Coucou, je ne suis pas morte :3
Isa se gratta négligemment la tête, anxieux. Il avait frappé à la porte trois fois déjà, sans recevoir la moindre réponse il commençait à penser que la maison était vide, et qu'on l'avait bien roulé.
Il aurait fallu qu'il pense à arrêter d'écouter Naminé. Cette fille n'était décidément pas digne de confiance. Oh, il l'avait toujours su, mais au fond de lui subsistait cette lueur d'espoir inextinguible qu'il ne parvenait pas à ignorer.
Il sortit son téléphone de sa poche et lui envoya un SMS haineux. Il la voyait déjà rire machiavéliquement derrière son petit écran. Une vraie sorcière.
Alors qu'il s'apprêtait à tourner les talons, comme c'était toujours le cas dans ce genre de situation, la porte s'ouvrit tout grand et laissa apparaître une dame à l'air fatigué qui lui adressa un sourire poli..
– Bonjour, dit-elle. Je suppose que tu dois être Isa ?
Il hocha la tête. Elle le laissa entrer sans faire le moindre commentaire sur ses cheveux, chose plutôt rare. Il décida qu'elle était sympathique. Ce genre de personne manquait grandement en ville.
Il accrocha sa veste au porte manteau et inspecta le couloir. Le carrelage était d'une laideur exceptionnelle, mais le reste était plutôt passable. Il se demanda vaguement quel genre de personne habitait dans ce genre de maison, mais n'eut pas le temps d'inventer des hypothèses la femme l'envoya vers le salon.
– Elle est là-bas, dit-elle à voix basse, comme s'il ne fallait pas que la fillette l'entende. Elle joue avec ses peluches elle est calme, ce soir, alors évitez de l'énerver. Je reviendrai à vingt-deux heures. Bonne chance.
Il trouva ce dernier encouragement curieux et la salua avant d'entrer dans le salon.
Il ne savait pas qu'il venait de signer son arrêt de mort.
Olette, au fond d'un canapé, lui fit coucou de la main avec un sourire annonciateur de désespoir.
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Lorsque Roxas ouvrit les yeux ce matin là, un immense sourire s'était inscrit sur ses lèvres. Il se leva, s'étira, sourit aux alouettes et admira le soleil briller à travers sa fenêtre. Un bien beau week-end de novembre, comme il n'en avait plus connu depuis une bonne vingtaine d'année, sans la moindre once d'exagération. Il s'habilla en sifflotant, passa devant la chambre de son frère qui déprimait encore et se fit une tasse de thé en soupirant d'aise.
Cet état de béatitude totale dura jusqu'à ce que trois coups fermes furent portés contre sa porte. Convaincu que nul ne pourrait lui gâcher cette journée, il partit l'ouvrir en sautillant joyeusement.
Son sourire, cependant, s'amenuisa petit à petit jusqu'à disparaître totalement. Il resta immobile, incapable de réagir à la situation qui se présentait devant lui.
Il n'existe pas grand chose qui puisse frapper à votre porte le matin et apporter dans votre maison la menace du chaos : les cambrioleurs ne frappent pas, ils entrent les zombies sont trop bêtes pour y songer Vanitas et Axel étaient en voyage et, de toute façon, n'avaient aucune raison pour venir rendre visite à la maison Blondie. Il ne restait donc qu'une seule possibilité, et force fut de constater qu'elle se présentait bel et bien devant la porte de Roxas avec un mince sourire et un petit attaché-case tout ce qu'il y avait de plus innocent.
Roxas jaugea l'homme du regard et se demanda s'il ne devait pas tout de suite fermer la porte, mais c'était d'une grande impolitesse et il était d'abord et avant tout un jeune homme extrêmement poli (en tout cas, ce matin-là). Et puis, il était habité d'une telle allégresse que nul n'aurait pu la lui retirer à dire vrai, même si quelqu'un était venu lui annoncer qu'il était destiné à disparaître pour d'obscures raison de restauration de souvenir, il aurait simplement souri en hochant bravement la tête.
Mais nulle disparition forcée à la fin des vacances d'été, cette fois-là non, le visiteur était bien pire encore.
– Bonjour, susurra-t-il entre ses petites dents sournoises.
Roxas voulut lui répondre mais quelque chose dans l'apparence de l'intrus l'arrêta. Était-ce son crâne chauve, signe évident de son manque de soin capillaire ? Sa petite barbe grise entretenue qui cachait sans doute quelque sombre secret ? Ses deux petits yeux jaunes et perçants, qui n'étaient pas sans rappeler l'infamie cachée au fond de ceux de Vanitas et qui, par une étrange coïncidence, avaient la même couleur improbable ? Ou bien son long manteau noir et sa façon de se tenir qui présageait son appartenance à l'une ou l'autre secte pratiquant cannibalisme et sacrifice humain ? Il n'aurait su le dire. Toujours était-il qu'il ne put s'empêcher de faire un léger pas en arrière, prêt à s'enfuir à tout moment grâce à la résurgence d'un instinct primaire qui œuvrait pour sa survie.
Après quelques secondes de choc et de totale immobilité, donc, il balbutia :
– Je peux vous aider ?
Le sourire de l'homme s'agrandit, et en moins d'une seconde, Roxas sut ce qui l'attendait.
– Avez-vous entendu parler de Jésus Christ ?
Roxas posa une main sur la porte et la referma le plus lentement possible pour ne pas que le visiteur devienne agressif. Il le suivait des yeux sans ciller, près à réagir au cas où il passerait à l'attaque.
– Jeune homme ? Jeune homme ? Voulez-vous notre magazine, « Réveillez-vous » ? Il vous parlera de la lumière de Jésus. Jeune homme ?
Mais le visage de Roxas disparaissait progressivement tandis que la porte se refermait. Enfin, un claquement satisfaisant se fit entendre, et le blond put lâcher un long soupir. Il avait évité le pire. De toute façon, il l'avait décidé : rien, absolument rien ne pourrait gâcher cette journée.
Il s'installa dans son canapé et alluma la télévision. Ses parents n'étaient pas là, aussi pourrait-il enfin choisir le programme sans personne pour râler autour de lui. Il attrapa un paquet de biscuit (ce qui n'est pas très sain pour le petit-déjeuner, alors ne suivez surtout pas son exemple) et se fit un plaisir de laisser tomber des miettes partout en zappant de chaîne en chaîne.
Il ne tomba, bien sûr, que sur des télé-shopping tous plus inintéressants les uns que les autres. Mais il ne pouvait pas se laisser abattre : après quelques minutes, il mit les dessins animés du matin. Il n'y avait aucun témoin, de toute façon. Personne n'en saurait jamais rien.
Il avait tort.
Pas moins de deux secondes plus tard, alors que Bob l'Éponge allait bon train, de nouveaux coups à la porte le firent sursauter. Il lâcha le paquet de biscuit et s'approcha de la porte en grommelant.
Il ouvrit très doucement la porte de peur de retomber sur son précédent visiteur mais fut soulagé de constater que cette visite-ci serait peut-être plus agréable (bien que je n'en sois pas aussi sûr). En effet, plantée devant l'entrée, Xion lui lançait le regard pétillant de celle qui a quelque chose en tête.
– Hey, Roxas !
– Hey, Xion.
– Quelle bonne journée, tu ne trouves pas ?
Il lui offrit son plus beau sourire.
– Excellente, en effet.
– Je me demande pourquoi ! Peut-être l'absence de certains cerveaux émetteurs d'ondes négatives permanentes ayant quitté la ville, qui sait ?
Elle appuya son exclamation joyeuse d'un clin d'œil.
– Oh oh oh ! Mais oui, quels horribles connards ont-ils donc quitté la ville pour que le soleil brille ainsi pour la première fois depuis des années ?
– Je me le demande !
Elle entra et se débarrassa de sa veste avec un soupir de contentement.
– Je ne me suis pas sentie aussi libre depuis des années, déclara-t-elle. Imagine. Tout un samedi avant-midi pour moi seule. Pas de rabat-joie pour plomber l'ambiance. Pas de commentaires désobligeants. Bref, meilleur réveil de l'année. Jamais je n'ai été aussi heureuse que quelqu'un aille à la plage sans moi.
– Comme je te comprends.
– Au fait, tu savais qu'un espèce de vieillard louche observe ta maison depuis les haies ? C'est un peu flippant.
– Merde. Il est pas encore parti ?
Ce témoin de Jéhovah n'était pas vite découragé. Par sécurité, il s'éloigna de la fenêtre.
– C'est qui ? l'interrogea Xion en se servant un verre de jus d'orange (elle avait l'habitude de se servir comme chez elle dans les maisons des autres, ce que Roxas déplorait la plupart du temps).
– J'en sais trop rien. Un vieux sectaire.
– Mmh... (elle vida son verre d'un trait, l'air troublée.) Il a peut-être vu quelque chose de spécial en toi, qui sait. Fais attention, ou tu finiras sacrifié sur l'autel de satan.
– Ça fera un bon fait divers, au moins.
– Pas faux. (Elle regarda son verre en fronçant les sourcils.) J'aurais jamais dû boire ça en entier, commenta-t-elle, je crois que j'ai tué mon estomac.
– Cool.
– Merci. Quel calme, ici. Où est Ven ?
Roxas poussa un long soupir.
– Je crois qu'il ne vaut mieux pas lui parler pour le moment.
– Il nous fait la gueule ?
– Non. Mais je ne crois pas qu'il pourra supporter notre joie de vivre bien longtemps.
– Oh.
– Ouais.
– T'as prévu quelque chose ? demanda-t-elle en changeant brusquement de sujet.
Un peu désarçonné, il lui fallut quelques secondes avant de comprendre (le cerveau de Roxas avait toujours eu besoin d'un certain temps d'adaptation face à l'imprévu).
– Non, rien de spécial, répondit-il simplement. T'as des idées ?
– Moi ? Quelques-unes.
Elle l'attrapa par le bras avec un sourire machiavélique.
– Mais je pense que nous ne devrions pas en parler en public, conseilla-t-elle. Qui sait quelles oreilles pourraient traîner par ici ?
– À part celles de Ven, je vois pas trop qui...
– Mais Ven pactise avec l'ennemi, l'arrêta-t-elle en baissant soudainement la voix. Il est temps de soigner ta naïveté, Roxas. Suis-moi, nous avons beaucoup, beaucoup à faire.
Incapable d'émettre la moindre réponse, il la suivit en se demandant ce qu'elle pouvait bien avoir en tête. Sans doute quelque chose de terrifiant on parlait de Xion, après tout.
La jeune fille connaissant la maison comme si c'était la sienne, elle se dirigea in extremis vers la salle de bain et lança un regard impérieux à son ami lorsqu'il marqua une hésitation. Avec un soupir, il la suivit. Elle verrouilla la porte derrière eux, regarda autour d'elle, mit la main sur un rouleau de papier toilette (et vous êtes priés de ne pas imaginer de scène au caractère peu recommandable après ce dernier détail), en découpa un petit bout qu'elle roula entre son pouce et son index avant de l'enfoncer dans le trou de serrure. Enfin, elle se tourna vers Roxas avec un sourire victorieux. Celui-ci haussa un sourcil. Tout ça ne lui disait rien qui vaille.
– Qu'est-ce qu'on fait ici ?
– Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse dans une salle de bain ?
Beaucoup d'idées lui venaient en tête, mais il était intimement persuadé que l'explication était beaucoup moins logique que ce à quoi il pensait.
– Euh...
Elle leva les yeux au ciel. Elle était habituée au manque de vivacité de Roxas mais, dans des situations aussi importantes que celle-ci, elle ne pouvait s'empêcher d'en être irritée. Elle enjamba le rebord de la baignoire sous les yeux éberlués de l'adolescent, s'installa tranquillement à l'intérieur, puis regarda Roxas, les yeux plissés par une réflexion connue d'elle seule.
– Xion ?
– Roxas.
– Qu'est-ce qu'on fait, exactement ?
– Roxas, Roxas, Roxas, soupira-t-elle. Parfois, je me dis que mon frère n'a pas tort, quand il dit que tu n'es pas une lumière. Un point pour lui.
Il dodelina de la tête, encore incertain de ce qu'il était censé faire, et, ma foi, j'aurais certainement fait de même en pareille situation. Il s'approcha de la baignoire, un peu hésitant. Après tout, on ne savait jamais ce qui se passait dans la tête des gens comme elle. Ça pourrait tout aussi bien être un macabre piège duquel il ne pourrait se sortir sans aide, aide qu'il ne pourrait bien sûr pas recevoir, la porte étant fermée à clé et la maison trop vide pour que quelqu'un entende son potentiel appel à l'aide.
– Bon, tu entres ou quoi ? T'inquiète, c'est sec.
Il enjamba le bord en céramique et s'assit en face d'elle.
– Donc ? dit-il après quelques secondes de silence extrêmement gênantes.
– Aha ! s'exclama-t-elle en le pointant du doigt.
Il ouvrit grand les yeux.
– Mais quoi ?
– Rien. Tu sembles troublé et surpris. Tu n'as toujours pas compris ce que nous étions en train de faire, n'est-ce pas ?
En effet, il ne comprenait pas, et franchement, je pense qu'on ne peut pas lui en vouloir. Un sourire conspirateur s'élargit sur le visage de Xion.
– J'en étais sûre. Dans ma grande mansuétude, je vais donc te dire ce qui t'amène ici, si tu es prêt à l'entendre.
– Euh... d'accord.
– Un peu de sérieux !
– ... Je suis prêt ?
– Très bien. Mon cher Roxas, dit-elle en prenant une inspiration, nous sommes en train d'avoir une réunion secrète et extrêmement privée. Une réunion dont les mots ne devront quitter cette pièce et nos esprits sous aucun prétexte. C'est très important. Il en va de la survie de notre nation.
– Et il fallait qu'on le fasse dans la salle de bain ?
– C'est plus discret. Qui penserait à nous trouver ici ? Et puis, sans vouloir te vexer, je n'ai jamais vraiment aimé ta chambre. Au moins, ici, les fenêtres sont brouillées. Personne ne pourra nous espionner.
– On est au premier étage.
– As-tu déjà entendu parler de l'échelle ? C'est une grande invention qui date de plus de huit mille ans, et qui permet, par exemple, d'espionner aux fenêtres du premier étage. Voire même du deuxième, tout dépend de la taille de l'échelle. Mais là n'est pas la question.
Roxas essaya de contrôler le facepalm qu'il avait bien envie de faire et hocha la tête avec lenteur.
– De quoi on parle, alors ?
Xion sourit.
– Il est temps de faire nos comptes, Roxas.
– Nos comptes ?
Sans comprendre de quoi elle pouvait bien parler, il n'était capable que de répéter ses mots. Le sourire de Xion s'agrandit.
– Nos comptes, en effet, c'est ce que je viens de dire. Et pas seulement les nôtres ceux de tout le monde. Ton frère, mon frère, Kairi (ses sourcils se froncèrent imperceptiblement, mais Roxas ne le remarqua pas, ce qui était le principe des choses imperceptibles), Axel, Sora, Riku... et le reste. Beaucoup de crimes sont restés impunis, depuis le temps. Il est donc temps de faire nos comptes.
– Et à quoi ça va servir ?
– Tu le fais exprès ou quoi ?
Elle commençait sérieusement à perdre patience. Elle tâcha néanmoins de se retenir. Comme elle l'avait brillamment dit, Roxas n'était pas une lumière. Il fallait lui parler lentement. Il lui arrivait de l'oublier, comme cette fois-là, mais il tâchait de le lui rappeler dès qu'il ouvrait la bouche, comme cette fois-là.
– Nous allons faire nos comptes, répéta-t-elle pour la énième fois en prenant soin de détacher chaque syllabe, pour savoir à quel niveau de cruauté nous devons planifier notre vengeance. Ou simplement à quel point nous devons enfoncer le clou, si nous leur sommes supérieur en terme de score, mais j'ai un léger doute à ce propos. Nous devons faire nos calculs. Savoir à quel point ils méritent une revanche de notre part.
– Oooh... fit Roxas.
Ça lui semblait beaucoup plus clair, tout à coup. Il hocha la tête.
– Tu penses que nous devons mener de véritables représailles ?
– Ce sera sans doute nécessaire. Il faut bien leur faire comprendre. Nous n'avons pas oublié, et la vengeance est un plat qui se mange froid, si possible avec une bonne sauce au désespoir saupoudrée d'une dose de férocité.
– C'est vrai...
Dans la tête de Roxas, des exemples d'actions vengeresses commençaient à fleurir de tous les côtés. Ah, enfoncer la tête d'Axel au fond de la cuvette des toilettes publiques... (Roxas n'était pas réputé pour son originalité, ni par son sens logique l'espace d'un instant, le fait qu'Axel était beaucoup plus grand et plus fort que lui oublia de lui traverser l'esprit.)
– Nos comptes, donc.
Xion sortit une feuille ainsi qu'un crayon de sa poche et se mit à réfléchir.
– Il faut qu'on se rappelle de tous les sales coups qu'ils nous ont fait depuis le début, expliqua-t-elle. Et de ceux qu'on leur a fait, évidemment.
– Tout en leur attribuant une appréciation différente, non ?
– Tout à fait, mon cher Roxas. Il y a une différence entre manquer d'assassiner quelqu'un et lui voler la chaîne de son vélo. Qui avait fait ça, d'ailleurs ?
– C'était pas Kairi et Axel ?
– Mmh, c'est bien possible. Un point pour eux.
– Un point chacun, ou un point en général ?
– Un point en général, on ne va pas non plus chercher à leur donner l'avantage. Donc, je note : péter le vélo de Roxas et Ven, un point pour l'équipe VanAxKaiSo. Ou l'équipe... bleue. Si je me souviens bien.
– Je crois que c'est ça.
– Qu'est-ce qu'ils ont fait d'autre, encore ? demanda-t-elle.
– Manquer d'assassiner Sora ?
– Non, ça, c'était nous. Je crois que Riku va nous rapporter beaucoup de points.
– Je ne suis même pas sûr que ce soit positif, remarqua Roxas d'une voix faible. Pauvre Sora.
Pauvre Sora, en effet. Ils restèrent silencieux un instant, les yeux perdus dans le lointain, puis reprirent leurs esprits.
– On ne peut pas le contrôler tout le temps, non plus, marmonna Xion pour elle-même. Bref ! Où en étions-nous ? Ah, les merdes qu'ils nous ont faites.
– Ils ont enfermé Ven dans un placard, ce qui n'était pas très sympa.
– Ça mérite deux points.
– Deux ?
– C'était bien organisé et réfléchi. Non ? Ça mérite deux points, au moins. Il me semble.
– Oui, mais ils nous avaient prévenus. Ça aurait pu être pire. Et puis, Kairi nous avait aidé, non ?
– Les remords n'apportent pas de point. Deux, adjugé vendu. Ce qui leur fait, pour l'instant, un total de trois points.
Elle marqua trois barre horizontales dans la colonne « équipe bleue ».
– Quoi d'autre ? demanda-t-elle.
– Je me souviens pas bien.
Elle réfléchit.
– Bah, il y a toujours ce truc de « mon frère se fait ton frère ». Tu sais.
Roxas fut parcouru d'un frisson de dégoût.
– Urgh, dis pas ça comme ça. Personne se fait personne, c'est ridicule.
– Un peu quand même.
– Tant que ce n'est pas passé à une étape plus... physique...
– Ça m'a semblé plutôt physique, à moi. On a pas dû voir les mêmes choses.
Roxas blêmit.
– Quoi ? demanda-t-il d'une voix blanche.
Xion se mit à rire.
– Non, je déconnais. Allez, le prend pas comme ça. Disons que si ça arrive, je leur accorderai un bonus de points.
– Ça n'arrivera pas.
– Oh oh ! Qu'est-ce que tu en sais, le taquina-t-elle. Les adolescents et leurs hormones, tu sais ce que c'est. On ne va pas pouvoir les surveiller vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
– Ne parle pas d'horreurs...
– Tu me sembles bien fermé d'esprit !
Elle lui adressa un clin d'œil et il détourna la tête.
– C'est pas la mort, reprit-elle d'une voix joyeuse. Mais ça vaut quand même une bonne dizaine de points. Je veux dire, ils ont fait en sorte qu'il pactise avec l'ennemi. Ils l'ont détourné de son véritable but, qui est de les faire chier. Tout ça pour qu'il n'ose plus faire le moindre mouvement contre eux. C'est pas diabolique, ça ? Je pense que si. Donc, dix points pour Vanitas.
– Pourquoi ?
– Je viens de te dire pourquoi, t'es sourd ou bien... ?
– Non, mais je veux dire, pourquoi à Vanitas ? Pourquoi pas à Ven ? Qui te dis que ce n'est pas Ven qui manipule Vanitas ? Lui aussi est gagnant dans l'affaire, même si ça ne me fait pas plaisir.
Xion secoua la tête.
– Non, ça ne fonctionne pas dans ce sens-là. On ne voit pas Vanitas devenir plus gentil avec nous parce qu'il est avec Ven. Ven a fraternisé avec chacun d'entre eux, il est carrément déjà venu dormir chez nous, et Dieu sait ce qui s'est réellement passé...
– Arrête ça tout de suite, merci...
– ... puis il mange avec eux à l'école, il est même pote avec Sora, et on sait tous que c'est Vanitas qui l'a mis dans sa poche et a fait en sorte de le retourner contre son propre frère... Donc, dix points pour Vanitas.
– Mouais...
– Ne fais pas ton difficile, ta petite manœuvre avec Kairi en mérite pas mal non plus. C'est kiff-kiff. Enfin, je trouve.
– Ok, je leur accorde celle-là. Mais s'il s'avère que c'était Ven l'instigateur ?
– Ven ? Ça m'étonnerait. Ça le flippait tellement qu'il ne t'avait même rien dit à toi. Toi, son frère chéri, celui à qui il raconte tout.
– Mais il me l'a dit.
Xion lui lança un regard sidéré.
– Comment ça, il te l'a dit ?
Roxas haussa les épaules.
– Comment tu voulais qu'il me cache un truc pareil ? Évidemment qu'il me l'a dit. J'étais sûrement au courant bien avant toi.
– Alors ça, ça m'étonnerait.
– Tu serais surprise, commenta-t-il.
– Non, mais sérieusement.
– Je suis sérieux.
– T'étais au courant de tout ?
– Ouais.
– De tout tout ?
– Ouais, ouais.
– Mais non.
– Mais si, je te jure.
– Je peux pas croire ça, c'est trop gros.
– Et pourtant.
– Et qu'est-ce que tu lui as dit ? Quand il t'a avoué ?
– Qu'est-ce que tu voulais que je dise ? J'ai dit que je m'en foutais et qu'il avait qu'à faire ce qu'il voulait. Il est assez grand pour décider tout seul.
Xion resta bouche-bée. Elle ne pouvait pas croire à ça, c'était trop gros. C'était d'ailleurs exactement ce qu'elle venait de dire. Elle passa une main sur son front en essayant de comprendre ce que Roxas essayait de lui dire.
Il était au courant depuis le début ? C'était ridicule, voyons.
– Mais, et la crise que t'as piqué la dernière fois ? Et la fois où vous vous êtes disputés ici et que Ven a dû aller se réfugié jusque chez moi ? Toutes les fois où tu lui en as envoyé plein la gueule ?
Le garçon eut un sourire nostalgique.
– C'était rigolo.
– C'était même pas sérieux ?
– Bah, non. Quel connard j'aurais été, t'imagines ? Ven aurait fait une dépression, le pauvre.
– Donc il était au courant que tu faisais juste semblant de...
– Comment on aurait fait pour vivre ensemble si on s'était vraiment engueulés pour un truc comme ça ?
– Non mais je rêve. Pourquoi vous avez fait ça ?
– J'en sais rien, parce que c'était drôle ? T'aurais dû voir vos têtes. Enfin, c'était pas contre toi, c'était surtout la tête de Vanitas qui était drôle à voir. C'était presque mignon. Ha, ha. Non, d'accord.
– J'arrive pas à y croire !
– Qu'est-ce que tu veux, quelqu'un aurait vendu la mèche si je l'avais dit à qui que ce soit.
Elle soupira.
– Bon, d'accord, tu savais, Ven savait que tu savais, vous nous avez servi des scènes dignes d'un téléfilm de l'après-midi, je peux accepter ça. Quoi qu'il en soit, je ne pense pas que Ven ait tout manigancé. C'est lui qui est en train de se morfondre dans sa chambre parce que mon frère est parti en vacances.
– Tu peux accorder les points à Vanitas, si tu veux. On se vengera plus tard. Mais mon petit stratagème mérite au moins quelques points de notre côté.
– Mmh... oui, d'accord. Où en sommes-nous, alors ? Treize points ?
– Ouip.
– Et on a pas parlé de l'histoire de l'affiche bizarre placardée dans toute l'école. Celle qui parlait de... je sais même pas, en fait. Mais c'était contre Riku. Vu que c'était un coup de Sora, et parce qu'il a osé viser Riku, ça mérite... cinq points.
– Ils en sont donc à dix-huit.
– Voilà. Je ne me souviens de rien d'autre, comme ça...
– Il y a sûrement des trucs. Enfin, on a qu'à passer à nos petits coups. Alors, qu'est-ce qu'on a ?
– Ton mensonge, ça fait un point. Ça mérite pas vraiment plus.
– OK. Il y a le meurtre de Sora, aussi.
– La tentative, s'il te plaît. Ok, ça mérite... est-ce que ça mérite quoi que ce soit ? Je n'en suis pas sûre.
– C'est vrai qu'il a un chouia abusé .
– Un chouia, oui. C'est le mot. Enfin, ce serait injuste de ne rien lui donner. Disons, trois points. C'était quand même un peu trop méchant pour être honnête.
– Il y a aussi la fois où il a failli le noyer...
– Mmh. Trois points ?
– Et quand il lui a volé le cadeau de Kairi ?
– C'était le même jour que le meurtre, non ?
– Oui, mais bon.
– Ok, va pour trois points.
– Sacré Riku. Il fait un peu peur, quand même.
– Un peu, oui. C'est le mot. Mieux vaut ne pas trop l'emmerder. Il réagit de façon, disons... un peu démesurée.
Ce qui était une façon comme une autre de dire qu'il était complètement fou. Qui essayait de tuer des petits enfants par pure soif de vengeance ? Ils réfléchirent un long moment. Il valait mieux garder proche de soi les numéros de la police et de l'hôpital psychiatrique le plus proche. On ne sait jamais.
Xion se demanda comment lui conseiller d'aller voir un professionnel pour soigner ses problèmes de colère froide, mais abandonna bien vite l'idée. Elle ne voulait pas finir sur le point de tomber du toit du lycée ou noyée dans un lac.
– Il est encore pire que ton frère, en fait, fit remarquer Roxas. Au moins, Vanitas n'a aucune tentative d'assassinat à son actif.
– Pour l'instant, tu veux dire. Je resterais sur mes gardes, à ta place.
Elle lui adressa un clin d'œil.
– Enfin, reprit-elle, ok, Riku est un psychopathe, mais c'est le seul qui nous rapporte des points.
– Et Kairi ?
– Ah, oui, Kairi. Bon, j'avoue. Ça mérite... cinq points.
Roxas lui lança un regard indigné.
– Cinq ?! s'exclama-t-il d'une voix indignée, pour aller avec son regard. Vanitas a eu droit à dix points !
– Oui, mais c'était vachement plus compliqué, dans son cas, et je reste persuadée que c'était expressément pour faire chier son monde. Tandis que Kairi... c'est pas comme si l'un de vous l'avait fait exprès. Mais vu qu'elle a décidé de ne plus rien avoir à faire avec les trois autres et qu'on l'a ralliée à notre cause, ça mérite quand même cinq points.
– C'est injuste.
– La vie est injuste. Allez, bon, ça fait... quinze points, en tout.
Roxas se leva d'un bond et Xion sursauta si fort qu'elle pensa mourir d'une crise cardiaque.
– Mais ça va pas ou quoi ? T'es malade ?
– Tu sais ce qu'on a oublié ?
– Non, mais la prochaine fois que tu te souviens soudainement de quelque chose, essaye de le faire assis.
– La fois où ton frère t'a coupé les cheveux. C'était pas beau, ça ?
– Mmh... dans la mesure où on est frère et sœur, si on devait compter toutes les fois où il me fait chier, on aurait jamais fini. Et puis, les cheveux, c'était pas si mal, finalement.
– Mais justement, tu t'es vengée en les gardant courts !
Elle haussa un sourcil.
– Moui.
– Allez, un point. Juste pour dire d'avoir seize.
– Comme tu le sens. Ça fait seize à dix-huit, calcula Xion. Il nous faut donc une action à deux points pour être à égalité. Ça en mériterait même plusieurs, histoire qu'on montre notre supériorité.
Elle lui lança un regard lourd de sens. Il s'assit à nouveau et s'approcha d'elle avec un air conspirateur.
– Qu'est-ce que tu proposes ?
– On n'est que deux dans cette affaire. Ven et Kairi sont trop impliqués, ils n'oseraient rien faire. Et Riku... j'aimerais éviter d'autres malheureux accidents, si tu vois ce que je veux dire. Il ne reste donc que toi et moi. Nous seuls pouvons mener cette mission à bien.
Roxas acquiesça avec énergie. Les autres étaient beaucoup trop bêtes, pensait-il, mais Xion et lui pourraient faire des ravages. Et puis, Xion pouvait infiltrer l'ennemi. Pratique.
– Il est donc temps pour nous de réfléchir à un plan d'action.
Elle frappa la baignoire du poing. Ça lui fit très mal, mais la douleur était la rançon du génie. Et non, ça n'avait rien à voir avec de la bêtise. Rien à voir.
– Fini de rire, dit-elle en essayant de retenir les larmes de douleur qui lui montaient aux yeux. On va leur montrer qui sont vraiment les boss. Notre existence se rappellera douloureusement à eux. Et ils n'oseront plus jamais poser le pied dehors sans vérifier d'abord qu'on a pas mis un terrible piège en place.
Ses yeux lançaient des éclairs et, pendant un instant, Roxas fut profondément conscient du lien familial qui l'unissait à Vanitas.
– L'heure de la vengeance a finalement sonné, renchérit le garçon en hochant gravement la tête.
– Exactement, confirma Xion.
– Ils vont souffrir.
– Exactement.
– Tout en ne risquant pas de se retrouver aux portes de la mort ou même à l'hôpital ou en dépression ou...
– Oui, oui. Ça doit rester rigolo. Pour nous. N'exagérons pas.
– Voilà.
– Bien. Fais-moi part de tes idées machiavéliques, Roxas. On va les écraser.
Ils échangèrent un regard dément et Xion commença à écrire frénétiquement sur sa feuille pendant que Roxas plongeait dans les méandres les plus noires de son esprit.
Oh, oui, l'heure de la vengeance avait sonné. Bientôt, Axel, Vanitas et Sora regretteraient de s'être mis en travers de leur chemin.
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Couché dans un vieux canapé qui sentait un mélange de vieux vomi, de pourriture et de déchets restés à l'air libre un peu trop longtemps, Lea, ses yeux verts comme la vase perdu dans le vide intersidéral qui sévissait dans son crâne, essayait de réfléchir.
Cela lui arrivant relativement rarement, il sentait poindre un violent mal de tête malgré tout, il ne pouvait s'arrêter de penser à ce à quoi il pensait et qui reste pour l'instant d'un mystère sans égal et, par conséquent, arrêter la migraine dans sa course.
Il regarda autour de lui à la recherche du moindre réconfort mais ne trouva que du vide. Ah, pensa-t-il, si seulement Isa était là ! Il avait bien du mal à se l'avouer, mais Isa en aurait sans doute su plus que lui. Il en savait toujours plus. Mais, bien sûr, Lea restait le plus intelligent des deux.
Il ne fallait pas exagérer.
Il poussa un long soupir et se remit à penser tout en essayant de ne pas penser, ce qui ne fit qu'accentuer son mal de crâne. Tout ça n'avait aucun sens. Vraiment aucun.
Il se redressa et plongea le visage dans ses mains. Pourquoi la vie était-elle aussi compliquée ? Il devait bien exister quelqu'un qui pourrait l'éclairer un peu !
À peine avait-il pensé cela que le rideau qui servait d'entrée à leur repaire s'écarta pour laisser apparaître une jeune fille qu'il trouvait de moins en moins charmante au fur et à mesure qu'il apprenait à la connaître. Il soupira à nouveau.
– Merci pour l'accueil, nota Naminé en s'asseyant à côté de lui.
Il haussa les épaules. Il était sérieux, pour une fois. Il ne fallait pas l'embêter. Non mais.
– Ça va ? demanda-t-elle en lui lançant un regard intrigué.
Il avait les yeux perdus dans le lointain, et elle commença à se dire qu'il y avait quelque chose d'anormal. Elle s'éclaircit la gorge, légèrement mal à l'aise.
– Où est Isa ?
Lea répondit d'une voix grave et mortellement sérieuse :
– Il garde une petite fille. Il a décidé de devenir baby-sitter. Je ne peux pas lui en vouloir.
– Ah oui, c'est vrai. J'avais oublié.
– Il garde une fille qui s'appelle... Colette. Odette. Omelette ? Je ne sais plus. Mais est-ce vraiment important ?
Elle haussa lentement les sourcils.
– Mmh...
Soudain, il se tourna vers elle et l'attrapa par les épaules.
– Naminé, dit-il, j'ai besoin d'aide. Plus rien ne va en ce monde. Mes questions ne trouvent aucune réponse. Je ne comprends pas, Naminé, je ne comprends plus. Je ne sais plus qui je suis, toutes mes certitudes se sont effondrées une à une et je... je...
Il semblait si bouleversé qu'elle fit l'effort de garder un air impassible et sérieux. Rire n'aurait avancé à rien. Le pauvre avait l'air sincèrement traumatisé.
– Dis-moi ce qui se passe, proposa-t-elle de son ton le plus pédagogique.
Il la relâcha et baissa la tête, l'air torturé.
– Pourrais-tu comprendre ? demanda-t-il, des trémolos dans la voix. Même moi, je n'en suis pas capable.
Elle évita de noter qu'elle avait sans doute beaucoup plus de chances de comprendre que lui et lui tapota gentiment l'épaule.
– Allons, allons, tout ce qui compte c'est que je puisse t'aider. Parle-moi de ton problème, et on verra bien.
Il soupira encore, puis releva la tête et la regarda droit dans les yeux.
– Naminé...
– Oui ?
Elle commençait légèrement à s'énerver.
– Tu te souviens de la fois où on a croisé tes... amis...
– Bien sûr. Pourquoi ? Tu te demandes si Axel est aussi bête que toi ?
Elle plaqua une main sur sa bouche, frappée d'horreur. Elle n'avait pas voulu dire ça. C'était sorti tout seul. Il était difficile d'être diplomate en permanence.
Heureusement pour elle, il était si troublé qu'il ne remarqua rien. Il haussa simplement les épaules, désespéré.
– Non... c'est à propos des...
Sa voix mourut. Il y eut un long silence.
Enfin, Naminé prit la parole.
– Des ?
– Des... tu sais... les, euh...
– Quoi ?
– Eh bien, il y avait ce garçon... blond, là, et...
– Sa couleur de cheveux est naturelle, oui, si c'est ce que tu veux demander.
– Non, c'est pas ça...
– Quoi, alors ? s'impatienta-t-elle.
S'il ne voulait pas parler de ça, elle ne voyait pas quel sujet il essayait d'évoquer.
– C'est juste que... comment dire... le blond et l'autre... celui avec les cheveux en pétard...
– Axel, le roux ?
– Aaah, mais non, pas lui ! L'autre ! Celui avec les cheveux noirs.
– Vanitas ?
– Je ne sais pas, moi !
– Oui, donc. Qu'est-ce qu'il y a ?
– Est-ce qu'ils... j'ai cru comprendre qu'ils...
– Qu'ils quoi ?
Il semblait sur le point de pleurer. Il baissa la voix jusqu'à la réduire à un murmure. Elle s'approcha plus près.
– Je n'ai pas bien compris. Tu peux répéter ?
Il répéta. Naminé hocha la tête.
– Ah, tu demandes s'ils sortent ensemble ?
– Pas si fort !
– Pourquoi ?
– Parce que... euh... parce que. Voilà.
Malheureusement, le fait que Lea réfléchisse ne le rendait ni plus intelligent, ni plus clair. Naminé s'en rendit bien vite compte. Elle haussa les épaules.
– Oui, ils sortent ensemble, bien que ça m'ait toujours l'air hautement improbable vu le passif qu'ils partagent et leurs divergences d'opinion de caractère. Enfin, ce genre de chose n'est pas toujours compréhensible. Kairi était bien amoureuse de Sora, fut un temps. Tout arrive.
Lea lui lança un regard sidéré.
– Quoi encore ? demanda Naminé qui doutait que la stupidité de Lea soit un jour guérissable.
– Mais, répondit-il avec difficulté, ce Varitas et ce garçon blond...
– Arrête de faire des pauses dans tes phrases et lâche-toi un peu, bon sang !
– Oui, bon, ok, mais c'est compliqué, je ne sais pas comment dire les choses, je ne comprends rien. Ce sont deux garçons, quand même, hein ? J'ai pas rêvé.
– Bah, oui.
– Mais ils sont ensemble ?
– Bah, oui.
– Ensemble ensemble ? Ou ensemble bons amis ?
Elle ouvrit de grands yeux.
– Ensemble comme des gens qui sont ensemble, Lea. Qu'est-ce que tu veux que ça puisse signifier d'autre ? Ils sont ensemble oui, ils sortent ensemble, ils sont en couple, ils se chatouillent la langue de temps en temps, qu'est-ce que ça a de compliqué ?
Lea ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun son n'en sortit. Quelque chose avait explosé dans un coin de son esprit, le rendant par là même inapte à la communication. Compréhensive, Naminé attendit que ses connexions neuronales se refassent intégralement avant de reprendre :
– Donc, c'est juste ça que tu voulais savoir ?
– Mais ce sont des garçons, non ? Tous les deux ?
– En quelle langue je suis censée dire ça ? Sérieusement, c'est ça ton problème ?
– Mais, articula-t-il, je croyais que c'était... que ça existait pas vraiment... que c'était simplement un genre de blague, que Isa me menait juste en bateau, comme d'habitude, c'est tout. C'était pour rire. Mais tu me dis que...
Elle leva une main pour le faire taire.
– Arrête-toi là, tant que tu le peux encore, dit-elle d'une voix fatiguée. Mon Dieu, on va avoir beaucoup de travail.
– Mais donc ça existe pour du vrai, avec de vraies personnes, dans le monde réel ?
– Bien vu ! Où t'as été chercher des idées comme ça ?
– Je ne sais pas.
Il semblait sérieusement troublé.
– J'imagine qu'Isa n'est pas au courant non plus, de toute façon.
– Isa ? Bien sûr qu'il sait ça ! Tout le monde sait ça ! Tu dois être la seule personne suffisamment idiote pour croire... non mais, quel genre d'éducation on t'a donné, exactement ?
– Euh...
– D'accord. D'accooord. Bon, je crois que je vais t'apprendre à utiliser internet, une invention merveilleuse qui répondra à toutes tes questions. Ce n'est pas grave, Lea. L'ignorance, ça se répare. On va bien s'occuper de toi, tu verras.
Elle lui lança un regard de profonde pitié, intimement persuadée qu'elle devrait reprendre son éducation à zéro. Certaines familles étaient vraiment bizarres. Elle espérait qu'Isa pourrait l'aider. Après tout, lui, il lisait des livres.
– Tout s'explique, marmonna soudain Lea.
Elle se tourna vers lui, interloquée.
– Quoi ?
– Tout est clair, maintenant.
Il avait les yeux brillants, et elle prit peur.
– Lea ?
– Mais oui. Bien sûr. Pourquoi n'y avais-je pas pensé. Ha, ha. C'est tellement logique, maintenant ! Toutes les pièces du puzzle s'emboîtent parfaitement !
Il se leva d'un bond et se dirigea d'un pas rapide vers la sortie.
– Hé, attends ! Tu vas où ?
– J'ai quelque chose à faire, répondit-il sans même la regarder. Je reviens plus tard !
Et il sortit en trombe, laissant la jeune fille abasourdie dans le canapé.
Elle tentait de reprendre ses esprits lorsque Isa entra dans le repaire, l'air troublé.
– Salut, Naminé, dit-il. Je viens de voir Lea sortir en courant, il y a un problème ?
Elle plissa les yeux, ce qui marquait chez elle une profonde réflexion.
– Je ne sais pas, murmura-t-elle, mais c'est étrange. Très étrange.
Il haussa les épaules.
– Bof, encore un de ses trucs bizarres. Ça sert même plus à rien de faire attention.
Il se laissa tomber à côté d'elle et elle secoua vivement la tête pour se débarrasser du souvenir de la conversation précédente.
– Bon, et ton baby-sitting ?
– Super. Quelle fillette adorable. Je ne comprends pas pourquoi ils ont tant de mal à trouver de baby-sitter, c'est un ange. Ses parents ont failli pleurer quand je leur ai dit que je reviendrai dès qu'ils en auraient besoin.
– Olette ?
– Euh, oui.
– Tu es sûre qu'on parle d'Olette, la petite fille brune d'une dizaine d'année qui vit dans une maison un peu moche ?
– Oui, pourquoi ?
– Pour rien.
Décidément, cette journée était tellement pleine de bizarreries qu'elle en devenait surnaturelle. Il faudrait qu'elle mette ça au clair, et le plus rapidement possible. La disparition de Lea ne lui disait rien de bon.
Elle s'enfonça dans le fauteuil et soupira :
– Quelque chose ne va pas dans cette ville.
Puis elle fut frappée d'un éclair de lucidité et se redressa.
– Le moment est venu de réagir, annonça-t-elle brusquement. Je ne peux pas la laisser sombrer dans la folie.
Oh non, elle ne pouvait pas. Il était temps pour elle de faire quelque chose.
Elle se leva et sortit du repaire d'un pas déterminé.
Le monde, non, l'Univers avait besoin d'elle. Et elle répondrait à son appel.
Isa, assis dans le fauteuil, la regarda s'en aller sans bouger d'un cil.
Il sortit un livre de son sac et se mit à lire sans penser aux deux abrutis qui étaient sortis en trombe du repaire sans un mot. Après tout, il avait l'habitude.
Vous voulez savoir comment se passe l'écriture d'un chapitre d'ETH ? Voilà la recette : 16 mois ou plus d'auto-apitoiement, et à la fin le chapitre s'écrit en un jour, vitoire.
À part ça... merci pour votre lecture ! Un jour je corrigerai les anciens chapitres vu comment ils me donnent envie de pleurer des larmes de sang quand je les relis, mais corriger 200 pages openO de quand j'écrivais avec un français louche, c'est DOULOUREUX. Donc, peut-être dans 18 mois. Haha.
Merci à ceux qui continuent de demander de mes nouvelles et attendent toujours les nouveaux chapitres malgré les longs mois sans nouvelles, vous êtes des gens bien. Et persistants. Donc bien. :D
À la prochaine ! (Comme quoi, ça sert de rejouer à KH, ça me permet d'updater mes fics, haha)
