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CINQUIÈME COUPLET

La conclusion

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Hijikata se redressa en hurlant. Shimaru avait disparu. La fumée avait disparu. Un rai de lumière matinale entrait par la fenêtre et le léger bruissement d'un quartier général en train de se réveiller était perceptible. Il se leva d'un bond, arrachant les couvertures qui le recouvraient, examina son corps et ses vêtements : pas de bleus en souvenir de coups de bazooka, pas de neige ni d'humidité dans ses cheveux. Posés près de son futon, son paquet de cigarettes et son briquet traînaient près du cendrier débordant de mégots froids depuis longtemps.

- Je suis vivant... murmura-t-il. Alors, ce n'était pas... Je peux encore...

Ses pensées furent interrompues par quelques coups timides frappés contre sa porte.

- Vice-commandant ? fit une voix hésitante. Je vous ai entendu crier... Est-ce que tout va bien ?

Sa question fut suivie d'un glapissement lorsque la porte s'ouvrit soudainement et qu'une main saisit l'avant de sa veste.

- Tetsunosuke ! s'exclama Hijikata avec des yeux exorbités qui lui donnaient l'air d'un dément. Quel jour sommes-nous ?

- Euh... C'est le jour de No... C'est le 25 décembre, vice-commandant, se reprit le jeune Sasaki.

- Je ne l'ai donc pas raté... Merveilleux !

Il lâcha son assistant et lui claqua la porte au nez, le laissant là avec une expression hébétée sur son visage poupin.

Porte qui se rouvrit quelques secondes plus tard.

- Dis, tu n'es pas en congé, aujourd'hui, toi ?

- Euh... En principe si, vice-commandant, c'est juste...

- En principe ? Alors qu'est-ce que tu fais encore là ? Fiche le camp, va retrouver tes potes, allez vous amuser et ne t'occupe pas de moi !

- Quoi ? Euh, je veux dire, à vos ordres, vice-commandant !

Le garçon fila comme une flèche, à une vitesse étonnante considérant son surpoids.

Son chef avait déjà refermé la porte : il fonça faire la toilette la plus désordonnée de sa vie, ses cheveux se retrouvant plus ébouriffés qu'à son réveil, puis il décida que ça irait bien comme ça et il enfila son uniforme avec un tel empressement qu'il ne se rendit compte qu'une fois sur le point de sortir qu'il avait mis son pantalon à l'envers.

Quelques minutes plus tard, une voix joyeuse lui répondit derrière la porte à laquelle il venait de frapper. En entrant, il vit Kondo assis derrière son écritoire, son bonnet de père Noël sur la tête, achevant ce qui paraissait être une carte de vœux. Il l'accueillit, comme toujours, avec un grand sourire :

- Oh, bonjour Toushi ! Dis, je viens de voir partir Tetsunosuke, vous vous êtes croisés apparemment, est-ce que tout va bien ? On aurait dit qu'il avait vu un fantôme !

- Un seulement ? Le petit joueur.

- Comment ?

- Rien. Joyeux Noël, Kondo-san.

Le commandant parut abasourdi un instant, mais se reprit vite en souriant plus largement encore.

- Joyeux Noël à toi aussi Toushi ! Tu as l'air plus reposé qu'hier, ça fait plaisir à voir !

- Oui, je... J'ai eu une nuit... Réparatrice.

Il chercha quelque chose à ajouter, mais rien ne vint. Il se gratta l'arrière du crâne, embarrassé, cherchant la meilleure formulation pour ce qu'il était venu dire.

- Euh... Je voulais vous demander... Je finis mon service à midi... Le temps de rentrer et de me changer, je ne pourrais probablement pas être au cabaret avant midi trente. Je ne sais pas à quelle heure vous avez réservé... Est-ce que ça ira ?

Kondo parut cette fois totalement estomaqué, puis se releva d'un bond.

- Tu es sérieux ? Tu as changé d'avis ? Oh Toushi, je suis ravi ! Ça nous inquiétait tous de te voir décidé à passer les fêtes tout seul ! se réjouit-il avec un sourire d'une oreille à l'autre en lui saisissant avec affection les deux épaules, le pompon de son bonnet rebondissant de droite à gauche.

- Vous n'avez pas à vous inquiéter autant, marmonna Hijikata avec gêne. J'étais juste stressé, c'est tout... Vous n'avez pas répondu à ma question.

- Nous y serons à midi, toi, arrive à l'heure que tu peux, nous te garderons une place, lui assura-t-il. Ah, ça me fait tellement plaisir, Toushi !

- À moi aussi, Kondo-san, répondit le vice-commandant avec un sourire gêné, mais sincère. Je vais vous laisser, je dois quand même aller travailler ce matin.

- Tu as encore le temps, tu sais. Il est tôt, ton service ne commence pas avant une bonne heure.

- Je sais... Mais j'ai quelques petites choses à régler avant.

- Vraiment, rien de grave j'espère ?

- Non, non, ne vous inquiétez pas. À tout à l'heure, passez une bonne matinée, Kondo-san.

Moins d'une minute après que le vice-commandant eut quitté la pièce par la porte menant vers l'extérieur, une tête apparut par l'embrasure de celle qui donnait sur le couloir.

- J'ai cru entendre la voix énervante d'Hijikata. Il est là ?

- Non, Sougo, tu l'as raté de peu. Il est parti pour le moment, il a dit qu'il avait des choses à faire et qu'il serait revenu d'ici une heure.

- Dommage. Je voulais lui présenter mes vœux pour Noël, précisa-t-il en entrant complètement dans la pièce, portant sur l'épaule son bazooka qu'il avait orné d'un gros ruban rouge. Tant pis, je les lui enverrai tout à l'heure.

- Sougo ! protesta Kondo. Tu pourrais t'abstenir pour aujourd'hui, enfin ! En plus, son humeur a l'air de s'être beaucoup arrangée, ne va pas tout gâcher s'il te plaît...

- Hum ? On est en plein miracle, là.

- Peut-être, mais ne va pas en causer un autre plus explosif, d'accord ?

- Voyons Kondo-san, pour qui me prenez-vous. Il est chargé à la fausse neige, expliqua Sougo en tapotant le canon de l'arme. Juste une blague.

- Ah, j'aime mieux ça, fit Kondo en se détendant.

- Un peu d'esprit de Noël n'a jamais fait de mal à personne, déclara le jeune homme en ressortant de la pièce.

- Heu, Sougo ? le rappela Kondo, pris d'un doute, tu as bien vérifié qu'il était désarmé avant de mettre la neige, n'est-ce pas ?

- Ah ça, je nous en réserve la découverte pour tout à l'heure. L'esprit de Noël, c'est aussi savoir apprécier les surprises...

- Sougo !

Le capitaine aurait toutefois eu ses chances de le rattraper, Hijikata n'ayant pas encore quitté le quartier général. Il se hâtait vers la sortie, sans doute un peu trop, raison pour laquelle il n'entendit pas arriver son collègue qui tournait l'angle du mur dans l'autre sens.

- Aouch !

- Aïe ! Pardon, je suis désolé, vice-commandant !

- C'est pas grave...

Il s'immobilisa un instant lorsqu'il reconnut celui qu'il avait percuté.

- … Yamazaki ?

- Euh, oui, j'étais justement en train de vous les apporter, vice-commandant, s'empressa de dire celui-ci en brandissant un paquet de feuilles devant lui.

Hijikata les saisit sans même y jeter un coup d'œil, son regard ne lâchant pas l'inspecteur qui ne le remarqua pas, dissimulé par le papier comme derrière un dérisoire bouclier.

- Je suis désolé, répéta Yamazaki avec l'air de celui qui sent qu'il fonce droit vers la réprimande, il en manque deux... Mais je vous les apporte pour cet après-midi sans faute, promis !

- Cet après-midi... ?

Répéter la fin de la phrase de l'autre, une bonne technique lorsqu'on avait besoin d'un délai pour reprendre ses esprits. Hijikata songea tout à coup que ça faisait un moment qu'il n'avait pas fumé. Il sortit une cigarette de son paquet rangé dans la poche intérieure de sa veste, la cala entre ses dents et l'alluma avant de tirer une latte bienvenue. Puis il reporta son attention sur Yamazaki qui attendait toujours en ayant l'air de se demander s'il allait s'en prendre une, ou avoir plus de chance et écoper simplement d'une engueulade.

- … Les rapports que je t'ai demandés, acheva-t-il finalement. Encore deux, tu dis ? Laisse tomber, tu le feras plus tard.

Yamazaki cligna deux fois des yeux avec une expression singulièrement ahurie.

- Pa... Pardon ? Plus tard ? Mais vous voulez dire plus tard quand ?

- Quand tu seras en service et à ton bureau. Donc pas ce matin, si je me souviens bien du planning, tu es à l'extérieur, non ? Tu comptais faire ça à quel moment, au juste ?

- À l'heure du déjeuner, c'est le seul moment où...

- Kondo ne t'a pas invité au cabaret avec les autres ? le coupa-t-il.

- Si, mais...

- Alors vas-y, ce serait impoli de lui faire faux bond. Deux pauvres rapports, ça peut attendre... Il y en avait beaucoup, concéda-t-il. Plus la faute à la vague de délinquance qui précède les fêtes qu'à ton rythme d'écriture, si tu veux mon avis. Tant pis, on fera avec.

- Mais... Du coup, si vous ne les avez pas à la date que vous avez exigée, est-ce que ça ne risque pas de poser problème au niveau de... hésita Yamazaki qui, à chaque mot, paraissait se demander à quel point poursuivre cette phrase était une mauvaise idée.

- Des délais ? Bah, je les réduis toujours au cas où. Au pire, j'en déléguerai une partie.

Maintenant, l'inspecteur regardait son supérieur comme si une deuxième tête venait de lui pousser.

- J'en laisserai une partie à Shimaru, tiens, poursuivit Hijikata comme si de rien n'était.

- Sérieusement, vice-commandant ?

- Oui, pourquoi ? Il a l'habitude de noircir du papier, ça ne devrait pas lui poser de problème. En plus de ça, il se fait chier 90% de son temps, ça lui fera pas de mal de se sentir un peu utile.

- Ah, je ne remettais pas du tout ça en cause... C'est le mot « déléguer » qui m'a fait bizarre... Juste... Tout va bien ?

- Moi ? Évidemment, c'est à toi qu'il faudrait demander ça.

- Moi ? Pourquoi ?

- T'as une sale gueule.

Il tira une nouvelle bouffée de sa cigarette avant d'enchaîner :

- T'es pâle comme un linge. Tiens, en attendant, va mettre ça sur mon bureau, ajouta-t-il en lui remettant les rapports dans les mains, il faut que je sorte. Je te retrouve tout à l'heure à ton poste, et sans raquette ou je t'assomme avec !

- Ah, oui, bien sûr, à vos ordres, s'empressa de répondre Yamazaki. Puis, alors qu'Hijikata s'éloignait à grand pas : merci, vice-commandant !

Celui-ci lâcha en réponse un marmonnement que son subordonné ne pouvait de toute façon pas entendre.

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Après avoir réussi à quitter le quartier général, Hijikata ne mit pas longtemps à arriver à sa destination. Une fois sur place, il resta un instant sans bouger, la main en l'air. Il n'hésitait pas sur le fond de sa démarche, mais se connaissant, c'est sur la forme qu'il risquait de buter... Rah, tant pis, il improviserait. Il frappa quelques coups secs sur le montant de la porte de l'agence des yorozuya.

Pas de réponse. Il réitéra son geste plusieurs fois, mais il ne semblait pas y avoir âme qui vive à l'intérieur. Il réalisa tout d'un coup qu'il était encore très tôt, cette feignasse n'était probablement pas encore réveillée. Merde, il n'avait pas pensé à ça.

- Vous cherchez Gintoki-sama ?

Il se retourna en entendant la voix féminine et baissa les yeux vers le rez-de-chaussée ; il reconnut en contrebas la fille androïde qui avait tapé dans l'œil de ce mécanophile de Yamazaki, occupée à balayer la neige fraîchement tombée sur le trottoir. Quelqu'un s'était visiblement amusé à accrocher des boules de Noël à ses piques à cheveux et avait agrémentés le tout d'une guirlande, ce qui avec ses cheveux verts donnait à l'ensemble l'allure d'un sapin de Noël grotesque.

- Ils est sorti ce matin, avec Kagura-chan, l'informa-t-elle.

- Ah... Merci, est-ce que vous savez pour aller où ?

- Je les ai entendu parler du dojo de Shinpachi-san, monsieur le policier.

- Compris, merci. Jolie coiffure ! lança-t-il avant de s'élancer à vive allure dans la rue.

Le dojo n'était pas très loin, et Hijikata se retrouva bien vite à frapper à sa porte ; ce fut le visage comme toujours souriant de la maîtresse des lieux qui vint l'accueillir.

- Oh, bonjour, Hijikata-san ! Je vous souhaite un joyeux Noël ! le salua-t-elle. Je suis désolée que vous vous soyez déplacé jusqu'ici, mais il n'est pas là.

- Merci, Otae-dono, joyeux Noël à vous aussi... Euh, vous dites qu'il n'est pas là ?

- Oui, c'est étonnant, n'est-ce pas ? J'ai vérifié toutes ses cachettes habituelles, et il n'est nulle part. On dirait qu'il va attendre midi pour venir me harceler, c'est presque délicat par rapport à d'habitude !

Le déclic mit quelques secondes à se faire dans la tête d'Hijikata.

- Ah ! Non, non, je ne venais pas chercher Kondo. Je venais voir le Yorozuya. Il est bien ici ?

- Gin-san ? s'étonna-t-elle. Oui, est-ce qu'il a un problème ?

- Non, pas encore, je veux dire pas cette fois. Je viens le voir... Pour une affaire professionnelle.

- Vraiment ? Excellente nouvelle ! se réjouit-elle. Ça le changera pour une fois ! Gin-san ! appela-t-elle à l'intérieur. Tu as de la visite !

Otae disparut dans le couloir et un pas traînant se fit bientôt entendre ; puis Gintoki fit son apparition sur le pas de la porte. Il avait un air singulièrement endormi comme à son habitude, mais qui fut vite remplacé par une expression renfrognée dès qu'il le reconnut.

- Hein, c'est toi ? Qu'est-ce que tu fous là ?

Sa première impulsion lui dicta de l'envoyer chier ; comme il le faisait presque inconsciemment à chaque fois que la bile commençait à monter, il alla chercher ses cigarettes dans sa poche en tâchant de contrôler sa voix lorsqu'il lui répondit :

- Ouais, bonjour à toi aussi... Euh, je suis passé à l'agence, mais il n'y avait personne...

- Qu'est-ce que tu veux cette fois ? Mon scooter est mal garé ? Il a dû glisser à cause du verglas, d'accord ? Est-ce que je peux aller le déplacer ou est-ce qu'il est déjà en route pour la fourrière ?

Il avait commencé à s'avancer pour lui passer devant et aller vérifier, obligeant Hijikata à se décaler pour lui barrer la route.

- Rah, tu vas m'écouter et arrêter les conneries, oui ? Je m'en fous de ton scooter, je suis venu te parler d'un travail !

- Un travail ? répéta Gintoki avec un sarcasme bien perceptible dans la voix mais en s'arrêtant malgré tout, tu parles de celui que tu ne m'as pas donné ?

- Non, un autre.

Il prit le temps d'allumer sa clope pour réussir à trouver les bons mots.

- En fait... hésita-t-il en se grattant l'arrière du crâne, Otae-dono te l'a peut-être dit, mais Kondo et plusieurs des hommes du Shinsengumi ont l'intention de passer le repas de Noël au cabaret où elle travaille...

- Oui, elle me l'a dit. Elle est ravie d'ailleurs.

- Elle peut l'être sans ironie, parce que connaissant les gars, ça va chiffrer question consommation. Enfin bref, ça signifie pas mal d'agents en position de... pas de faiblesse, mais de détente, dirons-nous, qui pourraient être la cible d'attentat terroriste... Il ne manquerait plus que le vieux Matsudaira décide de se joindre à nous, et tu sais qui il a tendance à traîner dans son sillage... Tout ça pour dire que, pour des raison de sécurité, je ne serais pas contre avoir une ou plusieurs paires de bras en plus pour aider à la défense de tout ce monde...

- Attends, attends que je comprenne, l'arrêta Gintoki. Tu ne me fais pas confiance pour recoller quatre tuiles, mais tu veux de moi comme garde du corps ?

- Considérant que les tuiles ne se fixent pas à la colle, j'ai sans doute de bonnes raisons pour ça. Par ailleurs, ça paie mieux, ajouta-t-il alors que son vis-à-vis ouvrait la bouche pour répliquer.

- Gin-chan, qu'est-ce que tu fais dehors, c'est qui ?

Entre le yorozuya permanenté et la porte vint se faufiler une petite tête rousse qui avait le visage de celle qui aurait eu besoin de quelques heures de sommeil en plus.

- Qu'est-ce qu'il fait là, le voleur d'impôt ? grogna-t-elle en voyant qui était à la porte. On attend pour manger, nous.

- Allons, Kagura-chan, c'est très grossier de parler ainsi des gens, fit Otae en revenant à son tour.

- Mais Gin-chan il le dit tout le temps !

- Gin-san n'est pas vraiment le meilleur modèle à prendre dans cette pièce.

- Hé !

- Reviens à l'intérieur, ce n'est pas bon de rester dans un courant d'air avec un rhume, lui intima Shinpachi qui avait suivi sa sœur. Bonjour, Hijikata-san.

- Il a raison, ajouta Otae, rentre et laisse Gin-san parler avec son ami.

- Hé ! Ça va pas ? Parler avec mon quoi ? C'est toi qui est grossière !

- Bon, intervint Hijikata, j'en déduis que le travail ne t'intéresse pas ?

- Hein ? Quoi ? Attends, je n'ai pas dit ça, je n'ai rien répondu encore ! Et puis « voleur d'impôt », je ne le dis pas si souvent, faut pas l'écouter...

- J'ai compris, je montre le prix. En plus du salaire pour vous trois, je vous paie le repas, à toi, au binoclard et à ta chinoise, ça vous va ?

Avant que la bouche ébahie de Gintoki ne trouve une occasion de se refermer ou de formuler une réponse, un cri d'intensité croissante car se rapprochant à grande vitesse retentit à l'intérieur de la maison. En moins de temps qu'il ne lui aurait fallu pour dégainer, une masse rouge s'était jetée sur Hijikata avec la force d'un taureau et la vitesse d'une balle de fusil, enroulant ses bras autour de son cou et enserrant ses jambes avec tant de forces autour de sa taille que les autres crurent entendre les os du policier se fêler.

- C'est vrai c'est vrai c'est vrai ? criait la furie yato en s'accrochant au vice-commandant comme un koala sous stéroïdes. Un vrai repas de Noël, avec de la viande, du pudding, des marrons et tout et tout ? Oh merci merci merci ! Gin-chan, t'as intérêt à te bouger et à aller bosser !

- Je te rappelle que ça t'engage aussi, répliqua le concerné pour autant pas moins surpris.

- Anego, il faudrait faire rentrer le flic, je crois qu'il prend froid, dit Kagura, soudainement très soucieuse de la santé de celui qu'elle venait de classer comme main nourricière. Il est tout bleu.

- C'est parce que tu l'étouffes, Kagura-chan.

- Oh ?

Avec l'aide de Shinpachi qui avait lui aussi senti le danger, Hijikata parvint à s'extraire de l'étreinte de Kagura, et dut s'appuyer un moment sur le mur pour ré-oxygéner son sang.

Entre deux respirations douloureuses, il songea qu'elle paraissait bien plus en forme maintenant qu'elle savait qu'elle allait avoir un vrai repas de fête. À se demander si elle n'en avait pas fait des tonnes avec son rhume pour jouer sur la corde sensible des sentiments paternels de Gintoki et l'inciter à se bouger un peu le cul...

- Très bien, réussit-il à articuler lorsqu'il eut repris un peu de contenance, ils y seront vers midi mais j'y serai un peu plus tard. Vous n'aurez qu'à leur dire que vous venez de ma part, ou m'attendre si vous avez peur qu'ils ne vous croient pas. Quoique Kondo le croira si c'est vous qui le lui dites, ajouta-t-il à l'attention d'Otae.

- Il n'y aura pas de problème, assura-t-elle avec un grand sourire. Merci beaucoup d'avoir donné ce travail à Shinpachi, j'étais sur le point de lui dire de lâcher cet emploi sans avenir avec ce bon-à-rien...

- Pardon ?

- Est-ce que vous voulez entrer manger un morceau avec nous avant de repartir, Hijikata-san ? demanda-t-elle en ignorant l'exclamation outrée du patron des yorozuya. J'ai préparé assez de Tamagoyaki pour tout le monde.

- Ah, euh, c'est très gentil, mais je dois partir, je travaille ce matin, expliqua-t-il rapidement avec un regard en biais à Gintoki qui avait affiché une grimace mélodramatique à l'évocation de ce plat du démon, je dois y être à l'heure ou il faudra que j'applique le règlement, le seppuku, tout ça, c'est moi qui l'ai inventé alors vous pensez bien qu'on va pas me rater...

C'était un demi-mensonge, évidemment. Il avait encore le temps de rentrer au quartier général ; il voulait bien se montrer gentil au nom de l'esprit, ou plutôt des esprits de Noël, mais il ne fallait pas abuser non plus, ou la prédiction du troisième d'entre eux risquait bien de se réaliser, et plus tôt que prévu.

- Dommage. À tout à l'heure dans ce cas, et n'oubliez pas la laisse de votre gorille domestique !

- Bien sûr, bonne matinée, répondit-il avant qu'elle ne retourne à l'intérieur en entraînant son frère et Kagura, qui la suivit après une dernière étreinte heureusement plus mesurée à son nouveau bienfaiteur. S'ensuivit un moment de silence gêné entre les deux seuls encore dehors, restés plantés là comme deux idiots en se fuyant du regard sans savoir quoi dire. Ce fut finalement Gintoki qui rompit le silence avec un raclement de gorge :

- Le tarif pour les jours fériés s'applique aujourd'hui, rappela-t-il d'un ton détaché.

- Évidemment. D'ailleurs, autre chose – Hijikata baissa la voix pour être sûr de n'être entendu de personne d'autre – je te rajoute une bouteille de saké si tu arrives à faire en sorte qu'Otae épargne un peu Kondo.

- Ah... J'aime bien le saké, mais là, je m'en voudrais de te bercer d'illusions le jour de Noël. Franchement, c'est hors du champ de mes compétences.

- Au moins réduire les dégâts au minimum, insista-t-il.

- Qu'est-ce que tu appelles un minimum ?

- S'il peut éviter tout dommage qui aurait valu un transport en ambulance à quelqu'un de moins têtu, ce sera déjà pas mal.

- Bon, je verrai ce que je peux faire.

- Merci. Bien, je vais vous laisser, conclut-il en se dirigeant vers la sortie, tâchez d'être à l'heure... Et bon petit déjeuner, ajouta-t-il avant d'avoir pu s'en empêcher.

- Enfoiré ! T'avais pas dit que t'étais pressé ?

- T'en fais pas, j'y vais !

Hijikata pressa malgré tout le pas, le fait que le permanenté pût éprouver de la reconnaissance pour lui en ce moment n'excluant pas un quelconque mauvais tour qui aurait conduit à son empoisonnement par matière noire. Il quitta en hâte la cour du dojo, s'excusa rapidement auprès du moine qu'il avait bousculé à sa sortie avant de se dépêcher en direction du quartier général. Il ne vit pas le moine, ses longs cheveux noirs cachés par son large chapeau lui lancer un regard à la fois surpris et décontenancé tandis qu'il tournait à l'angle de la rue.

Le retour fut rapide, et il était largement dans les temps lorsqu'il posa le pied dans le couloir du Shinsengumi. Il le traversa le cœur léger, passant devant le panneau des services avec la vague idée d'attendre le sien en compagnie de Kondo s'il était encore là, qu'il aurait pu au passage avertir de la présence des yorozuya ce midi. Il s'arrêta soudain au milieu du chemin, puis repartit en marche arrière pour revenir devant ledit panneau. Il le regarda un moment, avant de saisir deux des plaques portant les noms de ses agents et de les inverser. Puis il fit un détour vers la cour où il pouvait entendre d'ici qu'il s'y trouvait un petit rassemblement. En sortant, il y trouva comme il s'y attendait un groupe de policiers qui avaient réussi à poser leur journée pour la passer en famille ou entre amis, qui le saluèrent poliment en passant. Il leur rendit leur salut, avant d'en arrêter un d'une main sur l'épaule.

- Dis donc, Hinata, qu'est-ce que tu fais là ? Tu travailles, aujourd'hui !

- Hein ? Vous devez faire erreur vice-commandant, j'avais posé la journée il y a deux mois.

- Je croyais que tu étais d'accord pour échanger avec Haruki pour qu'il aille voir sa famille ? Il m'aurait menti ?

- Bien sûr que non, mais... il est revenu en me disant que vous n'étiez pas d'accord.

- Moi, j'étais pas d'accord ?

- C'est... C'est ce qu'il m'a dit...

- Alors il a rien compris, l'abruti ! Raison de plus pour ne pas qu'il travaille, il va enchaîner les conneries s'il a le cerveau dans cet état ! Alors va dire à ce crétin d'aller faire reposer ses neurones avec sa femme et ses gosses, et toi, va te mettre en uniforme, si tu es en retard, c'est seppuku ! Oui, même à Noël !

- Aucun problème, vice-commandant ! assura Hinata, sans doute le seul homme au monde aussi content d'apprendre qu'il perdait un jour de congé. Il va être si heureux... Merci, merci pour lui !

- Merci pour quoi ? bougonna-t-il en s'asseyant sur le bord de la terrasse pour sortir une autre cigarette. Pour suivre le panneau des services ?

Soufflant un nuage de fumée, il leva les yeux vers le ciel. Bien que couvert de nuages, il lui paraissait lumineux et clément. L'air semblait plus léger, la fraîcheur moins mordante... Ses propres épaules moins pesantes. Un léger picotement sur sa nuque lui fit réaliser qu'il n'était pas seul comme il le croyait. Fouillant la cour du regard, il finit par apercevoir Sougo qui le fixait, adossé à un pilier dans un coin à demi-dissimulé dans l'ombre.

- En plein milieu de tes heures supplémentaires ? le railla-t-il avec un sourire moqueur.

Sougo haussa les sourcils, étonné de le voir faire référence à cette vacherie lancée la veille.

- Je me demandais où était l'Hijikata original, et qui en a fait un clone bizarre pour le lâcher dans la nature. J'en veux un moi aussi pour jouer avec.

- On verra à ton anniversaire, visiblement tu as déjà été gâté aujourd'hui, lança-t-il avec un signe de tête en direction du bazooka orné d'un ruban rouge qu'il portait sur l'épaule.

- C'est le même que d'habitude, je l'ai juste décoré pour l'occasion. D'ailleurs tu fais bien de m'y faire penser... Joyeux Noël, Hijikata-san !

BLAM !

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Le reste de la journée se passa étonnamment bien, pour ne pas dire anormalement compte tenu de l'univers dans lequel ils vivaient. Revigorés de voir leur vice-commandant plus souple, les policiers du Shinsengumi s'appliquèrent à leur tâche avec enthousiasme, plus détendus mais pas moins efficaces que d'habitude. Même la fête au cabaret s'était bien passée, même s'il sentait venir un sérieux débat avec Gintoki concernant son gain de la bouteille de saké. Au moins Kondo avait-il été content de leur présence, tout ce qui pouvait faire plaisir à son Otae ayant par défaut son approbation. Et demain, tout redeviendrait comme avant, car comme on le sait, ces fins heureuse dans la paix, la joie et la bonne humeur ne durent que le temps d'un épisode de Noël. Puisse cela être notre cas à tous en ce jour, et comme l'a dit Kagura : bon appétit, à tous autant que nous sommes !

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J'espère que cette histoire vous aura plu ! Une review est toujours un beau cadeau, et je vous souhaite à tous de bonnes fêtes !