Chapitre 4 :

Une attirance, équivaut-elle à de l'amour ? Je vous aime, Professeur !

Le lundi matin, en ce début de novembre, Kentin était légèrement plus serein que le vendredi dernier. Même si ses idées n'étaient pas claires pour le moment, il préférait laisser aller un peu les choses pour le moment. Du moins, à l'instant présent.

Il alla rejoindre son ami blond en salle des Délégués.

Ce dernier le serra contre lui. Nathaniel était heureux de revoir son ami brun. Kentin en profita pour se confier sur ce qu'il ressentait en ce moment. L'autre l'écouta attentivement. Son attirance, peu certaine également.

Quand il eu finit sa tirade, le blondinet lui offrit un sourire.

- Promis, je ne fais plus d'allusions. Je suis impardonnable de ne pas avoir été d'une meilleure écoute. Acceptes-tu mes excuses ? Demanda-t-il, penaud.

- Bien sûr ! Lui répondit Kentin. Tu es ici mon meilleur ami, Nathaniel.

Par contre, le Délégué afficha une mine contrite. Il brisa le silence.

- Excuse-moi de te dire ça, mais s'il s'avérait que tu « aimes » Mr Faraize, c'est hypothétique, hein ! J'aimerais que tu penses à lui. Les relations Prof-Élève sont interdites autant d'un côté que de l'autre, tu comprends ? Il s'empressa d'ajouter : Je serais heureux que tu sois en amour, mais juste, évite ça à tout prix, s'il te plaît. Ou ne m'en parle pas, je t'en prie. Surtout, s'il se passe quelque chose. Je ne veux pas le savoir.

Le petit militaire offrit un sourire joyeux à son ami. Pauvre Nathaniel. Il n'avait pas l'air de savoir où se mettre. C'était compréhensible. Mais pour le moment, la situation était plutôt comique.

Par contre, quand la cloche sonna la fin des cours, il se surprit à prendre un peu plus son temps qu'à l'accoutumé pour se rendre à son cours particulier d'histoire.

Quand il entra dans la salle, il rencontra les yeux bleus foncés et rieurs de son professeur. Ils étaient beaux. Vraiment superbes. Il semblait heureux et ça le rendit de bonne humeur. Comment ce prof faisait pour arriver à faire ça ? Le mettre de bonne humeur juste avec un regard joyeux.

Vers la mi-cours, le plus jeune, ne put empêcher sa curiosité de parler.

- Dites, Professeur ? Demanda Kentin, curieux.

- Oui, Mr Moore ?

- Est-ce que c'est un fardeau de me dispenser ces cours ? Questionna le jeune homme.

- Bien sûr que non. Si cela peut vous aider pour le futur, je suis plus que ravi de vous y aider. Ne vous en faites pas pour ça.

Cette réponse donna presque des ailes au garçon brun. Ça le rendait heureux tout au fond de lui. Mr Faraize avait répondu naturellement, sans la moindre réflexion. C'était sincère. Ce professeur était juste trop sympathique.

- Mais vous n'avez pas une famille, une femme, des enfants ? Interrogea l'élève, intéressé de connaître la vie de son professeur préféré.

Le professeur afficha un sourire simple.

- Vous êtes bien curieux, il me semble, répliqua le plus vieux avec un petit rire. Ma vie n'est pas très intéressante.

- J'aimerais savoir, insista Kentin.

- Et le cours, Mr Moore ?

- Il peut bien attendre un peu, non ! Bougonna-t-il. J'aimerais vraiment vous connaître un peu plus. Vous êtes mon professeur préféré dans ce lycée.

Kentin affichait une mine ravie, des étoiles dans les yeux. Il vit que l'homme face à lui sembla touché par une telle déclaration. Et il le vit changer d'expression. Était-il un peu… mal à l'aise ? Il finit tout de même par dire quelque chose au bout d'une bonne minute.

- Eh bien, je n'ai rien de tout ce que vous avez énuméré. Ma vie est simple, dans un petit appartement non loin d'ici. Comme je vous l'ai dit, ma vie n'est pas très intéressante, jeune homme. Je suis un homme seul, mais tout de même heureux. Je prends ce que la vie me donne. Continuons le cours.

Il n'obtiendrait probablement pas plus d'informations pour le moment. Mais il pouvait en déduire que Mr Faraize vivait une petite vie de célibataire endurci. Ça le fit sourire.

Il hocha la tête et le cours continua pour la demie heure restante.

Au milieu de la semaine suivante, il alla retrouver le jumeau aux cheveux bleus. Il n'était certain de rien, mais il savait qu'il observait tant son professeur d'histoire qu'il en était lui-même gêné, voir honteux par moments.

Il discuta pendant toute la pause du midi et ils mangèrent ensemble tout en parlant. Kentin revint avec un sourire vers son ami blond un peu avant la fin de l'heure de midi.

- Tu as discuté avec lui, finalement ? Demanda le Délégué.

- Oui, opina le militaire. C'était enrichissant. Il m'a raconté son histoire, en long, en large et en travers. J'ai même eu l'impression qu'à un moment, il m'a quasiment fait du rentre-dedans. Carrément, même, je dirais.

Nathaniel se mit à rire tranquillement.

- Cet Alexy ne perd pas le Nord à ce que je vois, affirma le blondinet.

- Apparemment, non, confirma Kentin.

- Intéressé, par hasard ? Taquina son meilleur ami.

- Argh ! Non ! Nathaniel ! s'exclama le brun, outré de cette proposition.

- Je te taquine, Kentin. Je sais bien que tu n'irais pas vers n'importe qui. Mais tu sais, les expériences, ça peut aider.

Vrai. Mais avait-il envie d'une expérience homosexuelle avec Alexy ? Pas vraiment. Tant qu'à choisir, il préférerait que ce soit son ami blond qui en fasse les frais. Il rigola. Le jeune Délégué haussa les épaules à l'entente du rire de son camarade.

- Tant qu'à choisir avec qui faire l'expérience, je préférerais le faire avec mon meilleur ami qu'un presque inconnu, fit-il en riant.

- Vrai ? Questionna le jeune Délégué, semblant attentif. Je suis flatté.

- Vrai, affirma Kentin, toujours hilare.

Nathaniel devint sérieux. Kentin stoppa net de rire. Était-il réellement sérieux à propos de ça ? Certainement pas, voyons ! Nathaniel était reconnu pour être plutôt coincé et droit. Il n'était pas du genre à faire toutes les conneries que quasiment tous les autres ados de son âge faisaient. Nathaniel, c'était un pur. C'était un ange. Il ne ferait pas des expériences juste pour faire des expériences. N'est-ce pas ? Pourtant, il affichait toujours cet air vraiment sérieux.

- Vrai ? Répéta Nathaniel, fixant ses yeux dorés dans ceux, verts son ami.

- Vrai. Mais tu n'es pas sérieux, Nath'….

- Si, fit-il. Si c'est pour t'aider, je ne vois pas pourquoi je refuserais.

- M-m-mais… non enfin !

- Bien sûr que si. Quand tu veux.

Nathaniel semblait le mettre au défi. C'était réellement n'importe quoi. Ils étaient souvent seuls dans cette pièce, mais jamais Kentin n'aurait pu imaginer que le Délégué puisse faire une telle proposition un jour. C'était, à la limite, tordu. Vraiment tordu. Et puis, il n'était pas sûr. Avait-il réellement envie de le faire ? Même pour une expérience? Est-ce que ça l'aiderait ?

Comment savoir si on ne tente jamais rien ? Au point où il en était. Pas qu'il fut désespéré. Mais une expérience restait ce qu'elle était, une simple expérience. Peut-être serait-il dégoûté de ça ? Certainement. Mais ne pas tenter serait aussi frustrant et peut-être le regretterait-il. Toutes ces questions sans réponses ne rimaient à rien. Et dans sa tête c'était tellement le chaos.

Il capitula. Il soupira un bon coup.

- T'es vraiment sérieux, finit par lâcher le brun.

- Vraiment. Plus que jamais. Je ne me serais pas jeté à l'eau sinon. À moins que je ne sois pas le moins du monde attirant pour toi, je comprendrais.

Kentin fit non frénétiquement de la tête. Nathaniel était définitivement tordu...

- Tu es très beau, Nath', n'en doute pas. D'ailleurs, je suis certain que tu as déjà brisé plusieurs cœurs.

- N'en sois pas si sûr. Tu veux toujours tenter ?

Il se sentit tout à coup nerveux. Pourquoi était-il si fébrile à l'idée d'embrasser un autre homme ? Il aurait juré avoir eu quelques papillons dans l'abdomen. Il hocha finalement la tête pour approuver à la question de son ami.

Les deux se rejoignirent maladroitement l'un en face de l'autre. Kentin s'assura que la porte de la salle soit bien fermée et retrouva une certaine quiétude. Il ne voudrait pas être surpris dans cette position alors qu'au final, ce n'était que pour « expérimenter ».

Les deux garçons se rapprochèrent et Nathaniel initia un mouvement pour le serrer un peu contre lui. Kentin se mit à rougir comme une jeune adolescente se sentant très, très proche de son ami.

- Ne sois pas si gêné. Il n'y a rien de mal et c'est na-tu-rel, relativisa le Délégué. Si tu veux la vérité, je n'ai jamais embrassé un autre garçon.

Bah, au moins, ils en étaient au même point de ce côté-là, c'était rassurant. Quoique, pour lui, c'était même mort tout court. Kentin se sentit trembler.

- Calme-toi, Kentin. Ce ne sera qu'un bisou, rien de plus.

- J-j-je suis nerveux, avoua-t-il. C'-c'-c'est mon pre-premier-

- D'accord, coupons court alors, fit-il, plus confiant que son vis-à-vis. Heureux de te « voler » ton premier baiser.

Nathaniel se rapprocha de son ami. Il sentit sa respiration saccadé. Il combla la distance d'une dizaine de centimètres et scella ses lèvres contre celles de son meilleur ami.

Kentin se sentit transporté. Il en oublia rapidement le blond pour y voir une tignasse sombre. Et prit un goût certain à ce premier baiser. Nathaniel n'existait plus, seule, cette sensation de bien-être et la pensée de son professeur envahissait son cerveau. Le brun se mit sur la pointe des pieds ou presque et entoura ses bras autour du cou de son vis-à-vis pour approfondir le baiser. C'était maladroit, ses lèvres tremblaient un peu. C'était son véritable premier baiser. Il relâcha à bout de souffle, mais recolla ses lèvres à celles de son ami. Il le sentit tressaillir, mais ne résista pas plus que ça à son assaut.

Kentin soupirait d'aise. C'était bien, trop bien. Le blond étant plus grand, Kentin s'imaginait dans les bras de l'homme qu'il affectionnait tout particulièrement. Son cœur était au bord de l'explosion dans sa poitrine.

- Je vous aime, professeur…, souffla-t-il entre deux.

Il se fit brutalement repousser. Il faillit en tomber à la renverse. Nathaniel le regarda, choqué. Le brun ne comprit pas tout de suite ce qui venait de se passer.

- N-n-non ! Cria presque le Délégué. Tu-tu… tu te rends compte de ce que tu viens de dire ?

Le jeune homme brun baissa la tête. Réalisant tout à coup.

- Je suis navré, souffla Kentin. Je ne pensais pas que ça finirait comme ça… Pardon, Nathaniel…

- J'espère que tu es conscient de ce qui se passe.

- Plus ou moins, répondit-il encore un peu sonné et pas tout à fait remit de ses quelques baisés échangés.

- T'es carrément amoureux, mec, lui affirma Nathaniel. Je ne voulais pas le savoiiiir, geignit-il soudainement. T'es amoureux du prof d'histoire. Pourquoi moi ! Se plaignit le blond.

- Désolé, chuchota le brun. Après tout, je l'aime peut-être… Je suis maudit.

Le brun se prit la tête entre les mains. Donc, attirance pouvait également cacher de l'amour. Assit sur une chaise, dans la Salle des Délégués, l'heure du midi se terminant bientôt… Et le cours « d'histoire » qui suivait ne l'aidait pas à réfléchir clairement.

Il se passa une main sur le visage.

- En plus d'être gay, je suis carrément sur mon prof particulier…, lâcha-t-il à moitié effondré sur la table. Si j'avais pu prévoir ça… J'ai réellement apprécié les baisés en m'imaginant que tu étais Mr Faraize. Pardon, Nathaniel…

Kentin s'effondra sur la table, pleurant à chaudes larmes à présent. Un vrai bébé. Lamentable, se fit-il la remarque mentalement.

- Tu es fixé, fit le blondinet en lui tapotant l'épaule.

Nathaniel était visiblement, réellement mal à l'aise.

- J'veux pas y aller, se plaignit Kentin. Je veux pas faire face. Pas aujourd'hui.

- Pas le choix. Assume un peu, Ken !

- Je te déteste ! Vociféra le petit brun. T'es méchant. Et m'appelle pas comme ça ! Je déteste ce surnom.

- Je sais, je sais. C'est ainsi. Allez, va en cours. Et pour le surnom, tu devras t'y faire.

À contrecœur, Kentin se releva, essuya ses yeux d'un geste rageur. Il courut aux toilettes les plus proches pour effacer les traces de larmes sur son visage. Il croisa Alexy en ressortant.

Le jeune homme aux habits style militaires se dépêcha de sortir de la salle de bains et se rendit rapidement en cours.

Malheureusement, étant mercredi, il dut se rendre à son cours particulier de ce jour de la semaine. Il fit de son mieux pour cacher sa gêne. Et, en même temps, il était heureux d'être là. L'envie de l'embrasser se fit également présente dans son esprit. Bien sûr qu'il était attiré, il l'aimait. Était-ce vraiment de l'amour, en fait ? Mais il resta le plus neutre possible, ne parlant que si c'était nécessaire.

Il s'empressa de sortir à la fin de l'heure, ne voulant surtout pas faire une bourde.

Il allait finir son année et prier qu'il ne fasse pas de gaffes dans les prochaines semaines. Avec un peu de chance, d'ici février, les cours devraient être terminés, il aurait remonté suffisamment ses notes et pourrait au moins souffler un peu.

Dire qu'il avait encore du mal à y croire serait un euphémisme. Parce que, tel était le cas. Il avait encore du mal à croire qu'il pouvait réellement être amoureux de son professeur d'histoire et professeur particulier par la même occasion.