Disclaimer : Square Enix/BUENA VISTAAAAAA Games.

... PARDON. J'étais kidnappée par un gang de nains jaunes, et je viens de m'échapper ;;. Je n'aurais pas cru qu'ils me garderaient tant de mois. Quel désastre.

Merci pour vos reviews, vous êtres géniaux :3. Et plus sérieusement, je suis déééésoléééééée du temps que ce chapitre a pris pour arriver. J'ai eu tellement de mal avec que j'ai cru qu'il ne sortirait jamais /o/. Bref. Bonne lecture. :3


Naminé et Lea étaient en train de se chamailler, comme à leur habitude, quand ils furent interrompus par l'arrivée impromptue d'un duo de mystérieux inconnus qui s'avançaient vers eux en discutant vaguement. Il leur apparut cependant, lorsque la distance leur permit de détailler un peu mieux leurs visages, qu'ils n'avaient rien d'inconnus, du moins pour Naminé ; le second personnage, lui, restait une énigme pour Lea qui ne se souvenait pas l'avoir jamais aperçu de sa vie.

La jeune fille ne put s'empêcher d'afficher un sourire d'étonnement ravi lorsqu'elle se rendit compte qu'elle ne rêvait pas, et qu'il s'agissait bien de Riku, l'éternel solitaire, accompagné d'Isa. Elle s'approcha d'eux et les salua chacun à leur tour avant de s'exclamer :

– Eh bien, voilà qui est inattendu !

Riku haussa les épaules tandis qu'Isa répondait :

– Il a dit qu'il voulait venir te parler, donc...

– Je ne savais pas que vous vous connaissiez.

– On s'est rencontré à, euh... enfin voilà, expliqua Isa avec une parfaite clarté.

– Je vois, assura-t-elle avec un clin d'œil.

Riku ne fit pas le moindre commentaire et se tourna vers Lea avec un regard inquisiteur.

Décidément, devait-il penser, Naminé avait de drôles de fréquentations. Celui-là n'était pas beaucoup mieux qu'Isa, à première vue ; une coupe tout aussi improbable, un look tout aussi affreux. Seulement, celui-là avait une couleur de cheveux qui avait l'air à peu près normale, même si elle hurlait à la face du monde le vide sidéral qui habitait la tête sur laquelle la tignasse poussait.

Encore un sans-âme. Comme si Axel ne suffisait pas. Il se détourna avec un regard blasé qui suscita chez Lea une expression indignée.

– Non mais ça va ou quoi ? s'exclama-t-il.

Isa et Naminé se tournèrent vers lui sans comprendre. Il balaya leur question muette d'un geste, s'éclaircit la gorge et, avec un regard haineux envers cet inconnu aux longs cheveux gris – quelle horreur, d'ailleurs, qui oserait garder un fils avec une coupe pareille ? N'y avait-il personne pour sauver le style ? – dit avec une froideur certaine :

– Euh, il me semble qu'on n'a pas été présenté...

Naminé se frappa le front dans un geste des plus dramatique.

– C'est vrai, dit-elle, j'avais oublié que t'avais tellement pas l'habitude de voir des gens autres qu'Isa que tu savais même plus te présenter tout seul.

Isa étouffa un rire et même l'autre blasé sembla avoir une expression proche de la moquerie. Lea ne put retenir les rougeurs qui menaçaient de peindre ses joues. Naminé se chargea des présentations.

– Alors, voici Riku, commença-t-elle en désignant le rat, c'est un ami d'enfance. Et Riku, eux c'est Isa et Lea, des amis rencontrés récemment pendant que toi et les autres passiez votre temps à vous taper dessus ou à avoir des « accidents ».

Riku jaugea Lea à nouveau et pinça les lèvres, signe d'un profond dégoût que je ne peux que comprendre, tout en ignorant avec dignité la remarque de la jeune fille.

– J'ai pas tout pigé, là, commenta Isa.

– Rien d'important, marmonna Riku.

– C'est une très longue histoire, soupira Naminé. C'est marrant que vous vous soyez rencontrés, tous les deux, en tout cas. Riku ne s'entend avec personne, mais d'une certaine façon, j'étais sûre que ça pourrait coller entre vous.

Tous les deux échangèrent un regard.

– Tu as une drôle de manière de penser, dit Lea.

Naminé ne lui répondit que par un bref sourire et se tourna vers Riku qui dévisageait toujours Lea avec aversion (il avait de bien étranges passe-temps). Une expression proche de celle qu'il aurait eue en regardant la terre entière ; rien de bien extraordinaire, en soi, mais avec une lueur subtile dans le regard qui ne présageait rien de particulièrement bon. L'intéressé semblait l'avoir saisi et le lui rendait bien. De leur côté, les deux autres, d'une inutilité aberrante lorsqu'il s'agissait d'analyser les comportements produits par deux inconnus lors de leur première rencontre effective, regardaient le ciel en marmonnant quelques « Il fait un peu froid, non ? » ou observaient leurs ongles en pensant Dieu seul savait quoi, soupirant un peu lorsque le manque de sujet de conversation commença à se faire sentir. Sans une seule seconde s'étonner du comportement de Riku, Naminé lui lança un regard inquisiteur en attendant qu'il entame lui-même une discussion. Il était après tout normal que Riku déteste les nouveaux-venus. Rien de plus ordinaire.

– Sinon, Riku, de quoi voulais-tu me parler ? l'apostropha-t-elle lorsque le temps lui sembla un peu trop long.

Celui-ci détacha son regard haineux du roux et répondit avec toute la prestance dont il était capable :

– Je ne sais plus.

La jeune fille soupira et se gratta nonchalamment le coude, ce qui devait certainement être un code en langage corporel dont personne ne semblait comprendre la signification.

– Ça ne devait pas être important, j'imagine...

– Non.

Elle haussa les épaules. Était-ce le destin qui avait envoyé cette envie de discuter à Riku pour que ces quatre-là se rencontrent ? Il lui sembla que le sort devenait de plus en plus plaisantin, ces derniers temps.

– Bon, très bien, tant pis. On comptait aller manger quelque part. Tu veux venir ? Maintenant que t'es là...

– À trois heures de l'après-midi ?

– De toute évidence, sourit-elle.

– C'est stupide.

– Je dois prendre ça pour un non ?

– Ça dépend. Vous allez où ?

Elle échangea un regard avec Lea qui lui signifia son total désintérêt pour la réponse.

– Au snack de l'Ouest. Un petit truc pas cher. Je suis pauvre.

Il réfléchit un instant, ne parut pas trouver d'objections et répondit :

– Mouais.

– Tu viens alors ?

Riku haussa les épaules et elle interpréta ce geste comme un « pourquoi pas ».

Alors qu'ils s'apprêtaient à partir pour de nouvelles aventures gastronomiques, Isa marqua une légère hésitation qui n'échappa pas à l'œil d'aigle de Naminé, qui possédait un don d'observatrice hautement développé quand elle le voulait bien. Elle se tourna vers lui d'un air vaguement interrogateur.

– Un problème ?

Ah, des problèmes, il en avait des tas, comme tous les pauvres adolescents dont la vie est laide, vide et stérile, pleine de chagrins et autres disputes, de parents méchants et d'injustices innombrables. Il dégagea d'un coup de cerveau cette réponse lamentable et haussa les épaules en reprenant l'air plus ou moins apathique qu'il savait très bien faire lorsqu'il ne savait trop quelle expression afficher.

– Pas vraiment. Je me disais juste que je ne devrais pas trop tarder. Ma mère m'attend pour quatre heures.

– Oh, d'accord. On y va, alors. On se dépêchera.

Il hocha la tête et la petite troupe partit enfin vers son snack sain et léger préféré.

Il se trouvait non loin de là, juste de quoi permettre à Lea de faire quelques blagues bien ajustées qu'il avait confectionnées personnellement pour son meilleur ami, blagues qui ne faisaient pas l'unanimité à en juger par les soupirs appuyés de Riku qui souhaitait manifestement faire part de son avis au monde entier. Naminé, elle, ignorait tout ce bruit inutile en pensant « les mecs sont tellement stupides » et en leur lançant de temps à autres un regard légèrement condescendant qu'ils ne prenaient absolument pas au sérieux.

Après tout, elle avait bien l'habitude de la bêtise humaine, pour avoir fréquenté quelques cas profondément atteints. Elle n'en était pas à ça près.

Lorsqu'ils arrivèrent sur place, après moult discussions animées, il fut voté à l'unanimité que c'était à Lea d'aller prendre la commande pendant que les trois autres se la coulaient douce, assis sur des chaises aux couleurs criardes et discutaillant de sujets plus intéressants les uns que les autres. Cela ne se fit pas sans quelques grommellement de la part du rouquin ; néanmoins, il ne tarda pas à comprendre qu'il était loin d'avoir l'avantage, Naminé et Isa ne perdant pas une occasion de l'embêter un peu et le jeune homme aux cheveux couleur Artemisia Stelleriana (il devient de plus en plus difficile de trouver des comparaisons correctes) ayant bien envie de déverser sa haine en l'enfonçant un peu plus. C'est pourquoi il s'éloigna un peu du groupe et en détacha son attention pour la porter sur un homme à la carrure respectable, aux cheveux un peu gras et aux joues rouges et rondes. Il se mit soudain à douter des conditions sanitaires du snack, puis passa outre : de toute façon, vu ce qu'il allait manger, il était bien futile de s'inquiéter du nombre de jour qui s'étaient écoulés depuis sa dernière douche.

Il passa quelques longues minutes à attendre en tapant du pied et en maugréant que le serveur finisse sa préparation, et lorsqu'enfin il attrapa le plateau de la victoire, il retourna d'un pas peu assuré vers la seule table occupée de la petite salle (il n'est jamais très facile de tenir en équilibre lorsqu'on a un lourd plateau en main, surtout quand il semble badigeonné de vieux gras).

Il ne put s'empêcher de pousser une exclamation outrée quand il remarqua que seules deux personnes étaient encore installée. Naminé l'aida à poser le plateau avec un sourire tandis que Riku les regardait faire, fidèle à lui-même. Lea fronça fortement les sourcils pour marquer son mécontentement.

– Où est Isa ? demanda-t-il à son amie.

– Parti, dit-elle. On mange ? J'ai faim.

Il haussa les sourcils devant la concision de la réponse.

– Comment ça, « parti » ?

Les deux autres avaient déjà commencé à se servir et mangeaient avec toute la propreté que leur permettait leur hamburger sur-garni. Lea poussa un soupir exaspéré.

– Quelqu'un pour me répondre, s'il vous plaît ? J'aimerais savoir si Isa s'est fait dévoré par une bouche de l'Enfer ou pas.

Naminé reposa son met gastronomique.

– Il avait peur d'être en retard, alors il est rentré chez lui. Maintenant assis et mange. Tiens, d'ailleurs, n'hésite pas à manger la commande d'Isa, tant que tu y es. Tu mérites bien un peu de graillon en plus.

Il voulut répliquer mais un regard dissuasif de Naminé le fit taire. Sans un mot, il s'assit et s'attaqua à une frite tout en essayant d'ignorer le regard vaguement moqueur de Riku (qui, décidément, commençait à franchement augmenter sa palette d'expressions faciales.)

Pourquoi diable Isa devait-il l'abandonner dans pareil moment ? N'avait-il pas senti l'urgence ? Le malaise ambiant ? Quel faux ami. N'importe qui aurait remarqué qu'il laissait l'agneau dans la cage aux lions – mais manifestement, il ne valait mieux pas trop lui en demander (et de toute façon, même s'il s'en était rendu compte, nous savons tous très bien qu'il n'y avait aucune chance pour qu'Isa ait été sauver Lea, soyons francs.)

Je vous ferais bien l'honneur de vous décrire chaque ingestion de frite, mais le temps me manque – et ailleurs, plus loin dans cette même ville, l'urgence d'un suspense toujours en cours m'appelle.

x x x

Où en étions-nous ? Ah, oui, certes, bien.

Sora, donc, semblait en panique devant une chose mystérieuse qui s'avançait vers lui.

Quelle était-elle ? Quel mystère se cache encore là-dessous ? Vanitas, Ventus et Axel se posaient tous trois la même question – et, lorsque l'origine du problème fut assez proche pour qu'ils puissent eux aussi être un peu au courant (il fallait croire que la vue de Sora était bien plus développée que la leur), il y eut un échange de regard, et tous se préparèrent à la plus grande catastrophe qu'ils n'avaient jamais connus.

– Malheur, murmura Ven, l'air effaré.

– Quand je pense que Xion parlait de quatrième guerre mondiale tout à l'heure. Elle ne devait pas avoir imaginé ce scénario, dit Vanitas, l'air contrarié.

– La prophétie ne mentait pas, l'apocalypse est en marche, continua Axel, l'air... l'air, quoi.

Sora restait quant à lui silencieux, parfaitement immobile, comme en proie au plus grand traumatisme de son existence. Il ne bougea pas lorsque, par malheur, la cause de son trouble remarqua sa présence. Il ne bougea pas lorsqu'elle s'avança vers lui, l'air un tiers enthousiaste, un tiers écœuré et un tiers « qui sont ces personnes, encore ? ». Il ne bougea pas lorsque imperceptiblement, Axel s'était avancé dans un instinct protecteur (il avait beaucoup de choses à se faire pardonner.)

Naminé, accompagnée des deux mêmes garçons que quelques lignes plus haut, haussa un sourcil ébahi devant l'accueil plus que froid et l'attitude défensive de ses quatre amis. Elle avait la mémoire bien courte, parfois – c'est pourquoi elle ne mesura pas tout de suite l'erreur impitoyable qu'elle avait commise en emmenant Riku devant son éternelle victime (surtout depuis sa dernière tentative de meurtre ratée.)

Mais comment donc Naminé, Riku et Lea pouvaient-ils se trouver là alors qu'ils étaient encore il y a quelques secondes en train de manger gras dans un snack peu fréquenté ? En réalité, mes pauvres amis, je vous ai un peu déboussolés en faisant quelques voyages dans le temps sans vous prévenir – et j'en suis incroyablement désolé, vous pouvez me croire. Disons donc que, pour résumer, leur repas fini, les trois joyeux lurons (c'est une expression comme une autre) s'en étaient allés pour faire une petite promenade ou rentrer chez eux – c'était de toute façon sur le même chemin. Aucun d'eux n'aurait pu penser croiser les quatre autres sur leur route – surtout pas Lea qui ne les connaissait pas.

Bref, revenons à nos cochons (j'ai toujours eu une sorte de haine pour les moutons, et je refuse de comparer nos chers protagonistes à ce bétail sans cervelle.)

Naminé pencha la tête pour exprimer son désarroi (elle avait toujours eu une façon étrange de communiquer). Elle tenta une approche, mais fut bloquée par un mur de chair – et enfin, à force de réflexion intense, elle comprit en quoi la situation posait problème pour nombre des personnes présentes. Elle se tourna vers Riku, puis vers Sora, puis vers Riku, et à nouveau vers Sora, ouvrit la bouche sans rien dire et, enfin, offrit au brun son regard le plus désolé.

Riku, quant à lui, contemplait les quatre garçons avec un mépris certain – bien que, théoriquement, il n'avait rien à reprocher à Ventus, mais il sembla oublier ce léger détail. L'ambiance était fort tendue et personne n'osait entamer une discussion, de peur qu'elle tourne au plus sanglant des drames (ce qui était très probable.) Le seul être perdu dans la masse était Lea qui, une fois encore, se retrouvait dans une situation qu'il avait beaucoup de mal à comprendre et dont il ne connaissait d'ailleurs pas la moitié des protagonistes. Grâce à son grand sens de l'observation et à son tact légendaire, il se décida à s'éclaircir la gorge pour faire remarquer sa présence.

– Il se passe quoi, là ? demanda-t-il sans se douter que c'était parfaitement déplacé.

Six paires d'yeux se braquèrent sur lui en lançant des éclairs. Il comprit qu'il était préférable de se faire oublier et sembla devenir bien plus petit qu'auparavant.

– Qu'est-ce que tu fous ici ? lâcha sèchement Axel en faisant sursauter Sora qui ne s'était pas attendu à ce qu'il interpelle ainsi son ennemi mortel.

Ledit ennemi mortel resta impassible en soutenant le regard destructeur du vieux rouquin (nommons le comme ça en présence de Lea, pour ne pas nous perdre dans les dénomination par couleur de cheveux qui sont fort à la mode en ce moment.) Il laissa échapper un léger « tch » (qui est une façon japonaise de signifier son dédain, d'après ce qu'il pensait) et esquissa un mouvement rotatif d'un quart de tour vers la droite, histoire de dire joliment qu'il s'apprêtait à faire demi-tour et à rebrousser chemin.

Cependant, Axel n'avait pas l'air de vouloir le laisser fuir ; après tout, tant qu'il pouvait en profiter, rien n'était meilleur qu'une petite engueulade avec un adversaire tel que lui. Ils avaient l'honneur de Sora entre les mains ; il était temps d'arranger cette histoire une bonne fois pour toute.

– Reste ici, grogna-t-il.

Riku arrêta son geste et toisa Axel un long moment.

– Je crois qu'on a besoin d'avoir une petite discussion avec toi, reprit ce dernier.

– En quel honneur ? répliqua Riku avec une merveilleuse hypocrisie.

Vanitas, les poings serrés, avança d'un pas pendant qu'Axel fulminait. Riku, interdit, le regarda s'avancer vers lui, la rage dans le regard. Ven tenta vainement de l'en empêcher, sans succès ; Naminé, de son côté, pliait et dépliait les doigts nerveusement, anxieuse à l'idée d'une bagarre qui semblait inéluctable.

C'était sans compter sur Sora qui, soudain réveillé, attrapa son bras au dernier moment. Vanitas se tourna vers lui.

– Laisse-moi le plaisir de lui éclater la gueule, gronda-t-il en puisant dans toute la finesse de son vocabulaire.

– C'est pas la peine.

Tous se tournèrent vers lui. Il haussa les épaules.

– C'est bon, dit-il. Allons-nous-en.

Tous prirent un air abasourdi.

– Non mais Sora, tu rigoles ? demanda Vanitas.

– Ça sert à rien.

Son cousin fit le plus beau facepalm qu'il ait été donné à l'humanité de voir, Axel ouvrit la bouche, éberlué, et même Ven, qui n'était pas très porté à la confrontation, leva les yeux au ciel.

– Ça sert à rien ? répéta Vanitas. Tu te fous de ma gueule ?

Une veine battait dangereusement à sa tempe, signe qu'il allait (à nouveau, décidément, ce n'était pas sa journée) se mettre en colère.

Il a failli te tuer !

Lea écarquilla les yeux. De quoi parlaient-ils ?

– Il a failli te tuer, tu fais le dépressif depuis des jours à cause de ça, tu nous casse les couilles à longueur de temps, tu vas chercher du réconfort dans les jupes de Ven (celui-ci pinça les lèvres en se promettant de lui faire regretter ses paroles), on se casse en mille pour que t'arrêtes de faire le con – tout ça à cause de ce sombre connard (il désigna Riku d'un index accusateur), et toi tu dis que ça sert à rien ? Tu te fous de ma gueule ou quoi ?!

– Je...

– Ta gueule, tu vas encore dire une connerie de toute façon. Puisque t'es incapable de prendre tes responsabilités, laisse-nous au moins faire comprendre à cet enfoiré qu'on est loin de cautionner ses actes.

Axel ne lui laissa pas le temps de répondre et s'avança vers Riku d'un pas décidé.

– Je répète, dit-il d'une voix menaçante. Qu'est-ce que tu fous ici ?

– Je me promenais.

– C'est ça, ouais. Tu te promenais comme par hasard dans le coin où on se trouve, et comme par hasard tu nous tombes dessus avec ta petite gueule d'imbécile. Ça t'a pas suffit, ton petit spectacle ? T'en veux encore, c'est ça, c'est pour ça que tu reviens faire chier Sora ?

Ce dernier éprouvait un certain malaise à voir qu'on le défendait sans lui demander son avis. Il n'avait néanmoins pas le cœur à intervenir ; il fallait bien l'avouer, il serait bien heureux que Riku paie pour ses actes, et il n'était pas tout à fait mécontent de ne pas avoir de rôle à y jouer. Il ne se sentait pas le courage de l'affronter directement.

– C'est ça, répondit Riku d'une voix plate.

– Tu cherches la bagarre ?

Axel avait tendance à tout prendre comme une menace, lorsqu'il était d'humeur. Chacun le déplorait intérieurement – excepté Vanitas, qui espérait même que la bagarre ait bel et bien lieu.

– Les garçons, s'il vous plaît... soupira Naminé sans susciter la moindre réaction chez les garçons en question.

Le vieux rouquin se prit même à l'ignorer complètement tandis qu'il allait attraper avec délicatesse et sympathie le col du gentil Riku (étant le seul qui le dépassait de quelques centimètres, il pouvait bien se le permettre, et il se fit une joie de démontrer les talents de ses bras squelettiques).

Le grisâtre (appelons-le donc ainsi) resta de marbre, fidèle à lui même et à sa réputation d'homme de pierre (grise), et ne fit que regarder son agresseur avec son célèbre regard « ... ». Cela eut le don d'énerver Axel (ça aurait eu le don d'énerver tout le monde, si vous voulez mon avis), et il fut pris d'une soudaine envie de le secouer tel un prunier aux fruits mûrs – exception faite du manque de prunes (s'il vous plaît, je parle au sens littéral, vous me fatiguez) qui tombait des ramures inexistantes de Riku qui, d'ailleurs, n'était même pas un arbre, ce qui expliquait bien des choses.

– Si vous pouviez dire à votre animal de me lâcher, ça m'arrangerait, dit-il sans s'énerver le moins du monde, bien que son regard fût illuminé de haine et mépris (ce qui ne changeait pas vraiment du reste du temps.)

L'animal comprit au regard que lui lança Naminé, qui avait abandonné l'idée de communiquer avec des mots, qu'il valait mieux pour lui qu'il s'éloigne quelque peu de sa cible s'il voulait que la scène ne se transforme pas soudainement en décor d'homicide volontaire.

Il lâcha Riku qui, d'un geste, réajusta son col avec la classe d'un parrain de la mafia, tout en le regardant s'éloigner sans un mot.

L'instinct d'arbitre choisie par le destin s'imposa à Naminé sans qu'elle ne s'y attende le moins du monde ; d'un coup et d'un seul, elle décida qu'il était temps que quelqu'un mette fin à cette situation et contrôle un peu les garnements qui, après tout, n'avaient pas extraordinairement grandi depuis leur prime enfance. Elle se plaça entre Riku et le reste du monde (excepté Lea qui suivait de loin la conversation en tirant des conclusions plus farfelues les unes que les autres, qui impliquaient de sombres affaires de complot Alien, de deal de drogue ou de trafic de cadavre) et leva les mains en signe de paix, en priant pour que tous soient assez malins pour comprendre ce que ça signifiait.

– Calme, les enfants, calme, dit-elle d'une voix qui se voulait rassurante (mais qui paraissait surtout stupide ; un peu comme la voix que les infirmières prennent pour parler aux vieillards en pensant les calmer et sans se douter une seconde qu'elles ne font que détruire leur fierté de sages). On ne va pas en venir aux mains, et on va en discuter cal-me-ment (elle insista fortement sur ce dernier mot en lançant un regard lourd de sens à Axel – mieux valait parler lentement quand on parlait à cette chose-là). On ne voudrait pas qu'il y ait de blessés, n'est-ce pas ?

Tous pensaient très fortement « SI » mais, par crainte de la réaction de Naminé qui pouvait devenir très effrayante quand elle se laissait un peu aller, il restèrent d'un silence de messe d'enterrement. Elle eut un petit sourire satisfait et s'avança vers Axel, les mains sur les hanches (elle prenait son rôle très au sérieux.)

– La violence, c'est très mal, vous savez ? Vous avez aussi une bouche pour com-mu-ni-quer, il faut l'utiliser. Pas pour mordre, hein, pour communiquer. Parler, discuter, tout ça. Allez, assis.

Personne ne lui obéit, à l'exception de Lea qui prenait ses paroles très au sérieux. Le sourire de Naminé s'agrandit et ses yeux prirent soudain une allure démoniaque – elle les intima à obéir d'un geste et tous s'assirent sur le vieux muret qu'ils n'avaient pas quitté, à l'exception de Riku qui, et c'était tout à fait légitime pour une fois, refusait de partager le réceptacle de son arrière train avec quelques personnes qui partageaient manifestement l'envie de le tuer.

– Riku, ASSIS !

Avec un soupir quasiment imperceptible à l'oreille, il décida de prendre place au sol. Naminé lui tapota la tête d'un air satisfait.

– Bien, bien, dit-elle. Il est temps de s'expliquer gentiment. Commençons par toi, Axel. Pourquoi exprimes-tu cette envie de tabasser Riku ici présent ?

Il leva les yeux au ciel. Un regard de Naminé le convainquit de répondre.

– Il a essayé de tuer Sora !

– Mmh, mmh, oui, commenta-t-elle. Ta réaction est compréhensible. Oui.

Il y eut un long silence pendant lequel elle regarda chacune des personne présente avec un soupir. Elle se tourna ensuite vers Riku.

– Pourquoi as-tu essayé de tuer Sora, Riku ?

– Je n'ai pas essayé de le tuer, dit-il.

Axel et Vanitas se levèrent en même temps d'un bond parfaitement maîtrisé.

– Tu te fous de ma gueule ?

– C'est une blague !

– Mensonge !

– Diffamation !

– Fable !

– C'est honteux !

– En prison !

– Au bûcher !

– Qu'on le pende !

– C'est...

Naminé souffla comme un taureau prêt à charger, s'avança vers eux d'un pas décidé et, d'un coup de pied bien ajusté, les força à se rasseoir sans écouter les bruyantes manifestations de leur douleur.

– Taisez-vous, marmonna-t-elle. Riku, tu ne vas quand même pas nier le fait que Sora a bien failli s'éclater violemment au sol de votre cher lycée, n'est-ce pas ?

– Je n'ai fait que discuter avec lui. Il est tombé. C'est tout.

– Et le sujet de cette discussion ?

– La mauvaise blague qu'il m'avait fait avant ça.

– Une vendetta, donc ?

– Je parlerais plutôt de douce vengeance.

– Je vois. Mais il me reste une question. Si le meurtre de Sora n'était pas volontaire (elle semblait avoir soudainement oublié qu'il avait survécu de justesse), pourquoi alors ne pas l'avoir aidé quand il pendait au toit ? Je sais que vous ne vous vous entendez pas très bien, mais je ne te crois pas sans cœur au point de laisser mourir un enfant innocent.

– Il est si petit, soupira Riku. On ne peut pas me reprocher de ne pas l'avoir vu.

Un silence de mort accueillit ses paroles. Il haussa les épaules. Naminé considéra sa réponse en se tapotant le menton.

– J'imagine que c'est une explication, déclara-t-elle.

– Mmh, commença Ven, je ne suis pas certain que...

Sora lui signifia qu'il n'était pas la peine de discuter, et il se tut. Vanitas et Axel, eux, fulminaient et semblaient prêts à faire éclater leur rage à tout instant – ils étaient néanmoins assez malins pour savoir que cela ne leur servirait à rien et que s'ils souhaitaient se venger de Riku, ils auraient tout le loisir de le faire une fois Naminé au loin.

Cette dernière semblait parfaitement heureuse de la situation et murmura un « bien ! » d'une voix joyeuse.

– Maintenant, dit-elle, on va conclure cette histoire et tout le monde repartira de son côté, la paix à l'âme et l'amour au cœur ! Donc, Riku, tu vas présenter tes excuses...

– Il a intérêt à les faire à genoux et en pleurant s'il veut que ça fasse de l'effet, marmonna Vanitas entre ses dents.

– ... et ensuite vous rentrerez chez vous et réfléchirez à tout ça tranquillement ! Compris ?

Pas de réaction. Elle prit ça comme une confirmation et encouragea Riku d'un geste.

Celui-ci grinçait des dents et se retenait fortement de ne pas vomir une flopée d'injures de son crû. Cependant, désireux d'écourter la scène qui devenait de plus en plus ridicule à ses yeux, il se leva, avança d'un pas vers Sora, le regarda droit dans les yeux et marmonna un très vague :

– M'excuse.

Leurs regards se confrontèrent un long moment et l'assistance retint son souffle. Ven entreprit de graver la scène dans sa mémoire pour pouvoir la ressortir de temps en temps en tant que « ce jour incroyable où Riku a écrasé sa fierté » durant les longues soirées d'hiver en compagnie de Xion et Roxas. Naminé tapa du pied avec impatience. Enfin, Sora laissa échapper un bref soupir et haussa les épaules.

Riku décida que cette réaction était suffisante et, les lèvres pincées, se promit que tout cela ne resterait pas impuni en tournant brusquement les talons. Dans le plus profond silence, il s'éloigna, et tous le suivirent des yeux sans échanger le moindre commentaire.

Lorsqu'il eut disparu de l'horizon, Lea eut la bonté de briser le silence.

– Eh bah, dit-il, c'était encore plus épique que toutes les scènes que j'ai pu vivre avec Isa.

– Vous voyez, c'était pas si difficile, dit Naminé d'une voix joyeuse.

Vanitas, Ven et Axel échangèrent un regard – alternativement, bien sûr, il était relativement difficile d'échanger un regard à trois.

– Super, grommela Vanitas.

– Quelle journée, soupira Axel.

– Si tu savais à quel point tu as raison, commenta Ven.

Sora, lui, restait silencieux. Il regardait ses genoux, l'air perdu dans ses pensées. Personne n'y prêta plus attention ; à vrai dire, les regards s'étaient tournés vers le jeune rouquin qui, après tout, n'avait absolument rien à faire là.

– Qu'est-ce que vous faites tous là, sinon ? demanda Naminé qui, contrairement à ce qu'elle avait semblé dire quelques minutes plus tôt, n'avait aucunement l'intention de rentrer chez elle.

Vanitas passa une main dans sa nuque en réfléchissant à la meilleure manière de répondre.

– Longue histoire, répondit-il, ce qui était une manière fort intéressante de répondre lorsqu'on avait la flemme de développer.

– Ça fait bizarre de vous voir ensemble, en tout cas, l'ignora-t-elle. Toi et Ven, j'entends.

– Hum, oui, commenta Ven qui ne savait pas trop comment répondre.

– C'est drôle, vous n'allez vraiment pas ensemble, continua-t-elle. Je veux dire, clairement, vous n'êtes pas du tout assortis.

Axel, qui ne manquait pas tout à fait de tact, retint un rire et se contenta d'un petit sourire sournois. Vanitas leva les yeux au ciel.

– C'est drôle, j'en ai rien à foutre, répliqua-t-il avec finesse et sympathie.

– Ne le prends pas mal, dit-elle, c'était une blague. Que ce garçon est susceptible !

– Je ne te le fais pas dire, commenta Ven à voix basse, ce qui lui attira un regard hautement irrité de la part de Vanitas.

– Bon, les interrompit Axel. Tout ça est bien sympathique mais, si c'était possible, est-ce que tu pourrais nous expliquer qui est cette mystérieuse personne qui espionne allègrement notre conversation depuis le début ?

Lea leva les mains en signe d'impuissance, comportement qui n'avait pas énormément de sens dans le cas présent.

– Oh, c'est vrai, dit Naminé comme si elle venait de se rendre compte de la présence du garçon. Je demanderai d'ailleurs un moment de silence pendant que deux membres d'une espèce en voie de disparition se rencontrent pour la première fois. Ils doivent être un peu intrigué – il va leur falloir du temps pour s'en remettre.

Un sourire apparut sur le visage de Vanitas.

– Naminé !

– Quoi ?

Il tendit le bras et elle lui tapa dans la main sous le regard désespéré d'Axel.

– C'est bon, s'impatienta-t-il, vous avez fini ?

Vanitas éclata de rire et Naminé se tourna vers le vieux rouquin, l'air désolé.

– C'est pas ma faute, c'est mes fréquentations. Mmh, sinon, lui, c'est Lea. On s'est rencontrés il y a peu.

Il y eut un lourd silence et Lea crut bon d'ajouter :

– Et pas la peine de faire de commentaire sur la coupe, le nom ou l'allure générale, je suis déjà au courant.

Tous se retinrent fortement de rire et hochèrent la tête, les lèvres bien fermées. Malheureusement, Lea n'était pas quelqu'un de chanceux par nature (bien que, comme le dit l'expression : « Roux poil sur la caboche évitera les anicroches », mais force était de constater qu'elle ne s'appliquait pas à lui) et une faiblesse de la part de Ven fit démarrer le plus gros fou-rire que le monde eût jamais hébergé.

Lea passa une main sur son front, soupira, et attendit que les minutes passent pour que le calme revienne. Il essaya tant bien que mal d'ignorer les moult remarques de la troupe et observa le décor en attendant que chacun reprenne son souffle.

Après un long moment, les esprits se calmèrent et l'ambiance retrouva un semblant de légèreté. Ven essuyait les larmes qui coulaient sur ses joues, Vanitas se tenait les abdominaux en se plaignant, Axel répétait inlassablement « Lea... pfrftfttfttrrrt... LEA... » et Naminé tentait de reprendre une respiration normale. Même Sora n'avait pas pu s'empêcher de rire – après tout, pour une fois qu'il n'était pas la victime de l'histoire, il n'allait pas se plaindre.

– Désolée, reprit Naminé, c'était plus fort que moi.

– Comme toujours, soupira Lea.

– En tout cas, Naminé, je vois que tu soignes toujours la manière dont tu choisis tes amis, dit Vanitas avec un sourire en coin.

– C'est sûr que quand on te regarde, on pourrait se poser des questions, répondit elle joyeusement.

– Un peu facile, celle-là.

– Sinon, Ven, il paraît que t'as fait ton coming-out chez Terra ?

L'intéressé fronça les sourcils.

– Comment tu peux être au courant de ça, c'était il y a moins de deux heures !

– Je sais tout. Alors ?

– Alors quoi ?

– Qu'est-ce qu'il a dit ? Je suis curieuse. Je ne le connais pas bien, mais j'en ai entendues de belles.

– J'aurais pu gérer la situation sans l'intervention inopinée de l'autre imbécile, soupira-t-il.

– Fais comme si t'étais pas content ! s'offusqua l'autre imbécile.

– T'as raison, Vanitas, je suis tellement heureux que tu sois venu ajouter ton grain de sable. Je ne vais plus jamais pouvoir regarder Terra ou Roxas en face, mais tout va bien.

– Tu vas pas mourir pour ça. C'est deux connards, de toute façon.

Ven décida qu'il était mieux de changer de sujet avant de partir sur terrain glissant. Il faillit se mettre à parler d'un sujet sérieux comme la recrudescence soudaine des publicités par téléphone lorsqu'il remarqua le regard du jeune rouquin qui se baladait de lui à Vanitas, désorienté. Il haussa les sourcils.

– Un problème ?

Il sembla émerger de ses pensées.

– Je... euh... moi ?

– Ça en a tout l'air.

– Non. Non, pas du tout. Je n'ai aucun problème. Aucun problème. Tout va bien.

– Mmh...

– Oui, cool, cool, génial. Super. Bon euh, à part ça, mmh, comment dire, je dois aller faire un tour... ailleurs.

Il s'éclipsa avant que quiconque pût lui répondre et bientôt les quelques personnages restants se retrouvèrent seuls. Vanitas lança un regard interrogateur à Naminé qui lui répondit d'un subtil mouvement de main qui semblait lui signifier de ne pas s'inquiéter plus de l'attitude du jeune rouquin qui, après tout, n'avait jamais été déclaré socialement apte.

Ils restèrent tous immobiles, en silence, en attendant qu'un nouveau sujet de conversation leur tombe sur la figure. Par malheur, rien ne vint ; Sora se leva alors, manifestement prêt à partir, et Axel esquissa un geste pour l'accompagner (pour une fois qu'il avait une conscience, il fallait bien qu'il en profite).

Il fut malheureusement arrêté par Naminé à la dernière seconde.

– Laisse, dit-elle, je vais le raccompagner. Ne faites pas de bêtises durant mon absence.

Elle leur adressa un clin d'œil puis s'en fut sans demander son reste.

Manifestement inspiré et plein d'espoir, Ven se tourna vers Axel en soupirant.

– Quelle journée, dit-il. Je vais devoir faire une cure de sommeil après tout ça.

Le roux ne lui répondit par rien d'autre qu'un vague coup d'œil (sa politesse comme sa soudaine âme humaine ayant brutalement disparu avec Sora) et se détourna pour lancer à Vanitas un regard excédé.

Celui-ci l'ignora et se fit soudain lointain, comme en pleine conversation avec son moi intérieur, ce qui ne présageait pas grand chose de bon étant donné la pauvre vertu dont il ce moi semblait affublé. Les minutes passèrent, silencieuses, lorsqu'enfin Ventus tenta à nouveau de faire la conversation (c'était un garçon fort têtu et courageux).

– Hum... euh...

Il n'avait manifestement pas pris le temps de rassembler ses pensées. Balayant d'un geste cette pitoyable introduction, il promena son regard au loin, l'air inquiet.

– Vous pensez qu'il ira bien ? demanda-t-il sans prendre la peine de donner plus d'indices quant à l'identité de ce « il » bien mystérieux.

– Sora ? répondit Vanitas (il lui arrivait d'être de temps en temps frappé par un éclair de lucidité). J'imagine.

– Il n'a pas l'air mieux qu'avant.

– Il a des phases. Ça lui passera.

– Mais...

Vanitas leva les yeux au ciel.

– Laisse tomber tout ça, d'accord ? On s'en occupe très bien tous seuls. Pas vrai Axel ?

Ce dernier n'eut qu'un vague hochement de tête. Ses pensées, loin de l'affaire Sora, étaient plutôt tournées vers ce roux étrange dont il avait fait la connaissance. Avait-il une âme, lui ? Sentait-il mauvais ? Tant de questions. Et il n'y avait qu'une seule façon de connaître la réponse.

– Arrête de t'inquiéter, Ventus, Sora est même pas l'ombre de ton pote. De toute façon on va lui refaire une santé mentale à notre façon, ce week-end. Ça va être bien.

– Il se passe quoi ce week-end ?

Axel sembla émerger un instant de ses questionnements métaphysiques et répondit :

– On part en voyage.

Il y eut un silence. Puis Ven fronça les sourcils (une action très bruyante, croyez-moi).

– Vous deux...? Vous partez en...

Il fut interrompu par un coup à la tête, gracieusement offert par Vanitas.

– T'es un peu con non ? dit ce dernier en secouant la tête de dépit.

– De quoi ?

– Tu pensais à quoi ?

– À rien ! J'allais juste...

– Au passage, je pars avec eux. Donc on est trois. Pas deux.

– Je vois...

Son visage démentait ses propos avec force plissements d'yeux perplexes.

– Et vous allez où ? reprit-il, puisque les explications ne semblaient pas vouloir venir d'elles-mêmes.

– À la plage, répondit Axel d'une voix lointaine.

– La plage ?

– La plage, oui, répéta Vanitas.

– Mais Sora est pas aquaphobe ? Quelque chose du style ?

– Mais non, soupira le rouquin. Il est ablutophobe.

– Ablu... quoi ? D'où tu connais des mots comme ça, toi ? l'interpela Vanitas (dont au passage je ne peux que comprendre l'étonnement).

– Je suis l'aîné, et j'en ai pas l'air, mais j'ai fait plus d'années d'étude que toi.

– Et à quel cours est-ce que t'as appris aplusophobe, exactement ?

– Ablutophobe, et laisse tomber mon lapin, c'est pas grave. Je ne voudrais pas que ton cerveau fonde sous le trop-plein d'information, donc je vais désormais n'utiliser que des mots communs et faciles à comprendre.

Vanitas lui adressa un geste dont sa mère n'aurait pas été fière (ces adolescents sont des êtres bien vulgaires) et se tourna vers Ven qui attendait toujours la réponse à sa question.

– Oui, il est apluto... apu-truc, quoi. Et alors ? Je te le dis, c'est un traitement psychiatrique dont il a besoin. On va commencer par ça.

– Tu comptes quand même pas le forcer à aller dans l'eau ?

– Il va pas en mourir, il prend bien des douches, non ?

– Certes... mais –

– Oh, tais-toi. Passons à autre chose.

– Tu vas vraiment aller à la plage ?

– Quelqu'un a trafiqué ton audition ?

– Mais on est en novembre...

– Et alors ? C'est mieux en novembre. C'est plus...

– Déprimant ?

– Calme. Arrête de chercher le vers dans le noyau de la nectarine, Ven. Laisse faire les pros, et cesse de discuter.

Ven haussa finalement les épaules, vaincu mais persuadé d'avoir raison (comme c'est souvent le cas, il nous faut bien l'avouer). Après un étirement satisfait (certaines personnes ont de drôles d'habitudes), Vanitas lui adressa un sourire qui lui fit des frissons dans le dos et se leva enfin.

– Bon, faudrait peut-être qu'on y aille, nous.

– Où ça ?

– Chez toi, abruti.

L'abruti en question cilla.

– Chez moi ? Pourquoi ?

– C'est pas ce que tu voulais hier encore ?

Ven réfléchit, puis hocha la tête.

– C'est vrai. Mais c'était avant que tu viennes casser les –

– Ok, on y va ? J'en ai marre de rester ici. Et il fait froid. Axel, je te propose pas de venir, tu sauras retrouver le chemin tout seul, pas vrai ?

Sans prendre la peine de faire ses adieux, Vanitas entraîna sa pauvre victime au loin et le rouquin resta seul, abandonné dans les ruelles sombres et dangereuses de sa ville natale (bien que des théories supputent que tous les roux viennent directement de l'enfer – mais assez parlé de ses cheveux, revenons à nos écrevisses) l'air hagard et désorienté, ne sachant plus que faire de sa vie.

Sans se faire prier, l'ennui était revenu, et Axel finit par errer dans les rues en attendant que quelque chose – un événement si possible extraordinaire – vienne le tirer de sa soudaine lassitude.

x x x

Les états d'âmes de roux ne nous intéressent nullement, mais il en va tout autrement de ceux des rousses !

Ailleurs, devant une maison mitoyenne de pauvre facture, une jeune demoiselle frappait contre une porte qui avait grand besoin d'être repeinte – mais là n'était pas la question, aussi se cantonna-t-elle à attendre une réponse et les pas précipités d'un membre de sa famille qui aurait eu la bonne idée de venir lui ouvrir.

Le silence resta total et, avec un soupir, elle sortit ses clés de son sac en éjectant au passage moult objets qui avaient la fâcheuse tendance à vouloir se faire la malle dès qu'elle avait le malheur de vouloir chercher quelque chose.

La porte grinça pour l'accueillir, et Kairi entra finalement chez elle. Qu'avait-elle été faire à l'extérieur après sa petite balade avec Naminé, nul ne le savait, et les quelques rares au courants gardaient le secret scellé au plus profond de leur âme ; moi-même n'évoquerai pas cette facette sombre de sa personnalité. Bref. Où en étions-nous ?

Kairi soupira et pesta intérieurement contre tous les membres de sa famille. Elle mit le chauffage en route, ne retira pas son manteau – il fallait toujours le garder pour les cas polaires comme son salon – puis se traîna jusqu'à sa chambre pour laisser tomber le sac. Il était hors de question qu'il soit à la portée de son frère, ou de n'importe qui d'autre, du reste. Certaines choses étaient faites pour rester secrètes et celle-là en faisait partie.

Après un quart d'heure d'attente où, couchée sur son lit, elle ne fit rien d'autre qu'observer un plafond sans grand intérêt, elle se risqua à s'aventurer jusque dans son salon où, enfin, la température était devenue humainement supportable. Elle jeta son manteau sur le premier dossier de chaise venu et s'effondra dans son divan.

Sa main glissa sur la télécommande sans qu'elle ne s'en rende compte et, avant qu'elle n'ait pu émettre la moindre objection, elle se retrouva à regarder d'un œil morne une quelconque série télévisée pleine de trahisons et de romances à l'eau de roses qui eurent tôt fait de griller ce qui lui restait de neurones actifs. Bercée par un dialogue passionné entre une dame d'âge mur et son jeune plombier (qui s'avérait en fait être le fils de son ancien amant, lui même maintenant marié à la cousine de sa fille, donc sa nièce, puisque son ex-femme avait récemment été admise à l'hôpital suite à un accident de la route – « accident » n'étant pas le bon mot, puisqu'il avait été parfaitement planifié par le professeur de Yoga d'une certaine jeune fille appelée Marguerite, que l'ex-femme du père du plombier de la dame d'âge mûr faisait chanter depuis qu'elle avait payé un homme à la barbe de trois jours et aux yeux sombres pour prendre des photos de la relation que celle-ci entretenait avec son professeur de physique quantique – bref, plombier dont la dame d'âge mûr aurait pu être la mère, si il n'y avait pas cette histoire étrange de stérilité qu'elle avait sorti à son mari des années plutôt, la laissant sans héritier ou héritière, ce qui était fort dommage étant donné qu'elle était à la tête de l'entreprise de mode la plus riche du pays – enfin, c'est ce qu'on avait coutume de dire, mais c'était avant la quasi-faillite causée par... passons, oui, vous avez raison) bercée, donc, Kairi finit par fermer les yeux et s'endormir en plongeant dans un sommeil dont les rêves n'eurent rien de réparateur.

Ses rêves n'avaient jamais été dignes d'intérêt (contrairement à ceux d'autres personnages, comme Riku, par exemple, ou encore Ventus, mais il vaut mieux que je taise ce que je sais pour l'instant) et elle s'en était rarement préoccupée depuis sa petite enfance ; en fait, il était rare qu'elle en garde un souvenir clair, et il lui arrivait de ne pas s'en souvenir du tout. Elle jalousait parfois les personnes capables de s'évader dans leur sommeil. Elle n'en n'avait jamais eu l'occasion, et Dieu seul (ainsi que ma personne) savait à quel point elle en avait besoin ces derniers-temps.

Ce n'était pas qu'elle se sentît particulièrement mal ; elle ne se sentait pas non plus étouffée de quelque façon que ce fût, moins encore enfermée comme beaucoup des enfants de son âge qu'elle fréquentait. Ses problèmes – si problèmes il y avait, car elle-même ne pouvait se résoudre à les appeler ainsi – étaient si stupides et insignifiants à la lumière de ceux des autres – Sora ou Riku, par exemple, voire même Naminé qui avait partagé ses inquiétudes avec elle dernièrement – qu'elle ne pouvait s'empêcher de les considérer avec mépris et honte, les blâmant pour leur présence alors qu'au fond, ils étaient plus qu'inutiles.

Cela faisait plusieurs jours qu'elle tentait de s'en persuader. Les choses comme ça passaient toutes seules, et les autres n'avaient pas besoin d'être dérangés pour des inquiétudes aussi futiles. Elle était convaincue en son for intérieur que de toute façon, ils ne seraient pas capables de l'aider mieux qu'elle ne s'aidait elle-même.

Après tout, quelle importance avaient ses petits soucis ordinaires ? Tout le monde avait ses problèmes, et tout le monde s'en occupait en silence. Certains en avaient des pires que d'autres – ceux-là avaient droit à la compassion. Mais Kairi savait, elle, que c'était encore loin d'être son cas – que, de toute façon, toutes les personnes qui auraient pu vouloir l'aider étaient déjà aux prises avec des situations bien pires que la sienne. Prendre de leur temps comme ça n'était-il pas une forme d'égoïsme ? Même si elle était certaine qu'ils la rassureraient sur ce point si elle venait à se confier à eux, elle-même n'aurait pas pu supporter la culpabilité qu'elle ne manquerait pas de ressentir.

Parce que la culpabilité, c'était un sentiment qu'elle connaissait mieux que personne.

Elle était là, au fond de son regard, marquée sur les traits de son visage, gravée dans sa façon de bouger, et elle lui sautait aux yeux à chaque fois qu'elle se laissait aller à s'observer dans un miroir. C'était insignifiant pour tous. Mais pas pour elle.

Elle savait que personne – presque personne – ne la jugeait pour ce qu'elle avait causé. Du moins, elle savait qu'ils ne la jugeaient pas devant elle. Mais combien d'entre eux pensaient secrètement à elle lorsqu'ils voyaient Sora et son air dévasté ? Combien ne pouvaient s'empêcher de penser que c'était elle la première qui l'avait poussé dans le vide, bien avant Riku ? Elle se savait cible des regards déçus. Des parents de Sora tout d'abord, qui refusaient d'admettre que leur fille avait également joué un rôle, refusant de voir toutes les causes extérieures, et qui n'affichaient plus qu'une profonde expression de dégoût lorsqu'ils étaient amenés à la croiser. Bien sûr, ils ne l'avaient jamais vraiment appréciée, mais elle n'avait jamais eu aussi peu envie de les rencontrer par hasard dans la rue ou ailleurs. C'était elle la cause de leurs malheurs, elle qui avait traîné Sora dans la boue, elle qui s'était servie de lui pour... pour quoi, au juste ? Elle n'était même pas capable d'imaginer ce qui leur passait par la tête.

Elle n'ignorait pas avoir joué un rôle. Son ventre se tordait à chaque fois qu'elle y pensait, et elle ne pouvait s'empêcher de sentir la culpabilité l'étrangler à chaque fois qu'elle croisait le regard de Sora. Elle savait qu'elle n'était pas la seule lui avoir fait du mal. Mais dans sa tête ne raisonnaient que les remontrances de tous ses amis, toutes les personnes qu'elle aimait, leurs regards en biais et les messes basses qui se déroulaient tout autour d'elle. Sa faute. Qu'importait les autres, après tout, c'était elle le problème principal. Le reste n'était que conséquences. C'était lorsque ses pensées en arrivaient là qu'elle se mettait à pleurer en silence, loin de tout témoin.

Ils ne fallait pas qu'ils sachent. Ils avaient déjà assez à lui reprocher sans ajouter la faiblesse à la liste.

Ne la détestaient-ils pas tous secrètement assez ?

Sora avait d'excellentes raisons de le faire et elle ne pouvait pas lui en vouloir. Les autres... à bien y réfléchir, eux aussi. Elle avait abandonné les amis qu'elle n'avait plus quitté depuis son enfance pour rejoindre ceux qu'elle avait détesté des années durant. Vanitas, Sora, Axel.

Naminé avait été plus proche de Sora qu'aucun d'entre eux, et même si ce n'était plus exactement le cas aujourd'hui, elle ne pardonnerait pas la trahison de Kairi. Ven n'avait pas de raison particulière de lui en vouloir mais, après tout, ne l'avait-elle pas malmené avec la complicité de son frère et de Vanitas ? Il avait en partie réglé le problème, mais certaines rancunes étaient tenaces, et l'acharnement dont elle avait fait preuve suffisait à la faire haïr de toutes ses victimes. Pour Xion, c'était un peu différent – elle n'avait jamais eu à subir que les quelques brimades de son frère, mais ce dernier veillait au grain, bien qu'il ait été incapable de l'admette. Cependant, Roxas était son meilleur ami, et Kairi s'était incrustée entre eux comme de la crasse entre deux meubles, impossible à ravoir. Xion avait trop de respect pour Roxas pour oser rien montrer de sa rancœur, mais Kairi en était persuadée, elle n'avait jamais été ravie de la voir s'approcher d'eux. Et, n'eut été la présence du garçon, elles n'auraient jamais été amies, sans doute. Peut-être qu'elle méritait le mépris de Xion aussi, finalement.

Et Axel ? Depuis combien de temps ne lui avait-elle plus adressé la parole ? Depuis combien de temps évitaient-ils de se croiser ? Ils s'ignoraient à chaque fois qu'ils leur arrivait de se trouver dans la même pièce par hasard. Axel se sentait trahi, Kairi également. Ils avaient partagé leur enfance ensemble, il lui avait tout appris, elle savait qu'elle lui devait bien plus que tout le monde ne se l'imaginait. Pourtant, elle détestait ce qu'il avait fait d'elle. Elle le détestait. Il avait voulu la transformer en sa copie conforme, et elle l'avait suivi, aveugle, pendant trop longtemps. Maintenant qu'elle s'était arrachée de tout ça, il lui en voulait, et la punissait d'une manière qui lui faisait plus de mal qu'elle ne voulait bien l'admettre. Le silence entre eux était devenu un mur, et elle était incapable de le franchir. Elle ne le voulait pas, de toute façon. Il ne le voulait pas non plus. Et dorénavant, celui qui avait été son frère n'était plus qu'un inconnu parmi d'autres. Un colocataire, peut-être. C'était tout.

Et il restait Roxas.

La détestait-il, lui aussi ? Chaque fois que la question jaillissait dans son esprit, elle se forçait à penser à autre chose. Elle ne voulait pas perdre la confiance qu'elle avait en lui. Elle ne voulait pas douter. Tant que les choses restaient ainsi, elle se maintiendrait à flot. Et sa paranoïa ne l'empêcherait pas de vivre.

Sans doute.

Ses yeux papillotèrent lorsqu'elle se réveilla. Elle n'avait pas eu conscience de s'être endormie. Elle ne se souvenait pas de son rêve, mais une boule lui restait au travers de la gorge.

Il lui fallut quelques secondes pour remarquer que la télé était éteinte, une des petites lampes de salon allumée et que quelqu'un avait ramené une couverture sur elle. Elle ramena cette dernière jusqu'à son menton. Les larmes lui montèrent aux yeux.

Axel était sans doute parti depuis un moment déjà.


Je ne vais pas essayer de dire quand sortira le prochain chapitre xD. Le plus vite possible, j'espère (même si je ne devrais plus avoir tant de mal, normalement. Tsss. C'est la faute de Lea, pour sûr.)

Merci beaucoup pour votre lecture ! À la prochaine, vous êtes cools. J'espère que ça vous aura quand même plu, haha /o/.