Ce n'est pas un rêve. Je poste bien deux chapitres avec genre seulement une semaine d'intervalle. Je suis choquée.

Merci à pitioti, Nemo et Akurokushi à qui j'ai pas encore eu l'occasion de le dire pour leurs reviews :3

Bref, bonne lecture :B


Lorsque Vanitas rentra chez lui ce soir-là, tout lui sembla parfaitement normal. Exténué par un week-end plus que chargé, émotionnellement difficile et très mystérieux, il ne prit pas la peine de dire bonjour à sa sœur, qui semblait rire frénétiquement dans sa chambre pour une raison qu'il ignorait et qui, pensait-il, n'avait pas le moindre lien avec lui, et sauta directement dans son lit.

Il ne fit aucun rêve étrange, dormit comme un loir, et se réveilla le lendemain dans une forme d'athlète. Toutes les conditions étaient réunies pour qu'il passe un lundi parfait. Habité par une bonne humeur relative, il ne remarqua pas la jeune fille qui l'observait, cachée derrière un coin du couloir, les yeux brillants d'une lueur vengeresse et un sourire machiavélique planté sur le visage. Il sortit de la maison et se dirigea vers son établissement scolaire, persuadé que tout, absolument tout, se passerait pour le mieux.

Oh, quel garçon naïf.

Lorsqu'il retrouva Axel, à la pause de 10h, il fut forcé de constater que la journée n'avait pas bien démarré pour tous le monde.

Le roux avait l'air claqué et il était loin de transpirer la joie de vivre.

– Mal dormi ? demanda Vanitas en haussant un sourcil.

Axel soupira.

– Je crois que quelqu'un me hait, annonça-t-il sans se douter qu'il énonçait là une vérité déjà connue par beaucoup.

– C'est pas nouveau, fit remarquer Vanitas (qui, lui, au moins, semblait conscient de ce phénomène).

– Non, mais je veux dire, je crois que quelqu'un me hait vraiment. Je sais pas ce que j'ai pu leur faire, mais il m'arrive que de la merde, depuis qu'on est rentrés.

Vanitas haussa son autre sourcil.

– Du style ?

– Style... où est Sora, au fait ?

– Malade. Une bronchite ou je ne sais quelle connerie.

– Mmh... pas étonnant, avec tout ce qui s'est...

Vanitas l'arrêta d'un geste.

– Pas un mot de plus. Ce qui s'est passé là-bas reste là-bas.

– Ah, ouais, j'avais oublié. (Il avait souvent tendance à oublier les choses et à parler à tort et à travers malgré les promesses de silence, ce qui peut s'expliquer par le manque d'espace mémoire disponible sous ses épais cheveux roux.) Pas un mot. C'est retenu. Et Ven, il est où ?

Si Vanitas avait eu un troisième sourcil, il n'aurait pas manqué de le hausser pour accompagner les deux autres.

– Ven ? répéta-t-il. Qu'est-ce qu'il viendrait foutre ici ?

Un sourire traversa le visage d'Axel.

– Aah, il est retourné auprès de ses anciens amis ? Mon pauvre chaton ! Et dire que j'ose parler de mes problèmes !

– Quand est-ce que t'arrêteras avec les surnoms débiles ?

– Tu veux un câlin ? Je peux te prêter mon épaule pour pleurer, si t'en as besoin.

Il fit un pas vers lui, l'air désolé, et Vanitas recula prudemment. Il fit tout son possible pour prendre une expression menaçante, ce qui ne fut pas exactement un franc succès.

– Ferme-la, connard, attaqua-t-il, toutes griffes sorties. Comme si j'en avais quelque chose à...

– Oh ! s'exclama Axel. Mais non, je me trompe ! La situation est pire encore. Ça fait combien de temps, maintenant ? Au moins... trois jours que tu ne l'as plus vu ! Tu dois être désespéré.

– Oui, bien sûr, j'ai vraiment rien d'autre à foutre, tiens. Arrête un peu de me les casser.

– Oooh, aurais-je touché un point sensible ?

– Bon, je pensais qu'il t'arrivait des merdes, dit Vanitas avec impatience. Tu racontes ou tu vas continuer à me saouler ?

– Quelle agressivité. Tu devrais consulter, pour ça, mon vieux. Ça peut être un inconvénient, dans le monde du travail.

Vanitas lui lança un regard profondément désabusé.

– Ok, d'accord, reprit Axel. Disons que quelqu'un a l'air de m'avoir pris pour cible pour ses mauvaises blagues.

– Comme ?

– Comme le fait que je me tape des appels jusqu'à plus de minuit et dès le matin parce que des compagnies d'assurances et autres entreprises de vente par correspondance ont cru comprendre de je ne sais quelle façon que j'étais très intéressé par leurs services. Sans oublier les trois pizzas livrées hier soir sans que j'aie rien demandé, la baby-sitter qui a été appelée d'urgence à sept heures ce matin et que j'ai dû renvoyer avec mon plus beau sourire. Et comme ça ne suffisait pas, bien sûr, j'ai remarqué tout à l'heure que mon portable avait été volé. Bref, ma vie est merdique.

Vanitas avait bien envie de rire, mais le visage d'Axel étant l'incarnation du désespoir, il se contint.

– Alors, dit-il, qu'est-ce que t'as fait pour qu'il t'arrive un truc pareil ?

Axel lui lança un regard plein de reproches. Vanitas ne savait-il donc pas qu'il était aussi innocent qu'un agneau sorti du ventre de sa mère et incapable de marcher ? (Il ne prenait pas en compte, bien sûr, le fait que l'agneau en question ait été un suppôt de Satan et ait pratiqué, durant de longues années, des messes noires en cachette, sacrifiant ses congénères à la gloire du Malin. À vrai dire, bien peu de monde était au curant. C'était un secret extrêmement bien gardé, bien que le pentacle inscrit sur son front aurait pu nous mettre à tous la puce à l'oreille. Mais passons les agneaux sataniques sont des espèces malignes et retorses, et savent comment faire pour détourner notre attention.)

– Je n'ai strictement rien fait, rétorqua Axel, voix de l'honnêteté.

– Permets-moi d'émettre un doute...

– Voyons, Vani. (Voir le visage de Vanitas s'assombrir en entendant ce joli surnom lui remonta un peu le moral.) Je sais que je ne suis pas tout rose, mais de là à...

– Je suis sûr que la moitié de l'école serait capable de t'envoyer des pizzas non commandées. Ou même de ta famille. Est-ce que t'as rangé ta chambre la dernière fois que ta chère maman te l'a demandé ? Tu sais que ce genre de désobéissance mène souvent à des représailles. Tu ne peux pas lui en vouloir. Mais je dois reconnaître qu'elle a une définition assez originale du concept de revanche.

– Ha, ha, ha. Comme si ma mère était capable de faire un truc pareil. Autant pour le coup des pubs, je pourrais comprendre, mais pourquoi elle m'aurait volé mon téléphone ?

– Elle va peut-être se prendre en photo et te le mettre en fond d'écran.

Axel resta silencieux un instant, évaluant la probabilité que ce genre d'événement se produise. Incapable de se rappeler de la façon donc on calculait une probabilité, il se contenta de hocher la tête, tantôt de gauche à droite, tantôt de haut en bas, sans savoir exactement ce qu'il essayait lui-même de communiquer.

Vanitas, habitué à ce genre de scène, ne tiqua pas et reprit :

– Enfin, si c'est elle, t'auras qu'à lui offrir un truc ce soir et ce sera terminé.

– Mais si c'est pas elle ?

– Alors, bon courage.

La cloche sonna et tous deux poussèrent un profond soupir. Sans un mot de plus, ils se rendirent dans leur classe respective, un cours sans la moindre importance scénaristique pour Axel, et un cours « d'éducation physique » pour Vanitas (ce qui a, vous l'aurez compris, une importance scénaristique significative – autre, bien sûr, que le loisir de vous laisser imaginer Vanitas en survêtements à pratiquer Dieu sait quelle torture on fait pratiquer aux étudiants dans ce genre de cursus.)

Comme raconter l'intégralité de son cours m'intéresse globalement très peu, passons à quelque chose de bien plus intéressant, c'est-à-dire le moment où il retourna aux vestiaires avec ses camarades de classe sans noms et sans visages que nous ne connaissons pas et ne connaîtrons sans doute jamais.

Un être anonyme et pratiquement inexistant (pour plus de facilités, nous l'appellerons Gary) entra donc dans les vestiaires, suivi de ses autres camarades de classe sans noms et sans visages, et plissa aussitôt le nez, les sourcils froncés (ce qui prouve que, contrairement aux dires de la science, il possédait bel et bien un visage.)

– Putain, dit-il (il avait en tout cas une voix et une manière peu polie de s'exprimer), ça schlingue !

Cette remarque étant fort peu pertinente quand on parlait d'un local dans lequel entrait une vingtaine d'adolescents aux hormones instables qui venaient de passer deux heures à transpirer allègrement, les autres ne l'écoutèrent guère et s'aventurèrent dans ce qui s'apparenterait bientôt à la cuisine de Satan.

Bien mal leur en prit. Dès l'instant où la porte fut fermée, tous se rendirent compte que Gary n'avait pas tort et que l'odeur, en effet, était quelque peu désagréable, pour ne pas dire quasiment insupportable.

– Qu'est-ce que ça sent ? demanda un autre être anonyme, appelons-le Gary 2.

Il fit le tour du vestiaire (en évitant les aisselles de ceux qui se fichaient de l'origine de l'étrange senteur et commençaient déjà à se déshabiller), le nez aux aguets, prêt à découvrir la source de leur ennui. Il s'arrêta devant quelqu'un, appelons-le Gary 3, le renifla ostensiblement, ce qui ne sembla pas le gêner le moins du monde (Gary 3 était une personne un peu étrange), puis changea de direction, tous les sens en alerte. Lentement, très lentement, il s'approchait du fond de la salle, et Vanitas (et non Gary 4) le regarda venir, les bras croisés, ses quatre sourcils haussés en signe de consternation (Vanitas possédait son propre code d'expressions faciales).

– Tu sens ? lui demanda Gary 2 en reniflant autour de lui, ce qui ne réjouissait pas vraiment Vanitas, au contraire de Gary 3.

– Ouais. Ça doit être les égouts.

Il n'en avait pas grand chose à faire et se dépêcha de se rhabiller. Lorsqu'il passa la tête dans son t-shirt, cependant, l'odeur le frappa avec force et il ne put s'empêcher de prendre un air dégoûté. À côté de lui, Gary 2 l'observait (il partageait certaines des caractéristiques étranges de Gary 3), les yeux plissés. Vanitas retira son t-shirt et lui lança un regard irrité.

– Quoi ?

– Ça vient d'ici, dit Gary 2.

Il regardait le t-shirt de Vanitas avec suspicion. Ce dernier porta le vêtement à son nez.

En effet, pensa-t-il, ça sentait plus fort qu'ailleurs.

– Qu'est-ce que c'est que cette merde, marmonna-t-il pendant que Gary 2 fouillait dans ses vêtements sans la moindre gêne en reniflant de temps en temps une pièce de tissus (il était, à bien y réfléchir, encore plus étrange que Gary 3).

Gary 2 hocha la tête et se tourna vers Vanitas.

– Je crois que tu devrais changer de produit de lessive, dit-il en lui rendant ses vêtements. Ils sentent vraiment bizarre.

Il s'en fut et partit s'habiller, laissant là notre héro dans un état de grande perplexité. En regardant autour de lui, ce même héros remarqua que ses camarades anonymes s'étaient un peu éloignés de lui, le laissant seul dans un coin, obligé de supporter l'horrible odeur qui s'échappait de ses vêtements.

Il s'assit sur le banc de bois, silencieux comme une tombe, et y resta jusqu'à ce que le vestiaire soit complètement vide.

L'odeur ne partait pas. Il eut envie de vomir, mais se retint. Soudain, son regard fut attiré par la poubelle presque vide cachée dans un coin, sous un banc. Il la tira vers lui. Deux gants en latex enduits d'une étrange substance y avaient été jetés.

L'arme du crime.

Il se releva, lentement, prit son sac en vérifiant qu'il n'avait pas été contaminé, et abandonna là t-shirt, pantalon et chaussures, tous imprégnés de ce mélange démoniaque que ses mystérieux créateurs avaient appelés, en le préparant, « les rejets intestinaux d'Axel » (ce qui était, ma foi, fort pertinent).

Cette journée ne se passait pas du tout comme il l'avait espéré. Quelqu'un lui voulait du mal. Il découvrirait l'auteur de cet acte immonde et lui ferait regretté d'être venu au monde.

xxxxx

Il était midi trente quand Axel retrouva enfin Vanitas après vingt minutes d'intense recherche. Il le trouva assis dans un coin sombre, loin des regards, les yeux éteints et l'air impassible.

– Hey, dit-il, mais il ne reçut aucune réponse.

Vanitas leva lentement la tête vers lui.

– Un problème ? demanda le roux.

Son interlocuteur ne réagissait pas. Axel regarda autour de lui, en quête d'un sujet de conversation qui pourrait le réveiller, et fronça les sourcils en voyant les vêtements abandonnés çà et là autour de lui (le maléfique professeur de sport avait obligé l'adolescent à récupérer la source de ses problèmes par peur d'empuantir tout le bâtiment). Il constata enfin (il n'était pas très dégourdi), que son ami portait ses vêtements de sports, et s'assit en face de lui, intrigué.

– Il se passe quoi, avec tes fringues ?

– Va voir par toi-même, marmonna finalement Vanitas en désignant son défunt t-shirt.

Axel l'attrapa et l'odeur lui assaillit les narines à l'instant même où il l'approcha de lui. Il le rejeta bien loin d'un air dégoûté.

– Dégueulasse, ça sent vraiment la mort ! Qu'est-ce que t'as fait, tu les as balancé dans des chiottes bouchées ? Je crois que j'ai besoin de respirer du vinaigre pour me purifier le nez.

– Je les ai trouvés comme ça en rentrant aux vestiaires, expliqua-t-il d'une voix plate.

– T'es sûr que c'est pas ton odeur corporelle, plutôt ?

Vanitas lui lança un regard noir. Il n'avait pas du tout envie de plaisanter.

– Tout était normal quand je suis parti. Le local était verrouillé pendant les deux heures du cours. Quand on est rentrés, c'était... quelqu'un est entré et m'a fait ce qu'il pense être « une bonne blague ».

– Je ai pas l'impression que t'aies trouvé ça drôle.

– Bien vu.

Axel se redressa.

– Bon, je retire ce que j'ai dit. Je ne pense pas que quelqu'un me déteste. Je pense plutôt que quelqu'un nous déteste.

Ils restèrent un moment silencieux, occupés à chercher l'identité du coupable. Ils sursautèrent soudain quand une jeune fille s'approcha d'eux en s'éclaircissant la gorge.

– Je peux savoir pourquoi vous faites les asociaux ? demanda Kairi. (Pour ceux qui n'auraient pas saisi, elle était la jeune fille évoquée à la ligne précédente.)

– On en a pas le droit ? se défendit son aîné, appuyé contre le mur. Qu'est-ce que tu veux ? J'ai pas d'argent, ajouta-t-il comme s'il arrivait souvent à Kairi de lui emprunter de l'argent, ce qui ne se produisait absolument jamais.

Elle soupira.

– Je n'avais pas vraiment envie de venir vous voir, fit-elle remarquer, mais j'ai pensé que vous aimeriez être au courant des deux ou trois rumeurs que j'ai entendu à votre sujet depuis ce matin et qui, semblerait-il, ne vous sont pas encore arrivées aux oreilles. Mais je peux m'en aller, si ça te dérange tant que ça, ce n'est pas comme si c'était une information vitale.

Les deux garçons échangèrent un regard.

– Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Vanitas.

Le visage de Kairi s'adoucit un peu.

– Il paraîtrait que vous vous soyez tous les deux mis à faire des déclarations d'amour torrides à une dizaine de filles – du moins, je pense, je n'ai pas plus de détails. Une fille de ma classe est persuadée d'avoir rendez-vous avec Axel après les cours. Elle a reçu une invitation dans son casier.

Elle les dévisagea en attendant leur réaction.

– J'ai rendez-vous avec une fille après l'école ? demanda enfin Axel, l'air intéressé.

– C'est ce qu'elle m'a dit.

– Elle est mignonne ?

Kairi pinça les lèvres.

– Elle est gentille, répondit-elle.

Axel resta silencieux.

– Qui d'autre en a reçu ? l'interrogea Vanitas.

Il avait l'air nerveux.

– Je ne sais pas tout. Deux filles de la classe de Riku, une vague connaissance de Ven, aussi. On m'a dit qu'il y en avait d'autres, mais je ne les connais pas. Oh, et Xion.

Vanitas lâcha un hoquet de surprise.

Xion ?

– Oui, acquiesça Kairi avec un sourire.

– De la part d'Axel ?

Il lui lança un regard suspicieux, mais celui-ci secoua vivement la tête.

– Non, de ta part. Ne t'inquiète pas, elle ne s'attend pas à avoir un rendez-vous avec toi.

Vanitas en resta estomaqué. Qui donc avait pu être assez stupide pour faire l'erreur de glisser une déclaration dans le casier de sa propre sœur ? Son estomac se retourna à cette pensée.

– Elle en a beaucoup ri, continua Kairi. Mais ce sont les autres, le problème. Certaines s'en fichent, mais d'autres y croient à fond. Vous êtes mal barrés, je peux vous le dire. Et, malheureusement, ce n'est pas le seul problème que vous avez.

– Quoi, encore ?

– Le journal de l'école est sorti aujourd'hui.

– Le journal de l'école ? répéta Vanitas. Ça existe encore ?

– C'est seulement le deuxième numéro. Malheureusement, il semblerait... enfin, je vous laisse regarder par vous-même.

Elle leur tendit un exemplaire. Vanitas commença à le lire, les sourcils froncés.

– D'ailleurs, Axel, j'ai autre chose pour toi. Tu l'avais laissé dans le salon.

Elle sortit un téléphone de sa poche et le lui donna. N'ayant plus rien à leur dire, elle leur tourna finalement le dos et quitta les lieux.

– Ok, on peut retirer le vol de portable de la liste des attaques à notre encontre, commenta-t-il.

Vanitas, plongé dans sa lecture, ne lui répondit pas. Axel lui prit le journal des mains.

– Ça raconte quoi ?

– De la merde.

– Dis donc, t'es bien virulent. On parle d'un journal créé par des gamins de douze ans, de toute...

Il s'interrompit en tombant sur l'article central de la publication. Sobrement écrit de lettres rouges sang, le titre annonçait : « AXEL ET VANITAS : LEURS SOMBRES SECRETS DÉVOILÉS. Ce qui va suivre va vous bouleverser. »

Axel referma le magazine.

– Quelqu'un nous déteste vraiment.

Vanitas acquiesça.

– Il va falloir qu'on trouve qui c'est, avant que ça dégénère, continua le roux.

Vanitas acquiesça. Encore.

– Tiens, j'ai un sms.

Vanitas ne dit rien. Il s'en fichait un peu.

Axel sortit son gsm de sa poche. Son visage se décomposa.

– Quoi ? demanda son ami, soudain intéressé.

– Je viens de recevoir pas moins de cinq sms me proposant un plan d'un soir, dit-il, l'air blasé.

Le gars aux vêtements puants eut un sourire.

– Oh, intéressant. Et ça vient de ?

– Numéros inconnus. Quelqu'un a filé mon numéro à tout un tas de gens. Quelqu'un veut ma mort.

Il manqua de lâcher l'appareil quand il se mit à vibrer. Il décrocha, livide. Qu'allait-il encore lui arriver ?

– Allô ? Euh... oui ? Non. Non, sûrement pas. Hein ? Quoi ? Mais je n'ai... écoutez, je... bon, c'est une erreur, ok ? Je ne sais pas. Non, je n'en sais rien. Vous avez dû vous tromper. Ouais, c'est ça. Non merci. Adieu.

Il raccrocha.

– Alors ?

– Un type d'au moins cinquante ans vient de me contacter pour savoir à quel hôtel on était censés se retrouver, vu que j'avais malencontreusement oublié de lui fournir cette information.

– Quoi ?

Apparemment, il a un peu discuté avec moi hier soir.

– Comment ça, vous avez discuté ?

Axel soupira.

– Sur Internet. Il m'a trouvé sur un site de rencontre gay.

Le coin de la bouche de Vanitas tressaillit, mais il tint bon.

– Je vois. Tu t'es inscrit sur un site de rencontre gay ?

– Mais non !

– Pas besoin de mentir, tu sais. Toute l'école sait que tu caches des sombres secrets.

Il ne put s'empêcher de laisser échapper un gloussement.

– Très drôle, Vani. Au cas où tu l'aurais oublié, je ne suis pas le « pote gay » de la bande. Le rôle est déjà pris.

– Oui, bien sûr ! Où avais-je la tête ?

Il était maintenant secoué par un rire qu'il était incapable de contrôler.

– Sérieusement ! Quelqu'un a créé un profil à mon nom, avec ma photo et mon numéro de téléphone, et s'est amusé à draguer tous les vieux du coin hier soir pendant que je ne me doutais de rien ! C'est même plus de la haine, ça, c'est... de la haine, mais en pire. Tu vois ce que je veux dire. Je suis encore mineur, bordel.

Vanitas riait tellement qu'il avait du mal à reprendre sa respiration. Il sortit son propre portable, les larmes aux yeux, et se mit à jouer avec son écran sous le regard médusé d'Axel.

Après quelques minutes, il se mit à rire encore plus fort et, ne parvenant pas à communiquer le moindre mot, lui donna le téléphone en essuyant les larmes qui coulaient sur ses joues.

– Axel, marmonna Axel (il aimait beaucoup lire son prénom à voix haute), vingt ans, jeune et sexy, super endurance, j'aime les jeux de... non, éloigne ça de moi.

– Comment ai-je pu ne pas remarquer ta peau « plus douce que les poils d'un chaton », déclara Vanitas entre deux hoquets.

– Ça va, putain...

Le noir-cheveux reprenait enfin sa respiration.

– Au moins, celui qui a fait ça avait un certain sens de l'humour... fit-il remarquer en s'essuyant les yeux.

– Il est con, oui ! Qui dit qu'un fou furieux ne va pas me fliquer partout, maintenant ? Je suis dans la merde jusqu'au cou.

– Ça va, il suffit de te désinscrire. Enfin, de demander à celui qui t'y as inscrit de te désinscrire. Relax. C'est pas comme si tes vêtements puaient la mort et que t'étais obligé de te promener en survêt pour le reste de la journée.

Axel soupira.

– Mouais. Enfin, dis-toi que t'as toujours ton sac, au moins. Ça aurait pu être pire.

– Parle pas de malheur.

La sonnerie retentit à travers la cours, et ils se relevèrent.

– Bon, j'espère que t'es prêt à affronter nos admiratrices, signala Vanitas.

– J'avais oublié. Merde.

Ils se séparèrent et rejoignirent chacun leurs salles de cours, désespérés d'avance à l'idée des heures à venir qui s'annonçaient bien sombres.

xxxxx

Il était seize heures, et les cours étaient officiellement terminés quand Axel, alors qu'il fuyait une demoiselle apparemment persuadée qu'il nourrissait pour elle un amour secret, croisa Vanitas, l'air lessivé, au détour d'un couloir. Au vu de son expression faciale, il n'était pas difficile de deviner que quelque chose de terrible c'était produit. Il lui lança un regard interrogateur.

– Une heure de retenue, grommela l'autre.

– Quoi ? s'exclama Axel. Pourquoi, cette fois ?

Vanitas haussa les épaules.

– J'avais une dissertation à rendre aujourd'hui, et...

– Elle avait disparu ?!

– Non.

– Ton chien l'avait mangée ?

– J'ai pas de chien. Non, c'est...

– Non, non, attends, je sais. Elle a été subtilement remplacée par une analyse complète du fonctionnement des chasses d'eau du dix-septième siècle jusqu'à aujourd'hui ?

– Tout juste.

Axel lui donna une tape sur le dos.

– Bah tiens. Pourquoi t'es en retenue, du coup ?

– Tu viens de le dire. Ma copie a été remplacée par une dissertation sur le fonctionnement des chiottes, ma prof n'a pas manqué de le remarquer, et me voilà en retenue.

Le sourire qu'affichait Axel disparut.

– Mais non.

– Et pourtant.

– Sérieusement ?

– Ouais.

– Combien de pages ?

– Dix.

– Quelqu'un s'est vraiment fait chier à pondre dix pages sur une connerie pareille juste pour te faire chier ? Je ne sais pas qui sont nos ennemis, mais il y a du niveau. Je ne peux pas dire que je ne suis pas impressionné.

– Ouais, super. Je dois y aller, maintenant, sinon je me tape une deuxième heure de retenue. Salut.

Il s'en alla, le pas traînant, vers ce qui promettait d'être l'heure la plus ennuyeuse de sa vie.

Axel, quant à lui, ne se fit pas prier pour quitter l'établissement avant que d'autres ennuis ne lui tombent sur la tête. Ses malheurs n'étaient malheureusement pas terminés alors qu'il s'apprêtait à sortir du bâtiment, il se fit rattraper par Kairi qui avait l'air un peu en colère.

– Qu'est-ce que t'as fait ? demanda-t-elle brusquement en l'attrapant par le bras.

– Je suis innocent, se défendit-il. Pourquoi ?

– Écoute, Axel, il doit bien s'être passé quelque chose pour que les gens t'en veuillent à ce point. Il paraît que t'as envoyé des sms compromettants à Naminé, Xion et Sora, hier soir. Je sais bien que tu te contrôles pas trop quand t'es bourré, mais fais au moins l'effort de garder ton téléphone loin de toi.

– Mais j'ai rien fait !

– Ouais, c'est ça. Tu sais, t'as le droit de draguer qui tu veux, mais évite de faire tout le monde en même temps, ça éviterait des malentendus. Sur ce, je dois voir Roxas. À plus tard.

Elle partit, la démarche raide, et il ne put retenir un soupir.

Quelqu'un avait bel et bien volé son portable, et ce quelqu'un l'avait utilisé à des fins peu scrupuleuses. Puis l'avait remis dans le canapé du salon. Mais...

Non, impossible. Sa mère n'était pas aussi démoniaque. (Axel, grand esprit de sa génération, n'était décidément pas fait pour devenir détective.)

Il s'échappa du bâtiment, traversa la cour, plongé dans ses pensées et intimement persuadé que rien de pire ne pouvait lui arriver. C'était sans compter sur la présence de Xion, qui l'attendait à la sortie, pour une raison fort mystérieuse.

– Tiens, Axel, l'interpella-t-elle avec un vague sourire.

Surpris qu'elle lui adresse la parole, il se tourna vers elle sans savoir quoi répondre.

– Il parait que tu m'as trouvée, je te cite, « de la grâce d'un renard dans cette soyeuse robe orange que je portais l'autre soir ». Sans citer la comparaison étrange, j'aimerais savoir : pourquoi diable ne m'as-tu jamais fait part de tes sentiments à mon égard ? Moi qui ai toujours pensé que tu ne pouvais pas me supporter.

Étrangement, il se sentit rougir. Il n'était pas préparé à avoir cette conversation. Il prit une inspiration.

– Écoute, euh...

– Xion.

– Je sais comment tu t'appelles, merci, bougonna-t-il. J'ai juste... j'ai pas envoyé ce sms.

– Et je n'ai pas de robe orange, malheureusement. Ça ne me va pas au teint.

– Sérieusement, j'ai rien à voir là-dedans. Je sais qu'on est pas, euh, amis, mais c'est pas mon genre. J'veux dire, tu dois croire que je suis con et tout ça, mais je le suis pas au point de...

– Ça va, soupira-t-elle, j'ai compris. Dommage.

– Dommage ?

– Je plaisante. Je préfère encore sortir avec un arbre, c'est déjà plus malin. Mais tu devrais faire gaffe à l'endroit où tu laisses traîner tes affaires, parce que le message que j'ai reçu était peut-être soft – en tout cas plus que la lettre que « Vanitas » a laissé dans mon casier, mais d'après ce que Naminé m'a envoyé, c'était pas tellement son cas. Et il paraît que c'est allé un peu loin, avec Sora. Enfin, je dis ça, je dis rien.

– Quoi ?

Il pria tous les dieux connus pour que les deux autres victimes comprennent qu'il ne s'agissait que d'un gros, gros malentendu.

– Il paraît que tu lui as envoyé une photo de ta... de ton truc, quoi, dit-elle à voix basse. Je crois pas que Sora soit super intéressé, mais à sa place je me sentirais un peu mal à l'aise, alors tu ferais bien de régler ça. Je suis bien contente de ne pas pouvoir recevoir les MMS, en tout cas.

Elle lui adressa un clin d'œil, et pendant un instant, il souhaita se retrouver au fin fond des enfers.

– Comment tu sais tout ça ? finit-il tout de même par demander.

– Naminé l'a dit à Kairi qui me l'a dit, je l'ai dit aussi à Kairi, et Sora l'a dit à Ven, qui l'a dit à Kairi, puis à Roxas, puis à moi, et peut-être même à Riku, ainsi qu'à deux ou trois autres personnes, tu sais comment il est. Bon courage pour te remettre de cette histoire.

Il se laissa tomber à terre, terrassé par ce coup fatal. Elle lui lança un regard désolé.

– Je dois y aller. Salut.

Les yeux fermés et prêt à fondre en larmes de désespoir, il ne la vit pas disparaître au coin de la rue, un sourire perfide aux lèvres.

xxxxx

– Comment ça se passe ?

Xion porta la tasse de chocolat à ses lèvres avec un sourire joyeux.

– Parfaitement comme prévu. Et, comme je l'avais prédit, ils sont trop stupides pour deviner qui est derrière tout ça. Malgré le fait que ce soit Kairi elle-même qui lui a rapporté son téléphone. Je me demande s'il a remarqué tous les changements d'autocorrection. Et le mélange de tous ses numéros...

Elle laissa échapper un soupir de contentement.

– Je lui ai dit qu'il avait envoyé une photo de son engin à Sora, ajouta-t-elle.

Roxas ouvrit des yeux ronds.

– Ah bon ? Pourquoi ?

– Comme ça. Avec qui on avait échangé son numéro ? Je ne me souviens plus.

– Mmh, c'était pas avec celui de sa mère ?

– J'espère qu'il ne va pas simplement lui envoyer : « désolé pour la photo de mon tuyau d'arrosage».

– J'espère que si, dit Roxas.

– Il avait l'air tellement désespéré, commenta-t-elle, enchantée. Je ne me suis jamais sentie aussi puissante. La vie est belle.

Elle déposa sa tasse sur le bord de la baignoire.

– Faudra remercier Kairi pour son aide, nota Roxas.

– Elle était bien contente d'emmerder son frère, pour une fois. Mais elle nous a été utile. Je savais qu'on pouvait compter sur elle.

Il haussa un sourcil dubitatif.

– Qu'est-ce qu'il reste à faire ? demanda-t-elle sans se préoccuper de ce charmant sourcil.

– Oh, plus grand chose, à part les histoires directement contre Vanitas. Mais vu qu'il saura directement que c'était toi, ça revient à déclarer ouvertement la guerre.

– Je n'ai pas peur de la guerre, déclara Xion bravement. Je deviendrai le plus grand général que notre armée ait jamais connue et décimerai nos ennemis sans le moindre remord.

– Ravi de l'entendre... tu comptes t'en occuper ce soir ?

– Ouais. Je ne vais pas tarder à rentrer, d'ailleurs. Il est en retenue, donc j'ai un peu de temps devant moi pour tout mettre en place.

– J'ai hâte. Tu l'as vu, toute la journée avec son training ? J'étais si heureux.

Les yeux de Roxas brillaient. Xion y vit une petite larme de joie. C'était, à n'en pas douter, la journée la plus merveilleuse de leur vie.

Elle sortit de la baignoire et récupéra la tasse.

– Bon, il est temps de passer à la phase deux. Tu as fait du bon travail, soldat. Tu mérites une permission.

Il hocha la tête.

– Merci, mon Général.

– À demain ! Je te tiens au courant.

Elle lui adressa un clin d'œil et sortit de la salle de bain. Elle rangea la tasse dans le lave-vaisselle et quitta la maison de Roxas, déterminée. Il était temps de passer à la seconde partie du plan. La guerre ouverte.

Leur ennemi était à terre. Il ne restait plus qu'à l'achever.

xxxxx

Vanitas rentra chez lui, dévasté par sa journée. Il pouvait définitivement décrire ce jour comme étant le pire de sa vie.

Il se dirigea directement dans sa chambre et s'effondra sur son lit, mentalement détruit, physiquement épuisé, avec l'espoir de se réveiller en sursaut en découvrant que tout cela n'avait été qu'un horrible cauchemar.

Comme le réveil ne venait pas, il décida de décompresser en s'abandonnant à son plaisir secret (non, pas celui-là.)

Il sortit sa console de sous son lit et l'alluma, prêt à oublier ses déboires en parcourant Unys ou, comme il aimait l'appeler dans la salle secrète de son esprit, le monde idéal.

Enfin, pensa-t-il, il était tranquille. Ici, personne ne viendrait lui jouer de sale tour.

Comme d'habitude, il avait tort.

Il s'enfonça dans les hautes herbes, prêt à en découdre, et ce fut le drame. L'attaque dura un instant. C'est quand il se préparait à envoyer son pokémon le plus puissant, qu'il découvrit l'horreur. La plus terrible épreuve que le ciel lui avait envoyé aujourd'hui.

Ses pokémons avaient disparus. À la place ne restait plus qu'un magicarpe, sans la moindre utilité.

Vanitas resta tétanisé par le choc.

Non, celui qui avait ruiné sa journée ne pouvait pas avoir fait ça. Personne n'avait accès à sa chambre, et encore moins à sa console de jeu. Personne.

Personne à part...

Il se redressa, saisi d'horreur. Quel idiot. Pourquoi ne l'avait-il pas deviné plus tôt ?

Il sortit de sa chambre, collé au mur, prêt à en découdre au cas où son ennemie mortelle décidait de se montrer. Il vit ses yeux bleus étinceler dans la pénombre, et il comprit que tout cela avait été un piège, un manège orchestré par l'incarnation du mal en personne.

Il n'était plus en sécurité nulle part, désormais.

xxxxx

Quelqu'un frappa à la porte.

Roxas pria pour qu'il n'y trouve pas le vieillard de la dernière fois. Il jeta un coup d'œil à Ven qui, affalé dans le canapé, semblait plongé dans le visionnage d'un épisode de Louis la Brocante. Il ne se lèverait pas pour sortir. C'était à lui et à lui seul de faire face à cette épreuve.

Prenant son courage à deux mains, il baissa la poignée et ouvrit la porte. Ses yeux croisèrent ceux du nouvel arrivant et il laissa échapper une exclamation de surprise.

– Qu'est-ce que tu fous ici ?

Vanitas lui lança un long regard vide.

Le cœur de Roxas se calma instantanément. Il n'était pas venu pour les représailles, tout allait bien. Avec un peu de chance, il ne savait même quel rôle le blond avait joué dans l'affaire. De nature prudente, il s'éloigna un peu de la porte et tourna la tête vers son frère.

– Ven, pour toi.

– C'est qui ? demanda ledit Ven sans même prendre la peine de se retourner.

Roxas ne répondit pas et s'enfuit dans la cuisine. Intrigué, Ven se leva et rejoignit l'intrus.

– Vanitas ? Qu'est-ce que tu fais ici ?

Il avait l'air d'avoir vécu la guerre et semblait au bout du rouleau. Encore plus intrigué, Ven l'invita à entrer. Sans un mot, il l'emmena jusqu'à sa chambre, le fit asseoir sur son lit, le dévisagea un long moment puis repartit.

Vanitas resta seul, perdu, incapable de penser correctement. Il ne savait même pas pourquoi il était venu jusqu'ici. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il devait éviter de croiser la Reine des Morts, celle qui vivait dans la chambre en face de la sienne et qui avait fait de sa vie un enfer.

Il laissa ses yeux se promener sur les murs puis les rattrapa et les remit dans ses orbites. Il n'était venu qu'une fois dans la chambre de Ven. Ou deux. Peut-être, quand il était enfant...

La porte s'ouvrit et il vit son hôte revenir avec une tasse fumante.

– T'as l'air d'en avoir besoin, expliqua-t-il en la déposant sur sa table de chevet. C'est du lait chaud au miel. Je ne sais pas si t'aimes bien, mais ça soigne tout, alors... comment s'est passé ton week-end ?

Son week-end ? Il lui semblait si loin qu'il avait du mal à s'en rappeler. Quelques brèves images lui revinrent en mémoire. Oh. Oui. La loi du silence.

– Ça allait, dit-il, la voix un peu enrouée.

La perte de son Majaspic chromatique niveau 84 avait été un coup dur. Il y était très attaché. Jamais il n'aurait cru que sa sœur oserait aller jusque-là pour se venger. À cette pensée, il sentit les larmes lui monter aux yeux. Comme il était hors de question que Ven le remarque (il n'avait aucune envie d'avouer son grand secret) il resta stoïque et mima la fatigue pour faire diversion.

Il attrapa la tasse et but une gorgée en manquant de se brûler, mais cela n'avait pas d'importance il avait aujourd'hui vécu plus de souffrances qu'un humain pouvait endurer, et plus rien ne pourrait le blesser.

– C'est à cause de l'article ? demanda Ven, l'air inquiet.

– Tu l'as lu ?

Son regard était aussi expressif que celui d'un poisson mort. Ven dodelina de la tête, un peu gêné.

– Quelques lignes, c'est tout.

– Ah.

– Si c'est à propos des déclarations lancées dans les casiers de la moitié des filles de l'école, tout le monde sait que c'était juste une mauvaise blague, essaya-t-il de le rassurer en posant maladroitement une main sur son épaule.

– J'ai vécu la pire journée de ma vie, dit Vanitas d'une voix éteinte.

– C'était si terrible que ça ?

Il hocha la tête.

– L'article, énuméra-t-il, les déclarations, les vêtements pourris, les musiques de mon mp3 remplacées par l'intégrale de Céline Dion, la dissertation et...

Sa voix se brisa.

– Tu as une idée de l'auteur de tout ça ?

Ven, en tout cas, en avait une idée très nette, mais il préférait ne pas donner de noms avant d'en être certain.

– Je ne sais pas ce que je lui ai fait pour qu'elle me déteste à ce point, murmura Vanitas.

– Xion ? Je ne crois pas qu'elle fasse ça parce qu'elle te déteste, répondit Ven le plus doucement possible. Elle doit sans doute trouver ça drôle.

Vanitas leva la tête vers lui.

– Drôle ? répéta-t-il.

– Je suppose qu'elle trouve que ce sont juste des blagues qui ne peuvent pas faire grand mal...

– Si c'était ce qu'elle pensait, elle n'aurait pas...

Il se tut.

Elle avait même vidé chacune de ses boîtes pokémon. Quel monstre était capable d'un tel acte de cruauté ?

– Ça ira mieux demain, tenta Ven.

– Elle a préparé un tas de pièges chez moi. Je le sais. Je...

Il fut interrompu par le vibreur de son téléphone. Un sms d'Axel. Ven, qui regardait par-dessus son épaule, haussa les sourcils. Sur l'écran, on pouvait lire : « Salu, desole pour la photo, c etait pa moi, j ai rien a voir la dedans. Juste une mauvaise blague, sorry, stp efface la et l a met pas sur les raisau sociau, ca ruinerais ma vie. Thx »

– De quoi il parle ? demanda Ven dont les yeux brûlaient étrangement après la lecture du message.

– Je sais pas. J'en ai pas la moindre idée. Lui aussi s'est fait malmener aujourd'hui. Elle mène une guerre contre nous.

– Je vois...

Le blond se leva et se dirigea vers la porte.

– Où tu vas ? demanda Vanitas, inquiet.

Il n'avait pas la moindre envie de rester seul alors que ses ennemis grouillaient dehors.

– Je reviens.

Et il disparut dans le couloir.

xxxxx

Quelques mètres plus loin, Roxas fut interrompu dans sa dégustation de tartine au beurre de cacahuète par son frère qui lui lançait des regards assassins. Il leva les mains pour signer sa reddition.

– Aïe ! s'exclama-t-il quand Ven le frappa sur le haut du crâne. Ça va pas ou quoi ?

– C'est moi qui devrait te poser la question, rétorqua froidement Ventus. Pourquoi vous avez fait ça ?

– Qui a fait quoi ?

– Arrête de faire l'idiot. Toi et Xion. T'as vu la tête de Vanitas ? Vous l'avez anéanti, avec vos conneries.

– Il est vite anéanti...

– Je ne sais pas ce que vous avez exactement fait, mais c'est suffisant. Arrêtez-vous là et on en parle plus.

– Ça va, c'est juste pour déconner. C'est pas comme si on avait essayé de le balancer du haut du toit.

– Vous avez assez rigolé, non ?

Roxas laissa échapper un soupir.

– Ça va, ça va, j'en parlerai avec elle. Mais avoue que l'article était drôle.

– Comment t'as fait pour faire publier ça ?

– Tout le monde les déteste, c'était pas bien difficile.

Sans répondre, Ven quitta la pièce et retourna dans sa chambre. Vanitas était couché sur son lit et observait le plafond, morose. Ven inspira un grand coup. Il allait avoir du pain sur la planche.

– Vanitas ?

Silence. Ven ferma doucement la porte et s'assit sur le bord du lit. Après quelques secondes, il avança sa main et ses doigts rencontrèrent ceux de Vanitas.

– Ça va ?

– J'en sais rien.

– Ça va passer, tu sais. Je suis sûr qu'ils... qu'elle aura arrêté tout ça demain.

– Peut-être...

Mais ça ne réparerait pas les pertes qu'il avait subi.

– Fais-moi de la place, demanda Ven.

Vanitas lui lança un regard vide. Son hôte leva les yeux au ciel.

– Fais ce que je te dis, c'est tout.

Le blond attendit qu'il s'écarte et se coucha à côté de lui, les yeux rivés sur le plafond.

– Tu peux rester ici aussi longtemps que tu veux, murmura-t-il. Si tu veux rester dormir, je suis sûr que personne n'y verra d'inconvénient.

Son invité se tourna vers lui et il sentit son souffle lui chatouiller l'oreille.

– Non. Tout est chez moi, de toute façon. Je fermerai la porte à clé, c'est tout. Pour être sûr.

– D'accord. Je suis là, si besoin.

Il y eut un silence.

– Tu m'as un peu manqué, lâcha soudain Vanitas. Pendant ce week-end.

– Vraiment ? répondit Ven avec un sourire (disposer d'un Vanitas en plein désordre mental n'était finalement pas si mal que ça.)

– Un peu. C'est tout. Ne vas pas te faire des idées.

– Un peu, c'est déjà pas mal. Ça veut dire que mon plan fonctionne à la perfection.

Pour la première fois depuis qu'il était arrivé, Vanitas eut quelque chose qui ressemblait de loin, si on avait un œil fermé et que l'autre avait de graves problèmes de vue, à un sourire. Il ignorait que Ven énonçait là une pure et simple vérité et que, par conséquent, ça n'avait rien de drôle il préféra se bercer d'illusions en pensant y voir une sorte de trait d'humour douteux.

Il ne bougea pas quand Ven passa un bras autour de lui et posa sa tête contre son épaule. Il était probable que la plupart de ses connexions neuronales aient subi des dégâts irréversibles qui ne lui permettraient plus jamais de récupérer sa personnalité.

– Et Axel ? demanda soudain Ven.

– Axel ?

– Il lui est arrivé quoi ?

– Ah... le journal, les déclarations, pareil... quelqu'un l'a inscrit à des pubs, a commandé de la bouffe et une baby-sitter non sollicitée... et un faux profil sur un site de rencontre. Ah, et un échange dans les noms de ses contacts, j'imagine, vu l'étrange sms qu'il m'a envoyé.

– Ça et les sms compromettants.

– Quoi ?

– Je ne sais pas, c'est Xion qui m'a parlé de ça. C'était peut-être pour rire.

– Quelqu'un a dû mettre la main sur son téléphone... c'est pour ça qu'il ne l'avait pas retrouvé ce matin. Mais alors...

Ses neurones se reconnectèrent et il eut un éclair de lucidité.

– Quoi ?

– Kairi a rapporté le portable d'Axel... il n'y a qu'elle qui a pu... à moins qu'elle ait profité du fait qu'elle l'avait retrouvé pour le prêter à quelqu'un...

– Tu penses que c'est un coup des petites sœurs ?

Tout ça pour un combat fraternel ? Non, c'était plus que ça. C'était plus grand. Ça remontait à plus loin.

Il se redressa.

– Ce sont eux, dit-il pour lui-même. Depuis de le début.

– Qui ?

– Nos ennemis mortels...

Il sortit du lit et passa la tête dans le couloir pour vérifier que personne n'écoutait, puis se tourna vers Ven, les sourcils froncés.

– Xion et Kairi... Roxas est sûrement dans le coup, lui aussi. Peut-être même Riku, ou...

Il dévisagea son hôte d'un air suspicieux.

– Je n'ai rien à voir là-dedans, assura Ven.

– Comment je peux en être sûr ?

– Je ne vois pas pourquoi j'aurais fait un truc pareil. J'ai aucune raison de me venger de toi, et encore moins d'Axel.

Vanitas n'en était pas si sûr, mais il garda ses doutes pour lui.

– Ils ont Kairi avec eux. Ça veut dire...

... qu'elle avait officiellement changé de camp. Le choc était de taille. Il se laissa retomber sur le lit.

– Je ne crois pas que Riku soit impliqué, dit Ven après réflexion. Je ne l'ai même pas vu, aujourd'hui. Et ce n'est pas son genre.

Riku ne faisait pas de blagues, il jouait sa vie. Ven réprima un frisson.

– Peut-être... souffla Vanitas. Mais s'ils veulent se venger de nous, pourquoi maintenant ? C'est...

– Et Sora ?

– Quoi Sora ?

– Il n'a pas été touché ?

Vanitas réfléchit un instant.

– Je n'ai rien entendu de tel. Je lui demanderai, mais...

– C'est déjà ça. J'imagine qu'ils ont eu pitié.

– Et ils n'avaient pas de petite sœur pour leur vendre des informations. Bien sûr... c'était tellement évident. Ils ont profité de notre absence pour mettre en place ce stratagème. Ils le préparaient peut-être depuis des semaines. C'est ça, qu'ils veulent. Une guerre ouverte.

Il se leva et récupéra ses affaires, déterminé à leur offrir ce qu'ils cherchaient.

– Tu t'en vas ?

– Il est temps de laver mon honneur, déclara Vanitas. Ça ne va pas se passer comme ça.

– Mais...

– Je gagnerai ce combat par tous les moyens. Ma sœur se prend peut-être pour un grand stratège, mais elle n'a encore rien vu.

Un sourire – un vrai, cette fois – apparut sur son visage.

Il ouvrit la porte et se tourna une dernière fois vers le blond qui l'observait, impassible.

– Adieu, Ventus, dit Vanitas, le regard lointain de celui qui s'apprête à affronter son destin. Et n'aies crainte. La prochaine fois que nous nous reverrons, je serai victorieux.

Il disparut et Ven enfonça la tête dans son oreiller, blasé.

Décidément, cette histoire n'était pas prête d'être terminée.


Quel était le plan de Vanitas ? Que s'est-il donc passé durant ce week-end loin de tout ? Que disait le contenu de l'article du journal de l'école ? Olette est-elle vraiment devenue une gentille petite fille ? Naminé réussira-t-elle à sauver le monde ? Que sont devenus les vêtements de Vanitas ? Sora a-t-il réellement une bronchite ? Ces questions, mesdames et messieurs, trouveront leur réponse au prochain épisode.

On ne fait rien de plus méchant que de ruiner la partie pokémon de ses frères et soeurs. C'est NUL, vous m'entendez ? Ne faites pas ça chez vous. :'( (Non ma soeur ne m'a jamais fait ça et je n'ai jamais fait ça à ma soeur, hihi, je tiens à la vie.)

Merci pour votre lectuuuure ! Et vos reviews ;; I luv you all.

À la prochaine :3

EDIT : je ris parce que je relis le premier chapitre et que j'y ai écris : "Elle se fichait éperdument de la question existentielle « qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » et qui nous énerve maintenant de puis au moins un millier de mot, et préférait penser (déjà) à une manière ou une autre de se venger de ses deux tortionnaires, même si maintenant elle ne trouvait rien à faire, vu son imagination déplorable quand il était question de magouille ou autre chose. Mais elle y arriverait, elle en était sûre, et elle y arrivera, au désespoir de son frère, mais pas tout de suite." Woah, j'ai vu dans l'avenir. Enfin ça compte pas vu que c'est quand même moi qui écrit, vous allez me dire, mais. Lul.