Un chapitre très long pour compenser du suivant. Oui. :3
Sur ce, bonne lecture à tous, blablabla.
Il faisait froid le jour où commença la Grande Enquête, mais Sora et Naminé n'en avaient pas grand chose à faire. Équipés de lourdes écharpes et de bonnets assortis, ils s'aventurèrent dans le vent frais, vent du matin pour découvrir ce qui se cachait sous cette réalité d'apparence factice et se mirent à décortiquer la ville, une rue après l'autre, à la recherche désespérée d'indices qui pourraient les y aider.
Ils ne trouvèrent cependant pas grand chose ; la ville était tout à fait semblable au jour précédent, et ils ne purent rien y dénicher de particulier. Dépités, ils s'assirent dans un petit snack miteux pour se reposer et s'éclaircir les idées.
– On doit mal s'y prendre, soupira Naminé en jouant avec l'ouverture de sa canette de soda. Il doit y avoir quelque chose qu'on a manqué.
– Peut-être qu'il n'y a rien à trouver, finalement, dit timidement Sora.
La jeune fille secoua la tête, certaine qu'elle avait raison. Elle le sentait, là, tout au fond de son cœur – cette ville avait un secret, un vrai, et c'était à elle de le découvrir. Elle ne se laisserait pas décourager.
– Je suis sûre qu'il y a un lieu que nous n'avons pas encore vérifié.
– Le lycée ? suggéra Sora après un instant de réflexion.
– Non. Tu l'aurais remarqué.
– Je ne sais pas trop...
Ce n'était pas comme s'il le fréquentait souvent, ces temps derniers. Il n'en dit rien et entendit Naminé répondre :
– Et puis, ce serait beaucoup trop évident. Quel autre lieu aurait pu nous passer sous le nez ? Quelque chose de digne de cacher un sombre secret. Ça ne doit pas être si difficile à trouver, dans cette ville.
– La bibliothèque ?
Le visage de Naminé se figea d'horreur. La bibliothèque, bien sûr ! Comment avait-elle pu l'oublier ?
– Évidemment ! s'exclama-t-elle en secouant Sora par l'épaule.
Celui-ci afficha un sourire et tous deux quittèrent le snack, plus déterminés que jamais.
Leur pas les menèrent bientôt à la sacro-sainte bibliothèque, toujours aussi minuscule et angoissante. Mais les deux aventuriers ne manquaient guère de courage et c'est sans hésitation qu'ils pénétrèrent dans l'austère bâtisse.
Le bibliothécaire les observa d'un regard mauvais (saloperie d'adolescents qui prenaient ce merveilleux bâtiment pour un quartier général ! Lui qui n'avait jamais de clients n'avait jamais eu à supporter autant de visiteurs au cours de ces dernières semaines. À croire qu'il avait fait quelque chose pour fâcher une entité supérieure qui prenait un malin plaisir à lui envoyer ses pires ennemis à toute heure de la journée) tandis qu'ils consultaient le dos des ouvrages disposés sans ordre apparent sur les étagères. Il ne put d'ailleurs retenir un reniflement dédaigneux lorsque le petit brun soupira :
– On ne trouvera rien ici. Ces bouquins datent tous d'il y a au moins vingt ans.
– Certes, lui répondit Naminé en sortant un gros grimoire poussiéreux, mais les secrets les plus sombres sont toujours les plus anciens. Nous devrions pouvoir y trouver des indices.
– Silence !
Ils se tournèrent d'un même mouvement vers le vieil homme, surpris, mais ne distinguaient pas grand chose dans la pénombre omniprésente. Ils échangèrent un regard interrogateur et retournèrent à leurs recherches.
– Mais c'est qu'ils m'ignorent, en plus, ces petits cons, marmonna le bibliothécaire de sa douce voix chantante et agréable.
Naminé fit mine de ne pas l'entendre tandis que Sora, toute son attention concentrée sur la recherche d'information, n'avait même pas remarqué que l'archiviste avait ouvert la bouche.
Ils restèrent ainsi deux longues minutes avant que le vieillard (qui était toujours fort beau et fort pour son âge, soyons honnêtes) ne se redresse et ne leur lance un sympathique :
– Bon, les gosses, qu'est-ce que vous cherchez comme idiotie ? On ne va pas y passer la journée. Hors de question que deux horribles êtres humains non complètement formés viennent foutre le bazar dans ma boutique.
L'homme était décidément de plus en plus vulgaire au fil des jours. Naminé s'approcha de son bureau, nullement intimidée.
– Nous cherchons la réponse à nos questions, dit-elle simplement, comme si ça allait aider qui que ce soit.
– Et ?
– Et nous nous sommes dit que votre agréable bibliothèque devait bien contenir une ou deux informations. Elle semble si complète et si bien entretenue. Vous faites du sacré bon travail.
– C'est vrai, reconnut le bibliothécaire en hochant la tête.
Naminé sourit.
– Il doit être compliqué de tenir un tel trésor dans une ville aussi remplie d'imbéciles et d'ignorants.
– Je ne te le fais pas dire, jeune fille, confirma-t-il.
En voilà une qui n'avait pas l'air aussi stupide que les autres. Cette ville avait-elle une chance de se sortir de la perdition vers laquelle elle se dirigeait inexorablement ? Cette option ne lui semblait plus aussi ridicule que la veille, désormais.
– Peut-être pourriez-vous nous éclairer, vous qui semblez si plein de sagesse.
– Mais avec plaisir ! Quel genre d'informations recherchez-vous ?
– Nous avons remarqué des événements bizarres, dans cette ville, expliqua-t-elle posément. Il semblerait que quelque chose d'étrange s'y trame. J'espérais trouver des antécédents ou des indices dans les livres de cette bibliothèque.
– Des événements bizarres, dites-vous ? Quel genre ?
– Des noms de famille qui disparaissent, des gens qui changent de personnalité... j'en passe et des meilleures.
– Voilà qui ne présage rien de bon, marmonna le vieillard, plongé dans ses souvenirs de l'Ailleurs.
Ses yeux se posèrent soudain sur l'adolescent qui écoutait leur conversation en arrière-plan et il lui sembla vaguement familier. Il essaya de se rappeler où il avait bien pu le rencontrer, mais rien ne lui vint en tête. C'est alors qu'au milieu des millions d'informations qui lui venaient continuellement à l'esprit vint un mot étrange qui lui éclaboussa la tête comme si quelqu'un venait d'y cracher son verre de grenadine.
– Le puits, grommela-t-il en comprenant de quoi il s'agissait.
– Le puits ? s'étonna Naminé.
Il plaqua une main contre sa bouche, horrifié.
– Vous voulez parler du puits qui se trouve derrière mon ancienne maison ? demanda Sora.
Il y eut un grand silence. Le vieillard eut une forte envie de se frapper le front en jurant mais s'en abstint, conscient qu'il aurait l'air particulièrement stupide.
– Vous avez du mal entendre, dit-il enfin. Je n'ai pas dit puits. J'ai dit « fuis ».
– Fuir ? Pourquoi donc ? demanda la blonde.
– Parce que le puits contient des secrets que vous ne pourrez encaisser ! N'y allez surtout pas. C'est une question de survie.
Les deux jeunes gens hochèrent la tête et le remercièrent pour ces précieuses informations. Ils tournèrent ensuite les talons, déterminés à se rendre auprès de ce puits si mystérieux qui, à n'en point douter, contenait de précieux indices utiles à leur Grande Enquête.
Le bibliothécaire s'enfonça sur sa chaise, fatigué d'avoir à subir toutes ces histoires pathétiques alors qu'il n'avait rien demandé.
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– Vanitas ?
Celui-ci se tourna vivement et observa le nouveau venu de haut en bas, un sourcil levé.
– Qu'est-ce que tu fais ici ?
Ven haussa les épaules et sortit de sa poche un bout de papier plié.
– J'ai reçu un mot me disant de venir ici, expliqua-t-il en le tendant à Vanitas.
Un étrange tic agitait la paupière de ce dernier, signe qu'il était singulièrement irrité. Il le lui rendit en pinçant les lèvres.
– J'ai reçu le même, dit-il en s'asseyant sur le banc qui, par hasard, se trouvait là.
– Bizarre.
– Ça, c'est encore une merde d'Axel ou de Xion. Il n'y a qu'eux pour faire des plans pareils. Ils s'attendent à quoi, au juste ?
Ven s'assit à ses côtés, les mains sur les genoux, déconcerté. Il ne voyait pas pourquoi Axel ou Xion les auraient réunis ici. Ils n'avaient aucun intérêt à en retirer. Il sortit un paquet de M&M's de sa poche et en proposa à Vanitas qui se servit allègrement.
– Tu vas mieux que la dernière fois, nota Ven en contemplant son profil.
– Quelle dernière fois ?
– La fois où t'es venu m'attendre après les cours pour me poser des questions louches.
– Hein ? Je me souviens pas de ça.
– Donc t'étais vraiment drogué ?
– Non. Pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ?
Il avait l'air sincèrement étonné et Ven se demanda un instant s'il valait mieux lui cacher la douloureuse vérité. Finalement, il sourit.
– Rien de spécial. Tu devais être fatigué, c'est tout.
– Encore une connerie de Xion, ça. Tu te rends compte ? Elle est venue me tirer du lit à trois heures du mat' juste parce que j'avais caché des réveils dans sa chambre.
– Pas étonnant.
– Excuse-moi, mais t'as vu ce qu'elle m'a fait subir ?
Oh oui, il avait vu. S'il avait su la noirceur qui se cachait au fond du cœur de Xion (et dans celle de Roxas, par la même occasion), il aurait été beaucoup plus attentif à ne pas l'énerver au cours de ces dernières années. Heureusement, il n'avait pas vraiment eu l'occasion d'en faire les frais.
Il semblait oublier la soudaine révélation qu'elle l'avait obligé à faire devant Terra au péril de sa vie, mais ça n'avait pas grande importance.
– C'est pas faux, consentit-il à avouer. Elle est un peu difficile à vivre, parfois.
– Et encore, tu l'as pas avec toi tous les jours.
– Elle pourrait dire la même chose.
– De quoi ? Je ne suis pas difficile à supporter. Tout le monde s'accorde à dire que je suis un ange.
Ven s'étrangla avant d'éclater de rire. Vanitas, dans sa fierté, l'ignora superbement. Un souvenir soudain se propulsa à l'avant-plan de sa mémoire et il fronça les sourcils.
– Ven ?
– Quoi ? répondit-il en gardant un sourire amusé aux lèvres.
– Xion m'a dit un truc bizarre.
Oh non, pensa le plus jeune en son for intérieur. Il avait espéré qu'il l'aurait oublié. Il n'avait pas particulièrement envie de revivre la scène qui s'était déroulée quelques jours plus tôt.
– Si c'est encore à propos de ce truc comme quoi elle m'aurait vu à poil, c'était juste un accident. Je ne vois pas pourquoi vous en faites toute une histoire.
Vanitas ne put s'empêcher d'ouvrir la bouche sous la surprise.
– Alors elle était sérieuse ?
– C'est grave ?
– Mais pourquoi t'avais pas fermé la porte ?
– Pourquoi ? T'es con ? On évite de verrouiller les portes quand on est claustrophobe, au cas où.
Son visage s'éclaira sensiblement et Ven en resta décontenancé.
– J'avais oublié ce détail, dit Vanitas avec un léger sourire.
Il avait l'air soulagé et Ven décida de s'éloigner de quelques centimètres par sécurité. Heureusement pour lui, et malheureusement pour vous, Vanitas avait décidé que la conversation était close et changea de sujet.
– Bon, ça nous dit pas ce qu'on fout ici, marmonna-t-il.
C'est à cet instant précis qu'une silhouette mystérieuse apparut à l'horizon. Vanitas fronça les sourcils tandis que Ven penchait la tête d'un air étonné.
Là, au loin, un jeune homme aux cheveux roux s'approchait d'eux d'un pas rapide, une froide détermination au fond du regard. Il s'arrêta devant eux, les bras croisés.
Voilà qui était bien étrange.
– T'es qui ? l'apostropha Vanitas alors que l'autre allait parler.
Ven lui donna un coup dans les côtes.
– Tu vois bien que c'est l'autre ami de Naminé, dit-il comme si Naminé n'avait que deux amis au monde.
– Ah ?
Lea fit la moue, certain qu'ils l'auraient reconnus à l'instant. Il n'était pas du genre qu'on oublie si facilement, après tout ; à vrai dire, on avait plutôt tendance à le remarquer à des kilomètres à la ronde.
– Je m'appelle Lea, annonça-t-il pendant que Vanitas plongeait dans ses souvenirs pour retrouver à quel moment il aurait bien pu rencontrer un clown pareil.
– Léa ? s'étonna Ven. Drôle de prénom. C'est une référence à Star Wars ?
C'était bien la première fois que quelqu'un n'explosait pas de rire à son nom. C'était une sensation très étrange qui remplit Lea d'un profond sentiment de gratitude.
Il semblait avoir oublié, comme tous les protagonistes ici présents, qu'il avait déjà été présenté par Naminé et qu'aucun d'entre eux ne s'était retenu de rire, mais Lea n'était pas omniscient et avait, comme Vanitas, la mémoire relativement courte.
Il sourit à Ven de toutes ses dents, heureux de croiser quelqu'un qui avait un minimum de savoir vivre.
– Ça se prononce Lee, en fait.
– Vraiment ? Pourquoi tu nous as dit « Léa », alors ? J'ai du mal à comprendre.
Lea réfléchit un instant à la question. Pourquoi, en effet ? Pourquoi tendait-il lui même le revolver à ceux qui n'hésiteraient pas à s'en servir ? Sans doute à cause de ce jour où, en deuxième primaire, son professeur avait fait la regrettable erreur d'écorcher son nom et de le prendre pour une fille ; le traumatisme de l'époque devait l'avoir forcé à intégrer le surnom qui le suivit des années durant avant qu'il ne quitte définitivement tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un établissement scolaire officiel.
Mais il n'avait pas le temps de penser à ça. Il se gratta l'oreille car son oreille grattait et prit ce qu'il appelait « le visage de celui qui ne sait pas répondre mais qui doit bien faire quelque chose pour répondre quand même ».
– Ouais, ok, Lea, donc (Vanitas l'avait forcément prononcé Léa, comme de coutume, et un minuscule sourire apparut brièvement au coin de ses lèvres avant de s'évaporer dans le néant). Qu'est-ce que tu fous là ?
Lea aurait pu répondre que, comme tous les habitants de cette ville, il avait bien le droit de se promener où bon lui semblait sans qu'on juge ses destinations de prédilection ; malheureusement, ce n'était pas ce qu'il avait en tête et il répondit avec la plus grande honnêteté :
– C'est moi qui vous ai donné rendez-vous. J'ai des questions à vous poser.
Voilà qui était encore plus étrange. Vanitas haussa un sourcil.
– C'est toi, le type qui nous a laissé des mots bizarres ?
– Bah, ouais.
– Et pourquoi t'as fait ça ? T'aurais pas pu nous le demander de vive voix, comme tout le monde ?
Oh, mais Lea était loin d'être comme tout le monde. Il sourit.
– C'est la seule option qui m'est venue.
Et en plus, il était stupide, pensa le mec qui n'était ni Lea ni Ven et qu'on ne pouvait nommer par sa couleur de cheveux, ce que je considère, de toute façon, comme une pratique douteuse et inutilisable.
Le roux sortit un calepin de sa poche pendant que le blond le fixait avec étonnement.
– À quoi ça sert, ce truc ? demanda Vanitas en désignant le bloc-note.
Si Vanitas avait été comme tout le monde, il aurait sans doute pu penser qu'il servait à prendre des notes ; malheureusement, Vanitas était un peu spécial (comme Lea et bien des gens de ce monde) et ce genre de conclusion ne lui venait pas si facilement à l'esprit.
– J'ai noté mes questions ici, expliqua Lea.
– Oh.
Il ne pensa pas à demander quel genre de questions Lea avait bien pu préparer pour deux personnes qu'il ne connaissait que de vue, ce que ne manqua pas de faire Ven en disant :
– Quel genre de questions as-tu bien pu préparer pour deux personnes que tu ne connais que de vue ?
La phrase lui sembla étrangement formulée mais il n'ajouta rien. Lea s'éclaircit la gorge avec prestance :
– Vous êtes gays, hein ?
Il y eut un lourd silence durant lequel la fâcheuse question vint se planter tout au fond de l'esprit de nos deux camarades. Ils n'osèrent même pas échanger un regard par peur de découvrir quelque chose d'inavouable.
Ils réfléchirent longuement, pris d'un soudain besoin d'introspection, et se posèrent la question qu'ils ne s'étaient jamais posé jusqu'alors, la jugeant, ma foi, plutôt inutile ; après tout, leur orientation sexuelle et romantique n'avait rien à voir là-dedans, ce n'était qu'une histoire de sombre manipulation sentimentale et de plans ridicules.
Après une longue minute de recherches intenses, ils répondirent d'une même voix :
– Je suppose que oui.
Puis se regardèrent l'un l'autre comme pour mesurer leur honnêteté réciproque. Ven eut un léger sourire.
– Vous supposez ?
Vanitas haussa les épaules sans répondre. Ventus, quant à lui, leva les yeux en l'air à la recherche d'une meilleure explication.
– Oui. Non. Je ne sais pas. On s'en fout, non ? Enfin, je pense.
Il risqua un regard vers son voisin qui hocha vivement la tête.
– Mais comment on peut ne pas être sûr ?
– J'en sais rien, répondit Ven. Je ne me suis jamais posé la question, c'est tout.
– Mmh.
Il n'en avait pas l'air très convaincu et prit un air embêté.
– Et si t'allais poser tes questions de merde ailleurs ? cracha Vanitas de sa voix mélodieuse.
Lea soupira.
– Eh bien, je pourrais, mais je vois mal où.
– Essaie Naminé, proposa Ven. Elle sait tout.
– C'est vrai, mais... ça fait quelques jours que je ne l'ai plus vue.
– Comment ça, quelques jours ?
– Bah, trois ou quatre, je crois. Elle est à fond sur son enquête bizarre, alors...
– D'accord.
Plus personne n'ajouta rien et ooooh la ! Attendez une petite seconde ! Non, non, ça ne va pas du tout.
Il semblerait que mon grand sens de l'urgence m'ait averti de l'apparition prochaine d'un phénomène d'une dangerosité sans nom. Il est de mon devoir d'aller voir de quoi il retourne. Plus de nouvelles dans quelques secondes.
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– Voilà qui est étrange, disait Naminé.
Elle était penchée au-dessus du puits et tentait d'en détailler le fond, ce qui est, ma foi, une fort mauvaise idée.
– Qu'est-ce qui est étrange ? demanda Sora en s'approchant.
– Le fait qu'il y ait un puits au fond du jardin de ton ancienne maison. C'est dangereux, non ? Regarde ça, il est grand ouvert. Et puis, comment est-on entré ici sans alerter les propriétaires actuels ? Il y a quelque chose qui ne va pas dans ce scénario.
– Ouais... bon, qu'est-ce qu'on fait ?
– Je suppose qu'il ne nous reste plus qu'à entrer dedans.
Voilà une idée qui était ridiculement stupide. Les adolescents n'en tinrent pas compte et, malgré le fait évident qu'ils allaient finir par s'y briser le cou, ils décidèrent d'entrer dans l'abîme infernale.
Malheureusement, incapables qu'ils étaient d'entendre mes avertissements, ils démarrèrent la Grande Enquête de la façon la plus terrible qui soit.
Il ne fallut pas longtemps pour que les deux énergumènes atterrissent au fond du puits, les pieds trempés par l'eau stagnante sans doute remplie de moustiques et sangsues en tout genre, à l'aide d'une vieille corde qui par le plus grand des hasards se trouvait là. Ils échangèrent un regard.
– Nous voilà au fond du trou, dit Naminé avec un grand sens de l'humour.
– Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ?
La jeune fille tourna brusquement la tête à la recherche de Roxas avant de comprendre que c'était Sora qui avait parlé. Elle posa une main sur le mur de pierre comme si elle cherchait à y trouver une réponse mais n'y trouva pas grand chose. Ce n'était, après tout, qu'un simple mur de pierre.
– J'ai déjà trouvé un vieux type coincé ici, annonça soudain Sora. Je me demande ce qu'il faisait là.
– Ah bon ? Et comment il y était arrivé ?
– Maman a dit qu'il s'était sans doute échappé de sa maison de retraite, mais je n'en sais trop rien.
– Bizarre. Bon...
Elle fit les cent pas, ce qui était singulièrement compliqué lorsqu'on devait tourner dans un puits minuscule. Sora, lui, fixait le mur. Quelque chose le troublait ; il ne pouvait dire quoi, mais cela lui inspirait un sentiment étrange, entre nostalgie et curiosité et, surtout, l'envie d'aller plus loin et de découvrir ce qui ne pouvait être découvert.
À peine cette pensée lui traversa-t-elle l'esprit que le mur disparut brusquement, laissant place à un long chemin sombre et étrangement familier.
Naminé attrapa Sora par les épaules, un immense sourire aux lèvres.
– Ça y est ! On y est !
– Qu'est-ce que c'est que ça ?
– Ça ? C'est la réponse à nos problèmes. La solution du grand mystère. Il est temps que nous partions à l'aventure, mon ami. Nous avons beaucoup à découvrir.
Elle s'engouffra dans le passage sans peur et Sora lui emboîta le pas, intrigué. Ils partirent ainsi pour le monde de l'Ailleurs, monde secret et inconnu qu'ils n'auraient jamais dû pouvoir visiter.
Foutu puits. Je vous avais bien dit d'y faire attention.
Mais il reste peut-être une solution ; peut-être grâce à mes pouvoirs extraordinaire de narrateur vais-je pouvoir éviter l'inévitable, modifier le destin et remettre les choses à la place où elles auraient dû être ; peut-être puis-je modifier ce qui est écrit pour éviter les événements à venir et...
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Ventus regardait Lea s'éloigner en se demandant à qui diable il allait bien pouvoir poser ses étranges questions. Vanitas, lui, s'était levé et grommelait quelque chose d'incompréhensible.
– Quel con, celui-là, maugréa-t-il de façon compréhensible, cette fois.
– Il est juste un peu spécial.
– Il nous a quand même fait bouger jusqu'ici pour rien. Qu'est-ce qu'on est censés faire, maintenant ? J'vais pas rentrer chez moi après dix minutes, j'aurai l'air con.
– Tu veux qu'on aille se poser quelque part ?
Vanitas lui lança un regard indéchiffrable.
– Et où on irait ?
– Je ne sais pas... On ne peut pas aller chez moi, Roxas est d'une sale humeur et conspire encore avec ta sœur. Je suis pas sûr que t'aies envie de les croiser dans cet état.
– J'ai envie de les croiser dans aucun état, à vrai dire.
– On pourrait aller chez toi.
– Chez moi ? Je viens de te dire que je ne voulais pas rentrer tout de suite.
– Au pire, ils penseront que tu es venu me chercher.
– Non, c'est une idée de merde. Il doit bien y avoir un endroit dans cette ville où il ne fait pas dix degrés et où on n'est pas obligé de dépenser tout son argent...
Dans leur tête se mirent à défiler les possibles lieux de rendez-vous, mais aucun ne semblait satisfaisant ; c'est alors que Ven, dans un élan de lucidité, se rappela d'un endroit fort mystérieux qui répondait aux deux conditions citées par Vanitas.
– Tu connais l'espèce de petit local abandonné dans la ruelle ? Celui où on a joué quelques fois quand on était petits.
C'était bien la première fois que Ven évoquait leur enfance commune, et cela provoqua en Vanitas un sentiment étrange semblable à de la nostalgie ; il n'en tint cependant pas compte et se passa négligemment une main dans la nuque.
– Ouais, je vois.
– Il paraît que c'est un peu plus propre qu'à l'époque. On peut aller voir, non ?
– Comme tu veux.
Il ne s'en souvenait plus vraiment et laissa Ven prendre la tête pendant qu'ils sillonnaient les rues de la ville. Lorsqu'ils arrivèrent dans ce que d'autres personnages nous étant bien connus nommaient « le repaire », ils s'arrêtèrent et y passèrent rapidement la tête pour vérifier que personne n'était à l'intérieur.
Heureusement pour eux, il était vide ; Naminé était absente pour une raison que nous ignorons, Lea était rentré chez lui, bien décidé à trouver d'autres personnes à interroger et Isa travaillait ses tactiques de guerres pour renverser le règne de l'enfant qu'il gardait. Ven entra donc, rapidement suivi par Vanitas. Ils contemplèrent l'endroit pendant un moment, submergés par les souvenirs de l'enfance qu'ils avaient parfois passée ici à se disputer sur un sujet ou à un autre et à jouer à des jeux puérils. L'endroit avait changé, bien sûr, mais il dégageait la même sensation qu'alors et Ven ne put empêcher un sourire de lui venir aux lèvres.
– Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Vanitas en le voyant ainsi.
– Rien. Je me rappelais des fois où on est venus ici. On y jouait souvent, tu t'en souviens ? Avec Roxas et Xion, parfois. On faisait les agents secrets.
– Ne me parle pas de ça, quelle horreur.
Vanitas n'avait jamais joué aux agents secrets, voyons. Il était plus mature que ça, même à sept ou huit ans.
Il se laissa tomber dans le vieux canapé et observa les alentours en haussant les sourcils.
– Nos parents devaient quand même en avoir rien à foutre pour nous laisser traîner dans des endroits pareils sans surveillance, nota-t-il.
– Tu fatiguais tellement les tiens qu'ils t'auraient laissé traîner n'importe où juste pour avoir la paix, rit Ven.
– Rien à voir. J'étais un ange.
– Bien sûr.
– Ne prends pas ce ton dubitatif avec moi.
– Et quel ton je suis censé prendre ?
– J'en sais rien. Pas celui-là.
Ven s'adossa au mur, un sourire moqueur aux lèvres.
– Au fait, dit-il soudain, t'as fait quoi de mon t-shirt ?
– Quel t-shirt ?
– Celui que je t'avais passé après ton petit accident de cours de gym.
– « Accident » ? Tu parles. Je ne sais toujours pas quelle horreur ils avaient répandu sur mes affaires, ceux-là. Je les ai lavées cinq fois, pour être sûr.
– Ça ne répond pas à ma question. Tu comptes me le rendre quand ?
– Te le rendre ?
La bouche de Vanitas s'étira en un sourire goguenard.
– Je te l'ai simplement prêté, au cas où, fit Ven en fronçant les sourcils.
– Il ne fallait pas me le prêter.
– Tu avais l'air tellement désespéré, avec ta tête jusque par terre. J'ai cru que tu tombais en dépression, il fallait bien que je fasse quelque chose.
– Ah, Ventus. Toi et ton bon cœur si généreux. Tu éviteras de ressentir de la compassion pour n'importe qui, à l'avenir. Désormais, ton précieux t-shirt m'appartient.
– T'y crois un peu trop. Je demanderai à Xion de le voler pour moi quand elle rentrera.
– Elle pourrait difficilement me le voler, vu l'endroit où il est.
– Et il est...?
– Tu ne crois quand même pas que je vais te le dire ! Il est quelque part en sécurité. À un endroit où personne ne viendra jamais le chercher.
Ventus lui lança un regard sceptique.
– Ne me dis pas que tu l'as sur toi, marmonna-t-il.
Le sourire de Vanitas s'agrandit.
– J'en sais rien, rétorqua-t-il. T'as qu'à venir vérifier.
– Tu l'auras voulu, prévint Ven en se retroussant les manches, l'air meurtrier.
On ne volait pas ses affaires comme ça, non mais. Il se jeta d'un mouvement précis sur celui qui avait osé se foutre de lui, mais ce dernier évita souplement l'attaque et s'écarta du canapé avec sur le visage une expression triomphante.
– Pathétique, commenta-t-il en voyant Ven se relever de son attaque ratée.
Ni une ni deux, le blond fit une nouvelle tentative habilement évitée par Vanitas qui sauta derrière le divan et le contourna pour se retrouver le plus loin possible de son assaillant. Ven n'hésita pas un instant et se rua sur lui ; il réussit à effleurer son bras mais déjà son ennemi mortel s'en était allé à l'autre bout de la pièce, se moquant ouvertement de lui, prêt à s'enfuir à la prochaine attaque. Comme l'autre garçon ne bougeait plus, il décida de le provoquer un peu en lançant :
– Viens me chercher, Ventus. Je t'attends.
L'interpellé ne se le fit pas dire deux fois et fondit sur le voleur. Ce dernier ne fit rien pour l'éviter, au contraire ; il attendit patiemment que Ven arrive à distance idéale et l'attrapa par les poignets d'un geste habile avant de le faire tournoyer jusqu'à le piéger contre le mur pour bloquer ses futurs mouvements.
– Raté, dit-il avec un sourire victorieux.
Ven essaya de se défaire de son emprise, sans succès.
– Tss. Tu sais bien que je suis plus fort que toi.
– C'est ce que tu crois, répliqua Ven en réussissant à dégager un de ses bras.
Ils combattirent vaillamment pendant de longues minutes jusqu'à ce que le plus jeune parvienne enfin à se sortir de cette situation en bloquant plusieurs attaques successives ; enfin, il repoussa Vanitas jusqu'au mur, le souffle court, prêt à en découdre s'il le fallait à nouveau.
Mais l'adolescent resta relativement calme et le sourire n'avait pas complètement disparu de ses lèvres. Il leva les mains en signe de reddition et annonça :
– Tu m'as eu. Je me rends.
– Je pensais que tu étais plus fort que moi ? railla Ven.
– Je ne voudrais pas te faire de peine en disant que je t'avais laissé gagner.
– Berce-toi d'illusions autant que tu veux, ce n'est pas grave.
Il attrapa d'un geste brusque le bas du pull de Vanitas pour apercevoir la couleur du t-shirt qu'il portait.
– Tu l'as vraiment mis ? Je pensais que tu te foutais de moi.
– J'ai toujours été quelqu'un d'honnête.
– Tu parles.
– Alors ? Tu vas trouver un moyen de le récupérer ou tu me le laisses ?
Ven le lâcha et un sourire malicieux traversa son visage.
– Puisque tu n'as pas l'air de pouvoir t'en passer, tu n'as qu'à le garder.
– Qu'est-ce que tu veux ? Il me va beaucoup mieux qu'à toi. Il est assorti à mes yeux.
– Si tu voulais quelque chose de moi pour te tenir compagnie lorsque tu te sens seul, il suffisait de demander, tu sais.
– Je préfère voler tes affaires.
Ven resta silencieux un instant, déstabilisé par cette réponse à laquelle il ne s'attendait pas vraiment. Il n'était pas dans l'habitude de Vanitas de répondre à ce genre de pique autrement que par un air dégoûté et une réplique amère, aussi son adversaire ne put s'empêcher de s'en étonner intérieurement.
– Sois plus discret, au moins, dit-il enfin.
– La flemme, répondit l'autre avec désinvolture.
Mû par une impulsion aussi soudaine qu'incontrôlable, Ven attrapa le visage de Vanitas et l'embrassa sans réfléchir. C'est à peine si ce dernier s'en étonna et il ne tarda pas à passer un bras autour du blond en lui rendant son baiser.
– Eh bah, fit-il lorsque Ven s'en détacha, l'air tout à fait calme et satisfait.
– Je ne sais pas, dit ce dernier comme s'il pensait que ça méritait une explication quelconque.
– Tu t'énerves vraiment pour des trucs à la con, sourit Vanitas en passant une main dans la nuque de Ven.
– Et donc ?
– Rien du tout.
Il l'attira à nouveau à lui et laissa leurs lèvres se rencontrer à nouveau avec un soupir de contentement. Quand ils se séparèrent enfin, les joues rougies par l'émotion, Vanitas lui glissa à l'oreille :
– On devrait peut-être rentrer chez moi.
Ven plissa les yeux et lui vola un nouveau baiser.
– Comme tu veux, répondit-il avec un sourire.
C'est alors que Vanitas lui...
Hé, mais comment en suis-je venu à parler de ces deux-là ? Et qu'était donc ce « Naminé était absente pour une raison que nous ignorons » ? Nous savons exactement où elle se trouve, et c'est d'ailleurs le seul sujet qui mérite toute notre attention. Venez, mes braves ; nous avons un plan désastreux à empêcher, et tout de suite. Il est temps que nous retournions auprès de nos détectives du jour, en espérant qu'ils ne se soient pas enfoncés trop loin dans l'abîme du désespoir.
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Sora et Naminé, malheureusement, avaient fait un bout de chemin pendant que que les deux autres étaient en pleine parade amoureuse ; bien avancés sur le chemin de la terreur, ils avaient fini par traverser une forêt qui menait à un petit manoir dont l'accès étant normalement interdit par une grille fermée. Mais ce jour-là, comme le destin semblait s'acharner sur eux, ils trouvèrent la grille austère grande ouverte, les invitant à se rendre à l'intérieur de la bâtisse inconnue. Ils n'hésitèrent pas une seconde, prêts à découvrir toutes les vérités qui s'offriraient à eux, et entrèrent dans le Manoir Abandonné, comme on l'appelait dans le coin, le cœur empli de courage.
Il ne semblait pas habité et était plutôt en mauvais état. Des débris jonchaient le sol sur leur passage mais ils n'y firent pas attention, guidés par leur instinct qui les mena à grimper les escaliers et à prendre la porte de droite.
Ils se retrouvèrent bien vite dans une salle cachée au sous-sol sous une grande bibliothèque. Ils échangèrent un bref regard mais décidèrent d'un hochement de tête que leur objectif se trouvait à l'intérieur. Ils ouvrirent alors la porte de métal et se retrouvèrent devant tout un tas d'écrans d'ordinateurs complètement défoncés, ce qui fit froncer les sourcils de Naminé.
– Des appareils aussi chers, soupira-t-elle, quel gaspillage. Il faut être complètement con pour faire un truc pareil.
– Et ça, c'est quoi ?
Sora désignait un appareil étrange d'où sortait une sorte de rayon lumineux à l'apparence tout à fait dangereuse que je leur déconseillerais fortement de toucher.
Le garçon y plongea bien sûr la main, curieux, et ressentit comme une décharge électrique lui traverser le corps entier. Naminé s'en approcha également et dit :
– Quelle belle technologie. Ça doit mener à un autre monde. Allons-y.
Reniant toutes les plus évidentes règles de sécurité et abandonnant toute logique, ils se placèrent en dessous ; un rayon de lumière les traversa de toute part et, une seconde plus tard, ils se retrouvèrent dans une salle parfaitement identique, si ce n'était que l'ordinateur fonctionnait bel et bien et clignotait joyeusement sous la lumière crue qui éclairait la salle.
– Voilà qui est surprenant, déclara Naminé en détaillant l'ordinateur. Je suis incapable de lire ce qui s'y trouve. C'est très mal écrit.
Pourquoi ne hurlait-elle pas devant l'événement apparemment impossible qui venait de se produire ? Pourquoi ne courait-elle pas se réfugier dans son monde, là où elle était supposée être ? Pourquoi ces deux gamins étaient-ils aussi idiot ? C'était à se taper la tête contre le mur.
Malheureusement, les murs me manquent et je ne peux que détailler ce qui se passa ensuite.
– Regarde ça, dit Sora en désignant un écran sur lequel on pouvait vaguement distinguer une silhouette. On dirait moi.
– Tu n'as jamais mis de vêtements aussi bouffants, fit remarquer Naminé. Et puis, ça pourrait tout aussi bien être Vanitas ou n'importe quelle autre personne avec une coupe aussi étrange que la vôtre. C'est un truc de famille, en fait ? Maintenant que j'y pense.
– Aucune idée. Qu'est-ce qu'on fait ? On avance ?
– D'accord.
Ils hésitèrent entre les deux portes mais choisirent celle qui n'était pas la réplique exacte de la porte par où ils étaient entrés dans le monde étonnamment semblable à celui-ci qu'ils venaient de quitter.
Ils traversèrent une grande salle vide sans utilité apparente puis prirent une autre porte et un couloir rempli d'étranges artichauts blancs reliés par tout un tas de câbles brillants. Ils eurent un sursaut lorsqu'ils passèrent à côté de deux capsules dans lesquelles semblaient flotter deux êtres dont ils étaient incapable de distinguer l'espèce et qui, en plus, étaient habillés de pied en cap ; ils finirent néanmoins par les ignorer (mais à quel point étaient-ils donc stupide ? Ne voyaient-ils pas qu'il était grand temps de faire demi-tour ?) et continuèrent tranquillement leur route en éliminant cet élément perturbant de leur mémoire.
Ils arrivèrent enfin dans une grande pièce aux contours incertains au milieu de laquelle trônait un artichaut plus grand que les autres ; ils le contournèrent, étonnés, et trouvèrent à l'arrière une sorte d'ordinateur qui devait sans doute contrôler l'appareil.
Bien que ce soit hautement stupide, dangereux et que ça ait de grands risques de perturber l'ordre des mondes, Naminé appuya sur un gros bouton blanc « pour voir ce que ça faisait », selon ses propres dires. Sora eut un sourire béat quand l'artichaut commença à grincer et que ses feuilles avant s'ouvrirent sous leurs yeux éberlués.
– Ça alors ! s'exclama Naminé en s'approchant de l'ouverture.
– Qu'est-ce que le quoi de qu'est-ce ? fit Sora, un peu traumatisé.
En effet, et je leur aurais bien dit, à ces deux petits idiots, le sosie de Sora se trouvait profondément endormi dans le cocon de métal et flottait dans le vide comme si c'était la plus logique des choses. Sora posa une main sur son cœur, sous le choc, tandis que Naminé appuyait sur le tibia de l'autre Sora d'un air intéressé.
– Quel étrange phénomène, dit-elle en hochant la tête.
– Mais qu'est-ce que...
Naminé lui sourit.
– Voyons, n'aies pas peur. Tu vois bien que ce n'est pas toi. Regarde un peu comment il est habillé ; c'est une sorte de clone clown, c'est tout. Ça explique bien des choses.
Ça n'expliquait rien du tout, à vrai dire, mais nul n'en avait cure et ils continuèrent à détailler l'endormi en tirant sur ses vêtements pour vérifier qu'ils étaient bien réels.
– Quels grands pieds ! Et ces chaussures sont atrocement laides. Qui oserait mettre des vêtements pareils ? Ça me dépasse.
Sora acquiesça.
Mais les épreuves étaient loin d'être finies ; quelques secondes plus tard, ils entendirent la porte s'ouvrir, immédiatement suivie par une exclamation effarée.
Ils se tournèrent d'un même mouvement pour faire face à une Naminé horrifiée.
– Ça alors ! s'exclama la vraie Naminé. Moi aussi, j'ai un clone.
Elle s'en approcha mais la jeune fille se recula d'un bond, terrifiée par ce qu'elle voyait.
– Ça va, soupira notre Naminé, pas la peine de nous regarder avec ces yeux-là.
– Mais... que... qui... et...
Le clone désignait tour à tour l'artichaut, le clone clown endormi et nos deux protagonistes avec le visage de quelqu'un qui était proche de tomber dans les pommes. Naminé lui tapota l'épaule pour la calmer.
– Voyons, jeune fille, ce n'est pas bien grave.
– DiZ va devenir fou, murmura-t-elle, la tête entre les mains.
Elle se reprit néanmoins assez vite, paniquée à l'idée que ledit DiZ ne remarque l'étrange manège, courut fermer l'artichaut après s'être assurée que le clone clown allait bien et ouvrit un étrange trou noir dans l'air. Elle attrapa fermement Naminé et Sora par les poignets et les emmena à l'intérieur.
– On dirait de la magie, fit brillamment remarquer Naminé en regardant autour d'elle.
Ils étaient arrivés dans une pièce toute blanche dont les murs et le sol étaient parsemés de dessins au Crayola et le clone de Naminé fit les cents pas, perdue et persuadée qu'elle s'était plongée dans un rêve étrangement effrayant.
Naminé, elle regardait les dessins en pinçant les lèvres. Elle en prit un au hasard et le montra à son clone.
– C'est toi qui a dessiné ça ?
Le faux être humain hocha lentement la tête, les yeux écarquillés. Naminé le reposa sur la table avec un soupir.
– Ce n'est pas très joli, dit-elle. On dirait que ça a été fait par un enfant de six ans. J'ai bien fait d'arrêter le dessin, on dirait, si c'était à ça que devait ressembler mon talent.
Trop perturbée par la situation, le clone ne releva pas l'insulte et se laissa tomber sur une chaise (blanche) avant de poser son front sur la table (blanche).
Lorsqu'elle la releva enfin, elle avait l'air beaucoup plus calme et les regarda l'un et l'autre, les yeux embrumés.
– Qui êtes-vous ? demanda-t-elle d'une voix étrangement vide.
– Naminé et Sora, dirent Naminé et Sora.
– Vous ne pouvez pas être Naminé et Sora. Je suis Naminé et Sora est plongé dans le sommeil depuis près d'un an.
– Il m'a l'air pourtant bien réveillé, fit Naminé en pinçant la joue de son compagnon.
Ce dernier eut un bref sourire amusé.
– Mais ce n'est pas... à moins que...
– Écoute, madame mon clone, nous ne comptons pas rester longtemps dans le coin. Nous avons juste besoin d'informations.
Le clone la regarda longuement et céda. Il fallait qu'ils s'en aillent au plus vite, de toute façon, alors autant qu'elle accède à leurs demandes. Elle prit une inspiration.
– J'essaierai de vous aider.
Sa voix était nettement plus posée et Naminé lui sourit.
– Merci. Tu as de drôles de chaussures, mais tu as l'air aussi intelligente que moi.
Ne sachant comment prendre la remarque, le clone essaya de sourire. Cela lui étant singulièrement difficile vu la situation, il n'en résulta qu'une légère grimace qu'elle masqua rapidement.
– De quoi avez-vous besoin ?
– De réponses. Il se passe des choses étranges, en ville.
En ville aussi ? Le clone se rendit à la fenêtre, catastrophée, mais ne vit rien de particulier à l'avant du manoir. Sans cacher son soulagement, elle se tourna vers les deux intrus.
– Bien. Quel genre de choses ?
– Du genre...
Elle fut interrompue par la porte qui s'ouvrait.
Le clone ouvrit la bouche, pétrifiée de terreur, tandis que Naminé observait le nouvel arrivant d'un air intéressé. Sora, lui, ne bougeait pas vraiment. Il manqua cependant de tomber au sol lorsque celui qui venait d'entrer se précipita sur lui, prit son visage entre ses mains comme pour s'assurer qu'il était réel et, fait étrange, le serra brusquement contre lui.
– What the fuck, lâcha Naminé qui avait tant oublié les bonnes manière qu'elle en parlait anglais.
– Sora... tu es réveillé...
Les yeux de Sora brillaient d'incompréhension lorsqu'il les tourna vers son amie. Le clone, elle, attrapa le nouvel arrivant par le bras pour tenter de lui expliquer la situation.
– Riku, ce n'est pas...
À peine le premier mot fut-il prononcé que Sora se jeta en arrière, prêt à se battre ; Naminé, elle, plissait les yeux.
– Riku ? Sérieusement ? Ce type ne lui ressemble pas du tout, c'est ridicule.
Son clone s'approcha d'elle et lui glissa discrètement :
– Il a cette apparence depuis qu'il a dû user des ténèbres pour ramener Roxas. Tu pourras voir sa véritable forme si tu te concentres assez.
Elle prit le poignet du prétendu Riku et glissa la main de Naminé dans la sienne. Sora les regardait de loin, profondément choqué.
– Ah, en effet, fit Naminé après avoir fermé les yeux un instant. Tu as des cheveux vraiment très longs, faux-Riku. Dès que je rentre, je conseillerai à Riku d'aller chez le coiffeur. C'est inadmissible.
Le clone de Riku transformé par les ténèbres sembla perdu et le clone de Naminé lui fit signe de ne pas s'inquiéter.
– Écoute, Riku, dit-elle en lui prenant les mains. J'ai vraiment besoin que tu fasses en sorte que DiZ ne voient pas ces deux-là.
Le clone de Riku transformé par les ténèbres remarqua enfin le double du clone de Naminé (à qui il venait de serrer la main, mais passons) et laissa échapper une exclamation de stupeur.
– Mais qu'est-ce que...
– Riku. Ce n'est rien. Ce n'est pas grave. Ces deux personnes ne sont qu'une erreur. Elles n'existent pas vraiment. Sora est encore endormi, en bas. Il faut absolument que tu surveilles DiZ pendant que je les ramène chez eux.
– Mais qui...
– Chht. Je t'expliquerai tout, mais plus tard. Il est vital que tu restes auprès du vrai Sora et de DiZ. Je n'en ai pas pour longtemps.
Naminé lui jeta un regard outré.
– Pas pour longtemps ? Nous n'avons eu aucune réponse, encore ! Il faut que je visite cette ville.
– C'est hors de question. Vous devez retourner d'où vous venez, ou les mondes...
– Tu ne vas quand même pas laisser ce foutu psychopathe veiller sur mon double endormi ? s'insurgea Sora. Tu veux le retrouver mort, ou quoi ?
– Quoi ? Mais Riku est ton... son meilleur ami. Il veille sur lui depuis des mois.
Naminé et Sora échangèrent un long regard entendu.
– Le jour où ce gros con sera mon meilleur ami est pas près d'arriver, marmonna-t-il.
Il avait encore sa tentative de meurtre en travers de la gorge (alors que franchement, depuis le temps, il y avait prescription) et sortit rageusement de la pièce sans que quiconque ne puisse l'en empêcher. Le clone de Naminé voulut lui dire quelque chose pour l'arrêter mais Naminé lui posa une main sur l'épaule.
– Longue histoire, dit-elle simplement. Tu as parlé de Roxas. C'est bien un blond avec les cheveux en pétard et qui râle tout le temps ?
– Il ne râle pas tout le temps, répondit Naminé.
– Quand même, si.
– Eh bien, je n'en ai pas eu l'impression... je ne lui ai pas beaucoup parlé, mais...
Naminé appuya sur sa joue du bout du toi avec une exclamation.
– Tu rougis ! Tu es amoureuse ?
– Les simili n'ont pas de sentiments.
– Et en plus tu es une sorte d'intelligence artificielle ! Merveilleux. Mais je te conseillerais de ne pas t'attarder sur Roxas, il n'est pas très marrant. Passons. Où sont les autres ?
– Les autres ?
– Eh bien, oui. Kairi...
– Kairi est en sécurité sur l'île du Destin, intervint le faux Riku.
– Je vois. Et Ven ?
– Qui ? demandèrent les deux clones.
– Comment ça, qui ? Le frère jumeau de Roxas. Vous ne pouvez pas le louper, ils ont exactement la même tête.
– Roxas n'a pas de frère, dit le clone de Naminé. Les simili n'ont pas de famille. Et on ne connaît aucun Ven...
– C'est Ventus, à vrai dire, corrigea Naminé comme s'ils pouvaient être au courant. Roxas est un robot, lui aussi ? Bizarre. Et ce Riku ?
Celui-ci secoua la tête.
– Je ne suis ni un simili, ni un robot, dit-il.
– Oh. D'accord. Enfin, ça ne me répond pas. Qu'en est-il de Vanitas ? Terra, Aqua, Axel, Olette ?
Le clone de Naminé se passa une main sur le visage, assaillie par un trop plein d'informations contradictoires.
– Je ne connais ni Vanitas, ni Terra, ni Aqua. Olette est en ville, comme d'habitude. Je suppose qu'elle est avec Roxas... quant à Axel, eh bien, avec les autres membres de l'Organisation.
– Attendez une seconde. Olette avec Roxas ?
– Oui. Ils sont amis.
– Amis ? Avec elle ? Mais c'est un monstre. Tout le monde la hait, en dehors d'Isa.
Le clone de Naminé ouvrit des yeux ronds.
– Olette est une des filles les plus gentilles que j'ai rencontré, dit-elle.
– Impossible.
– Je te jure que si.
– Et puis, pourquoi serait-elle amie avec Roxas ? C'est encore une petite fille.
– Olette a quinze ans.
Naminé secoua la tête. Non, c'était impossible. Pas Olette. Comment pouvait-elle être décrite comme une gentille adolescente ? Elle n'était qu'une sale petite gamine qu'on avait oublié de bien éduquer.
Elle s'arrêta, prise d'un doute.
Peut-être la réponse était-elle là.
Peut-être Olette était-elle la clé de tout.
– Écoute... je ne sais pas de qui tu parles, mais les personnes que nous connaissons sont manifestement différentes, essaya d'expliquer le clone. Nous ne venons pas du même monde. Peut-être les codes y sont-ils différents. Peut-être les destinées y ont-elles été tissées d'une autre façon... vous ne pouvez pas rester ici. Nous n'étions pas destinés à nous rencontrer.
Naminé lui sourit.
– Cet endroit est encore plus étrange que tout ce que j'avais pu imaginer. Et pour Xion ?
Pour le coup, le clone sembla complètement paralysé.
– Tu sais qui elle est ? Qui d'autre la connaît ?
– Tout le monde. C'est la meilleure amie de Roxas et...
– Roxas s'en souvient ? Roxas ?
– On dirait bien.
– Vous devez partir d'ici. Vous ne... c'est...
– Qui est Xion ? demanda le faux Riku.
– Personne ! s'exclama le clone de Naminé. Riku, va retrouver Sora. Le faux Sora. Le Sora éveillé. Ramène-le ici. Ils ne peuvent pas rester ici plus longtemps. S'ils restaient coincés ici, je n'ose pas imaginer... Sora serait en danger. Ramène l'autre, c'est une urgence.
Le faux Riku acquiesça et disparut bien vite. Naminé haussa un sourcil.
– Ce serait drôle que Riku devienne ami avec Sora, pensa-t-elle à voix haute. Enfin, non. Je craindrais un peu trop pour sa vie.
– Votre Riku m'a l'air horrible.
– Oh, non, il est juste un peu bizarre. Qu'est-il arrivé à Xion ?
– Personne n'est censé se souvenir d'elle.
– Et donc ?
– Elle est retournée en Sora.
Naminé resta bouche-bée.
– Qu'est-ce que tu entends par « retournée en Sora » ? Est-ce que je dois m'inquiéter ?
– Je veux dire... elle est morte. Si on peut dire. Son cœur a retrouvé celui de Sora.
– Woah, trash. Ils étaient ensemble ?
Voilà qui était pire que tout. Allons, ils étaient cousins ! C'était complètement...
– Pas ensemble, ce... c'est compliqué. Écoute, je te l'ai dit, nos histoires n'ont rien de semblable. Attendons l'autre Sora et je vous reconduirai d'où vous venez.
– Dommage. J'aurais bien aimé voir l'autre Olette. La nôtre est une vraie peste. Oh, et tu savais que Vanitas et Ven sortaient ensemble ? C'est complètement surréaliste, même pour moi.
Le clone évita de répéter qu'elle ne savait pas de qui Naminé pouvait bien parler mais hocha silencieusement la tête.
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Ailleurs, dans ce qui ressemblait à une ville, Sora se trouvait pris en embuscade par ses deux pires ennemis.
D'un côté, une version plus âgée d'Olette le regardait en penchant la tête. De l'autre, une version de Riku qui ne ressemblait pas du tout à Riku essayait de le convaincre de revenir en arrière.
Il était coincé.
Une terreur effroyable lui étreignit le cœur et il comprit qu'il ne retrouverait jamais sa maison. Tout était terminé. Il ne pouvait survivre à cette attaque.
La mort le regardait à nouveau dans les yeux, lui souriant de toutes ses petites dents pointues.
Il se sentit défaillir et eut un sursaut d'horreur lorsque le faux Riku le soutint tandis qu'Olette poussait un cri d'alerte.
Tout ça ne pouvait pas être réel, pensa-t-il tandis qu'il sombrait dans les ténèbres. Tout ça n'était qu'une illusion. Ce monde n'existait pas. Il ne pouvait pas exister. Il n'aurait jamais dû commencer cette enquête ; par-dessus tout, il n'aurait jamais dû approcher ce puits maudit. Il aurait dû écouter les avertissements du narrateur quand il en était encore temps.
Il s'effondra et Riku le prit précautionneusement dans ses bras pour le ramener au manoir. C'est alors que la porte d'entrée s'ouvrit d'un coup, laissant apparaître un homme au visage à moitié momifié et dont les yeux jaunes lançaient de terribles flammes. Il s'approcha d'un pas vif et...
Non.
Juste non.
Je ne peux laisser cela se produire sans rien faire. Il en va de la sécurité de l'univers. On m'a donné une mission et, en les laissant faire comme ça leur chante, je faillis à ma mission. Il est temps de remettre les choses en ordre.
Tout ceci n'aurait jamais dû se produire. C'était une idée ridicule. Si seulement j'avais fermé ce maudit puits avant que ces deux idiots n'y plongent la tête la première !
Heureusement, il se trouve que je suis omniscient, omnipotent et, paraît-il, doué d'ubiquité ; il est grand temps que mon omnipotence fasse ses preuves et que tout ceci se termine autrement que par le chaos.
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Par une habile magouille scénaristique, nos deux protagonistes se retrouvèrent assis dans la chambre de Sora, embêtés de ne pas avoir trouvé d'informations en ville. Ils abandonnèrent les recherches et ne se demandèrent jamais ce qui avait pu se produire tout au long de cette journée qui avait mystérieusement disparu de leur mémoire.
Ainsi, l'honneur est sauf.
Et tout est bien qui finit bien. Quant au clone de Naminé et au faux Riku habité par les ténèbres, ils se persuadèrent que tout ça n'était qu'une étrange hallucination collective et continuèrent gaiement à détruire la vie de ce pauvre faux Roxas.
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Plus loin en ville, dans la maison d'un personnage aux intentions plutôt vicieuses, deux juns prsonns s'adonnaint allgrmnt à divrss activits plus ou moins consills et lisibls par un jun public. Lors qu Vn s... ttndz un scnd. Q'st-il rriv c txt ? J' d ml cmprndr.
N drt q ms vlls dsprssnt un un.
Q... q'st-c q... nn ! C n'st ps pssbl ! L dt vr n rrr !
C n'st ps...
C n p...
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Ce gros couillon de narrateur merdique ayant comme qui dirait un petit soucis de réglage interne, le moment est venu pour moi, votre nouveau narrateur, de prendre allègrement sa place et de remplacer son incompétence et ses blagues dégueulasses par des vraies putain de descriptions. Il est temps pour vous d'avoir droit à du texte digne de ce nom, pas cette infâme bouillie purulente qu'on vous sert chaque fois que vient l'an. C'est compris ? On va pas laisser ce vieux con nous raconter ses merdes pendant cinquante ans, j'crois, hein.
Allez, à la prochaine, déchets de l'humanité. La prochaine fois, on s'amusera ensemble. Et comme dirait l'autre, à suivre.
Préparez vos yeux à la pluie de vulgarité qui va tomber au prochain chapitre :3
ETH est désormais un semi-UA officiel. Lol. À part ça, cette fanfiction a dépassé les 10,000 vues (what the hell), sortez champagne ! Merci pour votre lecture et à la prochaaaine :3
Et surtout n'oubliez pas : chaque review postée vous donne accès à une chance de plus de gagner au lotto.
Sur ce, j'ai un million d'autres fanfics à updater et le camp nano a besoin de mon travail. Yooo. /o/
