Deux nouveaux chapitres cette semaine. :)

Bonne Lecture.


Chapitre 5 :

Une quasi-déclaration et une remise en place méritée.

Assit sur un banc dans la cour du lycée, Kentin était en train de réfléchir en ce jeudi matin de fin novembre. Les baisés échangés avec son meilleur ami environ deux semaines auparavant lui revenaient souvent en mémoire.

Cela avait été le choc de s'apercevoir de sa réelle attirance envers des hommes. Encore plus choquant de constater qu'il avait finalement des sentiments amoureux pour son professeur d'histoire, également son professeur particulier depuis le début de l'année.

Il avait appris à le connaître tranquillement. Le voyant sous un jour différent dans le quotidien et quand ils se retrouvaient à deux. Peut-être que ce fût cette sorte d'intimité qui fit le rapprochement progressif.

Du moins, de son côté à lui, ça avait tout changé. Il avait eu envie dès le départ de mieux connaître Mr Faraize. Il était un homme généreux et d'une humeur toujours souriante. Il n'avait jamais vu de colère ou de peine s'afficher sur le visage ou dans les yeux de son aîné.

Bien sûr, il avait voulu nier cette attirance après ce qui s'était passé avec Nathaniel, mais, au final il ne pouvait même plus récuser ses sentiments. Après y avoir tant médité, avoir retourné ses pensées dans tous les sens, l'adolescent savait qu'il ne pouvait pas revenir en arrière.

Il était amoureux. Attiré par les hommes, indéniablement. Et Mr Faraize était le numéro un en haut de la liste. L'homme n'était pas « beau » comme un Dieu à proprement parler, mais, tout de même, un certain charme se dégageait du plus âgé et c'est ce qui attirait Kentin, jeune lycéen de dix-sept ans. Il aimait les traits de son visage fin, sérieux quand ils étaient en cours, mais aussi quand il souriait ou riait doucement d'une petite plaisanterie.

Il mit ses mains devant son visage, ignorant le son de la cloche qui annonçait le premier cours du matin, trop absorbé dans sa réflexion. C'était la poisse d'être amoureux de son professeur. Déjà, ça aurait été plus simple de tomber pour une personne de son âge, comme tout le monde.

C'est une main sur son épaule qui le ramena à la réalité. En levant les yeux, il tomba dans des prunelles grises.

Il soupira de soulagement.

- Pas mes affaires, mais les cours commencent….

- Merci, j'y vais, répondit le brun, platement.

Oui, le premier cours de la journée se trouvait être celui qu'il aurait voulu pouvoir éviter en ce moment. Parce que ça le rendait réellement mal à l'aise. Encore plus quand il y avait du monde que quand il se retrouvait en tête-à-tête pour les cours de soutien.

- Bah, dis donc, c'est la joie… Tu viendras me voir, toi, ce midi, j'aimerais bien qu'on parle, lui dit Castiel.

- Si tu veux, chuchota Kentin en se levant péniblement de son banc. Bye.

Ils se firent un signe de la main et le jeune militaire se rendit en cours. Il ne put motiver son retard et prit place au fin fond de la salle, voulant éviter le plus possible les contacts avec son professeur d'histoire. Le cours passa à une vitesse plus que traînante. L'heure lui en parut trois.

Quand la cloche sonna, il essaya de s'empresser de sortir, mais le professeur le retint en l'appelant.

- Mr Moore, restez un instant, je vous prie, lui dit le plus vieux.

Kentin se stoppa net et un frisson de frayeur passa le long de sa colonne. Quand tous les élèves furent sortis, il sentit le regard désapprobateur de son professeur. Première fois qu'il apercevait ce type de regard venant de lui. Il se tenait debout, s'approcha un peu de son élève. Le fixa avec sévérité.

- Depuis quand êtes-vous en retard ? Et sans motivation qui plus est ?

Le ton était un peu sévère, mais pas à l'extrême. Sa voix restait douce. Le jeune homme se sentit presque fondre. Mais il se reprit aussitôt.

- Pardon, dit-il, baissant les yeux. Ça ne se reproduira plus, monsieur, je vous assure. J'étais dehors, pensif, et je n'ai pas entendu le son de cloche. Mais ce n'est pas une excuse, j'en ai conscience.

- Bien, content de l'apprendre, fit-il avec un petit sourire. Vous avez de la chance, mais la prochaine fois, il y a aura des conséquences. On se verra demain après les cours, jeune homme. Bonne journée.

L'élève décampa le plus vite possible vers son cours de mathématiques. Sans même saluer son professeur. Ne tentons pas le Diable, s'était-il dit.

À l'heure du repas, Kentin alla voir Nathaniel en coup de vent, lui annonçant qu'il ne mangerait pas avec lui ce midi. Ce dernier n'eut même pas le loisir de lui demander avec qui il mangeait que le plus petit était déjà hors de vue.

De toute façon, à quoi bon lui dire avec qui il allait discuter. Le pauvre blondinet en aurait presque fait une syncope, il l'aurait parié. C'était de notoriété publique que le Délégué et le Rebelle du lycée ne s'appréciaient guère. D'ailleurs, ils s'évitaient le plus possible pour ne pas créer d'altercations qui ne leur seraient d'aucune utilité à tous les deux. Du moins, c'est ce qui lui paraissait. Il ne les voyait jamais ensemble.

Le brun se rendit dans la cage d'escalier. Il trouva Castiel adossé à la porte ouverte menant dehors, une cigarette entre les lèvres. Kentin lui retira le rouleau fumant et le jeta par terre, rageur.

- Hé ! C'était ma clope ! s'exclama le rouge, pas content.

- Enlève ça de ma vue, tu veux ? Sinon, je m'en vais, lui répliqua Kentin.

Castiel mit ses mains devant lui en signe défensif.

- Tout doux, le chat, tout doux, dit-il en riant presque.

Les deux garçons se mirent à rire. En fait, Castiel, sans personne autour était une personne ordinaire avec plusieurs facettes. Suffisait de lui donner une chance. Ils parlèrent toute l'heure du midi. Le brun lui confiant les événements des dernières semaines et avouant avec peine ses constatations jusqu'à maintenant.

Le rouquin l'écouta et le laissa parler. Il fut surpris d'apprendre que son Kentin avait embrasser le petit Délégué coincé, pas si coincé finalement.

Il ne ferait rien d'inconsidéré. Allez dire à votre professeur que vous êtes tombé sous son charme, sans même savoir si la réciproque pouvait exister serait d'un gênant atroce. Et encore, on ne pouvait pas envisager sérieusement une « relation » de ce genre avec son professeur. C'était interdit par l'établissement ET par la loi. L'étudiant était informé. Sa tête se trouvait sur ses épaules, pas en bas de sa ceinture. Bien sûr qu'il avait des hormones en ébullition, mais il savait rester sage et posé. Du moins, il le pensait.

Kentin avait la poisse. Tomber pour une personne majeure et son prof de surcroît.

- J'suis un cas désespéré, fit le jeune militaire. Si mon père savait ça, je serais dans la merde jusqu'au cou. Son fils, gay… Et pourquoi je ne suis pas amoureux de quelqu'un de mon âge, comme tout le monde… Raaaah !

Pas que dans la merde. Il retournerait certainement en école militaire jusqu'à sa majorité complète. Il n'avait aucune envie d'être là jusqu'à ses vingt et un an. Hors de question. Il ne fallait pas que ça s'ébruite.

- Ne dis rien à personne, Castiel, supplia-t-il presque.

- J'suis pas un délateur, contra le rouge. J'suis ton ami, j'irai pas te planter un couteau dans le dos, t'inquiète. J'ai p't'être l'air du gars qui pense qu'à lui, mais j'suis pas non plus un idiot avec mes potes.

Il fut soulagé que le rocker puisse taire son secret. Espérons que les quelques personnes dans la confidence restent muettes et que ça ne viendrait jamais aux oreilles de son père. Et c'est maintenant qu'il pensait à son géniteur.

Un cas désespéré. Vraiment. Totalement.

Il retourna vers son ami blond vingt minutes avant la sonnerie. Nathaniel essaya de lui soutirer de l'information, mais le jeune militaire ne pipa mot. Il préférait garder cette amitié secrète. Castiel était un gars sympa. Mais il doutait que le Délégué pense la même chose. Pourtant, ils se connaissaient depuis plusieurs années d'après Ambre, la sœur jumelle du blondinet. Tant pis.

Il lui confia tout de même pour son père. Et Nathaniel lui promit de garder ça pour lui.

Les deux semaines suivantes, Kentin ne sut dire ce qui avait changé chez son meilleur ami, mais il semblait que son attitude était devenue différente envers lui-même. Nathaniel semblait plus souriant et parfois gêné. Il ne se focalisa pas sur ça.

Parce que les cours particuliers lui devenaient pénibles. Plus encore qu'auparavant. Depuis qu'il s'était réellement avoué ses sentiments en début novembre, il avait du mal à suivre correctement les cours. Disons, qu'être un adolescent, avoir des hormones sur le point d'exploser par moment, se trouver trois jours par semaine seul avec la personne qu'on aime et qu'on désire ardemment, n'aidait en rien à rester concentré.

Le second mercredi de décembre fut le pire. Cette fin d'après-midi-là, après les cours normaux, il se rendit à son cours particulier de français.

Ses gestes se faisaient mécaniquement. Il évitait de regarder son professeur, même si la tâche s'avérait ardue au possible. Il parlait très peu. À un moment, Mr Faraize arrêta ses explications.

- Mr Moore, vous m'écoutez ? Questionna le plus âgé des deux.

Kentin baissa les yeux, gêné, rouge au possible.

Mr Faraize sembla le remarquer.

- Écoutez, jeune homme, commença le professeur. Si vous n'êtes pas disposé à suivre mes cours pour quelconque raison, vous pouvez m'en aviser.

L'étudiant releva la tête, fixant ses yeux dans ceux bleus de son aîné. Il s'y perdit quelques secondes interminables.

- Mr Moore ? Fit l'homme, insistant.

- P-pardon, professeur, fit platement l'élève. J-je, je suis désolé d'être si peu attentif.

- Mais pour quelle raison ?

- Euh… aucune en particulier, répondit-il, gêné et devenant encore plus rouge si ça pouvait être possible.

Il fallait dire qu'être scruté de la sorte ne le rendait pas détendu. L'homme brun se leva de sa chaise et se positionna derrière son élève, regardant par-dessus son épaule. Kentin avait très chaud. Il pouvait sentir une douce arôme fruitée. Des agrumes. C'était frais et doux. Il était tellement proche. L'adolescent était enivré, subjugué.

- Votre exercice est complètement bâclé, jeune homme, dit-il se penchant un peu plus au-dessus de lui. Vos conjugaisons sont hasardeuses.

Il ne sut pas quel courage ou quelle audace lui prit, mais Kentin rapprocha l'homme, se tournant la tête vers lui pour faire face lui attrapant le col de sa chemise qui dépassait de son pull et se retourna sur sa chaise la faisant crisser sur le sol, l'objet suivant le mouvent. Il passa ses bras autour du cou de l'homme et le serra simplement contre lui, mettant son nez au creux du cou de son enseignant. À moitié entre une position à demie assise et debout. Il resserra son emprise, voulant un contact plus prononcé. L'élève soupira d'aise. Mais cela ne dura pas plus d'une dizaine de secondes.

Le plus âgé le repoussa brutalement se reculant et faisant chanceler l'élève et lui lança un regard interrogateur.

- Écoutez, jeune homme, commença Mr Faraize de sa voix grave et douce, mais dure. Je ne comprends pas ce à quoi vous jouez, mais votre comportement est déplacé.

- Par-pardon, monsieur…., fit le plus jeune piteusement.

C'est tout ce qu'il put dire. Le ton de l'homme face à lui était sans équivoque. Il n'était pas content de ce à quoi il venait d'assister.

Le cours se poursuivit, mais Mr Faraize sembla observer son élève plus sérieusement. D'ailleurs, ça gêna l'étudiant qui ne put s'empêcher de rougir. Le cours sembla durer une éternité. À la fin de l'heure, le jeune professeur demanda à l'élève de rester quelques minutes de plus.

Ça allait être sa fête.

Ils rangèrent leurs affaires et Mr Faraize reprit place face à son élève. S'asseyant devant lui, appuyant ses deux coudes sur le pupitre exempt de tout document, vide et mit le bas de son visage dans le creux de ses mains. Il prit un air plutôt sérieux. Ses yeux bleus étaient plus sombres qu'à l'accoutumé.

- Eh bien, je suppose qu'une discussion s'impose, commença l'homme.

- N-non, ne vous en faites pas, j'ai juste eu un élan, monsieur, j-je ne le referai plus, tenta d'expliquer le plus jeune, gêné, rouge, le regard ailleurs, honteux.

- Non, non, Mr Moore, vous n'y échapperez pas, insista le professeur.

Un silence court s'installa avant que Mr Faraize reprenne la parole.

- Bien. Je crois que je n'ai pas besoin de vous faire la leçon sur les relations élève-professeur, Mr Moore, fit-il. Kentin approuva. D'accord. Vous comprenez que le genre d'écart dont vous avez fait preuve à mon encontre était déplacé et n'avait pas lieu d'être, je suppose ?

- O-oui, professeur, confirma l'élève. Je suis navré, s'excusa encore le brun.

- Je peux comprendre que vous soyez un adolescent, que vous vous cherchiez, etc… Vos hormones et tout, mais vous semblez avoir une tête sur les épaules.

L'enseignant stoppa sa tirade et observa le plus jeune qui affichait une mine sérieuse, mais les joues rouges de gêne. On aurait dit un enfant qui s'était fait prendre la main dans le sac. Par contre, ces paroles titillèrent le jeune militaire.

- M-monsieur, je ne me cherche pas, je-je…, tenta le plus petit.

- Eh bien, je préférerais que vous restiez raisonnable, Mr Moore.

Il avait certainement compris quelque chose qu'il ne disait pas clairement. Kentin préférait encore que ce soit ainsi.

- Il va de soit que si vous insistiez, je me verrai obligé d'en informer la Directrice ainsi que vos parents.

Kentin se raidit à cette mention. À cette pensée, il eut du mal à retenir l'émotion qui fit irruption. Des larmes s'échappèrent de ses yeux verts. Larmes qu'il essuya rageusement avec sa main. Il n'avait pas pu les retenir. La pensée à elle seule était horrifiante.

- Ne le dites pas à mon père… s'il vous plaît, supplia-t-il, baissant la tête. S'il vous plaît, chuchota faiblement le jeune homme.

Il sortit en trombe de la salle B, laissant son enseignant bouche-bée.

Il se rendit chez lui en course. Heureusement que son père rentrait tard, car il l'aurait traité de petite fille à sa maman. Les hommes, ça n'avait pas d'émotions de fi-filles. C'était ce qu'il aimait à scander chaque fois qu'il voyait un homme pleurer ou se plaindre d'une douleur.

Le jeune militaire aurait le temps de se calmer avant l'arrivée de son géniteur.