Chapitre 10 :

Visites impromptues

Le reste de la semaine fut calme. Et le militaire profita du dernier cours d'histoire qu'il aurait cette semaine avant les vacances de la relâche.

Kentin restait une personne assez timide en général, mais ces derniers temps, il côtoyait des personnes qui l'avaient aidé à percer cette coquille en petit comité. Après, il n'était pas tellement du genre à aller vers les autres de lui-même mais pas non plus complètement associable si les gens venaient l'aborder avec gentillesse.

La semaine se termina rapidement. Kentin était fébrile.

Le vendredi après les cours, Nathaniel vint à lui, l'entraînant, comme à son habitude dans cette fichue salle des Délégués. Sérieux, il connaissait cette salle quasiment sur le bout des doigts à présent. Mais il suivit le blond sans dire un mot.

Le plus grand ferma la porte derrière eux.

- Je t'en prie, Kentin, ne fait rien d'inconsidéré, le pria Nathaniel.

- Quoi ? Comme quoi, Nath' ? Lui demanda le petit brun.

- Je sais pas…., lâcha le blondinet. Coucher, par exemple.

- Il voudra jamais coucher avec moi, lui répliqua le militaire.

- N'en sois pas si sûr. Tu seras chez lui, lieu qu'il connaît. C'est un homme. Fais l'équation. Il est probablement seul depuis un moment.

- De toute façon, s'il le voulait, je serais tout à fait consentant, affirma Kentin.

- Ne dis pas une telle chose. Tu n'as jamais couché, Kentin. Il y a une différence entre le dire et le faire réellement, expliqua posément Nathaniel. Surtout avec un homme qui a trente ans. Il est bien plus expérimenté que toi.

- Pour moi, c'est pareil. Je l'aime. Je suis prêt, affirma-t-il, semblant sûr de lui.

- Ne parle pas trop vite. Qu'est-ce que tu sais des relations sexuelles entre hommes, hein ?

- Assez pour savoir me protéger et par où ça va. Je me suis informé. Internet est mon ami.

Il était plutôt assuré. Il était amoureux. Et pour Kentin, ça allait de soit de vouloir s'offrir à la personne qu'on aimait le plus au monde. On avait confiance. Du moins, il le pensait très fortement.

- Mais encore ! Riposta le blond. Tu n'es pas en situation. Ne fais pas les choses parce qu'elles se présentent. S'il couche avec toi parce que tu vas chez lui, cet homme ne vaut rien. Ça voudra dire qu'il est un profiteur. Surtout s'il le fait la première fois que tu entres chez lui.

- T'es rabat-joie, Nathaniel, grogna le plus jeune des deux.

- Rabat-joie, peut-être, mais je pense, contrairement à toi. Je t'aime, Kentin. Je ne veux pas te voir en larmes dans mes bras à cause d'un homme qui t'aura blessé sans que tu sois au moins informé le moindrement sur les intentions que peuvent avoir les hommes. Certains, du moins. J'en suis un, je sais ce qu'un homme, - de surcroît gay – peut vouloir ou penser.

Le militaire bouda son ami.

- OK, fit-il, finalement. Je vais faire attention, papa !

- Pitié, ne m'appelle pas comme ça, j'ai ton âge. Et je suis amoureux de toi.

- Argh ! Je t'adore, mais évite de me le rappeler constamment.

- Si tu promets de ne pas faire des choix inconsidérés.

- D'accord, d'accord ! Concéda le brun. Pas la première fois que je rentre chez lui.

- T'es vraiment un imbécile, ronchonna Nathaniel.

- Tu l'aimes quand même, l'imbécile.

- Si on veut, ironisa le blond.

Ils se quittèrent sur ces mots.

Un week-end plus une semaine entière de vacances. Il aurait hurlé, mais il allait pouvoir voir son professeur.

Par contre, le dimanche, il s'ennuyait déjà. Ses activités tournaient en rond. Ordinateur, musique, jeux vidéo, sport intérieur, télévision. Ça se répétait et c'était ennuyant à force.

Le lundi, il n'en pouvait juste plus de sa vie. Il quitta la maison en début d'après-midi. Ses pas le dirigèrent directement vers les quartiers un peu moins cossus de la ville. Il eut le duplex face à lui à peine vingt minutes de marche de chez lui.

Il hésita un instant à s'approcher. Et puis merde ! Il lui manquait. Il voulait le voir. De plus, il était curieux de connaître le décor dans lequel vivait son professeur.

Il avança un pas à la fois, regardant tout autour de lui à la recherche d'il ne savait quoi exactement. Peut-être avait-il peur d'être reconnu par quelqu'un du lycée. Il ferait en sorte de rester discret et de ne pas sortir sur le balcon avec son professeur.

Quand il arriva juste au bas du petit duplex, il s'empressa de monter l'escalier. Il se retrouva bien vite devant une porte acajou qui s'effritait peu à peu, sûrement dû aux changements annuels des températures.

Il toqua quelques coups. La porte s'ouvrit soudainement. Son professeur apparut dans l'embrasure. Quand il vit l'élève, il tenta de refermer la porte, mais le plus jeune mit son pied dans l'espace ouvert pour en empêcher la fermeture.

Il s'invita à l'intérieur du petit appartement et referma la porte rapidement derrière lui. L'homme alla s'asseoir à une chaise de bois en mauvais état, à la limite de tomber en morceaux, mais toujours debout.

- Bonjour, professeur, dit-il simplement.

- Que faites-vous chez moi, Mr Moore ? Demanda l'homme.

- Vous savez, vous pouvez m'appeler Kentin en-dehors du lycée, confia l'adolescent, les joues légèrement rougies.

Tout à coup, il était bien moins confiant qu'au lycée. Peut-être que Nathaniel avait raison de le prévenir.

- J'aimerais savoir ce que vous venez faire ici, Kentin, dit-il d'un ton dur et appuyant fortement sur le prénom de l'étudiant.

- Pardon, professeur, fit-il, penaud. Vous me manquiez. Je m'excuse. Je vous ai suivi la semaine dernière pour avoir votre adresse sachant que je ne vous verrais pas pendant plus d'une semaine. Nathaniel a même refusé de me donner vos coordonnées.

- Êtes-vous inconscient, jeune homme ?

- Peut-être, mais je suis amoureux, concéda le brun.

- Quelqu'un aurait pu vous voir. C'est peut-être même le cas, paniqua un peu l'homme.

- J'en doute, affirma le plus jeune. Ce quartier était désert à mon arrivée.

Kentin observa un peu autour de lui. L'appartement était sombre. Il n'aurait su dire si les murs étaient plutôt blancs, gris ou même coquille d'œuf. Des rideaux étaient accrochés à toutes les fenêtres. Des rideaux tous foncés, mais dépareillés, aucunement mis là pour faire joli. L'appartement était petit. Le salon et la cuisine faisaient une seule pièce ouverte. Peu de meubles, le minimum était là. C'était à peu près la grandeur de sa chambre, voir un peu plus petit pour deux pièces. La décoration était quasi-inexistante, quelques tableaux sur certains murs, rien de plus. Les meubles étaient également dépareillés et pas de première jeunesse pour la plupart. Quelques morceaux de vaisselles traînaient sur le comptoir de la cuisine, mais l'appartement n'était pas sale. Juste très vieillot et sombre.

Tout à sa contemplation, il ne remarqua pas l'homme qui le reluquait intensément. Une voix brisa le silence.

- Oui, mon appartement est vraiment minable, commença Mr Faraize. Mais j'économise pour acheter une maison à moi dans la prochaine année, confia-t-il. Le prix est bas et les coûts courants sont peu élevés. J'aurais quand même préféré ne pas vous voir ici, Kentin. Je suis un homme seul. Ce n'est pas une bonne idée de venir ici pour me tenter.

- Je vous aime, dit soudainement le petit militaire. Je m'en fous que votre appartement soit délabré ou que sais-je encore. Je suis venu pour vous voir, pas pour juger votre habitation.

Mr Faraize offrit un sourire sincère à son élève.

- Quoiqu'il en soit, je continue de dire que ce n'est pas une bonne idée d'être venu à moi, jeune homme.

- Pourquoi ?

- Je suis un homme. Vous m'attirez. J'ai des pulsions. Je sais que vous m'aimez. J'ai toutes les cartes en main pour en abuser, vous ne croyez pas ?

- V-vous ne feriez pas-pas ça, n'est-ce… pas ? Kentin ravala sa salive, craintif.

- Non, bien sûr que non, le rassura l'homme.

Kentin soupira perceptiblement. Ça fit rire le professeur.

- Par contre, confia le plus âgé, il est vrai qu'en ce moment, je ne pense qu'à une chose.

- La-laquelle? Demanda l'adolescent, peu sûr de lui.

- Eh bien, tu es terriblement beau dans ces vêtements que tu n'as pas l'habitude de porter.

En effet, Kentin portait un jean bleu très délavé à plusieurs endroits. Ni très ample, ni très serré, le jean était plutôt ajusté. Il avait également une veste de printemps en toile kaki avec un col haut sur un t-shirt bleu ciel.

- M-merci, monsieur.

- Si je peux t'appeler Kentin en-dehors des cours, appelle-moi Rémi.

- D'accord.

- Et tu peux me tutoyer. Ce n'est pas comme si on ne se connaissait pas après tout, n'est-ce pas ? Surtout après ce que tu as osé me faire au lycée.

Kentin hocha la tête, toujours un peu gêné.

- Plus aussi entreprenant, à ce que je vois.

- Ne me mets pas au défi ! Bafouilla le plus jeune.

- Bien sûr que je te mets au défi. Tu es sur mon terrain ici, clama l'homme trentenaire. Je suis un grand méchant loup.

Kentin se mit à rire. Son cher professeur pouvait encore faire des blagues.

Les deux discutèrent un moment de tout et de rien. Des cours, de leurs vies respectives, même un peu de leur enfance. Les deux se jetant des regards appuyés. Les deux cherchant la proximité de l'autre et se rapprochant au fil de leurs conversations.

Ils se retrouvèrent sur le petit sofa deux places, plutôt proches. Personne ne sut qui initia un baiser, mais ça commença comme ça. Des caresses, des mots doux.

Kentin y perdit même sa veste. Les deux hommes étaient passionnés. Le plus âgé était à l'aise et l'embrassait partout où il le pouvait. Il caressa les cuisses du plus jeune par-dessus son pantalon. Il remonta lentement près de son aine.

Mais quand le brun sentit des doigts près, trop près de son entrejambe, il prit peur et se dégagea.

Le plus vieux le toisa, éberlué et ne comprenant pas ce qui se passait.

- Je-je… j'ai peur, avoua Kentin. J'ai senti tes doigts trop près.

- Pour si peu ? Demanda l'adulte. Je ne te violerai pas. Juste, je veux te faire ressentir des sensations.

- O-OK, consentit le jeune homme.

Ils recommencèrent lentement. Kentin participa activement. Il prit l'initiative de caresser les deux cuisses de son professeur. Il remonta lentement, mais ce dernier ne fit aucun mouvement de recul.

Était-il prêt à toucher, à ressentir ça ? À découvrir. Nathaniel avait raison, le dire sans même y avoir pensé et être en situation étaient deux choses très différentes. Le blond était intelligent et réellement plus posé que n'importe quel autre adolescent en mal d'amour et ne pensant qu'avec ce qu'il avait sous la ceinture.

Il décida de se lancer. Il l'aimait, après tout. Il voulait le découvrir. Toute sa personne. C'était juste étrange de se dire qu'on touchera un autre membre que le nôtre. Il appuya plus fermement ses mains sur les cuisses de l'homme et remonta très lentement jusqu'à sentir son érection dure et emprisonnée dans le pantalon.

Il n'en menait pas large lui non plus. Il était à peu près dans le même état. Il se risqua à enlever le bouton du pantalon de son aîné et de baisser la fermeture éclair. Il tomba sur un autre morceau de tissu.

- N'aie pas peur, je ne ferai rien de plus que de te caresser, chuchota l'adulte, rassurant. Fais de même.

Le professeur avait la respiration saccadé. Il prenait le temps de le rassurer sans couper leur plaisir. Il sentit les mains habiles de son professeur et amant détacher sa ceinture, défaire le bouton de son jean et baisser la fermeture éclaire rapidement. Il souleva un peu le jeune homme et d'un mouvement rapide, baissa également le boxer gris foncé de marque de son cadet.

- Tu es magnifique, chuchota suavement l'enseignant.

Ça le fit rougir. Il était atrocement gêné d'être mis à nu, littéralement ou presque. Le plus grand reprit ses baisers et lui caressa le torse, soulevant son t-shirt. Le militaire se laissa transporter et repartit à la découverte. L'homme se souleva pour aider le plus petit à baisser ce satané morceau de tissu.

Kentin vit que son amant était plutôt bien équipé. Normal, il était un homme adulte après tout. Il toucha du bout des doigts.

- N'aie pas peur…, le rassura encore une fois son professeur. Vas-y franchement. Tu es tellement beau, Kentin, fit-il, soupirant entre ses baisers brûlants le long de son cou.

Le jeune militaire repartit de plus belle. Effleurant l'érection de l'adulte. Puis y allant plus franchement, découvrant une autre sensation que de se procurer lui-même ce plaisir. Il fit des mouvements plus rapides. Et se caressa lui-même en rythme, laissant le loisir à son amant de l'embrasser et le caresser ailleurs.

Les sensations étaient fortes. Beaucoup plus fortes que la première fois où ils s'étaient embrassés et caressés. Les deux hommes se libérèrent presque en même temps dans un râle salvateur, soupirant d'aise.

L'adulte alla chercher de quoi les nettoyer tous les deux. Ils se rhabillèrent convenablement.

Ils passèrent un autre long moment à discuter, riant et s'embrassant à l'occasion.

Durant quasiment toutes les vacances de la relâche, Kentin allait retrouver son professeur. Et il y eu quelques autres séances passionnées. Le plus jeune ne voulant pas plus pour le moment, l'adulte le respectant dans ce choix.

Ainsi, ils firent connaissance plus amplement. Parlant de leur famille respective également. Mr Faraize n'avait pas beaucoup de famille et était un grand solitaire. Il ne cacha pas qu'il aimait la tendresse du jeune homme. Par contre, ils ne devraient pas en montrer signe au lycée.

Rien du tout au lycée. C'était déjà risqué à l'appartement, inutile de courir un plus grand risque.

- Je t'aime, lâcha Kentin, le dimanche après-midi avant de partir.

Il l'embrassa rapidement du bout des lèvres avant de partir du petit appartement miteux de son professeur et amant désormais.

Le militaire se demandait à présent si son professeur et amant l'aimait. L'aimait-il ? C'était bien beau de se faire plaisir, mais l'homme ne lui avait pas dit explicitement s'il y avait quelque chose de plus.

Bien sûr, il était amoureux depuis un moment. Peut-être que d'ici la fin des classes, il serait fixé sur les sentiments de son professeur. Il ne devait pas presser les choses. Après tout, ça ne servait à rien.

Quand il rentra vers dix-neuf heures, son père lui demanda où il était allé toute la semaine. Le brun lui répondit vaguement qu'il faisait du sport avec des amis pour occuper son temps.

Cette réponse sembla convenir à son père, fier de voir son fils sociabiliser et faire du sport.

Sous sa couette, le militaire soupira d'aise, s'endormant avec le sourire.


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