Disclaimer : Disney, Square Enix, c'est la fête.

Note : Je suis désolée mdr de lol.

Note 2 : Sœur : va falloir changer notre beau petit schéma car j'ai des modifications à apporter au tableau final hahahahha *dead*

Note 3 : Merci à tous pour vos reviews ! Rien au monde ne fait plus plaisir, sauf peut-être un million d'euros en liquide ; mais un million d'euros en liquide est une somme relativement dangereuse à transporter, donc je suis bien contente d'avoir droit à vos reviews. Comment ça c'est pas logique ;;

nem0 : mais noon c'est pas gênant, c'est merveilleux. :D /bam/ Je te remercie, j'ai toujours su que j'étais un génie. Sois bénie. Je suis désolée pour Riku : mon amour pour lui transperce dans chacun de mes mots malgré mes constants efforts pour le cacher. :( Merci pour ta review et ta fidélitééé, hihi. Keur keur.

Georges : car je sais que c'est twa je suis un génie, sois remercié. Tu as ma gratitude et ma gratitude. Je ne peux t'offrir que ça. Oups.

Cake : Bienvenue au club. Courage, je compatis. Merci pour ta review *lance des confettis*

Val Lou : Ooh, eh bien, bon retour :DD C'est à moi que ça fait plaisir de voir que des gens curieux reviennent y jeter un œil, hihi. Merci beaucoup TT Et merci pour ta reviewww.

Vous êtes tous cools, et vous avez mon amour. Quand même.

BREF. Bonne lecture !


– Noël... tu parles... c'est pas Noël, ça. C'est juste une soirée pourrie.

Personne ne répondit à Axel car Axel était seul. Il aimait beaucoup parler à voix haute pour se plaindre, une caractéristique que méprisaient la plupart de ses connaissances.

Notre brave poète roux était d'une humeur maussade en cette belle soirée de réveillon. Seul dans son canapé, il n'avait d'autre choix que de regarder une soirée cabaret à la télévision en essayant de supporter leurs chansons en live. Il se trouvait que sa mère avait décidé de fuir l'ambiance lourde qui régnait dans la maison familiale en passant la soirée du réveillon loin de chez elle ; ses enfants étaient bien assez grands pour s'occuper d'eux-mêmes et, de toute façon, il était hors de question qu'elle passe les fêtes de Noël enfermée dans la chambre de Kairi.

Elle avait tout de même eu la présence d'esprit de laisser derrière elle des plats qu'elle avait passé la journée à préparer, persuadée que sa fille ne prendrait pas la peine de descendre et que son fils n'aurait pas suffisamment d'énergie pour penser lui-même à se sustenter.

Axel regarda l'écran de son téléphone ; il était près de vingt-et-une heure et son estomac commençait à protester du manque de soin qu'on lui prodiguait (l'estomac d'Axel était un être vivant à part entière, implanté là dans sa petite enfance, et il lui arrivait parfois de discuter lorsqu'il s'ennuyait).

Dépité, il se dirigea vers le frigo et glissa un plat beaucoup trop grand de hachis parmentier dans le four.

C'était le Noël le plus déprimant qu'il avait jamais passé, ce qui n'était pas peu dire. Il tira une chaise vers lui et s'y installa, le front posé sur la table la cuisine, prêt à attendre les quarante-cinq minutes que sa mère lui avait indiquées à ne rien faire d'autre que de réfléchir à une façon de détruire ses ennemis mortels.

Il ne trouva rien.

Quarante-cinq minutes passèrent. Il sortit le plat du four. Il le regarda en soupirant.

La vie d'Axel était une vie trépidante.

Il sortit une assiette et y déposa une part. Après un instant de réflexion, il fit de même avec une seconde assiette.

Il grimpa les escaliers en traînant les pieds. Arrivé devant la chambre de Kairi, il frappa à la porte. Elle ne répondit pas, comme d'habitude ces derniers jours.

– J'entre, dit-il tout de même.

Il la trouva assise dans son lit, le dos contre le mur et enroulée dans une couverture aux motifs de chatons vieillots qu'elle avait dû ressortir du fond d'une armoire. Elle lisait un livre dans le plus grand silence, et ne parut même pas remarquer qu'il était entré.

– Kairi, fit Axel.

Elle ne leva pas les yeux vers lui.

Désespéré, il déposa les assiettes sur la table basse que sa mère avait tenu à installer au milieu de la pièce.

– Je reviens, prévint-il en quittant la chambre.

Elle ne répondit pas.

Quelques minutes plus tard, il déposa deux verres et une bouteille de champagne qu'il avait trouvée au fond du frigo. Tant qu'à passer une soirée déprimante, autant le faire avec des produits de luxe ; et puis, il n'y avait personne pour le surveiller, ici. Ça remonterait peut-être le moral de Kairi.

– T'allumerais pas le radiateur ? demanda-t-il.

Elle haussa les épaules. Bien. C'était une réaction, au moins.

Il se leva et alluma le chauffage en frissonnant. Il avait peine à croire qu'elle n'attrapait pas la mort en restant comme ça toute la journée ; lui qui ne supportait pas les basses températures avait l'impression de marcher dans une chambre froide.

Il fit plusieurs aller-retour entre la cuisine, la chambre de sa sœur et sa propre chambre jusqu'à faire en sorte de rendre la pièce à peu près confortable. Les oreillers et coussins de toute la maison gisaient tristement sur le sol, parfois agrémentés de quelques couvertures trouvées çà et là. Il déboucha la bouteille et servit deux verres avant de se mettre à manger, le cœur se balançant au bord de l'abîme du désespoir.

À sa grande surprise, après de longues minutes d'immobilité, Kairi se leva, sa couverture toujours sur les épaules, et s'assit en tailleur face à lui.

Il tenta un sourire, sans succès. Il soupira longuement. Il n'aimait pas particulièrement le hachis parmentier, songea-t-il en approchant une fourchette pleine de sa bouche, mais celui-ci en particulier lui donnait envie de pleurer.

Kairi mangeait en silence.

Son frère l'observa longuement puis vida un verre de champagne avant d'en remplir à nouveau. Il ne vida pas celle-ci moins vite que la précédente. Kairi, elle, en sirotait un peu de temps en temps, les yeux rivés sur le fond du verre comme si elle voyait là une sorte de révélation suprême qui demandait la totalité de son attention.

Lorsqu'elle eut terminé, il ramena la vaisselle vers lui et se leva pour la ramener à la cuisine.

– Jolis tatouages.

Entendre le son de sa voix le fit presque lâcher ce qu'il avait dans les mains.

– Euh... merci, répondit-il.

Après un instant d'hésitation, il décida de revenir s'asseoir.

– Qu'est-ce que tu lisais ? demanda-t-il après un silence.

Elle tourna la tête vers son lit où le livre gisait, encore ouvert.

– Harry Potter 5.

– Ah... l'Ordre du Phénix ? Bon courage.

C'était celui qu'ils appréciaient le moins. Ombrage était pire que Riku en personne.

Kairi leva les yeux vers lui et une ombre de sourire traversa son visage.

– Hum... j'ai quelque chose pour toi, dit Axel.

– Quelque chose ?

– Pour Noël. J'avais... fin, bon, laisse tomber. Je vais chercher ça.

Elle n'eut pas à attendre longtemps pour le voir revenir. Il déposa une caisse en carton devant elle, un peu gêné. Il avait l'impression de ne plus lui avoir parlé depuis des lustres.

– Je sais que ça a l'air d'être un peu trop, mais... enfin, j'avais gardé ça depuis un moment. J'étais en retard pour ton anniversaire, aussi. Voilà voilà.

Elle ouvrit doucement la boîte et en sortit sept paquets différents.

– Un peu trop, répéta-t-elle avec un sourire.

Si Axel n'avait pas été un garçon viril et sans la moindre faiblesse, il aurait eu très envie de pleurer.

Elle les déballa les uns après les autres. Axel, pensa-t-elle, avait un drôle de sens de l'humour : cinq couvertures de différentes couleurs et motifs finirent empilés à côté d'elle, accompagné d'une bouillotte bleue – sa couleur préférée – et d'une tonne de paires de chaussettes décorées d'animaux rigolos.

– Merci, dit-elle lorsqu'elle eut terminé.

Il s'éclaircit la gorge mais ne répondit rien.

– J'ai quelque chose aussi, ajouta-t-elle. Pour toi.

Voilà une chose à laquelle il ne s'attendait pas. Elle ne lui avait pas ou à peine adressé la parole plusieurs semaines durant et il ne s'était pas imaginé une seconde qu'elle aurait voulu lui donner quoi que ce soit.

Elle se leva cependant et ouvrit le tiroir de son bureau pour en sortir une boîte parfaitement emballée. Il se demanda un instant quand elle avait bien pu aller chercher ça, puis se rappela qu'elle avait comme lui un accès au dangereux monde de l'Internet où elle pouvait se procurer tout ce qu'elle désirait.

Il ouvrit la boîte en se demandant ce qu'elle avait pensé à prendre. Il resta silencieux un moment.

Une manette neuve gisait au fond du carton. Il la sortit avec un faible sourire.

– Sérieusement...?

Elle haussa les épaules avant d'aller allumer la télévision.

– Bien. On joue à Fifa ?

xxxxx

Quelques quartiers plus loin, un autre joueur 2 malmenait une pauvre manette innocente dans l'espoir de décrocher une victoire bien méritée. Malheureusement, et comme Sora aurait dû s'en douter, Roxas partageait avec sa console un lien particulier et celle-ci ne permit pas à son invité de battre son propriétaire officiel malgré tous ses pathétiques efforts.

– Tu n'es pas très doué, dit Roxas avec un tact remarquable.

Sora eut un petit rire nerveux.

– Pas assez d'entraînement... on va dire.

– Pas de talent, surtout. Tu veux jouer à autre chose ?

Sora ne savait pas trop quoi répondre ; pour tout avouer, il était légèrement mal à l'aise, sentiment hautement compréhensible quand on savait qu'il était actuellement dans la chambre d'un de ses ennemis mortels.

Enfin, au moins, ce n'était pas Riku.

Roxas sortit un jeu au hasard et l'étudia un moment avant de glisser le disque dans la fente prévue à cet effet. Le temps qu'il démarre, Sora détailla la porte sans rien y voir d'intéressant.

Le bureau, lui, était nettement moins avare d'informations ; on pouvait y distinguer un tas de livres de cours empilés (il ne pouvait pas savoir que Roxas ne les laissait là que pour impressionner ses parents au cas où ils avaient le malheur d'entrer), quelques CD dont il ne pouvait pas discerner le titre, un tas de vêtements sans doute sales et une peluche d'otarie blanche à l'air jovial mais dont les yeux, s'il avait pu les voir plus distinctement, dégageaient une envie de meurtre certaine.

Nul ne savait que l'âme d'un démon y avait été enfermée des siècles plus tôt.

– Xion a la même, fit remarquer Sora en pointant le doigt vers la peluche.

– Ah, possible. C'est elle qui me l'a filé. Je suis obligé de le laisser en vue ou elle n'hésiterait pas à m'assassiner.

– C'est vrai que vous êtes les meilleurs amis du monde. J'avais oublié.

– Tu ferais bien de t'en souvenir, si tu ne veux pas avoir de problèmes. Si tu m'ennuies, elle viendra se venger sur toi.

Sora ne savait pas s'il devait y voir une quelconque menace ; heureusement, le sourire de Roxas le rassura un peu.

– Ne t'inquiète pas, reprit Roxas et tapotant gentiment la tête de son invité, tu n'es pas dans notre liste de victimes potentielles. Riku s'est suffisamment défoulé sur toi.

En voilà au moins un qui avait le parler franc, pensa Sora. Il frissonna.

Roxas s'assit au sol à côté de lui sans remarquer qu'il évoquait là des sujets sensibles. Il n'était pas du genre à réfléchir à ce qu'il disait, trait de caractère qu'il partageait avec 98% des habitants de la ville, ce qui menait souvent à de petits problèmes sociaux dont chacun finissait par faire les frais. Il sélectionna son mode de jeu favori et démarra sans laisser le temps à Sora de se préparer.

Comme d'habitude, il gagna sans aucun problème avec en prime un long bâillement impoli. Roxas n'était définitivement pas fait pour la vie en société.

– Je me demande ce qu'ils font, déclara Sora en regardant en l'air.

Roxas se rembrunit aussitôt. Il ne fallait pas être un génie pour savoir de qui il parlait.

– Ils jouent à la dînette, j'imagine, répondit-il sans se rendre compte du nombre impressionnant d'interprétation qu'on pouvait prêter à ses paroles.

Sora étant relativement innocent, il le prit au mot et s'autorisa un petit rire.

– Tu avais l'air en colère, l'autre fois. À l'école, je veux dire.

– Avant ta tentative de meurtre ?

Sora blêmit un instant mais reprit rapidement contenance.

– Euh, ouais.

– C'était pour déconner, c'est tout.

Il prit soudain conscience du fait qu'il n'était pas supposé divulguer cette information aussi facilement. Sora avait l'air un peu soupçonneux.

– Non, je veux dire, se reprit-il, j'étais fâché, mais j'avais aussi envie de foutre le bordel. Enfin, tu sais. Comme ça, pour jouer.

– Oh.

Roxas avait de bien étranges façon de jouer.

– Le dis à personne, hein ! Surtout pas à Vani... à Ven. Enfin, à aucun des deux. Ce serait chiant qu'ils l'apprennent, tu vois. D'un autre côté, c'était bien mérité.

– Vous vous êtes réconciliés ?

– Moi et mon frère ? Pas tellement le choix.

– C'est chouette. Ça doit être bien de s'entendre avec ses frères et sœurs.

Le blond haussa les épaules, insensible à la détresse de son interlocuteur. C'était vraiment un drôle d'être humain ; cela expliquait son bizarre complicité avec Xion et sa manie d'organiser des vendettas pour le plaisir en écrivant de faux articles pour le journal de l'école.

Sora fit un petit voyage dans sa tête dans l'espoir d'y trouver un sujet de conversation, mais rien ne vint ; il s'accrocha au premier bout de phrase sensé qui passait par là en espérant avoir le talent suffisant pour improviser une suite.

– J'ai rêvé d'un puits, il n'y a pas longtemps. C'était vraiment, euh...

Pathétique, termina pour lui une petite voix méchante dans sa tête, voix qui avait étrangement pris le timbre de Vanitas.

– Moi j'ai rêvé que je noyais Axel dans une baignoire d'acide. C'était génial, bien qu'un peu effrayant. Je me demande ce qu'en dirait un psychiatre.

– Il te donnerait des médicaments, j'imagine. Ou bien il t'enverrait en hôpital psychiatrique.

– J'imagine que je ne suis pas dangereux si je ne passe pas à l'acte, plaisanta-t-il à moitié.

Il n'avait pas d'acide à disposition, mais peut-être une eau très froide ferait-elle l'affaire. Il nota l'idée dans un coin de sa tête.

– T'es sous médoc aussi, toi, non ? poursuivit-il en déposant la manette sur le sol. Pour ta dépression, je veux dire.

D'accord, peut-être que Roxas ne manquait pas de tact ; peut-être manquait-il simplement d'une empathie fonctionnelle. Ou il était simplement idiot, ce qui n'était pas particulièrement rare, dans le coin.

Sora eut un rire gêné et passa une main à l'arrière de son crâne.

– J'en ai un ou deux à prendre, oui.

C'était bien la première fois qu'on lui posait aussi directement la question. Il ne savait pas trop s'il aimait ça ou non. Il était un garçon la plupart du temps très indécis.

– Ça doit pas être facile tous les jours.

Ça alors ! Roxas pouvait-il donc faire preuve de compassion ? Ses yeux étaient toujours rivés sur l'écran et il ne portait aucune expression particulière. Sora haussa les épaules.

– Ça peut aller.

– Cool. Tu parles encore à Kairi ?

Sora n'avait pas la moindre idée de la façon dont il s'y prenait pour évoquer tous les sujets dont on évitait en général de lui parler en si peu de temps. Il ouvrit légèrement la bouche, la referma (c'était un rituel utile pour invoquer les esprits de la répartie), puis répondit :

– Pas vraiment.

– Ah. Moi non plus.

Première nouvelle.

– Je croyais que vous...

– Mouais, il paraît. Enfin, j'y crois pas trop. On dirait qu'elle a décidé de se couper du monde. Pas que ça me gêne, note. Je l'aimais bien, hein, c'est pas ça. Mais... pardon, t'es sans doute pas la meilleure personne avec qui parler de ça.

Par chance, le brun aimait beaucoup les ragot ; il décida qu'il valait la peine de continuer la conversation.

– Il s'est passé quelque chose ? demanda-t-il en tâchant de cacher sa curiosité.

– Rien de spécial. Ça se passe comme ça, des fois. Enfin...

– Ah... oui.

– Hum... à part ça...

Il commençait à être à court de sujet de conversations gênants. En désespoir de cause, il proposa :

– Tu veux jouer à Qui est-ce ?

– Le jeu, le vrai ?

– Non. J'veux dire, le Qui est-ce qui permet d'insulter des gens qu'on connaît, tu vois.

– Ah, celui-là.

Il le connaissait très bien ; Vanitas, lui et Xion y jouaient parfois lors de moments de profond ennui, quelques années auparavant. Il se souvenait d'un trajet en voiture interminable ; dès qu'on commençait par la question « suis-je un profond imbécile », question que ne manquait jamais de poser Vanitas, il pouvait être sûr que la réponse était « Sora ».

Sa famille n'était pas très tendre avec lui.

– OK, dit-il après réflexion, je te laisse choisir.

– Déjà fait, répondit Roxas en admirant ses doigts pour une raison inconnue.

– Est-ce que j'ai des lunettes ?

– T'as vu des gens avec des lunettes dans cette ville ? C'est la cité du 10/10 à chaque œil.

– Ah, c'est vrai.

C'était une réflexion qu'il ne s'était jamais faite mais qui ne manquait pourtant pas d'intérêt. Pourquoi diable personne ne portait de lunettes ? Il y avait là un problème statistique évident.

– Suis-je un profond imbécile ?

Roxas sourit.

– Pire que ça.

– C'est pas moi, hein ?

– Ça aurait pu, mais non. J'insulte les gens dans leur dos, moi, pas en face à face.

– Vanitas ne faisait pas tant de manières.

– Tu brûles.

– Ah, j'aurais dû m'en douter. À moi ? J'en ai déjà un.

– Suis-je une experte des opérations visant à traumatiser les membres de mon entourage en les piégeant tour à tour jusqu'à ce qu'ils me supplient à genoux de les prendre en pitié ?

– Tout à fait.

– Xion. Trop facile. Tiens, en parlant de Vanitas : ça s'est passé comment, votre petit voyage mystérieux à la plage ? C'était louche comme tout.

Sora resta interdit.

– Quel voyage ? demanda-t-il après un moment.

– Bah, tu sais. Toi, Vanitas et Axel seuls dans un bungalow à faire Dieu sait quoi et dont j'espère qu'il ne reste pas de vidéos quelque part. Mon frère qui déprime dans sa chambre parce que son petit mari a décidé de ne plus lui parler pendant deux malheureux jours, et une occasion idéale pour fomenter un complot contre les deux autres débiles. J'ai reçu la visite d'un étrange vieil homme chauve, aussi, mais je ne crois pas que ça ait le moindre rapport.

Sora avait beau chercher dans ses souvenirs, rien de tout cela ne lui disait quelque chose.

– Je ne me souviens pas de ça... murmura-t-il.

– C'est peut-être tes médocs. T'as lu la notice, j'espère ?

– Peut-être...

Mais c'était tout de même très étrange. Il se gratta le front.

– Ou peut-être que tout le monde l'a oublié et que je suis le seul à m'en souvenir parce que je suis l'Élu. Il faudrait vérifier.

Il agrémenta sa réplique d'un clin d'œil.

Sora sut d'instinct que c'était la fin de tout. Il manqua de hurler. Non, c'était impossible. Pas encore.

– Bon, ils comptent manger quand ? demanda Roxas. J'ai la dalle.

Il regarda l'horloge en forme de mouton accrochée au mur et passa une main dans ses cheveux, geste qui n'avait pas le moindre intérêt mais que Sora ne manqua pas de remarquer – il s'était immobilisé complètement, frappé par la réalisation qui allait changer son destin.

Roxas s'étira et son t-shirt remonta suffisamment pour découvrir une portion de sa peau.

Voilà, il était fini.

Encore une fois, Sora avait cédé.

Il n'avait rien pu faire. Il ne l'avait pas vu venir. Il était abonné aux situations dramatiques, et il n'avait pas pu s'empêcher de se jeter à bras ouverts dans celle-là.

Pourquoi ? demanda-t-il au lutin qui se faisait un plaisir de jouer avec les câblages de son crâne (ceci est, à l'évidence, une métaphore subtile. De rien.) Le lutin ne répondit pas car il n'existait pas ; il rit tout de même un peu, car il existait suffisamment pour se moquer de sa pauvre victime.

C'en était trop, il ne pouvait pas l'accepter.

Après Naminé, une fille de sa classe sans visage et sans nom, Kairi, le fleuriste, la fille de la station essence et Ven, voilà qu'il se laissait à nouveau avoir par...

Roxas lui adressa un sourire qui le laissa sans voix.

– Bon, on va voir en bas ? Je suis sûr qu'ils ont sorti tout un tas de trucs d'apéros sans même nous en avertir. Ça, quand on peut garder un maximum de bouffe pour soi...

Sora eut bien du mal à se relever. Il ne savait pas ce qu'il avait bien pu faire pour mériter d'être aussi faible et aisément manipulable.

– Ah, au fait, fit Roxas en posant la main sur la poignée de la porte. Ton anniversaire, c'est pas le vingt-trois décembre ?

Comment diable pouvait-il savoir ça ? Il hocha mécaniquement la tête, hébété.

– Bon anniversaire en retard, alors. Je sais que c'est pas vraiment le moment et que c'est un peu con de dire ça maintenant, mais je suis désolé d'avoir piqué ta meuf. Enfin, non, mais tu vois ce que je veux dire.

– Ah... merci... et, euh, c'est...

Il ne savait pas quoi dire. Il était le premier à s'en être souvenu. Il posa d'instinct une main sur sa poitrine, terrassé par le choc.

– Oh, et pour Riku, aussi, continua Roxas. Il s'excusera pas lui-même, le con, alors laisse-moi le faire pour lui. Cadeau de ma part. J'espère que tu finiras par t'en remettre.

Il n'avait rien à craindre ; Sora s'en remettait déjà.

Ce dernier regarda son hôte sortir de la pièce et se plaqua une main sur le front en se maudissant d'être incapable de se contrôler mieux que ça. C'était une véritable malédiction.

Il prit une inspiration et sortit de la chambre avec un sourire qu'il essayait tant bien que mal de dissimuler.

Très bien, si le destin le lui imposait ainsi, il l'accepterait sans mot dire. Et cette fois, il ne se laisserait pas faire. Il était peut-être extrêmement malchanceux, mais il fallait bien que son tour finisse par venir.

Résolu, il suivit Roxas au petit trot.

xxxxx

Terra n'était pas mort et fêtait comme bien d'autres les fêtes de Noël de la façon la plus fantasque et merveilleuse qui soit.

Son appartement était décoré de dizaines de guirlandes bleues, rouges, or et argent, des couleurs qui ne se mariaient certes pas, mais il n'en avait cure : Terra n'était pas décorateur d'intérieur, après tout ; Terra était simplement distributeur de journaux. Un emploi qui lui convenait à la perfection, pour une raison que chacun ignorait.

Depuis peu, à la différence de nombre de nos protagonistes, Terra batifolait dans un océan de bonheur intense. Il souriait aux nuages gris comme s'il s'agissait de vieux amis, saluait les passants dans la rue et se levait avec l'envie folle de vivre une journée trépidante.

Aqua, qui venait le voir de temps en temps, trouvait qu'il flirtait avec la folie douce, mais elle n'était pas Roxas et possédait une bonne âme qui lui conseillait de garder ses pensées pour elle.

Elle n'était pas morte, elle non plus, et était à vrai dire assise à la table de Terra en espérant qu'il cesserait bientôt de sourire bêtement.

– Qu'y a-t-il, cette fois ? demanda-t-elle, un soupir au bord des lèvres.

Les yeux de son frère brillèrent et elle regretta instantanément d'avoir posé la question.

– Elle est si belle, Aqua, c'est la plus belle femme que j'ai jamais vue. Elle a tant de grâce, tant de bonté au fond du cœur. Je suis amoureux, Dieu me pardonne.

Elle piocha une aile de poulet au fond du seau de poulet frit qui constituait leur unique repas (depuis que Terra avait quitté la maison familiale, il avait décidé de goûter à tout ce que la plèbe appréciait pour savoir ce que c'était que de faire partie de la basse populace) en prenant soin de ne pas en mettre partout.

– C'est merveilleux, dit-elle d'une voix monocorde.

– Merveilleux ! Tellement merveilleux !

– Et elle est riche. C'est parfait. Maman va être ravie.

– Ce n'est pas l'argent qui compte, Aqua : c'est le cœur. C'est mon âme-sœur, je le sais, je n'en ai jamais douté.

Il replaça son chapeau haut-de-forme sur le sommet de son crâne, les yeux perdus dans le lointain.

– Je n'arrive pas à croire que tu oses porter ça, lâcha Aqua en jetant un os dans le bol prévu pour.

– Père a décidé que j'étais assez bien pour le porter à sa place. Je ne peux pas lui refuser ce cadeau.

Elle manqua de s'étrangler.

– Père ? Qu'est-ce qu'on t'a fait pour que tu l'appelles comme ça ?

– Je ne sais pas ; c'est un homme si bon et généreux, il force le respect. Regarde ce chapeau. Ne trouves-tu pas que j'ai un air de famille avec Abraham Lincoln ?

Elle commença à regretter d'être venue jusqu'ici.

– Cendri m'a dit qu'elle le trouvait très à son goût, continua-t-il tout à son admiration pour l'étrange couvre-chef. Elle a l'œil pour ces choses-là, tu sais ? Elle fabrique des robes de temps en temps. Elle est vraiment douée ! Et si douce !

– Est-ce qu'elle est aidée par des rats et des corbeaux ?

– Voyons, Aqua.

– Sérieusement, elle s'appelle Cendrillon. C'est plutôt insultant. Si j'étais elle, je ferais en sorte de coller à l'image que les gens se feraient inévitablement de moi et j'entraînerais une armée d'animaux sauvages pour les jeter au visage du premier venu.

– Cendrillon est un nom tout à fait parfait et qui lui va à merveille.

, tu es insultant.

– Mais non ! Elle est si belle, si merveil-

– J'en ai suffisamment entendu. File-moi des potatoes.

Terra lui tendit la boîte de potatoes un peu froids, une larme au fond des yeux. Un peu irritée, elle décida de changer de sujet de conversation. C'était la seule tactique valable.

– À part ça, tu n'avais pas dit que tu inviterais Ven, une fois ?

– Ven ? Ah, oui. J'ai perdu son numéro de téléphone.

– Comment t'as pu perdre un numéro ?

Il y eut un long silence.

– Tu l'avais supprimé ? Sérieusement ?

– J'étais affreusement déprimé. Tu peux me le donner, non ?

– Je ne l'ai pas, mais j'ai celui de Vanitas, si tu en as besoin.

Son expression n'aurait pas été différente s'il avait été sur le point de vomir.

– Ça ira, merci. On finira bien par trouver un moyen. J'en avais parlé avec... comment s'appelle-t-il, déjà ? Le sosie de Vanitas, mais en gentil.

– Sora ?

– Oui, c'est ça. Mais je n'ai pas eu de nouvelles.

– Je pourrai le lui demander, si tu veux. Je le vois dans deux semaines.

– Ah bon ?

– Il s'est inscrit à des cours de karaté.

– Le pauvre.

– Arrête, Terra, je ne suis pas si terrible que ça. Mes élèves m'aiment bien, tu sais.

– Je n'ai rien dit.

– À peine...

Elle piocha à nouveau dans le seau, pensive.

– Je me demande comment ils vont, tous, soupira-t-elle. J'ai l'impression que ça fait une éternité.

Terra ne répondit pas, trop concentré à admirer des photos de Cendrillon (et je ne ferai aucun commentaire) sur son tout nouveau téléphone portable, acheté avec son propre salaire de distributeur de journaux. Aqua retint un nouveau soupir.

Ah, si elle avait su ! peut-être aurait-elle pu désamorcer la situation avant qu'elle ne devienne intenable. Mais elle n'était au courant de rien ; elle n'avait jamais entendu parler de puits, ni d'étranges univers avec des Sora endormis, encore moins d'écrits douteux ou de plage disparue. Elle, le dernier espoir de tous, n'avait pas été là dans les moments critiques ; elle avait échoué dans la mission que Naminé lui avait confié des mois plus tôt, leur intimant de protéger les pauvres victimes du destin que nous suivons en riant, ce qui, je dois le dire, n'est pas très sympathique.

Mais elle ne savait rien et ne pouvait pas se sentir coupable. C'était Noël, de toute façon ; rien ne servait de faire des conjectures sur la situation d'autrui lors de ce genre de soirée.

Elle but son soda à la paille et jeta un coup d'œil à Terra qui admirait l'ancien chapeau haut-de-forme de leur père. La soirée risquait d'être plus compliquée que prévu.

Elle se prépara psychologiquement à découvrir tous les détails de la vie de Cendrillon en jetant un nouvel os dans le bol à restes de cadavres frits.

xxxxx

Ailleurs, dans une chambre un peu petite dont les murs étaient recouverts de posters de la NASA (Ven n'aimait pas particulièrement la NASA, soit dit en passant, mais ses parents en étaient si étrangement persuadés qu'ils tenaient absolument à lui offrir tous les posters en rapport qu'ils pouvaient trouver. Un jour, pensait-il parfois en regardant une photo de Jupiter en haute définition, il comprendrait d'où venait leur obsession pour ses murs et la NASA ; mais ce jour n'était pas près d'arriver, et il n'avait toujours pas eu le courage de leur dire qu'il ne tenait pas particulièrement à devenir astronaute), se déroulait une scène passablement ordinaire de silence embarrassant.

Vanitas était déjà venu ici, bien sûr, il n'était pas amnésique et s'en souvenait fort bien ; il avait manqué de pleurer en repensant à la disparition de son Majaspic, son cher et précieux Majaspic, tombé dans les limbes de l'oubli suite à l'attaque d'une sorcière d'une lâcheté sans nom. L'évoquer dans sa tête lui donna presque les larmes aux yeux, aussi préféra-t-il reprendre au début de ce paragraphe sans penser à ses défunts compagnons de voyage.

Il s'en souvenait fort bien, donc, et n'avait aucune raison de s'y sentir mal à l'aise. Comme certains animaux dont je tairai le nom (pourquoi ? me demanderez-vous, et je vous répondrai : certains secrets sont faits pour être tus, et ça n'a rien à voir avec un manque de vocabulaire et de connaissance du monde animal), il n'appréciait pas se retrouver dans des lieux inconnus et devait en renifler tous les coins avant de l'accepter comme un potentiel lieu de détente. Il ne l'avait pas fait, bien entendu, en tout cas pas en la présence de Ven, mais le fait était que la chambre en question n'était plus tout à fait un mystère pour lui.

Il ne s'y sentait pourtant pas aussi bien qu'il l'aurait cru au premier abord, peut-être parce que Ven en était absent et qu'il avait l'impression d'y être un intrus ; il n'avait aucune connaissance particulière au sujet de la NASA, et les posters d'Alien : le huitième passager, film entièrement tourné dans un vaisseau de la NASA, avec un Alien issu d'expériences secrètes de la NASA et attaquant un équipage entièrement composé d'employés de la NASA avec, en prime, un androïde développé par la NASA, lui transmettaient des frissons étranges dont il ne pouvait identifier précisément la source. Il se sentait observé ; peut-être la NASA avait-elle installé des caméras tout autour d'eux. C'était bien son genre, après tout.

Pour se débarrasser de son sentiment d'intense panique (Vanitas, comme toutes les personnes à l'esprit étroit, n'avait que deux modes disponibles en cas de malaise : l'indifférence tintée d'inquiétude et l'intense panique. La chambre de Ven, sans aucun doute, entrait dans la deuxième catégorie), il décida de lire la tranche de chaque livre disposé sur la bibliothèque, ce qui ne lui révéla rien de bien intéressant sinon que Ven avait un goût particulièrement prononcé pour les titres contenant le mot « abeille », ce qui n'avait aucun sens particulier. Si Vanitas avait disposé d'un dictionnaire des symboles, nul doute que sa vision de Ven aurait changé du tout au tout ; heureusement, il ne disposait que des médiocres données stockées dans sa mémoire, ce qui n'équivalait à pas grand chose pour de grands esprits comme les nôtres.

Vanitas soupira. Cette chambre ne disposait de rien qui puisse le divertir, pas la moindre petite photo gênante, rien qu'il puisse retourner contre une victime innocente. Où était Ven, de toute façon ? Il ne se souvenait même pas l'avoir vu partir. Il l'avait tiré jusqu'ici, lui avait ordonné de ne pas bouger et il avait obéi sans réfléchir. Il fallait vraiment qu'il pense à développer son indépendance et sa capacité de rébellion ; Xion et Ven s'en servaient beaucoup trop facilement.

Il sursauta quand le tant attendu Ventus entra dans la chambre en sifflotant.

– Putain, enfin, fit Vanitas qui était un garçon très impoli même à la veille de Noël.

– Ravi de voir que je te manquais, répliqua Ven avec un sourire moqueur. Il fallait que je fasse un truc.

– Du style ?

– Vérifier que Roxas n'ait pas préparé de piège horrible à notre encontre. On ne sait jamais.

Ça sonnait comme un mensonge, mais Vanitas n'y fit pas attention.

– Ah. Hum...

Il avait bien envie d'entamer une conversation, mais rien ne lui venait ; encore une fois, il se sentait pris d'un certain malaise, sentiment que ne semblait pas partager Ven qui vaquait tranquillement à ses occupations, c'est-à-dire cacher subrepticement les objets les plus compromettants en-dessous de son lit à coup de pied.

Le silence était extrêmement pesant. Vanitas s'éclaircit la gorge dans l'espoir que ça lui procurerait une quelconque inspiration.

– Oui ? demanda Ven en feuilletant un livre sobrement appelé : « Le mystère de l'abeille disparue ».

Il estima sans doute que le livre n'avait pas d'autre intérêt que de montrer qu'il vaquait à des occupations pendant que Vanitas attendait quelque chose d'un air vaguement gêné car il rangea le livre entre : « L'abeille rouge » et : « Une cinquantaine d'abeille dans une fusée de la NASA » (ce dernier lui avait été offert par son père, et il ne parvenait toujours pas à en comprendre le sujet).

– Hum... ouais.

Ven haussa un sourcil.

– T'as l'air louche. T'es malade ?

– Rien à voir.

Il comprit soudain quelle était l'origine de ce perturbant sentiment qui lui malmenait l'estomac. La réalisation le laissa sous le choc. Il ouvrit légèrement la bouche, ce que ne manqua pas de remarquer Ven qui fronça les sourcils.

– Quoi ?

– C'est Noël, murmura Vanitas, au comble de l'horreur.

– Bien vu. C'est le réveillon, en fait, mais tu n'étais pas loin du compte. Félicitations.

Depuis quand Ven était-il si prompt à manier l'ironie ? Nul ne le savait. Toujours était-il que Vanitas lui lança un regard hautement blasé.

– Ce n'est pas ce que je veux dire. C'est juste que...

Il s'interrompit soudain. Non, Ven n'avait pas à savoir. S'il savait, il ne ferait que précipiter leur chute dans les abysses.

Le blond cessa d'attendre une réponse et se laissa tomber sur le lit.

Vanitas le dévisagea longuement, ce qui le mit mal à l'aise à son tour.

– Quoi ?

– Rien, rien.

Comment pouvait-il le lui dire ? Ven ne pourrait pas comprendre. Ven n'avait pas vu autant de téléfilms que lui ; il n'avait pas vu autant de séries télévisées et d'épisodes spéciaux ; il n'avait pas les mêmes références culturelles que lui, et il ne pouvait donc pas comprendre le danger qui menaçait.

C'était Noël, et Vanitas savait, lui, ce que Noël signifiait.

Noël était cet épisode spécial rempli d'amour candide et de découvertes qui se terminaient immanquablement par des mots doux échangés au creux de l'oreille du protagoniste le plus faible. Ce qu'il n'était pas, bien évidemment, mais ce n'était pas le sujet. Noël était un anagramme parfait du mot « fanservice » (Vanitas avait sa propre définition du terme anagramme), et cela, il le redoutait plus que tout.

Heureusement pour lui, il n'y avait pas de fans à servir et cet épisode de Noël ne recelait aucun danger caché. Il refusait de se laisser faire, de toute façon ; tout contact physique plus long que nécessaire serait désormais prohibé, et il était hors de question qu'il se retrouve seul à seul avec...

Bon, bien, il avait dores et déjà échoué. Il fallait absolument qu'il trouve un sujet de conversation.

– Tu es fan de la NASA ? demanda-t-il.

Ven soupira. Il fallait qu'il le lui demande.

– Pas vraiment, mais tout le monde en semble persuadé pour une raison qui m'échappe. En attendant, ça ne donne pas si mal, alors je laisse ça là.

– C'est peut-être pour ça qu'ils en sont persuadés.

Oh. C'était une possibilité que ni Ven ni moi n'avions pris en compte.

– Maintenant que tu le dis.

– Je suis un génie, qu'est-ce que tu veux.

– J'ai encore des doutes là-dessus. Enfin.

Il se pencha fortement jusqu'à pouvoir regarder sous le lit, attitude qui tira à Vanitas un haussement de sourcil intrigué.

– Tu fous quoi ?

– J'ai un cadeau pour toi, répondit Ven en essayant tant bien que mal de tirer quelque chose vers lui.

Ses bras étant un peu courts, il dut se résoudre à se lever et à chercher le mystérieux objet d'une façon un peu plus traditionnelle.

– Pourquoi tu t'es fait chier à me trouver un truc ? J'ai rien pour toi, hein, j'te préviens.

– Ah, je sais. J'attendais rien de particulier. La tête que tu feras quand t'ouvriras mon cadeau me suffira, je crois.

– J'espère que c'est pas du porno.

– Je ne suis pas bizarre à ce point-là.

– Ah bon ? J'aurais cru.

– Ne t'inquiète pas, j'ai encore mieux que ça.

Curieux malgré lui, Vanitas le regarda faire en pinçant les lèvres.

– Trouvé ! s'exclama Ven. Ferme les yeux.

– Sérieux ? T'as rien de plus cliché ?

– C'est pour la surprise. J'l'ai pas emballé, en fait, j'avais la flemme.

– Ça te ressemble bien. Même pas capable d'emballer un cadeau. Olette est plus efficace que toi.

– Elle t'a offert quelque chose ?

– Des têtes de barbies, l'année passée. Je suppose qu'il y avait un message codé, mais je ne l'ai pas compris.

– Fais pas chier et ferme les yeux, maintenant.

Vanitas s'assit en tailleur sur le lit tout en pensant qu'il n'aimerait pas ce qui l'attendait ; la scène tournait dangereusement au scénario d'épisode spécial et il n'appréciait pas particulièrement le sentiment qu'il l'envahissait peu à peu.

– Bien, lâcha-t-il enfin. Mais je te préviens : tu me touches sans ma permission et je te tue.

– Je ne suis pas idiot à ce point-là.

Vanitas ferma consciencieusement les yeux et entendit Ven étouffer un rire.

– Arrête de te foutre de moi, dit-il entre ses dents.

– Si j'étais un serial killer, ce serait le moment idéal pour commettre un meurtre.

– J'ai un peu trop confiance en toi, je crois.

– Ravi de te l'entendre dire. Tu peux ouvrir, maintenant.

Vanitas ne se fit pas prier. En voyant ce que Ven avait dans les mains, il resta interdit.

– Tu veux m'offrir une nintendo ? Cool. J'en ai déjà une.

Vanitas n'était apparemment pas doué pour recevoir des cadeaux des personnes chères à son cœur. Ven esquissa un sourire.

– Ce n'est pas à moi.

– Tu m'offres une DS volée ?

– T'es vraiment plus bête que t'en as l'air. Ça fait peine à voir.

Vanitas lui prit la console des mains et l'examina sous toutes ses coutures. Elle devait avoir quelque chose de spécial, sinon...

– Oh.

Il la voyait, maintenant, cette petite fissure toute proche de l'endroit où le stylet était rangé.

– C'est la mienne, remarqua-t-il. Tu m'offres ma propre console de jeu. Je crois qu'on a gagné un niveau dans le grand jeu des cadeaux pourris.

Ventus lui adressa son plus grand sourire.

– N'est-ce pas ? Je suis un petit malin. Plutôt que de t'offrir quelque chose de nouveau, je vole tes trucs et te les offre à la prochaine fête d'anniversaire.

Vanitas lui lança un regard soupçonneux. Il ne pouvait pas y avoir que ça. Quelque chose clochait.

– Qu'est-ce que t'as fait ?

– Regarde par toi-même.

– T'as l'air beaucoup trop content de toi, ça me fout les boules. Comment t'as mis la main dessus, déjà ?

– Xion me l'a filée.

– Je me demande pourquoi ça ne m'étonne pas, marmonna-t-il.

Il ouvrit précautionneusement la console en tâchant de repérer tout signe anormal, mais il n'y vit rien. Sur ses gardes, il l'alluma.

Ses yeux se rétrécirent à la vue du titre du jeu affiché. Pour information, et si votre cerveau n'est pas encore parvenu seul à cette conclusion, il ne s'agissait pas de Léa Passion NASA.

Il leva les yeux vers Ven qui semblait extrêmement satisfait et horriblement content de lui. Il respira un grand coup. Il ne pouvait pas avoir fait ça.

– Si t'as fait ce que je crois que tu as fait, articula-t-il pendant que le jeu se mettait en route, tu vas me retrouver mort. J'espère que t'en es conscient.

– J'ai préparé un défibrillateur.

– T'as pensé à tout. Quel enfoiré.

Ven haussa les épaules. Il avait du mal à retenir un sourire triomphant.

Vanitas, lorsque le jeu s'alluma enfin, resta immobile, le visage impassible. Son cœur s'arrêta un instant, ce qui était plutôt dangereux, mais il n'y fit pas attention.

L'émotion était trop forte. Il lui sembla sombrer dans un océan de détresse, mais il parvint à garder son calme pendant presque une minute entière.

Son équipe était là, revenue comme avant les terribles épreuves qu'il avait subies, leurs couleurs joyeuses semblant le saluer sur le tout petit écran. Le choc le laissa sans voix. Il l'avait crue perdue à jamais.

Lorsqu'il avança et constata que ses six boîtes pleines étaient, eh bien, à nouveau pleines, et que l'odieux Magicarpe avait disparu de la surface de la terre, il crut que son heure était bel et bien venue et qu'il en avait vu suffisamment pour avoir un arrêt cardiaque et rejoindre les cieux.

Il referma calmement la console. Bien. Bien. Tout allait bien. Ce n'était pas la peine de paniquer.

– Je suis désolé pour ton Majaspic chromatique, dit Ven, mais j'avais vraiment la flemme d'en attendre un nouveau.

C'en était trop pour lui. Trop pour sa pauvre âme damnée. Il posa la console sur le lit.

Ven avait manifestement envie de rire. Il ne pouvait pas comprendre.

– Hé, tu vas pas pleurer, j'espère ?

Vanitas ferma un instant les yeux. Tant pis pour l'épisode spécial ; il abandonnait toutes ses convictions.

Il planta son regard dans celui de Ven qui perdit lentement son sourire.

– Quoi ? demanda-t-il encore.

Vanitas, malheureusement, avait dit adieu à toutes ses capacités de communication. Il leva la main vers son vis-à-vis et posa le bout des doigts sur sa joue.

– Ventus, dit-il enfin.

Le ton de sa voix était un peu étrange. Ven sentit un frisson lui parcourir l'échine.

– Oui ?

– T'es un monstre.

Sa propre main vint trouver celle de Vanitas. Il sourit.

– Il paraît.

Avant qu'il puisse faire quoi que ce soit, Vanitas prit son visage entre ses mains et posa les lèvres sur son front.

Ven en resta bouche-bée. Dans le même temps, il se sentit rougir furieusement, bien trop pour qu'il puisse espérer le cacher. Il ne s'était pas attendu à ça. Le corps humain était vraiment mal programmé. Il retint inconsciemment sa respiration.

– Ven.

Il aurait bien voulu répondre un nouveau « quoi » tout à fait compréhensible, mais son interlocuteur ne lui en laissa pas le temps – encore une fois, il s'était approché beaucoup trop près pour son pauvre cœur, et il crut un instant qu'il allait l'embrasser, ce qui n'arriva pas.

Vanitas était beaucoup trop perturbé intérieurement pour céder à un besoin aussi trivial que d'échanger un baiser avec l'individu en face de lui. À dire vrai, il ne réfléchissait pas – ça ne changeait pas vraiment de l'ordinaire, certes, mais quelque chose d'autre avait pris le pas sur son libre arbitre et lui dictait des ordres sans queue ni tête qu'il se fit un plaisir d'exécuter.

Il caressa les lèvres de Ven du bout du doigt et l'embrassa sur le creux de l'oreille. Ce dernier se sentit trembler. Vanitas ne l'avait certainement pas habitué à ce genre de gestes d'affection, et il n'avait pas la moindre idée de la façon dont il devait réagir. Il retint son souffle lorsque son invité décida de descendre le long de sa mâchoire avec une lenteur intolérable, centimètre par centimètre, jusqu'à arriver à son menton. Il s'éloigna un peu et le regarda droit dans les yeux.

– Refais ça une seule fois et je vais tomber mort, souffla Ven d'une voix plus faible qu'il ne l'aurait souhaité.

Vanitas sourit.

– On va découvrir ça tout de suite.

Ven n'était pas certain de vouloir le découvrir. Son cœur battait si fort qu'il lui faisait mal, et il commençait à sérieusement penser qu'il finirait par s'évanouir s'il ne parvenait pas à reprendre son calme.

Vanitas, malheureusement ou heureusement, n'en avait pas terminé avec lui. Sa main remonta jusqu'à son front et il la passa doucement dans ses cheveux avec un vague sourire. Si Ven avait pu rougir encore plus, il ne s'en serait pas privé ; il semblait néanmoins avoir atteint une limite et se concentrait pour ne pas céder à un infarctus imminent.

– Ven.

– Arrête de dire mon nom comme ça.

– Je peux te trouver un surnom, si t'en as envie.

– Surtout pas.

La main droite de Vanitas avait glissé jusqu'à sa nuque et il fut à nouveau parcouru d'un frisson incontrôlable. Il chercha son autre main à l'aveugle et y entremêla ses doigts avec douceur.

Enfin, leurs visages se rapprochèrent et leurs lèvres se joignirent avec une lenteur presque irréelle et une tendresse dont ils n'avaient ni l'un ni l'autre déjà fait l'expérience. Ven, pour tout dire, savait qu'il aurait été incapable de l'imaginer ; il avait l'impression que sa cage thoracique tombait en morceau et qu'il ne serait plus jamais capable de retrouver le cœur intact qu'il avait jusqu'alors.

Lorsqu'il s'en détacha enfin, il crut un instant s'être vidé de ses forces et être incapable de garder l'équilibre. Il inspira longuement et posa une main sur sa poitrine comme pour vérifier que son cœur battait toujours.

Il leva les yeux vers Vanitas qui, à sa grande surprise, avait lui aussi pris des couleurs, et dont les yeux brillaient d'une intense satisfaction.

– Préviens-moi la prochaine fois, dit Ven en reprenant son souffle. J'ai cru mourir.

– C'était l'objectif.

– Me tuer ?

Son invité l'embrassa doucement sur les lèvres avec un plaisir évident.

– Le plus délicatement et agréablement possible.

– C'est toi le monstre, ici. J'arriverai plus jamais à prendre une tête normale. T'es fier de toi, j'espère ?

– Très.

Il se pencha un peu vers lui et lui murmura à l'oreille :

– Je te préviens. J'espère que t'es prêt.

Son cœur s'emballa à nouveau, mais il savait ce qui l'attendait, cette fois. Il prit une inspiration et passa les bras autour de ses épaules pour se rapprocher de lui. Un léger sourire étira ses lèvres.

– S'ils nous trouvent comme ça, on est morts.

– S'ils nous trouvent comme ça, ils seront les premier à mourir.

– Dit comme ça...

Par chance, personne ne les trouva.

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Je dois désormais me laver de ce que mon omniscience m'a infligé en m'intéressant à un sujet bien moins joyeux et bien plus grave ; le réchauffement climatique. Les banquises fondent, et les ours polaires meurent. Triez vos déchets, tous autant que vous êtes ; ça ne peut que vous faire du bien.

Merci, me voilà guéri.

C'est ainsi donc que se déroula le réveillon de Noël de nos chers protagonistes ; qu'ils en profitent, les imbéciles heureux ! car le nouvel an apporterait avec lui son lot de terribles épreuves et de mystères en tous genres.

En attendant, il ne me reste plus qu'à profiter de cette mystérieuse part de gâteau qu'on a déposé sur mon comptoir sans que je m'en aperçoive et cela malgré le fait que je possède théoriquement le même savoir que Dieu en personne ; il est possible qu'il soit empoisonné, ou peut-être est-ce juste un cadeau du ciel que mon inconsciente omnipotence a fait descendre jusqu'ici.

Cela, en tout cas, laisse présager un bien étrange avenir.

Tout le monde sait que les parts de gâteaux sont le symbole d'une menace de mort. Méfiez-vous.


Et joyeux no... comment ça je l'ai déjà faite ?

Mmh, the sweet smell of the OTP. (Deux OTP en fait. Woooops.)

Les scènes de fluff sont vraiment les PIRES scènes à écrire, mon Dieu. J'en ai une seule page et il m'a fallu plus de trois heures pour l'écrire, à force de faire des pauses entre chaque phrase et de virer la moitié de ce qui avait le malheur d'apparaître sur mon écran. Écrire du fluff, c'est la mort. J'ESPERE QUE VOUS AVEZ SOURI COMME DES IDIOTS EN LE LISANT CAR JE SOURIAIS COMME UNE IDIOTE EN L'ECRIVANT. Pour le bien du VanVen. Kiss kiss, love sur vous.

Si vous avez pu lire le fluff sans mourir, n'hésitez pas à laisser une review. Ça vous aidera à vous en remettre, j'en suis sûre. À la prochaine !