Bonne lecture !

Quatre semaines plus tard, pas mal de choses ont changées : Kagami suit ses cours à Seirin et joue au basket, Kise reprend doucement le mannequinat, Takao est gaga de son futur bébé, Midorima demande des conseils à sa mère, Murasakibara mange ses sucreries, Himuro est porté disparu et Akashi, accompagné de Momoi ont disparut de la surface de la Terre.


Chapitre 30 : Un cap à passer !

Murasakibara n'avait même pas pris la peine de se changer. La coach avait finit par abandonner et le géant violet ne prêtait pas du tout attention aux ordres de son dorénavant nouveau capitaine. Encore un à qui la disparition de Himuro avait profité. Le pivot fit demi-tour sous le regard d'Araki plus loin. Son visage pâle, renforcé encore plus par sa chevelure noire, affichait des traits tirés qui ne lui ressemblait guère.

Les pieds raclant le sol, le géant retourna avec mollesse vers les dortoirs. On ne pouvait rien lui dire de toute façon, son visage était suffisamment pâle pour qu'on le croit malade. Le mec de l'accueil ne releva même pas les yeux de son journal et Murasakibara traîna son grand corps jusque dans sa chambre. Ses chaussures volèrent et il se laissa tomber sur son lit.

Un mois. Un total de 237 appels sans résultats, près de 500 SMS sans réponses... Himuro était introuvable. Sa disparition avait finit par être signalée, une photo de lui passait aux infos... Tout avait été mis en œuvre mais rien. Le capitaine de Yosen s'était évaporé dans la nature. Ses parents tentaient de faire poursuivre les recherches mais avec le manque d'indices... Tout le monde était quasiment sûr que l'adolescent était mort dans un coin.

Et les divinités avaient été catégoriques. A ce stade du jeu, elles n'étaient plus que des spectatrices. Si Himuro avait été assassiné par un autre joueur par exemple, alors elles ne feraient rien. Kitsune avait même refuser de lui dire si son petit-ami était en moins en vie. Le renard doré s'était contenté de le regarder comme s'il n'était rien avant de disparaître.

Murasakibara donne un coup dans le mur. Il n'en pouvait plus ! Mais qu'est-ce que lui pouvait faire ?! Il y avait déjà tellement de choses horribles qui ce soient produites... Parce que le brun n'avait pas été le seul à disparaître. Les parents fraîchement revenus de vacances de Momoi attendaient aussi le retour de leur fille. La seule différence avec le joueur de Yosen, s'était que la rose semblait avoir pris des affaires. Tout comme Akashi dont l'appartement avait été saisi par son propre père. Certains de ses vêtements avaient été retrouvés dans la chambre de la manager de Tôo, signe d'un départ quand même assez précipités. Apparemment, il s'agirait d'une fugue entre amoureux pour les gens chargés de les retrouver tous. Mais le violet y croyait difficilement. Jamais les deux ne lui avaient semblé proche outre mesure alors être ensemble... Mais ses affaires dans la chambre de Momoi...

Et surtout, est-ce que ça avait un lien avec la disparition de Himuro ? Murasakibara préférait croire que non, voulait croire que jamais ces deux-là n'auraient pu faire une chose aussi horrible qu'un meurtre. Akashi devait vouloir gagner, d'accord mais Momoi ? Qu'est-ce qu'elle était dans cette histoire ?

Il frotta son visage avec ses grandes mains. Murasakibara ne savait plus quoi faire. Sans Himuro à ses côtés... Pourtant, il y en avait un autre qui devait être encore plus malheureux. Kagami ne savait pas où était son frère après tout. Eux, qui venaient juste de se réconcilier... Mais le violet n'avait pas la force de s'occuper du cœur détruit de l'As de Seirin. Il avait le propre sien à gérer.


Momoi ouvrit un œil aussi épuisé que lorsqu'il s'était fermé le soir de leur fugue. Le futon au sol était inhabituel pour elle mais la rose n'avait pas eu la force de rechigner quand elle l'avait découvert. Le chauffage de la vieille demeure typiquement japonaise allait mettre du temps à marcher correctement encore... La première nuit, ils avaient dormi séparé mais la rose, si peu habituée à l'ambiance ancienne, n'avait vraiment pas apprécié les ombres qui semblaient se mouvoir toutes seules dehors. Elle avait finit par le rejoindre silencieusement, se glissant dans le futon du garçon. La rose avait maintenant son propre matelas dans une autre chambre plus loin mais quand ses cauchemars revenaient, Akashi n'était plus du tout surprit de la trouver à ses côtés certains matins.

La porte coulissante en face des yeux roses donnait sur un jardin en assez bon état. Elle avait même trouvé un bassin rempli de carpes colorées. Un petit bruit se fit entendre et le chat d'Akashi fit son apparition, se faufilant à travers l'interstice de la porte. L'animal trottina jusqu'au futon et s'installa près de la demoiselle. Il s'allongea de tout son long et posa sa tête entre ses deux pattes avant. Momoi se retourna et glissa ses doigts dans les poils du chat qui ronronna.

La porte de la chambre coulissa, laissant l'ancien héritier apparaître. Sans un regard ni un mot pour sa manager, le garçon appela le chat qui oublia le confortable futon pour courir le rejoindre. L'heure des croquettes avait sonné.

Le soir après la visite surprise de Himuro chez elle, Momoi avait décidé de plus jamais se rappeler de ce qui s'était passé après. Elle ne voulait pas se souvenir. Le problème maintenant, c'était qu'Ookami était persuadé que les autres divinités allaient les traquer en guise de vengeance. La rose, le rouge et le chat que le garçon ne voulait certainement pas laisser avaient été emmenés ici, dans cette maison que le loup avait décrit comme « étant impossible à trouver par les autres ». La rose ne savait pas quoi penser.

Pendant un court instant, elle croisa les yeux sanguins. La fille se retourna en même temps que le garçon fermait la porte. Ils ne voulaient pas se parler, tant mieux, ça les arrangeait l'un et l'autre ! Son estomac se mit à grogner et la rose se rappela qu'elle n'avait pas mangé hier soir. Elle se redressa et se leva. Il faisait un peu plus chaud déjà mais pas suffisamment pour que Momoi se passe d'une petite veste par dessus son pyjama.

Le rouge était assis, les jambes sous un kotatsu allumé jusqu'à ce que le chauffage se suffise à lui-même. Une tasse de thé fumante patientait près de sa main et il lisait le journal. Momoi se plaça en face et lui vola sa tasse. Le sourcil d'Akashi se haussa d'un coup mais la rose s'en fichait. L'eau était bouillante mais elle but quand même une gorgée.

-Quoi de beau dans les journaux ?

Sa gorge était sèche, c'était la première fois qu'elle lui parlait depuis longtemps.

-Nous serions un couple décidé à nous marier dans le plus grand secret.

-Oh... Et...

-Ils pensent abandonner les recherches.

Le garçon récupéra sa tasse et bu à son tour. Un mois qu'ils ne se parlaient que par de courtes phrases. Quatre semaines qu'Ookami les avait laissé ici et n'était pas revenu depuis. Pourtant, le frigo était toujours plein, le journal pour Akashi attendait toujours sur le kotatsu et ainsi de suite. Jamais besoin de sortir et puis, pour aller où ? Ils étaient recherchés activement après leur fugue.

Il n'y avait bien que le chat pour animer un peu cette maison. Les premiers jours avaient servi au nettoyage mais maintenant, il n'y avait rien à faire. Momoi tournait en rond toute la journée pendant qu'Akashi s'occupait de son côté. La rose ne savait pas ce qu'il faisait, elle ne s'y était jamais intéressée.

-Tu as rangé le futon ?

Le rouge avait récemment montré un esprit maniaque assez incroyable.

-Je vais le sortir... Tu as quelque chose à mettre dans la machine ?

La rose s'occupait des tâches ménagères pendant qu'Akashi gérait toute la cuisine. Accord décidé le lendemain même de leur arrivée ici.

-J'ai tout mis dans la panière de la salle de bain.

Voilà, ça allait être leur unique conversation de la journée. Le silence allait revenir, uniquement brisé par les « bon appétit » à chaque repas qui allait suivre, les possible « merci » et « s'il te plaît ». Rarement autre chose.

Les journées étaient longues et très ennuyeuses. Il y avait bien la télévision mais... bon sang, ce qu'ils avaient envie de juste sortir marcher dehors. Pas juste dans le jardin qui semblait s'agrandir au fil des jours mais bel et bien dehors. Rencontrer des gens, parler avec quelqu'un d'autre... parler tout court en fait.

La fille quitta le kotatsu et retourna dans sa chambre pour aérer son futon. Le chaton du rouge était près du bassin, donnant de temps en temps de coups de pattes dès qu'une carpe s'approchait trop près. Momoi s'approcha et s'accroupit, sa main dans l'eau. Ah, ce qu'elle était froide... Ça semblait profond aussi. Elle se releva et repartit dans la maison.

Quitte à mettre fin à ses jours, autant emporter Akashi avec elle...


Kagami ne prêtait pas attention au cours. Après, ça ne changeait pas de d'habitude mais aujourd'hui, c'était vraiment visible. Et le prof plus loin l'avait bien remarqué mais ne fit aucun commentaire. Ils étaient tous persuadés que le rouge était perturbé depuis la mort de son ami. La table derrière le joueur de basket restait inoccupée. Seul le gobelet rempli de milshake du Magi Burger trônait au milieu, comme une offrande.

La main soutenant sa joue, les yeux perdus dehors, le rouge soupira. Il avait gentiment repris le basket, guidé par les recommandations d'Aida. Les autres aidaient beaucoup aussi, comprenant que leur lumière vivait une période difficile. Seirin voulait s'entraider, maintenant plus que jamais !

De temps en temps, une vive douleur lui glaçait la main. Kagami mangeait moins, dormait difficilement, quand il ne passait pas la nuit à regarder son plafond, tout ça depuis la disparition de son frère. C'était une spirale infernale qui le maintenait comme un étau. La sensation d'une épée de Damoclès qui planait au dessus de sa tête, sa lame taquinant sa nuque à fréquence régulière, lui rappelant cruellement le jeu dans lequel il était inscrit, la fin des autres qui ne pouvaient plus avancer leur pion jusqu'à la case finale, ce vœu qui deviendrait réalisable. La place précaire qui était la sienne, l'unique et dernier joueur du chat démoniaque. Mais son propre vœu avait été écrasé par ce même camion qui lui avait enlevé son ombre. A quoi bon le vouloir près de lui maintenant que le hasard s'était voulu meurtrier ? Et sincèrement, quelles étaient ses chances maintenant ?

Mais Nekomata semblait s'en amuser encore plus. Parfois, sa silhouette féline se dessinait dans le paysage, ce grand sourire qui ferait pâlir le chat de Cheshire comme la promesse de souffrances encore bien tellement gentilles. Le démon car Kagami ne voyait absolument pas cette chose comme une divinité, considérait que le rouge sous sa marque de participation pouvait encore se permettre de croire qu'il allait gagner. N'avait-il pas déjà survécu à de terribles épreuves ? Une de plus, une de moins, Kagami Taiga était encore en vie, bien au contraire du reste de son équipe.

En parlant d'équipe... Il avait l'impression, non... il savait qu'on le traitait comme une poupée fragile prête s'effondrer à tout moment. Kuroko n'avait jamais été autant fantomatique, même son nom était devenu quasiment absent de leur discussion. Sans doute qu'on parlait de lui mais jamais devant lui. Surtout qu'une question flottait dans les esprits : Seirin pouvait-elle tenir face aux autres équipes maintenant que le joueur aux talents de magicien avait disparu. Ses tactiques reposaient sur le duo ombre-lumière et bien que les autres garçons n'avaient pas un niveau pathétique... Tout était dit.

Et dans la même catégorie, qu'était devenue Tôo ? Privée et de son As et de sa manager, elle était aussi dans de beaux draps. Kagami savait que Wakamatsu avait pris la suite d'Imayoshi mais le blond semblait avoir tout perdu aussi. Il avait compris que le bleu menait la barque à flot et sans la rose, il jouait à l'aveuglette. Plus désavantageux que ça, tu meurs. Oups, mauvaise façon de dire.

Seule Yosen paraissait se tenir plus droit que les deux autres. Araki s'était montrée incroyablement rapide à réagir en comparaison. L'équipe, bien que privée de son capitaine et de son pivot en pleine dépression, vivait avec l'espoir que Himuro allait revenir d'un jour à l'autre. La brune le savait, c'était une façon moche que se servir de ça mais ça tenait ses joueurs debout. Et ça la tenait aussi. Pas de nouvelles, pas de corps, il pouvait quand même toujours être en vie.

Kagami regarda un arbre dans la cour. Un sourire proche de celui d'un maniaque lui apparut. Il se détourna et regarda le tableau en face. Ne pas craquer... Surtout... ne pas craquer.


Pour la première fois, c'était Hanamiya qui était venu prendre Imayoshi dans ses bras. Sadique n°1 ne l'avouerait jamais mais il était vraiment très mal. Et l'ancien capitaine de Kirisaki l'avait parfaitement sentit. Dès qu'ils avaient su la mort du bleu, les deux bruns avaient immédiatement songé à la rose. Incapable de la joindre, conscient qu'elle était susceptible de faire une bêtise, son ancien capitaine avait filé à Tôo. Échec cuisant, Momoi n'y était pas.

Et les joueurs avaient passé jusqu'à l'annonce de la disparition des deux tourtereaux présumés. Imayoshi avait de suite démentit cette... relation mais Hanamiya lui avait parlé de cette fois où ils les avaient surpris dans le gymnase. Sadique n°1 n'y croyait toujours pas. Ça faisait un mois. Et Imayoshi se sentait mal parce que... c'était quand même encore son équipe.

Hanamiya déposa une tasse de café près de son amant. Les deux garçons révisaient intensément en vu de leurs examens à venir. Le garçon écarta ses lunettes pour se frotter un peu les yeux et remercia son colocataire. Sadique n°2 retrouva sa place en face, ses genoux se frottant aux siens.

-Tu devrais faire une pause, t'as l'air crevé...

-Mako-chan s'en fait pour moi ? ~

-Oui.

Imayoshi leva les yeux, esquissant son sourire amusé.

-C'est pour ça que je t'aime... Tu as toujours le don de me surprendre.

-Ferme-là crétin, je révise.

La joue contre sa main, Hanamiya tourna une page d'un bouquin quelconque sans un regard pour l'autre. Ce qui ne fut pas à son goût. Il se leva et attrapa ses cheveux pour l'obliger à lever la tête et plaqua ses lèvres aux siennes. Si Hanamiya resta d'abord sans réagir, la lèvre d'Imayoshi apprécia moyennement d'être goûté par ses dents.

-Pas touche.

-On part en vacances la prochaine fois ? ~

Surpris du changement de sujet radical, Hanamiya leva les yeux.

-Pourquoi ?

-J'en ai envie ~

-Où ça ?

-Où tu voudras ~

-... la mer...

Imayoshi retourna à sa place et tira des billets de train de ses feuilles.

-Une semaine au bord de la mer dans un hôtel assez convenable... une chambre pour deux... un grand lit très très confortable … ~

Il agita les billets devant le nez du brun plus jeune. Les yeux de Hanamiya les suivaient, comme hypnotisés.

-Tu as les moyens ?

-Ne fais pas attention à ça ~

-Imayoshi...

Il attrapa les billets envoûtant et les regarda.

-... Avec quel argent tu as pu payer ça ?

Hanamiya fixa son amant dans les yeux.

-J'ai besoin de sortir, de m'éloigner un peu de Tokyo... La patron a accepté la semaine, viens avec moi.

Petit silence dans la cuisine où ils s'étaient installés.

-... Je refuse de faire la cuisine là-bas.

Deux sourires bien que chacun ait sa particularité se firent face. Les bruns se replongèrent dans leurs cours, les billets de train au milieu en guise de motivation.


Midorima s'installa à sa place dans sa salle de classe sans un mot ou un regard pour ses autres camarades. Il vida son sac, plaçant sa trousse en face de lui et cligna un instant des yeux.

Il avait pris l'habitude d'avoir les longs cheveux de Takao juste devant. Aujourd'hui, ils étaient aussi courts qu'avant. Alors, le vert pensa un instant que quelqu'un d'autre avait pris la place de ami. Il fallu que l'autre fasse entendre sa voix pour que le tireur comprenne que Takao avait coupé ses cheveux. Les lunettes glissèrent un peu le long de son nez tandis que Midorima penchait la tête, surpris. Depuis que cette apparence de fille avait remplacé celle du garçon, le petit joueur de Shutoku avait montré un intérêt dans ses longues mèches noires. Le vert l'avait souvent vu jouer avec jusqu'à finir par se faire des coiffures diverses et variées.

Le concerné se tourna vers lui, son sourire se fanant en un masque de tristesse.

-... Bonjour Shin-chan.

-Tes cheveux...

Par réflexe, Takao porta sa main à ses mèches avant de tenter de sourire.

-J'avais envie de changer un peu...

-... Ça te va bien...

-Merci.

Le brun ne se retourna pas pour autant, fixant la trousse que son ami tentait désespérément de bien placer au milieu de son bureau, presque comme un maniaque.

-... Kissa va bien ?

Midorima ne regarda pas le poing crispé.

-Bien sans doute.

-Sans doute ?

-... Elle sort souvent et quand j'appelle, elle dort déjà.

Les yeux gris paraissaient si vide à cet instant précis... La main du vert se posa sur le bras que le garçon-fille avait posé sur le dossier de sa chaise et pressa doucement. Takao inspira profondément et se retourna à l'arrivée du professeur de Sciences.

Depuis que le plus grand avait choisi de ne pas s'impliquer dans sa future tâche de père, les choses étaient très houleuses en ce moment. Ils n'échangeaient plus de SMS, pas d'appel le soir juste pour se murmurer qu'ils s'aimaient. Takao avait pris sa décision, Midorima la sienne, elles ne concordaient pas, voilà c'était tout.

Tandis qu'il saluait, le brun regarda son ventre. Les choses avaient-elles toujours été aussi fragiles entre eux ? Midorima ne voulait-il pas comprendre ce qui avait motivé Takao à aimer cet enfant ? Il allait être unique bon sang ! Une chance qui n'aurait jamais du arriver et qui n'arriverait plus !

Mais Takao aimait Midorima. Il l'aimait tellement qu'il n'arrivait pas à penser au fait de se séparer de cet enfant. Il le voulait, il l'aurait.

L'heure suivante, il l'a passa à réfléchir à des prénoms potentiels. Fille ou garçon ? Son physique à lui ou celui de Midorima ? Très curieux, voir impatient, le futur parent avait hâte. D'ailleurs... Si le vert refusait toujours d'assumer sa paternité... fallait-il qu'il en parle à l'enfant quand il aurait l'âge de comprendre ? Ou tenir le vert à l'écart pour toujours ? On verra ça plus tard...

Les yeux gris se tournèrent en même temps que son visage légèrement en arrière. Midorima prenait ses notes consciencieusement. Takao se reconcentra sur ce que disait son prof quand une envie bien particulière se fit sentir en lui. Il tendit une main tremblante.

-Takao ?

-J'aurais besoin... d'aller aux toilettes...

-Et bien... Vas-y.

Sans attendre, Takao quitta sa chaise, une main sur la bouche. Le regard alerté de Midorima le suivit et le vert finit par lever la main à son tour.

-Midorima ? Si tu veux y aller aussi, attends qu'elle soit revenue et-...

-Je vais à l'infirmerie.

Sans attendre l'approbation de l'adulte, le garçon aux lunettes s'éclipsa dans le couloir. Vu comme Takao était pressé, il était logique qu'il aille au plus près... donc les toilettes dans le couloir de droite. Devant la porte des filles, il hésita un peu et finit par pousser la porte. Tous les autres élèves étaient en cours donc personne ne le verrait entrer ici. Il referma la porte derrière et chercher l'origine des bruits dans l'une des cabines.

-Takao ?

Seuls les toussotements vers le fond lui répondit.

-Takao !

Le vert toqua un peu et s'aperçut que c'était ouvert. A genoux devant la cuvette, une main pour retenir ses cheveux, le garçon-fille crachait tout ce qu'il pouvait. Ne sachant pas trop quoi faire, il s'agenouilla et frotta son dos.

Le garçon-fille releva la tête, s'essuyant vaguement les lèvres avec le dos de sa main.

-Tu as besoin de-...

-Rien... C'est rien.

Il se releva et marcha lentement jusqu'à un lavabo derrière. Il se rinça la bouche et s'agrippa aux rebords blanc.

-Est-ce que c'est-...

-C'est rien, je t'ai dit !

Ignorant totalement le fait qu'en se penchant, sa jupe dévoilait bien plus que normalement, le malade se penche en avant pour prendre sa tête dans ses mains.

-C'est parce que tu attends-...

-Ça te concerne pas ! Tu n'en veux pas alors ne fais pas comme si tu t'inquiétais !

Les yeux gris le fusillèrent un instant avant que Takao ne se laisse glisser au sol, la tête entre ses genoux.

Et Midorima resta bêtement devant, bien debout, ne sachant ni quoi dire ni quoi faire.


Kise se mit timidement à sourire à l'objectif.

Depuis que son manager et sa sœur aînée avaient réussi à le remotiver pour reprendre le mannequinat, il n'était plus le même qu'avant. Toujours obnubilé par cette légère cicatrice sur sa joue, il n'arrivait pas à retrouver sa confiance d'avant. Pourtant, devant le miroir après le passage de la maquilleuse, sa joue était aussi lisse que celle d'un bébé.

Son index avait doucement touché cette chose immonde couverte par le fond de teint. Pas qu'il en ai spécialement besoin mais c'était pour éviter la peau brillante avec les flashs.

Le photographe était étonnamment bien patient aujourd'hui. Il fallait dire que personne ne voulait brusquer le beau mannequin qui avait été blessé et venait de perdre deux de ses amis en si peu de temps. Personne n'était au courant que l'un de ses garçons était son petit-ami. Et tant mieux.

-Aller Ryota-kun, un peu plus ! Montre comme tu es beau !

Kise haussa davantage le coin de ses lèvres. Le photographe appuya plusieurs fois, faisant crépiter ses flashs. L'homme se caressa le menton en regardant son jeune modèle et finir par annoncer.

-Retourne voir la maquilleuse.

-Un problème ?

-On va enlever le fond de teint. Je vais me débrouiller pour la surbrillance.

-Mais...

En guise de protestation, le blond toucha sa cicatrice, s'attirant un gentil sourire du plus vieux. L'équipe entière était silencieuse.

-On va la montrer.

-Non...

Par réflexe, il recula en plaçant ses bras devant lui comme pour se protéger. Ses yeux ambrés cherchèrent sa sœur, la suppliant silencieusement du regard. La grande blonde avait un regard dur et il sut directement qu'elle était derrière tout ça.

Se sentant comme un animal pris au piège, acculé au fond du studio, le joueur de basket n'avait qu'une envie, se cacher. Fuir ces regards qui n'allaient montrer que du dégoût une fois son visage nu. Il ne voulait pas ça.

-S'il vous plaît non...

-Ryota.

La voix de sa sœur était inflexible et le garçon sentit la panique naître dans sa poitrine. Il ne voulait pas ça !

Il s'apprêtait à courir en direction de la sortie pour fuir quand la main de sa sœur attrapa son poignet. Elle le serra dans ses bras, sa tête contre sa poitrine.

-Ryota... S'il te plaît... ne fuis pas...

-Je veux m'en aller... Je veux pas ça !

-Je n'en peux plus Ryota... Je ne supporte plus de te voir comme ça...

Mine de rien, la femme avait une poigne impressionnante et Kise comprit rapidement qu'il ne pouvait pas fuir. Lentement, la grande blonde l'amena jusqu'à l'endroit désigné pour la maquilleuse et le fit s'asseoir. Il fallait que le garçon passe au delà, apprenne à vivre avec cette légère cicatrice rose.

Quand il repartit devant l'objectif, tout le monde avait conscience qu'il se retenait de pleurer. Les épaules voûtées et le visage sombre , Kise se tenait sous les deux projecteurs. Comme si le glas avait sonné pour lui, il repensa à une multitude de moment : son entrée à l'école avec ses petites mains dans les grandes de ses deux sœurs, la première qu'il vit Aomine dunker, sa rencontre avec Kuroko, Haizaki qui le battait à un one-and-one, sa place de titulaire attitré, son entrée à Kaijo, la fois où il dépassa Aomine, sa défaite à la Winter Cup, son empoisonnement, sa première fois avec Kuroko, son accident, la mort de Kuroko...

Merde, il avait déjà déjà eu tellement de choses horribles !

Et il paraît que les femmes aiment les hommes avec des cicatrices non ? Kuroko était mort, Kise ne voulait personne d'autre, mais les femmes de la mode avaient des contrats pour lui non ? Donc...

Il adressa une prière pour son amant décédé et se releva totalement. Un sourire sûr de lui fleurit sur son visage et sa main trouva naturellement sa hanche. Le bassin légèrement arqué vers un côté et le menton bien levé, Kise Ryota brillait comme l'étoile montante de la mode qu'il fut avant son accident.

Aller de l'avant !

Se dépasser comme toujours.

Vivre !

Continuer d'avancer.

Gagner !

Le ramener.


Kitsune savourait un léger courant d'air. En 900 ans, il en avait vu des choses. Il en avait vu des humains. Ceux du jeu précédent avaient été de véritables tueurs, s'assassinant les uns les autres sans remord. Tout ça pour une simple femme.

Et cette nouvelle partie était loin, très loin de ressembler à la première. Toujours une femme entourée d'un groupe de garçons mais plutôt que de se contenter de regarder, celle-ci avait carrément pris part à la partie. Ils étaient résistant aussi ces joueurs. Pourtant, ils avaient tous déjà au moins une bonne raison de déprimer mais rien. Ils se relevaient et continuer.

Presque impressionnant.

Ils avaient même causé du grabuge du côté des divinités. Parce qu'une fois qu'Ookami s'était manifesté, enchaînant directement sur le fait qu'il était responsable de certains événements clés du jeu avec cette dénommée Momoi Satsuki. Et ce loup n'avait pas été peu fier d'avouer ensuite qu'il prenait Akashi sous sa patte.

Akashi Seijuro.

Si le renard devait être sincère, le rouge était le plus apte à vaincre. Il avait largement les capacités par lui-même, étant déjà une personne capable de mettre les autres plus bas que terre et faisant tout pour arriver à ses fins. Ce garçon était naturellement fait pour vaincre.

Mais il ne fallait pas qu'il oublie que les autres apprenaient de leurs défaites et erreurs. Kise Ryota par exemple ! Un voilà un qui se battait avec l'énergie du désespoir, se relevant à chaque fois. Il avait sans doute été celui à qui il était arriver le plus de crasses. Mais il avançait le beau gosse !

D'ailleurs, l'équipe entière de Tanuki était assez impressionnante. Takao Kazunari. Son père : assassiné. Sa mère : sans commentaire. Sa sœur : de l'autre côté du pays. Son petit-ami : dorénavant absent. Il était devenu une fille et continuait de sourire. Il portait un enfant et voulait le garder par amour. Allait-il vaincre avec ses sentiments ? C'était basique et inespéré.

Midorima Shintaro, la chance allait-elle le suivre jusqu'au bout ? Il était raisonnable et réfléchit, prenait des décisions après en avoir vu toutes les options. Quitte à blesser. Son petit-ami en premier. Mais derrière ses lunettes, ne se cachait-il donc pas un grand cœur ? Le Tsundere allait-il prendre en main son rôle de futur père ?

Murasakibara Atsushi et Kagami Taiga ne pouvaient pas gagner ce jeu. Ils n'en avaient pas conscience mais ils tenaient grâce à Himuro Tatsuya. Sa disparition entraînait les deux autres dans une lente chute inéluctable. Le brun était-il mort ? Ce satané loup l'avait fait disparaître... Ookami était peut-être une divinité mineure mais bon sang, ses capacités dépassaient l'entendement. Après tout, il avait réussi pendant des siècles à se faire passer pour mort, laissant son esprit voguer ici et là sans se faire remarquer. Himuro avait disparu et tant que le loup ne l'aurait pas décidé, personne ne le retrouverait mort ou vif.

Akashi et Momoi non plus. Kitsune attendait de voir à quoi ces deux-là allaient servir.

Près de lui, Tanuki justement était allongé silencieusement. Les trois divinités avaient décidé de se rejoindre afin de parler du garçon-fille, Takao. Et comme d'habitude, le chat à deux queues se faisait désirer. Saleté de félin !

-Coucou ~

En parlant du loup, on tombe sur son grand frère...

-Tu es en retard.

-Je suis allée voir ma petite ombre et sa vieille lumière.

Le Nekomata était connu dans la mythologie pour être le chat capable de relever les morts. Le renard à neuf queues supposait même qu'il était capable de voir les âmes.

-Et ?

-Ça ira pour eux. Takao Kazunari ?

Le raton-chien ouvrit un œil.

-Des nausées le matin, prise de poids...

-Un polichinelle dans le tiroir en bref ?

-Oui...

Petit silence pour comprendre les aboutissants de cette grossesse ô combien surprenante.

-On décide quoi ?

-C'est Tanuki son Dieu.

-Je ne me suis jamais vraiment retrouvé face à ce genre de cas...

Trois regards aussi calmes.

-Sa transformation en fille ne devait pas être éternelle.

-Il faut respecter la vie.

-Nekomata, tu prends tu plaisir à voir les humains s'entre-tuer... !

-On parle d'un bébé !

Pas vraiment convainquant...

-Et donc ?

-Tanuki, tu restes le dernier décisionnaire...

-Mais je sais pas quoi faire !

-Alors, on reste sur l'idée de départ.

La voix du renard était tranquille, annonçant finalement la solution la plus simple. La plus jeune divinité hocha de la tête.


Midorima avait demandé à sa mère de lui accorder un peu de temps pour discuter.

Surprise de cette demande assez rare, la femme avait demandé à son mari d'emmener leur jeune fille se promener pour être seule avec son fils. Assis sur le canapé, elle attendait. Elle l'avouait, son garçon était sa fierté. Aya était encore trop jeune pour juger mais nul doute qu'elle suivait déjà les traces de son grand frère adoré.

-Shintaro ?

Le vert sortit de ses pensées et la regarda. La femme fut surprise d'y lire un peu de peur.

-J'ai... J'ai fais quelque chose et j'ai pris une horrible décision... Je ne sais pas quoi faire...

Voilà. En 17 ans d'existence, jamais son premier bébé ne lui avait demandé de l'aide. Elle était à la fois touchée et inquiète.

-Je t'écoute. Tu sais que tu peux tout me dire.

Pourtant, Midorima se plongeait encore dans le silence alors elle tenta une vague d'humour.

-Tant que tu ne me dis pas que tu as mis une fille enceinte … !

Le regard désespéré de son fils la refroidit.

-Shintaro...

-On s'est toujours protégé ! Sauf une fois ! Une fois... Je... Une fois...

Sa mère avala sa salive.

-Quel âge a t-elle ?

-... Mon âge.

Midorima demandait de l'aide à sa mère parce qu'il ne savait plus du tout quoi faire. Il avait conscience de la décevoir. La grande main fine de sa génitrice tremblait.

-Est-ce qu'elle... a déjà pris une décision ?

-Elle souhaite le garder.

-... Et toi ?

Le vert se mordit la lèvre.

-J'ai choisis de ne pas... Je lui ai dit que s'il elle voulait le garder, elle n'allait pas pouvoir compter sur lui.

Sa tête vola sur le côté tandis que le bras de sa mère se déployait brutalement. La gifle résonna dans la salle à manger.

-Tu vas la laisser seule... avec un bébé ?!

-...

-Midorima Shintaro, tu-...

-Je suis désolé... Je sais plus quoi faire …

La mère se calma immédiatement en apercevant cette petite larme qui coulait sur la joue rouge de son fils. Elle entoura ses larges épaules de ses bras fins et le serra contre elle.

-Shintaro, tu es un vrai idiot.

-Je sais...

Le garçon était tellement perdu...

-Écoutes-moi...

Elle le releva pour le fixer dans les yeux.

-Tu dois prendre tes responsabilités. Peu importe son choix, tu dois être là pour elle. Donc, tout de suite, tu vas aller chez elle et tu vas lui dire que tu seras avec elle, je suis claire ?

-Oui.

-Allez, vas-y !

Midorima s'arracha à son étreinte et quitta sa maison sans attendre. Le cœur et les poumons au bord des lèvres, il courait sans s'arrêter en direction de chez Takao. Sa maison était plongée dans le noir mais il savait que le brun était là.

Il ne toqua pas à la porte, entra directement.

-Takao ?

Rien. Le vert grimpa l'escalier, entrant avec fracas dans la chambre mais son ami n'y était pas. La porte de la salle de bain était ouverte par contre...

-Takao... ?

Midorima poussa davantage la porte, en tendant des plaintes comme celles d'un animal blessé.

-... Shin-chan... ?

Sa voix était tellement plus grave qu'avant... le vert était certain que c'était qu'il avait sous sa forme de garçon. Sa main chercha l'interrupteur pour allumer la pièce. Takao était contre la baignoire, se balançant presque nerveusement sur ses fesses.

-Takao...

Le brun releva la tête, affichant à nouveau ce visage de garçon si connu.

-J'ai...

Une sueur froide dans le dos musclé du plus grand.

-... Je ne peux plus avoir ton bébé maintenant... !

Midorima ferma la porte et se laissa glisser contre.


Akashi se glissa sous les draps de son futon avec un soupire fatigué. N'ayant rien eu d'autre à faire, il avait nettoyé le jardin qui, à son noble avis, devenait de plus en plus grand au fil des jours.

Désormais, s'ajoutait au basin des carpes, un magnifique cerisier avec un banc dessous et un grand coin d'herbe. Et demain, il y aurait sans doute d'avantage. Même la maison s'agrandissait. La salle de bain prenait de l'ampleur, la cuisine plus perfectionnée et une petite bibliothèque était apparue.

Son chat était endormi contre sa cuisse, ses ronronnements semblant une mélodie aux oreilles du rouge. La porte de sa chambre coulissa légèrement, il aurait presque pu ne pas l'entendre en fait. Pourtant, il décida de ne pas bouger. Après tout, il savait qui c'était.

Quand il la sentit près de lui, le garçon roula d'un coup vers la droite, échappant de justesse au couteau qui se planta à l'endroit précis où se tenait sa tête plus tôt.

-... Raté.

-Pour ce soir.

Momoi retira la lame de l'oreiller et se releva. Le chat n'avait pas bougé, déjà habitué à ce cirque entre les deux humains.

La rose referma bien la porte derrière elle et Akashi retrouva sa place, prêt à se rendormir. Vu son état, il y avait des chances qu'il la retrouve près de lui demain.

Ça faisait un mois tout pile que Kuroko était mort.


Et hop ! Chapitre bouclé !

Roooh, je suis désolée du temps d'attente ! Les problèmes se sont accumulés de mon côté, ça a été infernal... J'ai hâte de finir cette fic pour en reprendre d'autres beaucoup plus gentilles que celle-là.

Merci pour vos commentaires, ils me font très plaisir et ils sont assez remotivant !

Prochain chapitre : Midorima décide d'affronter son drame avec un Takao déprimé au possible, prêt à faire une bêtise. Murasakibara est bloqué au lit avec une méchante grippe et Kagami sent sa main qui répond étrangement de moins en moins. Kise au contraire, reprend vie et Momoi tente toujours d'assassiner Akashi. Chapitre 31 : Un, deux, trois... morts !