Akurokushi : merci pour ta reviiiieeeew (encore hihi), tu es cooool. Prends donc ce chocolat-noisette virtuel, c'est cadeau.


Une fois n'est pas coutume, je vais vous raconter une histoire.

Il était une fois, dans un puits sombre et profond, un petit garçon qui attendait qu'on vienne le sauver. Il était très mignon, avait de grands yeux bleus et des jolies rougeurs aux joues, mais était, malheureusement, vraiment stupide.

Ce petit con – je vous prie d'excuser mon langage, mais cette histoire me remue tant et tant l'estomac qu'il semblerait que cela m'ait fait perdre tout sens de la courtoisie et du bien-parlé le plus basique – ce petit couillon, donc, jouait tranquillement au genre de débilités auxquelles jouent les enfants, c'est à dire faire des choses n'ayant pas le moindre sens. Alors qu'il découvrait la nature en cueillant de superbes feuilles de pissenlit pour s'en faire une couronne, il entendit un sifflement étrange provenir du puits sale installé au fond de son jardin, puits qui n'avait rien à faire là puisque, comme n'importe qui au vingt-et-unième siècle, ses parents avaient pensé à installer l'eau courante et n'avaient donc pas besoin de chercher de l'eau croupie au fond d'un trou creusé dans le jardin.

Intrigué par ce bruit, il s'approcha du puits, se pencha au-dessus et plongea ses grands yeux océans dans les noires abysses qui semblaient l'appeler avec un chant digne des sirènes. Peu soucieux de savoir s'il risquait de blesser quelqu'un ou quelque chose tout au fond, il attrapa un morceau de pierre et le balança dans la fosse en attendant le « plouf » d'un air parfaitement ahuri.

Il crut entendre un cri, et pour mieux examiner ce qui pouvait l'avoir poussé, s'avança encore jusqu'à ce que – eh bien, vous vous en doutez, il tombe dedans avec un petit cri d'orfraie.

Par chance, ce monde étant fort particulier, et il ne se blessa pas le moins du monde. Par contre, il faisait noir, et le petit garçon n'aimait pas beaucoup le noir. Sans se préoccuper de savoir si cela le rendait raciste ou non, il commença à appeler à l'aide en espérant que son petit papa ou sa chère maman vienne le chercher, sans succès. C'est alors qu'il se mit à pleurer, ce qui, je l'avoue, me fait bien plaisir. Ça t'apprendra à être plus stupide qu'une huître, sale gosse.

En quoi cela vous apprend-il quelque chose, me demanderez-vous ? Eh bien, c'est simple : premièrement, on ne refuse pas une petite histoire en guise d'introduction deuxièmement, on ne refuse pas une histoire racontée par ma grande personne troisièmement, vous ne saurez ce qui est arrivé à cet idiot que dans quelques paragraphes, le temps que j'installe le suspense en vous donnant quelques scènes inutiles sur la vie de personnages tous plus insipides les uns que les autres.

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– Hey, Isa.

Le susnommé se tourna vers le non-susnommé, qui était accessoirement ce qui lui servait de meilleur ami – bien que, depuis quelques jours, il pensait à remettre sérieusement cette affaire en question.

– Oui ?

Lea (car c'était en effet Lea), descendit de la table sur laquelle il était assis et s'étira.

– Je me disais, en fait, t'as faim ?

– Pourquoi ?

– Tu veux un chocolat ?

Il avait dit ça avec un sourire tout sauf innocent.

– Un chocolat ?

Isa était méfiant. Depuis que Lea avait trouvé sa nouvelle passion, il essayait de rester le plus en retrait possible. Un chocolat pouvait signifier un piège. Un chocolat, aussi petit soit-il, pouvait mener à la désolation, à l'apocalypse, et rester au sol, écrasé par les hordes de fuyard, après la grande invasion de zombies de deux mille cent trente-deux.

Mais ça n'avait aucun rapport. Isa haussa les sourcils.

– Ouais, un chocolat, répondit Lea en en sortant magiquement un de sa poche. Et pas n'importe lequel : un chocolat-noisette.

– Qu'est-ce que c'est que ça, encore ?

– Juste un chocolat-noisette, Isa. Seulement ça. Une petite collation. Et ça n'a rien à voir avec mes recherches, ne sois pas inquiet. Je l'ai déjà testé sur Naminé, ça n'a pas fonctionné. Cent pour cent sûr. Promis, juré.

Isa attrapa le chocolat avec lenteur et le rangea dans sa poche.

– Et quoi, tu le manges pas ?

– Je le garde pour plus tard.

– Mais alors, comment je saurai si tu...

Il s'interrompit, réfléchit et frappa du poing dans la paume de sa main (l'autre main que son poing, sinon son anatomie serait plus qu'étrange).

– Évidemment ! Suis-je bête. Prends ton temps, Isa, il ne faut surtout pas te presser. Je suis quelqu'un de patient.

Voilà qui était vraiment louche.

Isa recula lentement d'un pas, puis d'un autre.

– Je crois que je vais y aller, dit-il.

– À plus tard, alors ! J'ai plein de boulot, de toute façon.

Isa s'enfuit sans un mot de plus.

Pourquoi, pourquoi avait-il fallu que Naminé évoque avec lui ce genre de sujet ? Ne savait-elle pas que cela risquait de faire fondre le cerveau de Lea ? Elle te tarderait pas à le constater, en tout cas. Il se jura de la trouver, elle qui était mystérieusement portée disparue depuis quatre jours. Il fallait qu'ils aient une sérieuse conversation à propos de Lea. C'était une urgence, une question de vie ou de mort.

Mais avant ça, il avait une garde d'enfant à mener.

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Un cri strident dans la nuit.

La musique familière d'un marchand de glace.

Un bip sonore.

Xion se réveilla en sursaut, le cœur battant. Elle regarda autour d'elle, paniquée. Que se passait-il, ici ? Que diable était-il en train de lui arriver ?

Ses oreilles sifflaient et elle se leva d'un bond en cherchant la source de ce terrible vacarme. Elle ne tarda pas à la trouver.

Trois réveils en tous genres s'étaient mystérieusement retrouvés branchés au quatre coins de sa chambre, ce qui était assez extraordinaire, puisqu'il n'y avait pas suffisamment de réveils pour couvrir chaque coin, mais passons.

Elle les éteignit un à un en grommelant. Il était trois heures et demie du matin.

D'abord tentée de se rendormir tout de suite, elle fut néanmoins portée par un désir profond de vengeance et décida de profiter du fait qu'elle était réveillée pour allez donner à son frère la correction qu'il méritait. Elle traversa le couloir sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller ses parents et entra discrètement dans l'antre du démon.

Elle referma la porte lentement. Vanitas dormait dans son lit (comme il était logique qu'il le fasse), enroulé dans ses couvertures jusqu'au cou. Elle s'approcha à pas de loups, un sourire malicieux sur le visage. Elle n'était pas vraiment en colère, en fait. Elle était plutôt contente de la perche qu'il lui avait tendue.

Elle prit une inspiration et se jeta sur lui, en espérant tout de même un instant qu'il dorme en pyjama – ce qui, par chance, était le cas.

Vanitas se réveilla en sursaut et avec un petit cri aigu qui ne manqua pas de faire rire sa chère petite sœur.

– Non mais qu'est-ce que tu fous ? T'es malade ou quoi ?

Il avait l'air furieux. Furieux et fatigué. Xion lui adressa son plus grand sourire.

– Ça t'apprendra à me réveiller à trois heures du mat', monstre.

– Je savais que j'aurais dû verrouiller la porte... grommela-t-il en enfonçant le visage dans son oreiller.

– Qu'est-ce que tu croyais, idiot ? Tu ne possèdes pas mon intelligence supérieure. Je suis plus démoniaque que toi. Tu ne peux pas gagner cette bataille, la victoire est déjà mienne.

Il essaya de la faire dégager du lit, mais elle s'accrocha à lui avec la détermination d'un prédateur ayant enfin mis la main sur sa proie. Comme il abandonnait et essayait de se rendormir, elle le secoua violemment. Il était hors de question qu'il s'en tire aussi facilement.

– Oh oh, tu penses pouvoir t'en sortir comme ça ? Tu m'as réveillée, et je te jure que tu ne vas plus pouvoir retrouver le sommeil avant que je ne l'aie décidé.

– Casse-tooooi...

Il ponctua sa phrase d'un bâillement.

– Qu'est-ce que j'ai bien pu faire au ciel pour avoir un frère aussi débile que toi ? demanda Xion en s'asseyant sur son ventre, ce qui lui tira une exclamation de surprise et de douleur.

Elle tapota le haut de la tête du garçon en secouant la tête.

– Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour avoir une sœur aussi malade que toi ? rétorqua Vanitas.

– Oh, ça ? Maman en avait tellement marre d'avoir un fils imbuvable qu'elle a décidé qu'il était temps de mettre au monde la perfection.

– C'est ça... allez, laisse-moi dormir, putain.

– Tss tss. Et la politesse ? Je t'ai dit que tu allais le regretter, Vani chéri. Mon mignon petit grand-frère.

Elle lui ébouriffa les cheveux avec force et un sourire meurtrier.

– Laisse-moi tranquille !

– Jamais.

Elle descendit du lit et se mit à fouiller dans ses armoires, juste pour le plaisir de l'embêter. Elle était en pleine forme. Cette nuit promettait d'être la meilleure de sa vie.

Vanitas se redressa brusquement.

– Qu'est-ce que tu fous ?

Elle tira un des tiroirs de son bureau avec un mmh-mmh intéressé.

– Oh, que vois-je ?

Il se jeta sur elle et l'éloigna de l'armoire avec un air menaçant dont elle n'avait cure.

– Dégage de ma chambre !

– Moi ? Dégager ? Mais c'est toi qui m'a invitée ici en programmant de vieux réveils pour te venger. La vengeance appelle la vengeance. Je vais rester ici jusqu'à ce que t'en aies tellement marre de moi que tu te jetteras tout seul par la fenêtre.

– Tu peux rêver. Et ma vengeance à moi était méritée.

– Ah bon ? Mais j'ai rien fait du tout.

– Bien sûr...

– Ce n'est pas ma faute si tu ne sais pas prendre soin de tes affaires, tu sais.

– Fais comme si t'avais rien à voir là-dedans !

– Mais je n'avais rien à voir. Presque. À vrai dire, c'est Roxas qui a chopé la clé du vestiaire. Je suis innocente, je le jure.

– Va te faire foutre, Xion. T'es une vraie sorcière.

– Oui, on me le dit souvent. Alors, qu'est-ce que tu caches dans ces tiroirs ?

Elle tenta une nouvelle approche mais Vanitas prit soin de la retenir de toutes ses forces. Il était hors de questions que ses sombres secrets soient révélés à la terre entière. Xion arborait un sourire joyeux.

– Allez, dis-moi. Des pornos ? Une cassette des télétubbies ? Un album dédicacé de Taylor Swift ? Oh non ! Je sais !

Son sourire s'agrandit et elle lui adressa un clin d'œil appuyé.

– C'est des photos de Ven à poil, c'est ça ? Il sait, au moins, que tu le surveilles ? Ou bien pire, il te les vend carrément ? Tss, honteux.

– T'as qu'à croire ce que tu veux, je m'en fous.

Pour qu'il préfère que sa sœur pense à des photos de nu d'un de ses amis plutôt qu'à ce qui se trouvait réellement à l'intérieur, ça devait être une affaire extrêmement gênante. Elle fit semblant d'abandonner la partie, et dès que Vanitas sembla déconcentré, se jeta sur l'armoire et ouvrit les tiroirs douteux.

Ce qu'elle vit la laissa stupéfaite.

Il n'y avait rien.

– ... quoi ?

– Bien fait pour toi, Xion. Ça t'apprendra à fouiner. Malheureusement, il n'y a rien d'horriblement gênant à te mettre sous la dent, là-dedans. Les seuls terribles secrets que tu pourrais grappiller sur moi se trouvent bien au chaud dans ma tête. Tu n'y auras jamais accès.

Elle se tourna vers lui, mécontente.

– Tu t'es bien foutu de ma gueule.

– Eh oui. Heureuse ?

– Je suis sûre que tu gardes des photos de Ven à poil, quelque part, mais que t'oses juste pas me l'avouer. Allez, dis-le.

– Voyons, Xion. J'ai suffisamment d'imagination pour ne pas avoir besoin de support visuel.

Elle resta interdite. Il sourit.

– Je te l'ai dit, tout est là-dedans (il pointa son crâne du bout de son doigt). Je ne voudrais pas qu'on tente de revendre des informations à l'ennemi.

Elle haussa les épaules et s'assit sur le lit.

– Très bien. Puisque je ne peux pas fouiller ta chambre, discutons.

– J'ai une meilleure idée : allons dormir. Je jure que je ne programmerai plus de réveils à trois heures du matin.

– Est-ce que t'as déjà vu Ven à poil, en fait ? Maintenant qu'on en parle.

Il lui lança un regard désabusé.

– T'as rien d'autre à foutre que de me poser ce genre de questions à la con ?

– Non, mais je demande ça comme ça, tu sais. Je l'ai vu à poil, une fois.

Vanitas resta estomaqué.

Quoi ?

– Bah ouais. Genre, vraiment, en plus. Pas seulement ses fesses, si tu vois de quoi je parle. J'ai perdu mon innocence, ce jour-là.

Elle n'avait pas tellement l'air de le regretter. Vanitas sentit un tic agiter le coin de son œil.

– Quand ça ? Comment ? Qu'est-ce que c'est que cette connerie ?

– Ooh, jaloux ?

Elle lui tira la langue.

– Sérieusement, quand ?

– Mmh, il y a deux ans, peut-être ? J'étais chez eux pour le week-end. Je jure que je ne savais pas que la salle de bain était occupée. Franchement, pourquoi est-ce qu'il ne ferme pas le verrou, dans ce genre de situation ?

– J'arrive pas à y croire...

– Et pourtant. T'as vu ça ? Même ta petite sœur a une meilleure base que son imagination pour savoir à quoi ressemble ton mec en tenue d'Adam. Est-ce que t'as la haine ? J'espère que oui. Moi, ça m'amuse beaucoup.

– J'arrive pas à y croire !

– Il faut t'y faire, je suis plus douée que toi. Il faut trouver l'endroit précis, l'instant précis où les choses extraordinaires peuvent arriver. C'est comme ça que je me retrouve avec ce genre de souvenirs.

– Mais je rêve !

– Heureusement pas. J'aime beaucoup l'expression de ton visage, frérot, laisse-moi la graver dans ma mémoire pour le reste de mon existence.

Elle attrapa son visage entre ses deux mains et lui adressa un immense sourire.

– Ne m'en veux pas. C'était le hasard... je crois. Bon, je vais aller dormir. Je t'ai donné de quoi te garder éveillé un moment, mon but est donc accompli. Bonne nuit, Vanitas !

Et elle s'éclipsa sans un mot de plus, laissant notre pauvre noir-cheveux dans le plus grand désarroi.

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Tout cela étant sans intérêt aucun, repassons à ce qui nous intéresse, c'est-à-dire l'histoire du petit garçon coincé au fond d'un puits sombre.

Ce pauvre enfant, donc, pleurait, assis dans un centimètre d'eau sale, en se demandant qui viendrait le chercher.

Évidemment, personne ne vint. Il mourut dans le silence et la misère, et personne jamais ne se souvint plus de lui.

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Isa était assis devant la table basse du salon de ses employeurs pendant qu'Olette, charmante petite fille, amenait son jeu préféré, jeu que lui avait gracieusement offert son baby-sitter adoré. Elle ouvrit la boîte, posa le plateau sur la table et se mit à compter cartes et pions afin de les répartir équitablement entre les deux joueurs.

Isa regarda son jeu et hocha lentement la tête.

– Tu commences, dit-il.

La fillette poussa un cri de joie.

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Ce qui n'était pas le cas du pauvre garçon dans le puits, qui, d'ailleurs, n'était pas vraiment mort, c'était juste pour blaguer. Comment, je vous interromps ? Vous m'en voyez désolé. Il se trouve cependant que cette histoire est d'une importance extrême. Soyez attentifs. Vraiment attentifs. Car ce qui va se produire maintenant pourrait changer votre vie à jamais.

Ce gosse stupide était assis dans un centimètre d'eau sale, donc, et pleurait en reniflant comme le sale petit lutin qu'il était.

C'est alors que quelque chose d'incroyable, d'extraordinaire arriva.

L'enfant, alors qu'il ravalait sa morve, se fit piquer par un moustique.

Car oui, mesdames et messieurs, les moustiques sont du genre à pulluler dans les puits. Le petit garçon, cependant, ne le remarqua pas. Ça n'a d'ailleurs pas grande importance. Voici ce qui est réellement important.

Un grincement désagréable résonna derrière lui et il se retourna, surpris. C'est alors qu'il découvrit une ouverture, une grande ouverture, qui menait à un chemin bétonné. Il réfléchit. Fallait-il s'y aventurer ? Pour sûr, s'il ne le faisait pas, il finirait par attraper une grave maladie, abandonné dans ce puits immonde.

Il passa donc la porte et débuta son voyage.

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Pendant ce temps, Riku... non, pas Riku. Pas ce stupide Riku. Hors de question de parler de Riku. Bref où en étions-nous ? Ah oui Olette et son jeu de société favori.

Elle abattit une carte vers son adversaire avec un sourire malicieux.

– Arme biologique niveau trois, dit-elle joyeusement. Contamination des ressources, ce qui mène ton peuple à la famine. Et ça fait...

Elle lança le dé.

– Une perte démographique de 38%.

Comment pouvait-elle connaître ce genre de mots à son âge ? Nullement inquiet, Isa regarda son jeu. Mmh, Olette était bien trop douée. La domination mondiale ne serait pas aisée, face à une adversaire de sa trempe.

Il hésita. Utiliser le nucléaire, la seule carte puissante qu'il possédait, n'était pas une bonne idée à ce stade du jeu. Il fallait qu'il gagne, pas qu'il mène une attaque qui terminerait certainement en suicide. Il réfléchit.

Olette était d'une intelligence sans pareille lorsqu'il s'agissait d'installer un régime dictatorial. Comment faire pour la renverser avant que le monde entier ne termine sous sa coupe ? Elle n'était définitivement pas à prendre à la légère.

Il sortit une carte de son jeu et la posa sur la table.

– Je demande une aide de la communauté internationale.

Il jeta le dé. Double six.

– La communauté scientifique a développé une façon d'assainir les eaux et les sols.

Au moins, pensa-t-il, son peuple pourrait de nouveau semer les terres et se nourrir.

Olette joua son tour et fit avancer ses troupes de conquérants vers l'est. Isa passa une main sur son visage. Elle ne tarderait pas à l'avoir. Et son jeu devenait de plus en plus inutile. Il avait déjà usé toutes ses bonnes cartes, et ses troupes armées avaient été quasiment décimées par une épidémie de peste.

Il rejoua une carte.

– Je demande une aide de la communauté internationale...

Peut-être, oui peut-être, les pays n'étant pas sous domination Olettienne pourraient-ils l'aider à nouveau. Peut-être lui prêteraient-ils leurs forces armées.

Les dés roulèrent sur la table.

Quatre.

Il soupira. Olette sourit.

Il avait échoué. Les autres pays ne voulaient pas l'aider. Intervenir signifierait une guerre ouverte avec l'empire d'Olette. Une guerre nucléaire. Personne ne voulait de ça. Il était encerclé, désormais, et il était seul.

Une seule attaque et il serait fichu. Mais Olette était plus intelligente que ça.

Elle jeta une carte sur le plateau. Négociation.

Elle ne voulait pas détruire le monde, elle voulait qu'il lui appartienne. Isa n'avait pas d'autre choix que de se rendre. Il accepta les termes du marché. Son pays, son glorieux pays, était tombé sous le joug de l'empire Olettien.

Celle-ci applaudit.

– Super ! Encore !

Il n'était pas sûr d'être prêt pour ça. À la place, il lui proposa un DVD documentaire sur les grands empereurs et leur stratégies de guerre, et ils le regardèrent en mangeant des pop-corn au caramel.

C'est ainsi qu'Olette commença son apprentissage de futur grand dictateur.

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Vanitas attendait, adossé au mur, les bras croisés. Ven n'allait pas tarder à sortir de cours – lui avait eu fini une heure plus tôt que d'ordinaire, et bien qu'il ait fortement eu envie de retourner se coucher (sa nuit ayant été bien rude, grâce à Xion), il garda courage, but un café, et attendit une heure durant.

La cloche sonna, et bientôt une horde de lycéens s'échappèrent de l'enfer en courant. Vanitas retint un étrange bruit de nez qui était supposé montrer son irritation. Après quelques minutes, il aperçut Ventus et se rua sur lui. Celui-ci poussa une exclamation de surprise.

– Vanitas ? Mais qu'est-ce que tu fais là ?

– On doit parler, toi et moi. Maintenant. En privé.

Ses yeux lancèrent des éclairs à Xion qui s'était mise à rire dans sa barbe. Ven hocha la tête d'un air intrigué et se laissa emmener loin des regards et des oreilles indiscrètes.

Quelque part dans la cour arrière du lycée, Vanitas le fit asseoir et se mit à faire les cent pas en marmonnant. Ven pencha la tête.

– Qu'est-ce qu'il y a ?

Vanitas s'immobilisa soudain et se planta face à lui, l'air mortellement sérieux.

– Ventus.

– Quoi ?

Il était inquiet, maintenant. Ils se regardèrent dans les yeux pendant de longues secondes, au point que le blond s'en sentit mal à l'aise.

– Quoi, Vanitas ?

Ce dernier prit une inspiration.

– Pourquoi Xion a eu le droit de te voir à poil et pas moi ?

Si Ven avait eu quelque chose en main, nul doute qu'il l'aurait laissé tomber sous le choc. Il resta bouche bée.

– Que... quoi ?

– Pourquoi Xion a a eu le droit de te voir à poil et pas moi ?

Ven recula discrètement de huit mètres et tendit les bras devant lui au cas où Vanitas aurait la soudaine envie de se rapprocher.

– J'ai une idée, dit-il avec un sourire à la fois inquiet et embarrassé, on va s'arrêter là tout de suite avant que ça ne devienne louche et que ça ne nous mette tous les deux très mal à l'aise.

Vanitas, lui, ne semblait pas l'entendre de cette oreille. Les larmes lui montèrent aux yeux. Ven en fut tellement choqué qu'il ne pensa pas à s'enfuir lorsque l'adolescent le rejoignit et lui prit les mains.

– Pourquoi tu m'as trahi, Ven ? Je croyais qu'on...

– Ne dis pas un mot de plus. Par pitié, tais-toi.

Il était presque effrayé, maintenant, ce qui, ma foi, est aisément compréhensible. Vanitas lui adressa un regard larmoyant.

– Ven...

Il fut parcourut d'un désagréable frisson glacé.

– Vanitas ? Regarde-moi dans les yeux.

Celui-ci s'exécuta docilement, ce qui était encore plus inquiétant que tout le reste. Ven l'attrapa par le menton et le dévisagea pendant un long moment.

– Est-ce que t'as pris de la drogue ?

– Moi ? T'es pas bien.

– Tes yeux sont injectés de sang et tu me parles de... trucs. T'as définitivement l'air drogué.

– Ah, ça ? Non. C'est Xion qui m'a réveillé à trois heures du mat et qui a pris soin de me garder éveillé toute la nuit.

Ven sourit.

– Ça explique tout.

Xion, toujours Xion. Il faudrait qu'il songe à lui parler sérieusement, un jour prochain. Son attitude commençait à l'agacer un peu.

– Ça ne règle pas le problème, dit Vanitas.

– C'est Xion qui t'a raconté ça ? soupira Ven en devinant quelle serait la réponse.

– Oui. Alors ?

– C'était un accident, c'est tout. Elle est entrée sans frapper, et j'allais justement prendre ma douche. Elle est tout de suite ressortie, rassure-toi.

En fait, ce n'était pas tout à fait vrai ; dans la version originale, Xion était restée estomaquée de longues secondes puis avait été prise d'un fou rire avant de sortir de la salle de bain. Évidemment. Rien qu'à repenser à cet embarrassant épisode, Ven avait le rose aux joues.

– Ven...

Vanitas posa une main sur le genoux du blond d'un air implorant et l'utilisa comme appui pour se relever et s'approcher dangereusement du visage de son vis-à-vis. Fort heureusement, les réflexes de Ven n'étaient pas aussi mauvais que ce que tout le monde pensait, et il plaqua une main sur le visage de Vanitas, l'empêchant d'avancer plus loin.

– Ooh non non non, dit-il. Tu rêves. Va dormir un coup, et par pitié récupère ta personnalité. On en reparlera plus tard, quand tu seras toi-même. T'as vraiment aucune résistance à la fatigue.

Il le repoussa et Vanitas tomba sur son arrière train, choqué.

– Mais...

– Chhht, sois gentil. Et s'il te plaît, à l'avenir, évite de démarrer une conversation par ce genre de question bizarre, d'accord. Je t'aime bien, mais on ne va pas exagérer.

Il prit ses affaires, tapota gentiment le crâne de l'autre garçon pour se faire pardonner et sortit du lycée au pas de course.

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Mais revenons-en à ce qui nous intéresse. Le petit garçon passa la porte et entama son voyage, que dis-je, sa quête, à travers le monde merveilleux qui existait sous le puits.

Il traversa des contrées étranges, des mondes merveilleux, sauta sur le dos de vaches qui parlent et, le temps qu'il revienne par la porte d'où il était venu, il avait vieilli et avait amené avec lui un homme venant de ce qu'il appelait « le pays des fées ». Cet homme était un grand sage qui avait été obligé de le supporter pendant des années, de réparer ses erreurs, de faire attention à ce qu'il ne se penche pas trop au dessus des puits, et il en avait plus que marre de ce sale môme. Il était vieux, grand, très beau, sexy, sentait bon, était intelligent et extraordinairement cool.

Mais qui était cette personne mystérieuse ? Cela, mesdames et messieurs, vous sera conté dans le prochain épisode.

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Riku, notre bon vieux Riku, était en train de faire un truc complètement chiant et nul, ce qui nous empêche de nous intéresser à lui pour le moment.

Ailleurs, à un autre moment, ou bien au même moment, il est compliqué de le deviner, disons, plus tard, un jeune homme roux était assis devant son ordinateur, toutes lumières éteintes, avide de connaissances en tout genre.

Lea, car c'était lui, n'avait jamais eu le droit d'utiliser l'appareil pour sa, disons, « consommation personnelle ». Depuis qu'il suivait les cours à domicile, il n'avait eu l'occasion de s'en servir que quatre ou cinq fois pour se renseigner sur la prépondérance de monstres et de prédateurs dans l'espèce humaine, plus quelques autres fois en douce, quand il s'en sentait le courage, ce qui arrivait relativement rarement.

Mais Lea, depuis sa conversation avec Naminé quelques jours plus tôt, avait décidé qu'il était décidément au courant de bien peu de chose et qu'il était temps qu'il fasse sa propre éducation.

C'est ainsi qu'il découvrit Internet.

Il commença, comme cela lui semblait primordial, par taper « homosexualité » sur Google, ce qui le mena à une page Wikipédia bien utile pour sa culture et contenant quelques images qui titillaient sa curiosité scientifique. L'article étant très long, il lui fallut plusieurs heures pour en arriver à bout – n'oublions pas qu'on parle de Lea, tout de même. Très intéressé, il commença à prendre des notes, à cliquer sur les articles connexes, les sources, navigua sur d'autres sites plus ou moins conseillés à un jeune public, et même une fois – par pur hasard, bien sûr ! – sur un site étrange qui lui avait demandé son âge à l'entrée. Lea avait mentit, évidemment. Et la machine, aussi intelligente soit-elle, n'avait rien vu. Rien.

Ainsi, Lea découvrit des choses terribles, des choses merveilleuses, et bientôt plusieurs certitudes s'emparèrent de lui, de nouveaux buts, de nouvelles connaissances sur lui-même.

Premièrement : durant sa vie, on s'était bien foutu de sa gueule.

Deuxièmement : les personnes homosexuelles ne partageaient pas de traits physiques communs et pouvaient tout à fait se mêler à la population hétérosexuelle de ce fait, ceux qui l'avaient dit gay sans même lui parler et en ne le jugeant qu'au physique faisaient preuve d'une stupidité sans borne et avaient la tête remplis de clichés qu'il faudrait tôt ou tard soigner de plus, il était probable que les moqueries dont il avait été l'objet aient été une forme d'homophobie, ce qui était, il le savait maintenant (oh, seigneur, pensait-il, merci d'avoir inventé l'Internet), un délit.

Troisièmement : le genre et l'orientation sexuelle n'avait pas de rapports directs ainsi, l'avoir jugé gay et transsexuel au premier regard témoignait d'une double erreur de jugement et d'une étroitesse d'esprit certaine (après tout, les gens étaient fous, et on pouvait bien avoir un nom de fille sans être une fille, ce qu'il n'était pas, il en était sûr). Lea, après s'être longuement renseigné, avait conclu qu'il n'était certainement pas une femme, et qu'il était très bien dans son corps viril et, certes peu musclé, mais cela n'avait pas d'importance – les êtres humains étaient tous bâtis différemment et c'était très bien comme ça.

Quatrièmement : ses recherches l'avaient mené à découvrir l'horrible vérité derrière l'histoire du monde, la discrimination et la haine, et il comprit bien vite qu'il ne vivait pas dans le paradis qu'il pensait connaître.

Sixièmement : qu'en était-il de lui ? Était-il homosexuel ? L'homosexualité était caractérisé par l'amour ou l'attirance envers des personnes de même sexe sa relation avec Isa pouvait-elle s'apparenter à un sentiment romantique quoi que platonique ? C'était une intéressante question, et il se promit d'essayer d'en découvrir la réponse.

Septièmement : il fallait qu'il essaye quelque chose, pour voir, pour être sûr, pour qu'enfin la vérité sur lui-même soit révélée.

Huitièmement : il fallait également qu'il pose des questions aux deux étranges amis de Naminé, qui devaient, sans doute, en savoir plus que lui sur la question et pourraient indubitablement l'aider.

Neuvièmement : les DVD de films pornos gay rapportaient de l'argent, quand on savait à quel public s'adresser mais ça, ce n'était pas Internet qui le lui avait appris.

Quant au cinquièmement, eh bien, il l'avait oublié mais ce n'était pas bien grave.

Il navigua sur son PC des heures encore durant, amassant les informations comme la CIA écoutait des conversations téléphoniques, c'est-à-dire avec détermination et fougue. Il partit ensuite dormir, comme c'était de coutume la nuit, et se réveilla le lendemain matin, prêt à faire ce qu'il avait à faire.

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Isa, cet après-midi là, hésitait à se rendre à la bibliothèque, le bibliothécaire lui faisant un peu peur (bien qu'il ait en réalité été un homme charmant. Faites-moi confiance). Le temps qu'il prenne sa décision, il était déjà arrivé devant le bâtiment moisi et prit son courage à deux mains avant d'esquisser un mouvement pour y entrer.

Il faillit s'effondrer sous la surprise quand il en vit sortir quelqu'un d'autre, quelqu'un qui nous avait manqué depuis le temps qu'on n'en parle plus.

Riku... non, je déconne. Arrêtons avec Riku. Riku n'a pas le moindre intérêt scénaristique, en tout cas pas pour l'instant. Ce n'est donc pas Riku qu'Isa croisa au sortir de la bibliothèque c'était Lea.

Lea ? me direz-vous. Mais Lea ne sait pas lire !

Eh bien si. Il sait lire. Lea sait faire beaucoup de choses, à vrai dire, mais tout ça demeurera pour l'instant secret.

Le roux Lea sortait donc de la bibliothèque, une pile de livres à la main, quand il tomba sur Isa – ou qu'Isa tomba sur lui. Nullement surpris (alors que l'attirance d'Isa pour ce lieu maudit était supposément secrète), il lui adressa un sourire radieux.

– Salut, Isa ! T'as mangé mon chocolat ?

Encore cette histoire. Isa lui lança un regard méfiant. Non, il ne l'avait pas mangé de peur de le trouver empoisonné, il l'avait jeté à la poubelle et n'y avait pas repensé.

Cependant, pour ne pas faire de peine à son ami, il hocha la tête.

– Super ! T'as ressenti quelque chose ?

Il avait vraiment mis quelque chose à l'intérieur ? Voyons, ce n'était pas son genre. Quoique...

– Rien de spécial... pourquoi ?

Lea sembla soudain extrêmement déçu.

– Oh, pour rien. Je pensais que c'était peut-être parce qu'elle était une fille... mais ça ne doit pas avoir de rapport. C'est pas grave, laisse tomber.

Voilà qui était étrange. Isa fronça les sourcils.

– Et tu fais quoi, là, en fait ? demanda-t-il en désignant les livres du doigt.

– Oh, ça ? Je me renseigne.

– Tu te renseignes sur ?

– Eh bien... c'est un peu privé.

– Privé ?

Isa s'approcha et jeta un coup d'œil à la couverture de l'ouvrage en haut de pile. « Histoire de l'homosexualité masculine en Grèce Antique ».

Lentement, très lentement, il recula. Lea était partit beaucoup trop loin. Il ne pourrait bientôt plus revenir en arrière. C'en était trop. Beaucoup trop.

– Si tu veux, proposa Lea, on peut faire nos recherches ensemble ! C'est un sujet très intéressant et instructif.

– Je n'en doute pas, répondit Isa. Je dois y aller.

– Mais pourquoi t'es venu jusqu'ici, alors ?

– Oh, pour rien.

Rien du tout. Il avait plus urgent à faire. Trouver Naminé, la trouver tout de suite.

Il s'enfuit en courant, abandonnant Lea qui haussa les épaules, à peine contrarié. Car ce dernier avait de la lecture à faire. Beaucoup de lecture.

Ainsi qu'un tas de DVD à graver. Bientôt, pensa-t-il, bientôt il deviendrait riche comme Crésus.

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Mais laissons là Lea et son douteux commerce et revenons-en à notre principal sujet.

Le petit garçon, qui était devenu un sale petit con d'adolescent, ramena celui qui avait été son guide et maître durant ses années d'aventures jusqu'au chemin qui menait à son puits. Il se tourna vers lui, inquiet.

– Que va-t-il se passer, désormais, le vieux ?

Le vieux en question ne répondit pas. Il n'en savait rien. Il était vieux. Mais il était beau et sentait bon, c'était le principal. Alors le petit l'attrapa par le poignet et le mena jusqu'à la porte de son puits. Il le trouva dans le même état que lorsqu'il l'avait quitté. Et il était toujours coincé dedans.

Ainsi, le vieux et le gosse s'assirent dans un centimètre d'eau sale à attendre qu'on vienne les y chercher. Cela n'arriva pas. La porte qui avait jadis mené l'enfant à l'extérieur disparut. Et ils restèrent seuls, perdus dans le noir.

On n'entendit plus jamais parler d'eux.

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Sora, étendu sur son lit, écoutait Ven lui parler au téléphone sans trop réfléchir. Soudain, il se dressa d'un bond, les sourcils froncés.

« Attends, t'as dit quoi ? Xion t'a vu à poil ? »

Il put entendre Ven soupirer et sourit.

« Oui, c'est si grave que ça ? Pourquoi tout le monde en fait tout une histoire ? C'est dingue, quand même. C'était un simple accident.

– Tout le monde qui ?

– Genre, Vanitas.

– Vanitas ? Comment il peut être au courant de ça ?

– J'en sais rien, moi, je m'en fiche. Toujours est-il qu'il est venu me voir, drogué. Enfin, en manque de sommeil, plutôt. Je crois. Pour me parler de ça. Après les cours. Sérieusement, après les cours ? Pourquoi il a pas été dormir, à la place ? Il est vraiment pas net, pour le moment. Il s'est passé quoi pendant votre week-end, exactement ? »

Oh non, voilà le sujet qui revenait sur la table. Il déglutit.

« Rien de spécial. Rien du tout. »

Top, top, top secret. Jamais il n'en parlerait, jamais.

« C'est ce qu'il n'arrête pas de répéter, mais vous êtes louches, tous, depuis que vous êtes revenus. Enfin, c'est pas grave.

– J'ai croisé Terra, aujourd'hui, annonça Sora d'un coup, comme si ça avait une quelconque importance.

– Terra ? Comment il va ?

– Bien, je suppose. Il m'a demandé quand tu viendrais le voir. Je ne sais pas pourquoi il m'a demandé ça à moi, mais... il a dit que ce serait bien si vous vous voyiez, toi, Aqua et lui.

– Juste nous trois ?

– Je pense. Pourquoi ?

– Je ne sais pas... il aurait pu m'envoyer un message, non ? Qu'est-ce qu'il croit ?

– Peut-être qu'il s'est dit que vos prénoms allaient bien ensemble et que c'était l'occasion.

– Nos prénoms ? Maintenant que tu le dis... Ventus, Terra, Aqua. On dirait un club d'auteurs latins.

– Vanitas est pas mal non plus, cela dit.

– C'est vrai. Et toi, Sora, il vient d'où, ton nom ? Maintenant que j'y pense, ce n'est pas très courant. »

En effet, ce n'était même pas courant du tout. Sora ne s'était néanmoins jamais posé la question. Il la garda dans un coin de son crâne, intrigué.

« Oups, désolé, Roxas m'appelle. J'espère qu'il ne planifie pas encore je ne sais quel genre de vengeance ridicule, parce que... tiens, à ce propos, il t'était arrivé quelque chose, à toi ?

– Non.

– Mmh.

– Ils ont dû avoir pitié.

– Mais non. Bon, je dois y aller. À plus, Sora ! »

Ven raccrocha. Sora s'étira, bâilla, et se glissa sous les draps, prêt à faire une bonne sieste. Pour une fois, la maison était calme. Ce nouveau baby-sitter était un vrai miracle. Il se demanda un instant ce qu'il pouvait bien faire pour que sa sœur reste aussi calme pendant si longtemps, puis se laissa tomber dans le sommeil.

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– Naminé !

Elle se retourna, dérangée dans la tâche extrêmement importante qu'elle était en train d'entreprendre. Isa sembla soulagé de la voir, mais elle n'en avait pas grand chose à faire. Cette ville n'était pas encore sauvée. Elle enquêtait sur la source de tous ses malheurs et bizarreries, mais restait pour l'instant bredouille. La solution était là, pourtant, non loin d'elle. Elle savait qu'elle la touchait du doigt, mais ne pouvait mettre le doigt dessus, ce qui était à la fois une sensation très étrange et embêtante. Elle en conclut que ces doigts n'étaient pas sur la même main.

– Je suis très occupée, Isa.

Isa leva les yeux au ciel, mais elle n'eut pas l'occasion de le voir car elle lui tourna à nouveau le dos, penchée sur un morceau de mur qu'elle observait à la loupe, littéralement, c'est à dire loupe en main.

– Écoute, Naminé, c'est important. C'est à propos de Lea...

Elle se redressa.

– Lea ? Il est malade ?

– Euh, non, mais...

– Blessé ? Déprimé ? Il a un problème ?

– On peut dire qu'il a un problème, en effet.

Elle rangea sa loupe en soupirant. Elle ne pouvait pas les laisser seuls, ces deux-là. Comment avaient-ils survécus sans elle si longtemps ? C'était à n'y rien comprendre. Pauvres âmes perdues. Elle posa la main sur l'épaule de son ami.

– Que se passe-t-il ?

– Eh bien, il...

L'évoquer le mettait mal à l'aise. Il s'éclaircit la gorge.

– Il reste sur l'ordinateur familial toute la nuit sans que ses parents le sachent, à surfer sur des sites de plus en plus louches, il va à la bibliothèque pour louer des bouquins sur l'histoire de l'homosexualité, il grave des DVD de films dont je ne veux même pas connaître le sujet, et je suis quasiment certain qu'il prévoit de s'inscrire dans une association LGBT.

– Ah. Et où est le problème ?

Isa lui lança un regard scandalisé.

– Comment ça ? Ce n'est pas évident ?

– Pas vraiment. Lea ouvre son esprit, c'est tout, laisse-le faire. Tant mieux s'il s'inscrit dans des associations, non ? Au moins, il s'y fera peut-être des amis. Qui sait, il est peut-être en train de devenir un véritable activiste, ou juste quelqu'un de bien.

Certes, se dit Isa, ce n'était pas aussi dramatique que ça en avait l'air, mais ce revirement si soudain...

– Il a essayé de me donner du chocolat-noisette pour tester je ne sais quelle connerie...

Un sourire étrange naquit sur le visage de Naminé.

– Vraiment ?

– Il a dit qu'il te l'avait déjà fait « essayer ».

– Ah, oui. Il y a quelques temps. Et donc ? Tu n'aimes pas le chocolat-noisette ?

– Eh bien, si, mais...

– Alors il n'y a pas de problèmes. Laisse-le vivre sa vie, Isa, ce n'est pas parce qu'il fait une thèse sur les discriminations sexuelles qu'il n'est plus ton ami. Maintenant, laisse-moi, s'il te plaît. Je suis sur le point de découvrir quelque chose d'extraordinaire.

– Très bien...

Isa s'en fut sans demander son reste.

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– Naminé !

Elle se retourna, dérangée dans la tâche extrêmement importante qu'elle était en train d'entreprendre. Sora accourait vers elle, l'air catastrophé. La jeune fille cessa tout de suite ses activités et le salua d'un air inquiet.

– Quelque chose ne va pas, Sora ?

Celui-ci reprit son souffle avant de répondre :

– J'ai appris... j'ai appris que...

Il s'assit à même le sol, une main sur le cœur, et Naminé constata qu'il avait les larmes aux yeux. Elle se baissa et lui posa une main sur l'épaule.

– Ça ne va pas ?

– Je... j'ai... j'ai découvert... Naminé, qui sommes-nous vraiment ? Qui sommes-nous ? Ma tête est remplie de questions et je n'arrive pas à...

– Calme-toi, Sora. Tout va bien. Explique-moi tout clairement.

Il hocha la tête.

– Je téléphonais à Ventus quand soudain je me suis rendu compte que mon nom...

– Ton nom ?

– Oui... mon nom... je me demandais quelle en était l'origine, tu vois, parce que Terra, Aqua, Ventus, Vanitas, c'est latin, on se comprend, mais Sora ? Qui suis-je, Naminé ? Qui...

Il sembla s'évanouir mais se réveilla une seconde plus tard, paniqué.

– J'ai été voir sur Internet, tu sais. Ils disent... ils disent que ça veut dire ciel, en japonais.

– En japonais ?

– Ouais, en japonais. En japonais. En japonais ? Pourquoi ?

– C'est étrange, en effet.

– Je ne suis pas Japonais, pourtant. Si ?

Naminé le dévisagea un instant, les sourcils froncés.

– Qui sait. Tu es peut-être bien Japonais. Si on y regarde de plus près...

Elle attrapa son visage, étira ses yeux, puis hocha la tête.

– Il est possible que tu sois Japonais.

– Mais... mes parents, Olette...

– Calme-toi, Sora. Peut-être que c'est juste un délire de tes parents, peut-être qu'ils aiment simplement les noms japonais. Quel est ton nom de famille ?

Il voulut le lui donner, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Il réfléchit. Il connaissait son nom de famille, bien sûr. Comme tout le monde. Pourtant, celui-ci lui échappait. Il se concentra rien n'y fit.

– Je ne...

Soudain, la réalisation.

Quand l'avait-on appelé par son nom complet la dernière fois ? Impossible de s'en souvenir. Il se rendit rapidement à l'évidence.

Il n'en avait pas.

– Naminé, je crois qu'on a un problème. Je n'ai pas de nom de famille. Ou plutôt, je pensais en avoir un, mais...

Elle resta silencieuse de longues secondes avant de relever la tête vers lui.

– Maintenant que tu le dis, moi non plus. Et je ne connais pas celui des autres... de tous les autres. Mais nous devrions en avoir un, n'est-ce pas ? Nous devrions... personne ne naît avec juste un prénom. Tu imagines ? On ne s'y retrouverait plus.

– C'est étrange. Que nous est-il arrivé ?

– Quelque chose ne va pas dans cette ville. Je l'avais déjà constaté, mais ça devient de plus en plus évident. Nous ne sommes pas là où nous devrions l'être. Nous n'avons qu'un prénom... c'est comme si...

Elle se releva d'un bond.

– Sora, je crois que j'ai une idée.

– Ah bon ?

– Oui. Toi et moi, nous avons une enquête à mener. Ça pourrait être dangereux, nous mener sur des chemins que nul n'a parcouru avant nous. Mais c'est le prix à payer pour chercher la vérité. Qu'en dis-tu ? Es-tu avec moi ?

Il se releva et serra la main qu'elle lui tendait.

– Je suis avec toi.

Elle lui sourit.

– Super. Nous allons enfin découvrir ce qui se cache sous cette réalité absurde.

Main dans la main, ils partirent vers l'inconnu, sur les traces de leurs origines, prêts à en découdre avec ce qui se mettrait sur le chemin.

C'est ainsi que débuta la Grande Enquête, celle qui mettrait la réalité de tous en péril, celle qui changerait à jamais la face du monde, et la face de cette histoire.

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Le vieil homme beau qui sentait bon attendait qu'on vienne le libérer de l'existence qui l'attendait en compagnie de l'ado stupide qu'il était obligé de fréquenter, vu qu'il ne pouvait pas tellement s'échapper, au fond de ce puits.

Ah, pensait le vieil homme, je hais tellement ce petit morveux que si jamais l'occasion s'en présente, je ferai en sorte d'ouvrir une école et de devenir le directeur le plus antipathique de l'histoire, de sorte que tous finissent par avoir peur de moi.

Cela n'arriva pas, car le vieil homme était très pauvre. Il finira par n'ouvrir qu'une bibliothèque minable dans une réalité alternative où il était, apparemment, omniscient, ce qui l'embêtait fort, puisque tout savoir de l'esprit des enfants lui donnait des frissons de dégoût dans le dos.

Puis l'incroyable arriva.

Un petit garçon se pencha au-dessus du puits en riant. Il avait de grands yeux bleus et des cheveux en bataille. L'ancien sale môme lui demanda d'appeler à l'aide, ce qu'il fit, et bientôt, tous deux furent libérés de l'emprise de ce puits maudit.

L'adolescent perdu se perdit à nouveau et jamais plus le vieil homme n'entendit parler de lui. Il finit par se dire qu'il l'avait rêvé, qu'il était lui-même tombé dans ce puits de longues années plus tôt, qu'il était maintenant revenu et s'en était sorti.

Il remercia le petit garçon qui avait appelé à l'aide, sut qui il était et ce qui allait lui arriver, car il était effectivement devenu omniscient, et se promit de l'aider lorsque le moment serait venu, en retour, et pour ne pas avoir de dettes vis-à-vis d'un gamin inutile.

Le jour venu, pourtant, il ne fit rien.

Le vieil homme sentait bon, était beau, fort, sexy, omniscient, doué d'ubiquité et avait un grand sens de l'humour, mais il ne possédait pas une bonne mémoire. Il laissa donc passer l'occasion. Peut-être s'en mordit-il les doigts.

Quoiqu'il en soit, il décida, en s'en rappelant, qu'il ne laisserait certainement pas passer une seconde chance de se racheter. Et lorsque cette chance se présenta à nouveau, il ne la laissa pas passer.

Mais cette histoire, mesdames et messieurs, cette histoire intimement liée à notre histoire, vous ne la connaîtrez pas tout de suite. Car tout de suite doit se dérouler la Grande Enquête, qui est, je dois vous l'avouer, la plus grande des intrigues jamais connues à ce jour.

Mais tout cela aura lieu dans le prochain chapitre.

Adieu, mes enfants, et faites attention aux puits.


Les puits, les amis, LES PUITS ! Faites attention aux puits ! Nom de Dieu.

Merci pour votre lecture, vos reviews et votre suivi, soyez béniiiis. Sur ce, je vais retourner m'enterrer. Bisous. :3