Bonsoir ! Voilà le deuxième chapitre de cette fiction ! Je suis un peu en retard parce que j'ai été piquer une tête dans ma petite piscine toute neuve, un vrai bonheur avec cette chaleur !
Merci à Jade181184 (Curieuse de voir ce que mon imagination à concocté pour la suite ?), Isatis2013 (Irrattrapable ! J'espère que tu apprécieras ma version jusqu'au dernier mot !) et Paige0307 (Voilà la suite !)!
Je vous souhaite une bonne lecture et encore merci à Isatis2013 pour sa correction !
Chapitre 2 : Réflexions.
Cela faisait déjà deux jours qu'ils étaient cachés aux yeux de Samaritain. Finch se remettait de sa blessure et parvenait maintenant à marcher, même si de temps en temps, il ne pouvait retenir une grimace due à sa récente cicatrice. Il ne mangeait pas beaucoup, l'appétit coupé par ses douleurs au ventre mais il essayait de se forcer. Il avait pu se changer et revêtir un autre pantalon de costume. Cependant il portait un tee-shirt et un gilet en coton afin de faciliter l'accès à Shaw lorsqu'elle devait lui changer son pansement. La tueuse essayait de tuer le temps comme elle le pouvait. Entre les vérifications médicales et le fait de participer à la vie collective qui s'était imposée, elle bouillait parfois. Pour se calmer, elle prenait un couteau finement aiguisé et elle se mettait à tailler une planche de bois. La hackeuse s'adaptait très bien à cette nouvelle situation et elle s'occupait de la cuisine lorsqu'il fallait préparer les repas. Elle n'hésitait pas à taquiner ses amis de temps à autre, restant fidèle à elle-même. Reese, lui, regrettait le manque d'action et remuait beaucoup. La surveillance lui pesait sur les épaules et parfois il s'ennuyait. S'il avait beau être un homme taquin, il n'avait pas vraiment le moral pour le moment. Tout lui semblait si calme, comme s'ils allaient mourir à petit feu. Mais il se reprenait en se disant qu'ils allaient s'en sortir. Il le fallait.
Durant ces deux jours, personne n'avait eu d'idée sur la façon d'agir pour déjouer l'attention de Samaritain, tout en parvenant à l'atteindre et à le détruire. Les idées avaient été un peu brouillonnes, personne n'avait su comment prendre le problème en main. Il leur fallait du temps. Les bonnes idées ne pouvaient pas toujours venir en un clin d'œil. Aujourd'hui, l'ambiance était un peu tendue. Vivre à quatre dans un espace aussi exigu était étouffant. Finch vivait mal le fait d'être enfermé. Reese regrettait le manque d'action et le fait qu'il ne pouvait pas faire un peu de sport, hormis pédaler sur le vélo pour alimenter le générateur électrique. Shaw ruminait dans son coin, prise d'envies subites de commettre un meurtre. Root était la seule à sourire.
-Allons, ne faites pas des têtes comme ça ! Nous ne sommes pas en deuil ! Plaisanta l'interface analogique.
S'en fut trop pour Shaw qui explosa.
-Comment oses-tu dire ça !?
-Voyons Sameen, calme-toi …
-Non ! Elle tapa du poing sur la table. Nous sommes peut être déjà morts !
-Non, nous sommes vivants. Rétorqua Reese.
-Jusque quand ? Jusqu'au moment où Samaritain nous trouvera et nous tuera je ne sais de quelle manière ? Tout ça parce que nous ne nous décidons pas assez rapidement ?
-Nous ne devons pas prendre de décisions hâtives Mlle Shaw ! Répondit Finch.
-Et pourquoi ?! Vous avez peur de quoi ?!
-Sameen…
-Vous avez peur de Samaritain ! Vous avez tous peur de ce qui pourrait se passer ! Hurla Shaw. Vous avez peur qu'ils vous séquestrent et qu'ils vous fassent perdre la boule ?!
Finch se figea sur place et Reese serra la mâchoire.
-Bien sûr. Vous avez peur qu'ils vous fassent ce qu'ils m'ont fait ! Vous avez peur de ne pas survivre à cette torture ?
-Mlle Shaw…. Tenta Finch.
-Bordel ! Vous n'avez même pas été capable de chercher plus correctement !
-Sameen chérie, je t'assure que …
-Et toi ! Tu cherchais mais tu aurais pu soutirer des infos de ta grande copine ! Elle savait mais elle ne voulait pas te dire ! Et vous Finch, ça ne vous a pas traversé l'esprit de lui poser la question !?
-Mlle Shaw, je l'ai fais … Dit Finch, avant d'être coupé de nouveau.
-Ah ben vous n'avez pas fait ce qu'il fallait ! J'attendais que vous me trouviez ! Mais non il a fallu que je me démerde !
-Sameen ! Comment voulais –tu qu'on te retrouve sans la machine ?
-Chaque système à une faille ! S'emporta la tueuse. Et vous, fit-elle en désignant Finch, pour un génie vous n'êtes pas très futé pour trouver les failles !
La dernière réplique de la tueuse fut accueillie dans un silence de plomb. Finch, les yeux écarquillés, était outré. Root était choquée des propos de sa petite amie. Si elle savait que Shaw n'avait pas sa langue dans sa poche, jamais elle n'aurait imaginé qu'elle dirait des mots aussi durs et blessants un jour. Reese était sur les nerfs. Il avait envie de répliquer mais il craignait d'envenimer la situation, déjà tendue. L'informaticien baissa la tête, vexé. Le pouvoir des mots était beaucoup plus puissant qu'un simple geste. Son cœur s'était broyé lorsqu'il avait entendu la dernière accusation de son amie. Il ne releva pas la tête lorsque Shaw rajouta :
-Vous avez tous été incapable de me sauver.
Finch sentit une colère sourde monter en lui. Il ferma les yeux un instant et serra les poings, tremblant légèrement. Puis d'une voix posée, il articula péniblement.
-Veuillez m'excuser.
Finch bougea et quitta la cabane. Reese se lança à sa poursuite. La hackeuse soupira et laissa retomber ses bras le long du corps.
-Sameen…
-Tais-toi.
-Non Shaw. Parle-moi.
-Je n'ai pas envie. Laisse-moi.
-Sameen !
Root l'attrapa par le bras. Shaw se retourna vivement et la repoussa violemment. La jeune femme s'étala sur le plancher, surprise de la brutalité de sa compagne.
-Tu veux te bagarrer ? Provoqua-t-elle.
-Ne me tente pas. Répliqua aigrement la tueuse.
Root se leva, nullement impressionnée par la colère évidente. Elle se rapprocha d'elle à nouveau. Sameen lui lança un regard très noir la défiant de faire quoi que ce soit.
-Il en faut plus que ça pour me faire peur Sameen.
Dans un geste délicat, Root se mit à caresser la joue de Shaw. L'autre femme la repoussa aussitôt.
- Arrêtes !
-Non.
-Tu es têtue comme une mule !
-Toi aussi Sameen.
Shaw fronça les sourcils et leva les yeux au ciel. Root profita de cet instant pour la planquer contre le mur, bloquant ses poignets.
- Lâche-moi ! Hurla Shaw.
-Pas question.
-Tu fais chier !
-Vas-y, je ne te lâcherais pas tant que tu ne seras pas calmée.
-Mais ! T'es pénible Root !
Le sourire de la hackeuse l'agaça encore plus. Elle pesta et s'agita. Ses mèches de cheveux bougèrent et cachèrent un peu son visage.
-T'es sexy quand tu te fâches. Se moqua Root.
-Et allez ça recommence.
Root l'embrassa à pleine bouche. Shaw garda les lèvres fermées mais ne résista pas à sa compagne, qui forçait pour se frayer un chemin. Rapidement la tension retomba entre les deux femmes. Root la libéra et Shaw changea leurs positions. Elle se pressa contre le corps de Root et commença à tirer sur son haut, ne lâchant pas ses lèvres. Root lâcha un petit rire, appréciant le côté fougueux de sa compagne. Rarement Shaw la laissait prendre le dessus, elle avait toujours ce besoin constant d'être maître de la situation.
Finch marchait aussi rapidement qu'il le pouvait. Il contournait les troncs qui se trouvaient sur son chemin. Indifférent à la douleur que sa marche rapide lui provoquait à la hanche, il avançait sans savoir où il allait. Il avait besoin de respirer, besoin de se calmer, besoin de se retrouver. Il n'était pas insensible, ces mots l'avaient blessé au plus profond de lui. Comment Shaw pouvait-elle croire qu'il n'avait pas fait tout son possible ? Il avait tout fait. Il avait même voulu aider Root dans sa recherche mais lorsque la machine leur avait dit d'arrêter, il avait suivi les ordres. Si sa création donnait un tel ordre, c'est qu'il y avait une raison. Sans doute parce que la Machine ne voulait pas mettre en danger le reste de l'équipe ? Peut être parce qu'elle savait qu'elle pouvait compter sur Shaw, qu'elle savait qu'elle parviendrait à s'échapper par ses propres moyens ? Ce jour là, il avait été tiraillé par cet ordre inattendu de la part de la Machine. Depuis sa mise en ligne, jamais sa création n'avait donné un ordre semblable. La situation devait alors être très grave. Il avait été peiné mais il s'était résolu à l'écouter. Mais Root, elle, avait continué, peu importe ce que la Machine lui disait. Lorsque Root lui avait fait ses adieux pour partir à la recherche de Shaw, secrètement, il avait espéré qu'elle la retrouve. Mais il avait dû se rendre à l'évidence : sans la Machine et même si Root était une agente extrêmement douée, elle ne pouvait pas rivaliser contre une intelligence Artificielle à elle seule. Lorsqu'elle était revenue, il avait été triste de la voir revenir seule. Il avait comprit qu'elle n'avait pas réussi, mais qu'elle n'abandonnerait pas. Qu'elle continuerait. Mais voilà, Shaw était revenue parmi eux par miracle.
Il trébucha mais se rattrapa à un arbre. Il se redressa et reprit. Il avait besoin d'un endroit calme, apaisant. Il entendit un cours d'eau et s'en rapprocha. Il se retrouva en haut d'une falaise. De loin il pouvait voir l'eau claire qui coulait d'une cascade. Il soupira. Il se retourna et s'assit sur un vieux tronc cassé. Il prit son visage entre ses mains et ferma les yeux. Il se concentra sur les bruits de l'environnement autour de lui. L'eau qui coulait, le bruissement des feuilles, les petits cris des animaux qui vivaient dans le coin, le chant des oiseaux. Il entendit une respiration.
-Mr Reese, je sais que vous êtes là.
John se rapprocha doucement de lui, quelques branches craquèrent sous ses pieds. Finch sentit qu'il s'asseyait à côté de lui mais ne bougea pas. Reese restait silencieux. L'informaticien finit par se redresser, les yeux rougis. Reese le remarqua mais ne dit rien. Finch se concentra sur le bruit si apaisant qu'était le chant mélodieux des oiseaux. Son regard fut attiré par un petit oiseau qui se tenait à quelques mètres d'eux, au bord de la falaise, picorant dans le sol pour attraper les vers. Un deuxième le rejoignit et Finch les contempla. Les deux oiseaux se mirent à roucouler puis à chanter. Finch eut un sourire triste.
-Tout va bien Harold ? Demanda John d'une voix douce.
Finch se sentit enveloppé d'une douce chaleur en sentant que son agent s'inquiétait pour lui. Il avait envie de se confier un peu. Après tout, vu leurs situations, que risquait-il ? John avait bien le droit d'en savoir un peu plus sur lui. Il savait tellement de chose sur son agent mais Reese lui ne savait pas grand-chose en ce qui le concernait.
-Mon père et moi, nous nous asseyons et nous regardions les oiseaux voler vers le sud pour l'hiver. Il fit une pause. Il me parlait des modèles de migration et des pays qu'ils visitaient en cours de route.
John pivota la tête vers lui, le regard triste. Finch observait toujours les deux petits tétrapodes ailés qui se disputaient le ver de terre, jouant avec ses mains, l'air malheureux.
-Vous étiez proches ? Murmura John.
-Il était fou. Il est mort dans un établissement de soins. Seul.
L'ex-agent de la CIA capta du regret.
-Je suis désolé Finch. Ce n'est pas facile d'avoir un proche qui ne se souvient plus de nous.
Finch tourna la tête vers John.
-Ce n'est pas pour ça que je n'allais pas le voir. J'avais peur qu'il se rappelle de moi.
-Pourquoi ? Demanda John.
-Pour certaines décisions que j'ai dû prendre.
John inspira longuement.
-Nous faisons tous des erreurs de jeunesse Harold. Les décisions que nous prenons …parfois nous les regrettons une fois adulte, mais il faut faire avec.
Finch approuva doucement et détourna le regard. Il sentit une larme couler sur sa joue et il l'effaça rapidement. Parler de son père, cet homme qu'il avait aimé lorsqu'il était enfant, cet homme qui l'avait élevé du mieux qu'il avait pu, lui faisait mal. Il ne se pardonnait pas de l'avoir laissé seul. Il regrettait mais le mal était fait.
-Mon père avait ses secrets.
Reese eut un petit sourire.
-Je suis un homme extrêmement secret. Dicta-t-il. Vous tenez de lui ? Plaisanta-t-il.
Harold sourit brièvement et acquiesça, se rappelant ce premier jour de travail avec John.
-Il ne connaissait rien aux oiseaux. Apparemment j'étais un bébé difficile et la seule façon de me calmer était de m'emmener dehors et de regarder les oiseaux. Finch reprit sa respiration. Il a voulu tout me dire sur eux, donc il a tout appris pour moi.
-Votre père vous aimait. Fit John.
Harold approuva doucement puis se replongea dans son mutisme. John observa à son tour les deux oiseaux devant eux. Le silence était agréable ici.
-Je n'aimais pas vraiment mon père. Avoua John.
Finch ne bougea pas mais John savait qu'il écoutait. Il avait apprit à connaître son patron depuis cinq ans et il savait reconnaître certains signes qui montraient qu'il était attentif.
-Je lui en voulais de ne pas être là.
-Il était militaire John.
-Je sais. Mais il avait une famille.
Le dernier mot avait presque été un murmure. Finch se tourna vers lui.
-Vous auriez voulu qu'il passe plus de temps avec vous, votre sœur et votre mère ? Questionna-t-il.
-Oui.
-Pensez-vous que cela aurait été différent ?
-Oui.
Harold fronça les sourcils face à cette réponse si sûre.
-S'il avait été là, il ne serait pas mort aussi jeune et j'aurai eu ce qui m'a manqué.
Finch déglutit, comprenant. Il partageait la peine de John. Si lui avait pu connaître son père longtemps, avant de fuir, il avait eu aussi un manque. Si son père avait bien été là, rarement il se souvenait de sa présence, surtout les dernières années qui avaient été pénibles pour lui, quand il n'était qu'un adolescent. Il n'avait pas eu d'amour paternel durant les derniers instants et cela lui avait manqué.
-Peut être que vous n'auriez jamais été militaire John ?
Reese se frotta les mains, nerveux.
-Peut être. On ne sait pas.
-Et nous ne saurons jamais Mr Reese.
-Non. Souffla l'agent.
-Vous êtes devenu militaire parce que…
-Je n'avais plus rien à perdre. Je n'avais plus de famille non plus.
Finch eut le cœur serré. John ne lui en avait jamais parlé, mais il savait que sa sœur et sa mère étaient décédées alors qu'il était encore un adolescent en pleine crise de croissance. Il avait été sensible à son passé. Soudainement, Finch réalisa alors qu'il n'était pas le seul.
-John ?
-Oui ? Soupira –t-il.
-Personne n'a de famille.
Reese se tourna vivement vers son patron, interpellé. En voyant les traits tristes de Finch, il comprit. Finch n'avait plus personne, tout comme Root et Shaw. Les membres de l'équipe n'avait plus aucune famille, plus rien. John gratta sa barbe naissante.
-Nous n'avons peut être pas de famille mais…
Finch se redressa encore plus. John leva la tête vers lui et posa une main sur le genou de l'informaticien. Finch fronça les sourcils, sachant que jamais son agent ne se serait permis un geste aussi intime sans raison.
-Mais nous sommes ensemble. Nous sommes une équipe Harold.
Finch sentit l'émotion lui monter au nez et ferma les yeux.
-John…
-Vous êtes mes amis mais aussi ma famille. Avoua-t-il, comme si c'était une faiblesse.
-Vous n'êtes pas le seul à penser ainsi… Chuchota Finch.
Reese fut ravi d'entendre ces mots. Il se sentait moins seul maintenant. Si Finch pensait comme lui, peut être que les filles le pensaient aussi ? En repensant à elles, il se rappela de la dispute qui avait éclaté il y a quelques minutes.
-Finch ?
-Oui Mr Reese ?
-Shaw ne pensait pas ce qu'elle disait.
Harold soupira et porta une main à son ventre, contre sa cicatrice, esquissant une petite grimace. John s'aperçut de ce geste.
-Vous avez mal ? Demanda-t-il.
-Ca va. Répondit Finch, un peu trop vite au goût de l'agent. Je ne doute pas qu'elle n'y pensait pas.
-Mais quand elle s'énerve c'est …
-Sans commentaire comme diraient certains.
-Elle ne voulait pas vous faire de mal Finch.
-Mais elle l'a quand même fait.
Reese fut surpris de cet aveu de douleur morale de la part de son patron.
-Elle avait besoin de … d'évacuer. Il est vrai qu'elle aurait pu trouver autre chose mais non. Elle s'en est prise à nous.
-C'est pour cela que j'ai préféré partir avant que cela ne dégénère.
-Justement Finch, ce n'est pas dans vos habitudes de fuir ?
Finch se pinça les lèvres et renifla.
-Non. Mais je ne pouvais pas rester. J'avais besoin de …
-De prendre l'air. De vous retrouver.
-Oui.
-Vous voulez que je vous laisse ? Demanda John.
-Vous pouvez rester. Votre présence ne me dérange pas.
Reese esquissa un petit sourire et ne bougea pas, se contentant de contempler le paysage comme son ami. Ils restèrent une bonne petite heure sur place, profitant des températures agréables et du bruit de la nature. Mais lorsque John tourna la tête une nouvelle fois, pour s'assurer que Finch allait bien, son regard fut attiré par une tâche rougeâtre sur le tee-shirt de son patron. D'un geste mécanique, il attrapa le bout du tee-shirt et le souleva. Finch, qui était plongé dans ses pensées, sursauta en sentant les doigts de John frôler le pansement.
-Vous saignez Finch.
-Quoi ? Souffla-t-il.
-Vous avez forcé dessus je pense.
-Mais cela fait deux jours !
-Peut être mais ça ne cicatrise pas en deux jours Harold. Vous avez peut être un point qui a sauté. Il faut rentrer Finch.
Harold se résigna et se leva. Il se sentit raide, après une heure à être assis sur du bois, son dos était tendu. Il fit de petits étirements pour détendre ses muscles et suivit son partenaire pour retourner au chalet. En arrivant, ils ne trouvèrent pas les filles, en revanche, la petite table ronde était couchée au sol et les chaises également.
-Misère. Fit Finch. J'espère qu'elles ne se sont pas bagarrées. Où sont-elles ?
-Je ne sais pas Finch. Nous verrons après. Reese ramassa la chaise. Asseyez-vous et remontez votre tee-shirt.
Finch l'écouta et s'exécuta. John remit la table sur pieds et l'autre chaise également. Il fouilla la valise de secours et prit le nécessaire. Il retira le pansement et fit la moue. Finch baissa la tête pour observer sa blessure.
-Il y a un point qui a sauté mais ce n'est pas ouvert. Jugea John. Des stéri-trips suffiront. Il désinfecta et plaça des petites bandes pour maintenir la cicatrisation. Puis il fit un nouveau pansement. Voilà.
Finch rabaissa son tee-shirt mais hésita. Il n'aimait pas porter des vêtements tâchés, puis cela risquait d'attirer l'attention de la tueuse si elle revenait. Il se dirigea docilement vers la commode. Root avait prévu des vêtements pour tout le monde, pour tenir une bonne semaine. Certains vêtements séchaient sur la rambarde de bois dehors en ce moment même. Finch attrapa un autre tee-shirt, bleu. John était de dos, occupé à ranger le matériel. Finch se mordit la lèvre et retira son tee-shirt. Aussitôt il enfila l'autre et se passa une main dans ses cheveux pour les remettre en ordre. John se releva et fut étonné de voir que Finch s'était changé. Il tendit la main et prit le tissu.
-Je m'en occupe Finch, reposez-vous.
John lava le tee-shirt à l'évier. Finch prit une bouteille d'eau et en versa dans un verre. Il soupira une fois hydraté. John alla tendre le tissu dehors et revint aussitôt.
-Vous avez un signe de Mlle Root et Mlle Shaw ? Questionna l'informaticien.
-Non. Il faut qu'on attende un peu. Si d'ici deux heures elles ne sont pas là, je partirai à leur recherche.
Finch acquiesça. John attrapa un jeu de cartes et proposa une partie à son patron. Finch accepta et ils se mirent à jouer tous les deux. Ils avaient besoin de se détendre et c'était l'un des seuls moyens à leur disposition. Au bout d'une heure et demie, Finch refusa une énième partie, ennuyé. Reese rangea les cartes tandis que Finch fouillait un sac à dos dont Root avait indiqué qu'il était pour lui. Il trouva quelques livres et en reconnu un parmi eux : The Gosht In The Machine. N'en croyant pas ses yeux, Finch l'ouvrit et trouva la photo de lui et de Nathan. Il déglutit en repensant à ce cher ami qu'il avait perdu.
-Finch ?
Finch se tourna vers lui, masquant sa tristesse et glissant la photo dans le livre.
-Oui ?
-Je vais dehors deux minutes.
-Faites Mr Reese.
Finch le regarda partir. Ils avaient adopté un code entre eux lorsque l'un d'eux avait besoin de s'isoler pour satisfaire un besoin naturel. Seule Root le disait clairement, sans gêne. Finch regarda à nouveau la couverture du livre, abîmée par tant d'années. Il la caressa. Comment Root avait-elle pu l'avoir ? Surtout que la bibliothèque n'était plus leur quartier général depuis presque deux ans. Finch songea qu'elle avait du profiter d'une de ses nombreuses identités pour récupérer l'ouvrage, avec sans doute l'aide de la machine. Il sortit de ses pensées en entendant des voix.
-Ouuuh Sameen caches tes yeux !
- Arrêtes ! J'étais médecin j'en ai vu des centaines pisser ! Râla la tueuse.
Finch eut une pensée pour son pauvre agent.
-Ca suffit les filles ! Vous ne pouvez pas me laisser tranquille ? Gronda John.
-Viens Sameen, allons !
Finch capta des marmonnements de la part de la tueuse. La porte s'ouvrit sur les deux femmes. Root fronça les sourcils et se rapprocha de son ami.
-Vous avez changé de haut ?
-Vous êtes toujours aussi observatrice.
-Toujours. Vous n'avez pas répondu à ma question !
-Ce n'est rien.
-Vous avez changé de pansement ? Questionna Shaw, neutre.
Finch se figea et la regarda avec crainte.
-Oui. Comment avez-vous su ?
-C'est facile, suffit de regarder la poubelle.
Finch secoua la tête. Root donna un coup de coude à son amie.
-Allez Sameen, tu devais dire quelque chose.
-Et si je n'ai pas envie ?
-Alors je recommencerais.
Shaw lui lança un regard effronté. Reese rentra à ce moment là.
-Désolée John, on aurait mieux fait de se taire et de se faire discrètes. Fit la hackeuse avec un sourire qui disait le contraire.
John leva les yeux au ciel et se lava les mains à l'évier. Shaw gigotait sur place, les mains profondément enfoncées dans les poches de son gilet gris.
-Je suis désolée pour tout à l'heure. Lâcha-t-elle.
Finch baissa la tête et John se retourna pour savoir si elle était sérieuse. Mais l'évidence était là, la tueuse était nerveuse.
-Sachez Mlle Shaw, que je n'apprécie pas qu'on s'emporte.
John lança un regard effaré à son patron, craignant la suite. Shaw venait de lever la tête vers lui, interloquée.
-Cependant, au vu de notre situation, je peux comprendre que cela vous frustre de ne pas… protéger et éloigner les méchants.
Finch se rapprocha d'elle et posa une main sur son bras.
-Je suis désolé que vous soyez dans cette situation aussi. Je comprends votre colère.
-C'est bon Finch. C'est moi qui ai choisit de vous suivre. Personne ne me l'a imposé. Rétorqua Sameen.
-Et je vous en suis reconnaissant.
Cette fois-ci, Root resta muette et Reese se demanda s'il avait rêvé.
-J'ai besoin du soutien de tous mes amis. Affirma Finch à voix basse.
Root retint une larme de justesse devant la sincérité de Finch et de ses dernières paroles touchantes.
-Enterrons la hache de guerre et unissons-nous. Fit Harold.
Le sourire de Shaw déstabilisa l'informaticien qui n'avait guère l'habitude de la voir sourire. Root en voyant sa compagne un peu plus radieuse, fut soulagée de voir qu'elle n'avait pas perdu ce petit côté sentimental, qui pourtant était déjà quasiment inexistant chez elle.
-Je suis entièrement d'accord avec vous patron.
Finch sourit à son tour.
-Je ne suis plus votre patron Mlle Shaw, ne me considérez pas comme tel.
-Entendu Finch.
L'ambiance devint plus légère, ce qui fit du bien au moral de tout le monde. Root soupira de soulagement et proposa de préparer le repas du midi. Finch refusa, préférant laisser faire les connaisseurs et s'isola avec son livre. Root, Shaw et Reese se mirent au travail et préparèrent les pommes de terre.
-Frites ? Proposa Shaw.
-Si tout le monde est d'accord chérie !
-Ca me va. Répondit Reese.
-Harry ?
Mais Finch ne répondit pas, le regard rivé sur le livre qu'il n'avait pas encore ouvert. Reese fronça les sourcils et Root se plaça à côté de son ami.
-Harold ? Vous voulez des frites ce midi ?
-Euh oui cela me convient Mlle Groves.
-Vous semblez distrait.
-Je réfléchis Mlle Groves, c'est tout.
-A quoi pensez-vous ?
Harold parut peser sa question mais finalement il la posa.
-Comment saviez vous que ce livre était important ?
La hackeuse sourit doucement et posa une main sur l'épaule de Finch.
-La machine m'a dit que ce livre avait une signification pour vous. Je suis allée le récupérer deux jours avant que votre numéro sorte.
-Rien n'avait changé à la bibliothèque ? Demanda Finch.
-Non pas vraiment hormis le bordel. Je me suis fait passer pour une agente d'inspection et j'ai récupéré le livre en douceur.
-Merci Mlle Groves.
-Je vous en prie Harry. Et virez-moi ce sourire triste ! Elle déposa un baiser sur sa joue et retourna aider les deux autres. Finch avait rougit mais il se reprit, Mlle Groves restait elle-même, toujours aussi extravagante et démonstrative. Le féculent fut découpé en bâtonnets et Root mit une casserole d'huile à cuire. Les frites furent rapidement prêtes et accompagnée de tranches de jambon. Finch s'assit à table, Root aussi. Shaw et Reese prirent place sur le rebord de la fenêtre pour savourer leurs repas. Ils discutaient tranquillement entre eux, parlant de tout et de rien, plaisantant de temps à autre, pour oublier l'incident de la matinée. Finch ne termina pas son assiette, en laissant la moitié.
-C'est bon mais je ne peux pas manger plus que cela.
-C'est déjà bien. Fit Shaw, qui engloutissait son assiette. Je pourrais prendre vos frites ?
-Si vous voulez. Accepta Finch, ravi que la nourriture ne soit pas gâchée.
Sameen s'accapara de l'assiette de Finch et se régala. Root rit doucement et Reese fut ravi, préférant voir sa jumelle de terrain comme ça, que tendue et agressive. Après le repas Finch fit le choix de s'installer sur le matelas, le dos calé contre le mur, avec quelques coussins pour se replonger une nouvelle fois dans la lecture du livre. Shaw nettoya son arme une nouvelle fois. Root joua avec les boucles de ses cheveux et Reese alla s'asseoir sur les marches devant le chalet, laissant la porte ouverte pour y faire circuler un peu d'air frais. Cela fut calme pendant deux bonnes heures avant que Root n'aborde un certain sujet.
-Il faudrait peut être qu'on essaye de réfléchir de nouveau à vaincre Samaritain ?
-On peut. Soupira Shaw
Reese revint et s'adossa contre le mur. Finch se leva et prit place à la table et fut le premier à prendre la parole :
-Mlle Groves, n'avez-vous pas dit l'autre jour que vous aviez codé un extra dans la machine ?
-Si. Pour qu'elle puisse se défendre.
-Vous envisagez d'activer cette option ? Demanda John.
-Je ne sais pas Mr Reese. Mais ce que je sais, c'est que jusque là nos plans n'ont pas fonctionné
-Harry, nous avons besoin de la machine pour contre attaquer.
-Je sais. Seulement, la Machine ne va-t-elle pas dépasser les limites si elle est libre ?
-Vous devriez lui faire confiance Harold ! Clama Shaw. Elle parle bien à cette folle donc c'est qu'elle a vachement confiance pour lui donner des missions.
-Merci chérie…
-Parce que Mlle Groves est capable de l'écouter. Or je ne l'écoute pas vraiment.
-Il ne s'agit pas de l'écouter Finch. Intervint Reese. Il s'agit qu'elle puisse se défendre et nous protéger quand nous le lui ordonnons.
-Mais nous ne devons pas abuser de ce pouvoir John.
-Nous ne sommes pas ces personnes là. FitRoot.
-Essayons de voir ce que nous pouvons faire nous même et si cela ne change rien, nous aviserons. Proposa Finch.
Jeff rejoignit le lieu indiqué par Samaritain et retrouva un homme âgé d'une quarantaine d'années, mal rasé, les cheveux indisciplinés. Il le vit avec un téléphone en main et se rapprocha de lui.
-Mr Askino ?
-Oui c'est moi. Vous êtes Mr Blackwell ?
-Exactement.
-On m'a demandé de vous aider.
Jeff savait que l'homme avait reçu un virement de 5 000 dollars sur son compte, afin de l'inciter à aider. Il sortit de son sac une tablette et chargea une vidéo.
-Vous voyez cette voiture ? Fit Jeff, pointant la berline grise.
-Purée, elle est dans un sale état. Commenta l'autre homme.
Jeff approuva et poursuivi :
-L'avez-vous vu ?
-Oh oui, je ne peux pas la rater !
-Pouvez-vous me conduire jusqu'à elle ?
Askino lui fit signe de le suivre et Jeff calqua ses pas sur les siens. Quelques rues plus loin, ils arrivèrent et Jeff loucha sur la voiture. Il s'avança vers celle-ci.
-Est-ce que vous avez vu les personnes qui étaient dedans ?
-Non. Je n'ai rien vu.
Jeff inspecta l'intérieur à travers la vitre brisée. Il réussit à ouvrit la portière et observa le siège passager. Il vit du sang sur le rebord mais pas sur le dossier. Il en conclut que la balle n'avait pas traversé le corps du passager. Jeff se redressa et inspecta les alentours, situé sous un pont.
-Est-ce qu'il y avait une autre voiture ici ?
-Alors là. Vous savez il y en a toujours ici. Y en a même qui n'ont pas de plaque d'immatriculation !
Jeff, intéressé, se tourna vers l'homme.
-Quelle est la dernière voiture qui n'avait pas de plaque d'immatriculation ?
-Un 4x4 de couleur blanc. Ce qui m'a étonné, c'est qu'il semblait volé.
-Volé ?
-Il n'y avait pas de radio dedans. Je suppose que des sacripants l'ont volé depuis.
-Vous pensez … Supposa Jeff.
-Mais sachez jeune homme que je n'ai rien vu d'autre.
-Merci pour votre aide, ça ira. Fit Jeff.
Askino fit la moue puis le laissa seul. Jeff posa son sac sur la berline grise et chercha des traces au sol. Il ne repéra pas de traces de freinage ou de démarrage en trombe. L'endroit était désert, peu de véhicules devaient passer par ici dans la journée. Jeff inspecta d'un œil critique les bâtiments aux alentours mais de toute évidence, ils semblaient habités, malgré les façades insalubres et guères attirantes. Il appuya son oreillette pour se mettre en relation avec Samaritain.
-J'ai quelque chose.
-« Je vous écoute ».
-Un 4x4 blanc non immatriculé.
-« Patientez ».
Jeff capta des bruits numériques, signe que Samaritain cherchait dans les flux vidéos.
-« Nous avons une concordance. »
Le téléphone de Blackwell bipa et il s'en empara pour consulter l'image envoyée.
-Ce sont eux. Ils ont essayés de se cacher derrière des vêtements.
-« Nous nous fions à votre analyse ».
-Vous n'arrivez pas à les reconnaître ?
-« Non. »
-Je pense que Greer confirmera.
-« Nous lui demanderons ».
Jeff se demandait pourquoi une telle Intelligence Artificielle n'arrivait pas à reconnaître deux personnes, surtout dissimulées par des vêtements. L'IA avait-elle encore quelques réglages à faire ? Ou était-elle défaillante ? Il secoua la tête et fronça les sourcils en voyant une tâche sur un pavé. Il se rapprocha, posa un genou à terre et pencha la tête.
-Il y a deux-trois gouttes de sang sur la chaussée. Mais c'est minimaliste.
-« Le passager a donc pu se déplacer ».
-Une femme ne pouvait pas le porter.
-« Voila. »
-Il n'y a pas d'autres traces de sang. Rajouta Jeff après une inspection plus minutieuse.
-« Il y a des chances qu'il soit vivant en étant caché».
Ils continuèrent à réfléchir sur les différentes tactiques, les différents lieux où ils pourraient atteindre Samaritain sans l'aide de la machine. Mais à chaque fois, un bip sonore de la machine résonnait, ce qui signifiait que le plan était improbable à réaliser. Chaque fois qu'ils élaboraient un plan, la machine lançait une simulation et avait toujours le mot de la fin. Et à tous les plans, tout le monde mourrait avant d'avoir atteint l'autre intelligence artificielle. Les amis soufflèrent, dépités par ces nouveaux échecs. Ils avaient beau réfléchir dans toutes les directions, ils avaient du mal à trouver une quelconque idée sans se faire repérer. Mais il était évident que dès qu'ils sortiraient de leur cachette et retourneraient à la vie, ils se feraient aussitôt repérer. Ils firent une pause et Root alla dehors. Finch y alla après elle.
-Vous croyez qu'on va trouver ? Soupira Shaw, blasée.
-Ca va être dur. Fit John. Mais il y a toujours une faille quelque part.
-Tu piques ma réplique John ? Gloussa la hackeuse.
-Je ne fais que dire une vérité. Fit John avec un petit sourire.
-Si seulement on pouvait avoir un accès illimité à la machine… Se lamenta Shaw.
Finch entendait ce que disaient ses amis. Il ferma les yeux et leva la tête en soufflant. Soudain, il écarquilla les yeux. Le livre. « Un fantôme dans la machine ». Pourquoi la Machine avait-elle choisi ce livre sur les milliers de la bibliothèque ? Juste parce qu'il y avait la photo de lui et de Nathan ? Ou parce qu'il y avait une autre signification ? Les rouages de son cerveau se mirent en marche et tout lui parut clair d'un coup. La Machine leur avait laissé un message. Et personne n'avait compris.
-Bon sang…
Atterré, Finch se posa mille et une questions. Devait-il parler de sa découverte avec ses amis ? La machine leur donnait un ordre, mais surtout à lui. Il termina son besoin, remonta sa braguette et revint rapidement vers eux.
-Vous avez vu un fantôme ? Se moqua Root.
-La machine nous a parlé.
-Pardon ? Demanda Shaw.
-Et comment ? Questionna Root.
Reese suivit du regard son patron qui s'avançait vers le matelas et qui ramassait le livre échoué.
-Ca. Montra Finch.
-Un vieux bouquin ? Plaisanta Shaw. Finch lui adressa un regard noir mais poursuivit :
-Mlle Groves, vous l'avez récupéré il n'y a pas longtemps. La machine vous a dit de le faire ?
-Oui c'est ce que j'ai dit.
-Alors … Finch déposa le livre sur la table et récupéra le sac à dos chargé de livres. Il les sortit.
-Le reste des livres aussi Mlle Groves ?
-Oui exactement. J'ai bien failli ne pas l'écouter.
Finch sortit des livres de sciences fictions, racontant la guerre numérique, d'autres livres étaient des ouvrages d'apprentissage de combat, il y avait aussi un livre de record en sports.
-A votre avis, pourquoi la machine a-t-elle choisit tous ces livres ?
-Surtout sur les techniques de combat. Fit Root.
-Parce qu'elle veut se défendre. Et elle veut que Finch aussi. Fit John.
-Finch n'est pas très terrain. Glissa Shaw.
-Elle veut qu'il le devienne. Murmura Root, commençant à comprendre la demande de la machine. Mais quel rapport avec ce livre là ? Demanda t-elle, désignant celui qui contenait la photo.
Finch hésita mais finit par montrer la photo.
-Il y avait ça dedans. Je l'avais mise ici et la machine le savait.
-Vous avez choisi un titre très parlant Harry. Je vous disais que Nathan, Elias, tous ceux qui sont morts vivent à travers la machine…
-La machine veut … que nous soyons aussi des fantômes. Remarqua Finch.
-Elle veut que nous soyons…
-Morts. Souffla John.
-Ou déclarés comme tel. Fit Finch.
-Comment on peut faire ça ?
-Je n'en ai aucune idée. Souffla Harold.
-Jouer les morts pour mieux attaquer Samaritain… Fit Root, fronçant les sourcils. Elle a une idée derrière la tête. Je dirais même qu'elle a peut être déjà élaboré un plan ?
-Ce serait fort possible Mlle Groves. Elle a sans doute réalisé plusieurs simulations pour trouver la bonne. Seulement nous ne l'avons pas encore trouvée.
-Il faudrait qu'elle nous le dise. Remarqua Shaw.
Trois paires d'yeux se tournèrent vers l'informaticien. Reese, Shaw et Root n'attendaient qu'une seule chose : que leur patron prenne la décision la plus importante et sans doute la plus grave de sa vie également. Finch s'assit, se passa une main sur le front puis il reprit contenance.
-Est-ce que tu m'entends ? Demanda t-il.
Une voix mécanique se fit entendre de tout le monde :
-« Oui ».
-Très bien. Est-ce qu'on peut parler ?
-« Oui Admin ».
Root pinça les lèvres. La machine semblait s'adresser plus facilement à Finch. En ce moment lorsqu'elle voulait lui parler, souvent la machine ne lui répondait pas. Sans doute pour ne pas attirer l'attention de Samaritain si elle apparaissait trop longtemps. Mais aujourd'hui elle semblait d'humeur à parler. Peut être que la machine avait une bonne raison d'accepter le dialogue ? Ou avait-elle changé d'opinion ?
-Que veux-tu ? Questionna l'informaticien.
-« Vous aider ».
-Comment ?
-« Avec ma liberté ».
Finch se hérissa. Les trois autres amis qui suivaient la conversation comprenaient les réticences de leur patron, cependant ils avaient conscience que la Machine pouvait leur être d'une aide très utile. Finch ferma les yeux. La voix de la machine lui parla à voix basse rien qu'à lui. Doucement Finch se remémora tous les succès des missions. Chaque nom des personnes sauvées fut dicté par la machine. Des échos d'enregistrement avec plusieurs voix des numéros se firent entendre :
-"Je ne sais pas qui était cet homme en costume mais il m'a sauvé la vie…. J'ai eu beaucoup de chance grâce à cet homme… Merci de m'avoir sauvé la vie… Dites à votre patron qu'il est un homme bien…Comment puis-je vous être utile ? … Vous êtes un homme de principe qui lutte pour le bien…Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi intelligent que vous… »
Finch refoula un sanglot alors qu'il continuait à écouter sa création. Root comprenait au vu des traits de son patron que sa grande amie avait entamé un dialogue personnel. Elle se demandait bien ce qu'elle pouvait lui dire. Reese surveillait les expressions de Finch, sur le qui-vive. Shaw avait croisé les bras et attendait. Finch rouvrit les yeux, un peu rougis. Il écoutait les derniers exploits de Samaritain et cela l'énerva et le rendit triste.
-« La criminalité a augmenté de vingt-cinq pour cents en Amérique ces derniers temps. Les services de police sont presque tous corrompus. Les urgences sont débordées, les violences envers le personnel hospitalier deviennent de plus en plus importantes. La consommation de drogue a fait un bond de quarante pour cents en deux jours, entraînant des dépendances chez les jeunes et chez les adultes. Les citoyens sont piratés, leurs comptes bancaires sont épluchés, volés. Cela a entraîné une hausse de la méfiance et de la paranoïa. Certains se sont équipés mais d'autres se sont donnés la mort lorsqu'ils ont compris qu'ils ne contrôlaient plus rien. Beaucoup ont eu un geste malheureux parce qu'ils avaient tout perdu : argent, boulot, famille. »
-Comment cela a-t-il pu arriver … Marmonna Finch d'une voix éraillée.
-« Samaritain a pris le pouvoir maintenant. Il a accès à presque tous les services, à toute la surveillance mondiale ».
Finch secoua la tête, comme en désaccord avec ce qui se passait en ce moment dans le monde.
-J'ai si longtemps suivi les règles.
Tout le monde pu entendre à nouveau la machine.
-« Oui. Et j'ai toujours suivi vos règles Admin ».
-J'ai vécu si longtemps selon ces règles. J'y ai si longtemps cru. J'ai cru que si tu suivais les règles, tu gagnerais au final.
L'ambiance avait changé dans ce chalet. Reese, Root et Shaw avaient conscience que Finch parlait avec le cœur. Un cœur lourd, chargé de regrets et d'émotions. Sa voix n'était pas assurée. Ses mains tremblaient. Sa respiration semblait compliquée. Mais il parlait. Et ils pouvaient entendre les réponses de l'intelligence Artificielle. Ils avaient l'impression de violer l'intimité de Finch mais ils n'avaient pas le choix. Personne n'avait le choix s'ils voulaient avancer ensemble.
-Mais j'avais tort n'est-ce pas ?
-« Vous ne saviez pas que la prochaine intelligence artificielle serait un système ouvert ».
Finch soupira.
-Tout les gens qui comptaient sont morts .Ou le seront bientôt. Et nous disparaitrons, ni vu, ni connu.
Reese se redressa à ces dernières paroles. Il voulu avancer vers lui, pour lui rappeler quelque chose mais la machine le coupa dans son élan :
-« Non. Vous avez encore vos amis ».
-Oui. Mais d'autres sont morts. Comme Nathan, Joss, Elias et d'autres encore….Finch ravala sa salive. Cela lui faisait mal de dire les prénoms de ces personnes qui avaient été victimes de l'ère numérique.
-« Ils vivent à travers moi ».
-Peut être mais ils ne sont plus là. Rétorqua Finch, ému. Root qui était la plus proche, posa une main sur le bras de Finch, les larmes aux yeux. Finch repris sa respiration et réfléchit.
-Je dois me décider. Décider si nous devons tous mourir parce que je veux suivre mes règles ou….
Shaw s'assit sur la bordure de la fenêtre. Reese attendait, se demandant ce que son ami allait dire.
-Je dois la tuer.
Cette affirmation glaça le sang des trois autres.
-« C'est la seule option ».
-Et tu vas nous aider. Clama Finch, sûr de lui.
Root avait reculé face à cette lueur de colère qu'elle pouvait lire dans les yeux, ordinairement si calmes de son patron. Là elle voyait un autre homme, elle ne lui connaissait pas cette facette. Reese était pétrifié sur place. Depuis quand Finch était-il capable de prendre une décision aussi radicale ? Il ne l'avait ordonné qu'une seule fois pour Grace, mais ce qui était différent aujourd'hui, c'est qu'il voulait tuer lui-même. Cette détermination, il ne la connaissait pas. Reese avait encore beaucoup à découvrir sur cet homme qui l'avait sauvé et embauché quelques années plus tôt. Shaw, en apparence était neutre. Mais intérieurement, elle commençait à sentir une pointe de joie. Parce que Finch changeait enfin et se décidait. Elle aimait ce qu'elle voyait.
-Je te redonne ta liberté. Fit Finch. Et tu nous aides.
-« Je n'abandonne pas une équipe. »
-Nous devons mettre Samaritain à terre.
-« Oui. ».
-Et je veux que tu fasses autre chose. Ordonna Finch, devenu glacial.
-« Je sais ce que vous voulez ».
Finch fronça les sourcils. Puis la machine reprit :
-« Tous ceux qui travaillent pour moi, ont tous les privilèges ».
Un bip sonore se fit entendre et :
-« Admin et Assets : droits d'accès totaux ».
-Harry … Souffla la hackeuse, dont quelques larmes coulaient sur ses joues.
-Vous venez de nous donner du pouvoir ? Demanda Shaw, qui était un peu perdue.
-Oui. Répondit Finch. Désormais si nous avons besoin d'aide, elle devra nous la donner.
-Le système est ouvert. C'est comme lors de la réinitialisation ? Questionna John.
Finch leva les yeux vers son agent et affirma d'une voix calme et posée :
-Oui. Mais avec beaucoup plus de privilèges.
-Oh mon dieu… Souffla la hackeuse. Harry … vous êtes très … courageux.
-Nous verrons cela lorsque nous aurons tué Samaritain. Ne nous réjouissons pas avant d'avoir obtenu la peau de l'ours.
A suivre...
