La respiration haletante, les deux amis mirent toutes leurs forces dans cette course. Harry ne savait ce qui était le plus difficile à supporter. La douleur qui parcourait ses jambes épuisées ou l'amer décision de fuir ses propres amis ?

L'Ordre était probablement déjà en route vers le quartier d'Hermione. Il fallait quitter la ville le plus vite possible.

Si seulement il pouvait encore transplaner…Sa santé l'en empêchait et Hermione refusait de le faire, persuadée que le processus était trop repérable.

La nuit commençait à reprendre son territoire lorsqu'ils tombèrent sur une petite auberge à l'aspect malfamé. Intriguée, la jeune femme en fit le tour pour observer attentivement. Il n'était pas facile de passer inaperçu lorsqu'on était la ministre de la magie et qu'on s'échappait en compagnie du « garçon qui a survécu ». Il était nécessaire de trouver un refuge isolé, indépendamment du monde des sorciers : un lieu fréquenté par des moldus.

L'homme douteux qui leur ouvrit désagréablement la porte ne les reconnut pas. Parlant le moins possible, il leur tendit une clé sale et presque rouillée. Quelque peu dégouté par les mains dégoutantes de l'hôtelier, Harry saisit l'objet et entreprit de monter le vieil escalier délabré. L'endroit n'était pas confortable et encore moins accueillant mais au moins il était désert.

Après avoir lutté quelques minutes avec la serrure à moitié cassée, il parvint enfin à pénétrer dans la chambre insalubre qui leur avait été fournie. Au centre de la pièce, trônait un lit minable au matelas troué et taché. La dernière séance de ménage devait remonter à quelques siècles. Pas étonnant que le prix d'une nuit à l'auberge soit dérisoire.

-Au moins ça ne sent pas trop mauvais, positiva Harry qui laissa tomber son énorme sac à dos sur le sol.

Hermione fit de même et s'empressa de déplacer la vieille table bancale qui trainait. Fouillant dans ses innombrables bibelots, elle sortit une immense carte, qui couvrait l'ensemble du pays.
Concentrée, elle étala le planisphère sur le bois du meuble abimé et saisit une petite loupe pour y voir plus clair.

-Cette carte est ingénieuse, expliqua t-elle à Harry, à première vue pas besoin de loupe, les noms sont écris suffisamment gros. Mais si tu regardes de plus prés, tu peux apercevoir à travers le verre que quelques petites étoiles sont dessinées à certains endroits.

-Brillant ! De quoi s'agit-il ?

-De refuges protégés, d'endroits ou se cacher plus exactement. Elle a appartenu à McMiller, un criminel décédé à Azkaban la semaine dernière.

-Hermione, que fais tu avec cette carte ?

-Elle trainait au ministère en attente d'analyse, je me suis dit que ça pouvait toujours être utile alors je m'en suis emparé l'autre jour. J'ai bien fait on dirait !

-Qui était ce McMiller ? Un mangemort ?

-Oh ça non, sinon je ne voudrais pas mettre le pied dans ses cachettes. Son cas n'était pas exceptionnel, un voleur et tueur par la même occasion, comme beaucoup d'autres à Azkaban. Il a fallu des années au ministère pour l'attraper et ils n'ont jamais mis la main sur ces endroits ou il se réfugiait. Raison suffisante pour s'y rendre non ? On sera tranquille là bas.

-Es tu sure que tu es la seule à avoir découvert l'astuce de cette carte ?

-Sure et certaine !

-Bien.

Sur ce, Harry attrapa maladroitement une chaise dans le coin de la chambre, et rejoignit Hermione à la table.

-La plus proche est à une centaine de kilomètres d'ici. En trois jours on peut y être, déclara la sorcière en montrant un petit point sur la carte. Je ne suis pas sure à 100% qu'il y ait vraiment quelque chose là bas, mais je ne vois pas d'autres endroits ou aller.

-J'ai pensé à des pays assez éloignés, Le japon, le Mexique ou quelque part en Amérique du Sud.

-J'y ai songé aussi, mais comment s'y rendre ? Aucun de nous ne peut transplaner à plus de 50 kilomètres, comment pourrait-on changer de continent ? Chaque trajet sur un bateau pourrait être surveillé.

-En balais ?

-C'est de la folie !

-Pas si on s'entraine.

-Ton passé d'attrapeur te monte à la tête ! Tu devrais t'entendre dire des absurdités pareilles, s'exclama Hermione.

-Pas besoin de me descendre avec un air supérieur, répondit Harry un peu froidement.

-T'es bien susceptible dis moi.

-Et toi un peu trop sûre de toi, ça n'a pas changé.

Hermione se mordit la lèvre, gênée. Avait-elle vexé Harry ? Ce n'était pas son but. Il avait surement raison, depuis toujours elle lui faisait la leçon sans réaliser qu'elle pouvait lui faire mal. Elle avança légèrement sa chaise afin de poser une main affectueuse sur son épaule.

-Hé Harry, je ne disais pas ça méchamment hein…

Il tourna la tête vers elle et afficha une mine attristée.

-Je sais, désolé Hermione. Je croyais avoir appris à contrôler mes nerfs mais il arrive encore que de temps en temps ça me dépasse. Je suis un peu déboussolé. Je n'arrive pas à croire que l'Ordre soit après moi. Je me sens trahi.

-Ne te sens pas blessé. Ils ne te veulent pas réellement du mal. Ils ont peur c'est tout. La peur rend les gens stupides et sans pitié tu sais.

-Et toi ? Tu n'as pas peur ? demanda t-il timidement en la fixant dans les yeux. Tu n'as pas peur de ce que fuir avec moi implique ?

-Qu'est ce que ça implique ? le questionna t-elle en s'inventant un air intrigué.

-Ben tu sais. Tu pourrais croiser des mangemorts. Tu abandonnes ta nouvelle maison. Tu perds ton poste. Tu t'éloignes de tes amis. Enfin tout ce que ça engendre quoi.

-Fuir avec toi peut également impliquer de bonnes choses, non ? murmura t-elle malicieusement en lui lançant t un clin d'œil.

Hermione se leva attrapa des affaires de toilette dans son sac et se dirigea vers la pièce minuscule censée servir de salle de bain.

-En tout cas, pour l'instant l'endroit ou je veux me diriger c'est la douche. J'ai de la poussière partout. En espérant qu'il y ait de l'eau chaude.

Harry resta stupéfait sur sa chaise. Qu'avait-elle voulu insinuer avec « les bonnes choses que fuir avec lui impliquait » ? Etait-ce un signe ?

Se grattant la tête, il s'en voulut d'avoir autant d'imagination. Il s'était promis de ne jamais se faire d'idées quant à sa relation avec Hermione. Il s'était interdit de tenter ou d'espérer, quoique ce soit…Cependant les mots de la jeune femme le laissaient perplexe.

Alors qu'il se prenait la tête, immobile, les coudes posés sur la table, un vacarme suivi d'un petit cri aigu retentit.

-Harry !

Bondissant, le jeune homme saisit sa baguette et parcourut la pièce en deux longues enjambées. Il sauta paniqué sur la porte de la salle de bain.

-Qu'est ce qui se passe ? hurla t-il inquiet en rentrant.

La scène qu'il découvrit était plus que comique. Mourant de froid, trempée et entourée d'une simple serviette, Hermione se trouvait au milieu de la douche…ou plutôt de ce qu'il en restait.

-J'ai voulu démarré la douche et tout a explosé.

En effet, ce qui avait été une douche autrefois, reposait au sol en mille morceaux, trempant dans les 10 centimètres d'eau qui inondaient la pièce. Décidemment, cette auberge n'était pas un établissement cinq étoiles !

En temps normal, Harry aurait explosé de rire face à cette situation. L'air renfrogné et déçu d'Hermione qui s'attendait à une douche bouillante était plus que drôle. Mais le sorcier avait tellement eu peur qu'il était trop troublé pour s'amuser.

-Est-ce que ça va ? Tu t'es fait mal ? demanda t-il en s'avançant.

-Oui ça va, enfin je crois, je suis juste gelée.

Elle tenta de faire un pas en avant mais réalisa qu'un morceau de verre lui était rentré dans le pied et ressortait de l'autre coté. La grande quantité de sang qui s'en échappait rendait l'eau rougeâtre. Une grimace se dessina sur son visage.

-Ne bouge pas Mione !

Il courut chercher ses chaussures pour se protéger les pieds, les enfila et se dirigea de nouveau vers les restes de la douche. Avec sa baguette, il tenta en vain de dégager les plus gros morceaux de verre, mais des infimes cristaux restaient sur le sol.

-Je vais te porter.

Harry passa son bras sous l'épaule d'Hermione et la souleva. Cette impression d'être un chevalier qui sauvait sa dame l'amusa et le remplit d'adrénaline à la fois.

Seule une fine serviette séparait la peau de la jeune femme de ses doigts. Il essaya d'être le plus délicat possible. Il ne pouvait imaginer à quel point il serait embarrassé si le vêtement venait à glisser la dévoilant complètement nue.

Hermione s'agrippait si fort à lui. Il aurait voulu parcourir des kilomètres ainsi, la sentir blottie contre lui pendant des heures. Malheureusement la chambre était accolée et il dut la poser sur une chaise au bout de quelques secondes.

Il s'agenouilla, saisit la cheville de la sorcière et observa sa plante de pied. Elle gémit de douleur lorsqu'il toucha d'un peu plus prés la blessure.

-Mince c'est bien profond...

-Harry…Peux tu me donner mes vêtements s'il te plait ? chuchota t-elle à la fois souriante et gênée.

Harry se sentit bête, trop obnubilé par sa blessure, il avait oublié de lui donner de quoi se rhabiller. Devenant tout rouge, il lui tendit ses affaires et se retourna pour lui laisser un peu d'intimité.

Pourquoi avait-il oublié qu'elle était dans une tenue inappropriée? Il s'était inquiété, empressé de la soigner et avait totalement oublié ce détail.
Pour rendre la situation moins délicate, il décida d'engager une conversation tandis qu'elle enfilait des vêtements secs.

-Euh…tu crois qu'il y a moyen de réparer la douche ?

-Aucune idée, répondit-elle en enfilant un haut. Tu peux te retourner je suis habillée.

Un silence s'instaura. Hermione releva son pied sur la table afin d'observer les dégâts.

-Parfois je regrette les bons soins de Madame Pomfresh.

-Beurk, ses sirops étaient répugnants.

-Ah ah ! Tu t'exprimes comme Ron des fois. Avec le pied dans cet état je ne veux pas remarcher avant un moment. Harry tu vas devoir m'enlever le morceau du pied.

Le jeune homme allait répliquer qu'il ne s'en sentait pas capable, mais réfléchit et en vint à la conclusion qu'il n'y avait pas le choix. Il s'accroupit en face d'Hermione.

-Tu devrais peut-être mordre quelque chose pour la douleur.

Pressée d'être débarrassée du bout de verre qui lui transperçait le pied, Hermione saisit rapidement la loupe qui trainait sur la table et en mordit le manche.

-Je compte jusqu'à trois…1…2….

D'un coup sec, le jeune homme retira le morceau non désiré. Le corps entier d'Hermione s'était secoué de douleur, et son cri strident avait duré plusieurs secondes, de quoi lui glacer le sang. Etouffant quelques pleurs elle se pencha et appuya sa tête sur l'épaule d'Harry.

-Je hais cette douche…murmura t-elle , retrouvant sa voix.

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Harry et Hermione trouvèrent une auberge plus convenable le lendemain soir. L'Etat de la chambre était certes aussi sale, mais aucun meuble n'était dangereux. Les deux sorciers en fuite n'étaient plus qu'à quelques dizaines de kilomètres d'une cachette beaucoup plus sure.

Ils n'avaient aucune idée de ce qui les attendait mais une chose était sure : une fois arrivés là bas, leur conscience serait beaucoup plus tranquille.

Hermione semblait avoir beaucoup de mal à s'endormir. Elle restait agitée jusqu'à une heure tardive et ne fermait les yeux que lorsque ses paupières n'arrivaient plus à lutter.

Harry, lui, souffrait moins d'insomnie. Durant les six dernières années il avait vécu dans l'effroi. Il était habitué à cette situation. Le fait de ne plus vivre cette peur seule lui faisait un bien fou. Il s'endormit rapidement ce soir là, comme s'il était totalement apaisé.

Hermione se redressa et cala son dos contre la tête de lit. L'angoisse lui jouait encore un mauvais tour et lui refusait l'accès au sommeil. Elle entreprit d'observer Harry. La joue plaquée contre l'oreiller, il semblait presque sourire. Peut-être était-il en train de rêver ?

Il aurait été raisonnable de rester allongé pour ressayer de s'endormir, mais son envie décida du contraire. Regarder le visage d'Harry était plaisant. Cela relevait d'un sentiment plus fort que l'amitié, c'était certain. Par moments elle s'imaginait couverte de baisers, dans ses bras d'homme. Etait le fait d'être dans le même lit, devait-elle culpabiliser ?

Hermione n'en savait rien…Elle avait décidé de ne pas s'alarmer. Elle était attirée par Harry, c'était clair comme de l'eau de source. Cela ne l'obligeait pas à faire un choix pour autant. Il n'y avait pas de quoi paniquer, il n'y avait aucun engagement à prendre. Elle ne savait même pas ce que le sorcier ressentait pour elle. Et tant qu'aucune réciprocité n'était pas apparente, la question d'une relation ne se posait pas...

En réalité, la sorcière redoutait ce moment. Que se passerait-il si Harry venait à lui avouer ses sentiments ? Etait-elle prête ? Le souvenir de Marc lui permettait-elle de s'engager si tôt avec un autre homme ?

Intriguée par un bruit d'agitation, elle se leva discrètement et vint coller son oreille contre la porte de la chambre. Des voies se laissaient entendre au rez de chaussée. Elle put discuter sans difficulté des pas d'hommes agités. Quelque chose se passait dans l'auberge et ce n'était pas bon signe.

-Ils sont là haut maitre!

Un violent coup retentit contre la porte et réveilla Harry. Le souffle coupé, Hermione le tira fortement par le bras. Quelqu'un les avait trouvés…

Les deux survivants tentèrent de transplaner mais le sortilège échoua pour une raison inexplicable. Dénuée de solution plus efficace, Harry saisit la main de la sorcière et sauta dans l'étroite armoire qui décorait la pièce.

L'armoire était très petite et il était difficile d'y tenir à deux, mais les deux anciens Gryffondors n'avaient pas le choix. Harry serra très fort Hermione contre lui et tira de toutes ses forces sur la porte pour la refermer.

Il était temps. A peine, l'armoire fut elle refermée que déja leurs poursuivants pénétrèraient dans la chambre.

-Fouillez partout…

La voie glaciale et connue parmi bien d'autres glaça les poumons d'Harry. Il pourrait reconnaitre la cruauté de ce ton à des kilomètres…Voldemort se trouvait à quelques mètres d'eux. Comment les avait-il trouvés si facilement ?

Il ne sut si Hermione avait compris, mais il sentait le cœur de la jeune femme battre à toutes allures. Elle paraissait trop paralysée pour les sortir de ce pétrin. Il allait devoir agir seul cette fois ci.

D'ici quelques secondes, un mangemort ouvrirait le meuble et ils seraient foutus…Si seulement il avait eu le temps d'attraper sa cape d'invisibilité…

-Pas de trace du garçon maitre…

La voie stridente de Bellatrix résonnait.

Un souvenir revint à Harry. Celui d'un été au Terrier. Les deux jumeaux avaient détruit un des vases préférés de Molly en accomplissant une expérience des plus réprimandables. Terrifiés par leur mère en colère, ils s'étaient cachés dans l'armoire de la cuisine.
Le jeune homme se remémorait parfaitement cet instant. Avec Ron, il était resté planté dans la cuisine, curieux de voir ce qui allait arriver à Fred et Georges une fois leur cachette découverte. Cependant, lorsque Molly avait ouvert l'armoire, fière d'avoir trouvé leur refuge, elle avait été surprise de ne trouver qu'un meuble vide.

Tendant d'être le plus silencieux possible, Harry saisît sa baguette et l'agita délicatement dans le noir.

-Confusio…

Si le sortilège marchait, alors on ne le verrait ni lui, ni Hermione en ouvrant la porte. Dans l'attente la plus stressante, il chercha la main d'Hermione dans l'obscurité.
Lorsque ses doigts croisèrent les siens, il les serra plus fort que jamais pour se donner du courage.

Dans un souffle ravageur, la porte de l'armoire s'ouvrit d'un coup sec…