Cher journal,

Nous sommes le 26 juin 2015, et je crois que ce chapitre a été ma plus grande épreuve. Pourquoi ne pouvais-je pas écrire des phrases normales ? POURQUOI ? Le facepalm is strong with this one. Hum.

Note : Cette fic contient un brin (juste un brin, vraiment, je le jure) d'OOC. Et de stupidités. Pardonnez-moi.


Deux ans plus tard.

Printemps

Xion, assise à la table de la cuisine, était occupée à faire des devoirs terriblement compliqués tels que des divisions monstrueusement ardues comme 40:5 ou, encore pire, 5:5. Se creusant la tête plus profondément que le puits le plus profond existant à ce jour, elle suait pour trouver la réponse toute seule. Son frère, maintenant grand garçon de 10 ans, passa dans son dos et se pencha pour y regarder de plus près.

– Qu'est-ce que tu fais ?

Elle soupira, exaspérée par ce frangin qui ne pouvait s'empêcher de l'ennuyer dès qu'il le pouvait.

– Je fais mes devoirs, répondit-elle simplement. Et je dois les faire toute seule.

– Ah, je comprends. En fait, 40:5 ça fait 6.

– J'ai dit toute seule ! s'énerva Xion en écrivant rageusement la réponse (fausse) de Vanitas, qui l'avait évidemment fait exprès.

Parce que Vanitas adorait ridiculiser sa sœur, qui en plus de remarquait rien dans des cas de ce genre parce qu'elle était nulle de chez nulle en mathématique, contrairement à lui qui était fort en tout. Sauf en sympathie, mais nul n'est parfait, non ?

– Laisse-moi travailler, maintenant.

– Moui...

L'aîné n'avait aucune intention de la laisser travailler et décida sur un coup de tête de boire un verre de jus d'orange. Il partit en prendre un dans l'armoire fixée au mur, le déposa sur la table où travaillait sa cadette et partit chercher le délicieux jus d'orange fruité – parce qu'un jus d'orange non fruité a un goût relativement étrange – aux délicieuses oranges du Brésil, dont vous pouvez être sûr qu'elles ont été cultivées pour rien ; parce qu'en vérité, je vous l'assure, votre verre n'en contiendra pas plus de 0,2%, malgré les conneries que vous pouvez lire sur la boîte – je suis un expert en jus d'orange et je ne tolérerai aucune objection de votre part.

Bref, cela fait, il versa avec euphorie ce liquide plein de faux sucres dans son verre. Puis, poussé par une force mystérieuse derrière lui, qu'on appelle plus communément cruauté (celle-ci adorait faire des choses malignes et peu plaisante à la victime de ses agissements), il fit malencontreusement tomber la bouteille pleine et ouverte sur la table, son contenu se répandant partout, cahier d'exercice compris et, par la même occasion, laissa tomber le verre sur se sol (ce dernier se fit une joie de se briser en mille morceaux bien pointus).

– VANITAS !

Le susnommé fut pris d'un rire sadique et se dépêcha de sortir. Il ne fallut pas attendre pour que leur mère arrive, des éclairs dans les yeux, pour vérifier l'ampleur de la catastrophe.

– Xion ! Qu'est-ce que tu as fait encore ?

Choquée par le fait que ce soit elle qu'on accuse (bien qu'elle y ait été habituée depuis la prime enfance), elle mit un temps avant de répondre, ce qui énerva encore plus sa mère.

– Alors ? J'attends !

– J'ai r-rien fait... C'est Vanitas qui...

– Je t'ai déjà dit d'arrêter de rejeter la faute sur ton frère ! Ce n'est pas parce que tu es plus jeune que nous allons être plus cléments avec toi ! Je déteste les menteuses, Xion. C'est la dernière fois ! Maintenant, tu vas nettoyer ça et en vitesse, ou nous allons être en retard. Et pense à te changer, tant qu'on y est.

Sur ces mots, elle sortit, laissant sa fille au bord des larmes – comme son fils, d'ailleurs, à la différence près que, dans son cas, il s'agissait de larmes de rire.

– Allez, esclave, nettoie-moi ça avant qu'on y aille ! dit-il en se fichant ouvertement d'elle.

– Je te déteste...

– Oh, j'en suis désolé.

– Je te déteste ! Va-t-en ! Laisse-moi tranquille! cria-t-elle alors que sa tristesse commençait à dépasser la barrière de ses paupières.

– Oh la la, elle est en colère la pauvre chérie qui n'est même pas capable de boire quelque chose proprement...

– C'est toi qui a fait ça, menteur !

– Moi ? Voyons, je suis bien élevé, contrairement à certaines. Bon, je te laisse à ton boulot. À la prochaine, petite sœur.

Et il partit en emportant avec lui son sourire machiavélique. Xion, quant à elle, tenta de récupérer plus ou moins son cahier, puis entreprit de nettoyer le sol avec ses pleurs, aidée par Tifa qui, elle, s'était munie d'une serpillière. Cela fait, elle partit s'habiller « correctement » comme le disait sa mère, comme si un pantalon était quelque chose d'incorrect. Mais sa chère et tendre génitrice semblait penser que porter un pantalon quand on a les cheveux courts (parce qu'elle les avait gardé courts, finalement – c'était plus pratique et, au moins, Vanitas ne testait plus ses talents de coiffeurs sur elle) c'était vulgaire, et qu'une jeune fille (de huit ans, presque neuf) se devait de porter une jolie robe lorsqu'ils avaient des invités ou lorsqu'ils se rendaient à l'extérieur.

Ainsi, cela fait, elle se rendit au salon où ses parents et son (c*nnard de) frère l'attendaient avec le sourire. Elle sourit avec gentillesse à son aîné (tout en pensant : « je te déteste... tu vas le regretter... »), et ils partirent pour l'endroit où on les attendait.

Ce lieu était en vérité une bien jolie maison de maître où les enfants n'étaient jamais entrés et pour cause : personne n'en connaissait les habitants actuels. Aujourd'hui, s'ils pouvaient y entrer, c'était parce que les propriétaires précédents étaient partis sans mot dire, et qu'une nouvelle famille s'y était installée – famille que les parents de Vanitas s'étaient empressés de se mettre dans la poche, comme toute bonne famille bourgeoise qui reconnaît une autre bonne famille bourgeoise.

Après être passés par une allée en gravier (comme dans les films, et comme dans les maisons de maître) ils sortirent de leur voiture et se dépêchèrent d'atteindre la porte d'entrée (immense, soit dit en passant). En attendant que quelqu'un vienne ouvrir la porte, la mère de nos deux enfants préférés (ce qui est tout à fait discutable selon les goûts et les couleurs, d'ailleurs ce ne sont pas forcément mes enfants préférés, mais, comment dire, il fallait que je trouve un nominatif pour ne pas répéter leurs prénoms à tout bout de champ, car je sais que vous savez que je sais que vous savez que je sais que ce n'est pas très agréable de relire trente fois la même chose, comme je sais que vous savez que je sais que vous savez ou autres exemples du genre, ou la question si ultime « qu'est-ce qu'on fait maintenant » ou encore le mot « elle » qui revient si souvent il me semble, et puis parce que je crois que vous savez maintenant comment se nomment Xion et Vanitas, et si vous ne le savez toujours pas, eh bien, ils se nomment Xion et Vanitas) se refaisait belle, même si sa beauté n'était pas discutable, vu que sa fille en avait hérité (à part que sa fille avait les yeux bleus de son père, tandis que sa mère avait les mêmes yeux dorés que son fils) ; mais comme certaines personnes aiment le faire, elle refaisait ses cheveux ou repassait les plis de sa robe à la main.

Quand la porte s'ouvrit enfin, ils se retrouvèrent face à un espèce de portier (oui, vous m'avez bien entendu ou lu, un espèce de portier, non pas que portier soit une insulte, ni qu'il y ait différentes espèces de portiers comme il n'y en aurait de félins ou d'autre chose... quoique, au fond, tout le monde sait que les portiers du nord-est et du sud-est sont très différents, et on pourrait leur attribuer à chacun une espèce... Mais à bien y réfléchir, ce n'est pas une si bonne idée, car si je sépare ces deux classes de portier, on m'accusera de spécisme et je suis loin d'être spéciste ; j'apprécie beaucoup les chats, par exemple. Et les cochons d'Inde. Enfin bref, cela pour dire que « un espèce de portier » veut dire ici : un homme semblant être un portier) ... un espèce de portier, oui, qui leur indiqua le chemin vers le salon après les avoir débarrassé de leurs affaires inutiles, vestes ou manteaux compris.

Là les attendait la famille fraîchement installée, c'est-à-dire le père (qui s'était habillé d'une façon tout à fait extravagante pour des personnes extérieures à leur comité de richards, un chapeau haut de forme absolument horrible et un costume qui le faisait ressembler à Abraham Lincoln), la mère (on aurait dit une affreuse sorcière), et les deux enfants (qui avaient certainement été adoptés). Ces deux enfants devaient certainement avoir été adoptés (ah, vous voyez, je l'avais dit) car, premièrement, ils n'avaient rien en commun avec leurs parents, deuxièmement, ceux-ci avaient l'air si vieux qu'il paraissait impossible qu'ils aient eu deux enfants de onze ans, troisièmement, qu'eux-même n'avaient rien en commun et quatrièmement, parce qu'il fallait un quatrième point pour faire joli. En effet, la fillette (de onze ans, quand même) avait des cheveux bleus (oui, bleus. Vous voyez comment la théorie des dieux schtroumpfs s'applique ici. Où aurait-elle été cherché des cheveux bleus, dites moi ? Elle serait tombée dans un chaudron de teinture quand elle était petite ? Non, chers lecteurs, c'est juste qu'ils étaient bleus comme certains avaient des cheveux gris à dix ans ou orange pour la vie, parce que certains là haut, sur leurs champignons, s'étaient bien amusés), des yeux bleus, histoire d'être assortis à ses cheveux, et à la quasi-totalité de la ville en fait, parce que, si je ne l'ai pas précisé, ils ont bien entendu presque tous les yeux bleus (comme, pour ne pas citer d'exemples, Sora, Roxas, Ven, Xion, Riku – même si certains rageront en disant : ils n'a pas les yeux bleus il a les yeux turquoises – Kairi, Naminé, et bien d'autres. Seul Axel, déjà original par sa couleur de cheveux et qui avait voulu prolonger l'originalité par des yeux verts, et Vanitas, qui lui en avait des dorés, faisaient exception, pour le moment) et un visage plus ou moins anguleux, alors que son frère (adoptif ?) avait les cheveux bruns (la même couleur que Sora, en fait), les yeux bleus (on ne peut pas vraiment prendre ça comme point commun, parce que sinon, tout les habitants seraient consanguins) et en plus était très grand déjà pour son âge. Bref, ils ne se ressemblaient pas du tout, et on se demandait s'il était possible que deux personnes aussi horribles aient pu mettre le jour à ces grandes œuvres d'art. Tous se firent un bref salut, puis les femmes se mirent à avoir une conversation passionnantes, les hommes de même, tandis que les les gosses, eux, restaient en silence, ne sachant quoi faire.

Puis, on entendit encore des coups à la porte, et le portier partit ouvrir sur la petite famille qui avait gagné le forfait blond, c'est à dire les jumeaux et leurs parents. En les voyants entrer, Xion fit un immense sourire à Roxas et Ven, Vanitas pareil (sauf qu'il sonnait un peu faux, d'autant qu'un sourire puisse sonner), mais lui avec une lueur d'étonnement dans le regard, car il n'avait manifestement pas été mis dans la confidence. Les deux autres enfants ne bronchèrent pas, les saluèrent seulement poliment et restèrent debout comme des soldats bien entraînés, jusqu'à ce que leur mère leur fasse signe de disposer. À ce signal, tous les jeunes se rendirent à l'étage, puis arrivèrent dans la pièce que le brun leur montrait, une sorte de chambre presque vide, une chambre d'invité.

Ils s'installèrent tous plus ou moins, jusqu'à ce que Vanitas brise le silence.

– Bon, et ben... euh...

Tentative maladroite de briser le silence, certes. En regardant les nouveaux venus, nos héros se dirent qu'ils ne connaissaient en vérité même pas leur nom. (Mais vous vous les connaissez, hein ? À moins que les cheveux bleus ne vous aient rien rappelé.)

– On ne s'est pas présentés, je pense, dit gentiment Roxas, comme de peur de choquer quelqu'un. Je m'appelle Roxas, lui c'est mon frère jumeau Ven (comme si le fait qu'ils soient jumeau pouvait échapper à quelqu'un), elle c'est Xion et lui c'est son frère Vanitas. Et vous ?

– Aqua, répondit la... fille aux cheveux bleus tout bas, et mon frère s'appelle Terra. Désolée de ne pas nous êtres présentés plus tôt, mais il est interdit de parler en présence d'adultes ici, et même dans cette pièce, mieux vaut ne pas nous exprimer trop fort.

– Ah..., chuchota Xion, alors qu'elle aurait pu rester silencieuse vu que ça n'avait rien changé à la conversation.

– On pourrait aller quelque part où parler plus librement, dit Terra dont on entendait la voix pour la première fois. Il y a moyen, si on va vers le grenier.

Sur ce, ils se levèrent et suivirent ledit Terra qui leur montrait le chemin dans cette grande maison. Il était sûrement facile de s'y perdre ; ils essayèrent donc de retenir le chemin du mieux qu'ils le pouvaient. Ils arrivèrent assez rapidement à la pièce du dernier étage et s'installèrent à leur aise une fois sur place.

– C'est mieux ici, soupira Aqua plus normalement. Je suis désolée pour cette fâcheuse habitude qu'ont nos parents, mais ils sont très stricts quand il s'agit du calme de la maison et, selon eux, les enfants sont l'exact antonyme de calme.

Eh bien, l'éducation dans cette maison devait être stricte, elle aussi, pour qu'une fille de onze ans parle d'une telle manière. Mais il n'appartient qu'à cette famille d'en juger, en plus des services d'aide à l'enfance, et nous n'avons rien à voir là dedans. Soudain, Terra se leva et partit vers la porte.

– Qu'est-ce que tu fais ? demanda Ven avec une once d'appréhension dans la voix.

– Je ferme la porte à clé, comme ça on ne viendra pas nous ennuyer.

Ven sentit son estomac se nouer rien qu'au mot clé associé au mot porte et, incapable de dire quoi que ce fut, il serra le bras de la personne à côté de lui, qui se trouvait être Vanitas. Ce dernier, après avoir vu son malaise, même s'il n'éprouvait plus vraiment grande amitié à son égard pour une raison qu'il avait déjà oubliée, apostropha le brun avant qu'il n'ait eu le temps de glisser la clé dans la serrure (au sens propre du terme, je vous en prie !) :

– Excuse-moi, dit-il (avec une nuance très subtile de dégoût dans la voix, comme si s'excuser était la pire des choses), ça te dérangerait de la laisser ouverte ? J'aime pas les endroits fermés.

Terra se retourna, étonné, et lui demanda :

– Tu es claustrophobe ?

– Un peu.

Roxas, Xion et Ven s'étonnèrent de le voir mentir alors qu'il aurait pu ridiculiser encore une fois son voisin. Il s'en étonnait d'ailleurs lui même ; ces deux dernières années, il s'était pris à développer une sorte d'aversion envers le plus jeune des jumeaux, sans pouvoir s'expliquer pourquoi – en dehors du fait, bien sûr, qu'il détestait maintenant à peu près tout le monde : il se mettait très vite en colère et détestait facilement les gens, ce qui expliquait pas mal de choses. Peut-être parce qu'il l'avait réellement apprécié quelques années plus tôt. Peut-être parce qu'il en était jaloux. Il ne savait pas et, à vrai dire, ne voulait pas y réfléchir.

– Ah, très bien. Tu aurais dû me le dire avant, alors.

– Mh.

Il se dégagea nerveusement de l'emprise de Ventus et se plongea dans ses sombres pensées sans dire un mot. (Il ne manquerait plus qu'on se mette à parler pour se plonger dans nos pensées, franchement. Ce serait d'un ridicule : « Attention les amis, je plonge dans mes pensées, sortez moi de là si je me noie ! ». Oui, c'est mieux de garder le silence.) Terra vint se rasseoir et les enfants entamèrent une discussion, faute de savoir quoi faire d'autre dans ce vieux grenier vide. Curieuse d'en savoir plus sur ses compagnons, Aqua commença par prendre la parole.

– Alors, dit-elle, vous avez quel âge ?

– Neuf ans, dit Roxas, et Ven qui était occupé à se calmer l'en remerciait.

– Moi dans deux mois ! expliqua Xion en souriant.

– Dix ans... marmonna Vanitas.

– Oh, nous sommes plus âgés que vous, dans ce cas. J'ai onze ans, dit Aqua.

– Moi j'en aurai douze dans deux semaines, exposa Terra.

La faible différence d'âge entre les frère et sœur posait encore plus de question quant à leur origine.

– Vous êtes dans la même école, tous les quatre ?

– Oui, répondit Roxas. Mais pas dans la même année ni dans la même classe.

– Hein ? Toi et ton frère êtes dans une classe différente ?

– Ben, oui. Nos parents n'ont pas voulu qu'on soit avec les mêmes élèves et dans le même local, pour ne pas qu'on reste contrés sur nous-même et qu'on se fasse des amis de notre côté, ou quelque chose dans le style, expliqua Roxas.

– Ah, classique. C'est vrai qu'on dit que les jumeaux, s'ils restent trop proches l'un de l'autre, finissent par ne plus voir le monde extérieur par leur propres yeux.

– N'importe quoi, chuchota Ven juste assez fort pour que seul Roxas l'entende. Ce dernier sourit et resta silencieux à sa remarque.

– Et vous, demanda Vanitas pour couper court à cette conversation qui ne le concernait pas, vous irez où ?

– Oh, on reste à la maison, dit plus bas Terra. Nos parents ont engagé un professeur particulier pour notre éducation.

Ce qui expliquait pas mal de chose, encore.

– Ça doit être chouette de ne pas devoir aller à l'école, murmura le cadet des jumeaux comme pour lui-même.

– Pas tellement, en fait, répondit la plus âgée des filles présentes. On ne voit presque personne, ici. Je crois que vous êtes les premiers enfants de notre âge qui viennent chez nous.

– Oh... c'est triste, commenta Xion.

– Je trouve aussi, répondit Aqua avec un sourire. Mais je suis heureuse de pouvoir vous accueillir ici. J'espère qu'on pourra être amis.

– Moi aussi.

Xion sourit et son sourire fut contagieux.

– Ça ne doit pas être drôle de rester tout seul dans une maison comme celle-ci, lâcha Roxas.

– Bah, on est habitués. Et puis, du moment qu'on est à deux, ça va.

– J'aimerais pas devoir rester avec mon frère toute la vie sans voir personne, dit Xion avec une expression d'horreur dont on ne savait préciser si elle était feinte ou véritable. Puis, elle jeta un coup d'œil un peu inquiet à son aîné, ne sachant s'il allait prendre sa remarque sérieusement ou pas.

– Oh, pas d'inquiétude, c'est tout à fait réciproque, lui répondit-il avec une expression indéchiffrable, mais dont la voix frôlait le sarcasme.

Elle ne savait pas vraiment si elle devait se sentir rassurée ou non. Les autres se mirent à rire et elle se laissa prendre.

Finalement, ils s'amusèrent comme ils pouvaient encore un petit temps, avant d'entendre leurs parents les appeler pour partir.

Au fond, sous leurs grands airs de gosses de riches bien élevés, Aqua et Terra n'étaient pas (trop) coincés. D'ailleurs, la plupart des enfants présents s'entendaient bien avec eux. (Je dis bien la plupart, parce que l'exception restait d'actualité.) En vérité, Vanitas était devenu de plus en plus froid au fur et à mesure que l'après-midi avançait, si bien qu'il avait fait très mauvaise impression à Terra qui ne l'aimait déjà pas du tout. Il faut dire qu'à force de répondre soit par monosyllabe, soit avec une ironie ou un sarcasme presque déplacé quand il ne les ignorait tout simplement pas n'incitait pas à la sympathie. Et puis, les regards tantôt haineux, tantôt dégoûtés qu'il jetait ne plaisaient pas trop au brun. De plus, Terra (qui, rappelons le, n'a jamais connu de jeunes avant eux, ce qui renforce le fait que les enfants choisissent très, très rapidement leurs amis et ennemis. Comme il était trop souvent seul, il avait besoin de personnes dans ces deux catégories, et compte tenu de l'attitude du gamin aux yeux dorés, il l'avait très rapidement classé) avait vite fait d'apprécier les trois autres, surtout les jumeaux. Les jumeaux, parce que premièrement la troisième était la sœur de quelqu'un d'extrêmement désagréable, deuxièmement parce que Roxas le faisait rire, troisièmement parce que Ven, s'il n'avait pas été très démonstratif ce jour-là, lui inspirait une sorte d'empathie dont l'origine restait mystérieuse.

De son côté, curieusement, Aqua semblait plus ou moins s'entendre avec Vanitas, alors que rien en apparence ne semblait pouvoir les réunir. Enfin, c'était peut-être parce qu' Aqua avait une capacité d'entente assez spectaculaire qu'elle avait réussi à tenir un semblant de conversation sincère avec lui sans pour autant se faire détester, ce qui était plutôt rare étant donné que l'enfant détestait à peu près tout le monde (il y a des gens antipathiques comme ça, on ne saura jamais pourquoi. Peut-être juste pour mettre un peu d'originalité dans le monde et pour pouvoir donner tous les problèmes du monde à quelqu'un).

Quand on les appela, la troupe se surprit à penser qu'ils auraient voulu rester plus longtemps, si ça avait été possible. Mais comme on ne désobéit pas aussi facilement dans cet endroit, ils s'en allèrent docilement sans dire un mot. Seulement, au moment de sortir de la pièce où ils avaient passé leur temps, un des garçons s'arrêta.

– Vanitas, dit-il doucement.

L'appelé se retourna tandis que les autres partaient. Il regarda Ven en pensant « qu'est-ce qu'il me veut encore ? », et ça devait certainement se marquer sur son visage. Le blondinet (parce qu'il est petit et blond) prit une inspiration avant de dire :

– Merci pour tout à l'heure...

Vanitas ne dit tout d'abord rien et le regarda pendant ce qui sembla être une éternité, comme s'il réfléchissait activement ou qu'il cherchait quelque chose à répondre. Puis, il le regarda droit dans les yeux et répondit d'un ton sec, assez méchamment, d'ailleurs :

– Me remercie pas, c'était pas mon but de t'aider. J'ai pas fait exprès.

Sur ce, il se retourna, laissant celui de qui il avait été si proche et à qui il ne pouvait plus penser sans ressentir une étrange colère seul et désemparé par cette réponse dénuée de la moindre compassion.

– Pourquoi est-ce que tu me détestes ? entendit-il dans son dos.

Une question à laquelle il ne savait pas répondre, bien sûr. Alors, au lieu d'essayer de s'expliquer et d'entrer en conflit avec son lui intérieur, il haussa simplement les épaules et se dépêcha de rejoindre les autres.

Ven ne comprenait pas pourquoi il réagissait ainsi. C'est vrai, ils étaient amis, puis d'un coup, il s'était éloigné sans raison, et il ne savait pas pourquoi. De plus, l'amitié qui les avait liés avant s'était, chez Vanitas en tout cas, transformée en une sorte d'aversion ou de haine, il ne savait pas trop. Cette attitude semait chez Ven l'incompréhension et une légère tristesse. Oh bien sûr, l'amitié ça compte aux yeux d'un enfant, mais tout le monde le sait, ça finit généralement par passer. Comme si on restait ami toute sa vie avec les même personnes !

Il soupira et descendit au rez-de-chaussée, prêt à rentrer chez lui.

Été

Aujourd'hui, Riku était sur les nerfs. « Évidemment », allez-vous me dire, « dans cette histoire que tu nous passes ton temps à nous compter, je ne pense pas l'avoir vu une seule fois se montrer vraiment content » ou encore « Il est toujours sur les nerfs, de toute façon ! » ou, mieux, « Moi j'adore les chips au fromage. C'est bon, sauf qu'après on a mauvaise haleine ! Mais la mauvaise haleine, c'est drôle, quand même. Alors les chips au fromage, je les aime. » et enfin quelqu'un me sortira « Pourquoi diable est-il sur les nerfs ? » On peut remarquer que cette personne, contrairement à celle qui adore les chips au fromage, est certainement douée d'une grande intelligence, de part l'utilisation de ce mot désuet qu'est « diable » en temps qu'interjection. C'est vrai, n'est-ce pas ? Qui donc utilise le mot « diable » comme adverbe ? C'est vieillot ! Suranné ! Obsolète !

Bref, cessons ces viles joutes de langage.

Si Riku était sur les nerfs, c'était non seulement parce qu'on l'obligeait à faire un pique-nique en famille, assis dans un coin fleuri, non loin d'un lac (qui attirait bien évidemment des tas et des tas de bestioles en tout genre, comme les moustiques, les taons, les mouches – elles sont partout –, les libellules, les grenouilles, les crapauds, les araignées d'eau – aussi appelées Gerridae. D'ailleurs, ce sont plus des punaises que des araignées, mais passons –, les salamandres – quand on a de la chance –, sans oublier toutes les espèces d'oiseaux, les autres insectes et les poissons horribles) et parce que les insectes volants se faisaient une joie de voler allègrement autour de lui, mais aussi parce que cette merveilleuse après-midi d'été où la température montait jusqu'à 35 degrés se faisait en compagnie de Sora et sa gentille petite famille. Et non seulement Sora énervait Riku comme il ne devrait pas être permis (ce dernier trouvant ce premier trop immature... alors qu'ils n'avaient qu'une petite année d'écart. Enfin, tous les prétextes sont bons pour expliquer le fait qu'on n'apprécie pas quelqu'un), mais en plus sa petite sœur qui avait maintenant quatre ans et à qui on n'arrêtait pas de dire « Ooooooh elle a quatre ans, c'est une grande fille maintenant ! », alors qu'à quatre ans on est tout sauf une grande fille (d'ailleurs, quelqu'un pourrait m'expliquer pourquoi raconter de telles absurdités aux enfants ? C'est vrai qu'ils ne sont pas bien intelligents et fort crédules, mais ce n'est pas une raison pour leur faire gober de telles salades, quand même ! Le jour où ils pourront être considérés comme grand ne viendrait pas tout de suite, qu'on cesse donc de leur faire croire qu'ils ont quelque chose de spécial ! Après tout, que font ils de bien, à cet âge ? Ils parlent, ils savent boire dans un verre, faire caca sur leur petit pot, ils marchent, eh bien dis donc, c'est de la grande classe. De vrais scientifiques ! Enfin, ils semblent plus ou moins humains... et du haut du mètre qu'ils mesurent, on va leur faire croire qu'ils sont déjà entrés chez les grands. Mais essayez maintenant de les laisser tout seul, et là, vous verrez, ils se rendront compte de leur immaturité et de leur incompétence. Quoique. En fait, mieux vaut les garder à l'œil) se trouvait être également invitée, et elle était, de son avis, plus insupportable encore que son frère, pour autant que ce soit possible. Autant dire que l'argenté (non pas qu'il soit argenté, mais c'est surtout une allusion à ses cheveux gris. Pour faire plus poétique) n'appréciait pas que son calme soit perturbé par une mignonne fillette courant partout autour de lui et par un gamin qui s'amusait à énerver encore plus la petite.

Alors que les conversations et les jeux allaient bon train et agacé par tout ce remue-ménage, il se leva et quitta le semblant de cercle formé par ces pique-niqueurs bruyants.

– Riku, où vas-tu ? lui demanda sa mère, qui était quand même un minimum responsable.

– Promener, répondit-il froidement avant de s'éloigner.

Et en effet, il se promena le long des rives du lac, qui n'était pas très propre, pour préciser, et il se mit à savourer le calme ambiant. Si un spécialiste avait été là, il aurait sans doute dit que cet enfant était beaucoup trop calme. Beaucoup trop réfléchi. Que cela pourrait rester et affecter sa future vie sociale. Mais ses parents n'en auraient pas tenu rigueur, car de toute façon, on ne peut changer la nature profonde de quelqu'un ; et alors qu'il respirait l'air pur et sans bruit (oui, on peut respirer le fait que le bruit soit absent) il fut interrompu par l'écho de pas qui s'approchaient de lui, manifestement en courant, vu la vitesse de frappe.

Sora arriva à ses côtés, essoufflé.

– Qu'est-ce que tu fais ? lui dit-il en reprenant son souffle

Riku leva les yeux au ciel. On ne pouvait jamais espérer le calme. Il s'assit.

– Je profite d'un moment seul avec moi-même.

– Ah, répondit simplement son interlocuteur.

Il s'assit par terre à côté de l'argenté (ou le gris), faute de chaise ou autre mobilier, et se mit à jouer avec une sorte de petit bracelet fin qui semblait en or. Il l'envoyait vers le ciel pour le rattraper tout de suite après, encore et encore, sans se lasser.

Ce qui tapait encore plus sur les nerfs de notre pauvre Riku.

Alors, d'un geste rapide de la main, il attrapa le bracelet encore en l'air. Sora le regarda un moment puis fit mine de le reprendre, mais Riku le tint le plus haut possible de manière à ce que le brun ne puisse l'attraper.

– Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il.

– C'est un bracelet que ma marraine m'a offert quand j'étais petit (bien que d'une certaine manière, il était encore petit).

– Ah... je vois. Tu y tiens ?

– Bien sûr. C'est un porte-bonheur.

– Si tu y tiens tellement, viens le chercher, dit-il en se relevant.

Comprenant qu'il s'agissait d'une provocation, il se leva à son tour et tenta de récupérer son bien. Malheureusement, Riku étant bien plus grand que lui, il ne réussit même pas à effleurer la main qui tenait son bracelet si précieux.

– Rends-le moi ! s'exclama Sora.

– Et si je dis non ?

– S'il te plaît !

– Ah, t'es poli au moins. Mais non.

– Riku !

– Je te laisse le récupérer, dit-il en envoyant la fine chaîne d'or droit devant lui.

Malheureusement, il apparut que droit devant lui se trouvait le lac mentionné quelque part plus haut. Le bracelet s'était, par un hasard monstrueux, retrouvé accroché à une vieille branche qui ressortait de l'eau. Épouvanté, Sora s'approcha de l'eau et plaqua une main sur sa bouche. Riku fit pareil, sauf que lui n'avait aucune expression faciale.

– Comment je vais le récupérer, maintenant ? Je vais me faire tuer si je le perds ! s'exclama de nouveau Sora.

– Débrouille-toi, c'est une vieille breloque et moi, je m'en fiche.

– C'est pas une vieille breloque, c'est important pour moi !

– Triste.

Sora était au bord des larmes (le pauvre petit chou avait perdu son jouet), d'abord parce que son porte-bonheur était presque perdu, ensuite parce que Riku ne pensait même pas à l'aider.

– Je fais quoi, maintenant... murmura-t-il, désespéré.

Riku poussa un soupir exaspéré et se coucha sur l'herbe.

– T'as qu'à nager pour le récupérer, il est pas très loin.

– Mais je ne sais pas nager !

– Ça, c'est pas de chance.

Cela dit, il ferma les yeux et fit mine de s'endormir. Sora, stressé par la situation, prit son courage à deux mains, puis mit un pied dans l'eau.

Riku se rassit pour observer la scène. C'était quand même assez drôle de voir un petit garçon de neuf ans entrer dans de l'eau glacée tout habillé et tremblant de peur, qui plus était. Bien sûr, il ne riait pas, mais il pensait dans sa tête que c'était assez drôle. De son côté, Sora ne trouvait pas ça drôle du tout : il avançait prudemment dans l'eau en espérant qu'il ait encore pied jusqu'à la branche, les lèvres pincées par l'angoisse.

Évidemment, comme ça aurait été bien trop facile, il se trouvait que le sol plongeait brusquement à quatre ou cinq mètres du rivage.

Sora ne le savait pas, lui. Il avança jusqu'à ce qu'il perde pied. Il cria et tenta de se débattre pour rester à l'air. Et plus il se débattait, plus il s'éloignait de la rive.

Riku était fasciné. Y a-t-il quelque chose de plus fascinant que quelqu'un se battant pour sa vie et qui s'en éloignait au fur et à mesure ? Bien sûr, mais pour le moment, il n'y pensait pas. Et après avoir regardé quelques longues secondes, il se mit à courir.

Le brun, déjà paniqué parce que l'eau commençait à l'entraîner vers les profondeurs, le fut encore plus quand il vit son compagnon s'éloigner de lui et partir en courant. Il tenta de rejoindre la terre, sans succès. Il cria le plus fort qu'il le put, mais rien à faire. Alors, fatigué, il cessa de se débattre et se laissa emporter vers le fond du lac. Il ouvrit les yeux sous l'eau et ne vit que le noir – évidemment, dans un lac, on ne voit généralement pas grand chose, étant donné le nombre de crasses qui s'y trouvent. C'est à se demander pourquoi les gens vont parfois s'y baigner, en fait. Ce n'est quand même pas très propre. Bref, il voyait les entrailles même du bassin, d'un noir d'encre à ses yeux, quelques bulles s'échappant encore de sa bouche entrouverte. Alors il pensa qu'il allait peut-être finir noyé et que, finalement, ce n'était pas une mort si horrible que ça (forcément, à ce moment là il a encore de l'air, c'est après que c'est pénible), et regretta de ne pas avoir eu le temps de dire au revoir à Olette, à sa famille, à Axel, Kairi et Vanitas, et puis même à Ven, Roxas et Xion. Mais pas à Riku. Ça, jamais.

Alors que ses pensées se faisaient de plus en plus sombres et de plus en plus rares, il sentit l'air lui manquer et en même temps quelque chose le tira par les bas. Il ne savait pas dire si c'était vers le fond ou la surface et, avant d'avoir eu le temps de se demander ce qui le tirait ainsi, il sentit les ténèbres l'envahir et sombra dans le sommeil (si on peut appeler ça un sommeil, car cela ressemble pour moi à un effrayant coma).

Puis, il sentit quelque chose pousser violemment sur sa poitrine et de l'air entrer dans sa bouche. Une irrépressible envie de tousser. Il cracha de l'eau sur le sol et toussa à s'en étouffer. Clignant des yeux pour ne pas être aveuglé par le soleil, il vit devant lui le visage d'un homme qu'il reconnut comme son père. Ce dernier le secoua et il se sentit sonné, mais commençait à se réveiller peu à peu. Autour de lui il entendait des cris, des voix, mais il ne savait pas d'où elles venaient, et encore moins à qui elles étaient.

On l'assit et il lui fallu quelques minutes pour récupérer. Après, voyant et entendant de nouveau convenablement, sa mère le prit par les épaules, hystérique, en lui hurlant qu'il était irresponsable, qu'il aurait pu se tuer, qu'heureusement que Riku était là et les avait prévenus et qu'ils étaient arrivés à temps.

– Mais pourquoi tu as fait ça, enfin ? Tu sais ce qui aurait pu arriver ? Qu'est-ce qui se serait passé si nous n'avions pas été là ? Pourquoi tu as fait ça ?

– Je suis dé...désolé..., s'excusa-t-il en tremblotant.

– Ce n'est pas ce que je t'ai demandé !

– J'ai... Je...

Il jeta un coup d'œil à Riku qui se trouvait un peu en retrait. Il ne manifestait aucun sentiment, comme à son habitude. Même pas une once d'inquiétude. Et pourtant, il était inquiet, oui, parce qu'il savait que Sora allait le dénoncer et qu'il se ferait punir plus qu'il ne l'avait jamais été.

– Je...

Le fait que Sora semblait hésiter dans sa réponse ne fit que l'énerver encore plus, même s'il n'en laissait rien paraître.

– J'ai voulu rechercher mon bracelet...

Ouille. Ça commençait mal.

– Et qu'est-ce qu'il faisait là-bas ?

– Je... je le lançais pour faire mon malin et il est tombé là-bas, dit-il en désignant la branche qui ne portait manifestement plus la petite chaîne.

– MAIS T'ES BÊTE OU QUOI ?! TU SAIS TRES BIEN QUE TU NE SAIS PAS NAGER !

– Désolé... je croyais que j'y arriverais... pardon...

Il se fit encore bien crier dessus, mais Riku, tout à son soulagement, n'écoutait plus. S'il trouvait Sora assez con (disons les choses telles qu'elles sont), au moins avait-il le mérite de ne pas être une balance.

Il fit apparaître un semblant de sourire avant de repartir, comme les adultes semblaient le souhaiter. Quelle plaie, pensa-t-il, que d'être soumis à ses parents !

Automne

Kairi et Axel adoraient l'automne. Surtout Axel. C'était sa saison préférée. Il aimait les couleurs, les tons rouges, oranges, dorés, ambre qu'arboraient les plantes (et en plus, ajouterai-je, c'est assorti à la couleur de ses cheveux. Si ce n'est pas le tableau parfait !) Et la température. Au moins, il ne faisait pas trop chaud.

Les seuls points négatifs qu'il trouvait à l'automne étaient au nombre de trois et n'étaient pas des moindres.

Le premier, il y avait la rentrée. Et Axel, n'étant pas un intello comme on en trouve bien peu à l'heure actuelle dans son étrange contrée, détestait l'école. La rentrée était une vraie plaie ; dans les classes où il se trouvait, il fallait toujours qu'il soit le plus grand et, en plus, il y avait à chaque fois un petit malin pour faire des commentaires soit sur sa coupe de cheveux, soit sur leur couleur. Il avait cependant vite fait de remettre ces idiots-là à leur place ; comme quoi, être grand, intimidant et traîner avec de la graine de sadique avait aussi des avantages. Plus tard, il était très vite respecté (bien sûr qu'il était respecté, quand on s'amuse à tabasser tous ceux qui nous regardent de travers ou qui dépassent à la cantine, on a vite une réputation qui fait que personne n'ose approcher de peur de terminer à l'hôpital. Du coup, Axel passait le plus clair de son temps avec sa sœur, Vanitas et Sora, même s'ils n'étaient ni dans la même année, ni dans la même classe – exception faite de Sora et Kairi. Bref) mais, même si faire peur aux nouveaux et aux plus petits l'amusait, cela ne l'empêchait pas de détester sincèrement les établissements scolaires.

Le deuxième gros inconvénient était la pluie. Parce qu'avec la pluie, ses cheveux, qui étaient déjà une œuvre d'art à la base, ressemblaient encore plus à un Picasso ou un Dalí. Et si en plus d'être roux ils n'avaient aucune forme, ça n'allait pas du tout. Par malheur, il pleuvait souvent en automne.

Le troisième, et c'était de loin le pire, le plus horrible, celui qu'il détestait le plus et qu'il redoutait par dessus tout, de loin une abjection qui n'aurait jamais dû exister et qui lui menait la vie dure : c'était l'anniversaire de Kairi. Malheur, elle s'évertuait à le lui rappeler encore et encore, au point qu'il n'en puisse plus et qu'il priait tous les dieux de ce monde pour que ça s'arrête. Comme si l'anniversaire de sa sœur était quelque chose d'exceptionnel, il fallait qu'il soit à son service, qu'il fasse tout un tas de choses atroces que jamais il n'aurait voulu faire, comme devoir lui préparer son petit-déjeuner ou complimenter ses cheveux (hé oui ! on ne l'aurait pas cru comme ça, mais le pauvre Axel est totalement soumis à sa cadette, qui lui menait la vie bien dure).

Il se trouvait que, ô joie, l'anniversaire de la petite fille était déjà passé, et que donc, pour le moment en tout cas, il était plus ou moins tranquille. Si on ne comptait pas le fait qu'elle ne cessait de lui rappeler qu'elle avait dix ans maintenant, et qu'elle était assez grande pour faire des bêtises avec lui.

Comme ils n'avaient rien à faire ce jour-là, ils décidèrent ensemble de faire quelques mauvais tours aux personnes qu'ils n'aimaient pas, et à ceux qui passeraient trop près d'eux. Ils allaient bien s'amuser.

Ils commencèrent par passer chez des voisins qu'ils détestaient (des espèces d'idiots avec un chien qui ne cessait d'aboyer, et cela les énervait fortement). Ayant vérifiés qu'ils n'étaient pas surveillés et que personne ne pouvait les voir, ils s'amusèrent à faire des choses très intelligentes comme mettre du chewing-gum dans la serrure ou écrire des insanités sur la porte à l'indélébile (qui est en vérité parfaitement effaçable, pour peu qu'on connaisse la technique).

Ensuite, ils se mirent en tête de prendre le courrier qu'ils trouvaient dans les boîtes aux lettres pour les envoyer chez quelqu'un d'autre, ce qui allait mettre un joli désordre. Oh, la liste de saletés à faire étaient longue : ils écrasaient des œufs frais sur les voitures, appelaient des taxis et commandaient des pizzas en indiquant l'adresse de personnes qu'ils n'aimaient pas, firent d'autres blagues pas terribles et surtout peu racontables à diverses personnes. Oh, oui, ils méritaient leur réputation de sales gosses, ces deux-là.

Puis ils passèrent devant la maison des jumeaux. Là, dehors, il y avait deux vélos tous neufs qui semblaient les appeler à faire des conneries. Ne pouvant y résister, ils s'en approchèrent en prenant soin de ne pas être vus et s'amusèrent (ô que c'est amusant) à couper les chaînes de frein et à badigeonner la selle de choses immondes que je ne citerai pas ici. Ensuite, ils mirent dans leur boîte aux lettres des menaces de mort, histoire de bien leur faire peur, puis partirent en riant sous leur cape.

Une fois rentrés chez eux, toujours riant en repensant à leurs activités constructives, ils furent surpris par leur mère les attendant sur le pas de la porte.

– Où est-ce que vous étiez, les enfants ? dit-elle gentiment (leur mère n'avait vraiment aucune autorité.)

– En ville, répondit Axel, et il fit un clin d'œil à Kairi qui se mit à rire comme une démente.

– Enfin, les enfants, il faut qu'on aille à la gare, comme je vous l'avais dit.

– Tu nous a dit ça, toi ? dit innocemment la rousse.

– Il y a une semaine au moins.

– Et pourquoi on doit aller à la gare ?

– Pour dire au revoir à votre amie, tiens !

– Notre amie ?

Axel et Kairi étaient sceptiques.

– Naminé, elle déménage, je vous l'ai dit, elle et sa maman partent pour Illusiopolis, c'est une grande ville loin d'ici. Mais je vous l'ai déjà expliqué, vous savez...

– 'me souviens pas, bâilla Axel.

Elle leva les yeux au ciel et les poussa vers l'automobile garée sur le bord de la route.

– Aller, dépêchez-vous, en voiture !

Il est inutile de décrire le voyage qui fut court et sans intérêt. Les enfants ne faisaient même pas de bruit. Maintenant qu'ils y pensaient, on leur avait bien parlé du départ de Naminé. Mais ils étaient encore choqués par ce départ si soudain. Les parents sont des tortionnaires. Pourquoi fallait-il toujours qu'ils prennent des décisions si terribles ?

Arrivés à la gare, ils s'activèrent pour atteindre le quai où leurs connaissances étaient déjà réunies.

Naminé serrait contre elle un Ven dont les larmes coulaient déjà, Roxas avait les larmes aux yeux, Xion sanglotait doucement, Vanitas avait un air peiné, Sora regardait le sol, Riku... difficile à dire, comme d'habitude. Les parents, quant à eux, se faisaient des adieux en bonne et due forme, assez statiques, en fait.

Tous les enfants étaient tristes du départ de leur amie. La seule qui avait jamais su les aimer tous et rester neutre lors des conflits. La seule qui savait les calmer lorsqu'ils étaient en colère ou qu'ils se disputaient. Elle était comme un point de ralliement : qu'allaient-ils faire sans elle ? (Question qui tournait encore et toujours dans la tête de Xion, la torturant depuis qu'elle avait appris la nouvelle. C'était comme sa meilleure amie, quand même.)

Leurs au revoir ne durèrent pas longtemps. Juste le temps pour la blonde de calmer Xion et de la rassurer une dernière fois. Elle la prit tendrement dans ses bras avant de rentrer dans le train en partance avec un sourire.

– Sois prudente ! lui cria Kairi alors que le train démarrait.

– À la prochaine, répondit Naminé.

Le train démarra et ils gardèrent tous son sourire en mémoire en attendant cette prochaine fois.

Un quatrième mauvais côté de l'automne.

Hiver

Kairi retrouva Sora qui l'attendait dehors.

– Te voilà ! T'en a mis du temps !

– Désolée. J'ai quelque chose pour toi.

Elle plongea une main dans sa poche et en sortit une sorte d'étoile faite en coquillage. Elle le lui tendit.

– Tiens.

Sora prit le cadeau dans ses mains. Il l'examina sous toute ses coutures comme pour se rassurer sur son authenticité, comme si ça pouvait être autre chose qu'authentique.

– Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il.

(Comment ça qu'est-ce que c'est ? Il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu'il s'agit de coquillages attachés ensemble d'une manière mystérieuse pour former une œuvre d'art qui vaudrait peut-être très cher si un jour Kairi devenait maître sculpteur – ou simplement célèbre.)

– Je l'ai fait comme les fruits qu'on trouve sur l'île du destin, dit-elle. J'y suis allée à la fin de l'été. Alors j'en ai fait un avec des coquillages thalassa.

– Mh.

– C'est un porte-bonheur... Tu m'avais dit que t'avais perdu le tiens, alors... J'aurais voulu te le donner avant, mais je me suis dit que ce serait mieux de te l'offrir le jour de ton anniversaire.

Un éclat émerveillé s'alluma dans les yeux de Sora.

– C'est vrai ?

– Mmh mmh.

– Merci, dit-il en l'embrassant sur la joue.

– Fais-y attention, à celui-là. Commence pas à le jeter dans l'eau hein !

– Compte sur moi.

Il lui sourit sincèrement et tous deux partirent sur le chemin pour rentrer chez eux.

On dit qu'il suffit d'arrêter de chercher pour retrouver quelque chose qu'on a perdu.


Cette conclusion est d'une telle beauté que j'en pleurerais bien.

Merci, DL, pour tes charmants commentaires :D

UP : et merci à Nuity, Xion et Fexa qui supportent mes bavardages et mes pleurs de correction, haha.