[Je ne suis pas la créatrice du Voyage de Chihiro, ni n'est affiliée à aucun de ses créateurs ou distributeurs. Je ne tire aucun profit de cette production, autre que celui de m'améliorer et de m'amuser.]
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{J'avais l'intention de mettre le début de ce chapitre à la fin du précédent… Mais après réflexion, je pense qu'il a plus sa place ici.}
02 – Cabane
Le chant de la pluie qui battait le Plexiglas de sa fenêtre fut le premier son qui accueillit Chihiro lorsqu'elle ferma derrière elle la porte de sa chambre. Elle resta immobile, seulement éclairée par la lueur du lampadaire devant chez elle, à apprécier sa solitude.
Sa mère lui en voulait d'avoir demandé à son père la permission de d'aller faire un karaoké. La femme n'avait rien dit, pas un mot, depuis que sa fille avait franchit la porte d'entré ; elle s'était assise devant elle en silence pendant que Chihiro mangeait rapidement son repas froid ; et elle n'avait pas répondu lorsque la plus jeune lui avait souhaitée bonne nuit. Cela se déroulait toujours comme ça avec elle : il fallait la lire d'après ses actes.
S'arrachant à ses souvenirs de la soirée, encore dans le noir, Chihiro marcha vers son lit et jeta les couvertures de côté. Elle allait saisir sa chemise de nuit à tâtons, lorsque quelque chose dehors lui tira l'œil. Elle releva tête, et ce qu'elle vit, debout dans la pluie, posté à la grille du jardin, lui glaça le sang. Non pas parce qu'elle trouvait la haute silhouette effrayante, mais parce qu'elle avait presque cru, pendant un instant, qu'elle n'allait plus jamais revoir le Kanoashi. Le fait que son masque était tourné vers sa fenêtre, et qu'elle sentait son regard vide fixé sur elle n'aidait pas. Elle avait laissé la lumière de sa chambre éteinte. Le reflet de la vite devrait l'empêcher de la voir, non ?
Mais il ne bougeait absolument pas sous la pluie battante, ses faux orbites fixés dans sa direction, et elle commença à en douter. Peut-être que les vitres ne comptaient pas pour les esprits.
- Je suis rentré ! » Annonça la voix de son père depuis le rendez-de-chaussé. Cela la tira de sa transe. Elle abandonna son pyjamas, et sortit de sa chambre. Même si un esprit l'avait suivit jusqu'à chez elle et qu'il lui fichait la chaire de poule, elle n'allait pas se laisser impressionner pour autant. Il ne pouvait pas passer la grille du jardin, et elle ne parlait même pas de la porte d'entrée. Elle était doublement en sécurité - triplement, même, si elle admettait qu'il était inoffensif.
- Papa ! » Elle se percha à la rambarde des escaliers et se pencha en avant jusqu'à voir l'entrée à l'envers. Elle sentit ses cheveux laissé libres pendre de son crâne et le sang lui monter à la tête. « Papa, j'ai un truc à te demander.
- Plus tard ma puce. Pour le moment, je meurs de faim ! Qu'est ce qu'il y a de bon à manger, Yûko ?
En entendant son nom, sa femme apparut à la porte du salon. En arrière-fond, la voix de la présentatrice des nouvelles du soir continuait son monologue.
- C'est tout sur la table. Par contre, c'est froid, j'ai cuisiné tôt ce soir.
- Du moment que c'est mangeable et que c'est tout de suite, ça me va.
Le père de Chihiro se débarrassa de ses chaussures, et se dirigea droit sur la cuisine, suivit de sa mère. Leur fille, la tête retourné, les regarda partir sans un mot, avant de se redresser un peu trop rapidement. Elle grimaça en se tenant à la rampe un instant, déséquilibrée par le brusque changement de son sens de gravité, avant de descendre en apparence tranquille.
Elle hésita dix longues secondes dans devant la porte. Devait-elle le faire, ou non ? Aurait-elle le courage ?
Bien sûr qu'elle l'aurait, quelle question. Elle avait survécu à des créatures bien plus dangereuses (elle pensait notamment à Yubâba). Elle fit main basse sur le grand parapluie à carreaux écossais, celui au manche de bois, le plus solides qu'ils possédaient, glissa ses pieds dans ses chaussures, inspira un grand coup pour se rassurer, tourna la poignée et poussa le battant.
Le Kaonashi n'avait pas bougé d'un pouce, juste au-delà de la gille du jardin. Sauf que son visage pâle était maintenant tourné vers la porte d'entré, et il fixait indiscutablement Chihiro. Elle soutint son regard fermement, tout en refermant derrière elle afin d'être sûre que ses parents n'entendraient rien.
- Qu'est ce tu veux ? » Elle s'écria, forçant pour couvrir le son de la pluie martelant le porche de verre juste au-dessus d'elle.
Évidement, l'esprit ne répondit pas. Sur son masque, les bords de la bouche s'étirèrent lentement en un sourire, et de sa silhouette émergea ses deux bras, les mains rassemblé en bol. En émergea un rectangle de bois rouge rayé de noir et de vert, que la jeune fille ne reconnu pas tout de suite. Lorsqu'elle l'eut fait, elle sentit sa gorge s'assécher, et toutes ses résolutions s'envoler.
Le premier qu'elle avait jamais tenu dans ses mains, elle l'avait fait à Aburaya, et il lui avait été donné par l'esprit qui se tenait devant elle.
- C'est toi ? » elle réussit à prononcer, médusée. Elle n'arrivait toujours pas à y croire.
Il hocha lentement la tête. le sourire peint sur son masque s'agrandit légèrement. Le coupon pour le bain aromatisé disparu de nouveau dans sa chaire noire, suivit de ses bras.
- Mais comment ça se fait que... Attends. » Elle ouvrit le parapluie, et s'avança à sa rencontre. Les dalles trempées accueillirent ses semelles avec un bruit de succion, et la pluie tomba lourdement sur la toile tendue au-dessus de sa tête. Elle ouvrit la grille. « Suis-moi. Je vais te mener au sec.
Elle se retourna, mais hésita devant la maison. Elle songea à ce qui était arrivé à Aburaya lorsqu'elle lui avait permit de rentre. Elle avait devinée, après la catastrophe qu'il avait causé, qu'il n'était pas mauvais – juste sous une mauvaise influence. Il était devenu ce qu'on voulait de lui, même si elle ne comprenait pas pourquoi il s'était laissé faire alors que même elle avait vu à quel point c'était destructeur pour lui.
Est ce que sa maison était un endroit sûr pour un être comme lui ? Avait-elle le droit de l'inviter à rentrer ? Elle ne pensait pas que ses parents seraient ravis de savoir qu'un Kaonashi avait partagé leur toit, même pour une nuit.
Accessoirement, elle n'aimait pas l'idée qu'il puisse voir sa chambre, qui était le seul endroit où elle pouvait lui parler sans passer pour folle. D'accord, elle le connaissait, mais un tout petit peu, et cela faisait quatre ans qu'elle ne l'avait pas vu.
Elle eut l'idée
- Par ici. Suis-moi.
Elle prit le chemin qui contournait la maison pour passer dans la deuxième partie du jardin. Plus intime que la première, car isolé du reste du monde par de hautes palissades, il était aussi plus sauvage. À sa gauche en rentrant, la terrasse abandonné jusqu'à ce que ses parents décident que l'été était assez avancé pour manger dehors était éclairé par deux grandes portes coulissantes donnant sur le salon vide. La télévision, laissée allumée, faisait défiler en sourdine les prévision météo de la semaine. À la fenêtre de la cuisine, elle pouvait voir ses parents s'agiter. Elle fit un signe hésitant à son père quand il croisa ses yeux par hasard.
Même si elle levait ses jambes fines pour éviter l'herbe humide qui le penchait par-dessus le petit chemin, Chihiro avait les cuisses trempée avant même d'atteindre la cabane à outil. Elle dû s'arc-bouté pour ouvrir cette porte, mais elle se décoinça facilement, sans oublier de gémir lugubrement. Elle se sentit coupable d'abandonner Kaonashi dans ce lieu exigu et sombre, mais elle n'avait pas le choix - du moins, sur le moment, elle tenta de s'en persuader. Elle fit un pas de côté pour le laisser passer.
- Rentre donc. C'est pas bien grand, mais il n'y a pas de fuites d'eau - je veux dire que c'est bien sec.
L'esprit s'inclina poliment, avant de se pencher pour rentrer dans la petite pièce bas de plafond.
Officiellement, l'endroit se rapprochaient de la cabane à outil, mais elle était pauvrement garnie. En matière d'ustensiles, il n'y avait qu'une tondeuse à gazon quasi neuve, un bidon d'essence pour cette dernière, une demi-douzaine de pair de gants, une bêche et une pelle. Chihiro ignorait comment est ce que ces deux derrières étaient arrivées là, vu que ses parents ne s'en étaient jamais servie en sa présence, mais elles y étaient. Il y avait aussi un banc qui était habituellement sortit en été, et la nappe en plastique de la table de dehors posé dessus. Elle ferma le parapluie et trouva vite refuge auprès du Kaonashi.
- Tu peux prendre la nappe et l'étendre sur le banc si tu veux dormir," elle précisa, mal à l'aise. Elle commençait à se sentir coupable de le laisser ici, dans le froid, juste à trouver ses chichis ridicules - surtout qu'en y repensant, il était certain que Zeniba l'avait aidé à réviser ses bonnes manières, et qu'il y avait peu de chance que son accès de folie se reproduise. Sauf qu'il était trop tard pour reculer sans perdre la face. « J'espère que c'est assez. Mes parents...
Il se tourna vers elle, courbé en deux, et elle prit peur un instant. Les orbites noirs de son masque n'était qu'à quelques centimètres de son bout du nez. Une goutte coula sur son masque et lui tomba sur la joue. Elle avala sa salive. Il était grand - et qui dit grand dit plus fort qu'elle. Elle pouvait toujours s'enfuir, il ne pouvait pas passer la porte de la maison...
- M-merci, Chi-chan, » il fit dans un souffle ténu. Elle sentit le siens se prendre dans sa gorge en l'entendant parler. « Je m'y trouverais mille fois mieux que dehors.
- Mais tu... Tu parles ! Tu ne parlais pas av…
- Chihiro ! » Son père avait tiré la porte coulissante du salon, et hésitait à s'aventurer dans la pluie. « Qu'est ce que tu fais dans le jardin ? Il pleut !
Elle jeta un regard en arrière, prise en flagrant délit. La vue de la silhouette massive de son paternel découpé en contrejour fit galoper son coeur pendant quelques secondes, mais elle ressaisit – il ne pouvait pas voir l'esprit, et donc comprendre qu'elle l'avait invité à squatter sans sa permission.
- J'ai cru qu'il y avait un animal coincé dans la cabane ! » elle mentit. Sans un regard en arrière, pour ne pas se trahir, elle ouvrit son parapluie, et se glissa dehors en tirant la porte derrière elle. « J'ai entendu quelque chose tomber, donc je suis allée voir, mais il n'y a rien. » elle traversa le jardin, et rentra dans la maison lorsque son père fit un pas de côté.
- Chihiro, j'ai passé l'aspirateur il y a une heure, » fit sa mère.
- Oui oui, » répondit sa fille en retirant ses chaussure détrempées. « Je ferais attention. » Elle couru ranger ses chaussures dans l'entrée, et se rendit dans la cuisine. Son père s'était mis à table avec une rapidité remarquable, et dévorait de bon train ce que sa femme et sa fille lui avait laissé. « Papa ? Je voudrais changer de chambre. Me mettre dans la grande chambre d'amis.
- Si tu veux, Chihiro,. Yûko, est ce que tu as acheté un journal aujourd'hui ?
- Non, je n'en ait pas prit, je n'ai pas eut le temps. » Sur ces mots, la femme quitta la pièce et retourna au salon.
- Je regarderais les nouvelles sur mon ordinateur, alors… » Il se leva pour aller le chercher. Sa fille le suivit, le laissa en bas des escaliers pour monter.
- Bonne nuit, Papa !
- Hum… où est ce que j'ai laissé cet ordinateur… » il ouvrit son sac, à la recherche de l'appareil. « Bonne nuit, Chihiro.
Chihiro le regarda retourner à la cuisine avec son appareil sous le bras, avant de monter dans sa chambre sans un mot.
§
Elle ne pouvait pas dormir. Ce n'était pas faute de vouloir. C'est juste qu'elle n'arrivait pas à laisser ses pensées dériver plus loin que l'esprit relégué à la cabane à outil. Pourquoi était-il ici ? Était-ce Zeniba qui lui avait apprit à parler ? Pourquoi lui avait-il donné le surnom exclusif d'Ayumi ? Pourquoi apparaissait-il maintenant, après tout ce temps ? S'était-il passé quelque chose ? Et Kohaku ? Pourquoi n'entendait-elle pas un mot à propos du dragon, et que l'esprit lui rendait visite ? Ce n'était pas lui qui lui avait promis qu'ils se reverraient, pourtant.
Et puis… elle avait honte de ne pas l'avoir laissé invité dans sa maison, tout compte fait. La cabane ne possédait pas de système de chauffage, ni d'éclairage. Il ne pouvait pas être confortable, coincé sur un banc de jardin, avec pour seule couverture une nappe en plastique. Tandis qu'elle se la coulait douce, au chaud et au sec, le ventre plein… Elle savait qu'il ne lui ferait pas de mal, il était parfaitement inoffensif. Il aurait dormi sur le canapé, aurait mangé les restes de cassoulet d'avant-hier, qui trainait dans le frigo et qui aurait pu disparaître sans que personne ne serait posé de questions.
Elle se redressa sur un coude, et tira le rideau. Sa fenêtre était encore couverte de pluie, mais elle était sûr que cette dernière s'était arrêté. C'est en contemplant le halo blanchâtre du lampadaire qu'elle prit sa décision.
Elle jeta ses couvertures de côté, et se leva. Pieds nus, elle descendit à la cuisine dans le noir, persuadée que ses parents dormaient à poings fermés depuis qu'elle les avait entendus se préparer pour aller se coucher. Elle ouvrit le frigo, la lumière découpant sa silhouette fine sur la table et les chaises derrière elle. Elle mit la main sur le cassoulet, et le renifla, prudente. Puis, elle referma la porte et se rendit au salon. La vitre coulissa sans soucis une fois qu'elle fut déverrouillée, continuellement huilée par sa mère, mais elle ne s'aventura pas sur la terrasse tout de suite, appréhensive
L'air était silencieux, immobile et dense. Le jardin s'était assombri, sous un ciel sans lune ou étoiles, avec juste le lampadaire de la rue pour l'illuminer, et l'ombre des palissades semblait être le refuges de formes étranges à moitiés devinées. Deux trois étincelles fantomatiques flottait dans les herbes, probablement de petits esprits qui allaient bientôt rentrer.
Elle serra ses doigts autour du bol et rassembla son courage, avant de s'avancer. Ses pieds épousèrent les dalles froides avec timidité, avant d'enjamber l'herbe. Elle n'avait que trois pas à faire jusqu'à la cabane, mais elle sentait que le tissus flottant de son pyjamas lui collait déjà au jambes. Elle toqua à la porte.
- Kaonashi ? J'ai un peu de nourriture pour toi.
Silence. Rien ne bougea dans la maisonnette. Peut-être qu'il s'était finalement endormis ? Elle avala sa salive lentement avant de continuer.
- Je laisserais la nourriture sur le seuil…
Elle posa le bol la même de la terre, recula un peu.
- A demain…
Elle tourna, et s'enfuit dans le noir jusqu'à son lit.
§
Le samedi matin, pour Chihiro, lui donnait toujours un avant-goût de ce que c'était de vivre seule dans une grande maison. Elle devait se lever pour aller à l'école, et ses parents, non. Alors ils s'accordaient une heure de plus. Cela ne dérangeait pas la jeune fille : elle se sentait assez grande pour ne pas avoir besoin de leur présence.
Après son petit-déjeuné et la vérification de son sac d'école, elle flâna dans le salon, surveillant du coin de l'oeil la maisonnette silencieuse du jardin. Elle savait qu'à un moment, il faudrait s'affranchir de la honte d'avoir si mal traité un ami qui se donnait la peine de lui rendre visite, et aller lui demander comment s'était passé sa nuit avant de rater son bus.
Elle se décida finalement à traverser le jardin encore humide pour aller toquer à la porte. En attendant qu'il ouvre, elle passa la manche de la chemise de son uniforme sur ses genoux, dans l'espoir de les sécher un peu. Puis elle se redressa, et continua de patienter.
Et attendit un petit moment.
- Kaonashi ? » elle appela. Il n'y eut pas de réponse la voix douce qu'elle avait entendu la nuit d'avant resta silencieuse. Poussée par la curiosité, elle leva la main vers la poignée, mais le battant bougea sous la pression avec un couinement. Surprise, elle retira sa main, mais revint presque aussitôt à la charge et l'ouvrit lentement. L'habituel grincement lugubre l'accueillit, et elle regarda à l'intérieur de la cabane vide.
Pendant un instant, elle cru que tous les évènements de hier soir n'avaient été qu'un rêve que son inconscient avait crée en réaction au changement de chambre. Elle avait entendu quelque part (c'était sûrement Ayumi qui lui avait dit cela) que les rêves exprimaient parfois des angoisses qu'on osait pas s'admettre.
Elle considéra sérieusement cette possibilité jusqu'à ce qu'elle trébucha dans le bol vide en se retournant. Sa chute fut amortie par l'herbe haute, mais elle se releva trempée, et la cheville engourdie de s'être pliée à un angle inhabituel pour elle. Chihiro ramassa le récipient, intrigué. Il était aussi propre, en apparence, que s'il sortait du placard. Elle le renifla, pour découvrir qu'il sentait… étrange. Comme rien qu'elle n'avait sentit auparavant. Ce n'était pas désagréable, mais elle était sûr qu'aucun animal sauvage intéressé par du cassoulet sentait comme ça.
L'odeur de Kaonashi ? Elle se demanda. Ou plutôt, de sa bave. Elle se souvint alors de sa bouche, sa bouche gigantesque et rose, surtout lorsqu'il avait trop mangé. Elle éloigna le bol de son nez avec méfiance. Est ce qu'il l'avait… léché ? Comme un animal sauvage ? Dans ce cas, soit il n'avait pas de manières, soit il avait eut vraiment faim.
D'ailleurs, où était-il ? Avait-il été vexé qu'elle le traite comme elle l'avait fait ? Se pourrait-il qu'il venait juste prendre des ses nouvelles, voir comment elle allait, avant de rentrer ? Cela lui fit un pincement au coeur, mais elle trouvait aussi cela rassurant. S'il était partit, c'était qu'il avait un autre endroit près à l'accueillir, même si cela voulait dire qu'il partait sans même lui dire au revoir. Et peut-être était-ce mieux ainsi. Elle continuerait dans son monde, et lui dans le sien.
Et surtout, elle n'aurait pas à s'excuser.
Elle ramena le bol à l'intérieur, puis le passa à l'eau chaude et au savon, le glissa dans le lave-vaisselle et se lava les mains. Tant que le mangeur de cassoulet n'avait pas été clairement identifié, elle prendrait toutes ses précautions contres les maladies, même si cela témoignait d'un manque de confiance sur l'hygiène de l'être surnaturel.
Quelque minutes plus tard, elle courait pour arriver à temps afin d'être sûre de ne pas rater son bus, avec un sentiments étrange de déjà-vu. Elle remonta la rue, avant de ralentir au coin, surprise de voir qui l'y attendait. Lorsqu'il l'entendit arriver, il tourna son masque lunaire vers elle, et malgré la distance, elle vit qu'il souriait. Elle lui adressa un sourire à son tour, plus par réflexe que par envie, tandis qu'elle marchait avec précaution vers lui. Finalement, elle s'arrêta en silence à un mètre de lui. Il du voir que quelque chose n'allait pas dans son regard fixe, car son sourire disparut lentement, et il finit par baisser la tête. Chihiro, surprise par ce geste, trouva le courage d'oser le premier mot.
- Bonjour… As-tu passé une bonne nuit ? » elle demanda d'une petite voix. Il hocha lentement son masque. Et le miracle se reproduisit.
- Bonjour, Chi-chan. Oui, je vous remercie pour votre aimable hospitalité… Puis-je vous retourner la question ?
- Euh, oui, oui, j'ai passé une bonne nuit, » répondit la jeune fille, déconcerté par la voix et les manières de l'esprit. Il parlait doucement, dans un seul souffle, comme s'il avait peur de se déchirer les cordes vocales, si bien qu'on ne pouvait dire si c'était une vois féminine ou masculine. Et elle était sûr que les plis sous son masque qui indiquait sa bouche, quasis invisibles pour ceux qui ne les cherchait pas, n'avaient pas tressaillis. D'ailleurs, elle n'arrivait pas vraiment à les distinguer.
Pour la première fois, elle se demanda si le masque ne cachait pas en réalité quelque chose. Elle prit un petit pas en avant, sa curiosité piquée, mais n'osant poser directement la question – elle avait l'impression que quoi ce ce soit, s'il le cachait, c'était pour une bonne raison.
- Cela faisait fort longtemps que je ne vous avais pas revus, Chi-chan.
- Pourquoi tu m'appelle Chi-chan ? » demanda spontanément l'intéressée.
- Vous ne voulez pas ? Pardonnez-moi, mais j'ai entendu votre camardes vous appeler ainsi, et j'ai supposé… C'est mon erreur. Préféreriez-vous Sen ?
En entendant ce nom, elle se raidit un peu. Cela faisait une éternité que personne ne l'avait appelé ainsi, et pourtant, la syllabe lui était toujours aussi étrangement familière. Elle se ressaisit avant de se laisser emporter par les souvenirs.
- Non, mon vrai nom est Chihiro.
- Je… je sais. » Même si, réduite comme elle était, la voix de Kaonashi ne pouvait signaler beaucoup d'émotion, il y avait quelque chose qui intrigua l'humaine dans la façon qu'il eut de dire ces mots. « Pardonnez mon erreur.
L'arrivée inopinée du car noya la fin de sa phrase dans un bruit de moteur. Chihiro monta sans un regard vers l'esprit, pour ne pas montrer qu'elle le voyait. Elle embrassa d'un regard les quelques passager présents, puis prit place derrière un jeune homme qui fermait les yeux, immergé dans la musique qu'il écoutait au travers d'un casque.
Comme hier, l'esprit la suivit tout naturellement, et s'installa à côté d'elle sans questions. Sauf qu'aujourd'hui, elle n'avait plus peur.
§
{J'ai eut du mal avec ce chapitre, et je suis heureuse d'être arrivée au bout de ce dernier. Contrairement au premier, ce n'est plus au tour de mes OCs de rentrer, mais aux personnages du film original. Les parents de Chihiro sont peut-être un peu froid que ce à quoi on se serait attendu, surtout la mère, car j'ai voulu montrer deux personnes plus intéressé par le matériel que par l'émotionnel et c'est un élément vital pour l'intrigue. Tandis que Kaonashi… Je pense que c'est comme cela qu'il parlerait s'il avait une voix, il n'y a qu'à voir combien il est timide lorsqu'il suit Chihiro, vers la fin du film. Pour définir sa personnalité, je ne compte pas tout le temps où il partageait son corps avec la grenouille, bien sûr. J'en profite pour prévenir qu'il y aura beaucoup de changements avec ce personnage.
D'ailleurs, il y a certaines scènes qui, lorsque je me les imagines, sont des copies conformes de certains moments dans Le voyage de Chihiro. Comme lorsque Chihiro est devant sa porte et Kaonashi sous la pluie, dans ce chapitre, qui ressemble à la scène où elle le laisse rentrer dans les bains. La scène où elle attends le bus, dans le premier chapitre, par contre, me rappelle Mon voisin Totoro, lorsque les deux sœurs attendent leur père à l'arrêt de bus et que le maître de la forêt s'invite à la fête.
Je vous souhaite d'avoir passé un agréable moment,
Clayem.}
