Chapitre 16 :
Les choses dégénèrent mais finissent bien.
Quand il ouvrit les yeux, il regarda autour de lui et reconnu la pièce. La chambre de son ex-professeur et désormais, son copain, celui qu'il aimait.
Sa journée de la veille se rappela à lui. Il fit une grimace. Dire qu'il allait devoir l'affronter une dernière fois. Il aimait son paternel, mais il allait devoir s'y faire. Ce dernier ne voulait plus le voir. Quelques larmes coulèrent de ses yeux verts à cette pensée, puis il se reprit, les essuyant d'un geste vif. Il prit son téléphone et regarda l'heure. 06H12. Wow ! Il avait dormi un bon moment.
Il se leva du lit confortable et ouvrit lentement la porte. La scène qu'il vit, l'attendrit. Son amoureux était avachi dans une position semi-repliée, plutôt inconfortable, selon lui. Il avait les yeux fermés et semblait dormir profondément. Kentin s'approcha en catimini et s'accroupit près du visage de l'homme. Il lui caressa la joue doucement, un sourire sur ses lèvres. Il soupira d'aise. Il était heureux de se trouver là.
Soudainement, Rémi ouvrit ses yeux. Le petit brun sursauta.
- Bonjour, chuchota le plus grand, toujours dans sa position.
Il lui fit un sourire tendre. Et Kentin se sentit happé par des bras et un bisou dans son cou. Son amant le serra contre lui en enfouissant encore son nez au creux de ce dernier. Le petit brun se mit à rire un peu à ce contact.
- Tu n'en as pas marre de mettre ton nez là ? Demanda le petit militaire, riant.
- Hum, non, j'aime sentir ton odeur, Kentin, répondit l'adulte d'une voix chaude et encore un peu empreinte de sommeil.
Ils se détachèrent.
- Je sens que cette journée va être catastrophique, affirma le petit brun. J'ai un peu peur d'y aller.
- Je peux venir avec toi, si tu veux, proposa Rémi.
- Je ne sais pas si c'est une bonne idée, contra Kentin.
- Ton père ne me fait pas peur, de plus, il n'a tout simplement pas intérêt de te faire du mal, autant à toi qu'à moi, je le lui ferai payer dans les deux cas, dit-il, confiant.
Le plus grand se leva et prit place assise. Cette journée s'annonçait sûrement riche en émotions. Tous deux mangèrent rapidement et firent une toilette rapide. Ils prirent même du temps pour se câliner un peu et se retrouver avant le déluge.
Puis, vint un moment où Rémi lâcha un soupir puis se leva. Il prit la main de son cadet et l'entraîna à sa suite.
- Allez ! On doit y aller, dit-il avec force. Je crois que c'est l'heure de l'affrontement.
Il l'avait dit dans un petit rire, mais le jeune militaire n'en menait pas large de son côté. Lentement, l'idée de partir de sa maison se faisait un chemin dans sa tête.
Il s'accrocha au bras de l'adulte, la mine sombre, sur le point de pleurer. Une main lui caressa la nuque puis passa sur ses épaules et le bras entoura ses dernières. Rémi déposa ses lèvres sur le sommet de sa tête. Ça le fit rougir. Ils étaient sur le balcon et des regards s'étaient retournés sur eux. L'ex-enseignant ne sembla pas s'en formaliser et prit légèrement son poignet pour l'entraîner doucement. Il suivit le mouvement.
Kentin lui montra le chemin et ils arrivèrent environ vingt minutes plus tard devant une porte métallisée. Une porte imposante. Kentin hésita à frapper.
Le plus âgé leva un poing et cogna contre le battant qui résonna un peu. Il n'y était pas allé de main morte. La porte s'ouvrit sur un homme imposant, la carrure large, une coupe en brosse horrible de cheveux blonds. Son père.
Quand le grand militaire baissa les yeux et tomba sur eux, il fit une grimace qui confirmait son dégoût. Mais il se renfrogna.
- Et tu oses l'amener jusqu'ici en plus ! S'exclama fortement l'homme en pointant M Faraize. Tu es un fils ingrat et indigne. D'ailleurs, tu ne l'es plus désormais.
Le grand homme initia un mouvement. Il fut arrêté par la main de Rémi.
- Si vous osez le toucher, vous aurez affaire à la loi, monsieur ! Éclata son amoureux, la colère s'affichant sur tout son visage. Et ne vous avisez pas de me frapper.
C'était un avertissement. L'homme blond reprit son bras avec un reniflement dédaigneux.
- Vous êtes deux monstres ! Hurla presque le père. Soit ! Dépêchez-vous et fichez-moi le camp ! Je n'ai pas toute la journée.
Kentin s'engouffra rapidement dans la maison, laissant là son copain et monta rapidement à sa chambre. Il entendit des éclats de voix assourdis venant d'en bas. La discussion semblait houleuse et son père était très visiblement en colère.
Il sortit sa grande valise de voyage. Il y rangea pêle-mêle ses vêtements. Il fit le tour de sa chambre pour prendre les objets qui lui tenaient le plus à cœur. Quelques CD's, son casque audio, son ordinateur portable et quelques autres babioles. Il se dépêcha et referma sa valise qui n'était pas si lourde que ça finalement. Il fit un dernier tour de la pièce des yeux, se tenant dans l'encadrement de la porte. C'était la dernière fois qu'il verrait cette pièce, il le savait. Il détourna ses yeux verts.
Il redescendit, valise sous le bras.
- Eh ben, t'as fait vite pour une fois, petit con, asséna son père. Tiens.
Il lui tendit une petite pile de billets.
- Pour te payer un logement pour environ deux mois et pour te nourrir également. Je reste ton père. Mais je veux que tu partes d'ici. Tu seras majeur le mois prochain, arrange-toi comme tu veux, mais je ne t'apporterai jamais plus mon aide. Je ne veux plus te revoir. À moins de redevenir le garçon que tu étais en début d'année. Je suis dégoûté.
Oui, il en avait l'air. Pas seulement le discours. Kentin se saisit des billets et les fourra rapidement dans l'une des pochettes de sa valise. Il semblait s'être calmé. Peut-être pourrait-il au moins lui faire ses adieux sans qu'il ne pète les plombs ?
Pour se donner du courage, il se plaça près de Rémi et s'accrocha à sa manche. L'homme blond fut encore plus dégoûté.
L'adolescent prit une profonde inspiration et parla.
- Écoute, commença-t-il. Je t'aime beaucoup, papa. Mais, quitte à choisir, je préfère encore rester moi-même que de vivre dans du faux pour te faire plaisir. J'aime Rémi – Mr Faraize, si tu préfères. Le voyant plissé des yeux. Et je serai majeur bientôt. J'ai encore le droit de décider avec quelle personne je me sens bien et heureux quel que soit son sexe. Même si ça te dégoûte et t'horripile. Je l'aime. Et c'est avec lui que je veux être. Tu ne veux même pas tenter de comprendre…
Il vit son père faire une grimace. Il le savait reculé et buté, mais pas à un tel point. Son paternel ne comprenait pas les sentiments et se bornait à penser comme il l'avait toujours fait. Il ne voulait pas s'ouvrir et tenter de comprendre et accepter que l'amour était universel et pas juste un homme et une femme qui se marient et fondent une famille avec le beau jardin, le chien et des enfants parfaits. Tellement cliché comme façon de penser.
- Eh bien, tant pis, argua le plus jeune. Si tu le prends comme ça, je ne reviendrai plus. Mais sache quand même que je ne t'en veux pas, papa. Tu ne veux juste pas accepter et t'ouvrir au monde.
Son corps fut pris de tremblements. S'il continuait, il allait se mettre à pleurer et son père allait encore le traiter de petite fille, comme il y avait un peu plus d'un an. Mais il n'était pas une fille et il avait le droit d'être triste parfois.
- J'ai eu du mal à l'accepter moi aussi, mais je me suis ouvert. Je l'aime, fit-il plus fermement en s'accrochant encore plus au bras de son homme. Adieu…
Il laissa couler librement ses larmes. Son père le regarda, renfrogné. Son regard était dur et Kentin eut du mal à le supporter. Mais il ne prononça aucun mot. Rémi prit sa valise d'une main, son autre bras entourant ses épaules et l'entraînant avec lui.
- Au revoir, monsieur et bonne journée, entendit-il son amoureux prononcer d'une voix enjouée.
Ils se dirigèrent vers le petit appartement de l'ex-professeur.
Kentin pleura un long moment dans les bras réconfortants de son copain. La tendresse de Rémi était une chose qu'il appréciait. Dans ces moments, il n'y avait pas besoin de mots, juste de sa présence et de se sentir épaulé. C'était encore mieux quand vous étiez soutenu par la personne que vous aimiez le plus.
Le plus âgé le tenait entre ses grands bras tous deux blottis sur le petit sofa deux places, Kentin se trouvant assit sur les cuisses de son ex-enseignant et il lui frottait doucement le dos. Le petit brun finit par se calmer et se cala contre la poitrine de son amoureux, respirant profondément. Ils restèrent un moment dans cette position. Encore une fois, un bisou fut déposé sur le haut de sa tête, puis, il sentit le menton de son amant prendre appui.
- Je t'aime tant, Kentin, soupira-t-il. Son ton était apaisé et il sentit le sourire dans sa voix. Pourquoi je suis si amoureux ?
La question ne trouva pas de réponse. Il ne pouvait pas savoir. Mais, de son côté, il était tellement amoureux de son homme aux yeux bleus et savait dans son cœur et son être tout entier pourquoi il l'aimait. C'était le seul à faire battre son cœur aussi fort et aussi vite. Avec ses blagues, ses rires et ses sourires. Il l'avait fait tomber amoureux avec toute sa personne. Pas seulement parce qu'il était attiré – même si, effectivement, il y avait aussi un peu de ça -, mais parce qu'il était une belle personne et qu'il aimait d'abord ce qui faisait de lui, lui, justement. C'était un tout.
Le petit brun leva les yeux vers son amoureux.
- Je suis content de l'entendre, murmura-t-il avec un sourire sincère et tendre. Tu le dis peu, mais quand tu le dis, tu es tellement sincère. Je suis si heureux d'être ici.
Il tenta de s'étirer, mais le plus grand baissa la tête et leurs lèvres se trouvèrent dans un baiser doux et langoureux. Il ferma les yeux, appréciant simplement cet échange. Son cœur était plein d'émotion. Il l'aimait beaucoup trop. Ils se détachèrent, manquant de souffle.
- Mon cœur va exploser, confia Kentin. Je ne savais pas qu'être amoureux pouvait être si bien. Je suis transporté.
Il fut gêné de s'être ainsi confié. Il se cacha dans le pull de l'adulte, y agrippant ses mains, tentant de cacher son visage avec le tissu.
- Je suis gêné, murmura-t-il contre le vêtement, rendant ses paroles assez peu audibles.
- Tu n'as pas à l'être, lui dit son copain ébouriffant les cheveux bruns. C'est normal, après tout. Je ressens la même chose aussi, tu sais ?
Kentin tenta encore plus de se cacher et Rémi se mit à rire, cassant le silence gênant.
- Tu es tellement mignon, fit le grand brun.
Et il repartit dans un petit éclat de rire. Il pouvait bien rester ici, dans cette position encore longtemps, lové entre ses bras protecteurs et bienfaisants. Il y passerait bien sa vie.
S'il avait su qu'être amoureux pouvait être aussi grisant, il aurait voulu pouvoir connaître ça plus tôt. Même s'il avait eu mal au début, il ne regrettait pas. Il ne regrettait rien. De toute façon, il ne voulait pas avoir de remords de ne pas avoir vécu. Il préférait encore vivre et tomber que de se raccrocher à la sécurité et ne rien connaître parce qu'il aurait eu peur de se faire un peu mal. Et il savait qu'ils se blesseraient assurément dans un futur plus ou moins proche, parce que ça arrivait toujours. Et il y ferait face. Mais il espérait tout de même que leur amour durerait le plus longtemps possible.
Ce soir-là, les deux amants ne firent pas l'amour, mais ils ne se privèrent pas de petits plaisirs. Ils s'endormirent dans le lit aux draps foncés, le plus âgé tenant son jeune compagnon entre ses bras. Kentin tomba dans un sommeil sans rêves, sourire aux lèvres.
