Bonsoir ! Qui dit jeudi soir dit nouveau chapitre !

Je remercie Jade181184 (Triste ... en effet mais il pourrait y avoir pire ?), Isatis2013 (Que dire ? Beaucoup de choses se produisent!), Paige0703 ( Merci pour ton gentil commentaire et ravie que tu apprécies ma version, mais l'aimeras-tu toujours à la fin ? hihi) et MF79 (Merci ! J'essaye de rester dans les caractères des personnages malgré le monde à gérer !).

Je remercie chaleureusement Isatis2013 pour sa correction et j'envoie plein de cœurs !

J'espère que ce chapitre vous plaira...


Chapitre 6 : Haïssable

Greer soupira. Cela faisait deux jours que ses opérateurs tentaient de retrouver la moindre trace des agents de la Machine. Passant des caméras de sécurité, à la reconnaissance faciale, aux probables voitures volées, aux activités suspectes, ils n'avaient rien trouvé. Les agents sur le terrain à San José n'avaient rien trouvé. Greer en venait à se demander s'ils n'étaient pas réellement morts. Mais les paroles de Gabriel lui revenaient sans cesse en mémoire. Intérieurement, il était persuadé qu'ils avaient pu s'en sortir suite à cet incident sur les routes. Samaritain avait calculé la probabilité de décès d'une telle chute. Le résultat avait été sans appel : selon la trajectoire de la voiture, la vitesse de celle-ci, il n'y avait eu aucune chance que cela soit mortel pour qui que ce soit. Bien sûr, Greer s'était douté que la Machine les avait aidé à obtenir les bonnes conditions afin d'éviter de tuer ses agents.

Là était le problème. Si la Machine les avait aidé à s'en sortir, pourquoi seraient-ils morts sur la route, d'une stupide explosion parce que le moteur avait trop chauffé ? Gabriel avait peut être vu juste. Finch et ses amis étaient sûrement en vie quelque part. Mais pourquoi Samaritain était-il incapable de les retrouver ? Peut être parce que la Machine brouillait les pistes et les dissimulait une nouvelle fois sous d'autres identités. Greer fit la moue et effectua quelques pas dans la grande salle. Le cliquetis des touches des claviers résonnait, des murmures, des soupirs remplissaient cet endroit. Greer surveillait les opérations de plus près, craignant la prise de revanche de la part de la Machine. Samaritain n'avait pas trouvé un quelconque plan possible. Cependant il avait établi des scénarii. Beaucoup. Il n'y avait pas loin de 5287 possibilités. Sur 83 pour cent des scénarios, l'équipe de la machine échouait. De diverses manières : soit elle se faisait prendre par manque de discrétion, soit elle se faisait tuer par les agents de Samaritain. Mais ce qui faisait tiquer Greer était les 17 pour cent restants. La Machine avait donc une chance de s'en sortir, presque une chance sur cinq.

Ayant connaissance de cette information, l'intelligence artificielle avait placé quatre gardes du corps pour Greer et Gabriel, estimant qu'ils étaient en danger. Si Greer trouvait cela envahissant il n'avait pas d'autre choix que de devoir accepter cette protection supplémentaire, au risque de contrarier Gabriel et également Samaritain. Il consulta sa montre pour constater qu'il n'était pas loin de 21h. Il en avait assez fait pour aujourd'hui. Il montra son dos à l'écran géant et quitta la salle sans un regard ni un mot pour les nombreux opérateurs qui travaillaient d'arrache pied. Il prit ses affaires et quitta la base d'opération, suivi des quatres agents. Deux devant lui et deux derrière. Les agents avaient calqués leurs pas sur ceux de Greer, créant une mélodie assez étrange dans cette atmosphère lourde. Greer monta dans le SUV et se fit conduire, quittant la base militaire de Fort Meade. Durant la petite heure de route, il se concentra sur le paysage de la nuit. La lune brillait dans le ciel dégagé de la fin du mois d'octobre. Il admirait les champs qui s'étalaient à perte de vue. Il soupira de nouveau lorsqu'ils furent arrivés à destination, à sa résidence secondaire hautement sécurisée. Il y avait des systèmes de sécurité, quelques agents qui patrouillaient aux alentours. Les lourdes portes de fer s'ouvrirent et la voiture entra dans la propriété privée pour s'arrêter devant la grande porte d'entrée.

Greer descendit du véhicule et salua brièvement les hommes. Il sortit son trousseau et entra. Il se sentit mieux une fois à l'intérieur, où il n'y avait aucun agent. Il se sentait libre, pas oppressé et forcé de supporter une présence qu'il n'avait pas désirée. Il accrocha sa veste, passa par la cuisine pour boire un verre d'eau fraîche sans allumer les lumières. Il connaissait les pièces par cœur, l'emplacement précis de chaque meuble et n'avait pas besoin d'éclairer pour se guider. Il se dirigea ensuite au fond du couloir pour se rendre dans la chambre, devant la penderie, éclairée par les lueurs de la lune qui traversaient la baie vitrée, clarifiant une seule partie de la pièce sombre. Alors qu'il sélectionnait son costume pour la prochaine journée, il fronça les sourcils en se sentant vaguement épié dans ses gestes. Une voix confirma :

-Il est toujours difficile de choisir.

Greer se tendit mais un mince sourire se dessina sur ses lèvres. Il se retourna vers l'angle de la pièce, derrière lui. Un cliqueti d'interrupteur se fit entendre et la lampe de chevet éclaira cette partie. Sur le fauteuil de velours qui ornait la pièce, était assis l'homme qu'il traquait.

-Harold Finch. Affirma Greer.

-Mr Greer. Fit froidement l'informaticien, nullement perturbé par le sourire de son ennemi.

-Vous avez décidé de me traquer.

-Peut être.

-Je suis impressionné que vous soyez seul.

-Qui vous-dit que je le suis ? Demanda Finch avec un mauvais sourire en coin.

-Si vous étiez accompagné, mes agents les auraient repérés. Répondit Greer.

-En êtes-vous sûr ? Finch croisa ses jambes, posant ses mains sur les accoudoirs.

-Pourquoi je ne le serais pas ?

-D'après vous, comment aurai-je passé votre sécurité ?

-Vous êtes le père de la Machine. Vous savez trouver des failles dans les systèmes. Il n'existe aucun système sans faille.

Finch resta silencieux. Ce silence étonna grandement Greer, qui le savait pourtant de nature bavarde. Greer s'approcha mais s'arrêta aussitôt lorsque Finch lui ordonna :

-Ne bougez pas.

Un point lumineux sur la chemise blanche de Greer apparu. L'homme baissa la tête et la releva aussitôt dans une lueur de défi.

-Qu'est ce qui va se passer sinon ?

-Un de mes agents vous tuera.

Greer laissa échapper un rire.

-Me tuer ? Devant vous ?

-Pourquoi pas ?

-Une seule balle et tous mes agents vous tueront.

-Ils peuvent essayer. Affirma Harold, en changeant la position de ses jambes croisées et en se calant mieux dans le fauteuil, gardant un contact visuel puissant avec l'autre homme. Vous pouvez dire ce que vous voulez. Tous les mouchards sont grillés. Finch montra un petit boitier à l'apparence simple mais Greer le reconnu. C'était un simple brouilleur mais qui était capable de détecter tous les mouchards possible à 1 kilomètre de la ronde. Et si l'appareil avait été modifié, il était capable de tuer tous ces micros et de couper toutes les communications. Samaritain ne peut pas vous entendre. Vos hommes non plus. Le téléphone ne peut pas sonner. Rien ne fonctionne. Finch reposa le boitier sur la table de nuit.

-Samaritain va trouver cela suspect si cette zone est brouillée. Remarqua Greer.

-Non. Car vous n'avez rien autour de vous. Aucune habitation, aucune entreprise. Et vous avez à peine du réseau ici. Il est plus facile de croire à une panne de réseau qu'à autre chose. Exposa Finch.

-Alors si la communication est rompue, vous ne communiquez pas avec vos agents.

-C'est là que vous vous trompez.

-Vraiment ?

-Vous voulez une preuve ?

-Je demande à voir.

Un silence inconfortable s'installa. Puis Finch ordonna :

-Trois.

Greer fronça les sourcils devant cette très incongrue demande. Puis il capta un faisceau traversant la pièce et un point lumineux s'afficha au dessus de la tête de Finch, sur le mur. Deux autres faisceaux apparurent, totalisant trois points. Progressivement les trois points bougèrent et vinrent se localiser une fois de plus sur la chemise de Greer. Le vieil homme leva les mains et recula un peu plus.

-Cela vous suffit ? Demanda Finch amèrement.

-Comment pouvez-vous communiquer avec eux ?

-Vous l'avez dit : j'ai inventé la Machine. J'ai plus d'un tour.

Greer resta debout, n'ayant aucun moyen de s'asseoir. Il aurait pu prendre place sur le bord du lit, mais s'il le faisait, il franchissait la ligne de défense de Finch et risquait de se faire descendre. Honnêtement, il se fichait de mourir, il était prêt à se sacrifier, mais il avait encore beaucoup à apprendre du père de l'intelligence artificielle. Alors pour cela, il devait rester en vie.

-Que faites-vous là ? Questionna finalement Greer.

-Nous y voilà enfin. Fit Harold en relevant encore plus la tête, méprisant.

Greer haussa un sourcil.

-Parlons de Samaritain.

-Que voulez-vous savoir ?

-Rien.

Cette réponse déstabilisa légèrement Greer mais il ne laissa rien apparaître.

-Disons plutôt : Que ne savez-vous pas de Samaritain ? Demanda Finch.

-Je sais tout de lui. Fit Greer.

-Si vous saviez tout, où est donc passé votre culpabilité ?

Finch se leva lentement, ouvrit le tiroir de la table de chevet pour en sortir un dossier en papier. Il s'avança de quelques pas vers Greer et tendit le dossier. L'autre homme le prit avec méfiance et l'ouvrit alors que Finch reprenait sa place dans le fauteuil. Greer se retrouva face à de nombreux rapports accompagnés de photos. Il recula et posa le tout sur la commode de la chambre, afin de mieux voir les différents rapports et la signification de ces images, montrant son dos à Finch. Harold soupira distraitement et tenta de se détendre un peu. Il était agacé et remonté contre cet homme qui ne semblait avoir aucun cœur derrière sa carapace d'homme d'affaires. Il avait bien tenté à plusieurs reprises de jouer avec la corde sensible de Greer mais cela s'était soldé par des échecs. Cet homme devant lui n'avait donc aucune honte de ce qu'il avait fait. Il avait mis une IA malveillante en ligne, sans tenir comptes des conséquences. A cause de lui, beaucoup avaient souffert. Tout d'abord lui et ses amis, puisqu'ils avaient du prendre la fuite et vivre sous de nouvelles identités, de professeur, de policier, de vendeuse de magasin ou encore d'autres. A cause de cet homme égoïste, Finch avait été séparé de ses amis, de ceux qui l'aidaient à garder la tête hors de l'eau. Ils n'étaient pas les seuls. Certains numéros et connaissances avaient subis le pouvoir de Samaritain. Dominique et Elias avaient été froidement tués par Samaritain. Finch ferma les yeux à l'évocation du souvenir de la mort subite d'Elias, mort à laquelle il avait assisté, impuissant.

Il rouvrit les yeux et se reprit. Greer n'avait rien remarqué de son moment de faiblesse et cela valait mieux. Il espérait que cet homme prenne enfin conscience de sa bêtise. Il entendit quelques chuchotements étouffés dans son oreillette et cela le rassura de savoir que ses amis étaient cachés à l'extérieur, veillant sur lui. Il n'était pas seul pour affronter cette situation.

-Que dois-je faire avec ces informations ? Demanda finalement Greer après un instant.

-A votre avis ?

Greer fit la moue et tenta :

-Vous tentez de me convaincre que Samaritain provoque la misère ?

-Vous supposez bien.

-Et en quoi cela est censé me concerner ?

Finch écarquilla les yeux d'effroi.

-Vous n'avez jamais eu personne. Trancha Finch.

-Quel rapport ?

-Vous ne savez pas ce que c'est. Finch se leva et se rapprocha de Greer. Si seulement il avait été plus grand de quelques centimètres, il aurait pu dominer cet homme qu'il détestait. Vous ne savez pas ce que c'est de vous inquiéter. Vous ne savez pas ce que c'est d'aimer des gens. Vous ne savez pas ce que c'est de perdre des personnes qui comptent à vos yeux. Vous ne savez rien de tout ça.

-Etonnant venant d'un homme comme vous.

-Plaît-il ?

-Vous ne vous exprimez jamais. On dirait que vous n'avez pas de sentiment.

-Est-ce votre observation ?

-Oui et celle de Samaritain. Affirma Greer.

-Voilà la différence entre Samaritain et la Machine. Samaritain est incapable de détecter les sentiments.

-Parce que la machine sait le faire ?

-Oh que oui. Clama Finch, avec fierté. Vous n'avez pas été capable de lui inculper ces choses. Insignifiantes à votre égard mais pas au reste du monde.

-Hum. La machine a déjà tué.

-Seulement pour les menaces pertinentes. Elle n'a jamais tué un quelconque innocent.

-Et ce fameux docteur ? Celui retrouvé mort sur une chaise en plein hiver, avec un verre vide à terre ?

-La machine n'y était pour rien car elle avait été attaqué. Affirma Finch.

-Si vous le dites.

-Mais Samaritain tue des innocents. Le dossier que je vous ai donné ne contient que 0.82 pour cent des victimes de Samaritain.

-Et vous pensez que je ne le savais pas ? Fit Greer, imperturbable.

Finch plissa des yeux et leva le menton.

-Vous n'avez donc aucun regret.

-Non. Nous devons passer par la violence pour établir un monde meilleur.

-Parce que vous croyez que Samaritain en est capable ?

-J'ai confiance.

-Vous ne pouvez pas faire confiance à un système ouvert.

-Quelle ironie. Votre machine est ouverte maintenant et c'est vous qui me dites cela ?

-Oui. Parce que contrairement à vous, j'ai écrit chaque ligne de code. Je sais comment elle fonctionne. Je sais qu'elle est fidèle à son créateur. Alors que vous n'avez même pas prit la peine de vérifier le code provenant des disques durs de Arthur Claypool quand vous les avez eus. Vous avez préféré donner ce code et le faire soi-disant améliorer par des ingénieurs pas suffisamment expérimentés. Des ingénieurs qui n'ont pas conscience des limites, des lois et de certaines règles pour qu'une intelligence artificielle puisse vivre avec des humains comme nous.

La tirade de Finch n'impressionna pas Greer, qui n'avait nullement bronché face à cet éclat. Un coup de feu se fit entendre dehors. Greer tourna la tête quelques secondes, alors que Finch, averti par ses amis, ne bougea pas. Mais il profita de l'inattention de Greer pour le pousser et le faire tomber. Des cris se firent entendre dehors, suivit d'une rafale de tirs qui tomba comme une averse. Greer, assis à terre, leva la tête vers l'informaticien qui s'était encore rapproché de lui, le dominant à présent de par sa taille. Le vieil homme remarqua les poings serrés de Finch, ses lèvres tremblantes et son regard changé.

-Vous êtes incapable de comprendre le mal que vous avez fait. Reprit Finch. Vous n'êtes pas en mesure de gérer Samaritain. A cause de vous, cette intelligence artificielle que vous croyez conciliante, tue des personnes qui n'avaient rien demandé, qui n'avaient rien fait. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut être parce qu'elle est incapable de faire la différence entre un comportement violent et un comportement normal.

Greer garda le silence.

-Vous n'avez donc plus rien à dire pour votre défense ?

Le vieux fit signe que non.

-Vous êtes un lâche si vous n'avez rien à dire. Surtout si vous ne faites pas d'excuse. A cause de vous, voyez ce que nous sommes obligés de faire ?

-Et que devez vous faire ? Sourit Greer.

-Tuer Samaritain.

-Je me demande bien comment. Sans doute avec le virus Ice-9 ? Dans ce cas, vous allez détruire votre Machine.

-Sauf que c'est elle qui le veut Mr Greer. Et qui vous dit qu'elle n'a tout préparé pour sa survie ? Rajouta Harold, sûr de lui.

-Je serais curieux de voir cela.

Finch déglutit. Il entendit la machine lui rappeler les défauts de Samaritain et tous les ordres que Greer avait donné aux agents de terrain. Tous ces ordres qui avaient coûté la vie de beaucoup. Des ordres donnés sans la moindre incertitude, sans une once de crainte. Finch en était convaincu maintenant, il avait devant lui le diable en personne. Greer ne semblait rien prendre au sérieux, pour lui la vie était un jeu, tout comme le fait de mettre Samaritain en ligne. Le monde entier était une partie d'échec géante. Harold Finch n'aimait pas les échecs. Et pourtant il se retrouvait ici, face à une pièce de cette table. Face à une de ses pièces maîtresse. Comment avancer si cette pièce restait ? Comment avancer si Greer continuait à ignorer, ou plutôt, à passer outre la violence causée par Samaritain ?

-Je crains que vous ne le puissiez pas. Affirma Finch, d'une voix sûre.

Greer, suspicieux, fronça les sourcils et laissa place à l'inquiétude.

-Pourquoi ? Vous allez me tuer ?

-Vous m'en croyez incapable ?

Greer réfléchit. Finch pendant ce temps là eu un retour de ses amis. Lorsqu'il comprit que l'un d'entre eux avait été blessé par les agents de Greer, sa colère intérieure s'intensifia soudainement et sa mâchoire trembla.

-Vous pouvez tuer des machines mais des personnes humaines, je me pose encore la question. Répondit Greer.

Le regard de Finch était désormais d'un froid glacial. Sa respiration venait de passer à un cran supérieur,
ce qui n'échappa pas à l'autre homme.

-Vous semblez avoir un problème Mr Finch.

-Certainement pas. Trancha-t-il. Il prit une bonne inspiration. Il y a longtemps que je suis mes propres règles. Tout comme la Machine. Je lui ai donné sa liberté car j'étais contraint. A cause de vous. A cause de Samaritain. A cause de mes inquiétudes sur l'avenir des citoyens du monde entier. Alors j'ai brisé mes propres règles pour libérer la Machine. Je n'apprécie pas d'être forcé Mr Greer.

-En quoi votre décision me regarde ?

-Vous en êtes responsable en grande partie. De par vos mauvaises décisions, je suis obligé d'en prendre des plus radicales à présent.

Greer sentit un changement brusque, comme si son instinct l'avertissait de quelque chose. Finch se pencha vers lui et l'attrapa par la cravate de mauvaise qualité. Il tira dessus pour l'obliger à se lever.

-Depuis quand êtes vous un dominant Mr Finch ?

-Depuis toujours en fait Mr Greer. Seulement je n'en montre rien. Sauf si certaines conditions ou certaines situations m'y contraignent. LorsqueGreer fut debout. Finch le regarda dans les yeux, longuement. Puis d'une voix froide il prononça :

-Jusque là, personne ne m'avait énervé. Personne.

-Il faut une première fois à tout. Se moqua Greer.

-Pas avec moi. Vous ne savez pas qui je suis.

Greer cessa de rire et le fixa de nouveau. La lumière de la lampe de chevet s'éteignit soudainement. La voix de Finch se fit de nouveau entendre.

-Tuez-le.

Greer écarquilla violemment les yeux. La fenêtre de la chambre se brisa en un endroit précis. Le sifflement de la balle se fit entendre et atteignit Greer en plein cœur. Une giclée de sang se propagea dans la chambre, repeignant le mur blanc de quelques points rouges, tâchant le parquet massif. Le vieil homme s'étrangla, portant une main à sa poitrine. D'une autre main, il s'agrippa à l'informaticien. Finch se raidit et voulu se dégager en sentant la main de son ennemi proche de sa nuque. Il repoussa Greer d'un geste du bras, mais celui-ci trouva un dernier élan de force et s'agrippa fortement, ce qui arracha un gémissement à Finch. Heureusement cela ne dura pas, Greer perdait vie et s'écroula lamentablement sur le sol. Finch se laissa retomber sur le matelas du lit derrière lui, contemplant le corps inanimé de Greer.

-Pour Elias et tant d'autres connaissances. Soupira-t-il. Il remua doucement sa tête, puis se leva et se dirigea d'un pas mécanique dans le couloir, allant vers la cuisine. Il suivi les ordres de la Machine puis, prit la direction de la sortie. La main sur la poignée, il reçu la bénédiction de ses amis et l'ouvrit. Il du passer par-dessus les corps des agents de sécurité, dont certains étaient morts et d'autres gémissaient de douleur. Il regarda autour de lui puis se retourna pour admirer l'architecture de la maison une dernière fois. Puis il se dirigea vers les arbres et rejoignit ses amis qui l'attendaient. Il prit volontiers la serviette éponge que John lui tendait et essuya les traces de sang sur son visage.

-Qui est blessé ? Demanda-t-il à John.

-Root. Une balle a failli la toucher à l'épaule mais elle va bien. Affirma John, en prenant le bras de Finch pour l'aider à avancer parmi les brindilles de bois qui jonchaient le sol. Harold, vous allez bien ?

-Ca va.

-J'ai entendu quelque chose.

-Greer a essayé de me toucher, mais je l'en ai empêché, n'ayez crainte John.

-Vous êtes blême. Murmura John.

-Mr Reese. Ce n'est pas une partie de plaisir de devoir … assister à ce genre de chose.

John fit la moue, Finch le remarqua malgré la nuit avancée et l'obscurité. Ils rejoignirent les deux filles qui s'étaient retirées à l'écart lorsqu'elles avaient fini de mettre tous les agents de Samaritain hors service. Sameen plaçait un pansement sur l'épaule de sa petite amie.

-Harry. Souffla la hackeuse. Je suis fière de vous.

-Je suis très impressionnée Finch. Accorda Shaw.

-Votre discours m'a fait froid dans le dos. Remarqua Root. Vous êtes très surprenant…

-Nous n'avions pas le choix Mlle Groves. Nous devions couper la tête du serpent comme vous disiez. Fit Finch, un peu essoufflé, se remettant de son stress intense.

-Oui. Approuva-t-elle. Maintenant nous avons 12 heures avant que Samaritain ne se doute de quelque chose.

-Nous devons nous occuper de l'autre. Fit Root.

Finch lança un regard contrarié à la hackeuse. Ils allaient devoir tuer une autre personne, pour affaiblir Samaritain. Seulement en tuant Greer, Finch craignait de déclencher la colère chez cette IA malfaisante. Il aurait préféré attendre les conséquences de leur acte, mais il savait que le temps était précieux et que cela pourrait jouer en leur défaveur s'ils prenaient ce risque d'attendre.

-Nous devrions nous éloigner. Rappela Root. Nous n'avons plus que 2 minutes et 24 secondes.

-Allons-y. Ordonna Finch. Ils retournèrent à la voiture et se dépêchèrent de partir. Ils montèrent et filèrent sur les petites routes discrètes. Lorsque le décompte arriva à zéro, une énorme détonation retentie au loin. Une lueur orangée s'éleva. Tout le monde jeta un œil vers l'origine du bruit. Ils virent des flammes gigantesques s'élever au loin.

-Voilà une chose de faite. Fit Root.

Finch semblait impuissant, comme effaré par son geste. Mais intérieurement il savait qu'il n'avait pas eu le choix. Ils avaient dû s'assurer de leur coup. Pour retarder la réaction de Samaritain si jamais l'IA en venait à riposter.

-Nous devons atteindre notre prochaine destination. Fit Sameen, nerveuse, les mains crispées sur le volant.

-Il nous faut 2 heures pour y être. Après nous devons …

-Faire ce que la Machine estime qu'il y a de mieux à faire. Poursuivi John, qui gardait toutefois un œil sur Finch.

Root afficha un sourire nerveux.

-Il faut vraiment qu'on s'occupe de cette personne ? Murmura Finch.

-Oui. Croyez-moi, elle va vous glacer le sang. Affirma la hackeuse.

-Elle est dangereuse Finch. Nous devons faire quelque chose.

Finch déglutit puis tout le monde se redressa lorsque la Machine leur adressa la parole.

-Tu es sérieuse ? Questionna Root.

Oui ».

-Tu veux qu'on retourne là bas ?

-« Personne ne surveille ces lieux. »

-Tout de même. Tu sais que c'est risqué ?

-« Pas autant que d'autres lieux ».

-En es-tu certaine ? Questionna Finch perplexe.

Oui Harold. »

-Bien… Murmura celui-ci.

Au bout d'une heure de trajet, ils entrèrent dans la grande ville de New-York. Les rues étaient peu animées. Mais cela permettait à l'équipe d'avancer plus facilement dans les rues, au milieu des nombreux taxis jaunes qui circulaient encore en grand nombre. Quelques gens se promenaient, sans doute des insomniaques ou des travailleurs de nuit. Sameen suivit les instructions de la machine et se gara devant un hôtel à la devanture luxueuse.

-Que devons-nous faire ? Demanda Finch à sa création.

Root, Sameen, vous descendez ensemble ici. Faites-vous discrètes. John et Harold, l'un d'entre vous devra prendre le volant et emmener la voiture ailleurs ».

Les filles s'équipèrent, dissimulant quelques armes et descendirent sans faire trop de bruit. John prit le volant tandis qu'elles se dirigeaient vers l'hôtel.

-« 3 ème étage, chambre 38. »

-Sommes-nous en sécurité ?

-« Vous ne serez pas reconnue par Samaritain. I agents dans le couloir. »

-Que fait-il ici ? Marmonna Sameen.

Il est en réunion avec d'autres collaborateurs de Samaritain. »

-Quand est-ce que la réunion prend fin ?

-« Bientôt. »

-Comment ce gamin peut-il encore être debout à cette heure ? Cracha Sameen alors qu'elles franchissaient les grandes portes vitrées.

-« Vacances scolaires. » Répondit simplement la Machine.

Les filles montèrent par les escaliers et parvinrent à l'étage. Elles virent les hommes dans le couloir et se cachèrent.

La réunion est finie. Il va sortir dans 2 minutes. »

-Seul ?

-« Oui. Il a mit en place ce protocole afin que personne ne le suive et ne sache où il réside. »

-Malin mais ça va nous être utile ce protocole à la con. Ricana Shaw.

Root sourit. Deux minutes après, la porte de la salle s'ouvrit et un jeune adolescent d'une dizaine d'année en sortit. Root eut un mauvais regard. Gabriel était vêtu d'une simple tenue d'enfant venant d'une école privée : un pantalon de costume gris pâle sur mesure, il portait également un pull fin de couleur rouge, qui dissimulait un polo blanc dont le col était impeccablement repassé et il avait chaussé une paire de basket de ville qui restait dans les tons de sa tenue. Le petit homme marcha d'un pas décidé, accompagné de deux agents à ses côtés.

-T'es prête chérie ? Demanda Root.

-Toujours.

Elles s'écartèrent et attendirent. Lorsque les trois personnes tournèrent à l'intersection, elles bondirent sur les deux gardes, leur mettant un violent coup de crosse, ce qui les fit s'effondrer au sol. Gabriel, surpris, n'eut pas le temps d'hurler ou de prendre la fuite que Sameen posait sa main sur sa bouche pour l'empêcher de dire quoi que ce soit et le tirait. Root garda un œil aux alentours et elles entrèrent dans un local où étaient entreposés les produits de ménages et les chariots. Gabriel se débattait tant bien que mal. Cependant il n'avait pas autant de force qu'une adulte et Shaw n'eu aucune difficulté à le maîtriser. Root se tourna vers elle et plongea sa main dans la poche arrière du jean sombre de sa compagne.

-On va s'amuser mon petit. Fit Root, en dépliant le canif.

Gabriel s'agita nerveusement alors que Root lui remontait sa manche. Aussitôt elle planta la pointe du couteau dans la chair du jeune homme et trancha sur quelques centimètres sur la cicatrice blanche. Gabriel se tendit et mordit la main de la tueuse. Shaw étouffa un juron.

-Fais vite, il me mord cet abruti. S'énerva Shaw.

Root retira la puce de Samaritain du bras de Gabriel.

-Il y a encore autre chose à lui retirer ?

-« Non. Vous pouvez l'emmener ».

-Bien.

Root laissa tomber la puce et l'écrasa d'un violent coup de talon. Puis elle sortit une seringue de la poche de sa veste et sourit au gamin.

-Bonne nuit sale gosse.

Elle planta la seringue dans le bras de Gabriel et il cessa de se débattre après quelques secondes, endormi. Les filles examinèrent les étagères derrières elles. Root prit un chiffon et l'entoura sur le bras du garçon. Shaw prit une couverture et l'enveloppa dedans. Puis elle posa le gamin sur son épaule, Root veillant à ce qu'il ne tombe pas et quittèrent le local. Suivant les instructions de la Machine, elles descendirent au rez de chaussée, mais au lieu de sortir par la grande porte, elles prirent la porte du personnel. Elles reconnurent la voiture et placèrent le gamin dans le coffre, avant de monter à l'arrière.

-Tout s'est bien passé ? Demanda Finch.

-Oui Nickel, maintenant le lieu que la Machine nous a donné.

Reese approuva et alluma le moteur avant de reprendre la route. Trente minutes plus tard, John s'engageait dans une route qu'il connaissait si bien et se rendit au parking sous terrain, qui était mal éclairé, quelques néons ayant rendus l'âme depuis son dernier passage. Avec beaucoup de réticence, John, Harold et Sameen descendirent et inspectèrent les lieux délabrés.

-J'ai du mal à croire que nous serons en sécurité ici. Affirma Finch.

La hackeuse, qui venait de déposer Gabriel sur son épaule, se déhancha avec un petit sourire.

Vous serez avertis d'urgence s'ils vous retrouvent. En attendant restez ici. » Confirma la Machine.

-Bien. Fit Harold, peu convaincu.

Les quatre amis se dirigèrent vers le vieil escalier et montèrent. Finch poussa doucement la porte de service une fois arrivé au rez- de chaussé du grand bâtiment. Ils entrèrent un par un, évitant les nombreux livres poussiéreux qui jonchaient le sol.

-Nous revoilà à la première base. Roucoula Root, qui passa devant eux et gravit l'autre escalier menant à leur ancien repaire. Finch la suivit ainsi que le reste de l'équipe. Une fois parvenus à l'étage, ils ne purent que constater les dégâts provoqués par les forces de l'ordre qui avaient tout retourné. Le bureau central était brisé en deux, couché au sol, le tableau était tordu et la vitre était en mille miettes sur le sol. Les écrans d'ordinateurs étaient brisés, les câbles arrachés. Au milieu de tout cela, gisaient également des papiers, certaines photos d'anciens numéros, d'autres contenant des informations telles que des adresses, des comptes en banque. Finch s'avança, perturbé de ne pas reconnaître ces lieux autrefois rangés et bien entretenus. Il se tendit en voyant que le couloir menant aux rayonnages avait été saccagés : de nombreux livres étaient au sol, certaines pages avaient été arrachées, certaines étagères étaient jetées par-dessus le tout. Reese et Shaw découvraient comme Finch. Root était la seule à avoir déjà vu les lieux en état.

-Ils ne respectent pas la culture. Marmonna Finch, dépité.

Reese se baissa, attrapa un morceau de porcelaine et soupira en la reconnaissant. La tasse avec laquelle Finch buvait son thé vert. Finch la vit et ferma les yeux avant de secouer la tête. Il déglutit.

-Toute la bibliothèque est pareille. Fit la hackeuse, en déposant le jeune homme sur le siège de bureau poussiéreux. Elle lui retira sa couverture et l'attacha. Nous devons attendre une petite vingtaine de minutes avant qu'il ne se réveille. Vous pouvez faire un tour et récupérer des chaises.

-Pourquoi ? Demanda Finch.

-Je pense que nous avons tous quelque chose à lui dire ? Fit Root.

Les hommes et Sameen parcoururent la bibliothèque en tentant de dégager quelques livres de leur chemin et trouvèrent des chaises un peu partout. Ils ne purent que faire la triste remarque que cet endroit était totalement à l'abandon. Quelques petites vitres colorées qui ornaient autrefois les anciennes fenêtres étaient manquantes. Finch soupira bruyamment.

-Ca n'a plus rien à voir… Fit Reese.

-C'est d'une tristesse. Quel dommage un si bel endroit. Dit Sameen.

Ils revinrent dans l'ancienne pièce centrale et Reese repoussa tout ce qui gênait. Il installa les quatre chaises devant Gabriel, prenant soin de les dépoussiérer un peu. Finch remarqua que le bras du jeune homme saignait toujours et que quelques gouttes étaient tombées sur le vieux sol. Root s'aperçut de son désir de vouloir regarder la blessure de Gabriel de plus près mais elle s'interposa avant :

-Non Harry. Il n'a pas besoin de soin.

-Il n'en mérite aucun. Clama la tueuse. Et je sais de quoi je parle. Shaw banda sa pauvre main marquée par les dents de l'adolescent.

Finch se mordit la lèvre et prit place sur une chaise. Gabriel émit un son. Puis doucement il releva la tête et cligna des yeux plusieurs fois avant de s'habituer. S'il faisait encore nuit, les lumières de la ville et la lune éclairaient suffisamment la pièce dans laquelle il se trouvait. Cependant la lumière se fit et il put distinguer trois personnes qu'il reconnu : Sameen, L'interface analogique et Harold Finch.

-Vous voilà enfin. Furent ses premiers mots.

Il aperçut ensuite John prendre place sur la dernière chaise libre. Devant lui, Gabriel avait une belle brochette de personnes qui allaient sans doute s'en prendre à lui.

-Es-tu content de ce que tu as fais ? Questionna froidement la hackeuse.

-Absolument.

La réponse arracha un frisson à l'assemblée. Comment pouvait-on croire que Gabriel, seulement âgé de 10 ans pouvait parler comme un adulte ? Il n'avait rien d'un jeune innocent, il n'avait même sans doute pas eu le temps de connaître les joies des autres enfants : se faire des amis, jouer au football ou tout autre sport, courir partout, crier de joie, sourire.

-Vous pensez pouvoir détruire Samaritain alors ?

-Nous sommes sûrs d'y parvenir. Répondit la hackeuse. Le regard perçant que Gabriel lui lança, fit blêmir Finch. John s'agita sur son siège, nerveux. Ce gamin était pire qu'une menace.

-Vous êtes trop confiants. Vous êtes naïfs.

-En quoi le sommes-nous ? Demanda Finch.

Gabriel tourna la tête avec une lenteur calculée et regarda Finch dans les yeux.

-Je vous rencontre enfin en personne Mr Finch.

-Le plaisir n'est pas partagé. Ironisa Finch.

-Cela n'a aucune importance. Vous êtes naïfs dans la mesure où vous pensez que votre Machine est plus puissante que Samaritain.

-Et si elle l'était ? Grogna Root.

-Elle ne l'est pas.

-Comment pouvez-vous en être sûr ? Reprit Finch.

Gabriel sourit.

-Parce que je sais qui est son créateur.

Cette remarque troubla l'informaticien, qui fronça les sourcils.

-En quoi cela est-il censé me renseigner ? Demanda-t-il.

-La Machine est comme vous. Faible.

John se hérissa violemment. Gabriel poursuivit.

-Vous n'êtes pas quelqu'un de courageux. Vous n'avez même pas prit la responsabilité d'assumer que vous aviez créée la Machine. Vous avez choisi d'être lâche et faible en laissant votre ami prendre la parole et la présenter au gouvernement.

Root fusilla du regard le jeune effronté. Shaw mourrait d'envie de le tuer sur le champ. John quant à lui rageait. Finch était blessé par les propos du jeune homme mais n'en montra rien. Au contraire, il pensa que Gabriel méritait qu'on lui rappelle certaines règles. Il se leva de sa chaise puis s'approcha doucement de Gabriel, sachant qu'il ne craignait pas grand-chose puisque celui-ci était ligoté. Puis il se pencha et ancra son regard dans le sien, à quelques centimètres de son visage.

-Jeune homme. Vous n'avez pas votre place dans un monde d'adulte. Votre place se trouve parmi d'autres jeunes de votre âge.

Finch serra les dents en captant des propos de la Machine, que tous les membres entendaient.

-Comment avez-vous pu être l'interface de Samaritain ?

-Il m'a choisit. Affirma-t-il.

-Il a préféré choisir un jeune homme, un jeune génie et hackeur.

-Vous êtes pareil.

-La différence entre vous et moi, Gabriel, c'est qu'il vous manque l'expérience de la vie. Vous n'avez pas suffisamment de recul pour comprendre les conséquences de vos gestes et de vos ordres. Gabriel haussa un sourcil, semblant amusé. Chaque ordre que vous donnez à Samaritain à des conséquences.

-Comme la mort de nombreuses personnes ? Les accidents ? Les attentats ? Ce n'est rien. Fit Gabriel.

Finch sentit un frisson désagréable traverser tout son corps.

-Parce que vous ne savez pas ce que c'est d'éprouver des remords. Vous ne savez pas ce que c'est de perdre des amis. Vous n'avez pas la notion du deuil.

-C'est là que vous vous trompez.

-Eh bien jeune homme dans ce cas, je vous prie de m'expliquer.

-Je devrais plutôt m'expliquer avec vous et Mr Reese.

Reese se raidit lorsque Gabriel prononça son nom mais cela l'interpella. Qu'avait-il à voir avec lui ?

-Mr Reese, vous n'avez pas eu le courage d'empêcher mes parents de mourir.

-Vos parents ? Murmura Finch.

-Oui. Réfléchissez et vous trouverez bien. Si vous n'étiez pas intervenu, vous deux, ils seraient encore vivants aujourd'hui d'après Samaritain.

-La Machine dit que tu es orphelin. Cracha Root, qui n'aimait pas la tournure que prenait cette discussion.

-Elle a tort. Mes parents m'ont abandonnés à ma naissance. J'ai voyagé de foyer en foyer jusqu'à ce que Samaritain me trouve.

Finch se creusait les méninges.

-Une procureur cela vous parle Mr Finch ? Demanda froidement le jeune homme. Reese tourna vivement les yeux vers son patron. Finch releva la tête doucement mais John avait comprit de qui il s'agissait également. Finch croisa le regard de Reese pendant de longues secondes. C'était le seul cas où l'agent avait dû se résoudre à laisser faire le destin car tout était perdu d'avance. Finch se pencha de nouveau vers Gabriel.

-Avez-vous conscience que vos parents étaient en pleine guerre et que rien ne semblait les arrêter ?

-Si vous vous étiez tenus à l'écart, ils seraient vivants. Samaritain est formel là-dessus.

-La Machine dit que non. Trancha Finch, qui venait de l'entendre dans son oreille. Le regard de Gabriel s'assombrit et sans prévenir, il donna un violent coup de tête à l'informaticien. Finch hoqueta et hurla, tout en s'écroulant sur le sol. Reese s'emporta et fit basculer le jeune homme en arrière. La tête de Gabriel claqua contre le sol et il se mit à divaguer, sonné. Root atterrée par le geste de Gabriel, était clouée sur place. Sameen se leva et se précipita sur l'informaticien, à genoux et se tenant le nez des deux mains, grimaçant. Reese se plaça à ses côtés et lui retira ses lunettes avec douceur. Shaw attrapa la couverture qui avait servi à masquer Gabriel et en arracha un morceau.

-Finch, retirez vos mains. Ordonna-t-elle.

Harold grogna puis les retira alors que le sang coulait sur sa bouche, son menton et tombait au sol. Shaw pressa le morceau de chiffon contre le nez, ce qui fit bondir Finch, qui faillit rejeter la tête en arrière. Mais Reese avait anticipé et bloqua sa nuque d'un geste doux.

-Ne mettez pas la tête en arrière. Gronda Shaw.

Root se leva à son tour, triste de voir que Finch avait subi la mauvaise humeur du gamin. Puis elle se tourna vers Gabriel, qui allongé sur le sol, la regardait avec un sourire victorieux, alors que son front était tâché du sang de l'informaticien.

-Vive Samaritain. La Machine mourra et vous avec.

Root sentit une colère sourde monter dangereusement en elle. Elle se jeta sur lui et lui assena une droite. Gabriel poussa un cri de stupeur. Root plaça ses mains sur son cou et comprima lentement. Gabriel la regarda dans les yeux et malgré qu'elle était en train de l'étrangler, il souriait. Root entendait son patron masquer ses gémissements et cela ne fit qu'aggraver sa colère. Gabriel rajouta :

-C'est une grave erreur de vouloir me tuer.

-Tu crois franchement que ça m'importe ?! Hurla la hackeuse.

-Si vous me tuez, Samaritain vous retrouvera.

-Oh non certainement pas mon cher ! Cracha-t-elle. Elle serra de plus en plus et Gabriel commença à suffoquer.

-Mlle Groves … non … Fit la voix, cassée par la douleur, de Finch.

-Désolée Harry, mais cette fois-ci je ne peux pas vous obéir.

-« Que Gabriel vive ou non, cela ne changera pas votre mission. Elle sera seulement plus compliquée mais je vous aiderais ». Se manifesta la Machine.

-Adieu sale mioche. Fit solennellement Root avant d'achever son étranglement. Gabriel suffoqua de plus en plus et commença à tourner de l'œil, puis il cessa de vouloir se débattre et ferma les yeux, lâchant son dernier souffle. Root le relâcha et vérifia son pouls.

-Il est mort ? Questionna Shaw, qui tenait toujours le tissu pour éponger le sang.

-Bel et bien mort. Répondit Root entre les dents, en se relevant. Elle donna un coup de pied au siège où était ligoté Gabriel, puis elle se tourna vers ses amis.

-Arrêtez Mlle Shaw… Remua Finch, gêné. Sameen retira le tissu mais le sang coulait toujours, même si c'était beaucoup moins.

- Laissez-moi regarder si c'est cassé. Fit-elle. Elle posa ses doigts sur le nez de son patron et fit la moue. Va falloir remettre ça en place.

-Que…

Mais Finch n'eut pas le temps de protester que Shaw avait placé un autre morceau de couverture dans sa bouche. La tueuse, de ses deux mains, remit le nez en place assez sèchement. Finch mordit dans la couverture et se mit à tousser. Reese lui retira le tissu et Harold pu enfin respirer convenablement. Shaw l'examina d'un œil critique.

-Je vais essayer de trouver des stéri-trips. Reese tu l'emmènes pour qu'il puisse nettoyer tout ce sang ?

Finch lui lança un regard courroucé, n'ayant pas apprécié qu'elle ne lui demande pas la permission avant un tel geste. Il se remit sur ses jambes avec l'aide de John et se laissa guider vers la petite salle d'eau qu'il avait aménagée quelques années auparavant. John prit soin de repousser la porte, ouvrit le robinet, et mouilla le morceau de tissu qu'il avait arraché au passage. Finch s'était adossé contre le mur, clignant des yeux. John passa le tissu sur le visage de son patron. Finch sembla retrouver un peu ses esprits et posa sa main sur celle de John, lui faisant cesser tout mouvement.

-Je peux le faire Mr Reese.

John lui offrit un faible sourire puis le laissa faire. Le saignement avait cessé à la grande satisfaction de Finch qui pouvait enfin souffler. John rinça le tissu imbibé et le mouilla à nouveau. Finch retira tout le sang et soupira. Mais l'endroit où Gabriel l'avait frappé virait au bleu et cela le contraria un peu. John lui tendit ses lunettes et Finch les remit. Alors qu'il se détachait du mur, il vacilla et John le retient fermement. Finch hoqueta de surprise en sentant les bras de son agent sur lui mais il sentit un sentiment de bien être l'envelopper doucement. Cependant son dos le rappela immédiatement à l'ordre et il cacha sa tête contre la poitrine de John, masquant sa grimace mais ne retenant pas son gémissement.

-Finch? S'inquiéta John.

-Ne bougez pas… Supplia Finch.

John sentit au son de sa voix qu'il n'allait pas bien. Par réflexe et dicté par son cœur, il posa une main dans le dos de Finch et le frotta doucement. Il avait sentit son ami se raidir mais à présent il le sentait se détendre dans ses bras. Mais il avait le sentiment qu'il se faisait de plus en plus lourd et s'aperçut que Finch tentait se reposer son poids sur lui.

-Harold, depuis quand … Reese choisit prudemment ses mots. Depuis quand vos douleurs sont-elles aussi fortes ?

Il l'entendit ravaler sa salive et Finch se cramponna à lui. Reese s'attendait à ne pas avoir de réponse. Mais Finch leva son visage vers lui, dévoilant ses yeux qui reflétaient toute la douleur qu'il éprouvait.

-Depuis… notre … cascade. Dit Finch.

John resta muet devant sa réponse. Puis d'une main, il rapprocha la tête de Finch contre lui, caressant ses cheveux au passage et lui murmura :

-Je sais que ce n'est pas facile Finch. Mais je serais là pour vous soutenir. Alors vous pouvez me faire confiance.

-J'ai toujours eu confiance en vous Mr Reese…

Cette marque de confiance ravit l'ex-militaire. Mais la proximité soudaine avec son patron le gênait un peu. Il avait rêvé maintes fois de le tenir contre lui mais pas dans ces circonstances. Pas en pleine guerre contre Samaritain, pas avec un Finch souffrant, pas en sachant que les filles n'étaient pas très loin. Mais il se contentait de cette chance inouïe qu'il avait en ce moment même. Il pouvait sentir l'odeur des cheveux de Finch, l'odeur de son costume, malgré celle du sang frais. Il sentait le souffle chaud de Finch contre lui, ses mains qui s'accrochaient à sa chemise. Il sentait les battements de cœur de l'informaticien et cela lui faisait drôle. Ne résistant pas, il enfoui son nez dans les épis de l'informaticien, qui curieusement ne bougea pas, et pria pour que cette guerre numérique se termine rapidement. Il avait besoin de la paix, de retrouver son patron et surtout de lui avouer certaines choses…

A suivre...


Note de l'auteure : J'ai beaucoup hésité quant au sort de Gabriel. Nous n'avons pas souvent eu l'occasion de voir ce personnage et donc je dois supposer qu'il réagit comme tel face à une telle situation car nous n'avons pas assez d'infos sur lui.