Chapitre 8 :
Ça sent les ennuis
L'homme prit place à son bureau. Cet élève était têtu. Carrément, il venait de lui déclarer sa flamme. Sans préambule. Il était mal. Tellement mal. C'était pas bon. Il allait certainement en baver. Beaucoup, même.
Il sourit à la pensée de son étudiant l'admirant. Il lui avait dit qu'il était magnifique. Jamais un autre homme, quel qu'il fût ne lui avait dit une chose pareille. Jamais. Et il fallait que ce soit ce jeune homme qui le lui dise sans arrières-pensées. Ça avait été sincère, il l'avait senti dans la voix du jeune homme.
Sa vie sentimentale était un désert intersidéral. Vide de sens. Il y avait bien eu quelques hommes durant les dernières années, mais des histoires courtes qui avaient toutes mal finies. Il lui arrivait à l'occasion de tenter de rencontrer des hommes en ville, dans les bars, mais souvent, ça n'était que pour une nuit. Il n'avait pas envie de ça. Il voulait une vraie histoire, une vie normale avec une personne qu'il aimerait et qui l'aimerait lui.
Il était mal. Ce petit brun était trop sexy pour son bien à lui. Même si il voulait rester professionnel, il était certain qu'à partir de maintenant, le petit militaire allait tenter de faire du rentre-dedans. Il en était convaincu. Ou alors, il réitérerait sa déclaration pour voir ses réactions. Il s'attendait au pire. Tant qu'il n'y avait pas de contacts physiques, tout devrait bien aller, n'est-ce pas ?
N'est-ce pas ?
Qui tentait-il de convaincre ?
C'était certainement déjà trop tard. Il savait qu'il craquerait si le plus jeune cherchait à le séduire d'une quelconque façon. Il était faible, il était seul et il lui manquait d'être proche de quelqu'un, intime dans tous les sens du terme.
Il rangea les derniers exercices d'Histoire et se pressa de partir. En sortant de la salle et en passant devant celle des Délégués, il put entendre des bribes de conversation.
- ...lui ai enfin dit, Nathaniel, disait le jeune homme, la voix joyeuse.
- J'm'en fiche, Kentin. Tu aimes bien qui tu veux, n'est-ce pas ? Mais Castiel n'est pas un remplacement. C'est toi que je veux, imbécile. Et laisse-moi te dire que ce n'est pas une passade. Je t'aime vraiment. Mais tu aimes « lui », persifla le jeune homme blond.
Oh ! Cette conversation semblait privée. Par contre, il était curieux d'en savoir un peu plus. Ce n'était pas bien, mais la curiosité l'emportait. C'était son élève particulier et le Délégué principal du lycée. Et le second semblait être amoureux du premier. Et qu'est-ce que venait faire le jeune homme aux cheveux rouges dans tout ça ? Quelle histoire, quand même.
- Écoute, Kentin, fit le blond, sérieux. Je m'en suis remis depuis ce matin. OK ? Castiel m'a réconforté et avouer ses sentiments par la même occasion. Encore là, OK ! Mais je t'ai dit que ce n'est pas une passade. Une expérience ne veut pas dire que je ne suis pas sérieux. Quand je rêve de toi la nuit, de ton corps et de tes yeux remplis de désir, c'est toi que je vois, pas un autre. Je te désire. Je te voudrais tout entier à moi. Tu comprends, ça ? Oui, on s'est embrassés pour t'aider, pour faire une « expérience » mais ça m'a ouvert les yeux, je te l'ai déjà dit. J'y ai réfléchi. Je ne suis pas du genre à agir sur un coup de tête. Je. Ne. Veux. Pas. Être. Juste. Un. Ami.
- M-mais, Nathaniel…, geignit Kentin. Tu ne peux pas me dire ça. T'es pas sympa. Tu sais que j'aime Mr Faraize…
Le professeur, tapis derrière la porte se mit à rougir, ses joues le chauffant beaucoup pour prétendre le contraire. Les paroles du blond l'avaient rendus mal à l'aise, sentant que l'adolescent était véridique, cru, sans détour. Les jeunes étaient bien plus libres qu'il y avait dix ans. Il eu un pincement en entendant les sentiments du blond pour son élève particulier. Il n'aimait pas l'idée.
- Moi aussi, je t'aime, toi, répliqua Nathaniel. Le jour où tu auras besoin de moi, je serai là. Il te fera du mal. Il a trente ans, c'est un homme mature. Il ne voudra jamais de toi, c'est un profes-
L'homme n'en écouta pas plus. Il pressa le pas. Cette conversation n'était pas publique. Mais la porte était entrebâillée. Qui savait ce qu'il allait faire ?
D'accord. Il allait peut-être faire du mal au jeune homme brun. Mais il ne pouvait pas juste laisser faire les choses. Il ne pouvait pas céder parce qu'il en aurait envie. Il avait tellement cogité depuis ce qui s'était passé un peu avant les vacances. Bien sûr que Kentin l'attirait. Comment il en serait autrement ? Il avait bien remarqué les regards insistants de son élève. Depuis le début novembre dernier, il avait bien vu que le militaire l'admirait, voir, bien plus.
Les rougissements incessants et le manque d'attention pour les cours étaient suffisants. Mais il ne pouvait pas décider ce que c'était avant d'en avoir confirmation. Mais quand son étudiant avait fait un pas et initié un contact physique, il avait compris que le plus jeune était attiré par lui, indéniablement.
Ça lui avait fait peur. Énormément, même. Voir un élève s'enticher de lui, c'était du jamais-vu. Bon, quelques jeunes filles lui avait parfois envoyé des lettres d'amour enflammées, niaises, touchantes, mais il les avait vite rembarrées. Elles passaient toutes à autre chose après. Il leur faisait comprendre très rapidement qu'elles n'avaient pas même l'ombre d'une chance avec une phrase écrite au bas de leurs lettres :
« Désolé, petite. Mais impossible, je suis bien plus attiré par mes semblables. Bonne journée. »
Soit, il avait droit à un regard dégoûté, l'ignorance totale, ou, un certain détachement puis ça revenait à la normale.
Cette fois, c'était plus compliqué. Celui-là avait été direct et concis. Celui-là était attirant et il l'appréciait réellement beaucoup. Celui-là n'était pas une femme. Détail non-négligeable. Cet homme-là n'était pas n'importe qui. Il y avait tellement pensé durant les vacances des fêtes.
Non, il lui ferait du mal. Il n'était pas aussi amoureux. Il ne pourrait lui rendre la moitié des sentiments que l'autre éprouvait pour lui. Ils finiraient tous les deux blessés.
En même temps, il avait besoin de contacts et de tendresse. Ça lui manquait tellement.
Et il repensa au bout de conversation grappillée à la sortie de sa classe. Il eu un élan de colère de savoir que son élève avait embrassé un autre homme.
Était-il jaloux de ce fait ? Oui, pour sûr. Il devait être honnête. Pourquoi d'ailleurs ? Ce n'était qu'une expérience pour se trouver, finalement. Et il s'était trouvé, semblait-il.
Les quelques semaines suivantes furent un vrai calvaire pour l'homme trentenaire. Voir son élève tous les jours, l'avoir trois fois par semaine après les cours devenait pesant.
De plus, le jeune homme lui faisait du rentre-dedans très visible. Les allusions étaient claires. Ses regards étaient ardents. Il pouvait sentir l'élève le déshabiller du regard. D'ailleurs, même en cours, ça réveillait ses pulsions. Il n'était qu'un homme après tout. Il devait toujours attendre avant de quitter que la pression retombe.
Ses soirées, il les passaient à relâcher la tension, quasiment jusqu'à être fatigué et dormir comme une masse.
Un vendredi de février, le cours particulier d'anglais se passa plutôt bien. Le plus jeune demanda à aller à la salle de bains juste un peu avant la fin du cours et revint quelques minutes plus tard. Il prit soin de fermer la porte correctement à son retour.
Il termina le cours sans autre accroc. Mais quand il annonça la fin de l'heure, l'élève se leva et s'approcha, très près. Il reculait, l'autre avançait. Il finit par être acculé dans un coin de la salle, non loin de son bureau professoral.
- Vous êtes coincé, monsieur, fit le plus petit. Si je vous embrasse, vous me faites quoi ? Demanda-t-il, un sourire taquin aux lèvres.
- Ne faites pas ça, Mr Moore, avertit-il. Vous aurez une retenue…
- Vous n'êtes plus très crédible. Vos yeux brillent, monsieur. Vos yeux bleus sont magnifiques ainsi.
Le brun enleva les lunettes au plus grand et regarda ses yeux sans pour la première fois. Il les posa délicatement sur le bureau derrière lui, ne lâchant toutefois pas sa surveillance.
- Ils sont encore plus beaux sans vos lunettes, souffla-t-il, émerveillé.
Il était nerveux en ce moment. Oui, ses yeux brillaient. Il le désirait. Énormément. Beaucoup trop pour que ça ne se remarque pas.
Il se mordit la lèvre inférieure. L'étudiant fit un sourire goguenard trop sexy.
Ses yeux brillèrent d'autant plus.
- Finalement, vous êtes gay, affirma le petit brun. Je vous plais, n'est-ce pas ?
- Non, aucunement, jeune homme, essaya-t-il de contrer sans grande conviction.
- Oooh, tellement crédible, professeur. Je vous aime ! Et je vous veux aussi. Moi aussi, je vous désire et je pense à vous le soir sous mes couvertures, me touchant pour évacuer la tension que vous me causez. Ne niez pas, je vous ai surpris la semaine passé. Votre désir était bien visible.
L'homme tenta de pousser l'élève. Mais, le bougre, il était doté d'une force assez peu commune pour son âge et accula davantage le professeur contre le mur.
Le petit militaire posa ses mains sur chacune des épaules de l'adulte. Son élève était légèrement plus petit d'une demi-tête environ. Il était piégé, prisonnier. Il tenta de se défaire de la prise du plus jeune sans grand succès.
- Vous voulez réellement partir, Mr Faraize ? Chuchota Kentin. Il n'y a personne, j'ai vérifié avant de revenir ici. Nous sommes dans un coin d'où on ne peut pas nous voir depuis la porte. Avez-vous vraiment envie que je vous laisse partir, professeur…
Il avait appuyé sur le dernier mot. Son souffle frôlant son visage. Ses joues devinrent rouges.
- Je vous aime, répéta le plus jeune des deux.
Il combla la distance qui les séparait encore et embrassa fougueusement l'homme. Il se sentit agripper son pull marine et Kentin promenait ses mains sur ses hanches tout en continuant de l'embrasser férocement. Il lâcha sa bouche pour aller vers sa mâchoire et son cou qu'il parsemait de baisers brûlants.
- Je vous aime, chuchotait-il entre deux baisés. Vous sentez bon.
À ce moment, l'adulte oublia qu'il avait un élève devant lui, le lieu où il se trouvait, tout le reste. Il en avait envie. Il accrocha ses mains sur les épaules du jeune homme face à lui. Il les descendit au-dessus du vêtement blanc qui servait de chemise au brun. Mais il voulait beaucoup plus que ça. Il poussa un peu son élève et le mit sur le bureau, l'asseyant. Il descendit rapidement bien plus bas et suréleva le t-shirt noir pour passer ses mains en-dessous et sentir la peau chaude de l'adolescent.
Le plus jeune imita le geste et souleva le pull de son professeur. Mr Faraize était grisé par les sensations, se laissant caresser. Il parsema à son tour le cou du plus petit de baisers papillons, doux, attentionnés, volages. Le petit militaire était câlin et doux. Il appréciait cette tendresse. Il voulait tellement plus.
Il cessa les caresses, allant mettre ses mains autour du visage du jeune homme puis l'embrassa à son tour fougueusement, y mettant même la langue. Il lui mordilla la lèvre inférieure, y prenant un certain plaisir, enfouissant une main dans la tignasse brune, soyeuse, fermant les yeux un instant, appréciant simplement cette proximité. Mais il revint à la réalité. Ils étaient encore au lycée et il venait d'embrasser et peloter un élève.
Il le repoussa violemment, quelques papiers se trouvant là furent balancés sur les tuiles. L'étudiant sembla reprendre pied.
Par contre, il le sentit se rapprocher et se décala, sortant du coin où il avait été coincé.
- Ça suffit ! S'exclama-t-il, sévèrement.
Le plus jeune affichait une mine colérique.
- Vous me désirez, fit-il, toujours en colère. Pourquoi me repousser ?
- Vous demandez pourquoi ? Vraiment ? Mr Moore, vous êtes un élève, je suis le professeur. C'était une grossière erreur de ma part de me laisser aller.
- Vous me désirez ! s'exclama-t-il. Avouez-le au moins !
Pour être honnête, oui, il le désirait. Ardemment, férocement, tellement. Mais il n'allait pas céder sous prétexte que, oui, il le voulait. Oui, il avait terriblement envie de son élève. Mais il n'allait pas céder aux caprices du brun pour autant.
- Ne me faites pas dire des choses fausses, Mr Moore, contra-t-il.
- Merde ! Jura le plus jeune. Vous êtes chiant, monsieur ! Tant pis, fit-il. Je vous ferai avouer. Je sais que vous me trouver sexy. Je suis sexy. N'est-ce pas ?
Provocation. Pure et simple. L'homme ne répondit rien.
- Sortez de la salle, fit l'homme, sévèrement au bout de quelques minutes, les yeux sombres.
Le plus jeune capta la colère contenue et se dépêcha de prendre son sac et de déguerpir en vitesse, le laissant seul.
Il soupira profondément, tentant de relativiser. Impossible. Il avait fait une terrible gaffe. La pire qu'il pouvait faire. Non, peut-être pas la pire, n'exagérons rien. Coucher serait le pire. Qu'est-ce qui se passerait ensuite ? Ça deviendrait encore plus un calvaire.
Il remit ses lunettes sur son nez. Son regard se fit rêveur le temps d'un instant. Puis, il se secoua pour revenir à la dure réalité.
Il allait demander à cesser les cours de soutien. Il avait bien remonté ses notes en histoire. Ce devait être le cas pour le français et l'anglais. Le lundi, il le ferait, assurément.
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