Quelques jours plus tôt...
-Donc vous n'avez absolument rien à me dire?
-Absolument rien.
-Si vous êtes venue me voir c'est bien que quelque chose ne va pas.
-Je suis venue parce qu'on m'a forcée. Dés mon premier jour à Consortium, j'ai trouvé une enveloppe à mon réveil. La lettre stipulait qu'il était fortement "conseillé" que je vous rende visite.
-Ah je vois...Vu votre état cela n'est pas étonnant remarque.
-Je vous demande pardon?
-Ne le prenez pas mal miss Granger, mais vous n'avez que la peau sur les os. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que vous avez traversé un moment difficile.
Hermione avala sa salive. Ce psychologue aussi direct qu'honnête, était le premier à lui balancer les choses sans retenue. Elle se sentit observée, là sur ce divan en cuir ou mainte personnes s'étaient dévoilées sans difficulté. Elle vivait maintenant dans une maison magnifique, avec un homme aimant et leur enfant. Aussi cliché que ça pouvait paraître, il s'agissait de la recette du bonheur.
Seulement voilà, avant d'en arriver à un quotidien merveilleux, Hermione était passée par des périodes très sombres. Des souvenirs douloureux qui donnaient un goût amer à sa vie d'aujourd'hui. Un passé qui laissait trop de traces et qu'il était temps de laisser de coté.
En parler suffirait à la soulager. Crier au monde qu'elle avait souffert la libérerait. S'autoriser le droit de se sentir malchanceuse et victime l'aiderait.
Pourquoi n'y arrivait-elle pas ? Était ce le manque d'habitude? Peut-être était-ce le fait que , malgré sa volonté de l'ignorer, ce psychologue avait un effet non négligeable sur elle.
Dés qu'elle était rentrée et qu'elle avait vu son visage, son corps s'était raidi de frissons. Sans explication, sans prévenir, une boule agréable lui avait serré le ventre. La jeune femme s'était sentie perturbée. Depuis combien de temps n'avait-elle pas ressenti cette attirance pour un homme?
Il y avait Harry bien sûr. Mais la routine efface ce genre d'émotions et les remplace par des sentiments, certes moins perturbants, mais plus profonds, plus agréables. Était-elle en train d'essayer d'anéantir sa culpabilité?
"Allez, se dit-elle intérieurement, Harry lui aussi doit rougir devant des femmes de temps en temps".
-Miss Granger? Sur quelle planète êtes vous?
Elle releva la tête et croisa de nouveau son regard de cendres. Il glissa ses doigts le long de son cou massif. Combien mesurait-il ? 1 mètre 90? Peut-être plus...Cet homme là avait l'air d'un champion de Quidditch ou d'un dresseur de troll, pas d'un psychologue!
-J'étais dans les nuages.
Faisant mine d'être embarrassé, il ballada sa main dans sa chevelure châtain. Son coté sauvage lui allait si bien. Ses mimiques lui faisaient penser à une marque moldu nommée "L'oréal".
-Je vois sur mon parchemin que nous sommes censés discuter pendant 20 séances. Le temps va paraître long si vous restez aussi silencieuse. Je vais finir par faire installer un tourne-disque dans mon bureau.
Elle laissa échapper un sourire. Il faisait preuve de beaucoup de légèreté face à son mutisme. Cette attitude commençait à la mettre à l'aise.
-Ah enfin un sourire super!
-Vous avez un quota de sourires à remplir dans la journée c'est ça?
-Tout à fait, continua t-il dans l'humour, si je n'ai que des patients qui ne me laissent pas connaitre leurs soucis comme vous, ça ne va pas être facile ! Si j'avais un compteur de gens qui font la gueule, en revanche vous me seriez d'une grande aide!
-C'est en allant mal que je contribue à vous donner du travail non?
Ils échangèrent un regard complice.
-Ben vous voyez. Vous arrivez à répondre avec des longues phrases maintenant. Et vous avez avoué que quelque chose n'allait pas. C'est...
-C'est le premier pas dans la guérison. Tome 1 du guide de la psychanalyse des sorciers. Je sais.
Son coté Miss Je sais tout ne le surprit guère. Elle était jolie et sa manière de réagir cachait une intelligence et une connaissance rarissime.
-Vous pensez que tout ceci n'est que foutaises, n'est ce pas? Vous ne croyez pas en cette science?
-J'y crois comme je crois en tout savoir qui se respecte. Mais je pense que c'est insuffisant dans certaines situations. Il y a des horreurs que seul le temps peut effacer. J'ai besoin de temps. J'ai de quoi être heureuse ici, parfaitement heureuse. Mais il faut me laisser plus d'une journée vous ne croyez pas?
-Quelles horreurs? lui demanda t-il sentant qu'elle commençait enfin à s'ouvrir à lui.
-Excusez moi...
Hermione sentit que les larmes lui montaient aux yeux et elle se leva à toutes vitesses. Saisissant sa veste, elle se dirigea comme une furie vers la porte. Mais Le psy nommé Mael réagit assez vite pour l'empêcher de passer.
-Hermione, si vous vous mettez dans cet état c'est que vous avez besoin d'en parler.
-Je n'ai jamais demandé à parler à qui que ce soit, déclara t-elle en larmes. Laissez moi sortir.
-S'il vous plait. Calmez vous , retournez sur le divan et lâchez ce que vous avez sur le cœur.
Ce psy était gentil et incontestablement mignon, mais il fallait avouer que niveau argumentation il n'était pas très fort...Était-ce un débutant? Par politesse, la jeune femme finit par lui obéir et retourna s'allonger, décidée à se confier.
-Je ne sais même pas ce que je suis censée vous raconter.
-Etes vous heureuse miss Granger? La simple réponse à cette question vous mettra sur le bon chemin.
Sa voix chaleureuse incita Hermione à être honnête.
-C'est compliqué. Cette vie qui commence à Consortium semble si parfaite. Mon copain est adorable et notre enfant c'est...c'est tellement bien de pouvoir vivre enfin en paix tous les trois. Pourtant vous me demandez si je suis heureuse et je n'arrive même pas à vous dire que oui. Je...Je crois que c'est l'instabilité qui me dérange.
-L'instabilité ?
-Mon bonheur n'est jamais resté stable. Je veux dire, depuis longtemps...dés que tout semble s'arranger, un drame ou un événement plutôt triste se déroule.
-Ça a commencé quand?
-Quand j'avais 16 ans. Oui c'est ça 16 ans...
-Racontez moi.
-Vous allez mourir d'ennui et on risque de dépasser l'heure de la séance si je vous embête avec toutes mes histoires.
-Je m'en fous. Le patient qui suit est un fou qu'on ne pourra jamais guérir et qui me casse le pied.
De plus en plus surprenant ce psy! Voila que maintenant il ne respectait pas le secret médical. Hermione respira un grand coup afin de se lancer dans un récit interminable.
-Tout a commencé en sixième année. Mon meilleur ami avait perdu son parrain. C'était très difficile pour lui. C'était angoissant à quel point il se laissait dévorer par le chagrin. Il en devenait quelqu'un d'autre. Il est devenu plus...il s'est mis à beaucoup plus s'affirmer au point qu'il en devenait agressif, torturé parfois. Et...je suis tombée amoureuse de lui. Folle amoureuse. C'était tellement étrange de se mettre à désirer celui avec qui j'étais amie depuis l'enfance. Oui je sais ce que vous pensez, amourette adolescente pas bien grave.
Cependant ça a été dur de se sentir aimée et haie à la fois. Son comportement m'en a fait bavé, et pourtant il m'attirait de plus en plus. Comme si c'était ce coté instable, dangereux, sadique qui m'attirait en lui.
-Le premier amour marque à jamais. Ne vous sentez pas honteuse.
Maël semblait lui aussi perdu dans ses pensées. Ce témoignage le faisait-il retomber dans sa propre adolescence? Il était touché par cette sorcière qui confiait avec tant d'émotions sa première relation avec un garçon. Les psys ne sont peut-être pas si solides qu'ils laissent le paraître...
-Était-il violent avec vous?
-D'une certaine façon oui. Moralement violent. Physiquement une seule fois, il m'a brûlé le ventre sous l'emprise de la drogue.
-Outch...Cet amour était il réciproque?
-Oui, à la façon dont Harry me regardait (elle se décidait enfin à dire son prénom), j'avais l'impression d'être la seule chose au monde qui comptait. Nous nous sommes mis en couple. J'ai...J'ai perdu ma virginité dans ses bras. Mais il faisait énormément d'erreurs, de choses insensées. Il se mettait en danger sans arrêt. Il était capable de frapper contre un mur par colère jusqu'à se blesser. Il a même employé un sortilège impardonnable. Un jour il a tellement abusé d'herbe qu'il est tombé dans le coma. J'étais dévastée.
Hermione avala sa salive, les mots étaient de plus en plus difficile à prononcer.
-Je suis restée plusieurs mois à son chevet, à attendre qu'il se réveille. En attendant Poudlard, vous savez l'école de magie britannique, s'est faite capturée par des mangemorts. La sœur de mon autre meilleur ami n'a pas survécu. Toute communication avec l'extérieur était coupée, on ne pouvait même pas avertir sa famille. Et encore je vous épargne la moitié des problèmes qui sont apparus...
La sorcière laissa échapper un sanglot.
-Que s'est-il passé ensuite?
-Il a sauvé Poudard. J'ai été assassinée mais il a pu remonter dans le temps.
-Alors tout s'est arrangé non?
-Non...Je suis à mon tour tombée inconsciente à cause d'un objet prisé par la magie noire, et...il a du partir.
-Il a du ou il a choisi?
-Harry l'a choisi parce que ma survie en dépendait, mais je ne le savais pas, je croyais tout le contraire, du moins j'essayais. Il avait demandé à Ron notre meilleur ami de me faire croire qu'il n'avait éprouvé aucune tristesse à l'idée de me laisser et qu'il était parti sans regrets.
-Combien de temps?
-Six ans...
Le psy faillit s'étouffer. Elle avait à peine commencé son histoire et déjà il ressentait beaucoup de compassion. Il avait pourtant l'ordre de ne pas ressentir de pitié pour ceux qui venaient se confier dans cette pièce.
-Vous ne l'avez jamais oublié pas vrai?
-Non. J'ai réussi à me marier mais il était clair qu'il restait toujours dans un coin de ma tête. J'ai perdu mon bébé alors que j'étais enceinte. Et...mon mari a été tué. C'était un auror courageux mais il n'a pas eu de chance. Après quoi Harry est réapparu. Nous nous sommes enfuis parce que j'avais besoin de le protéger.
-Le protéger de quoi?
-Je ne peux vous raconter ceci.
-Très bien, alors racontez moi la suite.
-Vous voulez parler du moment ou mon mari défunt est réapparu avant de s'avérer être un mangemort sous polynectar ou du moment ou j'ai passé une éternité enfermée dans une cave juste en dessous de celui dont on ne doit pas prononcer le nom?
-Puis-je vous poser une question?
-Allez y.
-Parlez vous de tout ceci avec lui, je veux dire avec Harry? Vous confiez vous à lui?
-C'est arrivé oui. Il m'aide souvent à remonter la pente...Non...pour être honnête, on ne peut pas vraiment dire que je lui montre vraiment ma souffrance. On pourrait presque appeler ça un iceberg, il ne voit que ce qui dépasse de l'eau.
-Mais de votre captivité chez les mangemorts? En parlez vous?
-Je suis revenue depuis peu mais...Non nous n'en parlons pas. Il a vu Sainte Mangouste exploser devant ses yeux alors qu'il me croyait à l'intérieur. Il est tombé dans l'alcoolisme, a tenté de se pendre. Je ne veux plus en parler vous comprenez? La seule raison pour laquelle je vous raconte tout ça c'est que vous cherchez à savoir pourquoi je pèse à peine 45 kilos. Je n'ai pas besoin d'une thérapie, n'importe quelle personne qui subirait tout ça aurait maigri et se sentirait légèrement déprimée pas vrai?
Maël laissa passer un long silence qui l'intrigua.
-Le destin s'est acharné contre vous...C'est incroyablement terrible...Comment vous sentez vous?
La jeune femme dut s'avouer la vérité. Vider son sac lui avait fait un bien fou. Elle se sentit libérée d'un poids énorme, même si des morceaux de plomb alourdissaient toujours son cœur.
-...Vous aviez raison. Parler me fait du bien.
Il afficha un sourire vainqueur qu'elle lui rendit, puis il déposa un petit bout de parchemin en face d'elle.
-Lundi prochain même heure. Je vous veux aussi bavarde qu'aujourd'hui...Vous allez être heureuse Miss Granger. Mais nous devons d'abord éradiquer tous ces souvenirs du passé. Un matin vous viendrez me voir et vous réaliserez que vous ne regardez plus attristée le passé et à ce moment là vous serez prête pour l'avenir...Mais il reste un long chemin à faire, nous le parcourrons ensemble.
