Disclaimer : Square Enix ! Disney ! JK Rowling ! Comment ça non ?

Warning : présence massive de Riku. Ne venez pas me dire que vous n'étiez pas prévenus.


S'il y avait une chose qu'Axel détestait par-dessus tout, c'était les coccinelles. Elles étaient petites et rouges, grimpaient partout et ne déclenchaient pas le dégoût chez les petits enfants qui trouvaient amusant de les laisser courir sur leurs doigts. Par conséquent, personne ne s'occupait des coccinelles ; elles allaient et venaient, libre comme l'air, profitant de leur statut d'insecte supérieur pour se promener dans les assiettes et glisser sous les tables afin de conspirer entre elles.

Axel détestait vraiment les coccinelles. Mais il y avait une chose qu'il haïssait encore plus : les tatouages magiques qui apparaissaient en cours de nuit sous les yeux d'innocents sans leur demander leur avis. Les deux triangles noirs qui se pavanaient sur ses pommettes le lui rappelaient chaque jour, et chaque jour il les détestait un peu plus. C'était une véritable épreuve. Il aurait préféré y voir s'y coller des coccinelles – c'était dire à quel point il détestait les tatouages non-désirés.

Mais sur la liste des choses qu'il détestait, les coccinelles et les tatouages sous les yeux n'étaient pas encore en première place. Il y avait des choses pires, bien pire.

Par exemple, l'odeur des poubelles en décomposition. Ou l'automne – mais il n'y prêtait plus vraiment attention, et l'hiver était là, désormais, ce qui lui épargnait un sursaut de haine pour chaque fois où il posait un pied à l'extérieur.

Il détestait qu'on lui touche les cheveux, encore plus qu'on lui touche la nuque. La nuque, c'était privé – et ça n'avait rien à voir avec de la pudeur, c'était une question de bon sens. Il n'aimait pas vraiment les poissons, mais ce n'était pas bien grave. Les échafaudages le laissaient particulièrement indifférent, ce qui n'était pas le cas de Riku – mais laissons cet enfant inutile de côté, il ne nous apportera rien de particulier.

Plus que les échafaudages, les poissons, les doigts sur sa nuque ou dans ses cheveux, l'automne, l'odeur des poubelles en décomposition, les tatouages auto-invités et les coccinelles, il y avait une chose qu'Axel abhorrait particulièrement : c'était qu'on essaie de le doubler en distribuant partout autour de soi un gentil sourire innocent qui effaçait tout soupçon. Il n'aimait pas qu'on se fiche de lui, il n'aimait pas qu'on lui mente et, pire, il n'aimait pas qu'on manipule ses meilleurs amis au point qu'ils finissent par le mettre dehors quand il venait simplement leur rappeler leurs devoirs et les attentes qu'il avait envers eux.

En d'autres termes et par soucis de clarté, il détestait particulièrement Ventus.

Son attitude à son égard avait d'abord été de la simple moquerie inter-équipe ; un certain sentiment de compétition, sans doute, un peu de mépris en prime, mais rien de bien méchant. Il ne l'aimait pas et il était un adversaire désigné par le ciel lui-même, mais il n'éprouvait pour lui pas plus qu'une indifférence peut-être tintée de condescendance. Il n'était pas comme Vanitas : il ne gardait pas rancœur de leurs années d'enfance, non ; il le prenait pour cible, certes, mais pas plus que les autres. Il faisait ça avant tout parce que ça l'amusait. Ven était une victime intéressante, mais il n'était pas la seule disponible.

Bien sûr, c'était avant que Ventus ne décide de manipuler tout le monde et de répandre autour de lui les graines d'une prairie qui promettait d'avoir son lot de fleurs empoisonnées.

Axel avait un excellent sens des comparaisons et s'en félicitait parfois.

Il avait voulu piéger Ven – pour rire, bien entendu, pour rien d'autre, car Axel n'avait pas d'objectif supérieur que celui de se fendre la poire quand l'occasion s'en présentait, pensez-vous – mais voilà que son plan s'effritait petit à petit pour finalement tomber en ruine sous les coups de pieds répétés du blond garçon qui le détruisait comme une petite brute des plages un château de sable ; il riait, il y prenait un plaisir évident et malsain, et avait manifestement pris la décision de réduire la plage à néant et de lui en interdire à jamais l'accès.

Un excellent sens des comparaisons, vraiment.

Mais Ven, en plus de cela, portait un bandeau sur les yeux ; aveugle, il n'avait nulle connaissance de la grandeur et de la complexité du château, pas plus que de ses petits habitants des sables, crabes minuscules et transparents ou insectes imprudents ; il ne pouvait voir la main sur laquelle il s'apprêtait à marcher et qui n'était même pas celle de son bâtisseur. Autrement dit et parce que les comparaisons et métaphores ne valent pas une petite explication simple et propre – ou simple et claire – Ventus détruisait joyeusement ses plans et emportait avec lui toutes les heures de travail qu'ils avaient nécessités (ce qui n'en représentait pas beaucoup, à vrai dire). Il punissait l'acteur principal en le manipulant et le rendant dépendant de lui sans savoir qu'il s'attaquait à la mauvaise cible.

Axel était quelqu'un de bien. Nul n'en doutait, pas même moi. Il ne pouvait décemment pas le laisser faire. Vanitas comptait sur lui – il n'en avait pas conscience, mais c'était la vérité dans tout ce qu'elle avait de plus pur.

Il fallait qu'il agisse et, pour cela, il devait commencer par avoir une petite conversation avec son nouvel ennemi mortel. Axel ne faisait pas dans la demi-mesure ; il aimait ou détestait ; il ignorait le plus souvent, mais il est inutile de préciser que Ven avait été éjecté d'un grand coup de pied de la case « personnes sans intérêt » pour atterrir dans celle des Némésis Officiels d'Axel, dont les occupants se résumaient à, eh bien, lui seul (Riku aurait également pu y avoir une place, mais son silence depuis quelques temps l'avait apparemment chassé de tous les esprits). Axel avait le don pour s'attirer les inimitiés, mais il se contentait la plupart du temps de garder le sourire et de se venger en douceur. Il n'en gardait pas rancune. Il était vraiment quelqu'un de bien.

Il attendit donc, subtilement caché derrière un arbre, que Ventus sorte de sa charmante maisonnette ; malheureusement, le garçon était rarement seul ; quand il n'était pas accompagné de sa mère ou de son père, il discutait joyeusement avec Roxas. Il le vit même échanger quelques mots avec, même si l'idée semblait saugrenue, un garçon aux cheveux gris répondant au doux nom de Riku. Le sujet de leur conversation ne vous sera révélé que bien plus tard par d'habiles magouilles scénaristiques, et Axel ne put de toute façon pas en entendre un traître mot.

Après une journée complète de surveillance, il décida que ce plan était décidément stupide. Il lui fallait trouver autre chose. Quelque chose qui isolerait complètement Ven, quelque chose d'entièrement nouveau, une tactique jamais vue ni lue jusqu'alors.

Il passa sa soirée sur son ordinateur, machine de l'enfer qui ne lui servait pour rien d'autre que pour planifier ses terribles méfaits. Et il avait bien raison. Les ordinateurs sont des choses trop compliquées pour que l'esprit humain ose en effleurer la compréhension ; ils étaient à part et le resteraient à jamais, sans d'autres alliés que leur propre espèce – ils finiraient un jour par arriver à leur avènement, mais nos protagonistes ne le verraient pas avant d'avoir atteint l'âge honorable de 77 ans (ou un peu plus ou un peu moins, en fonction). Quand je dis « nos protagonistes », je ne les comprends évidemment tous dans le lot – certains (deux, pour être précis) n'auraient jamais aucune place dans la guerre qui opposerait l'Humanité à Windows D.I.E., le tout dernier système d'exploitation en vente et qui cachait bien des secrets.

L'omniscience est parfois un fardeau.

Il passa donc sa soirée sur une version bien moins meurtrière de son système d'exploitation. Il était trois heures du matin lorsqu'il eut enfin terminé. Satisfait, il se dirigea vers son imprimante qui, comme toutes les imprimantes, fit son possible pour empêcher le plus longtemps possible son possesseur de dormir.

Le lendemain, il s'approcha subrepticement de la boîte au lettre de son nouvel adversaire et y glissa le résultat de son travail. Il téléphonerait deux heures plus tard – il était très prévoyant. Il fallait que la situation paraisse réaliste, ou ils ne tomberaient jamais dans le piège. Qui croirait avoir gagné un concours du jardin le mieux entretenu grâce à un simple prospectus en comic sans MS glissé dans une boîte au lettre en dehors des heures de distribution de la poste ?

Il téléphona donc en prenant soin de prendre une petite voix haut-perché et pincée, de façon à ce que même les logiciels de reconnaissance vocale les plus intelligents ne le reconnaissent pas. Par malheur, ce ne fut pas la maîtresse de maison qui répondit, mais son fils. Enfin, un de ses fils, du moins. Celui-ci lui annonça que toute la famille était absente et ne reviendrait pas avant quelques heures : par conséquent, elle ne pourrait donc pas se rendre à cette remise de prix. Il ajouta par ailleurs que son jardin n'avait plus vu la couleur d'une tondeuse depuis quelques semaines et que les mauvaises herbes y batifolaient si joyeusement qu'il était compliqué de croire qu'ils avaient pu gagner un quelconque concours de jardinage.

Axel le remercia et raccrocha aussitôt. Il n'avait pas pensé à ça. Peut-être n'était-il pas aussi intelligent qu'il l'avait cru au premier abord. Tant pis.

Il ne pouvait pas différencier la voix de Ven à celle de Roxas, surtout pas au téléphone. S'il avait discuté avec Ventus, c'était l'occasion ou jamais ; si c'était Roxas, il était extrêmement malchanceux. Il décida d'aller vérifier par lui-même. Les vacances avaient commencé depuis quelques jours, et il n'avait absolument rien d'autre à faire, de toute façon.

Il se posta derrière le même arbre que précédemment et observa les fenêtres jusqu'à apercevoir un adolescent blond le traverser juste assez longtemps pour qu'il le reconnaisse. C'était Ven, aucun doute là-dessus. Il le sentait dans ses tripes. La confrontation finale était proche, et Vanitas serait très bientôt sauvé.

Il s'avança vers la porte et faisant bien attention à ce qu'aucun témoin ne soit présent. Il espéra que la porte d'entrée serait ouverte ; il n'avait pas la moindre envie de frapper. Ça briserait complètement son entrée en scène.

La poignée s'abaissa sans opposer la moindre résistance. Un sourire victorieux étira ses lèvres.

Oui, tout serait très bientôt terminé.

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... et ainsi vint le démon, invisible et immense, et il sentait la terre, le sang et le plastique brûlé ; personne n'était à l'abri et le monde, courant le plus grand des périls, sombra sans attendre dans les profondeurs de l'Enfer. C'est alors qu'un jeune enfant se leva et, malgré son jeune âge et ses vêtements mal adaptés à sa taille, déclara à la masse des âmes perdues : soyez sans crainte, car tant que sonneront les

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Il semblerait qu'un étrange extrait issu d'une prophétie millénaire et extrêmement dangereuse se soit glissée dans ce chapitre. Je ne sais pas comment vous avez pu mettre la main dessus, mais je vous regarde avec des yeux lançant des flammes ; je suis très déçu, mes enfants, et très inquiet pour votre santé. S'il vous plaît, ne vous penchez pas sur les prophéties millénaires et extrêmement dangereuses. Rendez-moi ce service.

Revenons-en plutôt à nos moutons à la forme étonnamment humanoïde.

Lorsque l'intrus pénétra à l'intérieur de sa demeure, Ven se figea, ce qui était tout à fait normal en cas d'intrusion d'un inconnu chez soi. Il reconnut Axel presque immédiatement (ses cheveux étaient un assez bon indice de son identité) mais, bien qu'il en fusse un peu rassuré, il resta sur ses gardes et lui jeta un regard mi-interrogateur, mi-méfiant.

– Il faut qu'on parle, fit Axel.

C'était une bonne façon d'indiquer que la conversation ne lui plairait pas et Ven resta immobile. Il ne voyait pas quel genre de sujet de conversation pouvait bien pousser un jeune homme à qui il ne parlait que très peu (et seulement parce qu'il y était obligé) à entrer chez lui sans même frapper à la porte au préalable.

Il y eut un silence. Le roux soupira.

– Je croyais que tu allais me demander ce que je faisais ici, avoua-t-il. Tant pis. Je vais te le dire quand même.

C'était ce que Ven attendait, aussi garda-t-il bouche close.

– Je ne sais pas ce que tu as en tête, dit Axel, mais ne crois pas que je n'ai pas remarqué tes petites magouilles supposément discrètes.

Son interlocuteur hésita à répondre : « Je ne vois pas de quoi tu parles », mais c'était un peu trop évident et facile à balayer. À la place, il répliqua :

– Si j'avais effectivement préparé quelque chose en toute discrétion, tu serais le dernier à l'avoir remarqué. N'essaie pas d'avoir l'air plus intelligent que tu ne l'es en réalité. En outre (Ven, qui venait d'apprendre comment écrire un plaidoyer, disposais de beaucoup de mots-liens fort pratiques dans cette situation), il n'y a aucune magouille à découvrir et (il décida de tenter le tout pour le tout :) je ne vois pas de quoi tu parles.

– C'est ça. Fais l'innocent, ça te va si bien. C'est exactement pour ça que tu te penses au-dessus de tout soupçon ; mais je ne crois pas à ton petit numéro. Tu ne m'auras pas aussi facilement que Vanitas ou Sora.

Ven retint un soupir et se laissa tomber sur une chaise de la cuisine. Tant qu'à avoir une discussion avec Axel, autant être bien installé. Et puis, ça le laissait suffisamment proche du porte-couteaux pour pouvoir réagir en cas de problème.

Mieux valait voir grand. On n'était jamais trop prudent.

– C'est ça, le problème ? Vanitas et Sora ? Quoi ? T'as peur que je te vole tes meilleurs copains ?

Son ton était tranchant et désagréable ; Axel crut même y entendre une pointe de moquerie. Enfin Ven montrait son vrai visage. Il serra les poings ; c'était bien son ennemi mortel, il n'avait plus aucun doute là-dessus.

– Tu crois que je vois pas que t'es en train de te foutre d'eux ? Arrête ton numéro. On sait tous les deux ce que tu as en tête.

– Tu le sais peut-être, mais pas moi. Explique-moi, s'il te plaît, parce que j'ai du mal à voir où tu veux en venir.

– Très bien : arrête de jouer avec eux.

– Je ne joue avec personne.

– Très drôle. Ça ne prend pas.

– Je ne joue avec personne. Je suis désolé que tu ne puisses pas comprendre comment se forment les liens d'amitiés, mais...

– Vanitas n'est pas ton ami.

Ven ne répondit pas. Il avait raison : Vanitas n'était pas son ami. Il ne l'avait plus été depuis ses sept ans.

– Quoi ? l'interpella Axel avec un petit sourire. Tu ne sais plus quoi dire ?

– C'est quoi ton problème, Axel ? Si t'es triste parce que tes amis ne font plus suffisamment attention à toi à ton goût, démerde-toi pour regagner leur affection.

– Tu te sers de lui.

– De Vanitas ?

Alors ça, c'était fort. Ce n'était pas exactement faux, mais Ven n'avait encore rien à ne reprocher. Il était plutôt malin, quand il en avait envie ; il savait qu'il lui faudrait garder les mains propres avant de pouvoir passer à l'action. Il n'avait rien d'un bourreau dans cette affaire – cela changerait peut-être mais, pour l'instant, il était innocent.

– Qui d'autre ? Tu le manipules. Je ne sais pas ce que tu lui as fait... mais tu vas arrêter tout de suite, ou je te le ferai regretter.

– Ça aurait pu m'intimider si j'avais effectivement fait quelque chose. Mais je n'ai rien fait. Rien. Si t'as un problème avec le fait que Vanitas n'en puisse plus d'amour pour moi, va consulter. Ta jalousie fait de la peine à voir.

Un éclair de rage traversa les yeux du roux qui s'approcha dangereusement de Ven. Ce dernier se leva et recula d'un pas. La fureur qui animait Axel n'était pas feinte. Il prit soudain conscience du fait que la situation n'était pas à son avantage ; il avait énervé l'intrus, et celui-ci semblait avoir du mal à se contrôler. Ven n'avait pas peur de lui, mais il restait méfiant.

Et puis, Axel n'était pas le seul à être en colère.

– Ferme ta gueule, cracha le plus âgé en serrant les poings si fort que ça lui en faisait mal.

– C'est exactement ce qu'on dit quand son adversaire touche au bon endroit. C'est ça, hein ? T'es jaloux ? T'as peur que ton meilleur ami ne le sois plus pour longtemps ? Je ne contrôle pas Vanitas. Il prend ses décisions tout seul, comme un grand. Si t'as un problème avec son attitude, c'est lui que tu dois aller voir, pas moi.

– Et tu continues à jouer les cons ?

– Je ne manipule personne.

– Répète-le encore une fois. Ça marchera peut-être à la troisième.

Profondément irrité, Ven leva les yeux au ciel.

– Je n'ai manipulé personne. Vanitas est tombé dans son propre piège, et ça lui apprendra. Ça vous apprendra tous. Je ne joue pas à ce genre de jeu. Je ne suis pas comme vous !

Axel se figea. Ven savait-il que...

Mais non, c'était impossible. Personne n'était au courant en dehors de lui, Vanitas et un bibliothécaire omniscient (mais le bibliothécaire ne ferait jamais ça ; il avait des valeurs et ne partageait ses dossiers secrets que contre rémunération – une somme grotesque, d'ailleurs, mais sur laquelle Ven se trouverait incapable de mettre la main. De toute façon, le bibliothécaire savait pertinemment qui était le coupable. Au contraire d'Axel, il était loin d'être stupide, et ce n'était plus un mystère pour lui depuis le chapitre huit, si on ne comptait pas le prologue qui, d'ailleurs, n'existe pas). Il n'avait rien dit ; Vanitas non plus, il en était persuadé. Personne d'autre ne pouvait savoir. Ventus ne savait donc rien ; il en avait simplement deviné plus qu'Axel ne l'avait imaginé.

– Écoute-moi bien, petit con.

Sa voix était dangereusement basse. Ven ne réagit pas.

– Tu vas tout de suite arrêter ton petit jeu et ne plus jamais t'approcher de nous. Tu vas retourner tranquillement auprès de tes mignons petits amis et ne plus jamais montrer ta gueule. C'est pas compliqué.

– Va te faire voir. Je n'ai pas peur de toi.

Axel n'était pas Riku, après tout. Il n'y avait aucune chance pour que cette scène se termine en tentative de meurtre.

– Éloigne-toi de Vanitas.

Excédé, Ven se permit un petit sourire.

– Mais, père, s'exclama-t-il d'une petite voix aiguë, je l'aime !

C'en était trop. Cet ignoble petit asticot répugnant osait se foutre de sa gueule et, par la même occasion, de celle de Vanitas et Sora ? Il le regretterait. Ou plutôt non, il n'aurait pas le temps de le regretter : il devait mourir.

C'était néanmoins ce qu'aurait pensé Riku en cette occasion, mais Riku n'était pas là ; Axel se contenta donc de faire un rapide croche-pied à Ven qui perdit l'équilibre, et il le plaqua au sol d'un geste brusque et ferme.

– Tu te crois malin, hein ? siffla-t-il.

Ven toussa. Il essaya de se dégager, mais Axel était plus âgé, plus grand et plus fort que lui ; il n'avait aucune chance de remporter cette bataille. Après quelques secondes, il cessa de se débattre et regarda son agresseur droit dans les yeux. Il n'y vit rien ; on parlait d'Axel, ne l'oublions pas.

Le bras de ce dernier appuyait durement contre la gorge de sa victime qui commençait à avoir du mal à respirer. Ven attrapa le poignet du roux et essaya d'éloigner son bras, sans succès.

– Réponds-moi.

– Je n'ai rien fait, articula-t-il.

– Tu n'es qu'un pervers narcissique manipulateur.

– Et toi...

Il ne put terminer sa phrase. Se rendant compte qu'il y avait été avec un peu trop de brusquerie (il n'était pas Riku, non, il n'était pas Riku), Axel relâcha un peu sa prise mais continua de maintenir son adversaire au sol. Il refusait de perdre, mais il ne voulait pas non plus le faire tomber dans l'inconscience.

Ven toussait et respirait plus vite qu'à l'ordinaire, mais son regard ne dénotait aucune crainte. La colère, elle, y était plus présente que jamais. Sa voix ne tremblait d'ailleurs pas quand il reprit :

– Tu es cinglé.

Axel resta silencieux. Il n'était pas cinglé. Il savait exactement ce qu'il faisait.

– Lâche-moi.

– Non.

– Lâche-moi !

– Crache le morceau.

– Je n'ai rien à cracher. Lâche-moi, putain.

– Tu dois être vraiment énervé.

Ven comprit alors qu'Axel était trop profondément convaincu pour changer d'avis. Sa connerie ne cesserait jamais de l'étonner ; il était vraiment pire que tous les autres réunis, ce qui n'était pas peu dire.

Il lui fallait essayer autre chose. Axel était venu à cause de Vanitas ; celui-ci avait dû lui parler plus tôt et le mettre en colère d'une manière ou d'une autre. Ven faillit sourire, mais il n'était pas en position de se moquer de qui que ce soit. Cela dit, si Vanitas avait effectivement envoyé paître son prétendu meilleur ami, il fallait avouer que ça méritait bien une petite ovation. Au moins.

– Qu'est-ce que tu vas dire à Vanitas quand il apprendra ce que t'es en train de faire ? demanda-t-il enfin.

Axel haussa un sourcil.

– Il n'apprendra rien, parce que tu ne l'approcheras plus.

– Va te faire foutre. Il faudra m'attacher ou m'envoyer à l'hôpital. Mais même là-bas, il viendra me voir, et quand on me posera la question, je serai le modèle même de l'honnêteté.

– Je dirai que tu as attaqué en premier. Que tu l'as manipulé depuis le début, que c'est exactement ce que tu cherchais.

– Je suis sûr qu'il te croira.

– Ne fais pas le malin.

– Tu es son meilleur ami, non ? Pourquoi me croirait-il moi ?

Il se permit tout de même un sourire. Axel l'attrapa par les épaules pour le plaquer au sol.

– T'es qu'une petite merde. Il te croira jamais.

– Mes parents vont revenir d'un instant à l'autre.

– Très drôle.

– Je ne rigole pas. Je me demande ce que tout le monde va penser de toi.

Il porta une main à sa gorge et la frotta avec lenteur.

– Écoute-moi bien, Axel. On va conclure un marché.

– Dans tes rêves.

Il écoutait, pourtant. Ven le regarda bien dans les yeux. Il n'aurait d'autre choix que d'accepter, de toute façon ; personne n'accorderait le moindre crédit à ses paroles, contrairement à celles du blond qui ne mentait approximativement jamais (c'était extrêmement approximatif ; disons qu'il mentait si bien que tout le monde en était intimement persuadé).

– Tu vas me laisser tranquille et retourner tranquillement chez toi. En échange, je ne parlerai pas de ta venue ici.

– Tu crois vraiment que je vais accepter ça ?

– C'est comme tu veux. Sache simplement que si tu ne pars pas avant deux minutes, il n'y aura pas qu'à Vanitas que parviendra cette histoire. Je pourrais même porter plainte, si j'en avais envie.

– Porter plainte ? Pour qui tu te prends ?

– Tu t'es introduit chez moi et tu m'as agressé. Je ne me suis même pas défendu. Tu tiens vraiment à jouer à ça ? Tu n'as aucune chance de gagner.

Il n'avait pas tort. Axel resta immobile un moment, puis se redressa en grommelant.

– Je n'en ai pas fini avec toi, prévint-il.

Ven ne se releva même pas. Il sourit.

– Je t'attends. Si tu as de brillantes idées pour m'écarter, n'hésite pas. Je suis sûr que tu m'impressionneras par ton inventivité et ta finesse d'esprit.

Si Axel n'avait pas été à l'intérieur, il aurait craché par terre pour montrer sa fureur ; il était quelqu'un de bien, cependant, c'est pourquoi il se contenta de lui adresser un regard bouillonnant de rage avant de sortir en claquant la porte.

Une fois dehors, il donna un coup de pied à un buisson un peu triste qui bordait l'allée. Le buisson ne s'en plaignit pas car, comme tous les buissons, il ne possédait pas de conscience de soi.

Ventus était plus malin que ce que le roux avait d'abord imaginé. Il était complètement tordu et avide de pouvoir, et il avait fait en sorte d'avoir la ville entière dans sa poche pour se protéger de ses ennemis. Qu'à cela ne tienne ; Axel trouverait bien un autre moyen de le mettre à mal, le tout sans risquer la prison.

Il ne fallait pas rire, non plus ; après tout, Axel n'était pas Riku. Loin de là.

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Les jours passèrent comme ils ont souvent tendance à le faire jusqu'à ce que vienne la date que tout le monde attendait : celle de la fin du monde.

La fin du monde passa et le monde s'en contreficha une fois encore, comme chaque année. Nul n'y accorda d'attention ; ce serait pour l'année prochaine, ou la suivante ; elle finirait par venir, dans dix ans peut-être, mais il était hors de question que cette planète ridicule continue de tourner pour quelques millions d'années encore.

Puis vint le vingt-deux décembre, et personne ne nota que cette date sacrée contenait un code destiné à mettre à jour les secrets les plus sombres de l'humanité. Ils l'ignorèrent, idiots qu'ils étaient, et firent de même avec le vingt-trois qui, lui, n'avait en effet pas la moindre espèce d'importance (excepté pour Sora, mais il passa si bien inaperçu qu'il se mit lui même à douter de la date de son propre anniversaire).

Le vingt-trois décembre au soir, les nuages s'amassèrent au-dessus de la cité et chacun espéra en son for intérieur qu'il neige enfin. Il ne neigea pas. Les nuages aimaient beaucoup se moquer des gens, et ils se contentèrent de jeter un petit crachin sur la plèbe qu'ils dominaient avant de s'en aller vers des contrées moins obscures.

Il faisait pourtant toujours gris au matin du vingt-quatre décembre. Occupée à dessiner des choses obscènes sur la buée qui collait à la fenêtre de son frère, Xion laissa échapper un profond soupir. Il n'était pas coutume d'être d'humeur maussade à la veille de Noël, elle le savait, mais la perspective de la soirée qui l'attendait n'offrait rien qui puisse la mettre en joie. Elle se tourna vers Vanitas qui, à son habitude, ne faisait strictement rien.

– J'arrive pas à croire qu'ils aient décidé ça sans nous, se plaignit-elle pour la centième fois de la journée au moins.

– T'as qu'à râler.

– Et pourrir la soirée ? T'imagines l'ambiance si papa apprenait que j'avais demandé à aller ailleurs ? Laisse tomber.

– Il doit être content d'avoir gagné la bataille.

– Quelle bataille ?

– Ils ont passé au moins deux heures au téléphone, la dernière fois. Tu crois qu'ils se disputaient pour savoir qui allait m'avoir moi ?

Xion sourit de toutes ses dents.

– Ça t'apprendra à être un gros con. Et puis, ne viens pas te plaindre. Toi, au moins, tu vas rigoler. Moi...

– Avec Olette dans les parages ? Tu parles. Je vais devoir trouver une cachette sûre pour qu'elle arrête d'essayer de me faire jouer à la dînette.

– Voyons, Vani. Olette n'a plus six ans. Elle a trouvé une autre occupation : maintenant, elle joue à commander des armées et établit des plans pour la domination mondiale. De toute façon, tu n'as pas à t'inquiéter, elle ne sera pas là.

Vanitas lui lança un regard sceptique.

– Qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils l'ont laissée au milieu d'une aire d'autoroute avant de s'enfuir ?

– Je crois qu'ils en ont bien envie, parfois, mais non. Vu que Sora refuse catégoriquement de passer un seul repas avec elle, il a obtenu de venir avec vous tandis qu'elle restait là-bas.

Oh, voilà qui changeait tout. La soirée ne serait peut-être pas si terrible que ça, finalement.

– Enfin bon, Noël à trois... dit-il.

– Ça t'arrive d'écouter quand on parle ? Vous faites pas Noël ici. Maman a décidé d'aller le passer « chez une vieille amie ».

– Une vieille amie ? Qui ?

Xion le jaugea un instant. Il ne faisait pas semblant ; l'idiot n'était réellement pas au courant. Elle eut un léger sourire.

– Il ne t'a pas prévenu ?

– Qui ça ?

– Il voulait peut-être garder la surprise. Trop mignon.

Les yeux de Vanitas se plissèrent sous l'effort de concentration.

– On va chez Ven ?

– Yep.

– Tu te fous de moi ? On va chez lui ?

– Puisque je te le dis. Oh, regarde ta tête. T'es trop content, ça fait pitié.

– Ta gueule.

Il lui lança son oreiller sur la figure mais elle l'évita d'un mouvement souple.

– J'en peux rien, frérot : t'es trop mignon, on dirait une gamine. T'as pas envie de glousser un coup ?

– Va te faire foutre, sœurette.

– C'est pas très gentil de dire ça à ta sœur. N'empêche, je plains un peu Roxas.

– Pour ?

– Il va se retrouver seul face à une cohorte d'ennemis. Déjà qu'il va devoir supporter votre adorable petit couple, il faut en plus que Sora l'accompagne. Toute une soirée à passer avec vous. Quelle horreur. Si seulement j'avais été là, ç'aurait été bien plus drôle.

– Va te plaindre, tiens.

– Je m'en fiche, au final. Papa offre de plus beaux cadeaux, et on va dans un super resto.

– Tu m'en diras des nouvelles.

– Je n'y manquerai pas.

Elle continua ses petits dessins sans rien ajouter. Elle n'avait rien à faire ; il lui restait des heures à attendre et elle ne pouvait que regarder le temps passer en compagnie de son frère qui, désormais, ne faisait rien mais sur les lèvres duquel s'était installé un petit sourire idiot. Elle soupira à nouveau. Elle n'aurait jamais cru pouvoir le voir porter cette expression béate un jour. Et elle n'était pas sûre d'en être heureuse.

Enfin, s'il avait l'air d'un imbécile, c'était son problème. Elle n'en avait pas grand chose à faire, au fond ; et puis, au moins, ça lui donnait encore plus d'occasions de se moquer de lui, ce qu'elle ne se privait pas de faire.

Quand l'heure fut enfin venue, Xion ramassa le sac qu'elle avait laissé traîner dans le couloir pour rejoindre son père qui l'attendait en bas. Elle salua son frère au passage et lui souhaita bon courage.

– Pourquoi ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.

– Une soirée entière avec Ven et vous allez être obligés de faire comme si de rien n'était. Je te plains, c'est tout ; alors je te souhaite bon courage.

Vanitas se redressa d'un coup. Il n'avait pas pensé à ça.

Et si Sora et Roxas étaient là aussi...

– J'espère pour toi que tout le monde sera capable de fermer sa gueule. Si Roxas t'en veut suffisamment, qui sait ce qu'il serait capable de faire.

– Il ne ferait pas ça à Ven...

Il n'en était même pas certain. Xion sourit.

– Sauf si ses parents sont déjà au courant. T'imagines le tableau ?

Elle éclata de rire.

– Sur ce, au revoir, cher frère. Et joyeux Noël !

– Je t'emmerde.

Lorsqu'elle fut enfin hors de vue, il relâcha un peu la pression. Il était impossible que les parents de Ven soient au courant. Il le lui aurait dit.

Il le lui aurait dit, n'est-ce pas ?

Mais il ne lui avait même pas parlé de cette soirée. Il passa une main dans sa nuque. Il fallait impérativement que lui et Ven aient une petite conversation. Qu'il détruise sa couverture à l'école était une chose ; que ça atteigne les oreilles de sa famille en était une autre.

C'était absolument hors de question.

xxxxx

Deux femmes gloussaient si fort dans le salon que Lea fut forcé de porter les mains à ses oreilles pour protéger ses précieux conduits auditifs.

– Tu vois, c'est exactement pour ça que je déteste quand elles sont ensemble ! s'exclama-t-il.

Isa acquiesça mollement. Il était très occupé à lire un livre de stratégie militaire et ne prêtait qu'une attention relative aux paroles de son meilleur ami.

Excédé, Lea le lui arracha des mains et le referma brusquement. Isa ne leva même pas les yeux ; il regardait ses mains vide avec un mélange d'abandon et de déception, ce qui était une expression extrêmement particulière, même pour lui.

– Tu devrais même pas avoir ça, fit Lea. Les cadeaux, c'est à minuit, pas avant.

Isa leva un sourcil.

– Va dire ça à ta mère, c'est elle qui m'a acheté ça.

– Elle te prend pour son fils, ou quoi ? Pff, et puis fais ce que tu veux. J'ai un chapitre à terminer.

Et il alluma son ordinateur en grommelant ce qui ressemblait très fort à l'article 16, alinéa 3 du code civil – mais je ne suis pas un expert.

Les secondes passèrent, puis les minutes, comme il en est de coutume lorsqu'un certain nombre de secondes est atteint. Le silence était total ; il fut seulement brisé par un soupir appuyé de Lea qui regardait son invité en croisant les bras.

– Quoi ? demanda ce dernier tout en sachant pertinemment qu'il regretterait sans doute d'avoir posé la question.

– Quoi quoi ?

– Je refuse de commencer à jouer à ça.

– Ah. Zut. Tu demandes pas ce que j'écris ? Parce que crois-moi, c'est de la balle.

Il ignorait, naturellement, que plus personne ne disait « c'est de la balle » depuis au moins cinq ou six ans ; Isa étant tout autant ignorant que lui, il ne lui fit pas remarquer cette atroce faute de langage.

– Qu'est-ce que tu écris ?

C'était Noël, après tout ; Isa pouvait bien faire l'effort de poser la question, pour une fois. Le visage de Lea s'éclaira soudain.

– J'te raconte, mec, mais tu dis rien à Sora, hein ? Parce que je lui ai promis de tout lui filer en avant-première. Il est super fan de mon style, tu te rends compte ? J'étais sûr que Naminé n'avait que des amis sympa.

– ... d'accord.

– Bon alors tu vois, c'est genre... enfin y a Joshua, il est un super-méga chanteur de la mort, style il remplit des salles de concert et il y a tout un tas de filles qui tombent dans les pommes quand elles le voient tellement il est canon.

– Intéressant...

– Bref, à un moment il, euh, rencontre un type, et c'est trop le coup de foudre.

– Ah.

– Ouais ! Et ensuite ils sortent ensemble et tout et bon, il y a deux ou trois scènes un peu, euh, bizarres, enfin des scènes de (il baissa fort la voix pour que personne ne puisse l'entendre) cul (il rehaussa la voix) BOULES... enfin piscine, je veux dire piscines à boules, enfin t'as compris ? Pas boules comme... enfin bref, c'est pas important...

Isa commençait à regretter d'avoir posé la question.

– Ouais, donc, c'est le grand amour, poursuivit Lea. Et ensuite ils découvrent qu'en fait Neku – qui est le type mystérieux en question – est un fils de yakuza poursuivi par la mafia russe ! Joshua essaye de le protéger, parce que, tu vois, il a des ailes, donc c'est comme si c'était un ange, mais c'en est pas un, hein, c'est juste le résultat d'expériences qu'on avait fait sur lui quand il était petit... parce que je t'ai pas dit, mais en fait il a été élevé par un drôle de mec fou qui a décidé de, euh, implanter... non, greffer des ailes et tout, enfin bref, il a une tragic backstory et tout, et il se trouve que justement le mec fou fait partie de la mafia russe ! Et voilà qu'il vient le voir pour savoir où est Neku parce qu'il a vu de drôles de rumeurs sur les Internet... enfin, voilà, ça c'est mon chapitre en cours. Après ça il y a des aliens. Et aussi une scène de piscine à boules avec le type de la mafia et un de ses assistants scientifique qui essaye de libérer les, euh, les... comment ça s'appelle ? Les cobayes, voilà. Enfin, ceux sur qui on a implanté des ailes. Et après ça, il y a un type mort qui revient à la vie, et on découvre que sa mère était en réalité...

– Ça va, je crois que j'ai compris. Waouh, quelle histoire. Vraiment intéressante. Je suis sûr que Sora sera ravi de lire ça. Tellement de rebondissements.

Il avait dit tout ça sur un ton monocorde et son visage était froid comme la glace.

– Merci ! Je me demande ce qu'il va dire.

Isa fut tenté de répondre par « pas grand chose ; il aura sans doute la bouche pleine, et quand je veux dire pleine, j'entends bien sûr pleine de vomi » mais se retint. Il était d'humeur magnanime, et s'il fallait qu'il passe l'entièreté de la soirée avec Lea, autant faire en sorte que cette soirée soit la plus agréable possible.

Il rouvrit son livre de stratégie militaire et hocha gravement la tête en constatant l'intelligence d'un certain général des armées. Olette apprécierait sûrement ça, pensa-t-il, et il le nota dans un coin de sa tête pour son prochain baby-sitting. Il resta ainsi de longues minutes puis referma doucement l'ouvrage pour ne pas l'abîmer ni effrayer son hôte.

Il avait une question à poser – une question qui, en vérité, le taraudait depuis longtemps, mais qu'il n'avait jamais osé exprimer à voix haute. Mais après tout, il fallait bien essayer. Il n'aurait jamais la réponse, s'il n'essayait pas.

Prenant son courage à deux mains, il se lança :

– Dis, Lea...

Celui-ci s'arrêta au milieu d'une phrase et se tourna vers lui.

– Oui ?

– Le prends pas mal, gars, c'est juste pour me renseigner – je veux dire, on est amis, pas vrai ?

Le voir hésiter à poser une question était un phénomène assez rare ; Lea en fut donc tout intrigué.

– Vas-y, qu'est-ce qu'il y a ?

– Eh bah... hum... comment te dire...

– Vide ton sac, vieux, ou on finira jamais.

– Est-ce que t'es gay ?

Comment osait-il seulement poser la question ? Il était tout à fait évident que Lea était...

– Qui, moi ? s'écria-t-il. Non, pourquoi ?

... ma vie aurait-elle été un mensonge depuis le début ?

Moi, l'omniscient, moi qui ai plongé plus profondément que n'importe qui avant moi dans la psyché humaine, moi qui connaîs par défaut l'entièreté de l'encyclopedia universalis ; m'étais-je fourvoyé au point de développer une vision des choses erronée malgré ma sagesse et ma grandeur intellectuelle ?

Isa, sourcils froncés, pensait à peu près la même chose. Il se couvrit la bouche d'une main car c'était une chose qu'il aimait beaucoup faire.

– Non comme dans non ?

– Bah, oui. Enfin, non. Enfin, je veux dire, non à ta première question.

– Mais alors... enfin... quoi, tu es, euh... bisexuel ?

– Bah, non.

– Mais alors...

– Je suis si heureux que tu commences à t'ouvrir à ce genre de sujet, Isa ! Mais pour ta gouverne, je suis tout à fait hétérosexuel.

– Depuis quand ?

– C'est vraiment une drôle de question.

Mais Isa avait du mal à intégrer l'information. Toute ses images mentales s'effondraient une à une – il était persuadé d'avoir raison, persuadé que Lea avait développé un profond désintérêt pour le genre féminin et décidé de suivre l'exemple de ce qu'il avait bien pu lire. Il avait tort. Il n'en revenait pas. Lui, l'unique génie de cette ville (sur quoi il se trompait mais, heureusement pour lui, il ne serait jamais au courant de l'existence des autres) !

– Bon, d'accord, articula-t-il néanmoins après un moment.

Il reprit la lecture de son livre de stratégie et tenta d'oublier tout ce qui venait de se passer. Lea haussa les épaules. Ce n'était pas la première fois qu'Isa posait des questions étranges – après tout, ils n'étaient pas meilleurs amis pour rien ; et ça n'avait aucun rapport avec leurs prénoms assortis.

Il reprit son écriture en bâillant. Son estomac gargouillait un peu, et il avait hâte que le repas commence. Il sourit à la pensée de tout ce qu'il avait passé l'après-midi à préparer avec sa mère.

Noël, pensa-t-il, était une bien belle date et réservait toujours son lot de bonnes surprises.

xxxxx

À une relative distance de là, dans une maison que nous connaissons bien, l'ambiance n'était pas à l'émerveillement ou à la joie de passer une soirée en famille – et pour cause, les familles en question n'étaient même pas reliées par le sang.

– Sora ! Comme tu as grandi ! s'exclama une femme blonde en attrapant durement les épaules d'un adolescent châtain de notre connaissance et qui portait le nom, vous vous en doutez sûrement, de Sora.

Le garçon en question était poli quand il en avait l'occasion et évita de dire que ça lui semblait évident. Il sourit bêtement en hochant la tête et en espérant de toute son âme qu'il aurait bientôt l'occasion de disparaître de la surface de la terre.

– Les années passent, que veux-tu, commenta une femme aux cheveux noirs et au teint hâlé en tapant gentiment sur la tête de son neveu.

Celui-ci ne partageant pas le comportement rebelle de son cousin, elle profitait de sa présence pour faire tout ce qu'elle ne pouvait plus faire à Vanitas. Taper gentiment sur sa tête en faisait partie ; discuter avec lui en général également, à sa grande tristesse.

Le père de Ventus et Roxas s'avança également et serra ses invités dans ses bras à grands renforts de tapes dans le dos. Il n'était pas réputé pour être délicat et il rit bien fort lorsque Vanitas manqua de s'étouffer lorsqu'il le souleva de terre.

Lui aussi aurait bien voulu disparaître de la surface de la terre ; le sourire mesquin de Roxas derrière le dos de son père, cependant, le motiva à y rester encore un peu. Il avait un meurtre à planifier. Un meurtre lent, douloureux et original.

Vanitas ne le salua d'ailleurs pas. Sora fit l'effort de lui adresser un vague signe de tête, mais Roxas se garda bien d'y répondre. Cette soirée l'obligeait à se retrouver seul contre tous. Il ne ferait aucun effort pour que ça se passe de la façon dont ses ennemis le souhaitaient. Ah, si seulement Xion était là, elle aussi !

Malheureusement pour lui, Xion était en train de manger du délicieux homard dans un restaurant hors de prix et était, à vrai dire, bien heureuse de s'y trouver. La nourriture a plus d'importance que toutes les amitiés qu'on peut créer au cours d'une vie, qu'on se le tienne pour dit ; pour preuve, si nous n'avions pas de nourriture, nous aurions, par contre, de fortes chances de mourir après quelques jours seulement d'existence.

– Ven n'est pas là ? demanda Sora lorsque les adultes se furent un peu éloignés, au grand déplaisir de Roxas.

Vanitas lui était reconnaissant d'avoir posé la question. Il fallait absolument qu'il le voie, mais il était tout à fait hors de question qu'il fasse à Roxas le plaisir de demander après lui.

Ce dernier dévisagea Sora avec une légère grimace de dégoût (il s'était entraîné toute la journée pour la leur servir et ne s'en priverait pas) et répondit :

– Il est en haut. Je suppose qu'il n'a pas envie de voir vos sales têtes.

Vanitas lui adressa son plus beau sourire.

– T'es sûr que c'est pas la tienne qu'il essaye d'éviter ?

– Ta remarque aurait peut-être été drôle si on n'avait pas exactement le même visage, ou à peu de chose près.

Roxas avait raison, bien sûr, mais il se contenta de rester silencieux pour ne pas lui faire le plaisir de défendre une cause perdue d'avance.

Sora les regardait l'un après l'autre et laissa échapper un soupir qui, par chance, leur échappa.

– On va vraiment commencer comme ça ? demanda-t-il.

– Ouais, répondirent-ils en chœur.

– Ce serait quand même plus agréable si on essayait de s'entendre. Je sais qu'on a tous un, hum... passif... mais c'est pas la mort de l'enterrer pour une soirée.

– Faites ce que vous voulez, rétorqua Vanitas, je ne comptais pas vraiment vous adresser la parole, de toute façon.

Nul ne savait pourquoi il avait inclus Sora dans le « vous » mais ils n'y virent qu'une manifestation de sa misanthropie latente et ne réagirent pas. Roxas plissa les yeux.

– Vous êtes déjà là ? fit une voix.

Tous trois se tournèrent vers les escaliers que Ven descendait tranquillement, les mains dans les poches. Il avait l'avantage, ici, tout le monde s'en rendait parfaitement compte ; il était le seul capable de servir de médiateur et les reconnaissait tous trois comme des amis – enfin, plus ou moins. Il salua Vanitas et Sora avec un léger sourire aux lèvres.

– Si j'avais su qu'on verra une telle scène un jour, déclara-t-il. Réunis tous les quatre, comme au bon vieux temps.

– Tais-toi, tu me donnes envie de vomir, dit Roxas.

– Allez, c'est pas la mort !

Roxas fut sur le point de rétorquer quelque chose mais un appel en provenance du salon l'interrompit dans son élan.

– On dirait qu'on va devoir se montrer en société, remarqua Sora.

– N'oubliez pas qu'on s'entend tous très bien, rappela Ven.

Alors qu'ils se rendaient au salon, Vanitas l'attrapa par le bras et le retint en arrière.

– Quoi ?

– Tes vieux sont au courant de rien, hein ?

– Bien sûr que non. Je te l'aurais dit, quand même.

– Ah... d'accord.

Un poids venait de s'envoler de son estomac et il se sentit beaucoup mieux.

– Pourquoi, tu veux que je fasse une annonce ce soir ?

– Ça va pas ? Tu veux ma mort ?

– Elle ne m'arrangerait pas, à vrai dire. Suis-moi ou Roxas et Sora vont encore essayer de conjecturer sur notre compte.

Il s'exécuta docilement et tous deux entrèrent dans le salon où Roxas et Sora se regardaient en essayant de ne pas avoir l'air de se détester ce qui était, aux yeux de Ven, un considérable échec.

– Ça alors ! s'extasia la mère Ventus – n'ayant aucun prénom officiel, nous l'appellerons Gertrude-Renée. Ça fait si longtemps que je ne vous ai plus vus ensemble, tous les deux !

Vanitas se rembrunit immédiatement et Ventus prit un vague sourire gêné.

– Vous qui passiez votre temps à vous courir après quand vous étiez petits. Je m'en souviens parfaitement : il suffisait que Ven ordonne quelque chose pour que Vanitas s'exécute docilement alors que ses parents eux-mêmes n'arrivaient pas à le tenir !

Tous les adultes éclatèrent de rire à ce souvenir ; Ventus, quant à lui, avait l'air très satisfait de lui-même et Vanitas se promit de le lui faire regretter.

– Oh ! s'exclama la mère Vanitas, que nous appellerons à tout hasard Abaddon. J'étais persuadée qu'il avait un don magique.

Gertrude-Renée hocha la tête.

– Vous vous souvenez de la fois où Vanitas jurait à tous les vents qu'il allait se marier avec mon fils ? Il était si mignon !

– Je crois que je vais rentrer chez moi, marmonna ledit Vanitas en essayant de se lever.

Malheureusement pour lui, Ven le maintint assis et lui adressa son plus beau sourire menaçant. Il lui faudrait supporter cette conversation entière, et ce n'était pas négociable.

Dans le canapé d'en face, Sora et Roxas échangèrent bien malgré eux un regard entendu.

« C'est un cauchemar », pensa Vanitas ; il avait raison, bien sûr, car l'humanité toute entière était un cauchemar pour celui qui en rêvait, quelque part dans un monde bien éloigné du nôtre où la revanche des systèmes d'exploitation ne menaçait guère et où la date du 22 décembre n'avait pas la moindre importance.

– Quel âge avait-il ? surenchérit sa mère – sa propre mère, celle qui était supposée le soutenir en toutes circonstances.

– Trois ans, peut-être ? Il était tout petit.

– Il n'a pas changé d'objectif, fit innocemment Roxas.

Tous se mirent à rire, Ven le premier. Vanitas, lui, se jura de le torturer plusieurs jours avant de le tuer. Il méritait au moins ça. Vanitas avait parfois des tendances psychopathologiques, mais personne n'y prêtait la moindre attention.

– Oh oh oh ! rit (d'une façon bien étrange) Gertrude-Renée. Et c'est pour quand ?

– Ne vous précipitez pas trop, les enfants, intervint son mari (appelons-le Gertrud-René). Je sais combien les hormones bouillonnent à votre âge, mais ne faites pas de choix que vous pourriez regretter !

– Nous devrions organiser ça au printemps prochain, proposa Abaddon. J'ai justement une amie qui serait ravie de prêter son manoir.

– Mais oui, regardez-les, ajouta Roxas, ils vont si bien ensemble. Je peux être témoin, si vous en avez envie.

– Moi aussi ! s'exclama Sora.

– Si on te laissait faire, Xion nous en voudrait à mort, remarqua Ven.

Il avait l'air de bien s'amuser. Évidemment.

– Mais vous n'aviez plus l'air de vous entendre, ces dernières années, observa Gertrude-Renée. Alors que vous étiez si bons amis ! Ça fait si longtemps qu'on ne t'a plus vu chez nous, Vanitas. Quelle tristesse !

Il murmura un discret « tu parles » et Ven lui pinça le bras pour faire bonne mesure.

– Il est venu plein de fois, maman, dit Roxas. C'est juste que t'étais pas là.

– Ah bon ! Vous avez recommencé à vous entendre ? Ça alors ! Que c'est-il donc passé ?

Le grand sourire que faisait Roxas était tellement inquiétant que Ven décida de répondre à sa place ; il ne fallait pas que cette conversation s'aventure en terrain glissant, ce qu'elle était déjà en train de faire, à vrai dire.

– Tu sais comment sont les jeunes, maman. Ils changent tout le temps d'avis.

– Vous aviez un ennemi commun ?

Ils échangèrent un regard.

– Roxas et Xion ne sont pas faciles à vivre, répondit-il. Il fallait bien quelqu'un pour s'y opposer.

Elle éclata de rire.

– Présenté comme ça, ça me semble évident. Sinon, Abaddon, comment vont les affaires ? Il paraît que vous pensez à revendre ?

Vanitas laissa échapper un discret soupir. Le signal qu'il était temps d'arrêter de prêter à quatre adolescents l'attention qu'ils ne méritaient pas étant lancé, ils pouvaient s'en aller sans plus gêner personne, ce qu'ils firent dans l'instant.

Dès qu'ils se trouvèrent hors de portée des parents maudits, Roxas attrapa Ven par l'épaule.

– Tu lui as dit ? demanda-t-il à voix basse.

Sora et Vanitas haussèrent les sourcils.

– Bien sûr que non, pourquoi je lui aurais parlé de ça ?

– Mais elle sait.

– Tu crois ?

Il parut soudain inquiet. Roxas lança un regard furtif vers la porte.

– T'as vu comment elle parlait ? Cinquante balles qu'elle sait. Non, cent.

– Tu lui as lâché quelque chose, ou quoi ?

– Pas du tout. Laisse tomber, elle a deviné toute seule.

– Ça craint.

– Qu'est-ce qui craint ? demanda Sora.

– Rien du tout. Bon, c'est pas tout ça, mais Vanitas et moi avons besoin de discuter de choses sérieuses.

– Cool.

– Seuls. Sans vous. Je veux dire par là que nous allons vous laisser tous les deux et qu'il faudrait vraiment que vous enterriez la hache de guerre si vous ne voulez pas vous faire chier toute la soirée.

– C'est toi qui fais chier, Ven, siffla Roxas. Vous faites chier tous les deux.

– Tu peux aussi bien retourner là-bas, si t'en as envie.

– Plutôt mourir. Vous avez pas intérêt à faire le moindre petit bruit, parce que je vous jure que...

– Voyons, Roxy, l'interrompit Vanitas. Quel genre d'intentions est-ce que tu nous prêtes ?

– Ouais, Roxy, répéta Ven, quel genre ?

Celui-ci sembla sur le point de les étrangler. Heureusement pour eux et pour l'honneur familial, il se contint.

– Allez vous faire foutre. Et je parle au sens figuré.

Ven lui adressa un clin d'œil avant de grimper les escaliers quatre à quatre en tirant Vanitas derrière lui.

Abandonnés en bas, Sora et Roxas restèrent un long moment silencieux. Roxas étudia le châtain d'un œil critique puis soupira.

– Bon, je n'ai rien contre toi personnellement, alors j'imagine qu'on peut trouver de quoi ne pas mourir d'ennui pour une soirée entière. Je préfère avoir la tête occupée, ça m'évitera de penser à ce que ces deux-là font dans cette chambre où je ne remettrai certainement plus jamais les pieds.

Il frissonna d'horreur et Sora s'autorisa un sourire.

– T'es jamais venu ici, toi, si ? demanda Roxas.

– Pas que je me souvienne...

– Mmh. T'aimes bien les jeux de tirs à la con ?

– Euh... j'en sais rien. Peut-être ?

– On va voir ça tout de suite. Xion a horreur de ça, Ven aussi, et ça fait un million d'années que j'ai envie de jouer avec quelqu'un.

Bon, dans la liste « Joueur 2 probable », Sora arrivait très bas, mais c'était déjà ça. Comme il n'avait pas vraiment d'autre possibilité que d'accepter, ce dernier le suivit en observant la maison d'un air curieux.

Ainsi commença l'improbable soirée de Noël de Roxas, Sora, Ventus et Vanitas ; leur réservait-elle des surprises miraculeuses et des naissances virginales ? Eh bien, mesdames et messieurs, vous l'apprendrez en lisant ce qui suit :

« Non. »

Merci de votre attention.

Passons désormais à notre cher Riku, depuis longtemps disparu mais toujours bien présent dans nos cœurs... non, attendez. Je crois que j'ai un petit soucis d'ordre technique ; il va me falloir un petit moment pour réparer ça.

Rien de grave, ne vous inquiétez pas ; je reviendrai, comme à chaque fois, et ni Riku ni la plage n'auront raison de moi et de ma splendide personne. Et je ne vais pas sangloter dans mon coin car je n'ai personne avec qui fêter Noël, vous avez tort. Cessez, je vous prie, de me prendre en pitié. Je suis l'homme le plus fier que l'univers ait jamais connu, et la présence de mes semblables m'insupporte au plus haut point ; je n'ai donc pas besoin de partager les fêtes de Noël avec qui que ce soit.

Sniff.

xxxxx

Au loin, les pieds enfoncés dans du sable rendu gris foncé par l'absence de soleil, l'esprit démoniaque le plus terrible de notre temps leva les yeux vers la lune et sourit.

La plage, ah ! la plage lui appartenait, désormais, et ceux qui y viendraient tomberaient entre ses mains comme les flocons de neige qui menaçaient à tout instant de recouvrir la côte.

Cela lui évoquait une ancienne prophétie bien connue. Il n'était jamais trop tard pour rappeler son existence au monde.

Il se pencha au sol et traça du bout du doigt les lettres maudites sur le sable froid.

Ainsi, pendant les quelques minutes où l'inscription se trouva à l'abri des vagues, chacun put y lire la révélation que tous attendaient dans leur cœur :

« Qui pisse face au vent se rince les dents. »


Ce chapitre était supposé être deux fois plus long ; cette partie ayant miraculeusement atteint les 10K ou presque (je ne comprends toujours pas), il a été coupé en deux pour en faciliter la lecture (car j'avais la flemme ça marche aussi) (oui parce que la deuxième partie est pas écrite riez pas).

Joyeux Noël à tous et à toutes ! Comment ça on est en août, non vous avez tort.

Un grand, grand merci pour vos reviews ! Il n'existe rien qui puisse faire plus plaisir à recevoir sur cette Terre. Also, si vous appréciez la lecture de cette histoire, n'hésitez pas à m'en faire part, je suis gentille je le jure, 99% garanti. Love sur vous.