bien Lise.

Plus que pompette, Hermione laissa échapper quelques larmes et quitta rapidement les lieux en direction de sa chambre.

Harry se leva se planta en face de Ron et lui fit une accolade.

-Vas rejoindre « Lise », je m'occupe de la situation, ordonna t'il avec un clin d'œil.

-Tu es sur ? Je peux rester tu sais.

-Ta place est chez toi. Tu as des enfants ?

-Un petit oui, depuis quelques mois, Tommy. Il est magnifique, il ressemble tellement à sa mère. Il faut que tu viennes à la maison Harry un de ces quatre.

-Bon sang, tout ce que j'ai raté.

- Je crois qu'Hermione est un peu vexée. Elle me reproche de ne pas parler assez de ma famille. Mais je n'ose pas tu sais. Et puis elle a horreur qu'on la regarde plein de pitié sans arrêt…

-Je connais cette sensation...

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Harry rentra dans la chambre et ferma tout doucement la porte derrière lui. Son amie s'était allongée sur le lit, et fixait le plafond le visage vide, les joues humides. Cette image glaça le jeune homme. Il détestait la voir ainsi et espéra de tout cœur être capable de la consoler.

Marchant sur la pointe des pieds pour ne pas la perturber, il vint s'asseoir auprès d'elle.

-Tout le monde pense que je suis incapable de m'en remettre.

Harry remit tendrement une mèche de cheveux derrière son oreille, pour éviter qu'elle soit mouillée par ses larmes. Il ne savait pas quoi dire et seuls les gestes lui permettaient d'exprimer sa compassion.

-Je suis pathétique pas vraie ? La ministre de la magie, complètement éméchée par la bière au beurre.

Il sourit en entendant sa remarque et s'adossa à la tête du lit, position propice à une discussion.

-C'est assez original en tout cas. Tu dois bien avoir un sortilège pour le mal de tête non ?

-Si tu te moques encore une fois de mon coté intello, je te frappe.

-Vu ton état, tu me ferai pas très mal tu sais.

-J'ai peut-être fait un sport de combat qui sait ? Méfie-toi Harry ! Tu ne sais pas ce qui s'est passé pendant six ans. Imagine que je sois médaille d'or de boxe.

L'ambiance était à la taquinerie. Elle avait retrouvé le sourire.

-C'est quoi ça un sport moldu ? En tout cas, tu es toujours aussi belle.

Harry vit les joues d'Hermione rougir. Il s'en voulut d'avoir fait un tel compliment. L'alcool l'avait détendu et cette phrase était sortie toute seule de sa bouche.

Honteux, il décida de s'échapper le plus vite possible de la pièce. Pour ne pas donner l'impression de la laisser tomber, il attrapa ses pieds. Il retira avec attention ses chaussures, la recouvrit avec les draps et commença à s'écarter.

-Dors ou tu te sentiras encore mal demain. Bonne nuit Mione.

-Harry, attends… !

Il se retourna et la vit se redresser légèrement.

-Reste s'il te plait.

Elle avait parlé d'une voie douce et timide à la fois. Cette intonation adorable ne le laissa pas de marbre.
Un dilem difficile s'installa. L'idée de rester dormir avec elle était alléchante certes, mais elle le mettait mal à l'aise. Il savait que cette expérience lui plairait un peu trop.
Harry savait qu'il la regarderait dormir. Il savait pertinemment que le matin venu, elle devrait quitter ses draps le laissant seul. Il savait ce qu'il serait capable de réaliser en étant trop proche d'elle, et ça lui faisait peur. Mais pouvait-il la laisser là, seule et malheureuse ? Non certainement pas.

Après une courte hésitation, il retira à la hâte ses baskets et trouva à son tour refuge dans le lit. Il resta crispé, droit comme un i, n'osant pas la frôler.

Son corps d'homme se mit à la désirer. C'était normal après tout. Il n'avait touché aucune femme en six ans. Etre dans le lit d'une d'entre elles attisait à coup sur des envies. Il redouta qu'Hermione l'approche et le frustre davantage.
Heureusement, elle se contenta de pencher sa tête vers l'épaule d'Harry. Il s'apaisa et calma ses ardeurs. La tendresse l'envahit et il n'eut plus d'arrière pensée.

Hermione souffla un bon coup. Elle ne savait pas ce qui lui avait pris. Le pauvre Harry devait se sentir si gêné d'être avec elle dans cette chambre. Pourtant, elle savait que si c'était à refaire, elle lui redemanderait de rester.

Sa présence la calmait. Depuis qu'il était de nouveau rentré dans sa vie, sa souffrance avait tendance à se limiter. La jeune femme se sentait protégée. Il était rapide de confirmer ceci en deux jours, mais pourtant elle en était certaine. Elle avait besoin de la présence de son ami pour s'en sentir. Alors qu'elle s'inquiétait du fait qu'il allait probablement en avoir marre de rester chez elle, son cœur battit un peu plus fort : sa main sentit les doigts bouillants d'Harry serrer progressivement la sienne…

Attendris et soulagés, ils s'endormirent au bout de quelques minutes.