-J'ai menti.
-Comment ça tu as menti ?
Harry avala sa salive, commençant à vraiment paniquer. Lui avait-elle caché la mort d'un de leurs proches ? Il soupira, blessé par l'attente insupportable qu'elle lui faisait subir.
- Promets-moi de ne pas t'énerver avant que j'ai eu le temps de t'expliquer.
-Je ne peux rien promettre, envoya t'il d'un ton glacial.
Les yeux d'Hermione s'humidifiaient de plus en plus et cela n'était pas bon signe. Quel lourd événement allait encore tomber sur le destin d'Harry ? Pouvait-il passer quelques années sans épisode dramatique? L'air coupable et irrévocable de la jeune femme annonçait que non. "Vas y transperce mon cœur" pensa t'il fortement, se préparant au pire.
-L'ordre n'a jamais souhaité t'effacer la mémoire. J'ai inventé ce mensonge de toute pièce, avoua la sorcière en baissant les yeux, attendant la sentence.
Harry recula de quelques dizaines de centimètres. Il eut la sensation de tomber à la renverse. Une envie de nausée le prit, comme si la surprise était trop émotive.
-Je suis désolée, enchaina Hermione la voix cassée.
-Est ce que tu te moques de moi?! Tu es en train de me dire que j'ai fuis et maudit amis et proches, que je les ai quitté et presque rayés de mon estime, tout ça à cause d'un mensonge ? débita t'il dans une colère croissante.
-Harry laisse moi t'expliquer...
-Je ne vois rien qui puisse expliquer une telle connerie. Putain, je n'arrive pas à le croire. Tu réalise ce que ca a représenté tout ca pour moi ? Je me suis senti trahi par ma deuxième famille.
Elle tenta de l'approcher pour le calmer à l'aide d'un geste délicat mais il repoussa violemment sa main écœuré par son aveu.
Le vertige ne le quittait pas. Toutes les interrogations qui hantaient son esprit depuis des semaines eurent enfin leur réponse. Il n'avait pas aimé à tors les membres de l'Ordre. Il avait aimé à tors celle qui lui avait menti.
-Ne me touche pas! Tu me dégoutes.
Il tenta de respirer, complètement bouleversé. Le bruit de son chagrin se mêla à celui d'Hermione.
L'angoisse l'habitait. Il eut envie de courir vers Dumbledore, Lupin et tous les autres, leur dire qu'on l'avait trompé. Leur dire qu'il regrettait les moments manqués des années passées. Probablement leur dire qu'il la détestait pour l'avoir écarté d'eux.
-Je ne vois aucune raison valable à un tel mensonge.
Sur ces mots, il saisit son sac à dos, qu'il hissa sur son épaule en lui lançant un regard décidé.
-Où vas tu ?
-Je m'en vais vers ton oubli, lui balança Harry plein de rancœur. Tu pourras écrire ça dans ton journal à la con.
Accélérant le pas, il se dirigea vers la lisière du bois. Il pensa à Orphée, ce héro de la mythologie grec qui avait commis l'erreur de se retourner en enfer, pour regarder sa bien-aimée.
Il jura de ne pas se retourner. Il se jura de partir sans jamais la regretter.
Elle l'avait rendu fou amoureux et soudain le rendait fou de rage. Il repensa à tous ces poètes qui avertissaient le lecteur de la puissance destructrice des femmes. Ces écrivains pessimistes n'avaient pas tellement tors.
Lui qui trouvait Hermione adorable et attentionnée…Comment avait-elle pu le laisser souffrir de cette fausse trahison de l'Ordre sans jamais décider de lui dire la vérité pour le soulager? Le bonheur des derniers mois s'effondrait, trahi par ses bases mensongères.
Cherchant à tout prix à semer Hermione, il nourrit sa course de grandes foulées, serrant les poings.
Evidemment, elle l'appela. Evidemment, il l'entendit pleurer à des centaines de mètres. Mais ce soir la Harry entreprit d'être insensible à ses pleurs. Tout était amèrement faux chez elle. Son mensonge en était la preuve…
000
Après une heure de marche intensive, il se retourna pour s'assurer qu'elle ne le suivait plus comme un petit chien. Il fut soulage de voir que celle qui l'obsédait et le décevait en même temps, n'était plus sur ses traces.
Il en profita pour faire une pause et accuser le coup, réaliser ce qui se passait.
Elle l'avait noyé dans un océan d'erreurs comme noierait une sirène. Elle l'avait ensorcelé comme une sorcière sans pitié.
Bon sang, il avait tout de même du mal à croire qu'Hermione, sa Hermione a lui, cette petite bouille savante qui avait adouci son adolescence, soit capable de rire de lui pendant autant de temps. Pourquoi avait elle raconté de tels bobards?
Il se rendit compte qu'il s'était légèrement apaisé. Peut-être aurait il du écouté ses explications avant de s'enfuir de façon impulsive. Ce trait de caractère fâcheux avait encore fait des siennes.
Après tout, il n'avait pas toujours été un ange avec elle. Pourquoi n'avait t'il pas songé à ouvrir la porte du pardon et de l'écoute ? N'avait elle pas droit d'être fautive elle aussi de temps à autre ?
Alors qu'il se remettait grandement en question, Harry regarda le sol en fronçant les sourcils. Les traces de pas au sol lui rappelaient quelque chose.
Un animal rodait. Plusieurs loups pour être plus exact. Inquiet, il força ses yeux à escalader le ciel.
Un cri familier de femme retentit.
Ce soir la, derrière quelques nuages noirs, se dissimulait une pleine lune...
La nuit des loups-garous…
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Pour la troisième fois, Harry fit le tour du bois à la recherche d'Hermione. Les loups-garous l'avaient ils déjà emportée ? Avait-elle transplané ?
Non, ce n'était pas possible. C'était elle qu'il avait entendu crier il y a déjà trois heures. Il en était sur…Il pourrait reconnaitre sa voie féminine parmi des milliers d'autres. Quelque chose lui était arrivé avant qu'elle ait eu le temps de s'enfuir.
Etait-ce trop tard pour la sauver ? Il refusa d'accepter cette possibilité.
Epuisé, il se força à reprendre sa course. Il la chercherait jusqu'au bout de la nuit s'il fallait. Il courut quelques kilomètres tandis qu'une vision d'un loup garou la dévorant le hantait.
Alors que son cœur était sur le point d'exploser sous l'effort, il aperçut le reflet d'un lac. Il jugea intelligent de se rafraichir afin de reprendre des forces.
Il fit émaner un lumos le plus discrètement possible de sa baguette, ne voulant pas attirer les loups. Puis il se pencha en avant, pour saisir un peu d'eau entre ses doigts.
La fraicheur des gouttes ne le soulagèrent pas. Cette forêt sombre lui fichait la trouille. Pourquoi était-il parti ? Il aurait pu camper avec Hermione sans compliquer les choses. Ils auraient fait un feu, se seraient réchauffé autour et elle se serait sagement endormie dans ses bras.
Alors qu'il projetait de la lumière juste au dessus du lac, il crut voir plusieurs silhouettes de l'autre coté de la rive. Prenant d'abord peur, il réalisa que ces ombres étaient humaines.
Désireux de les avertir du danger, il fit le tour du lac. Au bout de quelques minutes, il se trouva tout prés de l'attroupement de sorciers.
-He ! Vous ne devriez pas rester là, des loups garous trainent dans les parages.
Le groupe d'hommes étaient en cercle, et semblaient obnubilé par quelque chose, écoutant à peine Harry. Que regardaient-ils ainsi ?
Avançant un peu, il bougea la tête pour tenter de voir ce qui se trouvait au milieu de l'attroupement. Une femme était allongée au sol, pas n'importe quelle femme…
- Poussez-vous ! Ecartez vous !
Bousculant les sorciers sur son passage, il arriva prés du corps de sa petite amie. Hermione, trempée, avait le visage pâle comme la mort, et ne montrait aucun signe de vie.
-Elle est tombé dans le lac en fuyant un des loups. On est arrivé trop tard, on n'a rien plus faire, expliqua un vieux monsieur.
Ignorant son verdict, Harry pencha son oreille contre elle pour confirmer le fait qu'elle ne respirait plus. Aucun battement de cœur ne fut audible.
Sans perdre de temps, il pressa ses mains contre sa poitrine en comptant jusqu'à quatre. Il ouvrit sa bouche, tremblant, et essaya d'y communiquer un peu d'oxygène.
Il réitéra les mêmes gestes une dizaine de fois, refusant d'abandonner. Ses spectateurs le regardèrent avec pitié.
-Tu perds ton temps mon ptit gars. Désolé…
Mais Harry n'écoutait pas, acharné il continuait à appuyer sur les côtes d'Hermione. Elle ne pouvait pas mourir…pas comme ça, pas maintenant, pas alors qu'il aurait du être là pour la protéger. Une sensation de vide s'aventura dans ses veines, comme si la vie n'avait plus aucun sens.
-Me laisse pas Mione…
Un jeune sorcier tenta de l'écarter du corps, pour l'empêcher de s'épuiser inutilement à essayer de la réanimer.
- Lâchez-moi !
Harry le dégagea d'un geste sec et reprit sa tentative de sauvetage. Ne décourageant pas, il entreprit d'être plus brutal. Il forma un point avec sa main et donna un coup violent sur la poitrine de la jeune femme, priant pour que son cœur reprenne sa chorégraphie habituelle.
Il n'arrivait pas à croire que les choses se terminent ainsi.
Il savait qu'on le regardait l'air désolé. Il savait ce que tout le monde pensait autour de lui. Mais il refusa de s'avouer vaincu. Elle méritait qu'on se batte jusqu'au bout pour elle. Il refusa de s'avouer que c'était foutu.
Criant de rage, il leva une nouvelle fois sa main dans l'air, pour frapper violemment contre le corps de la sorcière.
Il eut raison de persévérer. Le corps d'Hermione se releva brusquement sous leurs yeux effarés. Un amas d'eau sortit soudainement de sa bouche. Elle tenta de respirer normalement, prenant une inspiration qui dura presque dix secondes.
Il redressa son dos pour l'aider à vider ses poumons de l'eau qui s'y était engouffrée. Les yeux rouges, elle ne cessa de tousser tandis qu'il la tenait fermement.
Faible, elle tomba inconsciente dans les bras d'Harry, qui se posa au sol, soulagé. Il garda sa main contre le cœur de la jeune femme, vérifiant qu'il avait repris son battement normal.
On le regarda avec admiration.
-Elle est vivante !
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Hermione ouvrit les yeux. Elle mit quelques secondes à reconnaitre les lieux. Une chambre parfumée. Une tasse de thé fumante sur la table de chevet. Un cadre arborant la photo d'un petit bambin roux comme son père. Elle se trouvait chez Ron.
-Est-ce que ça va ? lui demanda ce dernier assis au bord du lit.
La jeune femme sursauta, ne s'étant pas aperçu qu'il était là, à coté d'elle. Un sourire se dessina sur leurs lèvres, les deux amis ne s'étant pas vus depuis des lustres.
-Je ne m'attendais pas à te voir, avoua t'elle enthousiaste.
-Et moi dont ! J'ai bien cru qu'il vous était arrivé quelque chose à toi et Harry. Aucune nouvelle pendant des semaines…
-Oui…Je crois que je te dois des explications, dit-elle la mine désolée.
-Ne te prends pas la tête, Harry m'a déjà tout expliqué. Inventer que l'Ordre voulait lui effacer la mémoire…Tu as été sacrément culottée Mione.
-Harry est ici ? C'est lui qui m'a amené ?
-Bien sur que c'est lui qui t'a amené ici. Qui d'autre aurait pu le faire ? Nous ne savions pas où vous étiez depuis une éternité. Tu es tombé dans un lac en fuyant les loups-garous et tu t'es noyé. Il t'a sauvé et t'a ramené ici en me demandant de m'occuper de toi, lui expliqua le jeune Weasley en gardant ses mains dans les poches.
-Où est-il maintenant ?
Son hôte haussa les épaules de façon ostentatoire, l'air embarrassé.
Sans attendre, la sorcière fit dégager les draps de ses jambes prêtes à s'élancer.
-Oh, oh ! Ou tu vas comme ça ? Tu dois te reposer !
-Je dois le retrouver.
-Tu n'as aucune idée de l'endroit ou il est. Et si tu veux mon avis, vu le mensonge dans lequel tu l'as fourré pendant tout ce temps, il n'a surement pas envie de te voir à l'heure qu'il est. Tu as déjà fait suffisamment de dégâts. Reste ici pour le moment, ordonna Ron d'une voix autoritaire.
Hermione sentit son ventre se serrer. Elle aurait voulu se frapper. Comment avait-elle pu être aussi stupide ? Elle était là comme un vieux boulet, faisant subir à ses deux anciens camarades de classe, l'ampleur de ses erreurs.
Elle s'assit et mit sa tête entre ses mains, désespérée. Sa tristesse et son regret attirèrent la pitié de son ami.
-He t'en fais pas, lui assura t-il en se penchant pour tapoter son épaule. Laisse-lui juste un peu le temps qu'il digère le coup, ok ?
-Je ne suis qu'une idiote, égoïste et égocentrique…
-Non, tu es une fille amoureuse qui est allé un peu trop loin c'est tout.
-Je n'ai même pas eu le temps de lui expliquer pourquoi j'ai fait ça. Je l'ai fait pour son bien j'ai…
-Je sais, la coupa t-il ayant compris toute l'histoire. Tu t'es rendu au ministère un matin et tu as appris que l'ordre était réuni dans le bureau de mon père. Ils semblaient tous agités, tu as vite compris que quelque chose se passait. Dumbledore avait le diadème de Serdaigle et un collier étrange avec lui. Très vite, il t'a expliqué sa découverte : l'existence des horcruxes.
Seulement, contrairement à ce que tu dis, tu n'es pas idiote. Tu as même eu une longueur d'avance sur les autres. Très vite, tu as compris qu'Harry était un de ces horcruxes, qu'une partie de l'âme de Tu sais qui s'était enfouie en lui lorsqu'il lui avait fait sa cicatrice. Tu as compris, que personne ne pourrait se débarrasser de lui tant qu'Harry était vivant.
Tu aurais pu dire à Harry la vérité, mais tu savais qu'il refuserait de fuir et préférerait se sacrifier pour détruire l'horcruxe qui est en lui. Alors tu as inventé ce mensonge, pour qu'il s'en aille sans regarder en arrière, qu'il ne sache jamais et n'ait jamais à se donner la mort.
Elle releva ses yeux embués de chagrin et l'observa, surprise qu'il ait été capable de deviner la justification de ses actes. Il avait vu clair en elle et semblait presque approuver son comportement.
-J'ai déjà perdu Marc, je ne voulais pas le perdre lui aussi.
-Je sais, répondit le rouquin affectueusement.
Puis il baissa la tête, l'air morose.
-Mais maintenant Harry va être au courant. C'est inévitable.
-Ron, le supplia t-elle en lâchant quelques sanglots, ne le laisse pas se sacrifier je t'en prie…
-Tu connais le spécimen, il va vouloir le faire. Mais tout n'est pas perdu. L'Ordre a discuté de ça depuis des mois.
Une lueur d'espoir envahit son regard.
-Une autre solution est envisageable, continua son meilleur ami, Tu sais qui peut renaitre à partir des horcruxes tels qu'Harry certes. Mais si tous les autres horcruxes sont détruits et qu'il n'a plus aucun fidèle, il ne pourra pas renaitre tout seul même si Harry respire. Voilà ce qu'il nous reste à faire : se débarrasser de tous les mangemorts et personnes susceptibles d'aider tu sais qui et se débarrasser de tous les horcruxes.
-Tu le connais, il refusera qu'on prenne tous ces risques pour lui.
-Sauf si la totalité de l'Ordre l'empêche de faire une connerie.
-Quelque chose m'échappe. Nous sommes allés à un banquet, espionner des gens du ministère. Mon intention était de savoir s'ils recherchaient Harry. J'avais peur qu'ils aient appris au sujet des horcruxes et qu'ils veulent le tuer. J'ai compris que c'était le cas. Comment ont-ils su ?
- Ce traitre de Montingus a dévoilé l'affaire. Résultat, les gens ont peur et recherchent Harry pour l'éliminer ou le livrer au ministère pour qu'il s'en charge.
-Bon sang…et dire qu'il est je ne sais ou sans sécurité…
-J'ai avertis l'Ordre de votre arrivée chez moi. Ils seront là d'ici demain et nous attendrons tous ensemble qu'Harry revienne ici, pour lui exposer la situation.
Une petite tête adorable s'incrusta dans l'ouverture de la porte.
-Papa ?
Le petit Tommy, âgé de presque un an, pénétra dans la chambre et rampa jusqu'aux bras de son père. Ron le hissa sur ses genoux et déposa un bisou sur son front avant de lui chanter une petite comptine sous les yeux attendris d'Hermione.
-Tommy, voici Hermione ! Une grande amie de papa.
-Mione, répéta l'enfant tout content.
-Enchantée bonhomme, chuchota t-elle heureuse de faire sa connaissance.
-Il sait déjà dire quelques mots.
-Tu as l'air de bien te débrouiller.
-Oh, c'est grâce à Lise. Elle m'a beaucoup aidé au début. Il devrait être capable de marcher d'ici quelques semaines. Hein Tommy ?
Il chatouilla le petit garçon afin d'entendre son rire.
-Et après papa va t'apprendre à monter sur un balai, et tu deviendras un champion. Le meilleur gardien de tous les temps !
-Ne va pas trop vite avec le Quidditch ! rigola Hermione.
