Disclaimer : Square Enix, on le sait tous :D.
Note : Les filles - et les mecs - si je ne réponds pas à une review que vous m'avez mise, n'hésitez pas à venir me tirer les oreilles et me harceler de MP ! Je suis la reine de la procrastination et des fois j'oublie. Donc, faites le moi remarquer, que je sache :3.
Trahisons
Nous nous sommes largement assez intéressé à ce cher petit Ven, c'est pourquoi aujourd'hui je mettrai son analogue à l'honneur... Le temps de quelques mots.
Roxas donc (pour si jamais vous n'aviez pas compris – auquel cas il serait temps de vous poser des questions) se retrouvait, une fois de plus, seul dans sa cuisine à manger du (c'est mal de citer les marques) choco à même la cuiller. Après avoir englouti l'équivalent de 56 sucres, avoir eu bien mal aux dents et s'être senti tout déshydraté, il décida de boire un verre d'eau. Comme cette information est peu intéressante, nous pouvons passer directement à la suite :
Son frère (nous ne pouvons décidément pas passer à côté) ayant mystérieusement (enfin, pour Roxas, pas pour nous) disparu en ce jour de vacances, ses parents étant eux aussi absents (contrairement à ces feignasses d'étudiants, ils n'avaient pas de vacances fin octobre) et les programmes télévisuels ne le captivant que peu (non que le télé-shopping ne l'intéressât pas, mais il préférait de loin quelques feuilletons bien plus attrayants. Puis, il ne ressentait pas le besoin de s'épiler avec le nouveau épilator-3000, ni celui de se remuscler les abdos sans bouger grâce au super patch vibrant à appliquer sur les aisselles. Il avait d'ailleurs comme un doute concernant leur efficacité), le jeune homme (ou le vieux garçon) était assis tel un chien en attente de sa pitance en se demandant que faire. Ses années d'expérience lui ayant appris qu'à chaque fois qu'il se posait cette question, il risquait fort de lui arriver quelque chose de peu plaisant, il tâcha de se lever et de se distraire. Il commença par se promener dans son salon, puis dans sa cuisine (en luttant contre l'envie d'accéder à la demande de ce paquet de chips délicieux qui lui hurlait de le goûter), en passant par sa buanderie, son couloir, sa chambre (il caressa machinalement la couverture de ses albums préférés avant de quitter son antre), et enfin atterri dans la chambre de son cher jumeau.
C'est là qu'il découvrit la vérité, l'affreuse, la terrible vérité.
Quoique, non en fait ; Ven n'était pas SI débile, il avait quand même pensé à cacher les preuves de son inavouable trahison (même s'il n'en possédait pas vraiment ; enfin, d'après ce que je sais.)
Ne trouvant rien à se mettre sous la dent, il redescendit au rez-de chaussée. C'est là qu'il remarqua une ombre rousse à la fenêtre ; son cœur rata un battement, espérant déjà que sa chère et tendre se trouvait dehors à l'attendre, dans une folle envie de le revoir. Sa déception en était d'autant plus épouvantable lorsqu'il découvrit que ce n'était qu'un chat.
Il risqua néanmoins de mettre un pied dehors. L'espoir est immortel, et il vient généralement dans les cas où il n'a aucunement besoin de se trouver ; Roxas s'en rendit bien vite compte.
En effet, par un monstrueux hasard, passait innocemment par-là un jeune homme du nom d'Axel. Ce dernier toisa son vieil ennemi de haut en bas, lèvres pincées, sans commentaires. Roxas haussa les sourcils et le dépassa, ressentant soudain le besoin de faire un tour le plus loin possible de ce macabre individu qui restait planté sur le pas de sa porte. C'était sans compter sur les propres désirs de Monsieur Roux.
-Roxas ?
L'appelé fit semblant de ne pas l'avoir entendu et continua son chemin (quel manque de courtoisie de sa part.)
-Houhou, Roxas !
-Quoi ? Qu'est-ce que tu me veux ?
Réponse pleine de sollicitude. Sans doute. Hum.
-Taper la causette.
-Si j'ai pas envie ?
-T'as pas le choix.
En voilà un sympathique personnage ! Notre deuxième petit blondinet préféré se sentit légèrement indigné par le ton, le contenu et le locuteur de la phrase. Il fronça les sourcils, croisa les bras, et puis prit un air le plus fâché possible (même si ça ne lui réussissait pas vraiment.)
-Bon bah vas-y, tape donc la causette. (Il aurait pu ajouter : « mais s'il te plaît ne lui fait pas trop mal » ; seulement, ce genre de jeux de mots est fort peu apprécié et un peu décalé dans ce genre de conversation, surtout quand on s'adresse à un de ses « ennemis jurés » - quoique, d'après ce qu'on a pu en voir, tout est relatif)
-J'préfère être clair avec toi : soyons amis.
Roxas écarquilla les yeux, choqué par la demande de son vis-à-vis (en ce sens je le comprend, son comportement n'est pas tout à fait logique.) Il utilisa tout son sens de la répartie pour rétorquer :
-Je préfère être clair avec toi : si tu crois que je vais te répondre « bien sûr, avec joie ! » tu te mets le doigt dans l'œil jusqu'à l'épaule. (Et croyez moi, ce n'est pas très beau à voir.)
-Pourquoi ?
-Hum... Attends voir... Qui est-ce qui a passé son enfance à me faire des coups-bas dans le dos ? Qui est-ce qui a enfermé mon frère dans un placard en sachant pertinemment qu'il était claustrophobe ?
-Eh oh, c'était de Vanitas, ce coup-là...
-C'est la même chose, vous êtes tous les deux des connards.
-T'y vas un peu fort. Et puis il y a des choses que tu ne sais pas.
-C'est ça. Et toi Axel ? Pourquoi tu veux tout à coup être mon ami ? Un autre de tes coups de pute, sans doute ?
-T'es tellement négatif ! Je ne suis pas un monstre, Roxas, je peux aussi être... Fiable. Crois-moi...
-Je ne suis pas mon frère. Je ne suis pas aussi naïf que lui. La ressemblance n'est qu'extérieure, ne t'y trompe pas.
-Je sais. Mais...
-Tu n'as pas répondu à ma question il me semble.
Troublé par ce retournement de situation (Roxas qui se faisait dominateur, c'était pas courant), il balbutia vaguement une excuse avant de riposter :
-T'as oublié notre enfance ?
-N'essaie pas de me faire le coup des « vieux souvenirs d'enfance »...
-J'essaie pas, je...
-Tu te tais Axel.
-Bon, d'accord ! Écoute mec, tu te fais ma sœur, alors essaie de comprendre que j'ai pas envie d'être en mauvais termes avec toi.
Roxas parut un instant perturbé, ouvrit la bouche (sans doute pour parler), se ravisa, bref avait l'air en pleine conversation avec lui même. Quelques secondes plus tard, la solution du problème devait lui être parvenue car il répliqua :
-Aaah, je vois... Tu veux qu'on soit, disons-le en tes termes, « amis » pour que tu puisses me surveiller de plus près et te réconcilier avec ta sœur...
-Qui te dis que -
-Oh, je ne suis pas idiot. Elle m'a parlé de vos relations un peu conflictuelles ces derniers temps... Je ne suis pas crédule au point d'accepter tes propositions opportunistes.
-En voilà des mots scientifiques !
-Oui. Je les ai appris dans un excellent livre qu'on appelle « le dictionnaire ».
-Ton sens de la répartie aussi tu l'as choppé là-dedans ?
-Ah, ah.
-Bon, Roxas, fais pas chier et accepte d'enterrer la hache de guerre...
-Je pense pas que ça t'aidera tu sais. Vos disputes c'est ton problème, pas le mien, alors tu me laisses en dehors de tout ça.
-Que dira ma sœur quand elle saura que tu refuses mon amitié ?
-Elle comprendra. Tu n'as fait que nous emmerder, Axel. Je ne pardonne pas.
-T'as pardonné à Kairi.
-Kairi n'avait rien fait.
-Elle avait surtout une belle paire de seins, ouais.
-La bave du vilain crapaud glisse sur la carapace de mon indifférence. (C'est fort joliment dit, vous ne trouvez pas ?) Arrête de me faire perdre mon temps. J'ai dit non.
-T'as pardonné à Kairi !
-C'est une exception.
Axel eut un rire jaune (il aurait pu être orange, pour être assorti à ses cheveux mais non, il était jaune)
-Pas la seule exception d'après ce que je sais.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
-Ven a pardonné lui aussi.
-Normal. Kairi s'est jointe à nous.
-Hum. C'est pas d'elle que je parlais.
-Hein ?
Ébahi, Roxas n'avait pu lâcher que cette onomatopée peu constructive.
-Surpris hein ?
-De qui tu parles, Axel ?
-T'aimerais le savoir, hein ?
-Axel fais pas chier. Tu me le dis. Puis tu t'en vas.
-Oh, ne fais pas semblant que t'as pas remarqué...
-Remarqué quoi ? (Il était soudain plus intéressé par la conversation que les quelques minutes précédentes, on se demande pourquoi)
-Sa toute nouvelle amitié. Enfin, si on peut appeler ça une amitié, si tu vois ce que je veux dire...
-Non je vois pas. Tu me dis qui c'est. Sora ?
-Pff. Sora vous hait.
-Qui ?
-Ah ah...
Roxas commençait sérieusement à perdre patience. Nous d'autant plus, vu qu'on sait de qui ils parlent... Et puis, sérieusement, qui aime ces passages où les personnages apprennent la vérité ? Pas grand monde. Du coup, je vous raccourci la suite de « dis c'est qui, non j'te le dis pas, mais allez euh, mais non mais non » pour arriver directement au dévoilement du nom du traitre.
-Bon, très bien, accepta finalement Axel. Vanitas, ça te dit quelque chose ? (Oh my God no, it's impossible ! Je ne peux croire qu'il s'agisse de Vanitas ! C'est une surprise totale ! Par tous les saints, me voilà choqué à vie ! Je ne peux assimiler une telle information sans en être totalement chamboulé ! Mais qu'est-ce que cela ? Oouh la la !)
Je vous laisse le soin de vous imaginer le visage de Roxas à l'entente de ce nom.
-Vanitas ? Tu déconnes. Je ne te crois pas.
-Et bien, pose la question à ton frère. Ou à Xion. Paraît que vous êtes assez proches, non ? Étrange qu'elle ne t'ait pas parlé de ça. Elle est au courant pourtant. Bizarre...
-Encore une de tes manigances pour foutre la merde ça. Allez, casse-toi, j'ai des courses à faire.
Axel éclata de rire, ayant manifestement oublié la raison de sa venue, et repartit en gambadant.
Roxas, lui, ne riait pas du tout. En fait, il y avait tant de sentiments qui se mélangeaient dans sa tête qu'il aurait plutôt dû en pleurer.
xxx
Laissons Roxas ruminer ses nouvelles informations tranquillement tandis qu'il rentre chez lui ; et passons à quelqu'un d'autre tout aussi blond bien qu'un peu moins viril : (mais non, pas Ven ; je sais bien qu'il n'est pas totalement... Hum, qu'il correspond à la brève description mais ne poussons pas pépé dans la marmite fumante voulez-vous ?) Naminé.
Parce que, au cas où vous l'auriez oublié, aucune information n'a encore filtré quant à sa venue parmi les protagonistes ; les seules éléments dignes de ce nom qui sont parvenus jusqu'à vous sont :
-Naminé s'est ramenée en plein milieu d'un truc où elle n'était pas invitée (puis a jeté un sort sur le berceau du bébé en disant qu'elle allait mourir le jour de ses 16 ans – ah, pardon, mauvais scénario)
-Naminé s'est retrouvée on ne sait comment chez Sora/Olette (ou du moins, c'est ce qu'on pense) lors de la transformation d'Hayner.
-Naminé... Ah ben non. En fait, c'est tout.
Ce qui ne fait approximativement pas grand chose.
Et comme j'aime le suspens, je vais vous laisser avec ses non-informations jusqu'à la prochaine fois.
Ah ah.
xxx
Xion était perplexe. Non, pas perplexe ; en fait, elle était complètement abasourdie. Une personne qu'elle tenait en si haute estime n'avait pas pu faire ça. Certes, chacun avait ses défauts et ses moments de psychose, mais... Là, c'en était presque... Comment dire, décevant ? Elle était embarrassée pour l'auteur du message.
Non mais, franchement, qu'est-ce qui lui avait pris d'afficher ça partout dans les couloirs ? Et pas seulement dans les couloirs, d'ailleurs ; dans les tableaux d'information des classes, chez les commerçants, elle en avait même vu collés aux poteaux du centre-ville. Décidément, il ne se produisait que des choses étranges ces temps-ci.
Elle fut tirée de ses pensées par la sonnerie stridente qui marquait la fin du cours de math (la fin du sommeil aussi, soit dit en passant – elle n'avait jamais été très douée pour les calculs.) Elle se leva en douceur, bailla un coup puis sorti de la classe sans tarder. Devant l'attendait déjà Ven, fidèle au poste comme depuis quelques jours. Il lui sourit, elle répondit de la même façon (en même temps, répondre à un sourire par un geste obscène de la main n'est pas toujours indiqué quand on s'adresse à ses amis) puis lui sauta au cou (tout le monde avait la fâcheuse habitude de faire subir ça à Ven, depuis quelques temps ; il commençait sérieusement à se poser des questions) en riant.
-Xion, t'as pas bientôt fini ?
-Non ! Je suis infatigable tu comprends. Et j'ai besoin d'affection.
-C'est ça...
Il partirent tous deux vers la cour intérieure tout en continuant à faire la conversation.
-Et puis t'as horreur de ça, et tu sais que je ne peux m'empêcher de te taquiner de temps en temps...
-À chaque fois que tu me vois, en fait.
-Voilà !
-Et pourquoi c'est près de moi que tu viens chercher de l'affection ?
-Tu veux que j'aille vers qui ? Roxas ? Je me ferais butter par Kairi.
-Je suis certain que t'es plus forte que cette greluche.
-T'es pas sympa avec elle. Mais t'as pas tort !
-Et pourquoi t'emmerdes pas Riku ?
Elle éclata de rire (je la comprend, je ris avec.)
-Avec Riku ? Autant essayer de discuter avec une statue.
-Alors, hum...
-Y a personne, te fatigue pas. Vanitas est pas du genre affectueux... Enfin, pas avec moi en tout cas (elle ajouta un clin d'œil appuyé pour si jamais Ven n'avait pas compris, et il grimaça légèrement.) Terra, n'y pense pas, j'ai pas envie de mourir étouffée. Naminé... Mmh, non.
-Et dans ta classe ?
-Arrête, c'est tous des attardés. T'es le seul gentil, et de toute façon t'es homo, on s'en fout que je te fasse des câlins ou pas !
Le blond (non pas Pierre, Ven) se renfrogna.
-T'en as pas marre de toujours remettre ça sur le tapis ?
-Non.
-Humpf...
Ils arrivèrent devant un petit muret de pierre. Ven s'assit et soupira. Xion croisa les bras.
-Je m'emmerde.
-On en a encore pour une heure et demi à rien foutre, alors évite de dire ce genre de truc, tu vas apporter la poisse.
Elle l'ignora.
-Roxas est où ?
Il avait l'envie furieuse de répondre : « avec sa pouffe, sans doute », mais étant un minimum bien élevé garda ses pensées pour lui.
-Tu sais que le mardi il a cours sur le temps de midi. Il arrivera à cinquante.
-Ah bon...
-Tu sais que ça fait presque six semaines qu'on est rentrés et qu'il a cet horaire ?
-Euh...
-C'est bien de t'en rendre compte maintenant, Xion !
Elle se mit soudain à chercher dans son sac, l'air catastrophé. Elle tourna autour de Ven, souleva les feuilles d'arbres qui trainaient là.
-Tu cherches quelque chose ?
-Ta gentillesse naturelle. Elle a disparu il y a quelques temps.
-Tu es d'une exquise drôlerie.
-Je sais. Bon, on fait quoi ?
-On fait bli.
Pas de réponse (enfin, c'est pas comme si on avait pu attendre une réponse à ça, non plus.)
Kairi arriva une trentaine de minutes plus tard. Ven était désormais couché sur le muret et regardait les nuages, l'ai rêveur. Xion, elle, était assise en tailleur à ses pieds et récitait quelques répliques de la pièce à laquelle elle participerait dans quelques mois.
-Il fait beau aujourd'hui.
C'était... une tentative d'attirer l'attention sur elle par Kairi ! Applaudissements dans la salle.
Dommage que ça ne fonctionne pas très bien.
-Aheum, moi aussi je vais bien, merci...
-Serait-ce une manière subtile de nous faire remarquer qu'on pourrait te dire bonjour au lieu de t'ignorer comme une vieille serpillère ? Dit Xion, toujours aussi affutée.
-Exactement.
Émue par cet excès de chaleur dans les paroles de bienvenue que lui avaient adressés ses... comment dire... mmh, pas facile de trouver un terme exact. Ce n'étaient pas ses amis, ce n'étaient pas ses ennemis non plus ; elle ne pouvait dire qu'ils n'étaient que de simples connaissances (elle avait passé plus de 8 ans dans leur horreur), ni même qu'ils étaient proches ; ils étaient juste le frère et la meilleure amie de son charmant copain. Breeef, elle s'adossa aux briques et ouvrit son livre de sciences, dans l'espoir de glaner encore quelques informations avant son interrogation. Xion cessa sa répétition, songeuse.
-Tu es en sciences fortes ?
-Oui, pourquoi ?
-Comme ça. J'imaginais pas que t'étais...
Elle aurait pu ajouter « intelligente », mais chacun avait compris. Ven eut un léger sourire.
-Et bien oui. Tu vois, j'ai envie de pouvoir faire quelque chose de ma vie.
La plus jeune ne tiqua pas (pourtant elle aurait dû, vu que le « pas comme les idiots qui ont pris option théâtre » était fortement sous-entendu) et reprit sa tirade depuis le début.
C'est un groupe étonnement silencieux que rejoint Roxas un peu plus tard.
-Salut les gars !
Tous le toisèrent un instant, immobiles. Ils retournèrent à leurs occupations.
-Quelle joie de se sentir aimé, accueillit par ses amis proches...
-« Je sais de quels remords son courage est atteint :
Le lâche craint la mort, et c'est tout ce qu'il craint.
Quoi ? sans qu'elle employât une seule prière,
Ma mère en sa faveur arma la Grèce entière ? » entonna Xion avec un air digne de la plus grande des actrices tragiques du siècle dernier.
-Euh, certes... C'est quoi ? Demanda Roxas, curieux.
-Le texte que je dois savoir.
-Merci, mais je l'avais deviné tout seul...
Une voix grave et mystérieuse répondit :
-Andromaque de Racine. Acte cinq, scène deux.
Tous se retournèrent, étonnés. Riku s'assit à quelques centimètres de la tête de Ven, l'air de mauvaise humeur (ce qui était déjà mieux que pas d'air du tout.)
-Tiens-toi un peu à l'écart de mon soleil, Riku, l'apostropha celui-ci.
-Oh, je vois que monsieur possède aussi quelques bonnes références, approuva-t-il.
-Les grands esprits se rencontrent, on dirait... Soupira Kairi en fermant son livre. Xion suivit son exemple et rangea ses affaires. Ven se rassit (pas comme du pain rassi, plutôt comme quelqu'un qui se rassied, vous voyez ?) lui aussi et lança un coup d'œil interrogateur à « Monsieur j'ai des cheveux couleur souris » (c'est une fort belle expression.)
-D'où tu connais les répliques de Xion par cœur, toi ? Lui lança-t-il.
-J'ai de la culture, c'est tout.
-Mouais, ajouta Roxas. N'empêche que si tu me lâches « Je vais me rendre dans les airs : j'emploierai cette nuit à l'accomplissement d'un projet fatal et terrible », je peux pas te dire d'où ça vient comme ça, nickel.
-C'est facile comme tout, rétorqua Kairi. Ça vient de...
-Arrêtez on dirait une guerre d'intellectuels... Marmonna Xion. Et puis on a un autre sujet important à évoquer, je crois.
-Ah bon ?
-Sérieux ?
-Lequel ?
-De quoi tu parles ?
Elle leva les yeux au ciel.
-D'accord... Bon. Ne me dites pas que vous n'avez pas remarqué ça ?
Elle sortit un papier de sa poche. Une petite affiche avec une écriture stylisée.
-Ah... souffla Ven. C'est vrai.
-Mmh, enchérit Kairi.
-C'est sûr, glissa Roxas. J'avais trouvé ça bizarre.
-Qu'est-ce que c'est ? Se renseigna Riku.
-Oh, fais pas l'innocent. Tu sais, Riku – Xion posa une main sur son épaule, l'air compatissant – C'est normal d'avoir des moments de vide. Mais quand même... T'aurais pas du afficher ça partout. Je sais que tout le monde est bizarre, dans cette ville, mais pas au point de ne pas y faire attention. Puis, personne ne te connait très bien, alors ici ils vont encore plus avoir peur de toi et -
-Mais de quoi tu parles ?
-De ta petite affiche. Qu'est-ce qui t'a pris de coller ça partout ?
Quatre paires d'yeux se braquèrent sur lui.
-De coller quoi ?
-Ben, ça !
Elle agita le papier devant ses yeux. Il le lui arracha des mains (ce qui lui valut un regard noir de sa part) et lut quelques phrases.
« Sans doute avez-vous remarqué le nombre incalculable de choses que la société, le gouvernement, le sénat ou que sais-je, cache à la face du commun des mortels.
Pour ne pas en citer, les ovnis – »
-C'est une blague... Qu'est-ce qui te fait dire que c'est moi qui l'ai affiché ?
-La signature ?
Il cilla. C'était signé. De son nom.
-L'enfoiré...
-Riku, ça ne te ressemble pas d'écrire ce genre de choses... soupira Ven.
-C'est vrai, et puis à quoi tu te réfères en disant « ce qui suit » ? Demanda Roxas, inquiet.
-Mais c'est pas moi qui ai écrit ça !
-C'est ta signature, Riku... ajouta Xion.
-Mais -
-Tu me fais peur parfois.
-Je vous jure que -
-Tu sais, tu peux te faire aider...
-C'est pas moi, c'est le bibliothécaire qui -
-Oh non, ne recommence pas avec cette histoire de nain schizophrène...
-Mais bordel de -
-Tss, pas de vilains mots !
Riku comprit bien vite que ce n'était pas la peine. Évidemment, à quoi s'attendait-il ? Quand on la ferme trop souvent, les gens finissent par ne plus écouter (en fait c'est plutôt l'inverse, mais ils sont très bizarres.) Pauvre Riku.
Ailleurs, loin, un vieil homme riait sous sa cape. « Ah ah » pensa-t-il (car il riait en pensant, oui) « ça t'apprendra à te moquer de moi ! »
La discussion de groupe fut interrompue de nouveau par l'arrivée inopinée de trois drôles d'individus.
-Oh, c'est pas vrai, manquait plus que ça... ronchonna Kairi.
-C'est comme ça que tu dis bonjours à ton frère et tes potes ? Et ben. Merci, ça fait toujours plaisir, ricana Vanitas.
-Qu'est-ce que vous voulez ? Demanda Xion, qui elle n'avait pas l'air plus ennuyée que ça (en même temps c'est facile de faire la forte tête quand on tient son maléfique frère par la peau des... hum)
-C'est marrant que tu nous le demande sœurette, Sora disait justement qu'à chaque fois qu'on venait on se prenait ce genre de question dans la face en lieu et place d'un « bonjour », alors que dans la situation inverse vous avez toujours droit à un comportement correct de notre part.
-J'ai jamais dit ça ! Bougonna Sora.
-Forcément, « frérot », riposta-t-elle, vu qu'on ne vient jamais vous voir. Ou alors, quand ça arrive, il n'y a que moi. Et tes copains sont pas assez débiles pour être impolis envers moi, si ?
Axel passa une main dans sa nuque, un sourire moqueur rivé aux lèvres. Sora marmonna quelque chose, Vanitas ignora sa sœur.
-Alors, la raison de votre venue ? Reprit Roxas, de mauvaise humeur, d'un coup.
-Hum... On avait envie de vous emmerder ? Répondit Axel.
-Et à part ça ?
-À part ça, rien.
Sora sourit.
-Alors les gars, c'est quoi cette affiche débile ? Dit-il.
-Oh nan, pitié, tout mais pas ça...
Riku se leva, l'air en colère.
-Sérieux, vous commencez à me saouler tous. C'est pas moi qui ai écrit cette putain d'affiche, c'est encore moins moi qui l'ai collée partout, alors pitié arrêtez de m'emmerder avec ça !
-Oulah... Il est pas content.
-Nope.
-En effet.
-J'avoue.
-C'est clair.
-J'aurais pas dit mieux.
-C'est certain.
-Bande de cons...
Tous le regardèrent partir sans bruit. La sonnerie retentit dans l'air, mais personne ne semblait vouloir bouger. Jusqu'à ce que Kairi prenne la parole.
-Bon, vous avez pas cours ?
-Oh, si, c'est vrai, dit Sora.
Il retourna sans se presser au bâtiment. De toute façon, il avait déjà tout vu l'année d'avant, alors bon...
-La flemme, annonça Axel qui partit néanmoins.
-Si, mais j'ai éducation physique de toute façon, fit remarquer Vanitas en haussant les épaules.
-Sérieux, éducation physique... Ils auraient pas pu trouver un nom moins ambigu ? Style, sport ? Lâcha Roxas. Moi j'ai fourche maintenant (une heure de glandouillage, en gros), je reste ici.
-Mmh, j'y vais du coup, informa Vanitas. Adjos, les mecs. Je me languis de vous revoir !
Il adressa un clin d'œil à Ven sans se départir de son sourire sarcastique, puis tourna les talons.
-J'ai rien non plus, fit Xion aux personnes restantes (Kairi, Ven et Roxas, quoi.)
-Moi si. Tu m'attends devant la classe, tout à l'heure, Xion ? Se renseigna Ven.
-Pas de problèmes. J'aurai sans doute fini plus tôt.
-Parfait. À tantôt, alors.
-Ouais. Dis, Kairi, et toi t'as pas cours ?
Elle prit un air bouleversé.
-Putain, merde, j'ai une méga interro en Bio... Bon, à plus.
Elle déposa un baiser sur les lèvres de Roxas tandis que Xion faisait une grimace des plus sympathique. Les deux derniers restants décidèrent par un accord tacite de se lever et de se promener négligemment aux alentours des bâtiments pour profiter de la nature et de la chaleur extérieure (on ne se promène pas dehors quand c'est pour sentir la chaleur intérieure, généralement.) Ils étaient en plein automne, et pourtant le soleil ne semblait pas avoir fini son passage. Les températures avoisinaient les vingt-trois degrés, et ça arrangeait bien tout le monde.
Ils s'installèrent sur un banc. Xion déposa ses affaires, ressortit son bouquin et le tendit à Roxas.
-Tu me fais répéter ?
-Oh, nan...
-T'as pas le choix ! Bon, je commence. Acte 5. Ok ?
-Ça va, ça va...
Elle prit une pose théâtrale, porta sa main à ses yeux et entama :
-« Ah ! qu'ai-je fait, Cléone ? et que viens-tu me dire ?
Que fait Pyrrhus ?
-Il est au comble de ses vœux,
Le plus fier des mortels, et le plus amoureux... »
-Tu pourrais mettre un peu plus de vie, non ?
-Mais... Attends, t'as vu tout ce que j'ai à dire ?
-Ouais, et alors ?
-T'as vu ce que je dois dire ?
-Où est le problème ?
-Comment tu veux que je mette de la vie la dedans ? En plus la femme s'appelle Cléone, quoi...
-T'es difficile. Bon. De toute façon je connais. Laisse tomber...
Elle suivit des yeux le groupe de garçons qui courait sur la piste d'athlétisme.
-Aaah, fit-elle.
-Quoi ?
-Pourquoi y a aucun mec bien ici ?
-Euh, ça va? Tu veux que je t'aide ?
-Mmh ? Oh, à part toi bien sûr...
-C'est ça, pirouette de rattrapage. Et puis y a pas que moi.
-Conseille moi alors.
-Hum... Ven.
-Ah, ah. Non, sans déconner.
-Riku ?
-Je t'ai dit sans déconner, Rox.
-T'es difficile, Rouky.
-Voilà. Je m'ennuie.
-Moi aussi. T'as qu'à répéter.
-Tu veux pas m'aider.
-Mmh.
Ils restèrent en silence quelques instants.
-Xion. Y a quelque chose qui me tracasse.
-Et bah dis le moi tout de suite au lieu de faire une introduction.
-Axel est venu me voir il n'y a pas longtemps.
-Ah ? Pourquoi ?
-Je sais pas trop... (ou plutôt : j'ai pas envie de te le dire) Mais il a dit quelque chose à propos de ton frère et -
-Qu'est-ce qu'il a fait encore ce con ?
-J'en sais rien. Il a dit que Ven... Hum, un délire comme quoi il aurait « pardonné » à Vanitas. Un truc du genre.. Tu vois.
-Non, je vois pas. Comment ça, pardonner ?
-Il m'a dit de te poser la question. J'ai demandé à Ven, mais il a dit qu'Axel disait des conneries.
-Bah alors.
-Il est pas doué pour mentir.
Xion tortilla les doigts. Elle était un peu mal à l'aise. Ce que je comprend aisément.
-Tu penses quoi ? Demanda-t-elle.
-J'en sais rien... Mais tu penses qu'il est ami avec Vanitas ? Et qu'il ne m'en a pas parlé ?
-Qu'est-ce que j'en sais moi...
-C'est ton frère.
-Et alors ? Il ne me raconte pas sa vie. Il sait bien que je peux tout retourner contre lui si je le voulais.
-Je sais. Mais Ven cache quelque chose. D'habitude il me raconte tout, pourtant. Mais là... Je sais pas. Je suis inquiet.
-Ah.
-Xion, si tu sais quelque chose, dis-le moi.
Ou comment mettre sa meilleure amie dans une très mauvaise position. C'est vrai, la pauvre : elle avait juré à son aîné de ne pas vendre la mèche ; mais malgré tout, Roxas était son meilleur ami et qui plus est le frère jumeau du concerné. Elle ne pouvait pas lui cacher ça... Mais s'il le prenait mal, ce serait très mauvais. Et tout lui retomberait dessus.
-Xion, s'il te plaît... On est amis, pas vrai ? On est censé être sincère l'un envers l'autre.
Elle vit Vanitas passer en courant sur la piste. Oh et puis tant pis ; c'était un connard, et il ne lui en voudrait pas, de toute façon. (Elle avait manifestement oublié que Ven aussi était un paramètre de l'équation. Mais bon, elle s'en fichait, elle n'était pas douée en math.)
-Bon, d'accord. Mais jure-moi de ne le dire à personne.
-Pourquoi, c'est si important ?
-Jure-le.
-Je le jure sur ma vie. Enfin.
-Bon. On peut dire que Ven a... Pardonné. Axel à raison.
-...
-En fait, ils s'entendent plutôt bien...
-Ils sont amis ? C'est pas possible.
-Ils sont un peu plus que ça, en fait...
-Tu veux dire qu'ils s'entendent aussi bien que quand on était gosses ?
-Euh, aheum... Comment dire ça...
C'est vrai que lâcher à un individu psychologiquement instable « ton frère se tape mon frère » n'était pas très indiqué. Surtout que l'expression était un peu mal choisie.
-Allez, accouche.
-D'accord... Ven et Vanitas -
Cinq secondes plus tard, on pouvait entendre résonner un « QUUUUUUOOOOOIIIIIIIIIII ? » terrifiant dans chacun des locaux. Les élèves qui avaient des activités dehors s'arrêtèrent un instant, choqués. Puis ils se mirent à rire tout en pensant « mais quel idiot, celui-là. »
-Roxas, calme-toi, tout le monde nous regarde...
Il respira un grand coup, maître de ses émotions. Hum.
-Comment il a pu me cacher ça ?
-Euh, c'est-à-dire que...
-Je suis son frère, putain !
-Tu peux m'appeler Xion.
-...
-À sa place, qu'est-ce que t'aurais fait ?
-Mais je serai jamais à sa place ! Nom de -
-Oui, oui, zeeen, geeeentil.
-Et ça fait combien de temps ?
-Euh... Depuis fin septembre, pour ne pas dire début octobre ?
-TU TE FOUS DE -
-Arrête de hurler !
-Mais t'es en train de me dire qu'ils se bécotent en secret depuis quelques semaines là ! Qu'est-ce que tu veux que je fasse à part hurler ?
-Accepter ?
-C'est ça ! C'est n'importe quoi ! Je te jure... Il va m'entendre, celui-là !
-T'avais promis ! Lui rappela-t-elle en fronçant les sourcils.
Il eut l'air de réfléchir.
-... Ouais.
-Et puis y a pas de quoi en faire une histoire non plus...
-Si !
-Moi je les trouve mignons ensemble. (Et je suis sûr que plein de gens sont d'accord, n'est-ce pas ?)
-Ça me rend malade...
-Voyons.
-J'te jure, j'dois gerber.
-Je te savais pas comme ça...
-Mais arrêtes, tu les as vu ? Aaah, bordel...
-Hé Roxas, j'ai une idée...
-Quoi ?
-Si tu la fermais ?
Il soupira. Personne ne pouvait le comprendre.
Son frère était en couple.
Son frère était en couple avec un mec.
Son frère était en couple avec un mec qui se trouvait être un connard de grande envergure.
BON. Ils allaient avoir une « conversation » tous les deux, et tant pis pour la promesse (les guillemets signifiant : bonne engueulade en approche, je sens qu'on va rigoler.)
xxx
-Isa...
-Quoi ?
-C'est vraiment débile.
-Vas-y, mec. Fais-nous part de ta pensée intime.
Lea s'assit plus confortablement dans un des vieux fauteuils qui décoraient la pièce. Il se gratta machinalement l'arrière du crâne -une fâcheuse habitude qui lui restait depuis cette contagion massive de poux- et continua.
-Pourquoi faut-il forcément un mâle et une femelle pour créer un être vivant ?
-Quoi ?
-Si on y réfléchit, c'est complètement con. Ça complique tout pour rien. La nature aurait du faire en sorte que chacun puisse perpétuer l'espèce à lui seul.
-Euh...
-C'est vrai quoi ! (Il se leva, le poing en l'air, tel superman se préparant pour une périlleuse mission.) Ça sert à rien.
-C'est vraiment génial, Lea. Mais en fait, je m'en fous.
Ceci était une petite introduction pour dire : voici vos nouveaux amis, Lea et Isa, ils sont potes et parlent de trucs idiots.
Pour ne pas vous perturber plus, passons aux traditionnelles et toujours utiles présentations.
Commençons par l'hyperactif qui se posait des questions idiotes : Lea.
Non, non, pas Léo. Lea. Et non, pas hyperactive, hyperactif. Car oui, mesdemoiselles (et quelques rares messieurs), Lea n'a pas de poitrine. Il n'a pas d'utérus. Il ne sait pas faire deux choses en même temps. Il n'a pas une intelligence supérieure. Et le roux lui va mal. Vous avez bien compris ; c'est un garçon. Pas très viril, certes ; mais on ne peut pas lui en vouloir, la nature n'en a pas encore finit avec lui.
Lea était né dans une famille humaine mais d'étranges rumeurs comme quoi il serait mi-homme mi-porc-épic couraient à son sujet. Certains poussaient même l'audace jusqu'à dire mi-femme mi-porc-épic, mais c'était bien sûr plus pour se moquer de lui et de son prénom que pour aider la science. Il avait 14 ans – le même âge que Xion, en fait – physiquement, mais d'aucuns prétendaient que dans sa tête il en avait 3 et demi. Sa passion était le frisbee (on comprend mieux pourquoi Isa est son seul ami), il n'allait pas à l'école parce qu'il trouvait ça nul, et personne n'y faisait attention parce que sa présence dans une classe rendait infernale la vie de n'importe quel professeur.
Isa, lui, est aussi un garçon. Oui, il a un nom de fille. Hum, pourquoi pas. Il avait 14 ans – le même âge que Lea, en fait – physiquement, mais d'aucuns prétendaient que dans sa tête il en avait 25. Bon, bien sûr, chacun sa façon de voir. Sa passion était... Il n'avait pas vraiment de passion. À part peut-être l'astronomie. En fait, il n'y a pas grand chose à dire sur lui.
Ces deux garçons étaient « meilleurs amis », comme ils le disaient, depuis bientôt 10 ans. Depuis, en fait, qu'ils avaient compris la signification d' « unis dans l'adversité. »
Ils s'étaient rencontrés, un jour, lorsque par un monstrueux hasard leurs mères respectives s'étaient croisées dans un rayon de supermarché. Ayant sans doute mutuellement reconnu l'aura de « jeune mère qui a tellement été déçue d'avoir un fils qu'elle lui a donné un nom de gonzesse », elles ne tardèrent pas à faire papote, à s'entendre, à rire et à parler de choses de bonnes femmes. Les deux dames finirent par se voir assez souvent, au grand dam de leurs fils, qui eux ne s'appréciaient pas plus que ça ; la disparité de leur caractère leur donnait l'impression d'essayer d'être ami avec un alien.
Ils ne tardèrent pas à changer d'avis.
C'est un jour, en classe de maternelle, qu'ils se rendirent compte du fait que s'ils ne faisaient pas de l'autre un ami, ils resteraient à jamais seuls. Lorsque Lea s'était approché d'un gamin à l'air sympathique, il s'était fait éjecter aussi sec, sous prétexte que « on ne veut pas d'amis qui n'ont pas d'âmes. » Ils étaient des parias, des rebuts de la société. Tout ça à cause d'un prénom de fille, et de cheveux bizarres. C'est vrai quoi ; après tout, ce n'était pas la faute de Lea s'il était roux et si tout le monde le prenait pour un travlo (il avait beau passer son temps à dire « ça se prononce Li », tout le monde s'évertuait à l'appeler Léa). Isa connaissait cette situation. Les cheveux bleus n'étaient pas très à la mode (qui sait, c'est peut-être un membre lointain de la famille d'Aqua, non ?), et « Isa » n'était pas tellement plus viril que « Lea ». Bon, d'accord, ça se prononçait Aïza... Mais ça restait quand même un prénom de fillette.
Ils se reconnurent l'un l'autre, connaissant la peine que chacun endurait. Ils se jurèrent de faire payer au monde leur humiliation. De ne plus jamais se quitter. De se dire meilleurs amis même s'ils ne le sentaient pas. Bref, de faire face aux autres attardés en s'unissant pour être plus forts.
Isa avait eu un mal fou à supporter Lea, au début. Ce dernier était extraverti, joyeux, souriant, légèrement moqueur et parlait tout le temps (une fille, vous dis-je !), au contraire d'Isa qui était (asocial) plutôt taciturne, calme voire grincheux et qui employait le sarcasme à tout bout de champs. Malheureusement, ils n'avaient pas eu le choix ; il fallait qu'ils s'entendent, s'ils voulaient mener leur projet à bien. Ils s'habituèrent à la présence de l'autre après quelques temps et avaient fini par être inséparables. Tellement inséparables, en fait, qu'ils passaient la plupart de leurs journées à parler/lire/s'envoyer un frisbee/s'engueuler/commenter l'état de la pièce/manger/chanter/râler/rire/etc. dans leurs fauteuils respectifs, dans ce qu'ils avaient appelés leur repaire – une pièce désaffectée abandonnée au coin de la rue dont ils avaient délogé l'habitant, un vieil SDF qui n'avait rien demandé.
Certes. Mais pourquoi parler d'eux me direz-vous ? Ce n'est pas pour les fangirls, en tout cas. Ce n'est pas non plus parce que ajouter des personnages c'est trop cool. C'est encore moins pour lutter contre le réchauffement climatique. En fait, la raison... Et bien vous allez le savoir tout de suite !
-Isa ?
-Quoi encore ?
-Ca va mec, calme ! (Ils avaient tendance à toujours s'appeler « mec », « gars » ou « mon pote », sans doute pour souligner leur virilité. Bon,ça change rien au fait qu'ils aient des prénoms de gonz, mais ça aide.)
-Ouais. Bon. Quoi ?
-Je m'ennuie.
-Tout le monde s'ennuie. Les hommes s'ennuient. Les enfants s'ennuient. L'univers s'ennuie. Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ?
-On devrait se trouver une gonz.
Pour le coup, Isa leva les yeux de son livre d'aventure et regarda Lea dans les yeux, perplexe.
-Quoi ?
-Tu sais dire que ça, mon pote ?
-Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse d'une fille ?
-C'est malsain de rester tout le temps à deux.
-Qui t'a dit ça ?
-Ma mère.
-Bah ta mère est conne.
-Tu veux un frisbee dans la gueule ? Non. Alors évite ce genre de remarque.
-Tu m'as provoqué...
Il soupira et se cala au fond du canapé, l'air songeur. Lea se leva et s'installa à ses côté. Il passa un bras autour des épaules de son ami et murmura :
-Je dis ça pour toi, gars. À force de passer du temps ensemble, les gens vont finir par croire qu'on est des tapettes. J'trouve que c'est déjà assez dur qu'on nous prenne pour des meufs, alors on a pas besoin de ça, si ?
-Mmh... T'as sans doute raison. Et où tu veux qu'on se trouve une fille ?
-Je sais pas, ça vit où ces choses-là ?
-Mmh... Dans les magasins.
-Ou alors dans les laveries.
-Je ne suis pas certain qu'elles apprécieraient tes propos machistes. Je suis sûr que tu ne pourrais te lier d'amitié avec aucune d'entre elles. Tu es tellement immature.
-Tandis que toi tu es d'une exceptionnelle intelligence, pas vrai ? Hum, très bien. Quand on en trouvera une correcte, je te laisserai faire le premier pas.
-OK.
Il se leva et se dirigea vers là porte – enfin, si on pouvait appeler ça une porte, étant donné que c'était plus « une ouverture dans le mur qui permettait à chacun d'aller et venir à sa guise, avec pour toute séparation une vieille tenture rongée aux mites. Lea l'observa sans comprendre.
-Hé mec, qu'est-ce que tu fais ?
-Je pensais que tu voulais que le duo se transforme en trio. Ou bien n'était-ce que des paroles en l'air ?
-Non, t'as raison. On y va.
Et c'est ainsi que Lea et Isa se mirent à la chasse.
Voilà un rythme de publication relativement rapide. C'est parce que je suis en période inspirée... Mais c'est fini maintenant. Et puis avec les cours, j'ai plus trop de temps pour moi. Donc n'attendez pas le prochain chapitre ( si vous l'attendez d: ) avant... Hum... Mi voire fin octobre ? 8D (qui sait peut-être même début, mais il faut toujours prévoir plus loin xD.)
"La bave du vilain crapaud glisse sur la carapace de mon indifférence". Dédicace à Eline qui m'a sorti cette magnifique expression :d Très utile, à tester !
Sur ce - Merci pour votre lecture :). Et n'oubliez pas ; une review fait toujours énormément plaisir et ce faisant vous participez activement à mon bonheur sur Terre ! :3. Je vous aime, vous savez.
