Voilà le deuxième chapitre.. J'espère qu'il va vous plaire, même si je vous avoue que je ne suis pas particulièrement fière de ce chapitre...

Bonne lecture !


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POV John Watson:

Cela fait déjà un peu plus d'une semaine que Sherlock et moi cohabitons ensemble. Nous parlons peu, et nous ne nous voyons pas souvent. Je dois vous avouer qu'il a un rythme de vie plutôt particulier, très différent du mien.

Le matin, il se lève aux aurores, plusieurs heures avant que même le soleil daigne se lever alors que la veille il ne se couche jamais avant minuit ...

Enfin ça c'est quand il dort… Il peut passer plusieurs jours sans même fermer l'œil ! Je ne sais vraiment pas comment il fait, sachant que personnellement, si je n'ai pas mes neuf heures de sommeil, je ne suis bon à rien et relativement exécrable.

Sherlock ne mange pas souvent non plus. La plupart du temps il ne dîne jamais avec moi. Mais une ou deux fois par semaine, il s'attable à mes côtés, et nous mangeons en silence. On pourrait penser que cette non- interaction entre nous puisse être quelque peu gênante, mais pas du tout. Je pense que nous y trouvons tous deux notre compte. Il est vrai que je suis quelqu'un de plutôt bavard et rieur, mais lorsque je suis avec lui, je ne saurais comment le décrire, mais le fait parler semblerait incongru et déplacé. Sa présence est apaisante, rassurante... et un brin intimidante je vous l'accorde.

C'est vrai que j'apprécierais grandement de pouvoir échanger avec lui de temps à autres, mais je ne pense pas qu'il soit quelqu'un de très sociable, alors je lui laisse du temps. J'espère sincèrement que d'ici la fin de l'année la situation aura changée.


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Les cours ont repris il y a maintenant 3 jours.

J'ai une classe plutôt correcte, mais je suis déçu d'avoir été séparé de mon meilleur ami. Il s'appelle Grégory Lestrade. C'est vraiment un gars bien, un de mes rares vrais amis. Nous nous sommes rencontrés en première année. Je me souviens, nous étions tous les deux tout seuls, complétement perdus. Nous étions donc naturellement allés l'un vers l'autre, et nous avions donc passés les deux dernières années ensembles. Deux années formidables soit dit en passant.

Mais du coup je me sens un peu seul quand je marche dans les longs couloirs de l'école, ou quand je suis à la cafétéria.

Cependant, la solitude a du bon. Je n'attends rien de personne, et personne n'attends rien de moi. Même si en général j'apprécie beaucoup le fait d'avoir de la compagnie.

Aujourd'hui a lieu la première répétition de l'orchestre des troisième années. Je me lève donc tout sourire afin d'aller prendre un petit déjeuner.

Jouer avec l'ensemble est ce que je préfère. Toute cette musique qui résonne autour de vous, qui danse sensuellement contre vos tympans, c'est magique. Je ne m'en lasserai jamais. C'est uniquement dans ces moment-là que je peux être moi-même, que mon masque tombe, et que toute la tristesse et la colère que je renferme au plus profond de moi peuvent sortir de leur prison imaginaire, se reflétant enfin au grand jour.

Je frémis presque d'impatience.

Après avoir mangé et m'être habillé. Je sors du studio en direction de l'amphithéâtre. Je n'ai pas croisé Sherlock de la matinée, mais cela ne m'étonne pas.

J'arrive enfin devant la salle, mais apparemment je suis en avance. Je décide donc de rentrer et d'aller m'installer sur la scène, derrière le magnifique et majestueux piano Blüthner noir. Je l'ai toujours adoré, c'est l'un des plus beau qu'il m'est jamais été donné de voir. Il est comme un partenaire pour moi. J'ai arrêté de compter le nombre de fois où la nuit, je suis descendu pour venir jouer en cachette. C'est le meilleur moyen que j'ai trouvé pour évacuer le stress. Quand je joue je ne pense plus, je ressens, je me délivre.

En attendant les autres musiciens, je fais des exercices de déliement, et des gammes, histoire de me réhabituer. Il n'y avait pas de quoi pratiquer lorsque j'étais en Ecosse, ce qui rend les choses un peu compliqué. Deux mois sans travailler, c'est long… Trop long. J'ai énormément perdu et j'espère que personne ne s'en apercevra.

Au bout d'un quart d'heure, les autres élèves commencent à arriver, et les pupitres se remplissent un à un, chacun accordant son instrument dans une cacophonie insupportable. Puis finalement le professeur rentre, puis va se positionner sur le podium au-devant de la scène. Je ne le connais pas. C'est un homme plutôt petit, rachitique. Il est blond aux yeux bleus, et a revêtu un ensemble gris trop grand qui le rapetisse encore plus. Il lève un bras et se race la gorge, tout le monde se tait.

Il nous lance sur un ton blasé et froid :

« Bonjour à tous, je suis Monsieur Grant , votre chef d'orchestre, et je serais également votre professeur d'histoire de la musique. » Il soupire et continu ,« Cette année sera décisive pour vous tous, car comme vous le savez sûrement vous allez devoir passer un test en mai qui vous déclarera apte ou non à rentrer en quatrième et dernière année. Je ne tiens pas à vous décourager, mais tous les ans environ 40% des élèves échouent et doivent redoubler ou partir. »

Il rassemble ses mains sous son menton et lève la tête vers nous.

« Je vais être franc, votre réussite ne dépend que de vous, et je ne serai pas tendre. Soit vous travaillez, soit vous sortez de mon cour. Suis-je clair ? »

Tout le monde hoche la tête.

« Je ne vais pas perdre plus de temps, nous commençons. »

Il se lève et nous distribue sans plus attendre une partition.

« Nous allons commencer avec du Schumann, le concerto pour piano en la mineur. » dit-il en marchant.

Il jette un rapide coup d'œil autour de la salle puis se tourne vers moi, et me lance un regard suffisant.

« Comment vous appelez- vous ? »

« Euh.. John Watson monsieur. »

« Eh bien M. Watson, êtes-vous le seul pianiste de cette assemblée ?»

« Eumh.. Je crois oui… »

Il soupire, puis s'adresse ensuite à toute la classe.

« Votre seul et unique but dans ce premier morceau est de mettre en valeur le piano, vous jouerez donc tous pianissimo et vous vous calerez sur son tempo. Je vous donne 15 minutes pour déchiffrer les 8 premières mesures, puis on commence. Sauf vous M. Watson, votre partition étant quelque peu compliquée, je doute fort que vous soyez apte à le jouer correctement, je vous donne donc une semaine pour l'apprendre. Aujourd'hui vous vous contenterez d'écouter. »

J'acquiesce et range la partition dans mon sac. Je suis un peu déçu de ne pas pouvoir jouer, mais heureux d'avoir un solo, même si c'est juste un morceau d'entraînement.

Je profite donc de ce temps libre pour partir dans mes pensées, tout en écoutant les autres jouer.

L'heure passe horriblement lentement. Le professeur Grant n'arrête pas de hurler pour un oui pour un non, tout le monde est à bout.

Il finit enfin par nous relâcher.

Je suis le premier à sortir de la salle, et je me dirige tranquillement vers la salle de mon prochain cours – des maths je crois . Dans le couloir je croise Greg, nous nous saluons, et discutons brièvement, puis partons chacun de notre côté.

J'arrive enfin, et m'installe dans le fond de la salle. Je ne suis pas spécialement bon en maths, moi mon truc c'est la littérature anglaise et l'anglais en général. C'est tellement plus simple, il n'y a pas besoin de trouver une logique à tout.

Le professeur entre, se présente et commence son cours, mais je n'écoute pas, mon esprit divague. Je pense à ma sœur. Elle est actuellement en cure de désintoxication. Elle souffre depuis plusieurs années déjà d'alcoolisme gamma, c'est la pire sorte qu'il soit. C'est une dépendance physique et psychique, elle a complétement perdu le contrôle sur sa consommation. Cela fait longtemps que j'essaye de la convaincre de se faire soigner, mais elle refusait catégoriquement. Mais elle est tombée dans un coma itilique il y a quelques mois, et après ça je ne lui ai même pas laissé le choix. Je sais qu'elle m'en veut, mais ça m'est égal. Elle me manque terriblement.

Je suis toujours en train de rêver quand je réalise que tout le monde s'est levé. La directrice est entrée dans la classe. C'est une grande dame élégante, stricte mais juste. Elle se racle la gorge, puis prend la parole.

« Bonjour à tous. J'espère que votre rentrée s'est bien passée. J'ai le plaisir de vous annoncer que dès demain un nouvel élève intègrera votre classe. Je veux que fassiez preuve d'altruisme et de générosité envers lui, je le connais personnellement, il est assez... différent. Le moindre écart me sera rapporté et sanctionné. »

Elle joignit ses deux mains dans son dos et continua :

« Sur ce je vous souhaite une bonne année, en espérant de tout cœur votre réussite. »

Elle sort.

A mon grand désespoir, le reste de la journée passe tout aussi lentement que le début. Et après la fin de mon interminable dernier cour je décide de rentrer tranquillement jusqu'à l'appartement. Mais pendant le trajet, je décide de m'arrêter pour prendre un plat à emporter pour le dîner, j'en achète aussi un pour Sherlock au cas où il aurait faim, ce qui m'étonnerait grandement le connaissant.


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Une fois rentré, je pose mes affaires dans ma chambre et le repas dans le frigo, puis je file sous la douche, pour me relaxer. Une fois propre, je sors de la salle de bain une serviette nouée autour de la taille. Je me dirige vers ma chambre, mais à mi-parcours, je tombe sur un Sherlock qui me détaille de la tête au pied, sans-gênes. Je ne l'ai même pas entendu rentrer ! Le rouge me monte rapidement aux joues. Je ne sais pas comment réagir, alors je m'en vais me réfugier honteusement dans ma chambre.

Je finis par prendre mon courage à deux mains, et sors de ma cachette. Je me dirige vers le salon, où je le retrouve allongé en long sur le canapé. Il est sur le dos, les yeux clos, je ne sais pas s'il est en train de dormir.

« Sherlock ? »

« Mmmh ? » dit-il sans bouger.

« Euuh j'ai acheté à manger pour ce soir.. Tu manges avec moi ou pas ? »

« Mmmh »

« C'est-à-dire .. ? »

Il ouvre les yeux, me lance un bref regard, puis se tourne contre le mur sans un mot.

«Très bien …. »

Je ne sais vraiment pas comment agir avec lui, car il est vraiment très spécial, froid, parfois même désagréable… Je ne saurais dire pourquoi, mais malgré tout ça je l'aime bien. Il y a un quelque chose chez lui qui fait que je n'arrive pas à le mépriser. Même s'il est aussi émotif qu'un bloc de glace, il a l'air vulnérable, et seul. Il a l'air de bien s'en accommoder, mais je me sens triste pour lui. Cela doit vraiment être triste de n'avoir personne sur qui compter. Je suis sûr qu'au fond c'est une bonne personne, et j'aimerais tellement réussir à briser sa carapace. Il n'y a pas beaucoup de domaine dans lesquels je peux prétendre m'y connaître, mais je sais voir lorsque quelqu'un porte un masque. Ce masque, cette enveloppe construite pour cacher la tristesse et la souffrance. Je ne le connais pas vraiment, mais je voudrais réussir à l'aider.

Il ne bouge toujours pas.

Désespéré, je m'en vais dans la cuisine pour faire chauffer le repas. Je mets la table pour deux au cas où mon adorable colocataire daigne se joindre à moi.

Je vais dans ma chambre pour récupérer mon ordinateur, puis je vais m'asseoir dans la cuisine pour commencer à manger tout en consultant mes mails.

Environ cinq minutes plus tard, je remarque que Sherlock s'est levé. Il se tient debout dans l'ouverture de la cuisine. Il est très pâle, il vacille un peu et est obligé de s'appuyer sur l'encadrement de la porte pour tenir debout.

Je lui demande :

« Tout va bien Sherlock ? »

« Mmmh… bof »

Je me lève pour le faire s'asseoir sur une chaise.

« Depuis combien de temps est-ce-que tu n'as pas mangé ? »

« Euuh… Je sais plus… 2 jours... 3 peut-être…. » me répond-il d'une voix pâteuse.

« Mais tu es fou ! »

Je lui tends une assiette pleine et lui dis :

« Mange »

Il regarde l'assiette avec dégout et croise les bras en faisant la moue comme un enfant.

« Pas faim »

« Je ne te posais pas une question ! Si tu continues comme ça tu vas faire un malaise. Alors tu arrêtes de râler et tu manges. »

« Pfff.. » soupire-t-il en prenant l'assiette entre ses mains.

A mon grand soulagement, il finit son repas sans dire un mot, pendant que je fais du thé. Une fois la table débarrassée, je lui tends une tasse, qu'il prend sans ronchonner.

Il enroule ses longs doigts fins autour du mug puis plonge son regard argenté fixement dans le mien en fronçant les sourcils.

« Pourquoi est-ce que tu t'occupes de moi ? Tu ne me connais même pas. » Lâche-t-il froidement.

«J'en sais rien, » dis-je sur un ton offusqué. « Peut-être que je n'avais tout simplement pas envie t'amener à l'hôpital un vendredi soir après avoir passé une journée merdique ! Je n'avais pas forcément envie de te voir faire un malaise au milieu de la cuisine. »

Je me lève, et lui dit sèchement :

« Un merci aurait suffis. »

Je m'en vais vers ma chambre légèrement énervé. Mais juste avant de passer la porte de la cuisine je me retourne.

« Tu sais Sherlock, on est colocataires, ce qui veut dire que l'on va passer un an ensemble, ici, dans cet espace réduit.. Alors si tu veux que tout se passe bien entre nous, y va falloir que tu apprennes les bases des relations humaines. A commencer par la politesse. »

Une fois dans ma chambre, je réalise que j'ai oublié mon ordinateur … Il y a vraiment des moments où j'aimerais me frapper moi-même.

Je retourne donc dans la cuisine, et je suis étonné d'y retrouver Sherlock, qui n'a pas bougé d'un pouce. Je ne sais même pas s'il a remarqué ma présence. Mais je m'en fiche. Je m'empare de mon pc et sors de la pièce .

Je suis à mi-parcours lorsque j'entends :

« John.. »

Je me retourne et vois Sherlock à l'autre bout du couloir.

« Quoi ? » lui répondis-je d'un air hautain.

« Je ne suis pas quelqu'un de très sociable, ou amical, ou encore moins émotif, et ça je ne peux pas le changer, je suis comme ça, c'est tout. Mais tu as l'air d'être un peu moins inutile et stupide que la majeure partie des crétins qui peuplent ce monde, donc… bah… Merci pour tout à l'heure. »

Même dans l'obscurité j'arrive à percevoir ses joues rougir. Il part dans sa chambre sans rien dire de plus. Et moi je reste debout tout seul dans le couloir, souriant comme un con.


Voilà ! A la prochaine !