Disclaimer : Square Enix/BUENA VISTAAAAAA Games.
Merci pour vos reviews ! x3. Et merci de lire cette fic, vous êtes si gentils ;;.
Il est des évènements si rares que leur existence en est parfois niée.
Tant et si bien qu'on les qualifie d'impossibles, qu'on est incapable même de les imaginer, hormis lorsqu'on est doté d'un esprit déviant et hautement pervers ; ces évènements sont si inattendus que, lorsqu'on a le malheur (ou le bonheur, bien sûr, après tout tous ne sont pas aussi terribles qu'on pourrait le suggérer) de les vivre ou d'y assister, le choc est si fort qu'il peut provoquer sinon la mort au moins de graves troubles mentaux.
Ainsi, lorsque apparurent en l'an de grâce 774 un troupeau de dangereux cynocéphales aux multiples tentacules visqueuses, possédant moult dents acérées et boutons purulents, poussant des cris de rages et des reniflements monstrueux, armés de drôles d'objets venus d'un autre monde et menaçant la survie de la race humaine, de nombreux hommes de foi se tournèrent vers le ciel en disant « Mentum potentis aureus canis, sacculum chips cur volebat nos ad devorandum commolitis auris mi soror? » (ce qu'on pourrait traduire vaguement par « Saint Raisin, pourquoi nous avoir envoyé pareille épreuve si ce n'est pour vous jouer de nous ? », mais mon latin n'étant pas parfait, nous ne pouvons accorder qu'un crédit très moyen à cette traduction sans doute biaisée, c'est pourquoi je vous propose la traduction d'un professionnel qui est celle-ci, bien que je n'ai qu'une confiance très moyenne en sa pertinence : « Un certain nombre de sac de cou fort, puces de chien, nous piège, et ma sœur n'ont pas besoin de traiter? ». Mmmh. Bon, disons que ma traduction était la meilleure. Ce n'est pas pour rien qu'on dit de moi que je suis le plus grand intellectuel du monde ; mon cerveau étant plus développé que celui d'un traducteur professionnel, je préfère me fier à ma réputation sérieuse plutôt qu'à des programmateurs peu scrupuleux. Mais nous nous éloignons du sujet.) avant de cracher par terre et de mourir, les yeux révulsés et les dents parties dans de grosses vapeurs de fumée verte.
Si on en croit le récit qu'en fait Marc le Gras (appelé aussi Big Marc par des confrères à l'humour douteux), nous pouvons être à peu près sûr du fait que suite à cet évènement que je pense pouvoir qualifier de rarissime, les cynocéphales, pris d'une peur panique face à cette réaction plus que déroutante, retournèrent dans leur vaisseau d'or, croyant avoir affaire à un peuple atteint d'un terrible virus incurable et violent, en se jurant de ne plus jamais revenir dans ce zoo maudit qu'ils avaient osé construire dans le cadre du projet « sauvegarde des espèces issues des expériences sur les croisement génétiques d'animaux en voie de disparition » et de le laisser livré à lui-même.
Ils ne furent plus jamais les même, et s'exilèrent dans une autre galaxie en parlant la langue des rats, qui étaient autrefois leur met favori.
Où veux-je en venir, me direz-vous.
La réponse est simple ; cette légende moyenâgeuse nous prouve que pour toute mystérieuse apparition inattendue, il y a traumatisme certain de toutes les parties impliquées.
Ce qui nous amène à un lieu sombre dont nous n'avons que peu entendu parler depuis un fort long moment : la bibliothèque.
Dans ce drôle d'endroit qui commençait à prendre sérieusement la poussière se promenait un jeune homme aux cheveux d'une étrange couleur. Lambinant entre les rayons comme il avait l'habitude de le faire depuis de longues années, il caressait d'un doigt habile et entraîné le dos des ouvrages qu'il envisageait d'ouvrir, voire même d'emprunter (ce garçon a des étranges idées, j'en conviens volontiers.)
Alors qu'il sortait difficilement un Ulysses version originale dont la lecture se révélerait certainement soporifique à l'extrême pour des idiots comme ceux qui vivaient actuellement dans la ville où il avait vu le jour, Riku fut témoin de l'évènement le plus stupéfiant de sa vie d'adolescent.
En effet, la porte de la bibliothèque s'ouvrit.
Rien de bien extraordinaire, me direz-vous ; mais pour le garçon aux cheveux couleur rat (disons les choses telles qu'elles sont) qui avait toujours pensé être le seul et unique client de l'établissement, qui avait l'habitude que le silence religieux qui y régnait ne soit coupé que par les ronflements et éternuements peu discrets du propriétaire des lieux et qui se considérait comme le seul homme à avoir ouvert un livre par plaisir et non par obligation à dix kilomètres aux alentours, une porte qui s'ouvrait autrement que par effet du vent était un chose à peine envisageable.
Et pourtant, cette porte s'était bien ouverte. Mieux ; quelqu'un était entré dans le vieux bâtiment. Quelqu'un qui n'était pas le bibliothécaire. Quelqu'un qui n'était pas le fantôme du grand-père de celui-ci, vérifiant qu'on prenait bien soin de son institution. Non ; c'était...
Un client.
Riku osait à peine en croire ses yeux. Il en oublia presque d'afficher son air habituellement méprisant-blasé-colérique pour prendre un visage plus proche de l'ahurissement, avant de récupérer une expression impassible et savamment contrôlée.
Qui était cet autre client ? Que voulait-il ? Que va-t-il se produire ?
Pour réinstaller cette merveilleuse invention appelée suspense, nous le saurons au prochain épisode.
x x x
Qui, par chance, se déroule maintenant.
Riku faillit s'étrangler en constatant que le nouveau-venu, déjà exceptionnel de par sa venue jusque là, était en plus doté d'une coupe de cheveux presque aussi originale que celle d'Axel, bien que plus étrange encore par sa couleur.
C'est alors qu'il ressentit une émotion qui jamais encore ne s'était emparée de lui auparavant, d'aussi loin que remontaient ses souvenirs. Une émotion si puissante et soudaine qu'il eut tout le mal du monde à la contrôler.
Le garçon qui était entré dans la bibliothèque lui donnait envie de rire.
Pas un rire faux comme il pouvait en avoir de temps en temps (lorsqu'il montrait sa haine froide contre Sora, par exemple, ou qu'il faisait le rire jaune de « j'ai compris que tu avais fait une blague mais la trouve tellement nulle et déplacée que je vais sortir de ma gorge quelques « ha » à la suite pour te faire comprendre par un haut sens de l'ironie à quel point tes tentatives d'humour sont stupides. »), mais un rire, n'allons pas jusqu'à dire « franc » (il ne faut pas pousser le chat sous le camion en marche, comme on dit), mais au moins d'une certaine sincérité, bien que celle-ci ne soit pas de la plus grande gentillesse.
Un léger sourire étira un coin de ses lèvres – sérieusement, qui donc pouvait avoir un look aussi nul et se promener en public avec ? (il avait oublié que la bibliothèque était plus un territoire abandonné qu'un lieu public, mais passons) – et il le mua en grimace de dégoût lorsqu'avec une horreur certaine il prit conscience de son existence.
Non, même les rires moqueurs n'avaient pas lieu d'être. Surtout s'ils n'étaient pas méchants.
Il reprit son masque d'impassibilité totale et parfaite avant de s'avancer vers le bureau du bibliothécaire qui enregistrait les livres rendus de l'inconnu, avec un regard méfiant.
Faire la file à la bibliothèque.
Riku ne savait même pas ce que c'était. Et pourtant, il était en train de vivre l'évènement en direct. Rien n'aurait pu lui causer plus grand traumatisme.
– Vous avez exactement six heures, quarante-deux minutes et trente-six secondes de retard. C'est d'un manque de respect incroyable. Je ne serais pas fier de vous, à votre place, lança le vieillard derrière son bureau d'un air mauvais.
Riku soupira intérieurement (on appelle ça communément « inspirer » ; mais pardonnons-le, il lit des choses littéraires, pas scientifiques, et nous ne pouvons lui en vouloir). Il connaissait bien cet homme, vieux et frigide, qui n'avait de cesse d'ennuyer les jeunes dès qu'il le pouvait ; étant son seul client (du moins l'avait-il toujours cru, jusqu'à ce jour), il en avait fait plusieurs fois les frais. En regardant le garçon devant lui se faire violemment lyncher la face par le sournois vieillard, il hésita entre rire de son malheur ou compatir.
Les deux solutions lui semblaient abominables.
– Excusez-moi, mais je ne pouvais pas... commença le jeune inconnu.
Il se fit interrompre par le bibliothécaire qui prenait un malin plaisir à cracher sa haine du monde et de la jeunesse en particulier sur sa pauvre personne. Quel homme charmant.
– Vous ne pouviez pas, vous ne pouviez pas, mensonges ! Effronté ! Si on vous écoutait, on penserait que vous n'êtes que des imbéciles capables de rien ! Fardeau de la société, honte de l'Etat, à quoi servez-vous si vous ne savez même pas respecter les échéances ?
– Calomnies et billevesées ! rétorqua l'inconnu avec verve. Si vous aviez lu votre propre règlement, cher monsieur, vous vous rendriez compte que les ouvrages doivent être remis dans la journée et non à une heure précise, que nous sommes l'après-midi et donc la journée et que je suis ainsi dans mon droit le plus total !
Riku plissa les yeux. Voilà une situation qu'il n'avait pas vu arriver. Il hésitait entre le choc intense et le sourire satisfait. Prends-toi ça dans la tronche, vieil homme.
Le vieil homme en question afficha un air outré avant de rétorquer sauvagement :
– Mais c'est qu'il a la langue bien pendue, ce petit con-là ! Sache, gamin, que mon propre règlement est créé par moi et que je le change quand bon me semble ! Ainsi j'ai décidé que c'était l'heure qui comptait et non le jour. Tu es dans le non-droit. Tu paieras donc une amende. D'au moins un tiers du prix du bâtiment.
– Je ne vous permet pas de me traiter ainsi, monsieur (pour se donner un petit air classe et bien élevé, l'inconnu avait marqué la liaison entre « traiter » et « ainsi ».) De plus, si j'en crois les documents officiels signés de votre main que je possède ci-joint (il sorti une liasse de papier de sous son horrible gilet), le délai de location accordé aux clients de cette bibliothèque est de trois semaines.
– Et bien ? Quel rapport ?
– Si vous regardez mieux les cahiers que vous avez sous les yeux, malgré votre évident problème de vue, vous remarquerez que mon prêt a été effectué en la très-sainte date du vingt-trois novembre. Enfilez vos lunettes, mon brave, que votre défaite n'en soit que plus douloureuse ; voyez comme vous avez tort, voyez comme j'ai raison.
– Vous me prenez pour un homme stupide, pauvre imbécile ? Ces dates, je les connais par cœur. Je fais ce métier depuis cinquante années longues et dures (comme... non, elle était un peu trop facile, celle-là) durant lesquelles j'ai travaillé dans la sueur et le sang comme ces enfants chinois qui créent des nike pour ton bon plaisir dans des contrées éloignées ! Toi, jeune, que connais-tu de la vie et de la société ? Comment oses-tu te moquer ainsi d'un homme de savoir et d'expérience ?
– Certes, alors, c'est votre conscience du temps qui ne vous réussit pas. Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, nous sommes aujourd'hui le 28 novembre ; et si vous comptez bien, cela fait donc cinq jours que j'ai emprunté vos ouvrages.
L'homme fronça les sourcils et regarda sur son calendrier (un ravissant calendrier représentant des chats déguisés pour chaque mois de l'année) avec attention.
Riku, de son côté, avait l'air ahuri de celui qui tombe sur la scène la plus étrange de sa vie.
– Ha, en effet, marmonna le vieux bibliothécaire en serrant les dents. Donnez-moi ça. Merci au revoir bon vent.
Il reprit les bouquins et s'en alla les ranger dans leurs emplacements d'origine.
L'inconnu se détourna avec un petit air satisfait.
Il eut un sursaut monstre en remarquant enfin la présence de Riku dans son dos.
– Pardon, je ne voul...
Il s'arrêta au milieu de sa phrase en constatant que le garçon lui accordait le regard le plus méprisant qu'il eût jamais connu.
Ne sachant comment répondre à pareille attaque silencieuse, il s'éclaircit la gorge et tenta un vague :
– Je ne pensais pas qu'il y avait d'autres gens pour venir ici... euuuuuh... au revoir.
Riku le suivit des yeux jusqu'à ce que le garçon ait quitté le bâtiment. Incroyable.
Ses sentiments n'avaient jamais été aussi chaotiques.
D'une part, il avait toujours envie de se fiche des cheveux affreux de ce mec, de ses vêtements, de sa personne en général. De l'autre, il était assez content (autant qu'il pouvait l'être à son échelle, du moins) de ne plus être le seul à subir les quolibets du vieil aigri. Il était quasiment admiratif par la manière dont il lui avait rabattu le caquet et écœuré par le fait que lui n'était pas capable de sortir des phrases identiques. Il avait envie de savoir qui il était, mais l'idée d'adresser la parole à un tel individu lui hérissait les poils du dos. Il grinça des dents.
Bon, de toute façon, même s'il allait lui parler, personne ne serait au courant et son honneur serait sauf.
Mais en même temps... ce mec était d'un ridicule à en faire pleurer du sang une statue de Jésus Christ.
Curiosité ou instinct de protection ? Le choix était difficile.
Il laissa ses livres sur le comptoir et décida de sortir pour en savoir plus sur l'alien qu'il venait de croiser. Malgré le trauma.
Prenant son courage à deux mains, il sortit de la bâtisse et interpella le mystérieux individu. Il faillit regretter son acte en le voyant tourner un regard vide vers lui.
– Qui es-tu ? demanda-t-il de manière hautement subtile.
L'inconnu haussa un sourcil incompréhensif.
– Je suis Isa. Pourquoi ?
– Tu es...
Il y eut comme un moment de vide dans la tête de Riku.
Un long moment de silence.
Très long.
Il fixa l'inconnu.
Ses cheveux.
Sa tenue.
Son regard perplexe.
Il se répéta son nom.
Isa. Isa. Isa. Isa.
Et cette fois, il n'y tint plus. Comme un volcan dormant depuis de trop longues années (avant que vous n'imaginiez une suite écœurante et peu subtile à cette comparaison, j'aimerais vous signaler que non, tout le monde n'a pas les idées aussi dérangées que les vôtres), un rire d'abord timide puis fort et clair jaillit de sa gorge sans qu'il ait eu le temps de le retenir.
Non, trop, c'était trop. Il pouvait résister à presque tout, mais là, là, il ne fallait pas lui en demander plus, il ne pouvait pas résister.
Incapable de respirer correctement (il n'avait jamais appris, après tout), il chercha l'oxygène de longues secondes en s'étouffant à moitié. Il tenta de reprendre son sérieux. Avec une concentration intense, il calma ses zygomatiques et ferma les yeux en expirant longuement.
Isa, lui, l'observait d'un air blasé en attendant que la crise soit passée. Il avait l'habitude. Ce genre d'attitude à son égard ne lui faisait même plus rien.
– Non, mais... articula Riku, je veux dire, tu t'appelles vraiment ...? Mais c'est un nom de f... de f... de ffffffffff...
– De fille, ouais, je sais, et dans deux secondes tu vas me prendre pour un travlo et faire des blagues douteuses, je sais aussi.
– Travlo...
Une crise de fou rire le reprit de plus belle, et il dut se tenir au mur pour ne pas tomber au sol. Alors qu'il faisait travailler ses abdominos et s'accordait quelques minutes de plus à vivre, son cerveau, lui, lui répétait sans cesse qu'il avait l'air stupide, qu'il n'y avait aucune raison à rire ainsi, qu'il était plus intelligent que ça.
Mais non. Non. Il ne pouvait pas s'arrêter.
Isa poussa un soupir marqué et planta les mains dans ses poches et admirant le spectacle.
– Ça commence à devenir un peu limite, ce genre de comportement...
Riku se reprit et, avec un effort surhumain, effaça de son visage ce ridicule sourire qui restait de sa petite crise d'hystérie.
Il s'éclaircit la gorge et lança à Isa son regard le plus noir et viril.
– Et donc, euh, ... Isa ? (Il sentit sa gorge le gratouiller légèrement mais se contint.) C'est rare de voir quelqu'un dans ce... ce truc, dit-il en désignant d'un geste vague le vieux bâtiment délabré qui servait de dernier refuge aux livres plus compliqués que Oui-Oui.
– Mmh mmh...
Isa avait l'air un peu indécis. Après tout, il n'avait pas l'habitude de s'adresser à des gens plus ou moins normaux. Il pinça les lèvres en attendant la suite. Si suite il y avait.
– Oui, mmh mmh. Tu viens ici souvent ?
Où donc Riku avait-il appris à s'adresser à des gens sans avoir l'air excessivement énervé ? Il ne s'en souvenait plus.
– Plutôt, répondit Isa d'un air évasif. Et toi ?
– Oui.
– Je vois.
– Hun hun.
– Intéressant.
– Je trouve aussi.
– Enfin bref.
– Voilà.
– Mh.
– Okay.
– Très bien.
N'importe quel visiteur impromptu aurait vu à quel point il était manifeste que les relations sociales n'étaient le point fort d'aucun des deux protagonistes ici présents.
Ne sachant plus quoi dire, Riku et Isa restèrent un long moment en silence, en se regardant du coin de l'oeil, chacun intrigué par la personnalité étrange de l'autre et par leur passion commune qu'ils étaient sans doute les seuls à avoir.
Comme durant chaque silence gênant, un évènement inattendu (ou presque, tout dépend de la personne de laquelle on parle) vint redémarrer les rouages du scénario : un coup de téléphone.
Isa poussa un soupir en sortant son portable de sa poche, soupir qui se transforma en air consterné lorsqu'il découvrit le nom de son futur interlocuteur. Il décrocha.
« Qu'est-ce que tu veux, mec ?
– Saaaalut Isa ! Ça fait plaisir d'entendre ta voix douce et chaleureuse !
– Tu m'as parlé y a même pas deux heures.
– Trois heures, pour être exact, et tu me manquais déjà atrocement, je n'ai pas pu résister à l'envie de te passer un petit coup de fil...
– Tu as conscience que si tu continues à parler comme ça, on va te prendre pour un gay ? Fin je dis ça pour toi. Tu fais comme tu veux, après tout, t'as le physique de l'emploi.
– Pardon ?
– Non, rien.
– Tu peux répéter ce que tu viens de dire, gars ?
– Non, mais non.
– Isa, te fous pas de ma gueule ! Tu m'as dit que j'avais une gueule de travlo, là !
– J'aurais plutôt dit une gueule de tarlouze, en fait, mais...
– Putain ! On avait dit plus de ça !
– Ok, ok, je m'excuse, mais c'était plus fort que moi.
– Ouais, ouais, bon,...
– Donc, tu m'appelles pour..?
– Ah, oui ! Tu te souviens de cette fille, là, la blonde...
– ... Si tu parles de Naminé, sache que ta blague est vraiment, vraiment pourrie...
– Hahaha ! Oui, bon, bref. Je viens de la chopper à la gare, là. Elle n'a pas changé, depuis le temps. Incroyable.
– Mais c'est génial, dis-moi.
– N'est-ce pas ? T'es où ?
– Dans le repaire.
– Encore ? Hé ben. Bon, t'aurais pas envie de te ramener, par hasard ?
– Si je dis non, il va m'arriver quoi ?
– Oh. Je crois que Naminé te passera un savon, mais à part ça, rien.
– Très bien. J'arrive.
– Cool, mec ! À tout de suite ! »
Isa raccrocha et remit son téléphone dans sa poche. Non loin de lui, Riku le regardait d'un air ahuri. Enfin, aussi ahuri qu'il pouvait l'être.
– Tu connais Naminé ?
Sans se rendre compte que poser une question cash aussi directement n'était pas de la plus grande des politesses, surtout quand cela faisait référence à une conversation téléphonique plus ou moins privée, Isa répondit :
– Oui. Toi aussi, à en juger par ton air.
Riku reprit une tête blasée.
– On est amis d'enfance.
– Je vois.
– Tu la connais depuis quand ?
– Euh... Quelques semaines.
– Tu ne ressembles pas vraiment au genre de potes qu'elle a. (Pourtant, lorsqu'on y regarde avec attention, les couleurs de cheveux étranges, les coupes étranges, les looks étranges, les noms étranges, elle en côtoie plus que Riku ne semble le penser ; mais disons qu'il n'aimait pas vraiment se remettre en question.)
Isa haussa un sourcil.
– Je ne connais pas ses « potes ».
– Ça ne m'étonne pas.
Sans savoir comment exactement il devait prendre cette remarque un peu sèche, Isa décida de changer de conversation.
– Je dois m'en aller, dit-il.
– Tu vas voir Naminé ? demanda Riku en fronçant les sourcils.
– Oui.
– Alors je viens avec toi.
– Si tu veux. (Il resta silencieux un moment à réfléchir, puis reprit : ) En fait, tu t'appelles...?
– Riku.
– D'accord.
Sans rien ajouter, tous deux prirent le départ. Et comme les voyages à pied plus ou moins silencieux sont en général longs et chiants, je vous propose d'utiliser le monospace magique invisible pour nous rendre dans un lieu plus fréquenté, j'ai nommé : la gare.
x x x
Naminé descendit du train en réfléchissant vaguement à la baisse des températures de novembre. C'est la raison pour laquelle elle ne vit pas le caillou (ou, disons, la petite pierre) qui s'était sournoisement glissé devant son pied dans l'idée de la faire tomber devant la foule d'au moins dix personnes qui sortaient des wagons.
Se relevant difficilement et insultant intérieurement les quelques personnes qui pouffaient dans son dos, elle se redressa avec le port d'une reine, que dis-je, d'une impératrice, d'une déesse, même, et traça fièrement le chemin jusqu'à la porte de la gare.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle tomba nez-à-nez (sans prendre l'expression au pied de la lettre, bien entendu) avec Lea qui, comme par hasard (aurais-je senti une teinte d'ironie ?) vagabondait tranquillement dans le coin en s'envoyant à lui même cet espèce de frisbee immonde qu'il trimbalait partout et tout le temps. Il afficha un air faussement étonné en voyant sa camarade approcher en haussant un sourcil.
– Tiens, Naminé, comme c'est étrange ! Je ne m'attendais pas à te voir par ici !
– Salut, Lea, répondit-elle avec le petit sourire entendu de celle qui sait.
– Oh, si tu savais comme je me suis ennuyé sans toi.
– Certes...
– Le monde n'est plus pareil.
– Tu m'en vois ravie !
– Tu veux du chocolat ?
Il sortit magiquement une barre de chocolat de sa poche. Naminé le regarda un moment puis secoua la tête.
– Non, merci.
– Oh ! Mais c'est aux noisettes ! Aux noisettes, quoi !
– Oui, oui, mais...
– N'essaie pas de me faire croire que tu n'aimes pas ça. Tout le monde aime le chocolat noisette. C'est des noisettes entières ! Des vraies, qui ont poussé sur des arbres !
– Bon, Lea, qu'est-ce que tu veux exactement ?
Il cligna les yeux d'un air étonné.
– Mais rien de particulier. Je tiens à ce que tu goûtes ce chocolat. Je te promets qu'il n'est pas empoisonné.
Elle lui jeta un regard méfiant avant de prendre un bout de la barre que Lea lui tendait avec un petit sourire.
– Alors, verdict ?
Elle resta silencieuse quelques secondes.
– C'est...
– C'est...?
– Trop bon.
– Ha ! J'en étais sûr ! Personne peut résister à ça !
– C'est pas faux.
Elle lui prit la barre des mains et la dévora avec toute l'élégance possible. Lea eut un petit sourire.
– Alors, tu sens quelque chose de changé ?
Elle le lui lança un regard perplexe.
– Ne me dis pas que t'avais vraiment mis un truc dedans ?
– Mais non ! Je demandais juste ça comme ça.
– Dis-moi.
– Je te jure que j'ai rien mis !
– Lea. Tu mens mal.
– ... Bon, d'accord. J'ai vraiment rien mis. Mais j'avais entendu dire que c'était, euh... aphrodisiaque. Je voulais savoir.
Naminé resta silencieuse un long moment. Un sourire se dessina lentement sur le coin de ses lèvres. Elle pencha légèrement la tête.
– Est-ce que t'es en train d'essayer de me serrer, Lea ? demanda-t-elle avec son air le plus innocent.
Il eut un air catastrophé et secoua vivement la tête.
– Moi ? Moi ? Non, non, te méprends pas, s'il te plaît, je...
– Mon Dieu, de ta part, je ne m'y attendais absolument pas !
Il se frotta le front nerveusement en maudissant les rougeurs qui avaient sans doute déjà envahi ses joues sans lui demander son avis.
– Mais je te jure que c'est pas ce que tu crois ! se défendit-il (ce qui est assez inutile ; comme si on avait le moindre doute quant à sa culpabilité. Ha !)
– Allez, ne fais pas le timide. Je ne me moque pas de toi, tu vois ? (Je vous permets d'émettre de forts doutes sur cette affirmation.)
– Mais, Naminé, je te jure, je te promets que c'est pas...
– Ooooh, il rougit, c'est trop mignon ! (Elle ne se priva pas de venir lui pincer les joues avec un grand sourire machiavélique.)
– Naminé !
– Malheureusement, je me vois dans l'obligation de refuser tes avances...
Elle prit un air le plus sincèrement désolé possible, sans y parvenir tout à fait, et posa une main sur l'épaule de Lea qui, lui, paraissait lutter contre plusieurs émotions contradictoires.
– Je suis flattée, tu sais, mais tu n'es pas vraiment mon genre... dit-elle avec un sourire.
– Bon, Naminé, quand est-ce que tu comprendras que c'est pas de toi que je...
– Oh, tu peux arrêter les faux-semblants, Lea, tu sais, offrir des chocolats, c'est pas un acte innocent...
– Mais je voulais juste essayer !
– L'essayer ? lui demanda-t-elle d'un air surpris.
– Oui.
– Pourquoi ?
– Oh, pour rien.
– Me dis pas que t'avais caché un gâteau au chocolat pour la suite ? Ou d'autres chocolats ? Ou des pralines ? Ou je ne sais quelle autre chose ?
– Oh, tu comprends rien à rien. Laisse tomber ! Je propose qu'on oublie ça. Et arrête de te moquer de moi !
– D'accord, d'accord. C'est oublié.
– Merci.
– Et dire que je t'avais toujours pensé gay.
Lea se prit le visage entre les mains s'exclama avec une voix désespérée :
– C'est pas vrai ! Toi aussi ?
– Excuse-moi, mais ça semble quand même...
– Ces a priori avec lesquels tout le monde part ! Ça commence à devenir un peu chiant, sur les bords.
– Désolée, Lea, je voulais pas te froisser.
– Je suis pas homo, je suis pas un travlo, j'ai pas un nom de fille, j'ai pas de coupe bizarre, je suis normal, ok ?
– Oui, oui. Ça va, zen.
Lea haussa les épaules et partit s'asseoir sur un banc. Naminé resta immobile un instant avant de le rejoindre. Ils passèrent un moment en silence en évitant de se regarder.
Naminé s'entortilla les doigts, gênée. Ce n'était pas tous les jours que l'un de vos amis proches vous draguait de manière si peu commune ; même s'il semblait insister sur le fait qu'elle avait tort, que ce n'était pas du tout ça, et toutes ces excuses qu'on est capable de sortir lorsqu'on ne veut pas se prendre un méchant râteau et la honte de sa vie.
Elle mourait d'envie de jeter un regard vers lui, pour voir de quoi il avait l'air, ce qu'il pouvait ressentir (voyeurisme, vous dis-je !) ; mais, douée d'un tact un peu plus développé que la moyenne des habitants de la ville, elle préféra garder ses distances et ne rien dire, en attendant qu'il parle.
Elle cessa de résister lorsqu'elle le sentit trembler à ses côtés.
Pleurait-il ? Lui avait-elle fait du mal ? Elle commençait déjà à culpabiliser lorsqu'elle le regarda de plus près.
Il lui fallut un moment pour comprendre que les tremblements de Lea n'avaient rien à voir avec du désespoir. Le visage entre ses mains, le pauvre rouquin éconduit, loin de pleurer, riait à n'en plus pouvoir (ne cherchons pas à comprendre, ça doit être un truc de roux. Leurs cerveaux sont différents des nôtres, vous savez.)
Naminé sentit sa joue s'agiter d'un tic nerveux.
Lorsque Lea commença à faire entendre des éclats de rire étouffés, un sourire naquit sur son visage.
Et lorsqu'il arrêta de s'en empêcher pour partir dans un fou rire franc, elle ne put résister à l'envie de l'accompagner. En quelques secondes, leur rire grossit jusqu'à devenir une véritable crise d'hystérie, les faisant ainsi passer pour deux jeunes gens pas tout justes assis sur un banc devant une gare.
Ils ne purent s'arrêter avant une dizaine de minutes, chaque tentative de pause suscitant un échange de regard qui les faisait repartir de plus belle. Naminé, en essuyant les larmes qui avaient commencé à couler contre sa volonté, pressa une main contre ses abdominos qui travaillaient un peu trop à son goût. Lea lui adressa son plus grand sourire.
– Bravo, j'ai faim maintenant.
– C'est pas ma faute si tu m'as fait manger ta collation, dit Naminé avec un clin d'œil.
– Je propose qu'on aille se faire une bouffe.
– Maintenant ? Il est presque trois heures.
– Et alors ? L'estomac n'attend pas !
– T'as pas tort. Et pour tout avouer, je dirais pas non à un petit truc à manger. Si tu me le paies, bien sûr.
– Ça va de soi !
– Et Isa, il est où ?
– Mmh ? Je sais pas. Quand je suis parti, il était dans notre repaire.
– Ça fait tellement malfrat, comme nom.
– C'est pour éloigner les étrangers.
– Je vois... Bref. On devrait pas l'inviter ?
– On peut, ouais...
– À moins que t'aies envie de m'avoir pour toi tout seul, bien sûr. Ce que je comprendrais. Bien que tu n'aies aucune chance, ajouta-t-elle avec un sourire mutin.
– N'importe quoi ! Bon, je l'appelle. Je sais pas s'il sera rentré chez lui ou non, par contre.
– Appelle-le, oui.
Il lui adressa un clin d'œil avant de composer le numéro de son meilleur ami.
Pour éviter une redondance des plus malvenue, nous ne reprendrons pas la conversation que vous pouvez voir plus haut, et passerons directement à d'autres personnes, plus intéressantes, plus passionnées, plus impliquées, plus... Enfin, plus, quoi.
x x x
Ailleurs, non loin de là, un autre rouquin, peut-être aussi idiot bien que plus sournois et sadique, se promenait tranquillement dans les rues peu fréquentées de sa ville natale en compagnie d'un adolescent de quelques années son cadet qui affichait un air plus ou moins joyeux, chose rare de sa part en ces temps troublés d'automne.
Ils s'échangeaient quelques banalités pour ressouder leur amitié quelque peu fragile lorsque le regard d'Axel fut attiré par quelque chose d'étrange qui le bouleversa intérieurement.
Je ne parle pas, bien sûr, des dizaines de pigeons amassés autour de ce vieux sandwich qui traînait par terre depuis près de deux jours ; moins encore de ces dizaines de chats qui, rassemblés derrière la fenêtre d'une maison qui pour sûr devait sentir le vieux, les regardaient en regrettant amèrement de n'être nourris que de pâtées au goût horrible qui ne leur remplissait même pas l'estomac.
Ce qui le choquait étaient plutôt ces deux gamins tendrement enlacés qui semblaient, de loin du moins, mourir d'amour et de tendresse l'un pour l'autre, au point de ne plus pouvoir se lâcher.
Il sembla à Axel que son cœur s'était soudainement décroché de sa poitrine pour atterrir en plein sur son estomac, suscitant une certaine sensation un peu trop proche de la nausée à son goût. Il ne tarda pas à identifier ce drôle de sentiment comme étant quelque chose qui ressemblait très fortement à de la répugnance, peut-être même à de l'aversion, et cela dut se marquer sur son visage au vu du regard intrigué que lui jeta Sora.
Ce dernier suivit le regard d'Axel et plissa le nez pour marquer son mécontentement.
– Je rêve, ou bien c'est Vanitas que je vois là-bas ?
Axel haussa les épaules.
– Tu rêves pas, répondit-il simplement.
– Et il est dans les bras de Ven.
– Bonne observation ! Tu devrais songer à devenir inspecteur.
Sora ne releva pas la remarque sarcastique et se gratta le menton d'un air concentré.
– Je pensais que ça n'allait pas très bien, entre eux.
– D'où tu sais ça, toi ? s'étonna Axel.
– Ven m'en a parlé.
– Sérieux ?
– Ouais.
– Et il t'a dit quoi ?
– Pourquoi ça t'intéresse ? Qu'est-ce qu'on en a à foutre, de leur vie de couple ?
Axel se passa une main dans la nuque en soupirant.
– Vanitas est comme mon meilleur pote, tu sais. J'm'intéresse à sa vie, normal, non ? Alors, il a dit quoi ?
– Je sais plus trop, quelque chose comme quoi ça faisait quelques jours qu'ils ne se parlaient quasiment plus. Enfin, ce genre de truc, quoi.
– Un vrai petit couple.
– Ça n'a pas l'air de t'enchanter, fit judicieusement remarquer Sora. (Comme quoi, il n'était quand même pas aussi bête qu'il en a l'air, le pauvret.)
– Parce que tu trouves ça cool, toi ? Notre égocentrique Vanitas avec ce taré congénital ?
– Ça ne me gêne pas. Ven est quelqu'un de gentil.
– Ça me dégoûte, d'une certaine manière.
– Ça n'avait pas l'air de te gêner, la dernière fois, pourtant. Tu les as presque encouragés.
– Ouais ? Ben j'ai changé d'avis.
Sora ne répondit rien et se contenta de continuer son chemin. Chemin qui, comme par hasard, lui permettait de passer juste sous le nez du couple de tourtereaux qui roucoulaient avec joie et tendresse (hum). Axel l'apostropha.
– Hé, tu vas où, là ?
– Ben, les voir.
– T'es fou ? Laisse-les faire leurs trucs dégueux tous seuls.
Sora l'ignora et partit quand même déranger le pauvre couple en pleine phase pré-copulatoire (mais il est jeune, il est normal qu'il ait encore un peu de mal avec ces choses-là.)
À quelques pas de là, c'est avec un regard méchamment excédé que Vanitas finit par interrompre ses activités plus ou moins innocentes en voyant arriver devant lui les deux dernières personnes sur terre qu'il avait envie de voir en ce moment précis.
– Salut, les gars, entama Sora d'un air étrangement joyeux.
– Génial... marmonna Vanitas tandis que Ven rendait la salutation d'un léger signe de tête, ne sachant trop quel comportement adopter.
– Tiens donc, mais qui voilà ? J'espère qu'on ne vous dérange pas, au moins ! annonça Axel avec son sourire le plus maléfique.
– Il manquait plus que ça, sérieux, mais quelle journée...
– Tiens, Vanitas, si je ne te connaissais pas aussi bien, je jurerais que t'es en train de rougir ! reprit l'erreur de la nature (je parle du roux, là.)
– C'est ton imagination, se défendit-il.
Ven plissa les yeux et scruta le visage de son cher et tendre (quoique j'ai encore quelques doutes à ce niveau) avant de laisser apparaître un sourire sur son joli visage. Vanitas leva une main.
– Sans commentaires, toi, ok ?
– Haha, Vanitas et sa petite fierté, commenta Axel en secouant la tête, comme c'est mignon.
– On le changera pas, soupira Sora. D'ailleurs, comment ça se fait que vous êtes ici, tous les deux ? Je pensais que Ven devait aller chez Terra.
Vanitas fit craquer ses jointures avec agacement.
– Mais tu lui racontes vraiment toute ta vie, ma parole ! s'emporta-t-il en se tournant vers Ventus.
– S'il te plaît, recommence pas à t'énerver, répondit-il en soupirant.
– J'avoue que tu m'as remballé plutôt sec au téléphone, tout à l'heure, commenta Sora.
– Ah ouais ? Pourquoi t'étais énervé, Vani ? demanda Axel qui était bien décidé à foutre un peu la merde, tant qu'il le pouvait.
L'intéressé lui jeta un regard noir et rétorqua d'une voix sèche :
– Ça ne te regarde pas.
– Ooooh, je vois !
– Tu ne vois rien du tout.
– Bon, et si on changeait de sujet de conversation ? proposa Sora qui semblait avoir ce jour-là un don certain pour le compromis.
Tous les quatre se regardèrent.
– Bon, Sora, je te laisse choisir le thème, sourit Axel.
– Ok. Laissez-moi réfléchir. Je propose un débat. Mmmh... Pour ou contre... la mort ?
Il y eut un long silence. Ventus, après un moment de réflexion, se mit à parler.
– Pour ou contre la guerre ?
– Pour ou contre... la famine ? demanda Axel qui était très inspiré.
– Pour ou contre les roux ? surenchérit Vanitas avec une certaine ironie.
– Pour ou contre la maladie ?
– Le sida ?
– La déforestation ?
– Big Brother ?
– Les femmes enceintes ?
– Les mauvais films ?
– Les vieux ?
– Les enfants ?
– Les plantes ?
– Les animaux ?
– Les allergies au latex ?
– Les océans ?
Tâchant de trouver des idées de débats plus stupides les unes que les autres, ils continuèrent à s'amuser comme des enfants pendant une bonne grosse dizaine de minutes, jusqu'à ce que Vanitas décrète que la récréation était finie.
– Vous êtes trop con, les gars, dit-il avec un sourire.
– Oh, tu peux parler, commença Axel avant d'être interrompu par Ven qui, avec un air effrayé, regardait Sora.
– Sora, qu'est-ce qui ne va pas ?
Il ne répondit pas. Regardant dans lointain, les gestes figés, il se mit à trembler. Sa respiration s'accéléra dangereusement. Ven, l'air paniqué, plissa les yeux pour connaître la cause de sa terreur. En la voyant, il recula d'un pas.
Malheureusement pour vous, ce n'est pas aujourd'hui que vous connaîtrez la raison de ce début de crise. Godzilla était-il parmi eux ? Les morts s'étaient-ils relevé de leur tombe ? Sa sœur était-elle venue l'emmerder jusque-là ? La réponse au prochain épisode.
x x x
Non loin de là, dans un appartement de taille modeste, Terra gisait dans son canapé en écoutant une chanson d'une musicalité plus qu'étrange du nom de « Monster » (ne commentons pas ses goûts plus que discutables, mes chers) et en pensant à des sujets d'une profondeur certaine ; ses invités étant partis depuis une bonne dizaine de minutes, il avait tout le loisir de réfléchir aux récents évènements ainsi qu'aux révélations qu'on lui avait faites.
Et les conclusions de cette réflexion étaient loin de lui faire plaisir.
Que Ven lui ait caché quelque chose, ça passait ; que Ven soit en couple, pourquoi pas ; que Ven soit en couple avec un mec, c'était même plutôt pas mal ; que Ven soit en couple avec un mec qui ne soit pas lui, ça, c'était un peu moins sympathique, que ce mec soit le pire connard de la terre, c'était fortement dérangeant, mais que ce mec soit Vanitas, le Vanitas, celui qu'il exécrait depuis tant d'années et qui n'avait jamais trouvé grâce à ses yeux, ça, c'était aux limites du supportable. Et même, à la limite, si Ven le lui avait dit, peut-être qu'il aurait pu gérer tout ça et assimiler l'information tranquillement ; mais non, il avait fallu qu'il fasse toutes ces cachotteries stupides sans se soucier un instant de son équilibre mental.
Terra n'était pas certain de ce qu'il devait en penser.
Il se refit cinquante fois la scène, jusqu'à ce qu'une sonnerie stridente vienne perturber ses pensées. Avec un grognement digne de son physique qui, reconnaissons-le, faisait fortement penser à celui d'un ours, il traîna les pieds jusqu'à la porte et l'ouvrit sur le visage de sa « sœur » (n'ayant jamais eu de réponse à la question du nombre de gènes que ces deux-là ont en commun, je préfère ne pas m'avancer trop loin). Aqua eut un sourire en le voyant.
– Salut, Terra, dit-elle dans une manière fort commune de dire bonjour à quelqu'un qu'on a pas encore vu de la journée.
– S'lut, répondit-il mollement.
Il ouvrit la porte et l'invita à entrer. Aqua déposa son sac dans un coin avant d'examiner avec attention son frère qui n'avait pas l'air totalement dans son assiette.
– Comment tu vas ?
Il haussa les épaules.
– Ça va... et toi ?
– Oh, ça va, dit-elle. Je vais préparer un chocolat chaud. T'en veux un ?
– Oui.
Se dirigeant vers la cuisine qu'elle connaissait aussi bien que le propriétaire des lieux, elle entendit un gros « plaf », de ceux qui résonnent quand quelqu'un s'affale sur un fauteuil par dépit.
Elle sortit deux tasses qu'elle tâcha de remplir avec le plus grand soin et, deux minutes de micro-onde plus tard, elle était de retour dans le salon. Elle posa la tasse devant le zombie de Terra et fronça les sourcils en s'installant à ses côtés.
– Ça va, la vie tout seul ?
– Je m'en sors. Et toi, à la maison ?
– Je m'en sors.
Ils échangèrent un regard lourd de sens.
– C'est un peu vide sans toi, avoua-t-elle en faisant tourner sa cuillère dans la boisson chaude.
– Ah, vraiment ?
– Mh mh. Ça fait drôle, de ne plus avoir personne avec qui parler, le soir. Enfin, je suppose que je m'y ferai.
– Pourquoi t'es restée là-bas, Aqua ? S'ils avaient acceptés que je parte, ils t'auraient laissée partir aussi.
– Je ne sais pas, soupira-t-elle. C'est ma maison. Je n'avais pas envie de partir, c'est tout.
Ils restèrent silencieux un moment. Terra but une gorgée brulante de son chocolat qui lui donna les larmes aux yeux. Il reposa sa tasse sur la table et s'éclaircit la gorge.
– Tu me manques aussi, tu sais, dit-il à voix basse.
– J'en étais sûre, plaisanta-t-elle.
Elle croisa les jambes et perdit son sourire. Elle posa une main sur l'épaule de Terra et lui demanda d'un air inquiet :
– Tu es sûr que tout va bien ?
– J'en sais rien, répondit-il. J'en sais vraiment rien.
– Que s'est-il passé ? l'interrogea-t-elle d'une voix douce.
– Oh, pas grand chose. Rien d'important.
Il passa une main dans ses cheveux, puis attrapa les tasses et les emmena dans la cuisine d'un pas pressé. Il déposa la vaisselle dans l'évier avec un grand bruit. Puis, n'y tenant plus, il retourna dans le salon et apostropha Aqua :
– T'étais au courant pour Ven et Vanitas ?
– Bien sûr, tout le monde est au courant. Pourquoi ?
Il s'assit et croisa les bras.
– Non, pas tout le monde. Pas moi.
– Ah bon ? s'exclama-t-elle d'un air étonné. Je pensais que l'info aurait tourné, pourtant.
– Manifestement elle n'est pas arrivée jusqu'à moi ! Je comprends pas, pourquoi il ne m'a rien dit ?
Sentant qu'il commençait à s'emporter légèrement, Aqua lui demanda :
– C'est ça ton problème, en fait ?
– C'est pas... C'est juste que... J'en reviens pas qu'il m'ait ignoré comme ça. Qu'il ait pu mettre tout le monde au courant, sauf moi. Pourquoi ? On est quand même proches, non, on est amis ! Enfin, je croyais.
– Oh, Terra, ne prends pas la mouche pour ça... Il devait avoir peur de te l'avouer, c'est tout.
– Mais pourquoi ?
– Faire son coming out n'est pas aussi facile qu'il n'y paraît.
– Son coming out ?
Oh, c'est vrai. Il n'y avait pas pensé exactement comme ça.
Il commença à vaguement culpabiliser puis se rappela que son coming out, il l'avait quand même fait devant toute la population. Ça ne devait pas être si terrible.
– Admettons, dit-il. Mais il l'a quand même fait auprès de tout le monde. Pourquoi pas moi ? Je ne comprends pas. Vraiment pas. Je lui fais peur ? Je... quoi, c'est quoi, son problème, avec moi ?
– Il n'a aucun problème avec toi, Terra, c'est ce que j'essaie de t'expliquer, soupira Aqua. Il ne te l'a pas dit parce qu'il avait peur du regard que tu allais porter sur lui. Tu as toujours été un peu protecteur, avec lui, n'est-ce pas ? Il a dû penser que tu allais t'énerver ou lui faire la morale, peut-être. Il sait bien que tu ne portes pas Vanitas dans ton cœur.
– C'est le moins qu'on puisse dire, marmonna-t-il.
– Et je suis sûre que tu t'es vraiment énervé, en l'apprenant, reprit-elle avec un air entendu.
– Non !
– Menteur.
– Bon, peut-être, et alors ?
– Alors ne t'étonnes pas, c'est tout.
Elle lui sourit.
– Mais, attends, Vanitas quoi ! Pourquoi Vanitas ? s'exclama-t-il.
– Pourquoi pas ?
– Il est horrible ! Il est moche, il est con, il est méchant, il est sadique, il a rien pour lui, ce mec est affreux. Qui pourrait l'aimer, franchement ? Ça doit être une blague !
– Il est pas si con que ça et, contrairement à ce que tu sembles croire, il a un bon fond. Je n'ai pas de mal à imaginer ce qui a attiré Ven. En plus, il est riche. Et sexy.
– Sexy ?
– Tu ne trouves pas ?
– Non !
Terra prit un air affligé. Aqua trouvait Vanitas sexy ? Sérieusement ? Mais qu'est-ce qu'on leur avait donné, à ces gens-là ? Terra secoua la tête et chercha dans la foule d'autres arguments qui s'offraient à lui.
– Et puis ils se détestaient, Aqua, dit-il. Tu le sais bien, tu les as vu ! Vanitas a toujours parlé de Ven comme d'une sous-merde, il l'a toujours maltraité, il a été vraiment sale avec lui.
– Il faut croire que ça ne dérangeait pas tant Ven que ça.
– Il l'a enfermé dans une armoire en sachant qu'il était claustro !
– Bon, j'avoue que là ça avait été un peu loin, mais...
– C'est un enfoiré profond, et on changera jamais ça. Je peux pas croire que Ven soit... soit... tu sais...
– Amoureux de lui ?
– Voilà !
– Qu'est-ce que tu veux. Il y en a qui aiment avoir mal.
– Arrête de me faire flipper.
– Et puis, ils étaient amis, quand ils étaient enfants, non ?
– J'étais aussi ami avec un tas de gens quand j'étais petit, et alors ? (Aqua ne releva pas le mensonge et le laissa continuer.) Quel rapport ? Aucun !
– Mais pourquoi ça t'énerve à ce point ?
– Parce que, je sais pas, ça me choque, ça m'énerve, ça m'angoisse, ça me... Ils se sont embrassés juste devant moi ! Ici ! Dans ce salon !
– Ah bon ? Quand ça ?
– Tout à l'heure !
– Ah... d'accord. Écoute-moi, Terra. Vanitas n'est pas aussi terrible qu'il en a l'air. C'est quelqu'un de bien, dans le fond, j'en suis certaine.
– C'est ça.
– Tu n'as jamais essayé de le connaître. Je le connais bien, tu sais. Il me parle. Il me dit des choses. C'est aussi un être humain, comme toi et moi, et oui, il peut être gentil et très prévenant quand il le veut bien. Mais le problème ne vient pas de là, pas vrai ? Le problème, ce n'est pas Vanitas. Tu l'utilises juste comme moyen de faire passer ta colère.
– Qu'est-ce que tu racontes ?
– Arrête, Terra.
– Quoi ?
– C'est plus la peine de me mentir ou de te cacher. Je te connais, tu sais ? Mieux que tu ne le penses. Tu as peur de perdre l'affection que Ven a pour toi.
– Ça n'a rien à voir.
– Regarde-moi dans les yeux, s'il te plaît, et dis-moi si je me trompe.
Elle se mit face à lui et l'attrapa par les épaules pour un face à face décisif.
– Tes sentiments pour Ven vont au delà de la simple amitié, n'est-ce pas ? Tu es jaloux de Vanitas. C'est ça ?
Terra ferma les yeux et, contre toute attente, se mit à sourire.
– Depuis quand tu le sais ? demanda-t-il.
Aqua le lâche et soupira.
– J'avais juste quelques doutes. J'ai toujours su qu'il y avait un lien spécial entre vous. Qui allait peut-être plus loin que l'amitié.
– Mmh.
– Terra... Je suis désolée.
– Bah, c'est la vie.
– Ça va s'arranger.
Il se leva et s'étira. Puis, il se tourna vers sa sœur avec un air dur. Mû par une inspiration soudaine, il déclara :
– J'espère que tu as raison, Aqua, je l'espère vraiment. Je n'ai pas confiance en Vanitas, mais si tu me dis que tu crois en lui, très bien, je passerai outre. Néanmoins, si Vanitas fait la moindre connerie, s'il ose faire quoi que ce soit à Ven, il le regrettera. Si ça arrive, je serai là. Et promis, sur ma vie, je ne le laisserai pas faire.
Merci pour votre lecture !
Boon. Il y a des chances que ce chapitre soit le dernier que vous voyiez avant les froides nuit d'hiver. J'entends par là, le mois de janvier voire février.
Pourquoi ? me demanderez vous judicieusement. Parce que le premier novembre commence le NaNo et que je ne vais pas écrire ETH (oooh !). Parce qu'en décembre commence le blocus (qui, pour les non-initiés, est une période de dépression intense - haha - appelée aussi période d'étude intense - c'est pareil - qui se passe juste avant les examens. Ca veut dire que j'ai pas cours, mais que j'étudie à mort, et que je me mets en mode no-ordi-no-vie-sociale-bonbons-chocolats chauds-chips-autres horreurs. Peu de chances que j'écrive, donc ; à moins que je me fasse de l'énorme procrastination. Mais de toute façon, comme c'est après le nano, il y a de fortes chances que j'ai plus la moindre envie d'ouvrir OpenO pour trois grosses semaines, haha. Bref.) Parce qu'en janvier arrive la période la plus glorieuse de l'année avec juin : les examens ! Ils durent trois semaines, et là il est sûr que je n'écrirai rien. Ensuite, une bonne semaine de dodo-vidage de cerveau, et la reprise des cours. Le temps que j'écrive le chapitre, février. Je vais mourir. Hahahaha !
Ceci dit, me connaissant, on est jamais à l'abri d'une "haaan j'ai envie d'écrire" de base. Et comme j'ai repris la fanfiction, il est pas dit que je posterai plus rien \o.
(Et pour ceux qui lisent Dissidence, je continuerai à poster, vu que je suis à l'avance, hihi.)
Bref, kusjes les gens, et à la prochaine ! :D
Et n'oubliez pas qu'une review fait mon plus grand bonheur, même si elle ne contient que quatre mots. Merci beaucoup !
