Disclaimer : Square Enix/BUENA VISTAAAAAA Games.

Merci pour vos reviews, je vous aime tous. ;^; Je tiens aussi à remercier la, euh, team ww msn sans qui ce chapitre aurait encore pu attendre, ainsi que Keirha-chan qui est toujours là pour me rappeler à quel point je suis leeeente :'D (c'est très motivant :B) Enfin bref, remerciez ces gens qui ont permis à ce (TRES LONG) chapitre d'être publié aujourd'hui et pas dans deux mois !


Sora fronça les sourcils, tandis que ses doigts se refermaient sur l'énorme barre de métal pourtant si légère qui jouxtait sa cuisse droite.

Résolu, il se releva et se prépara au combat. Il affronterait tous les sans-cœur du monde pour elle. Il n'avait peur de rien. Kairi avait besoin de lui. Elle comptait sur lui. Il ne pouvait pas la laisser, ni la décevoir.

Il la cherchait depuis si longtemps. La vision de son corps flasque et vide l'avait ébranlé jusqu'au plus profond de son être. Il devait la retrouver le plus vite possible. La sauver, et arranger les choses, enfin. Ensuite, ils retourneraient sur leur île tous les deux.

S'il attendait, qui pouvait savoir ce que lui ferait Riku ? La savoir avec lui en ce moment même lui donnait la nausée. Ce garçon les avait trahis sans le moindre état d'âme pour suivre les ténèbres. Il avait abandonné Kairi à son sort, il avait l'ambition ultime d'éliminer Sora pour prouver qu'il était meilleur que lui, il s'était lié à une bande d'individus sans le moindre sens moral qui s'amusait à enlever des jeunes filles chez elles pour leur arracher le cœur. Non, il n'était décidément pas l'homme d'honneur qu'il avait longtemps prétendu être. Il était hors de question de le laisser atteindre Kairi avant lui. Hors de question.

Il souleva la barre de métal qui s'avérait en fait être une partie de l'immense clé qu'il tenait à la main et dont il se servait pour tabasser de petites créatures noires qu'il aurait pu trouver mignonnes si elles n'avaient pas essayé de lui dévorer le cœur à de très nombreuses reprises.

Sora fléchit les genoux, se préparant à un saut qu'il n'était pas certain de réussir. Ses jambes se détendirent d'un seul coup, le propulsant sur un morceau de roche volante (comment diable pouvait-elle se trouver ainsi en suspension ?) à laquelle il s'accrocha de justesse. D'un magnifique saut périlleux bien calculé, il se retrouva debout, sur la plate-forme, bientôt suivi de ses deux fidèles amis et compagnons de toujours, un canard de taille respectable et un chien sur deux pattes qui ne ressemblait à aucune race connue de lui jusqu'alors.

Les nombreux rochers, qui s'élevaient de plus en plus haut devant lui, ne parvenaient pas à le décourager. Avec un peu d'élan et beaucoup de détermination, il parvint à atteindre une plate-forme bien plus grande sur laquelle était plantée une curieuse arche, une énorme chose qui semblait vivante et un garçon qu'il aurait pu reconnaître à des kilomètres. Ce dernier percuta d'un coup d'épée (ou du moins, de quelque chose qui y ressemblait) la bête qui s'écroula dans un grand bruit.

Sora était prêt.

Il était l'élu de la Keyblade, il allait sauver Kairi, il allait sauver les mondes et rétablir l'ordre. Les traîtres comme Riku n'avaient pas leur place dans son univers. Il était temps qu'ils aient une petite discussion.

– On a toujours été rivaux, pas vrai ? On arrêtait pas de se défier, tu t'en souviens ?

Entendre la voix de son ancien ami l'emplit d'un dégoût certain. Il resserra sa prise sur la clé, le sang battant douloureusement à sa tempe.

– Mais ça s'arrête là. Il ne peut y avoir deux maîtres de la Keyblade.

– De quoi est-ce que tu parles ?

Sora n'avait pu retenir cette question. Il se gifla mentalement et n'ajouta rien.

– Que la Keyblade choisisse son vrai maître !

Toute l'assurance de Sora avait soudain disparu. Il réprima un sursaut d'horreur lorsque la Keyblade, arme qui lui avait tant servi, celle qui faisait de lui le sauveur des mondes, celle qui forgeait son destin, disparut dans un éclair de lumière, ne laissant dans la main de Sora qu'un vide immense et une incompréhension tout aussi grande.

Un sourire victorieux barra le visage de Riku qui tenait la clé si précieuse de son adversaire.

– Maléfique avait raison. Tu n'es pas de taille à sauver Kairi ! C'est à moi de le faire. Seul le maître de la Keyblade peut ouvrir la porte secrète et changer le monde.

Sora écarquilla les yeux. Il refusait d'admettre la réalité. Non.

– C'est impossible ! C'est moi qui suis arrivé jusqu'ici avec la Keyblade !

– Tu n'étais que le livreur. Désolé, ton rôle prend fin. Tiens, va jouer les héros avec ça.

Riku lui jeta une vieille épée en bois qui rebondit sur le sol avec le bruit insupportable de la défaite. Sora s'effondra sur le sol, dévasté.

Ses deux amis (je suis à peu près certain qu'ils se nommaient Donald et Dingo) lui jetèrent un regard déçu avant de suivre Riku qui tournait les talons avec la Keyblade.

Il lui avait tout pris désormais. Ses amis, son arme, son destin. Il n'était plus rien. Riku avait pris tout ce qu'il aimait. Il ne pourrait pas lui pardonner. Jamais.

Jamais.

Jam–

Sora se réveilla en sursaut, couvert de sueur et très en colère. Riku. Encore lui. Le traître. Le voleur. Le sale petit...

Comme si ce n'était pas suffisant de le fréquenter dans la réalité, il fallait qu'il vienne aussi faire des petites visites dans ses songes. Qu'il vienne tout gâcher, comme à son habitude. Sora en avait assez. Il ne pouvait pas supporter ça.

Pourquoi fallait-il que Riku vienne le faire chier jusque dans ses rêves ? Sora ne pouvait-il pas, au moins pour une seule fois, être le héros de l'histoire ? Pourquoi son imagination même était empoisonnée par l'existence de ce suppôt de Satan ?

Il sortit du lit en ruminant sa haine contre son ennemi ancestral et s'habilla rapidement sans prendre la peine de se laver avant – quel intérêt ? –, puis sortit de sa chambre avec la vague idée d'errer comme un fantôme dans la maison.

L'idée fut vite avortée lorsqu'il entendit sa sœur pousser un hurlement désappointé plus bas pour une mystérieuse raison dont nous ne savons rien encore, ou alors très peu. Après avoir ajouté cela sur la liste, de plus en plus longue, des « choses qui me font vraiment trop chier », il se dirigea vers la cuisine dans l'espoir de trouver quelque chose de mangeable.

Un nouvel élément apparut sur la liste après avoir découvert de nombreux tiroirs vides ou, mieux, des paquets de biscuits vides traînant toujours dans les armoires pour lui faire d'horribles faux espoirs.

Il remonta à l'étage d'un pas lourd en imaginant quelle fin cruelle et douloureuse donner aux différentes personnes qui l'énervaient un tout petit peu et qui empoisonnaient son existence, puis, après une dizaine de minutes à rester sans bouger, il se décida à téléphoner à son nouveau psychiatre personnel.

Personne ne répondit. Déterminé, il sonna à nouveau, sans succès. La messagerie vocale était insupportable à entendre, mais il n'avait aucune envie d'abandonner.

Mais que pouvait donc bien faire Ven pour l'ignorer comme ça ? En général, il répondait tout de suite.

Il téléphona une nouvelle fois, et la réponse ne se fit pas attendre :

« Allô, Ven ? Je...

– Écoute-moi bien, Sora, tu vas arrêter de me casser les couilles et cesser tout de suite de harceler Ven avec tes putains de coups de téléphone quand il a autre chose à foutre ! Si on ne répond pas, c'est qu'on ne veut pas répondre, bordel. Alors prends des vacances et ferme-la une bonne fois pour toutes. MERCI. »

Le pauvre Sora n'eut même pas le temps de répondre. Son correspondant avait déjà raccroché. Une nouvelle chose à ajouter sur la liste.

Sans même se poser la question du « pourquoi donc Vanitas répond-il au GSM des autres ? », il retourna sous les couvertures pour dépressiver (verbe qu'on avait inventé pour lui) tout seul.

Ses pensées moroses furent interrompues par un cri de sa mère qui l'appelait à descendre au rez-de-chaussée.

Ajoutant ce nouvel événement à sa liste, il descendit les escaliers jusqu'à se retrouver devant sa mère qui le jaugea de haut en bas avec un regard plus que critique.

– Tu ferais bien de te laver, Sora.

Il haussa les épaules sans conviction.

– Pourquoi tu m'as appelé ?

– Il faudrait vider le lave-vaisselle et ranger le linge.

Incroyable ce don qu'ont les mères pour donner des corvées quand on est absolument pas d'humeur. Sora soupira.

– Ouais...

– Et tu as un invité. Il est à la porte. Je vais sortir faire les courses, tu as besoin de quelque chose ?

– Non.

Elle sortit sans plus tarder, laissant Sora réfléchir sur l'identité du mystérieux nouveau-venu.

Nous laissons-là notre héros et son immeeeeense suspense pour passer à quelqu'un d'autre, pas si loin que ça de notre cher ami dépressif.

x x x

Hayner, malgré sa motivation passée, sentait glisser sur lui une vague de terreur qu'il ne parvenait pas à contrôler. Avec un frisson, il leva lentement le poing, prêt à frapper à la porte maudite qui était aussi le dernier grillage électrifié avant sa libération.

Il n'en n'eut pas le temps.

La porte s'ouvrit tout grand sur Olette qui, comme tout démon infernal, l'avait vu arriver.

– Hayner !

Un immense sourire sournois barra son visage démoniaque. Hayner retint un tremblement.

– Bonjour, Olette, euhhh... Hum...

– « Lady » Olette. Pas Olette. Tu es nul ou quoi ? On l'avait dit la fois passée ! Je suis la Lady et tu es mon serviteur.

Hayner se gratta nerveusement l'arrière de l'oreille.

– Lady... Je peux te dire quelque chose ?

– On vouvoie une Lady, pauvre garçon. Et je serai disposée à t'écouter lorsque tu auras préparé le thé, que tu m'auras donné des biscuits et que tu auras soigné Vanessa qui s'est cassé une jambe hier en nourrissant un orque.

Hayner devint livide à l'évocation de toutes ces tâches et décida qu'il était temps de mettre un terme à cette histoire (et il n'avait pas vraiment envie de s'occuper d'une poupée, aussi, ce qui est aisément compréhensible quand on savait que celle-ci est affublée du même sourire sournois que sa propriétaire.)

Il prit son courage à deux mains et attaqua :

– Olette, ça suffit, je ne travaille plus pour toi. J-Je ne suis pas un esclave. Je veux vivre libre ! Nous ne pouvons plus nous fréquenter, désormais. Je...

Elle sourit et posa les mains sur ses épaules. Ses yeux brillaient d'une douce lueur qui présageait le début d'une torture sans fin.

– Hayner. Tu es si drôle ! Je t'aime beaucoup. Mais là, j'ai envie de biscuits et de prendre le thé. Alors tu vas te bouger le fion et plus vite que ça. Une Lady n'attend pas.

Sans avoir la moindre idée de ce que fion pouvait bien pouvoir dire (d'ailleurs, on se demande bien où donc Olette est allée chercher pareille expression), il sentit son courage s'évaporer aussi vite qu'il était apparu.

– Je ne rigol-

– C'est super, je m'en fiche. Maintenant obéis. TOUT DE SUITE !

Elle empoigna une mèche de ses cheveux et lui murmura à l'oreille des mots qui resteraient gravés dans sa mémoire tout au long de sa vie.

– N'oublie pas... Il y a une certaine photo de Peggy qui pourrait se retrouver placardée partout en ville... Que diraient les autres garçons s'ils la voyaient ? Hein ?

Il blêmit. Elle n'avait pas le droit de faire ça. Non. Non !

Sans se préoccuper de ses états d'âme, elle le gratifia d'un de ces sourires candides dont elle avait le secret.

– Alors, reprit-elle avec une petite voix innocente, tu vas me chercher des biscuits ?

x x x

Reprenons avec notre mystérieux invité, légèrement plus tôt dans la journée.

Non, pas celui de Sora (bien qu'il soit lui-même tout à fait mystérieux), mais celui de... enfin, l'incruste de chez Terra, bien qu'il soit toujours planté dans les escaliers devant l'air traumatisé de Xion et Roxas. La première s'exclama, le premier choc passé :

– Nom de Dieu Vanitas, mais qu'est-ce que tu fous là ?

L'interpellé lui lança un regard noir qui semblait signifier « Quel charmant accueil, moi aussi je suis ravi de te voir », et ne prit pas la peine de répondre à la question posée. À la place, il s'avança dangereusement vers la porte.

Il ne fallut qu'une demi seconde à Roxas pour se rendre compte que laisser Vanitas atteindre ladite porte et même l'ouvrir causerait quelque chose qui pourrait plus ou moins ressembler à la fin du monde (personnellement, penser ça me prend un peu plus qu'une demi seconde, mais Roxas est un surdoué de la pensée.)

Il s'interposa avant que le nouveau-venu n'ait pu atteindre son objectif.

– Je ne ferais pas ça si j'étais toi.

Vanitas arqua un sourcil.

– Je dois parler à Ven, annonça-t-il sans s'occuper le moins du monde du regard haineux que lui lançait Roxas.

– Merci, ducon, répondit-il avec une exquise sympathie, je me doute bien que tu ne viens pas prendre le thé et manger des biscuits avec Terra. Mais il est hors de question que tu rentres là-dedans. Dégage.

Joignant le geste à la parole, il fit mine de s'avancer dans l'espoir que Vanitas reculerait. Mais celui-ci, déterminé, resta fixement sur place, sans faire attention à lui. Au contraire, il s'avança encore un peu.

– Tu ne peux pas m'empêcher d'atteindre cette porte, l'idiot. Enfin, c'est vrai que t'écarter de mon chemin me dégoûte terriblement, mais pour une fois je passerai outre.

– Vanitas, soupira Xion, je crains que Roxas n'ait raison pour une fois. (Ce dernier ouvrit une bouche offensée et muette.) Je suis pas sûr que tu aies bien choisi ton moment. Si tu entres, on va avoir droit à une quatrième guerre mondiale et ce n'est peut-être pas l'idéal, dans l'état où sont les choses.

Sans vraiment savoir à quel état et à quelles choses elle faisait allusion, il se tourna vers elle et répliqua :

– Et si je m'en fiche ? D'ailleurs, j'peux savoir ce qu'ils foutent là-dedans ?

– À ton avis, face de rat ? cracha Roxas avec toute l'animosité dont il était capable. Ven est encore une fois en train de subir les conséquences de tes actes.

– Mais... Attends, je rêve ou tu m'as appelé « face de rat » ?

– Tu rêves pas.

– Wooow mais qu'est-ce que tu regardes comme vieilleries pour sortir naturellement des insultes pareilles ? On est plus en 1982, hein, il faut changer de registre, un peu. Enfin, c'est vrai que tu m'as toujours semblé un peu attardé...

– Excuse-moi, j'aurais bien dit « enculé » ou « aberration anthropologique » mais il m'a semblé que ce n'était pas très respectueux vis-à-vis de Ven.

– Je vois que tu as un sens de l'humour particulièrement développé !

– Ça doit être de famille. Ven devait en avoir un sacré pour avoir accepté de sortir avec une (insérez ici un qualificatif peu valorisant désignant en général une péripatéticienne ou une fille de petite vertu) comme toi.

– Tu sais Roxas, un jour tu vas te retrouver avec une certaine partie de ton anatomie en moins et tu ne comprendras pas pourquoi.

– C'est cool, au moins on aura quelque chose en commun !

Xion, qui observait la joute verbale avec un intérêt certain, marqua un soupir appuyé lorsque Vanitas empoigna Roxas et le poussa avec violence contre la porte.

– À ta place je ferais un peu moins le malin, où il se pourrait bien que quelqu'un tombe tout à fait accidentellement dans les escaliers.

– Et moi à ta place je me brosserais les dents de temps en temps. Mais c'est juste un conseil.

– Ça vole haut, ici... murmura Xion qui n'avait rien d'autre à faire.

Vanitas s'apprêtait à lancer une répartie cinglante lorsque la porte s'ouvrit tout grand, provoquant une perte d'équilibre soudaine pour Roxas qui manqua de choir sur le faux parquet du salon/salle à manger/pièce à vivre/etc.

La scène, soudain, sembla se figer. Sans doute quelqu'un utilisait-il à des fins peu recommandables quelque moyen d'arrêter le temps, mais bien sûr nous n'avons aucun moyen de le savoir, c'est pourquoi je passerai sur ce léger détail.

Xion observait tout le monde, l'air horrifié. Roxas observait tout le monde, l'air horrifié, avec un peu de haine pour Vanitas. Celui-ci semblait dire « quoi encore? » sans se rendre compte de l'affreux carnage dont il ferait bientôt partie. Terra fixait alternativement (on peut fixer alternativement dans une scène figée, oui) Vanitas et Ven, la bouche entrouverte et l'air de suffoquer. Ven, enfin, avait imperceptiblement froncé les sourcils, mais on s'en fiche un peu.

Ce fut Terra qui rompit le charme de sa voix douce et chantante :

– Mais qu'est-ce qu'il fout là, celui-la ?

– Elle est marrante cette façon qu'ont les gens de me montrer leur affection, ironisa Vanitas.

– Dégage, sors d'ici avant que ne me prenne l'envie de commettre un meurtre, annonça Terra, implacable.

Songeant que l'accueil était encore plus chaleureux ici qu'ailleurs, Vanitas laissa tomber son pseudo humour pour parler sérieusement.

– Je ne comptais pas rester, figure-toi. Je dois parler à Ven. Et que je sache, ce n'est pas de ma faute s'il se trouve justement chez toi. (En fait, si ; mais Vanitas avait toujours eu un peu de mal à faire des liens de cause à effet entre les différents évènements insignifiants tels que les conversations téléphoniques un peu froides.)

– Et on peut savoir ce qui t'es passé par la tête quand tu as décidé que t'allais venir jusqu'ici pour me parler ?

Ven avait dit cela avec une voix particulièrement glaciale qui ne lui ressemblait pas du tout. Les autres, comme intimidés (je les comprends), se turent et regardèrent ailleurs. Exception faite de Vanitas, décidé à garder intact son amour-propre.

– Et tu voulais que j'aille où ?

– Ce que je voulais ? T'aurais dû rester chez toi, Vanitas. Tranquillement dans ton lit sans faire chier ton monde.

Celui-ci ouvrit stupidement la bouche sous l'incompréhension, tandis que Terra hochait la tête d'un air approbateur et le regard « ça, c'est bien mon fils » qui n'avait en aucun cas lieu d'être.

– Je crois qu'il n'est pas très content, annonça captain obvious en se grattant le menton.

– T'as entendu ce qu'il a dit ? Va-t-en, Vanitas. T'es pas le bienvenu ici, dit Terra pour en rajouter une petite couche.

– J'aimerais bien savoir où exactement je suis le bienvenu.

– Sors de cette maison.

Roxas et Xion échangèrent un regard entendu. Manifestement, Terra n'était pas très au courant de ce qu'était la définition de maison. Oh, et sans doute une bagarre allait-elle éclater, mais la première raison était la meilleure.

– Très bien, soupira Vanitas, je me casse. Ven, viens.

Celui ci secoua la tête, les lèvres pincées.

– Je ne vais nulle part.

– Si, tu viens avec moi. Il faut qu'on parle, okay ? Alors dépêche-toi, j'ai pas de temps à perdre ici avec cette bande de crétins.

– T'es en train de parler de mes amis, Vanitas !

– Et c'est de ma faute si t'es pote avec des arriérés dans leur genre ?

Roxas lui lança un regard assoiffé de sang. Xion, elle, observait la situation évoluer avec intérêt. Après tout, elle avait l'habitude des insultes de son frère, comme toutes les petites sœurs du monde.

– Ne t'avise plus de parler d'eux de cette façon devant moi ! s'écria Ven.

– D'accord, la prochaine fois je le ferai dans ton dos comme je le fais d'habitude, répliqua l'intrus, fatigué.

– Tu n'as donc aucun sens du respect ?

– Aucun. Tu devrais l'avoir compris, depuis le temps.

– T'es vraiment trop con, c'est pas possible. Va-t-en. Je ne veux plus te voir.

– Mais bordel Ventus, c'est quoi ton problème ?

Celui-ci resta un moment silencieux avant de répondre :

– Mon problème ? Tu veux connaître mon problème ?

– Tu es devenu malentendant depuis la dernière fois que je t'ai vu ? Ton problème, oui !

Présageant une dispute qu'ils n'avaient absolument pas vu venir, les trois autres s'installèrent tranquillement dans les divans pour admirer le spectacle.

Tant qu'à assister à une scène de ménage, autant se divertir un peu. L'après-midi promettait d'être fort enrichissante.

– Mon problème, Vanitas, c'est toi ! Comment oses-tu te ramener ici comme si c'était... normal ? Comment peux-tu me demander – non, m'ordonner – de venir te parler alors que c'est bien toi, hier, qui a fait en sorte qu'on ne se voie pas aujourd'hui ? Tu m'envoies chier comme si j'étais le dernier de tes soucis et après tu viens jusque chez mes amis parce que t'as soudainement changé d'avis?

– Ça n'a rien à voir.

– Ah non ? Alors dis-moi ce que t'es en train de faire, explique-toi, trouve-toi une excuse !

– Je... J'avais juste... (Puisant dans toute sa mauvaise foi afin de ne pas rester muet, il trouva la meilleure parade possible.) C'est de ta faute !

– Ma faute ?!

– Oui, ta faute.

– Comment peux-tu avoir le culot de sortir une ineptie pareille ?

Alors que Vanitas préparait une réplique pour s'enfoncer un peu plus, Roxas se leva discrètement et partit vers la cuisine. Il revint trois secondes plus tard avec trois verres de (n'étant pas payé par la multinationale détentrice des droits sur la boisson, je ne citerai pas de marque) qu'il sirota en silence, en compagnie de Xion et Terra, passionnés par la tournure des événements.

Mais reprenons où nous en étions.

– Il suffit de te servir de ta tête pour trouver la réponse, Ventus. Malheureusement, plus ça va et plus j'ai l'impression que tu as hérité de l'imbécillité de ton cher frère.

– J'ai beau chercher, je ne vois absolument rien qui puisse excuser tes actes.

– Ah non ?

– Non.

– Cherche mieux dans ce cas. Je vais te laisser réfléchir pendant que je rentre chez moi.

Il balaya l'assistance d'un regard méprisant et sortit de la pièce (et de l'appartement, soit dit en passant), très rapidement suivi par Ven qui n'avait aucune envie de le laisser s'en tirer aussi facilement.

Vanitas n'avait descendu que quelques marches quand il se fit rattraper par ses problèmes. Dans le salon, les trois témoins espéraient presque le voir revenir dans le salon, curieux de voir la suite de l'histoire.

x x x

Pour installer cette merveilleuse invention appelée « suspense », nous allons passer à notre autre invité dans une autre maison, dans une autre rue, avec une autre ambiance.

Sora, avec son air abattu habituel, arriva à la porte d'entrée en traînant des pieds.

Quelle ne fut pas sa surprise alors de découvrir que le nouveau-venu était...

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Ailleurs, pas si loin, deux personnages aux cheveux étrangement colorés discutaient avec animation de sujets hautement philosophiques.

– Lea, dit le premier dont l'identité demeure fort mystérieuse, je me posais une question.

– Dis toujours, Isa, dit le second qui ne pouvait s'empêcher de citer le prénom de son compagnon pour bien montrer à tout le monde de qui il s'agissait.

– Et bien vois-tu, hier soir, j'étais chez moi...

– Comme tous les soirs, j'en ai l'impression...

Isa lui jeta un regard noir et continua :

– J'étais donc chez moi, et pour une fois mes parents étaient absents, alors j'ai décidé de fouiller un peu la maison (chose qu'on fait très souvent, fouiller sa propre maison pour découvrir les affreux secrets qu'elle recèle.)

– Je vois. Quelle charmante histoire, soupira Lea qui avait clairement mieux à faire (chercher un nouveau nom dans le dictionnaire des prénoms, par exemple.)

– Tu pourrais pas la fermer, un peu ? Merci. Bref, je regardait innocemment dans la chambre de ma mère, et par le plus grand des hasard je suis tombé sur son bureau bien en évidence contre le mur et rempli de paperasse. Intrigué par cet objet que je n'avais nullement eu l'occasion d'étudier au cours de ma courte existence, j'ai décidé de jeter un tout petit coup d'œil dans ses tiroirs, et, euh, comment dire...

Une lueur étrange s'alluma dans le regard de Lea tandis qu'une ravissante rougeur avait décidé de tapisser les joues de son ami.

– Qu'est-ce que t'as trouvé ?

– Ben... Des trucs, hum...

– Menottes ? Canard en plastique ? Gants en latex ? Go–

– Mais non ! Lea, t'es vraiment le pire des cons. Pas ce genre de truc.

– ... Oh. Dommage.

Isa lui lança un regard choqué.

– Dommage ? Dommage ?

– Bah, oui. Enfin, tu sais, juste pour voir, quoi. On aurait pu...

Il afficha un étrange sourire qui ne passa pas inaperçu.

– On aurait pu quoi ?

– Ben ça me semble évident, on–

– Tout compte fait je n'ai aucune envie de savoir ce qui se cache dans ta tête de travesti, le coupa Isa, manifestement ébranlé dans ses convictions profondes. Donc je disais...

– Ne me traite pas de travesti.

– Ouais, bon...

– Je ne suis pas un travesti, mec.

– Ok, ok, je sais, soupira-t-il.

– Justement, tu sais, alors ne t'avise plus jamais de redire un truc pareil. Parce que dans le genre t'es vraiment pas mal non plus.

– T'es en train de me traiter de travesti ? s'exclama Isa d'une voix outrée.

– Je sais pas, à toi de voir...

– Ça ne va pas se passer comme ça. Je suis pas un travesti.

– Moi non plus.

– Je suis même hautement viril.

– Sans doute.

– T'as aucun droit de me traiter comme ça !

– Mais c'est toi qui a commencé !

– Pas du tout !

– Mais si !

– Je te dis que non ! Je ferais jamais un truc pareil ! Pour qui tu me prends ?

Lea leva les yeux au ciel en priant pour que le Grand Schtroumpf pardonne sa stupidité à cette pauvre âme innocente.

Ceci fait, il relança son ami dans la conversation précédemment commencée.

– Alors, qu'est-ce que t'as trouvé, dans ce tiroir ?

– Ah, oui, reprit Isa d'une voix moins assurée. J'ai trouvé... Des bouquins. Et, euh... Une adresse internet.

– Génial, et quoi ?

– Ben je suis allé voir, et, aheum, comment dire, je me demandais... Enfin je veux dire...

– Allez, accouche !

– Justement, heureux de voir que tu entres ainsi dans le sujet.

– Quel sujet ?

– Ben... L'accouchement.

Lea haussa un sourcil interrogateur en se demandant où donc Isa voulait en venir avec ses drôles d'histoires, ce qui est à vrai dire aussi notre problème.

– Quoi l'accouchement ? C'était quoi, ta question ?

Isa prit une inspiration et , armé de tout son courage, lâcha la question si attendue :

– Les hommes ne peuvent pas tombé enceintes, hein, c'est impossible, n'est-ce pas ?

– Waaaaaaaaat ?

Lea était tellement choqué qu'il n'avait pu retenir cette exclamation en néerlandais (une langue particulièrement sympathique quand il s'agit d'exclamer des choses). Un tic nerveux se mit à animer un coin de sa bouche tandis qu'Isa s'entortillait nerveusement les doigts.

– Réponds juste, Lea. Un mec est bien incapable de procréer ? Je veux dire, accoucher et tout et tout ?

– Bien sûr que oui, imbécile ! C'est toi l'intello, il me semble, t'es censé le savoir ! T'as été à l'école comme moi, non ?

– Ouais, j'sais bien, mais...

– Wow mais wow moi qui pensais te connaître... C'était quoi exactement comme genre de site pour perturber ta personnalité à ce point-là ?

– À vrai dire, je n'ai pas tout compris...

– Quoi ? Le grand Isa n'a pas compris ? Hé ben, ça devait être bien trash ce truc. Ça parlait de quoi, sérieux ? Dis-moi, quoi. J'ai envie de savoir, maintenant.

– Ouais, mais...

Comme je vois que vous êtes du même avis que Lea, je vais vous faire le plaisir de passer ce court extraits fait de « allez, dis » « oui mais... » « allez quoi » pour aller directement à la conclusion :

– Je sais pas, hésita Isa, c'était une espèce de site avec pleins de trucs étranges... Tu vois, des images, et... des photos... ou des trucs écrits... Enfin... Une espèce de waterzooi d'œuvres et d'articles en tous genre sur le même sujet.

– Étranges comment ?

– Oh, mais je sais pas moi, va voir toi-même mec, c'était juste une question débile c'est tout.

– ... Le site, c'était quoi ?

– Euh.. quelque chose comme « ilovempreg ».gov... Je sais pas exactement... (Je tiens à signaler que ce site, aujourd'hui supprimé pour de mystérieuses raisons, n'est pas accessible au public. Je sais que vous vouliez y aller, petits malins.)

– Et ça parlait de mecs enceintes.

– Euh... En partie, oui. C'est ça.

– J'ai toujours su que ta mère était bizarre... marmonna-t-il.

– T'es sûr que c'est impossible, hein ? Parce qu'en y réfléchissant... j'me dit que ça explique peut-être les cheveux... quoique. C'est stupide.

– C'est sûr que si ton père était tombé enceinte, ça aurait pu expliquer pas mal de trucs, dit Lea avec un petit sourire sournois.

– Comme ?

– Le fait que tu sois un travesti.

– LEA !

– Je sais, je sais, pardon, c'est plus fort que moi... s'excusa-t-il joyeusement sans avoir l'air le moins du monde sincère. C'est pas ma faute si c'est si drôle de t'énerver. C'est marrant de voir un travlo en colè–

Il ne put terminer sa phrase, étouffée par une gifle reçue sur sa joue gauche. Il cligna deux yeux étonnés. Puis un sourire s'invita sur ses lèvres.

– Quelle violence, Isa.

Ce dernier haussa les épaules et se coucha sur le canapé défoncé.

– T'es un gros con, mec, soupira-t-il.

Lea lui répondit par un sourire puis se leva du fauteuil dans lequel il était assis et s'apprêta à sortir. Son ami lui jeta un regard intrigué.

– Tu vas où ? demanda-t-il en haussant les sourcils.

– Mystère. À demain, gars. La prochaine fois qu'un problème échappe à ton savoir scientifique, n'hésite pas à m'en faire part.

– Ouaip'...

Sur ces mots, il sortit avec un signe de la main.

Isa ne se demanda même pas où diable il était parti. Comme à son habitude, il resta seul et silencieux dans la petite pièce maintenant propre (pratique de vivre avec une femme de temps en temps) et se plongea dans des réflexions philosophiques, pleines d'hommes ronds et de fantasmes de sa pauvre mère, rapidement interrompues par un gamin roux avec un prénom de fillette qui passait sa tête par là.

– Isa ? Faut que je te dise... Quand même, mettre des gifles, c'est les filles qui font ça. Les mecs virils mettent des coups de poings.

Il partit en évitant habilement la chaussure qui filait à pleine vitesse vers son visage.

À nouveau seul, Isa ne put retenir un sourire. Un jour, il se vengerait de cet affront. Un jour.

x x x

Où en étions-nous, encore ?

Ah, oui. Je me souviens.

Le mystérieux invité. Ne soyons pas cruels pour cette fois et annonçons la couleur.

Sora, avec son air abattu habituel, arriva à la porte d'entrée en traînant des pieds.

Quelle ne fut pas sa surprise alors de découvrir que le nouveau-venu était...

... Axel, son dernier véritable ami (permettez-moi de m'éclaircir la gorge de façon terriblement subtile), qui était venu lui rendre une petite visite de courtoisie, juste comme ça.

Sora n'était pas sans savoir qu'une visite inopinée d'Axel était aussi bon signe que de voir tous les animaux de la région s'en courir dans la même direction à vitesse maximum. C'était proche de l'annonciation de l'apocalypse. C'est pourquoi il resta planté devant la porte ouverte à se demander ce que lui valait pareil invité.

L'invité en question sembla remarquer son désarroi et décida d'entamer la conversation.

– Hey Sora ! T'as l'air en forme, dis-moi !

Celui-ci haussa un sourcil interrogateur.

– Qu'est-ce que tu fais là ?

– Je viens te rendre visite, pardis !

– On dit « paradis », il manque une lettre à ton mot, là.

Axel ne releva pas la médiocrité du vocabulaire de Sora et répondit :

– Je suis sûr que tu t'ennuyais, de toute façon ! Je peux entrer ?

– Ouais...

Axel s'infiltra dans la maison et déposa sa veste sur le porte-manteau avant de se rendre compte que son hôte avait mystérieusement disparu. Il regarda derrière sa veste (on ne sait jamais, Sora est un tel farceur, il s'était peut-être caché), puis derrière lui, puis derrière la porte avant d'admettre qu'il était bel et bien parti discrètement.

– Hé, Sora ! T'es où ?

N'entendant aucune réponse, il s'aventura dans la maison.

Cuisine : personne. Pas étonnant ; depuis qu'on y avait entreposé les biscuits et les bonbons, cet endroit était devenu le symbole des pires cauchemars de Sora. Et le paradis de sa sœur.

Couloir : personne. Bon, évidemment, c'était un couloir.

Toilettes : personne. Par bonheur. Axel avait de bien drôles d'habitudes.

Salon : Lady Olette, un diadème de plastique sur la tête, grignotait un biscuit sur le sofa tandis qu'Hayner enroulait soigneusement de fines bandes de tissus sur la jambe d'une barbie au sourire figé (heureusement, d'ailleurs, il ne manquerait plus qu'elle soit animée pour ajouter au supplice du garçon.)

Il ne restait que l'étage. Curieusement, Axel n'y était jamais allé. Ou du moins, il ne s'en souvenait pas.

Il monta jusqu'à la chambre de Sora qui, couché sur son lit, observait le plafond d'un air mélancolique. Axel ne put retenir un soupir résigné. Décidément, ce garçon était irrécupérable.

– Ça va ? demanda-t-il néanmoins.

Sora ne répondit pas. Il ferma les yeux sans faire attention à son invité.

– Hé, réponds.

Ne voyant toujours aucune réaction de la part de son ami, il s'assit sur le lit à ses côtés et posa une main sur son épaule.

– Sora, réponds. Ça m'énerve.

Celui-ci dégagea la main d'Axel d'un geste brusque et ouvrit les yeux.

– Laisse-moi tranquille. Je ne vois pas l'intérêt de poser une question dont tu connais déjà la réponse.

Axel se gratta machinalement l'arrière du crâne.

– Tu as tort. Je ne peux pas répondre à ta place.

– Ne fais pas comme si tu t'intéressais à ce que je ressens.

– Je m'y intéresse pourtant. J'aimerais savoir comment tu vas, et j'aimerais que la réponse vienne de ta bouche.

Sora s'assit, le regard dur.

– Très bien. Je vais te dire comment je vais.

Il prit une inspiration et commença à parler. Axel, pour une fois, l'écouta avec attention.

– Je ne vais pas bien, et tu veux que je te dise pourquoi ? Les raisons sont nombreuses, mais je peux t'en citer quelques-unes. Ma vie est pourrie, mais ça tu le savais déjà. J'ai une sœur que je déteste et qui est incapable de me traiter avec le moindre respect. J'ai des parents aveugles qui ne s'occupent que d'elle comme d'une princesse en me laissant derrière parce que je suis un mec et que c'est pas ce qu'ils voulaient. Et c'est pareil pour toute ma famille. Il n'y a personne de mon sang qui m'ait accordé la moindre petite attention, en dehors de Vanitas et encore, dans son cas, c'est différent.

Il sembla chercher ses mots un instant.

– Résultat, continua-t-il, ma propre maison est devenue l'enfer. Je ne peux que me sentir mal dans cet endroit. Rester ici m'insupporte. Et je n'ai pas le choix. Pourquoi ? Parce que je ne peux aller nulle part ailleurs. Parce que tous les lieux où je suis susceptible d'aller sont pareils. Ils ne veulent pas de moi. Ils n'ont jamais voulu de moi.

Sa voix s'était mise à trembler. Gêné, Axel ne savait pas quoi répondre. De toute façon, Sora ne l'en lui laissa pas le temps.

– Et s'il ne s'agissait que de ma famille... Tout mon entourage me déteste. Avant j'avais Kairi, je t'avais toi, j'avais Vanitas aussi, c'était peu mais c'était bien assez, mais aujourd'hui j'ai beau regarder je ne vois plus personne. Kairi m'a trahi et est partie avec Roxas, Vanitas me considère comme le cadet de ses soucis et passe son temps à me traiter comme de la merde, et toi t'es jamais là, et quand j'ai encore la chance de te voir tu me parles comme si j'étais un moins que rien.

– Écoute, vieux, c'est...

– Non, Axel, laisse-moi parler. Comme si tout ça suffisait pas, y a encore Riku qui passe son temps à remuer le couteau dans la plaie. J'aurais pu en parler à Naminé, si elle ne disparaissait pas tout le temps. Tu sais depuis combien de temps je ne l'ai plus vue ? Et quand je la vois, c'est à peine si elle me regarde. C'était ma meilleure amie, avant, tu sais ça ? Parce qu'on dirait qu'elle l'a oublié. En plus de ça, en cours je ne m'entends avec personne, comme si c'était déjà pas assez pénible de me retrouver à recommencer des cours que j'ai déjà vu. Je ne me sens à ma place nulle part. Alors non ça ne va pas, Axel, et tout le monde le sait très bien, alors ce n'est pas la peine de venir jusqu'ici me poser la question.

Il faillit conclure par : « ma vie, c'est de la merde », mais évita de peur de paraître un peu trop pessimiste.

– Enfin, il me reste encore Ventus, heureusement. Même s'il agit plus par pitié que par amitié. Mais bon... C'est mieux que rien.

Il se mit à regarder dans le vague sans grande conviction. À ses côtés, Axel restait muet. Après un moment de silence, il s'éclaircit la gorge.

– Je suis désolé.

Sora lui offrit un simulacre de sourire et marmonna :

– Pas autant que moi.

– Ouais...

Il se passa une main dans la nuque et se leva.

– Viens, on va faire un tour dehors.

Sora haussa les épaules. Tous deux sortirent de sa chambre et descendirent les escaliers, se trouvant nez-à-nez avec un Hayner livide caché derrière un mur. Sora traversa le couloir sans le voir (et après il vient pleurer parce qu'on ne s'occupe pas de lui, hein, sérieusement), ce qui ne fut pas le cas d'Axel.

– Alors, on se fait encore massacrer par Olette ? T'inquiète pas, ça lui passera. Qui aime bien châtie bien, hein, si ça se trouve vous finirez ensemble.

Hayner fut prit d'un violent tremblement et devint encore plus pâle. Il tourna le dos aux deux garçon et s'en alla, la démarche raide. Axel sourit de toutes ses dents.

– Quel charmant gamin. Il a beaucoup de potentiel, je trouve.

Sora ne répondit rien et sortit de la maison, rapidement suivi par son « ami » (il est toujours bien d'utiliser des guillemets dans ce genre de situation.)

Tous deux claquèrent la porte et partirent vers des jours meilleurs, laissant derrière eux le pauvre Hayner qui souffrait toujours de sa vie d'esclave.

x x x

– Vanitas.

Celui-ci ne répondit pas et continua de descendre les escaliers avec colère. Ven laissa échapper un rire narquois.

– T'es un lâche. T'es vraiment un lâche. J'arrive pas à croire que tu puisses laisser la situation comme ça et te barrer parce que tu vois que tu n'en as plus le contrôle.

Vanitas s'arrêta et leva les yeux au ciel avant de se tourner vers son... hum... son interlocuteur.

– Et oui, Ventus. Ravi de voir que tu l'as enfin assimilé.

Le susnommé ouvrit la bouche sans rien dire, la referma, puis se décida enfin à parler.

– C'est tout ce que tu trouves à dire ?

– On dirait bien. C'est pas tout ça mais j'ai autre chose à foutre. À plus.

– Non !

Vanitas haussa les sourcils.

– Comment ça, non ?

– Tu ne vas nulle part, Vanitas. Tu ne partiras pas tant que cette discussion ne sera pas terminée.

– Elle est terminée depuis un bout de temps.

– Elle ne l'est pas et tu le sais très bien.

– C'est ça...

– Ça suffit ! J'en ai marre de tes conneries, ok ? N'essaie pas de me faire croire que t'es venu sans raison ! Tu voulais parler, on va parler. Mais ne t'enfuis pas comme un voleur, tu n'en as pas le droit !

– Tu es trop susceptible...

– Je m'en fiche. On remonte.

– Tu veux que je retourne à l'appartement de ton super ami ?

– Oui.

– Tout en sachant que sur les trois présents, deux me détestent ?

– C'est ça.

– Je ne suis pas aussi con, Ventus. Je me casse.

– T'es bien venu jusqu'ici en sachant qu'ils étaient présents. Pourquoi ça ne t'importait pas quand tu es arrivé ? Et pourquoi tu as changé d'avis ?

– Tu me saoules.

– Ta gueule.

Vanitas ouvrit des yeux ronds. Tant de vulgarité de la bouche de l'innocent (permettez moi de tousser) petit Ventus était tellement rare que c'en devenait choquant.

– Quoi ? dit-il, comme pour confirmer ce qu'il venait d'entendre.

– Ta gueule, je te dis. Tu remontes et tu t'expliques. J'en ai rien à foutre de tes raisons, de tes états d'âmes, de ta connerie de fierté ou de ton amour-propre. J'en ai rien à foutre de savoir si t'aimes ou pas mes amis, j'en ai rien à foutre de ce que tu penses. Tu vas me suivre, maintenant.

Sur ces mots, il tourna le dos et retourna dans l'appartement. Vanitas se gratta le menton en pesant le pour et le contre ; ce que venait de dire Ven l'avait définitivement achevé. Quelle genre de potion maléfique avait-il donc pris pour sortir pareils propos ? Vanitas jeta un regard en bas des escaliers, puis un autre en haut en se demandant que faire. Concrètement, s'il partait, il ne ferait que repousser la conversation (Ven reviendrait sans doute à la charge, ou ne reviendrait pas du tout, ce qui posait également problème), mais s'il restait, il aurait à l'avoir devant un public des plus insupportable, ce qui lui plaisait moyennement. Avec un soupir résigné, il descendit quelques marches. S'arrêta. Et remonta en marmonnant quelques noms d'oiseaux dans sa barbe et en maudissant cette faiblesse qu'il ne se connaissait pas.

Il hésita devant la porte grande ouverte. Le regard de Ven le poussa à entrer.

Tous deux se toisèrent en silence. Sur le canapé, les trois autres s'étaient tus et échangeaient des regards entendus.

Ce fut Ven qui se décida à briser la glace.

– Tu me fais vraiment chier.

Seul le silence lui répondit. Il continua :

– Tu fais tout le temps ça. Dire que tu vas faire un truc, et puis ne pas le faire. Ou l'inverse. Décider des choses et ensuite les éviter. Ça m'énerve. Ça m'énerve vraiment. Tu es trop lunatique. Comment tu veux que je sache pourquoi tu me fais la gueule, dans ce cas-là ? Comment tu veux que je devine ? Je suis incapable de saisir qui tu es et ce que tu veux. J'arrive pas à comprendre ce que tu penses. Alors non, je peux pas deviner à l'avance de quoi tu m'estimes coupable.

Vanitas le jaugea avec un regard froid. Tout ça commençait bien.

– Qu'est-ce que tu veux que je réponde à ça ? demanda-t-il.

– Je sais pas.

– Je peux pas le savoir à ta place.

– Qu'est-ce que j'ai fait pour que tu me traites comme ça ?

– Tu me saoules, Ventus, à poser des questions stupides en permanence.

– Je ne t'en poserai plus si tu éclairais ma lanterne.

– Mais quel gamin insupportable...

– Tu recommences.

– De quoi ?

– À m'insulter.

– J'ai jamais arrêté.

– T'es vraiment con.

Songeant qu'il était peut-être temps de remettre Ven à sa place, il acquiesça.

– Ouais, je suis con. Je suis con, je suis un pauvre lâche, je suis lunatique, je suis un vrai connard, aussi. T'as quelque chose à ajouter sur la liste de mes défauts ? Que je sois un peu au courant, quoi.

Terra échangea un long regard avec Roxas. Ils auraient bien proposé leur aide et rempli un peu ladite liste avec des qualificatifs qui allaient de « attardé » jusqu'à « puant », en passant par « grosse larve » « inutile » et « avec des yeux trop bizarres », mais estimaient que ce n'était certainement pas l'attitude indiquée à adopter dans ce genre de moment. À la place, ils communiquèrent par la pensée et restèrent discret en écoutant toujours la suite de la conversation.

Terra était tellement heureux de cet échange houleux qu'il pensa chercher un enregistreur histoire de la réécouter à chaque fois qu'il était un peu déprimé pour le remettre d'humeur. Malheureusement, il n'avait pas d'enregistreur. Il pesta intérieurement. Il se sentait comme un caméraman sans caméra devant l'événement historique le plus important du siècle. Il soupira et sirota tranquillement son verre en attendant la suite de la discussion.

– J'en connais tellement d'autres, soupira Ven, que je ne sais même pas si la liste de tes qualités suffit à équilibrer la balance.

– Voilà qui me scie sur place. Mais à la place de te concentrer sur mes défauts, tu devrais peut-être regarder les tiens, tu ne crois pas, Ventus ? Parce que de ce que j'en connais, il ne sont pas mal non plus.

Ven lui fit un sourire sans joie.

– Tant qu'on en est à mettre cartes sur table, je t'en prie, défoule-toi. Je suis bien impatient de connaître ce que tu vas m'inventer pour te sauver la mise, cette fois.

– Tu l'auras voulu. T'es hypocrite, faible et égoïste. Tu passes ton temps à essayer de te faire bien voir de tout le monde juste pour te sentir plus important. T'essaie de nous faire croire que t'es gentil, que t'es génial, tu passes ton temps à faire ce que tu crois que les autres veulent te voir faire. Tu ne crois qu'aux apparences, aux tiennes seulement, et si en surface t'es quelqu'un qui fait attention aux autres, au fond t'en as absolument rien à foutre. Ils te croient tous compatissant et gentil, alors qu'en réalité ils te font juste pitié. Tu veux nous faire croire que t'aides la veuve et l'orphelin parce que t'as un grand cœur ? Quelle arrogance ! Tu fais ça juste pour pouvoir admirer leur reconnaissance et briller un peu plus dans leurs yeux. Tu ne sais rien faire gratuitement. Il te faut toujours de l'admiration pour que tu continues à faire tout ça. T'es incapable d'être désintéressé. Arrête de faire comme si tu pensais aux autres. Tu ne penses qu'à toi-même.

Sa tirade mit en place un silence assommant. Terra pensait : « mais qu'est-ce qu'il raconte ? », Xion pensait : « maintenant que tu le dis... », Roxas pensait : « j'ai un petit creux », Vanitas pensait un tas de choses confuses tandis que Ven... Ven semblait incapable de penser.

Debout, il fixait le vide, immobile comme une statue. Vanitas pencha la tête, puis poussa un soupir exaspéré.

– Tu vois ? Faible. Même pas capable d'encaisser ce que tu as toi même demandé.

– Je... Tu te trompes... T'as tort. Je suis pas comme ça...

Ven sentit sa gorge se serrer dangereusement. Avant qu'il ait pu avoir le temps d'y réfléchir, des larmes avaient élu domicile dans ses yeux. Il battit des paupières pour les faire partir. D'autres revinrent, plus nombreuses. Il se sentit trembler.

– Ah nan ? Pourquoi tu le prends aussi mal, dans ce cas ? cracha Vanitas qui était ravi de pouvoir enfin briser la carapace de son interlocuteur.

Rien de tel pour se remettre en forme que d'insulter un pauvre garçon fragile. Il se félicita intérieurement. Au moins, il ne s'était pas déplacé pour rien.

– Je suis pas comme ça ! cria Ven avec la ferme intention de protéger son estime de lui.

Incapable de se retenir plus longtemps, il se mit à sangloter pour de bon.

– Et voilà qu'il pleure, encore. J'en étais sûr. T'es tellement prévisible. Tu me fais pitié.

Ven sentit soudain une étrange colère l'envahir.

Sans parler des propos de Vanitas, ses propres hésitation l'énervaient. Ses larmes pesaient sur ses cils comme du plomb, et il entendait les tremblements de sa voix comme un concert de marteaux-piqueurs dans une salle fermée avec une forte résonance. Sa faiblesse le dégoûtait au plus haut point. Vanitas n'avait pas tout à fait tort. Et ça, il ne pouvait pas l'accepter. Il ne se laisserait pas faire. Pas cette fois.

– Arrête ! Tu mens ! T'essaies juste de te défendre parce que tu sais que je dis la vérité ! Je suis pas comme ça, t'entends ? Je suis pas comme ça !

– Je mens ? T'as l'air de prendre ça très à cœur pourtant. Si t'es même pas capable de voir tes propres défauts, t'es encore plus irrécupérable que ce que je pensais.

Vanitas répondait avec une haine froide détestable. Il avait à peine haussé le ton. Insupportable. Ven serra les poings.

– C'est comme ça que tu me vois ? Comme un égoïste et un menteur ? Comme quelqu'un de faux qui ne pense qu'à son bonheur personnel ? C'est comme ça que tu me vois ?

– Ouais.

– Tu es tellement cruel...

– C'est pas de la cruauté, Ventus. Tout ce que je fais, c'est t'ouvrir les yeux.

– Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? Qu'est-ce que tu me reproches ?

Il renifla ostensiblement.

– Je viens de te le dire. Je te reproche de passer ton temps à faire semblant de t'occuper des gens alors qu'au fond, t'en as rien à foutre.

– Je... Mais de quoi tu parles ? Hein ? Pourquoi tu me dis ça maintenant ? Pourquoi tu me fais la gueule maintenant alors que tu le penses depuis le début ?

Trouvant hautement frustrant que Ven soit incapable de trouver tout seul la réponse à une question qu'elle avait déjà élucidée depuis longtemps, Xion passa sa tête au dessus du dossier du canapé et intervint :

– Oh, vous êtes vraiment chiants, tous les deux. Je vais t'expliquer, Ven, puisque tu sembles être trop perturbé pour réfléchir tout seul, et vu que mon frère chéri n'a pas l'air de vouloir t'éclairer un minimum. Vanitas est pas content parce qu'au lieu de passer ton temps à faire des trucs normaux, tu vas tous les après-midi chez Sora pour qu'il te raconte ses petits problèmes alors que les discussions que tu pourraient avoir avec Vani à la place seraient teeeellement plus intéressantes que ça. Et parce que tu fais le bon samaritain alors que ça ne sert à rien, vu que Sora est un idiot incorrigible. Voilà. C'était pas très difficile à deviner, quand même, si ? Vous, les mecs, vous êtes vraiment trop lourds. C'est dingue ça, je sais pas à quoi pensait Dieu quand il vous a créé mais manifestement il a oublié de vous ajouter deux-trois trucs utiles, genre, je sais pas, l'intelligence. Bon, retournez à votre conversation, je la ferme.

Vanitas se pinça l'arrête du nez en se demandant pourquoi donc il n'avait pas appris à sa sœur à la fermer quand la situation l'exigeait. Ven, entre deux hoquets, semblait tenter de reprendre une respiration correcte.

– Alors c'est ça...? murmura-t-il. Le problème, c'est Sora ? C'est pour cette connerie que tu...

– Bien sûr que non ! s'exclama Vanitas, irrité. C'est toi le problème !

– Sora a besoin de moi !

– Tu te leurres ! Arrête de croire que tu es indispensable à tout le monde ! Tu crois qu'il va mieux parce que t'es là ? Rends-toi à l'évidence ! Il ne va pas mieux et pour cause : tu ne lui es d'aucune utilité !

– Ça ne m'étonne pas de toi de dire des choses pareilles ! Tu comprends rien aux autres ! Tu comprends rien à ce que peut ressentir Sora ! Et tu oses encore me traiter d'égoïste ? Regarde-toi ! T'es encore pire que ce que tu prétends que je suis !

Le ton était monté rapidement et la situation virait clairement au règlement de comptes. Terra remercia Xion d'avoir jeté un peu d'huile sur le feu. Cette soirée resterait à jamais la plus belle de sa vie.

– Je sais exactement quel est son problème et je sais aussi que la solution n'est pas celle que tu penses.

– Si tu connais la solution, pourquoi tu ne fais rien ? Pourquoi tu l'aides pas ? Putain ! Il est au bord du suicide et y en a pas un pour se bouger le cul !

– Qui te dit qu'on ne fait rien, Ventus ?

– Il me l'a dit ! Il passe son temps à me parler, tu sais, je l'aurais su si vous aviez fait la moindre chose pour lui !

– Sora est trop enfermé dans ses problèmes que pour se rendre compte de ce que les autres font pour lui. Et toi tu gobes tout, comme d'habitude.

– Ah ouais ? Dis-moi ce que t'as fait, alors, que je voie à quel point tu es génial et généreux ! Parce que là...

– Je ne te dirai rien, parce que t'as pas à t'occuper de ça. Sora a des problèmes, c'est vrai, et il pourra pas les affronter seul, c'est vrai aussi, mais ce n'est certainement pas toi qui va arranger sa vie.

– Tu comprends rien.

– C'est toi qui ne comprends pas. Arrête de te prendre pour son ange gardien. Il n'a pas besoin de toi. Il te connaît à peine ! Tu sais ça ? Tu crois qu'il change d'avis sur les gens aussi facilement ? Il t'a pas parlé pendant des années, il t'a méprisé et haï, et tu crois que toi tu vas pouvoir le sauver ?

– Je n'ai jamais cru que je pourrais le guérir, Vanitas. Jamais.

– Alors pourquoi tu fais ça ?

– Parce que Sora avait besoin de quelqu'un et que vous n'étiez pas là !

– On a été là assez longtemps pour le connaître.

– Il avait besoin de vous !

– Non, ce dont Sora a besoin, c'est d'un changement d'atmosphère et de s'éloigner de toutes les personnes qui le mettent dans cet état.

– Votre présence aurait amplement suffit. Il a besoin de parler. Vous n'êtes jamais là. T'es son cousin, tu pourrais t'occuper un peu mieux de lui !

– Sora n'est plus un enfant. Il peut régler ses problèmes tout seul.

– Tu comprends rien.

– Tu as tout faux.

Ven sentit tout à coup les digues se rompre. Cette manie qu'avait Vanitas d'avoir réponse à tout l'insupportait au plus haut point. Incapable de se calmer, il s'écria :

– Non ! Tu peux pas comprendre ! Tu sais rien de ce que c'est, tu l'as jamais vu et tu le sauras jamais, parce que dans ta poitrine il n'y a que du vide ! Il n'y a rien, que dalle ! T'es incapable de ressentir la moindre compassion, la moindre empathie, t'es incapable d'imaginer ce que ça fait parce que t'es froid comme la glace !

– Ce n'est pas vrai.

– C'est à se demander comment t'as fait pour avoir des amis !

– Ventus.

– Tais-toi !

– Ven...

– Je te déteste ! T'es horrible. Tu n'as pas de cœur !

Il regarda Vanitas en attendant sa réaction. Les yeux embués, il remarqua à peine la flamme qui s'y était brusquement allumée.

– Si, Ven, j'ai un cœur ! (Il s'arrêta une seconde et chercha à capter le regard de son vis à vis.) J'ai un cœur, et au monde tu es le dernier à avoir le droit d'en douter !

Ven sembla incapable de répondre. Après quelques secondes de silence, il répondit, des sanglots dans la voix :

– Je... Quoi ?

Vanitas soupira et reprit d'une voix calme :

– Tu n'as pas le droit de penser que je n'ai pas de cœur. Pas toi. Surtout pas toi.

– C'est...

Il se tut et sembla reprendre sa respiration.

Dans le canapé, Xion fixait les deux garçons, des étoiles dans les yeux, tandis que Roxas, les yeux fermés, tentait de comprendre de quoi il s'agissait. Terra, lui, se demandait pourquoi le calme était soudain revenu.

– Xion, chuchota Roxas, est-ce que j'ai bien compris ce que j'étais censé comprendre ?

– Moi j'ai rien compris, murmura Terra, les sourcils froncés sous le coup d'une concentration extrême.

– C'était une déclaration d'amour, ça, hein ? Déguisée, mais c'en était une, je ne suis pas folle, je l'ai bien entendu ? dit Xion à voix basse.

– C'est bien ce qu'il me semblait... répondit Roxas.

– Oh mon Dieu, je crois que je vais être malade, commenta Terra de manière extrêmement sympathique et subtile.

– C'est trop mignon, je crois que je vais mourir.

– Sérieusement Xion... soupira Roxas.

– Oh, excuse-moi d'admirer un signe d'humanité chez mon frère. Bon, il a vraiment de drôles de manières pour dire les choses, mais avec un peu de chance, si ça continue comme ça, on aura peut-être même droit à un bisou. Enfin, avec de la chance. Parce que vu le niveau de compréhension des deux exemples de mâles que j'ai à ma disposition à l'instant, j'en viens à désespérer d'avance pour le cas Ventus. J'espère qu'il est plus dégourdi que vous deux.

– Un bisou ? Ne parle pas d'horreur... J'en ai la nausée.

– Pourquoi ils parlent plus ? s'étonna Terra que la situation commençait à gêner légèrement.

Tout ça ne tournait pas vraiment comme il l'aurait voulu.

– Je crois que Ven a un beug, répondit l'adolescente.

En effet, à deux pas de là, Ven clignait des yeux sans raison, la bouche ouverte, comme s'il cherchait désespérément un sens à ce qu'il venait d'entendre.

Vanitas, qui combattait de toutes ses forces ses pulsions meurtrières depuis au moins une heure, s'approcha de lui et lui tendit un mouchoir d'un geste savamment désintéressé.

– Allez, arrête de pleurer. J'ai horreur de ça.

Le blond obéit et se moucha entre deux hoquets.

– T'es vraiment sensible, hein ? sourit-il. Écoute-moi. Je sais que je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler très expansif, ni vraiment sociable, et que je peux donner l'impression de me foutre de tout le monde. Je sais que je ne suis pas le meilleur ami qu'on puisse imaginer, que je suis souvent cruel avec ceux que je côtoie. Je suis désolé pour tout ça, Ven, désolé que tu aies pu croire que je n'accordais aucune importance aux sentiments de Sora ou aux tiens. Je n'en ai peut-être pas l'air, mais j'ai un cœur, et je tiens à mes proches. Je tiens à toi. (Il s'arrêta et se concentra très fort afin de pouvoir continuer :) Excuse-moi pour ce que je t'ai dit. Je ne voulais pas te blesser.

Ignorant l'affreux mensonge qu'il venait de proférer, il s'avança un peu plus vers Ven et caressa sa joue du bout des doigts avant de terminer :

– Je déteste te voir malheureux.

Il le sentit frissonner. Il sourit intérieurement. Enfin, il avait réussi à clore la discussion. Avec moult astuces et combines malhonnêtes, certes, mais il se sentait fier de lui.

Il se figea lorsqu'il vit la main de son vis-à-vis s'approcher de son cou et son visage s'approcher dangereusement du sien. Ce n'était pas vraiment ce qu'il avait attendu. Pas du tout, même.

Il se relâcha. Après tout... il n'avait rien à perdre (à part son honneur, son image, toutes ces petites choses sans importance. Ce n'était pas comme s'il y avait un public qui buvait ses paroles depuis le départ.)

Il invita Ven à continuer son geste d'un regard.

Ils s'embrassèrent tendrement devant un public éberlué.

– Oh mon Dieu, murmura Xion, ça y est, je suis morte, j'y crois pas... Je suis choquée... hyper choquée...

– T'aurais du t'y attendre, marmonna Roxas qui s'était caché le visage dans le premier coussin qui passait pour s'éviter la vision d'un couple gay impliquant un mec partageant la totalité de son ADN en pleine réconciliation.

– Je sais mais... wow, ça fait autre chose de les voir, quoi.

– Je crois que je vais vomir... j'suis malade, là... réussit à articuler Terra qui avait l'air d'avoir un pied dans la tombe. Dans ma baraque... j'vous jure, j'en peux plus là...

– T'exagères, Terra, soupira Xion. C'est vrai que... bon, voilà, mais de là à en être malade...

– Personnellement je le comprends, intervint Roxas. Tu sais ce que c'est de voir sa copie conforme bécoter une espèce de...

– Attention, tu parles de mon frère, là.

– Ouais, enfin, voilà... hum.

Leur petite activité terminée, Ven et Vanitas se séparèrent et se mirent à se regarder intensément dans les yeux. Terra se leva et partit s'enfermer dans la salle de bain. Roxas et Xion s'échangèrent un regard.

– Qu'est-ce qu'il lui prend ? demanda-t-elle en haussant les sourcils.

– Je crois qu'il est dégoûté.

– À ce point là ? Hé ben.

Roxas haussa les épaules.

Non loin de là, Vanitas s'était éloigné de sa pauvre victime et s'approchait de la porte, prêt à partir. Ven, lui, ne semblait pas vouloir bouger. Il restait immobile face à lui, le regardant s'en aller sans un mot, jusqu'à ce que notre ami se retourne en lui tendant la main.

– Viens, Ven. On s'en va.

Il lui prit la main sans plus émettre d'objection et le suivit hors de l'appartement. Ils prirent la peine de refermer la porte avant de s'en aller définitivement. Les deux amis restants restèrent coi un moment.

– Rappelle-moi comment on en est arrivés là ? demanda Blondie en se passant une main dans les cheveux avec l'air cool que seuls peuvent prendre les gens qui se passent une main dans les cheveux sans raisons valables.

– Je ne sais plus, le rassura son amie, mais ce qui est sûr c'est que la tournure qu'a pris cette après-midi était très... inattendue.

– Je ne te le fais pas dire...

– Ils sont où ? interrogea Terra qui venait de sortir d'une mystérieuse pièce avec l'air de sortir d'un profond coma.

– Partis, répondirent les deux autres en chœur.

– Ah.

– C'est tout ce que t'as à dire ? « Ah » ?

– Mh.

– ... D'accord, dit Xion.

Roxas se leva et s'étira.

– Bon, c'est pas tout ça les gars, mais j'ai la dalle. Tout ça m'a donné faim. Enfin non. Mais bon, faut bien passer le temps.

Xion acquiesça silencieusement, et Terra se dirigea d'un pas traînant jusqu'à la cuisine.

– Il doit me rester un ou deux trucs...

– Okay. Ça va ?

– Oui, pourquoi ?

– Je sais pas, comme ça. Enfin, à part ça... On fait quoi, maintenant ?

x x x

Vanitas tenait encore fermement la main de Ven lorsqu'ils descendirent les escaliers pour sortir de l'immeuble.

Si le premier affichait un air indifférent, le second restait légèrement en retrait, les yeux baissés, perdus dans des pensées connues de lui seul et du narrateur génial, omnipotent, omniscient et doué d'ubiquité que je suis.

Pour la peine, entrons dans le cerveau de notre jeune héros, tout aussi choqué par la situation que tous les autres protagonistes impliqués.

Le cerveau de Ven était un capharnaüm sans nom. Dans sa tête se mélangeaient colère, honte, choc et une sorte de bonheur étrange, immense, qui faisait battre son cœur à cent à l'heure et semblait relier directement deux zones de son corps (non, pas celles-là) : sa main et son cœur.

La chaleur qui se dégageait de la main de Vanitas qui n'avait pas l'air de vouloir le lâcher imprégnait tout son corps et réchauffait son pauvre cœur de jeune homme meurtri. La joie qu'il avait à tenir cette main-là le désespérait autant qu'elle le comblait. Il se sentit frissonner.

Ce garçon qui se tenait devant lui et le guidait ne cessait de changer de comportement à longueur de temps et le fatiguait. Pourquoi s'était-il excusé ? Pourquoi l'avoir insulté (la réponse me semble évidente, mais manifestement tout le monde ne dispose pas de mon intelligence supérieure) pour ensuite lui dire toutes ses choses qu'il n'aurait cru pouvoir entendre de sa part ?

Vanitas était un mystère et Ven n'aimait pas ça. Ce genre de situation le porterait encore à se faire de faux espoirs, et la chute en serait d'autant plus difficile. Il avait déjà assez mal comme ça, et n'avait aucune envie de souffrir plus encore.

Il s'était fait à l'idée, mais Vanitas l'avait encore une fois surpris par ses mots et ses gestes, le laissant perdu et désorienté. Comment pouvait-il alors se faire à la situation ? Comment pouvait-il gérer tout ça sans y perdre la raison ?

Au plus profond de son âme, il se sentait blessé par les propos de Vanitas sur sa personnalité, parce qu'il savait qu'il avait raison. Il était incapable de savoir comment Vanitas allait réagir lorsqu'il disait quelque chose, mais lui l'avait cerné facilement et semblait le connaître mieux que lui-même. Sa fierté avait été blessée autant que la confiance qu'il avait en lui et il se sentait mis à nu. Devant tous ses amis. Comment Vanitas avait-il pu lire en lui avec tant de facilité ? Comment avait-il réussit, alors que Ven n'arrivait même pas à creuser plus loin que la surface malgré tous ses efforts ?

Ça l'attristait autant que ça le mettait en colère.

Ce mélange de sensation était si étrange qu'il ne savait plus quel comportement adopter. Se laisser aller ? Partir ?

Peut-être valait-il mieux tout simplement s'arrêter de penser.

Il se mordit la lèvre inférieure et décida qu'il était plus avisé de laisser les choses se passer. Il en avait assez fait. Il subirait ce qu'il aurait à subir.

C'est sur ces pensées hautement masochistes que nous laissons en paix le cerveau de notre cher petit Ventus. Je ne me risquerai pas à entrer dans la tête de notre cher petit Vanitas, de peur de finir étouffé ou empoisonné par sa personnalité déviante, c'est pourquoi je laisserai planer le mystères quant à ses ambitions, ses pensées, ses raisons et autres envies démoniaques.

Ils sortirent de l'immeuble sans échanger ni mots ni regards, et se dirigèrent vers l'ouest de la ville, un côté où Ven ne mettait pratiquement jamais les pieds.

Il avait très envie de briser le silence qui s'était installé tranquillement et ne paraissait pas vouloir bouger de son confortable emplacement, mais ne savait pas quoi dire. Les mots semblaient lui échapper et il ne savait pas exprimer la moindre de ses pensées.

C'est alors que, tel un deus ex-machina particulièrement bien placé, son téléphone se mit à vibrer avec force dans sa poche.

Ven le sortit de sa poche en pinçant les lèvres. Vanitas s'arrêta et le regarda, inexpressif.

– C'est qui ? demanda-t-il.

Ven jeta un coup d'oeil à son écran.

– C'est Sora.

– Ok. Laisse tomber.

– Quoi ?

– Réponds pas.

– Mais...

– Tu laisses ça sonner, ok ?

– D'accord...

Il le garda dans sa main jusqu'à ce que la sonnerie s'arrête. Vanitas avait reprit sa marche et Ven l'avait suivi presque malgré lui. Ils furent de nouveau interrompus par son téléphone.

– Putain, cracha Vanitas.

Il s'était crispé et son regard était devenu dur. Ven lui jeta un regard interrogateur.

– Je devrais peut-être répondre...

– Non. Laisse tomber.

– Mais... S'il avait –

– T'as rien écouté de ce que j'ai dit tout à l'heure ? Ne réponds pas, c'est tout.

Ven attendit à nouveau que son téléphone cesse de vibrer.

Il ne fallut pas plus de deux minutes pour que l'objet infernal se remette en marche. Vanitas poussa un soupir exaspéré et arracha le portable des mains de Ven, puis décrocha et répondit d'une voix sèche :

– Écoute-moi bien, Sora, tu vas arrêter de me casser les couilles et cesser tout de suite de harceler Ven avec tes putains de coups de téléphone quand il a autre chose à foutre ! Si on ne répond pas, c'est qu'on ne veut pas répondre, bordel. Alors prends des vacances et ferme-la une bonne fois pour toutes. MERCI.

Il raccrocha sans lui laisser le temps de répondre et rendit le téléphone à son propriétaire.

– Il saoule, ce mec, marmonna-t-il en guise d'explications.

Ven ne répondit rien. Une phrase lui brûlait les lèvres, mais il refusait de la dire encore une fois. Pas sans un retour de la part de Vanitas.

– Viens, on va s'asseoir là-bas, dit ce dernier en désignant du doigt un vieux muret.

Ils s'installèrent en silence.

Ven s'entortillait les mains nerveusement.

Le silence le gênait à nouveau. Après une dizaine de minutes, il se décida à le briser. Il ouvrit la bouche mais fut interrompu par un doigt sur ses lèvres.

– Non, Ven. On a pas besoin de parler.

La voix de Vanitas était d'un calme apaisant, et Ven renonça à parler.

L'index du premier glissa doucement des lèvres du second vers son oreille, puis continua sa course jusqu'à son cou et sa nuque avant d'être rejoint par le reste de sa main. Leurs lèvres s'unirent, cette fois loin des regards indiscrets. L'autre main de Vanitas finit par trouver celle de Ven et leurs doigts s'emmêlèrent à nouveau. Ils restèrent ainsi jusqu'à ce que le besoin d'air se fasse sentir et se séparèrent à leur corps défendant. Vanitas s'éclaircit la gorge.

– Pardon, murmura-t-il en caressant d'une main les cheveux de son vis-à-vis.

Ven déglutit et resta un moment silencieux avant de dire :

– Tu m'as fait mal.

– J'ai été dur avec toi.

– Oui.

– Ça va ?

– Mmh.

– Excuse-moi.

Il fit alors quelque chose que Ven n'aurait jamais pu imaginer : il le prit dans ses bras. Ven ne put réprimer un léger sursaut tant l'acte était inattendu ; le choc passé, pourtant, il lui rendit son étreinte avec douceur et lui glissa à l'oreille :

– Dis-moi, qu'est-il advenu de ta légendaire fierté ?

– Je crois qu'elle m'a abandonné à partir du moment où je suis sorti de chez moi.

Il se turent, goûtant la chaleur qu'ils s'offraient l'un l'autre jusqu'à ce que Ven brise le silence à nouveau :

– Vanitas...

Celui-ci frissonna et l'interrompit.

Il savait ce qu'il allait dire et n'avait aucune envie de l'entendre. Il ferma les yeux.

– Je sais. Moi aussi.


*gratte la terre avec ses ongles*

*sors d'un trou*

Booonsoir ! Je suis toujours là ! Je suis increvable !

J'ai comme l'étrange impression que plus ça va, plus je mets du temps à publier ; c'est dingue, c't'histoire. Ceci dit, vous aurez remarqué que cette fois, j'ai compensé en écrivant le plus long chapitre que j'ai jamais écrit de ma vie.

Et tant qu'on y est... Cette fiction a deux ans ! J'arrive pas à croire que je sois si lente :'D. Avec un peu de chance elle sera terminée avant d'avoir cinq ans :B.

Trêve de blabla inutile... Je vous annonce que j'ai réussi mes examens de passage et euh voilà.

Merci pour votre lecture et soutient 8D. C'est un plaisir que de... fin, c'est un plaisir quoi. :B

N'oubliez pas ; une review fait toujours énormément plaisir et ce faisant vous participez activement à mon bonheur sur Terre ! C'est genre comme si mon petit coeur était très heureux pendant au moins 48 heures. Ouais, tant que ça. Ces choses ont un immense pouvoir. Et oui.

Sur ce, je vous embrasse. À la prochaine !