Une goutte tomba, puis une deuxième. Quelques pas brisaient ces notes monotones. Voici les seuls bruits qui sonorisaient le chemin de travers en ce dimanche matin.

Ni les chaussures en cuir d'Harry ni son cœur palpitant sous le stress ne s'entendaient. La fraîcheur du brouillard chatouilla sa gorge et il craignit cependant de tousser. Le moindre éternuement et sa filature pouvait échouer. La moindre erreur, et le mangemort qu'il suivait pouvait le repérer.

La démarche légère, il serrait sa baguette prêt à l'utiliser à tout moment. Et si le sorcier s'avérait plus rapide que lui ?

La mort était une hypothèse qu'il ne fallait jamais écarter s'il on voulait être prudent. Ce genre d'idée sombre était toujours à envisager, pour ne pas tomber de haut.

Harry tenta de s'encourager. Il se mit à réfléchir à ce qu'il attendait s'il réussissait. Lorsque votre existence est au bord du vide, le moindre plaisir parait inestimable.

Il rentrerait au Terrier avec le reste de l'Ordre, du moins ceux qui auraient survécu aux missions de la journée. Il goûterait à la délicieuse soupe chaude de Molly. Il rirait devant les prouesses du petit Tommy. Il approuverait les sages paroles de Lupin et de Dumbledore…

Puis il dirait bonne nuit et rejoindrait Hermione à l'heure du coucher. Il se glisserait sous les draps lavés le jour-même et sentant le muguet , ravi de soulager ses courbatures. Il la sentirait se glisser dans ses bras à la recherche d'un abri.

Elle ne réaliserait peut-être pas à quel point lui aussi se sentait protégé lorsqu'elle se collait à lui. Il se jura de s'en sortir vivant, rien que pour revivre une dernière fois cet instant de bonheur qu'elle lui offrait chaque soir. Certains étaient dépendants d'une vulgaire cigarette, lui était dépendant de sa muse.

Il secoua la tête, ce n'était pas le moment de rêvasser. Au même moment, Gravor distingua un son et tourna sèchement son cou pour observer ses arrières. Heureusement, Harry avait sentit le mouvement venir et il s'était caché à temps dans une petite ruelle perpendiculaire.

Les directives avaient été très claires. Tuer le mangemort.

Pourquoi aller si loin? Tout simplement parce qu'Azkaban était dépassé. Les politiques refusaient d'admettre que la sécurité y été devenue trop faible pour retenir suffisamment longtemps les fidèles du diable. La corruption du ministère n'aidait pas. Seule le meurtre assurait la fin des activités criminelles d'un mangemort. Cela était primaire et non civilisé, mais les temps qui courraient imposaient cette corvée.

Donner la mort n'était pas évident. Harry le savait. Une centaine de fois il s'était imaginé terrasser sa cible. Mais rien n'y faisait…il culpabilisait à chaque perspective.

Il ne se fit cependant pas de soucis pour la réalisation du geste. Lorsqu'il se retrouverait vulnérable depuis le mangemort, l'adrénaline l'envahirait et l'obligerait à agir sans hésiter.

Le gentil toutou de Voldemort continua sa démarche et pénétra dans une propriété. Le suivant de prés, Harry ouvrit la petite porte grinçante le plus discrètement possible.

Une odeur ignoble prit d'assaut ses narines, comme si un cadavre avait été laissé à l'abandon des mois de cela. Dés l'entrée, cette vieille maison lugubre sentait la pourriture et la saleté. Il monta les escaliers plongés dans l'obscurité.

Gravor entra dans une pièce le pas lourd. Harry ne put s'approcher davantage. Quel imbécile il faisait ! Oublier sa cape d'invisibilité un jour si important.

Une voix plaintive s'éleva rapidement. Une sorte d'apitoiement émana de la chambre. Le mangemort était-il une âme charitable rendant visite à un ami malade ? Probablement pas. Harry paria plutôt que Gravor avait de mauvaises intentions.

Il patienta quelques minutes, puis, lorsque le ton de sa cible devint plus belliqueux, jugea que c'était le bon moment. Quittant dynamiquement sa cachette, il arriva d'un saut sur le palier. Le mangemort, fit volte face prêt à se défendre. Mais la vitesse d'Harry était insurmontable. Un éclair vert avait jailli de la baguette du garçon à la cicatrice, et foudroya Gravor en un rien de temps.

Son corps lourd de péchés tomba violemment sur le sol, dans un bruit sourd et glauque. Quelques os s'étaient brisés dans la chute.

Harry sentit une force dévastatrice le conquérir et ses jambes devinrent flasques. Oui…c'était bien lui qui venait d'ôter la vie. Il s'attarda sur le reflet de son visage, visible à travers la fenêtre. Ce visage qui chaque jour devenait un peu plus meurtrier.

Il essaya de se remettre de ses émotions et pénétra dans la chambre.

Un être chétif, replié sur lui-même était adossé au mur, tremblant de la tête aux pieds. Son expression fit comprendre à Harry qu'il venait de le sauver du mangemort. L'homme aux yeux creusés par une vie misérable, le regarda plein d'admiration.

Son physique traduisait un passé glorieux et une santé autrefois bien meilleure. Harry put lire l'honnêteté dans ses yeux et devina qu'il s'agissait d'une victime de la guerre parmi tant d'autres, non une menace.

-Merci…Oh mon dieu merci…

Ce fut tout juste, si l'homme ne lui embrassa pas les orteils. Restant modeste, le jeune Potter lui tendit une main généreuse pour l'aider à se relever.

-Vous êtes capables de marcher? demanda Harry le ton décisif.

Il ne fallait pas trainer. L'assassinat de Gravor pouvait attirer d'autres mangemorts.

-Avec un peu d'aide oui.

Harry aurait pu transplaner directement au 12 Square Grimmaud, comme il était initialement prévu. Mais la faible santé de l'homme lui assura que c'était une mauvaise idée.

Il laissa la victime s'appuyer contre lui, un bras par dessus son épaule, et dans une démarche lente ils se dirigèrent vers le point de rendez-vous.

Ce déplacement ne fut pas simple. Harry devait à la fois supporter de trainer le blessé et l'inévitable besoin de se cacher du public. Plus les kilomètres s'accumulaient et plus le boiteux lui semblait fou. On aurait dit un génie que le temps avait détruit. « ils vont revenir » répétait-il sans cesse en pointant du doigt un endroit choisi au hasard.

-Ils vont revenir, et plus nombreux…

-Je sais, maugréa Harry qui devenait impatient. Vous me l'avez déjà dit cent fois.

-Pardonnez-moi. Mes collègues aurors, il faut appeler des aurors !

-Vous êtes auror ? lui demanda-t-il intrigué en les arrêtant au bout milieu de la rue.

-Oui, oui bien sur que je suis auror ! s'exclama le blessé.

Après tout, cette affirmation n'étonna pas tant que ça notre héro. Il était maigre, faible et à moitié cinglé. Mais son physique montrait qu'il avait eu une carrure de soldat dans le passé. Combien de mois était-il resté apeuré dans cette maison ? Etait-ce cette captivité qui lui avait fait perdre la tête ?

-Dites qui vous a envoyé me chercher ? C'est Fol'œil hein ?

-Je ne suis pas venu vous chercher. Je suis tombé sur vous par pure coïncidence. Vous devriez économiser vos paroles, nos voies risquent de nous faire repérer.

Harry fut soulagé d'obtenir enfin le silence. Alors qu'il fixait le sol, lassé par ce chemin interminable, il aperçut une alliance au doigt de l'être qu'il venait de sauver. Cet homme était marié. Comment réagirait sa femme lorsqu'elle le verrait rentrer dans cette folie ?

Plus ils s'approchaient du square Grimmaud et plus l'appréhension d'Harry augmentait. Ses amis y seraient-ils tous ? Sains et saufs ?

Après bientôt cinq heures de déambulation dans Londres, il arriva exténué dans l'ancienne maison de Sirius, rêvant de voir tous leurs visages souriants en ouvrant la porte.

Il pénétra dans la pièce principale, ou la majorité d'entre eux était attablée. Ils laissèrent d'abord échapper un sourire, puis instaurant un malaise évident, fixèrent l'homme qu'avait ramené Harry la bouche entrouverte.

-Ne vous inquiétez pas, il ne fera de mal à personne. Je l'ai sauvé, Gravor allait…

-Comment est-ce possible… ? le coupa Lupin en se levant.

Le loup garou s'approchait du blessé les yeux écarquillés, ne voulant croire ce qu'il avait juste devant lui. Le reste de l'ordre continuait à regarder la scène avec une expression remplie d'étonnement.

-Marc…nous te croyions mort.

Harry crut que son ventre serré allait exploser sous la prononciation de ce nom. Un auror, une alliance, un homme enfermé pendant des lustres. Il ne faisait aucun doute, il s'agissait de Marc le mari soi-disant défunt d'Hermione…

Il réalisa que la jeune femme n'était pas dans la pièce et son cœur prit un nouveau coup de couteau. Etait-elle vivante ?

- Remus mon vieil ami ! Ne fais pas cette tête là, on s'est vu il y a peine deux jours. Me croyais-tu mort ? demanda Marc en rigolant.

Le regard de Molly s'assombrit davantage, nourri par l'inquiétude. Le prisonnier était devenu complètement fou. Il n'avait aucune notion du temps qui passait. Il avait été cru mort il y a presque 3 ans, pas 3 jours…

Ron, qui juste là était resté sans bouger, dégagea rapidement de sa chaise et entraina Harry dans une pièce vide. Le fidèle ami avait aperçu la mine dévasté du sorcier et voulait lui donner les idées claires.

-Bon sang, je ne sais pas quoi te dire Harry. Je suis aussi secoué que tu en as l'air.

-Je ne comprends pas. Je croyais qu'il était mort ? N'a-t-il pas été enterré ?

Des milliers de questions se bousculèrent dans son esprit. Il savait au fond de lui qu'il aurait du être content que le mari d'Hermione soit en vie. Elle avait énormément souffert de sa perte, et la vie d'un homme était une bonne nouvelle. Mais un gout amer restait dans sa bouche. Cet événement annonçait-il la fin de leur relation ? Et si elle s'était fait tuée aujourd'hui ?

Il essaya à tout prix d'éviter de songer à cette possibilité. Cette idée était insupportable.

-Eh bien, il y a eu une cérémonie oui, mais tu sais quand le corps disparait dans l'attaque…Enfin, je ne sais pas, je…

-Ron ! Ou est-elle ?

Il n'osa pas regarder Harry dans les yeux lorsqu'il lui répondit qu'il n'en savait rien. La sorcière supposée être rentrée il y a déjà deux heures manquait à l'appel.

Le garçon à la cicatrice se rendit compte qu'il était soulagé d'avoir son frère en face de lui, sans aucune blessure ni égratignure. Laissant ses angoisses de coté, il se jeta sur lui pour lui faire une accolade, qui surprit le rouquin.

-Heureux que tu ais survécu à cette journée.

-Moi aussi Harry, moi aussi...On a eu peur tu sais. La plupart sont déjà rentrés il y a un petit moment.

-La plupart ? Hermione n'est pas la seule absente ?

Le fait d'affirmer cette situation à voix haute lui procura une douleur au fond de la gorge.

-Tonks n'est pas là non plus. Et Rogue également, prononçant le nom de son ancien professeur comme si son absence était loin d'être grave.

-Ca a été de ton coté ?

La simplicité de sa question surprit Ron, qui fut rassuré de le voir encore psychologiquement stable. Il n'était pas dur de deviner que face au retour du mari d'Hermione, Harry craignait la rupture imminente.

-Ma cible m'a échappé. Mais je lui ai sacrément refait les traits du visage. Tu sais Harry…Toi et Hermione, c'est plus fort que ça.

Le jeune Potter s'était assis sur une chaise en bois. Il releva doucement la tête, l'interrogeant du regard.

-Je veux dire. Ce n'est pas parce que Marc n'était plus là qu'elle s'est récemment mise avec toi. Elle a l'air attachée à toi tu sais.

-Je sais bien mais ça reste compliqué. C'est son mari. Ils se sont juré fidélité jusqu'à la mort. Même si elle éprouve quelque chose pour moi, la suite logique est qu'ils se retrouvent ensemble. Je dois l'accepter. On redeviendra meilleurs amis comme avant, c'est tout.

-Comment peux tu en être aussi sur ? Il n'est plus l'homme qu'elle aimait crois moi. Regarde-le, il est complément cinglé. On dirait un mec qui s'est échappé d'Azkaban.

-Il est peut-être juste sous le choc. Hermione a bon cœur, elle aura la patience de l'aider.

Des bruits se firent entendre au rez de chaussée. Signe que quelque chose provoquait de l'animation.

-On devrait retourner avec les autres, voir ce qui se passe.

Harry aurait voulu le suivre, mais quelque chose le retenait là, sur cette chaise en bois, à prier pour survivre aux conséquences de cette journée particulière. Il s'excusa auprès de son meilleur et resta seul pendant presque une heure dans la petite pièce à l'odeur de vieux papier.

Soudain, un toc-toc timide résonna.

-Oui? dit t-il le ton faible.

Le visage troublé d'Hermione se fit apercevoir dans l'ouverture de la porte. Harry se redressa d'un mouvement sec, prêt à guetter sa réaction. Comment vivait-elle le retour de Marc? Rien ne devait être plus perturbant que de voir en vie une personne qu'on a cru décédée pendant des années.

-Salut...murmura t-elle en fermant doucement la porte derrière elle.

Le sorcier aurait pu lui sauter dessus, la serrer éternellement en lui confiant qu'il était plus que soulagé de savoir qu'elle avait survécu à toutes ces missions. Seulement, il n'avait aucune idée de la manière dont elle réagirait. Le risque d'être rejeté le retint.

-Merci d'avoir sauvé Marc, le remercia t-elle avec un léger sourire mêlé d'une gêne intense.

-De rien...Il n'a pas l'air d'aller fort...

-Oui, il est persuadé que nous nous sommes vus il y a quelques jours. Dumbledore pense qu'il a été torturé par tu sais-qui. Quand les gens vivent des choses atroces, leur cerveau efface automatiquement l'horreur des souvenirs tu sais.

Oui Harry le savait. Et si elle venait à le quitter maintenant, il souhaiterait que son cerveau efface ce moment douloureux.

-Il faudrait prévenir Luno, il sera ravi de le revoir, déclara t-il , se forçant à être gentil.

-Oui...

La jeune femme restait debout, jouant nerveusement avec un petit fil qui pendait de son pull. De toute évidence, elle ne savait plus comment réagir.

-Est ce que ça va Mione?

Elle cessa la danse mécanique de ses ongles sur le coton et le fixa. Les larmes se pointaient au fond de ses yeux. Mais la gorge serrée, elle parvenait brillamment à les retenir.

-Je ne sais pas...

Se dégourdissant les jambes, elle fit les cent pas dans la chambre, le regardant de temps à autre.

-J'aurais du hurler de joie en le voyant. J'aurais du pleurer, tomber dans les pommes , je sais pas...Ressentir quelque chose quoi! Et pourtant, là dedans...

Elle désigna son cœur du doigt.

-Là dedans c'est vide. Je me sens coupable, c'est tout...Je n'ose pas lui faire comprendre que je ne suis plus la femme qu'il a épousé...

-Peut-être que les émotions reviendront. Tu es sous le choc, on ne réagit pas normalement sous le choc.

-Tu crois ça toi?

Harry soupira intérieurement. Que pouvait-il lui répondre? Au fond de lui il espérait qu'elle réalise qu'elle n'aimait plus son mari, qu'Harry avait conquis son cœur pour n'y laisser plus aucune place. Mais cela était trop beau pour être vrai. Les sentiments d'Hermione étaient sans aucun doute un minimum partagé entre les deux hommes. Ne restait plus qu'à attendre de voir qui en détenait la majorité...

Il haussa les épaules avec un air bête, se sentant un peu crétin sur les bords. Mais il n'était ni psychologue , ni conseiller conjugal après tout !

Tandis qu'il fixait ses pieds, elle avança de plus en plus rapidement. Harry supposa qu'elle se débarrassait de son stress à l'aide de sa démarche. Son esprit n'était pas aussi vide d'émotions qu'elle le pensait.

Il remarqua une coupure dans son cou.

Décidé, il se releva, s'approcha d'elle, saisit fermement ses épaules et l'approcha de lui pour observer sa blessure. Délicatement , il posa ses doigts aux extrémités de sa blessure.

-C'est profond.

-J'ai déjà fait le nécessaire.

-Ah ok...

Il baissa sa main et se retrouva droit comme un piquet, à quelques centimètres d'elle. Le fait qu'ils ne s'étaient pas embrassé comme un couple normal leur revint à l'esprit. Etaient-ils un couple normal?

Quel genre de couple sain cache à l'ensemble de son entourage, hormis Ron, qu'ils sont ensemble ? Lorsqu'il voyait Arthur rentrer du travail et embrasser tendrement sa femme, ou Lupin embrasser délicatement Tonks, Harry ressentait toujours une pointe au cœur. Pourquoi avaient-ils tenu à dissimuler les sensations intimes qui les liaient?

Hermione ne considérait-elle tout ceci que comme du désir? Pourquoi lui parlait-elle du retour de Marc sans jamais évoquer leur relation? Était ce juste sexuel?

-Harry, ne panique pas ok? lui conseilla la jeune femme qui avait intercepté une inquiétude.

-Comment ça?

Elle lui prit doucement la main et la serra avec vigueur.

-Je suis avec toi maintenant. Le retour de Marc ne changera rien.

Harry lança un sourire forcé et la prit dans ses bras. La tête sur son épaule, il ne se sentit pas soulagé pour autant. Et si elle réalisait qu'elle désirait le contraire?