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QUATRIÈME COUPLET

Le derniers des esprits

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Hijikata mit un moment à retrouver une respiration normale. Les deux mains pressées sur son torse, il tentait avec peine de calmer ses battements de cœur et le gonflement anarchique de ses poumons. Il finit par reprendre suffisamment le contrôle de lui-même pour s'agenouiller ; il chercha avec des gestes maladroits ses cigarettes et son briquet à côté de son futon, ses mains tremblant tant qu'il eut le plus grand mal à en sortir une du paquet et à l'allumer sans se brûler ni la faire tomber sur ses draps.

Après quelques bouffées, son rythme cardiaque se décida à ralentir, le tremblement cessa et son esprit retrouva un peu de clarté.

- Bordel de merde...

Ce n'était pas des rêves. Inutile de le nier davantage. Beaucoup trop réels. Beaucoup trop... Cohérents... Ce devait être des visions. Ça ne pouvait être rien d'autre. Des sortes... d'hallucinations... Il devenait vraiment fou...

Il fixait le point lumineux que formait la braise de sa cigarette dans l'obscurité, puis suivit des yeux le filet de fumée qui s'élevait lentement vers le plafond, entrevoyant à travers la porte de sa chambre. Il ne la quitta pas des yeux pendant une bonne minute, très tenté par l'idée de suivre sa précédente impulsion et de sortir pour aller vérifier la présence de Yamazaki dans sa chambre. Ce ne serait pas aussi risqué qu'avec Sougo... Il pourrait en profiter pour le tabasser au passage, cet abruti...

Sentant ses nerfs recommencer à faire bouillir son cerveau, Hijikata termina d'un coup sa cigarette pour se calmer, avant d'en prendre une autre aussitôt.

- Aucun intérêt, marmonna-t-il pour lui-même. Je m'en fiche...

Il resta néanmoins ainsi de longues minutes avant de penser à regarder son réveil : il était un peu plus de deux heures. Mais il se sentait cette fois-ci beaucoup trop agité pour se recoucher. Il s'assit plus confortablement sur son futon, résigné à ne pas dormir, et décida de laisser le temps passer. Après tout, il était bien prévu qu'il ait une troisième... Visite... Ou hallucination, quoique ce fût...

Il laissa s'égrainer les minutes les unes après les autres sans bouger de sa place, dans le silence du quartier général à présent totalement endormi. Il sentit sa tête dodeliner à une ou deux reprises, mais s'efforça de résister au sommeil. Le passage du temps pouvait être mesuré par la quantité de mégots qui s'amoncelaient dans le cendrier. Au point que lui-même finit par se dire qu'il n'était pas très raisonnable...

Le vice-commandant se mit à tousser. La fumée s'était accumulée dans la chambre totalement fermée, et il y avait à présent un véritable brouillard formé par la clope dans la pièce.

- Merde, là j'ai abusé quand même...

Il se leva pour aller ouvrir la fenêtre afin d'aérer un peu et en profita pour respirer un peu d'air frais. Il n'aurait pas cru possible de créer une fumée aussi épaisse juste avec des cigarettes. Il resta à la fenêtre pour terminer celle-là ; lorsqu'il se retourna pour rejoindre son futon et par la même occasion en allumer une autre, il constata avec agacement que la pièce semblait toujours aussi enfumée. Il se pencha pour ramasser son paquet, posé juste à côté de son réveil. Lorsque ses yeux se posèrent sur les aiguilles, son geste se figea tandis qu'il sentit son sang se glacer. Elles indiquaient minuit.

Hijikata prit une grande inspiration et se tourna lentement vers la porte en s'efforçant d'afficher une mine détendue. Il était là, au milieu de la fumée de cigarette qui semblait s'être encore épaissie ; en voyant de qui il s'agissait, il ne put retenir un léger mouvement de surprise.

- Shimaru...

Saitou Shimaru, capitaine de la troisième division, se tenait adossé contre la porte fermée, les bras croisés, son regard de loup le fixant à travers quelques mèches bouclées de son abondante chevelure rousse ; il portait son uniforme habituel, ses deux sabres courts croisés dans son dos et le bas du visage dissimulé par un foulard. Sa présence ayant été remarquée, il se décolla de son appui et s'inclina respectueusement devant son supérieur.

- Toujours le sens de la mise en scène, lâcha ce dernier en se redressant pour tâcher de garder une contenance, je ne m'attendais pas à ce que tu m'appelles de vive voix, mais trouve un truc pour annoncer ta présence, je ne sais pas, fais un bruit, racle-toi la gorge. Ça ne compte pas comme une parole, je t'assure.

Shimaru continua de le fixer pendant qu'il l'écoutait, Hijikata remarqua alors qu'il avait l'air un peu... Triste ? Cela renforça un sentiment de malaise déjà coutumier pour ceux qui se retrouvaient confrontés au capitaine Afloup – lui y était pourtant habitué depuis longtemps...

- Bon, déclara-t-il tentant de paraître plus assuré qu'il ne l'était, nous allons quelque part ?

Le fantôme des Noëls à venir hocha la tête, et se retourna pour ouvrir la porte et l'invita à le suivre d'un geste de la main.

- Je n'arrive pas à croire que j'avale tout ça si facilement, marmonna-t-il tout de même avant de lui emboîter le pas.

La première chose qui le frappa quand ils furent dehors, c'est que la fumée était toujours présente, s'étirant en volutes autour d'eux et l'empêchant de voir l'horizon ; impossible qu'il en fût responsable, pourtant cette brume avait toujours cette odeur de cigarette. Ce fut à cause d'elle qu'il ne le remarqua pas tout de suite : la façade donnant sur la cour du quartier général, totalement vide et silencieuse, étaient tendue de draperies noires. Le Shinsengumi était en deuil.

- Shimaru... Qui est mort ? Quand sommes-nous ?

Le capitaine se tourna à demi pour le regarder par-dessus son épaule, mais ne répondit rien. Évidemment.

- Qu'est-ce que tu as fait de ton carnet ? commença à s'impatienter Hijikata. Tu crois que c'était le bon moment pour l'oublier ?

Le concerné ne réagit pas. Son supérieur continua à marmonner, en préférant détourner le regard, dérangé par la pointe de chagrin toujours présente dans celui de Shimaru.

Lorsqu'il risqua à nouveau un œil dans sa direction histoire de quand même se renseigner sur la suite du programme, il constata avec stupeur que le brouillard de fumée de cigarette s'était épaissi au point de le faire disparaître à sa vue. Il voulut s'élancer là où il l'avait vu un peu plus tôt, mais n'eut pas fait deux pas que la brume nicotinisée s'était dissipée aussi vite qu'elle était tombée, suffisamment pour lui permettre d'y voir.

Shimaru se tenait à quelques pas de lui, mais le quartier général avait disparu : ils se trouvaient dans la rue, où quelques passants les croisaient sans faire attention à eux ni paraître remarquer la fumée éparse, au pied d'un bâtiment qu'il reconnut immédiatement pour y être déjà venu moins d'une heure plus tôt : l'agence des yorozuya.

- Encore ? Pourquoi sommes-nous ici ? demanda-t-il comme s'il s'attendait à une réponse.

L'afro se trouvait déjà au pied de l'escalier menant à l'appartement et lui faisait simplement signe de le suivre. Ils trouvèrent Gintoki dans le même siège où il l'avait laissé plus tôt, comme s'il n'avait pas bougé depuis le Noël présent. La pièce, en revanche, était cette fois plus vide, et plus froide. Le kotatsu n'était plus là, et il n'y avait aucune décoration de Noël sur les murs ; tout ce qu'il en restait était le petit père Noël sur une pique en bois dans une tasse posée sur le bureau, dont le contenu avait refroidi sans avoir été bu. Sur un autre coin du bureau était assis son assistant à lunette, dont le regard était également plongé dans la contemplation du ciel gris par la fenêtre, venant parfois s'égarer sur l'arrière du crâne mal coiffé de son patron. Qui à y regarder de plus près, ne paraissait pas être dans son assiette... Il avait toujours eu un regard de poisson crevé, mais celui-ci lui semblait encore plus vide qu'à l'accoutumée. Un silence lourd régnait dans la pièce. Il réalisa soudainement qu'il manquait quelque chose au décor, qui n'aurait certainement pas permis à un tel calme de s'installer : où était la chinoise ?

- Gin-san ! lança soudainement Shinpachi. J'ai oublié de te dire, ma sœur t'invite à venir avec nous pour le repas de Noël ! Ça te dis ?

- Non merci. Vas-y sans moi.

- Je préparerai le repas avec elle, précisa-t-il.

- Pas envie.

- Oh, allez, Gin-san, reprend-toi. Je suis sûr qu'Umibouzu nous la ramènera très vite.

Son patron fit comme s'il n'avait pas entendu, croisa les bras derrière sa tête et ferma les yeux comme pour amorcer une sieste, mais Hijikata put voir le pli qui s'était formé entre ses sourcils.

- Elle fait partie des yorozuya, après tout.

- Rien à faire, marmonna-t-il sans ouvrir les yeux. Qu'elle reste avec lui.

- Gin-san...

- Ça n'a jamais été aussi calme ici, bon débarras.

À la façon dont il le regardait, il n'était pas difficile de deviner que le binoclard n'en croyait pas un mot. Et, bien qu'il ne le connût pas plus que ça, lui non plus, à vrai dire.

- C'est de Kagura dont il s'agit, quand elle voudra revenir, elle reviendra, quoi qu'il en dise.

- Pffff.

Gintoki haussa les épaules et n'ajouta rien, sans bouger de sa place. Hijikata crut un instant qu'il s'était vraiment endormi, lorsqu'il entendit tout bas, comme dans un souffle :

- Encore faudrait-il qu'elle le veuille...

- Bien sûr qu'elle voudra revenir, affirma Shinpachi avec conviction, je suis sûr qu'on lui manque !

- À la base, elle est venue sur Terre pour manger à sa faim... répondit-il en faisant pivoter son siège pour le regarder du coin de l'œil. Je ne vois pas ce qui la retiendrait. C'est Noël, et pas moyen d'avoir un repas décent sur la table. Encore.

- Elle a découvert Noël sur Terre, ce n'est pas aussi important pour elle qu'on pourrait le croire. Le travail ne tombe pas du ciel... Je te parie que d'ici quelques jours, elle revient comme si de rien n'était en nous accusant de ne pas avoir fait les courses.

- Et on les aura sûrement pas faites, assura-t-il avec un léger rire que Shinpachi lui rendit.

Mais quand il fit de nouveau face à la fenêtre, toute trace en avait déserté son visage.

Hijikata se se rendit compte qu'il avait enfoncé ses ongles sur le rebord de la fenêtre. Il attendit que les deux yorozuya disent autre chose, mais la discussion semblait close. Ils n'allaient pas se taire maintenant ! Que s'était-il passé ? Qu'est-ce que c'était que cette histoire ? En fouillant dans sa mémoire, il parvint à se souvenir qu'Umibouzu était le père de la chinoise. Mais alors quoi ?

Il tourna si rapidement la tête vers Shimaru qu'il manqua de se dévisser le cou.

- C'est quoi l'histoire ? Est-ce qu'il l'a emmenée de force ? Ou est-ce qu'elle est partie de son plein gré ?

Bien sûr, l'esprit se contenta de le regarder sans rien dire.

- Elle est tombée de nouveau malade ? le pressa-t-il. Ou c'était le manque de nourriture ? Les deux ? Explique, bordel de... Pourquoi tu m'amènes ici si c'est pour me laisser ne rien comprendre ?

Devant son absence de réaction, Hijikata lâcha une exclamation de rage et préféra se concentrer sur la neige sur le rebord de la fenêtre, ne voulant regarder ni le policier silencieux, ni le yorozuya. Il n'avait... Jamais considéré celui-là comme un ami proche, ni un ami tout court, ni même une connaissance amicale... Il l'avait certes aidé à se tirer d'un certain nombre de bourbiers, mais lui avait mis le nez dans facilement le double. Et il était irritant au possible, pour ne rien arranger, et... Bref. Le voir dans cet état était insupportable. Ce n'était pas nouveau que la lumière soit éteinte dans ce regard morne, mais cette fois, elle n'était pas juste éteinte... C'est comme si l'ampoule avait définitivement grillé. Il avait envie d'entrer, de le secouer, de le mettre en colère, de se battre avec lui s'il le fallait. Mais il savait au fond que ce serait inutile. C'était son indifférence et sa cruauté qui avaient contribué à lui arracher une partie de sa vie qui le maintenait à flot.

- J'ai compris, dit-il dans un souffle. Mais tout ça n'est pas irrévocable, n'est-ce pas, ça peut encore... S'arranger. Avant d'en arriver là.

Shimaru se tourna pour lui faire face. Hijikata attendit un assentiment, un hochement de tête, il avait reconnu son erreur, n'était-ce pas ce qui était attendu de lui ? Mais le capitaine se contenta de le fixer, le regard encore plus triste qu'avant. Il tendit la main vers lui et Hijikata ne put retenir un mouvement de recul ; mais le timide, l'introverti loup afro s'avança d'un pas résolu vers lui, jusqu'à poser la main sur son bras, et aussitôt la fumée s'épaissit de nouveau pour les envelopper complètement.

Cette fois, elle mit un peu plus de temps à se lever de nouveau, Shimaru réapparaissant à sa vue avant qu'il ne puisse voir où il l'avait emmené.

- Où sommes-nous ? demanda-ils aussitôt. Ou plutôt quand ? Est-ce qu'on a changé d'époque, est-ce que c'est un autre... un autre Noël dans le futur ?

À son grand soulagement, Shimaru sembla accepter de se montrer un peu plus communicatif sur ce point et secoua la tête en signe de dénégation. Ils étaient donc toujours à la même période dans le futur, ils avaient simplement changé de lieu...

Lieu qu'il reconnut sitôt que la fumée se dissipa suffisamment. Ils étaient au cimetière.

- Shimaru ? Qu'est-ce qu'on fait ici ? Ça ne peut pas avoir de rapport avec ce que nous venons de voir, la gamine n'est pas...

Son estomac se noua. Non, malgré le flou de la situation, il était certain que la chinoise était vivante, juste partie avec son père. Mais il venait de se souvenir des draperies noires dans la cour du Shinsengumi.

- Qui ? Qui est-ce ? demanda-t-il aussitôt.

Pour toute réponse, Shimaru pointa du doigt le chemin devant lui. Il remarqua alors qu'ils n'étaient pas seuls : un peu plus loin, deux silhouettes se tenaient devant eux. Hijiktata regarda à nouveau son guide, hésitant, mais celui-ci insista en lui montrant les deux visiteurs, ne semblant pas cette fois vouloir le précéder. Le vice-commandant commença alors à s'approcher d'un pas peu sûr, plissant les yeux pour tenter d'identifier à travers la fumée les deux personnes qui paraissaient regarder une tombe, l'une se tenant juste devant, l'autre un peu en retrait.

Ce fut lorsqu'il fut arrivé à moins de cinq mètres qu'il reconnut le premier ; un uniforme blanc, des cheveux gris bien lissés et un regard indolent derrière un monocle : Isaburo Sasaki, le chef de leurs rivaux du Mimawarigumi. Derrière lui attendait sa version brune et femelle de Sougo, mangeant un de ses donuts avec son habituel regard dénué d'expression. Celui d'Isaburo, posé sur la tombe, se voulait grave et digne.

- C'est donc un incroyable adversaire qui s'éteint, déclama-t-il d'un ton dramatique. Un grand homme, qui a accompli de grandes choses et aurait sans nul doute pu en accomplir encore bien d'autres si la fatalité cruelle lui en avait laissé le temps. Puisse-t-il trouver dans l'au-delà une paix que la vie s'est entêtée à lui refuser...

- Vous savez que c'est une tombe vide ? l'interrompit Nobume. L'enterrement n'est prévu que pour demain.

- Mon agenda ne me permettra pas de donner de mon temps demain, je ne vois pas le problème à prendre un peu d'avance... Oh, tu m'as fait perdre le fil, vilaine fille.

La vilaine fille se contenta de prendre une nouvelle bouchée de son donut.

- Hé bien, voilà qui est dommage, soupira-t-il avec affliction. J'aurais souhaité que nous nous affrontions encore une fois, une nouvelle rencontre aurait été, j'en suis sûr, fort intéressante... Je suppose que je n'ai plus qu'à effacer ce numéro de mon répertoire, acheva-t-il en tapotant les touches du portable qu'il avait tiré de sa poche.

- Vous savez comment il est mort ? demanda Nobume, la bouche à moitié pleine. Il ne semblait pas facile à tuer.

Hijikata s'approcha davantage, le cœur battant. Cela ne pouvait pas être un hasard, l'homme à qui était destinée cette tombe devait être celui dont le Shinsengumi était – ou plutôt sera – en deuil. Et pour que cette maudite rose d'Isaburo s'y intéresse, ça ne devait pas être n'importe qui. Il pensa immédiatement à Kondo. Ou peut-être Sougo, à en juger par la dernière remarque de Nobume...

- Je n'ai hélas que peu d'éléments à ce sujet. Le Shinsengumi garde jalousement tout ce qui pourrait être utilisé contre eux. Comment leur en vouloir ? J'ai cependant pu, grâce à certains contacts, glaner quelques informations sur les causes à défaut des circonstances.

Hijikata était à présent si près de lui qu'il aurait pu sentir son souffle s'il avait eu conscience de sa présence.

- La responsabilité en revient au vice-commandant lui-même. Malgré ses responsabilités, cet homme a toujours eu un comportement de loup solitaire... C'est bien ce qui a causé cette tragédie. S'il avait été plus enclin à offrir sa confiance à ses hommes, les choses ne se seraient pas terminées ainsi. Et cette tombe ne serait pas dressée devenant nous.

L'instant d'avant, Hijikata avait senti son cœur battre la chamade. À présent, il avait l'impression qu'il s'était tout simplement arrêté.

- Tout cela reste bien sûr entre nous, Nobume. Je m'en voudrais de ternir ainsi son image. Bien, allons-y, à présent. Nous avons fort à faire et je n'ai jamais beaucoup aimé les cimetières. Mais tout de même, y manger des pâtisseries ne me paraît guère approprié.

- Y envoyer des textos non plus, fit-t-elle remarquer à son chef qui s'était remis à tripoter son téléphone tandis que tous deux s'éloignaient.

Hijikata resta immobile encore de longues secondes après qu'ils aient disparu de son champ de vision. Puis il se retourna vers l'esprit qui l'accompagnait, qui s'était avancé silencieusement pour rester quelques pas en arrière. Son regard était plus triste que jamais, et à présent, il commençait à en deviner la cause. Il bondit soudain vers lui comme s'il avait été frappé par la foudre.

- Shimaru ! dis-moi de qui il s'agit, exigea-t-il en l'empoignant par le col. Un mot, je te demande un mot, ça ne va pas te tuer, merde ! Je ne le répéterai à personne, que tu as parlé ! Mais tu dois me le dire ! J'ai compris, j'ai bien compris ce que vous vouliez tous me dire, je vais changer tout ça ! Mais pour ça, je dois savoir. Je dois savoir ce que je dois empêcher. Alors dis-moi de qui j'ai causé la mort !

Le chagrin dans son expression avait laissé une part de place à la surprise quand il se vit ainsi agressé ; il secoua la tête avec fougue, montrant avec des gestes frénétiques la pierre tombale. Hijikata s'apprêta à réitérer son ordre, à le supplier s'il le fallait, avant que la lumière ne se fit brusquement dans son esprit. Bien sûr, était-il stupide, il pouvait vérifier par lui-même !

Il s'élança vers la tombe. Bien que la sachant vide, il ne put s'empêcher de ralentir à son approche. Il avança les mains vers la pierre et, avec précautions, dégagea la poudreuse qui l'avait partiellement recouverte, à l'endroit où devrait figurer le nom. Il sentit sa respiration s'accélérer en sentant le creux des lettres gravées sous ses doigts. Une fois la neige enlevée, il s'approcha encore et plissa les yeux pour lire malgré la faible luminosité que leur cédait l'ombre des arbres. Il vit alors le nom.

Toushirou Hijikata

Le vice-commandant semblait s'être statufié. En général, une telle et soudaine paralysie était chez lui le prémisse d'une explosion dévastatrice. Mais cette fois, lorsqu'il bougea de nouveau, se retournant vers l'esprit qu'il ne put pas même regarder en face, fixant la neige à ses pieds, ce fut avec un calme inhabituel, étonnant, voire inquiétant.

- Shimaru... commença-t-il d'une voix sourde, tout ce que tu me montres... Est-ce ce qui doit arriver, ou ce qui peut arriver ?

L'esprit ne répondit ni par mot ni par geste. Mais une goutte vint d'écraser devant ses bottes ; réussissant à lever les yeux, Hijikata vit qu'il ne s'agissait pas d'une goutte de bave suivant une des ses crises de narcolepsie.

- Shimaru ! Pourquoi me montrer tout ça si rien ne pourrait changer ? Pourquoi tu...

Il s'interrompit, et se mit à poser un regard différent sur le visage où coulaient de nouvelles larmes, celui du capitaine de troisième division, celui qu'on appelait le purgateur du Shinsengumi, le porteur de mort.

Hijikata se releva maladroitement, les muscles engourdis comme tirés du sommeil, franchit les quelques pas qui les séparaient et se laissa presque tomber en avant en saisissant des deux mains les pans de sa veste.

- Prend tes sabres.

Shimaru le regarda, une expression interrogative derrière ses larmes.

- Écoute-moi, l'esprit des Noëls futurs, j'ai tout compris à présent. J'ai compris pourquoi c'était toi. S'il n'y a rien d'autre à faire, si je ne peux plus empêcher ça, alors finis-en.

Le purgateur cligna des yeux, semblant comprendre, et tenta de le repousser en lui saisissant les poignets.

- Fais-le ! hurla-t-il en raffermissant encore sa prise. Tout le mal que j'ai vu ce soir est de ma propre faute, alors, je le mérite n'est-ce pas ? Quitte à devoir mourir, je préfère que ce soit en évitant tout ça. Alors fais ton travail !

Shimaru continuait de se débattre sans que son vice commandant voulût le lâcher : puis, dans un dernier élan, il finit par le repousser avec assez de force pour le faire tomber en arrière.

Son dos et sa tête heurtant le sol assez violemment, sa vision devint floue ; Hijikata put voir l'image de Shimaru se brouiller, s'amincir jusqu'à se transformer en un des montants de la porte de sa chambre.

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Je vous souhaite à tous un bon réveillon, et vous donne rendez-vous demain pour la suite et fin de cette histoire !