Disclaimer : Square Enix, Disney, et les gens qui ont fait TWEWY. C'est pas Square Enix, d'ailleurs ?

Ce chapitre contient une scène qui pourrait être inappropriée pour de jeunes personnes si tant est qu'elles ont l'imagination un peu trop débridée. Vous êtes prévenus.


Il y a des décisions qu'on regrette tout au long de sa vie.

Vanitas, par exemple, avait un jour décidé de tenter sa chance avec ce vieux paquet de bonbons qui traînait au fond d'une armoire depuis des temps immémoriaux. Il était fermé, pensait-il, et ne présentait donc aucun risque ; la date de péremption n'étant visible nulle part (en tout cas pas après le « à consommer avant : voir paquet ») et son ventre criant famine, il prit son courage à deux mains et dégusta les friandises avec un silence religieux. Que pouvait-il lui arriver, de toute façon ?

Le cher enfant se retrouva donc plié sur une chaise dans la salle d'attente du médecin de famille en se concentrant pour ne pas repeindre le sol de restes de bonbons périmés depuis longtemps. Regretta-t-il cette décision ?

À vrai dire, non. Vanitas ne regrettait jamais rien. Vanitas avait toujours raison. Cette épreuve l'avait rendu plus fort, et il avait gagné.

Axel, par contre, n'allait pas avoir cette chance ; la force mentale lui manquait et les ombres malignes du regret ne tardèrent guère à lui enserrer le cœur lorsque enfin il décida de respecter une promesse qu'il s'était fait des années plus tôt dans ce qu'il appelait au fond de lui « le bien-aimé chapitre un ».

Lorsqu'il se réveilla ce matin-là, le monde lui parut d'une normalité aberrante et il n'y fit pas plus attention qu'à l'ordinaire. Il bâilla, s'étira, traversa le couloir en traînant des pieds et fit une pause devant la chambre de sa sœur en y entendant de vagues grommellements ; pensant que Roxas avait dû s'inviter sans demander son avis mais trop fatigué pour comprendre ce que cette pensée pouvait bien signifier, il descendit les escaliers, manqua de se prendre dans le bas de son pantalon de pyjama et se traîna jusqu'au frigo en espérant y trouver quelque chose qui réveillerait son appétit.

– Axel ? Ta sœur n'est pas levée ?

Il se tourna vers sa mère qui était apparemment mystérieusement apparue sur le canapé et haussa les épaules.

– Elle n'est pas sortie depuis hier matin, ça commence à faire long.

– Bof, laisse-la tranquille. Elle sortira bien quand elle aura envie de pisser.

– Surveille un peu ton langage.

Il sortit une brique de lait demi-écrémé bio fait à partir de vraies vaches de son pays mystérieux et sans nom (cette information de nature extrêmement sensible restera, pour notre bien à tous, top secrète) et le versa dans un bol fissuré qui se fit un plaisir de laisser échapper quelques gouttes de lait bien trop heureuses de fuir ce destin funeste – les aliments eux-mêmes évitaient l'estomac d'Axel tant celui-ci recelait d'horreurs innommables.

Il ramena le bol sur la table du salon et s'enfonça au fond du canapé en reniflant.

– Tu es malade ?

Il vida rapidement son bol avant de laisser le temps au lait de fuir à nouveau et se tourna vers sa charmante mère en bâillant.

– J'ai pas le droit de renifler ?

– Ce que tu fais avec ton nez ne me regarde pas, déclara-t-elle sèchement. Je parlais de tes yeux.

– Qu'est-ce qu'ils ont, mes yeux ?

– Ils ont coulé, récemment ?

– Pas que je sache.

– Tu n'as pas vu d'étrange ectoplasme noir en sortir ?

Voilà qui était singulier. Axel se passa un doigt au bord de l'œil. Il n'avait rien de particulier.

– Pourquoi tu demandes ça ?

– Il y a des résidus sur tes pommettes. Enfin, ce que tu fais avec tes pommettes ne me regarde pas.

Brusquement inquiet, il palpa son visage. Il interrogea sa mère du regard mais elle ne fit que hausser vaguement les épaules.

Il sauta du canapé et courut jusque dans la salle de bain pour faire face à son miroir. Ce qu'il y découvrit manqua de lui tirer un hurlement.

Voilà une décision qu'il ne manquerait pas de regretter.

xxxxx

La plage.

Sora y pensait à chaque fois qu'il fermait les yeux. Les mêmes images, les même mots, une boucle sans fin et sans commencement. Des souvenirs gravés à jamais dans sa mémoire.

Il sortit de son lit et attrapa son téléphone portable. Il fallait qu'il contacte Vanitas, et vite. Ils avaient beau avoir juré un éternel silence, il ne pouvait décemment pas garder ses pensées pour lui. C'était une question d'amour propre et, surtout, ça le mettait très mal à l'aise vis-à-vis de Ven et Xion.

Il appuya sur l'icône qui représentait une enveloppe et se retrouva face à un écran vide et avide d'être le témoin de nouvelles croustillantes confessions qu'il pourrait ressortir à la prochaine CITS, c'est-à-dire la Convention Internationales des Téléphones Sournois.

Il se mordillait nerveusement la lèvre supérieure. Était-ce vraiment une bonne idée ? Vanitas accepterait-il d'en parler avec lui ? Plus que tout, fallait-il que ce SMS mystérieux se retrouve dans la narration et finisse par être visible pour des dizaines de personnes d'un autre monde ? Il n'en était pas certain. C'était dangereux, et il avait promis.

Il soupira. Il ne pouvait pas fuir. Il n'avait aucune raison d'avoir peur.

Déterminé, il commença à écrire.

« À propos de la plage... »

Il ne savait pas exactement comment formuler ses pensées, aussi prit-il un instant pour réfléchir à la suite de sa phrase.

Grossière erreur.

Terrible erreur.

Lorsque ses yeux se posèrent à nouveau sur son écran, ils s'écarquillèrent d'horreur. Il se figea.

Rien ne serait plus jamais comme avant.

xxxxx

Roxas buvait une tasse de lait entier bio fait à partir de vraies vaches de son pays mystérieux et sans nom quand il manqua de foncer dans son frère qui, apparemment, avait décidé de rejoindre le salon sans regarder devant lui.

– Fais attention, marmonna Roxas qui avait, par chance, réussi à sauver sa tasse de lait.

Ven leva les yeux de la console qu'il tenait devant lui et lui adressa un sourire d'excuse.

– Je ne t'avais pas entendu.

Il referma la DS et la déposa sur la table pour se servir son propre petit-déjeuner.

– Je suis sûr que t'as pas fermé l'œil de la nuit, en plus.

– Bien sûr que si.

Il ramena son bol de céréales sur la table et rouvrit la console en plissant les yeux sous la concentration.

– Tu joues à quoi, d'ailleurs ?

Il n'obtint aucune réponse. Légèrement irrité, Roxas lui couvrit les yeux.

– Lâche-moi !

– Tu joues à quoi ?

– Pokémon.

– Depuis quand on a Pokémon ?

– On l'a pas.

– Comment tu fais pour jouer à un jeu qu'on a pas ?

– On me l'a prêté. Laisse tomber, Roxas.

Mais ce dernier n'était pas du genre à laisser tomber ; nullement perturbé, il vint prendre une chaise et s'installa à côté de son frère qui était apparemment en train de mourir sous les fourbes coups d'un champion d'arène.

– Tu devrais utiliser un type feu, conseilla Roxas.

– Je sais, mais je ne peux pas.

– Pourquoi ?

– Parce que. T'as pas autre chose à faire ?

– Non. Tiens, c'est quoi, ça ?

Il attrapa une feuille de papier laissée sur la table et la lut dans un silence religieux. Puis un sourire étira ses lèvres.

– C'est à qui ?

– À Xion, soupira Ven.

– Pourquoi elle a fait ça ?

– Pour ne pas mourir, je suppose. Et pour que je règle ses erreurs. Pourquoi tu ne lui poses pas la question, d'ailleurs ?

– Parce que t'es disponible.

– Plus maintenant.

Il venait effectivement de terminer son bol de céréales et l'abandonna sur la table avant de rentrer dans sa chambre, DS et notes en main.

Roxas rangea le bol dans le lave-vaisselle. Il fallait qu'il parle à Xion. Cette histoire était décidément très bizarre.

xxxxx

« Xion ?

– Oui ?

– Je ne te dérange pas ?

– C'est-à-dire que je bois un verre de lait écrémé bio fait à partir de vraies vaches de mon pays mystérieux et sans nom, mais je ne crois pas que ça ait une quelconque importance. Qu'y a-t-il ? »

Il y eut un bref silence au bout du fil. Enfin, son interlocuteur répondit :

« C'est marrant, c'est justement ce que je buvais il y a une minute. Mais c'était dans une coupe de champagne.

– Une coupe de champagne ? Pourquoi ?

– Tout le reste est à laver.

– Ah... donc ? Pourquoi tu m'appelles ?

– Hum... j'essayais de joindre Vanitas, mais il sonne occupé.

– Ah, ouais. Cherche pas, son téléphone est devenu un horcruxe de Ven. Il refuse de le quitter.

– Euh...

– Écoute-moi, cousin. Quel que soit ton problème, Vanitas ne va pas pouvoir le régler. Mais je suis là, moi. Et je ne prends que cinq euro de l'heure.

– Tu ne peux pas m'aider... c'est à propos de la plage.

– La plage ? Là où vous êtes allés pour les vacances ?

– Ouais. Enfin, bon, c'est pas grave...

– Essaie d'appeler Axel, au pire.

– Il ne répond pas non plus. Sa mère m'a parlé d'un problème d'ectoplasme miraculeux, mais je n'ai pas bien compris. Enfin, bon...

– Pas de chance. Bon courage, Sora. Au fait, rien à voir, mais on m'a dit que tu avais commencé des cours de karaté, c'est vrai ?

– Ah... j'ai pas encore commencé.

– Oh, d'accord.

– Pourquoi tu voulais savoir ?

– Comme ça. À plus tard ! »

Elle raccrocha, termina son verre de lait et partit chercher son Grand Cahier d'Informations sur le Clan Ennemi. La tête de mort qu'elle avait brillamment recopié sur la couverture alors qu'elle n'avait que 8 ans et demi était si émouvante qu'elle lui tira quelques larmes.

Sans plus attendre, elle le feuilleta rapidement, passant au-dessus de la page « mon gran frère il ma piquer mes chocola » et ignorant celle, plus récente, « mille et unes idées pour pourrir la vie de mes ennemis », pour s'arrêter sur l'une des quatre pages les plus importantes, sobrement intitulée : « Sora ».

La page Sora était en réalité une quadruple page débordant d'informations utiles ou qui-pourraient-devenir-utiles-un-jour, comme le fait que Sora avait une peur bleue des pieuvres et refusait catégoriquement de se promener au bord d'un fleuve avec Riku entre deux et quatre heures du matin. Il était son cousin, après tout, même si elle passait son temps à l'oublier ; les informations, dès lors, ne manquaient certes pas, puisqu'il lui suffisait de faire les yeux doux à sa tante bien-aimée pour grappiller les secrets les plus tordus qu'il était possible d'imaginer et que, ma foi, seule une mère et un narrateur omniscient pouvaient connaître.

Elle déboucha un marqueur rouge, vérifia qu'il fonctionnait toujours sur sa main puis, une fois satisfaite, écrivit en grandes lettres rouges « Karaté ? » et le souligna deux fois. C'était, elle en avait parfaitement conscience, d'une importance capitale ; si un de ses ennemis mortels devenait un expert en art martiaux, elle devait s'en souvenir et prévoir ses prochains mouvements en conséquence.

Une fois rassurée et certaine qu'elle ne pourrait pas être surprise par le camp adverse même en cas de soudaine amnésie, elle rangea le cahier dans son emplacement secret et s'étira avec bonheur.

Une bonne chose de faite, pensa-t-elle. Heureuse, elle se coucha sur son lit et ferma les yeux. Le monde était calme et elle avait toutes les cartes en main pour en rester le maître absolu.

Presque toutes les cartes.

Elle se releva d'un bond.

– La plage, murmura-t-elle bien que personne ne soit là pour l'entendre.

Comment pouvait-elle cerner ses ennemis si un week-end entier et mystérieux passé ensemble lui restait inconnu ?

Elle sortit en trombe de sa chambre et claqua la porte derrière elle.

xxxxx

Pendant ce temps, Riku... allons-nous vraiment encore faire la blague de Riku ? Oui. Tout à fait. Pauvre Riku.

Ailleurs, donc, dans une pièce où aucune trace de lait bio n'était visible, une autre jeune fille venait de prendre conscience de quelque chose de très important. Ça n'avait rien à voir avec la plage, ça n'avait rien à voir avec son frère et ses pommettes, ça n'avait même rien à voir avec son pays mystérieux et sans nom.

Son téléphone portable sonnait à côté d'elle pour la troisième fois depuis le début de la journée mais elle ne prit pas la peine de décrocher. Assise sur un oreiller qu'elle avait posé au sol, elle s'enroula dans sa couette et fixa ses yeux caves sur la télévision écran plasma que son père absent lui avait offert pour son anniversaire, sans doute tiraillé par la culpabilité – il avait quitté la maison depuis un moment déjà et se souvenait de temps en temps de ses deux monstrueux enfants, ce qui lui causait remords et terreur et le forçait à acheter des télévisions écran plasma.

La manette vibra dans sa main. Elle resta impassible.

Tu es morte, disait l'écran (il ne la tutoyait pas vraiment, à dire vrai ; il ne lui adressait pas la parole et ne disait rien, car c'était un objet inanimé et sans la moindre étincelle de conscience).

Elle resserra la couverture autour d'elle. Le chauffage était éteint depuis deux jours. Elle avait un peu froid, mais elle s'en fichait.

Rien n'était plus froid que l'étreinte mortelle du game over. Rien. Elle pouvait supporter un manque de chauffage – non, elle devait le faire. Il fallait qu'elle soit forte, qu'elle devienne puissante, que plus rien ne puisse la mettre à terre. Devenir invincible, tel était désormais son objectif.

Elle ferma les yeux un court instant. Recommencer ? demanda la console. Évidemment, répondit-elle en appuyant fermement sur le bouton X.

Il fallait qu'elle devienne imbattable, et cela devait inévitablement lui faire traverser de nombreux échecs. Mais ce n'était pas grave.

Un jour, bientôt, ses ennemis se traîneraient à genoux en implorant sa grâce.

Très bientôt.

xxxxx

Sora prit une longue inspiration.

Assis dans le canapé du repaire qu'il considérait désormais comme un intéressant point d'ancrage, il hésitait à faire ce qu'il avait à faire. Il avait promis, il le savait, mais les souvenirs de la plage le taraudaient tant et si bien qu'il ne pensait pouvoir accomplir son devoir en toute conscience.

Lea, cependant, lui jetait de furtifs regards implorants. Il déglutit.

Puisqu'il le fallait...

– Lea, tenta-t-il quand même, est-ce que tu es sûr que...

– Tu n'aimes pas ?

Sora se passa une main dans la nuque, subitement gêné. Il avait juré. Il avait juré, et Naminé lui avait fait promettre qu'il ferait tout pour s'entendre avec ses deux amis. Et c'était la meilleure façon de le faire ; la jeune fille avait prétexté un rendez-vous soudain chez le dentiste tandis qu'Isa, pourtant tout désigné pour satisfaire les désirs du rouquin, avait subitement disparu à la seconde où ils avaient détourné les yeux.

– C'est que, euh...

Il cherchait un moyen habile de se soustraire à la tâche sans décevoir celui qu'il supposait être son nouvel ami, mais rien ne lui venait à l'esprit. Il esquissa un sourire hésitant.

– Je ne suis pas très versé sur le sujet, tu comprends... enfin, tant au niveau du fond que de la forme, je suppose... même si, euh... c'est très intéressant.

– Tu peux le dire si tu trouves ça nul. Je ne le prendrai pas mal.

Ses yeux larmoyants contredisaient ses dires. Pauvre Lea. Lui qui était un garçon si charmant et travailleur, lui qui étaient généreux et toujours prêt à aider les gens dans le besoin, voilà qu'on lui refusait le seul cadeau qui aurait pu le rendre vraiment heureux. (Et non, il est hors de question que je le fasse à la place de Sora ; j'ai une dette à payer, mais je ne m'en débarrasserai certainement pas de cette manière.)

– Mh... d'accord. J'y vais, alors...

– Pas à haute voix, hein ?

– Non, non...

Ses yeux se posèrent sur le terrible document. Il fut pris d'une quinte de toux.

Lea n'avait pas à s'inquiéter, il n'y avait aucune chance pour qu'il lise un jour ça à voix haute. Aucune chance. Il se passa une main sur le front.

L'épreuve était bien plus difficile qu'il ne l'avait imaginée.

xxxxx

On frappa à la porte de sa chambre. Ven répondit par un vague borborygme incompréhensible signifiant probablement une réponse positive – c'est en tout cas ce que pensa son frère qui, après tout, avait appris à déchiffrer son mystérieux langage codé à force de le fréquenter.

Roxas s'assit au bout du lit, les mains croisées sur ses jambes, et attendit que son jumeau ait terminé d'écrire son SMS pour parler.

– Tu ne joues plus à ton jeu ? demanda-t-il.

– De toute évidence, rétorqua Ven en désignant la console en charge du menton. Qu'est-ce qu'il y a ?

Il avait dit ça sans vraiment y penser, mais le silence pesant de Roxas le ramena à la réalité et lui fit froncer les sourcils. Il se redressa et s'appuya contre le mur, intrigué.

– Quelque chose ne va pas ?

Roxas haussa les épaules.

– Ça va pas t'intéresser, de toute façon.

Ven se retint de demander pourquoi il était venu jusqu'ici pour ne pas lui parler de quelque chose, ce que je n'aurais personnellement pas fait – mais tout le monde ne peut pas posséder mon intelligence supérieure (et c'est, ma foi, fort malheureux).

– Dis toujours.

– Ça fait trois jours que j'essaie de contacter Kairi sans succès.

– Ah.

Il fit de son mieux pour paraître inquiet, mais la nouvelle ne lui faisait ni chaud ni froid. Il appréciait Kairi, d'accord, mais elle n'était au mieux qu'une sorte de connaissance. Il ne s'inquiéterait pas, même s'il essayait : si quelque chose lui était arrivé, il aurait de toute façon reçu la nouvelle via Vanitas.

– Vous vous êtes disputés ?

– Disputés... répéta Roxas. Non. Enfin, j'en sais rien, je ne crois pas. Tout allait relativement bien... mais elle était un peu étrange, ces derniers temps.

– Étrange comment ?

– J'en sais rien. Je crois qu'elle essayait de m'éviter, mais c'était pas très clair.

En ajoutant cela au fait que Roxas avait une rapidité de déduction égale à la vitesse de déplacement d'un chat au fond de l'eau habillé d'une lourde combinaison lui permettant de respirer et de ne pas finir écrasé par la pression, on pouvait en déduire que la situation aurait été fort claire pour le commun des mortels.

Heureusement, cela ne vint pas à l'esprit de Ven et il se contenta de passer une main dans ses cheveux pour une obscure raison.

– Peut-être qu'elle... qu'elle a besoin d'un moment seule ?

– J'en sais rien. Enfin pour être franc...

Il se tapota les genoux dans une étrange tentative de donner une ambiance sonore à la scène, ce qui fut un lamentable échec. Roxas avait souvent des idées incompréhensibles.

– Je ne suis pas sûr de vouloir continuer comme ça, reprit-il en fronçant les sourcils.

– Comment ça ?

– Avec Kairi... enfin, je l'aime bien, tu sais, mais... plus comme avant. Plus comme ça. Tu vois ?

– Je vois.

– Du coup, maintenant qu'elle a décidé de plus trop me parler, j'en sais rien, je me dis... c'est peut-être le moment de laisser tomber. Mais...

– T'oses pas ?

Il parut gêné.

– Non. Enfin, pas comme ça. C'est nul.

Ventus prit soudain conscience du fait qu'il avait été désigné par le ciel comme conseiller de courrier du cœur. Cette découverte le laissa sans voix. Il n'était pourtant pas le plus compétent en matière de relations romantiques.

Roxas avait néanmoins l'air désespéré, et il accepta silencieusement son rôle en s'approchant de lui pour lui presser l'épaule.

– Si tu tiens à le lui dire en face, il faudrait peut-être que tu ailles voir jusque chez elle.

– Et croiser Axel en chemin ? Plutôt mourir.

– Ah... téléphone-lui ?

– Je t'ai dit que je ne parvenais pas à la joindre.

– Euh... essaie encore ?

Ven était décidément de bien mauvais conseil. Roxas le regarda longuement et soupira.

– Bon, très bien.

Il sortit son téléphone de sa poche et composa le numéro de Kairi en pinçant les lèvres.

– Tu vas vraiment faire ça maint-

Roxas l'interrompit d'un geste de la main et attendit en retenant son souffle.

Quelqu'un avait décroché. Il sentit son cœur se décrocher de sa poitrine, se prendre une ou deux côtes et terminer au fond des acides gastriques de son cher estomac. C'était douloureux. Il n'aurait pas dû survivre à ça. Heureusement, tout ceci n'était qu'une métaphore ; sa vie n'était pas en danger. Pour l'instant, du moins.

« Kairi ? »

Jolie tentative. Il fut rapidement déçu.

« Désolé, Roxy. Ma sœur a décidé que son téléphone n'était plus assez bien pour traîner à côté d'elle.

– Fais chier. À plus.

– Hé là ! Tu vas pas m'abandonner comme ça, quand même ? Pour une fois qu'on peut avoir une petite conversation. »

La dernière petite conversation qu'ils avaient partagé ne l'avait pas mis particulièrement en joie, songea Roxas. Il balaya d'un geste le regard interrogateur de Ven et répondit d'une voix sèche :

« J'ai rien à faire avec toi. Kairi est là ?

– Elle a décidé de devenir une hikikomori, laisse tomber.

– Une quoi ?

– Une hikikomori.

– Écoute, si c'est encore une de tes espèces de blagues à la con...

– Pas du tout. Elle a dû ouvrir les yeux et découvrir à quel point toi et tes petits amis étaient ennuyeux. Depuis, elle essaye de remplir le vide béant ouvert dans sa poitrine en jouant à Call of Duty.

– N'importe quoi...

– Elle a plus envie de te parler, en tout cas. Pas plus qu'à moi, c'est sûr. On n'a plus qu'à parler à travers la porte, et c'est pas dit qu'elle réponde. Elle a l'air vraiment fâchée.

– Tu l'as encore emmerdée, c'est ça ?

– Moi ? Rien à voir.

– Putain.

– Abandonne, Roxy. T'as plus aucune chance avec elle, et c'est tant mieux. Pour être franc, vos enfants auraient été particulièrement horribles. Et puis, tu m'aurais eu en beau-frère, t'imagines ? Ça aurait été tellement... »

Roxas raccrocha rageusement et remit le téléphone dans sa poche.

– Alors ? demanda timidement Ven.

– Alors je suis évidemment tombé sur son connard de frère. Sérieux, à quoi ça servait d'inventer les téléphones portable si n'importe qui peut y répondre ?

Le fait qu'ils puissent être déplacés et placés au fond des poches ne semblait pas lui venir à l'esprit.

– Et Kairi...

– Il dit qu'elle a décidé de ne plus rien avoir à faire avec le reste de l'humanité.

– Oh.

Ce n'était guère étonnant. Il avait toujours trouvé Kairi un peu étrange sur les bords. Particulièrement bien élevé et désireux de ne pas manquer de tact, il garda ses pensées pour lui.

– Bon... je sais pas quoi faire. Ven, aide-moi.

– Je ne sais pas...

– T'es censé être le roi de l'amour, non ?

Il n'était vraiment pas certain de mériter cette appellation qui était, de plus, complètement ridicule. Il ouvrit bêtement la bouche, incertain de l'attitude à adopter.

– Je suis pas le roi de l'amour, finit-il par marmonner après quelques secondes de bug interne.

– Arrête un peu de faire ton modeste.

– Tu exagères.

– C'est pas moi qui reçois trois cents SMS par jour, que je sache. Je suis à peu près sûr que si tu lui demandais maintenant de se ligoter à une voie ferrée, il le ferait avec un sourire débile aux lèvres.

– Je ne crois pas qu'il soit atteint à ce point-là...

– À peine.

– ...faudrait que je l'embrasse d'abord. Ensuite je pourrai lui demander de se ligoter à une voie ferrée.

Un sourire fleurit sur ses lèvres à cette pensée.

– Tu me fous les jetons.

– Désolé.

Il n'en avait pas du tout l'air et s'étira avant de récupérer la console dont le voyant auparavant orange s'était éteint.

– Quand je pense qu'il ose croire qu'il est plus malin que toi. Quelle erreur.

– Il l'est peut-être, qui sait.

– Ça va être le bordel. Tu t'en rends compte, j'espère ?

– Mmh ?

Il n'écoutait plus, l'esprit happé par son jeu vidéo. Comme Roxas semblait attendre une réponse, il referma à nouveau l'appareil et haussa un sourcil.

– Quoi qu'il arrive, ce sera le bordel, fit-il remarquer. Le tout est de savoir quel genre de bordel on va devoir affronter.

– Mouais... ça craint.

– Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ? Tu veux que je me sente coupable ? Je n'ai encore rien fait qui puisse lui faire de tort.

– À peine.

– Rien, Roxas. Tu ne comprends pas.

Celui-ci lui lança un regard dubitatif.

– Qu'est-ce que je ne comprends pas ?

– Je ne suis pas partisan des coups dans le dos. Il l'est. Vanitas, pas moi. J'assure simplement mes arrières.

– Je te connais. T'es pire que lui.

– Si c'est ce que tu crois, grand bien te fasse.

Il lui adressa un sourire franc et Roxas sentit un étrange frisson lui traverser le dos. Oh oui, il connaissait son frère. Il le connaissait mieux que Vanitas, il le connaissait presque aussi bien que lui-même. Et tout cela ne lui disait rien qui vaille. Rien du tout.

Il se dirigea vers la porte.

– Roxas.

– Quoi ?

– Pour Kairi... tu devrais aller voir comment elle va. C'était Axel, après tout. Tu sais comment il est.

– Ah... oui. J'irai.

– Et pour cette histoire...

Il fit une pause et son sourire disparut. Il sembla un instant perdu dans ses pensées.

– C'est juste que... je ne veux pas me faire marcher sur les pieds. Mais je ne suis pas comme lui.

Il soupira et rouvrit la console.

– Je l'aime, tu sais, reprit-il d'une voix plus basse qu'à l'ordinaire. Vraiment.

– Ah.

– Ouais.

– Ce sont des choses qui arrivent. Enfin, je crois...?

Ven sourit. Conscient que la conversation était terminée, Roxas quitta la chambre en prenant soin de fermer la porte derrière lui (c'était quelqu'un d'extrêmement poli, quand il en avait envie).

Lorsqu'il fut à l'abri des regards et des oreilles indiscrètes, il se laissa aller à soupirer longuement.

Fort heureusement, il n'était pas un ennemi de Ven. Du moins pas encore. Il jeta un coup d'œil à son écran dans le pathétique espoir d'y voir un signe de Kairi. Comme il aurait aisément pu le deviner, puisqu'il n'avait pas entendu la moindre sonnerie, elle n'avait toujours pas tenté de le contacter.

Tant pis, pensa-t-il. Il s'occuperait de ce problème plus tard.

xxxxx

Joshua était un garçon vraiment très beau et avec des cheveux super soyeux. Vraiment, il était classe. En plus il avait des ailes, mais genre pas tout le temps. Enfin bon, avec ça il avait des yeux style mauves et tout, ce qui faisait qu'il avait vraiment plein plein de filles autour de lui, un peu comme des fangirls. Puis il était un chanteur dans un groupe. Ça s'appelait : The angels. Ils avaient un disque de platine, c'est un truc qu'on a quand on vend vraiment beaucoup de disques.

Un jour Joshua avait un concert et dans la salle il vit au milieu de tout le monde comme brillant d'un million de diamants super brillants, comme si on avait réuni les étoiles de l'univers dans une seule personne, un autre garçon (eh oui !) qui avait les cheveux tout en pétard et brun-roux. Et ce fut le coup de foudre. Le vrai. C'était comme si tout son sang avait été remplacé par de la lave. Il brûlait. Il brûlait complètement. Ses ailes toutes soyeuses frémirent. Les fangirls crièrent mais le bassiste, Beat, comprit que quelque chose n'allait pas. Ce n'était pas habituel de la part de Joshua, lui qui était si calme !

Mais le regard de l'ange blond était irrésistiblement attiré par le jeune homme aux cheveux en pétard dans le public. Il finit par entonner une ballade appelée « tu m'as eu au mot piano à queue » en le regardant droit dans les yeux. Il y eut un lien entre eux à cet instant. Une irrésistibles attirance qui sembla le dépouiller de sa peau et le plonger dans un seau d'eau glacé. C'était vraiment très froid mais en même temps très agréable.

Bref le concert était fini et Joshua tout en sueur même sur ses ailes alla dans le backstage, ou les coulisses comme on dit. Il essayait de se changer les idées mais il ne pensait qu'à ce garçon dans le public. Il lui donnait vraiment des frissons partout c'était impressionnant, même pour quelqu'un qui avait écrit une chanson appelée « tu m'as eu au mot piano à queue ».

Beat entra soudain dans sa loge, l'air étrange.

-Hum Josh ?

C'était son surnom et il l'aimait bien. Ça faisait cool.

-Oui ? Demanda-t-il

-Y a un jeune homme qui veut te voir.

Son cœur fit un bond dans sa poitrine ! Peut-être que c'était lui ?

-Ha bon, et il est entré comment ?

-Il avait un pass, c'est un journaliste et il a rendez-vous avec toi, de ce qu'il dit.

-oh d'accord, fais-le entrer.

Il fit entrer le jeune inconnu.

Joshua fut soufflé. Comme le gâteau, sauf que c'était plus soufflé comme un vent qui souffle et qui emportait avec lui sa conscience et son bon sens. Le journaliste était encore plus beau que au milieu du public. Il avait un air complètement blasé, par contre. Mais bon.

Beat eut l'air de dire « je vois bien ce que vous faites » puis s'en alla avec un clin d'œil, et les deux garçons furent seuls dans la petite salle.

-Salut. Dit Joshua avec un sourire.

-Bonjour. J'ai vu ton concert. C'était bien.

-C'est quoi ta chanson préférée ?

-C'est « L'entrée est bloquée, passons par le tunnel sombre à l'arrière ». J'aime bien le rock et la tecktonik.

-Ah oui...

Ils ne savaient pas quoi dire. C'était un peu gênant en fait.

-Sinon euh... tes ailes c'est des fausses ?

-Non c'est des vraies.

-Woah... c'est vrai ? Je peux toucher ?

-Je laisse pas les inconnus toucher mes ailes.

-Je m'appelle Neku.

-Ok alors ça va.

Il posa la main sur ses ailes et ça lui tira un grand frisson. Il rougit sans le vouloir.

-C'est doux. Murmura Neku.

Joshua ne savait pas quoi dire parce qu'il était super embarrassé mais en même temps, Neku s'était approché et son visage était si proche du sien qu'ils auraient peut-être pu s'embrasser si... (pause dramatique).

Il était quand même vraiment très attirant. Du coup Joshua ne put résister. Il se pencha en avant et l'embrassa. C'était très bizarre comme sensation mais en même temps c'était cool.

Ensuite Neku lui défit les boutons de sa chemise et ils furent nus.

C'est alors que Joshua se baissa pour –

xxxxx

Sora releva la tête. Il était blanc comme un linge.

– Je peux pas continuer, marmonna-t-il.

Par chance, Lea ne l'entendit pas. Voyant que Sora avait cessé sa lecture, il lui sourit.

– Tu l'as fini ?

– Euh, oui... enfin, non, mais...

– Oh. T'en es où ?

– Euh... Neku le journaliste est arrivé dans la loge de Joshua...

– Mais c'est le moment le plus intéressant ! Continue. Ne t'inquiète pas, j'ai fait mes recherches.

– C'est pas ça, mais...

Lea lui lança un regard larmoyant. Il jura intérieurement. Pourquoi diable avait-il suivi Naminé jusque dans cette planque ?

Il comprenait maintenant pourquoi elle et Isa s'étaient enfuis sans un mot. Il respira lentement. Ce n'était pas si compliqué, il suffisait de lire quelques mots. Ce n'était pas bien grave. Et puis, personne ne le saurait jamais.

Ses lèvres s'étirèrent dans un sourire timide qui ragaillardit le talentueux rouquin. Et je ne dis pas ça parce qu'il a magnifiquement réglé le problème de l'Imposteur.

– Bon... allons-y, tenta de se motiver Sora.

Profitons-en pour continuer notre propre lecture qui est, ma foi, fort instructive.

C'est alors que Joshua se baissa pour...

Je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée.

– Je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée, fit Sora en s'arrêtant à nouveau.

C'était décidément un garçon plein de ressources. Lea poussa un soupir, se leva et s'installa à côté de son lecteur pour lui passer un bras autour des épaules.

– Écoute, Sora... j'ai vraiment besoin de ton aide. J'ai envie de publier ça sur les Internet, tu comprends, mais j'ai besoin de l'avis de quelqu'un d'intelligent, d'honnête, de quelqu'un qui rigolera pas. Quelqu'un comme toi.

Il ne pouvait pas refuser lorsqu'on le prenait par les sentiments comme ça. Lea était quelqu'un d'un peu bizarre, d'accord, mais il était gentil et sensible. Enfin, quelque chose dans le genre. Et puis, il s'appelait Lea ; il méritait que quelque chose de bien lui arrive, pour avoir supporté de porter ce nom tout au long de sa vie.

– D'accord, alors.

– Je te donnerai du chocolat noisette. J'en ai tout un tas en stocks.

– Ça marche.

Il replongea dans sa lecture.

C'est alors que Joshua se baissa pour lui (cet extrait de texte ne répondant pas aux conditions d'un texte tout public, je vous ferai le cadeau de censurer chaque partie réservée aux adultes en les remplaçant par des noms de fleurs. Je vous en prie, c'est un plaisir). Cela fait il (acacia dealbata) son (papaver rhoeas) tout en enfonçant son (amaryllis belladonna – le visage de Sora se décomposa au passage ; son innocence sombra au fond d'un puits sombre et condamné, et il sut que jamais plus il ne pourrait aller aux toilettes sans se poser d'étranges questions) ce qui eut pour effet de le faire complètement (quercus skinneri – bien que ce soit un arbre et non une fleur) et cela se répandit dans le (pelargonium capitatum) bien que son (rumex obtusifolius) soit tout à fait (remerciez-moi de vous en épargner les détails, je vous prie. Sora, qui n'avait pas la chance de pouvoir censurer sa lecture, était certain d'être incapable de voir Lea comme avant). Malgré l'humidité ambiante, ils continuèrent à (viola odorata – ce nom de fleur est étrangement approprié) durant de longues, longues, longues heures. C'était vraiment très agréable, pensa Joshua alors qu'il se (xanthium strumarium).

Ensuite après ça ils décidèrent qu'ils étaient vraiment fait l'un pour l'autre et puis ils commencèrent à se voir plein de fois. Ils étaient complémentaires, après tout. Littéralement. FIN.

Sora mit un moment à se remettre les idées en place. Enfin, il reposa la... chose... sur ses genoux.

– Alors ? demanda Lea.

– C'est... comment dire...

Il n'y avait pas de mot pour décrire ce qu'il avait lu. Il se sentait sale ; pourtant, dans un coin de sa tête, sa curiosité scientifique se trouva satisfaite et remercia Lea du bout des lèvres avant de se terrer quelque part où on ne la retrouverait plus jamais.

– C'est intéressant, j'imagine...

L'intérêt qu'il trouvait là-dedans était certes invisible pour le reste de l'humanité, mais il existait. Sans doute.

– Intéressant ? C'est vrai ?

Le visage de Lea s'était éclairé d'un grand sourire.

– Et au niveau du style, ça donne quoi ?

– Eh bien... je ne suis pas sûr pour la pause dramatique, mais le reste... c'est plutôt pas mal pour une première ? Enfin, je crois.

À vrai dire, il n'était pas un mordu de littérature et avait bien du mal à évaluer la chose ; il pensa, à raison, qu'il devait exister bien pire dans l'univers et que cette lecture-là n'avait pas été si terrible, somme toute. Si on ne comptait pas le tout nouveau vocabulaire qu'il lui avait apporté, bien sûr.

– Vraiment ?

– Il n'y a pas de fautes, c'est déjà bien.

– Super, mec ! J'ai corrigé vingt fois au moins ! Ça alors, je suis trop content que t'aies bien aimé. Si tu veux j't'écris une suite, exprès pour toi !

Ne sachant comment refuser sans avoir l'air impoli, Sora hocha la tête, l'esprit plongé dans l'horreur de ce qui l'attendait.

Lorsque Naminé et Isa revinrent de leur petite promenade, ils lui adressèrent (enfin, surtout Naminé) un regard désolé et lui firent de grandes tapes dans le dos pour le remercier de son sacrifice. Amener Sora ici avait été une merveilleuse idée, pensaient-ils, et Naminé s'en félicitait grandement. Tout serait tellement plus simple, désormais.

xxxxx

Vanitas était en train de boire un verre de jus d'orange – et non de lait bio – lorsqu'il entendit quelqu'un sonner à la porte. Il jeta un coup d'œil à l'horloge – 16h30. Ça ne pouvait pas être la poste.

Il traîna des pieds jusqu'à l'entrée et ouvrit en espérant ne pas devoir faire face à cet étrange vieil homme chauve qui patrouillait en ville depuis quelques semaines. Par chance, son visiteur n'était pas chauve ; par malheur, il était roux, mais cela ne choquait plus Vanitas depuis un moment.

– Hey, Vanitas.

– Ax... (il ouvrit des yeux ronds.) Qu'est-ce qui est arrivé à ta gueule ?

– C'est une longue histoire.

– Dis-moi que Kairi et Xion ne sont pas impliquées.

– Elles ne sont pas impliquées, malheureusement.

Vanitas fit de son mieux pour ne pas afficher son soulagement et fit entrer son meilleur ami avant de le guider jusqu'au salon. Axel fronça les sourcils en remarquant les quelques cartons inhabituels qui traînaient çà et là mais ne fit aucun commentaire.

– Bon, alors ?

Le jeune homme passa une main sur ses pommettes et laissa échapper un soupir désespéré.

– Tout allait bien, je te jure. Je me suis réveillé avec ça. Je n'ai aucune idée d'où ça vient.

Voilà une affaire qui était insolite ; Vanitas s'approcha de son visage pour y regarder de plus près et laissa échapper un sifflement impressionné.

– En tout cas, dit-il en se rasseyant, t'auras bien l'air con, maintenant.

– Merci pour le soutien moral.

– Toujours un plaisir. Sérieux, je comprends pas ce qui... ça n'a rien à voir avec la plage, hein, rassure-moi ?

– Qu'est-ce que la plage viendrait faire là-dedans ? Et on avait juré qu'on n'en parlerait plus.

– Ouais, c'est vrai. Enfin...

– T'as fait quoi, hier ?

Axel se plongea dans ses souvenirs, ce qui était une tâche assez difficile pour lui qui était très grand et nageait d'une façon qui lui attirait souvent les rires de la foule.

– Hier ? J'ai été boire un verre avec des potes.

Contrairement à ce qu'on pouvait croire, Axel avait de nombreux amis au sein même de sa classe ; leur identité étant sans importance, ils ne seront guère plus évoqués (et croyez-moi, cela vaut mieux pour vous. Beaucoup mieux.)

– Ceci explique cela.

– Quel rapport avec ces... trucs ?

– Tu t'es encore bourré la gueule. T'as besoin d'une autre explication ? Ça me semble plutôt clair, personnellement.

– J'étais pas bourré à ce point-là !

– Tu parles.

– Bon, OK, j'étais peut-être un peu...

– T'auras qu'à demander à tes autres amis. Pour moi, le mystère est résolu.

– Merde...

Un sourire moqueur apparut sur les lèvres de Vanitas.

– En tout cas, c'est stylé.

– Ta gueule, Vani.

– C'est censé représenter quoi ?

– Mes larmes permanentes à l'idée de t'avoir pour ami.

Vanitas éclata de rire.

– Le prends pas comme ça, voyons. C'est juste des tatouages permanents et ineffaçables.

– La prochaine fois que j'aurai besoin de soutien moral, j'irai voir ailleurs.

– Sage décision.

– Sinon, pour Ven...

Son hôte perdit tout sourire. Axel soupira.

– T'es pas sérieux, quand même ? Tu vas laisser cette situation traîner combien de temps encore ?

– Ça te regarde pas. Reste en dehors de ça.

Il avait répondit d'une voix si sèche qu'Axel fut tenté d'y passer une crème hydratante.

– Écoute, mec, je sais que t'aimes faire les choses bien, mais...

– J'ai une idée ! et si tu fermais ta gueule ? T'as plus rien à voir là-dedans.

– Oh, wow, OK. Je disais ça comme ça, hein. C'est ton problème, pas le mien. C'est juste que... tu devrais faire gaffe. Je te dis ça en tant que pote, c'est tout.

– Faire gaffe à quoi ? T'es trop con.

– Qu'est-ce que j'en sais ? Ah, laisse tomber.

Il se releva et haussa les épaules avant de reprendre :

– Enfin bon... si ça te va, tu sais... bref, faut que je rentre. Ma mère essaye de faire sortir Kairi depuis ce matin, ça la rend dingue. À la prochaine.

– Ouais, à plus.

Axel se dépêcha de fuir le domaine pour retourner chez lui. Il lui lança néanmoins un dernier coup d'œil avant de s'en aller.

Ven avait réclamé ce territoire pour sien et s'y était installé sans même qu'il l'ait remarqué. Il avait joué finement. Axel jura.

Le petit sournois avait tout prévu. Tout, depuis le début. Il n'avait rien vu venir, et voilà qu'il avait pris Vanitas dans ses filets. Mais ça ne se passerait pas comme ça. Il ne pouvait abandonner un ami emprisonné par les tentacules d'une pieuvre hideuse.

Il fallait qu'il fasse quelque chose. C'était une question de vie ou de mort.

xxxxx

Lorsque Sora rentra chez lui, il fut surpris de constater que Xion l'y attendait.

– Tatie m'a laissé entrer. Elle est persuadée qu'on s'entend comme larrons en foire, expliqua-t-elle.

– Ah. Euh...

Il était encore un peu perturbé par l'étrange anatomie de Joshua, aussi se trouva-t-il incapable de formuler la moindre phrase complète. Xion soupira.

– Je suis venue à propos d'un truc en particulier.

Ça n'augurait rien de bon. Sora se jura intérieurement de ne vendre aucune information. Vanitas le lui avait fait jurer lorsqu'il avait neuf ans. Ça a avait été douloureux, il s'en souvenait encore.

Il passa inconsciemment une main sur sa gorge.

– À propos de quoi ? demanda-t-il enfin.

– À propos de la plage.

Sora blêmit.

– La plage ?

– Vous êtes partis un week-end entier, toi et mon frère. Et Axel, mais on s'en fout.

– Euh...

Elle l'attrapa brusquement par les poignets. Ses yeux lançaient des flammes.

– Qu'est-ce que vous avez fait là-bas ? Il s'est passé quelque chose, n'est-ce pas ? Quelque chose d'important. Je le sais. Mon instinct ne se trompe jamais. Jamais.

– Je...

– On est cousins, non ?

– Mais...

– Et je suis la cousine d'Olette. On partage le même sang. Tu sais ce que ça veut dire ?

Oh oui, il savait. Il se ratatina un peu plus. D'abord Lea, et maintenant ça. Cette journée était décidément pleine de mauvaises surprises.

– Allons, Sora, ne sois pas timide.

– Pour la plage...

Il déglutit. Il avait juré, c'est vrai. Mais Xion avait réussi à traumatiser son propre frère, et il était nettement moins impressionnable que lui, il fallait bien l'avouer.

– Je t'écoute.

– Là-bas, on a... on a...

De brefs flash lui revinrent en tête. Un oiseau étrange. Une canette de soda. Un paquet de mouchoir. Un haut de bikini abandonné. Une chaise en plastique. Et surtout, surtout, un château de sable à la forme suspecte.

– On a.. c'était...

Il avait beau essayer, rien ne sembla vouloir sortir de sa bouche.

Voyant son air catastrophé, Xion posa maladroitement une main sur son épaule.

– Quelque chose ne va pas ?

– C'est juste que... j'essaie, mais...

– Quoi ?

– Je sais qu'on y a passé un week-end, mais c'est comme si on avait tout effacé. Je ne me souviens de rien.

– De quoi ?

– De la plage... je me demande si les autres...

– La plage ? Quelle plage ?

Sora en resta bouche-bée. Xion avait l'air sincèrement étonnée.

– Celle où...

Puis un sourire apparut sur ses lèvres et il croisa les mains derrière la nuque.

– Quelle plage ? demanda-t-il. Pourquoi tu parles de ça ?

– J'en sais rien, c'est toi qui a parlé d'une plage.

– Il n'y a pas de plage à moins de quatre cents kilomètres à la ronde.

– J'aimerais bien aller à la mer, une fois. Je n'y suis jamais allée.

– Moi non plus. Enfin...

Un doute léger comme une plume s'envola de son esprit et il haussa les épaules.

– On n'aura qu'à y aller une fois. Tous ensemble.

Il avait dit ça comme ça. Xion pencha la tête comme pour réfléchir à la proposition.

– Quand on sera riches, répondit-elle.

– Tu es riche.

– C'est vrai. En été, alors.

– Pourquoi tu étais venue, d'ailleurs ?

– Pourquoi ? Je ne sais plus. Je crois que je devais récupérer la collection d'élastiques à cheveux qu'Olette m'avait piquée la dernière fois.

– Tu as les cheveux courts.

– Et alors ? C'est toujours utile.

Elle lui adressa alors un signe de la main et s'en alla sans demander son reste. Sora rentra chez lui, bien plus léger et heureux qu'il ne l'avait été ces dernières semaines. Joshua lui-même lui était sorti de la tête.

Il était certains secrets qu'il valait mieux garder enfouis à jamais.

Personne, jamais, n'évoqua la plage à nouveau.


Je serai absente à partir du 4 juillet ! /o/ Pardonnez d'avance si je traîne en longueur pour répondre aux reviews.

Merci à Fexa pour ses nooombreuses reviews et bon courage à toutes ces charmantes personnes qui ont entamé la relecture de cette fanfic /o/ Merci à tout le monde pour vos reviews, d'ailleurs, je vous aime.

Sur ce, à la prochaine ! Et merci pour votre lecture. Chaque review postée débloque une scène à la con dans les chapitres à venir. Héhéhé. Hourra.