[Je ne suis pas la créatrice du Voyage de Chihiro, ni n'est affiliée à aucun de ses créateurs ou distributeurs. Je ne tire aucun profit de cette production, autre que celui de m'améliorer et de m'amuser.]
{Un avertissement qui sert un peu à rien maintenant que vous avez commencé à lire : si vous détestez Kaonashi, restez-en là, parce que c'est un des personnes principaux.}
03 – Chemin
Pour ne pas passer pour folle, Chihiro devait être sûr que personne ne pouvait l'entendre parler à son voisin surnaturel. Prudente, elle évalua si la distance qui la séparait de la prochaine personne assise derrière elle (deux rangées) était suffisante pour que ses marmonnements passent inaperçu. Elle évalua que c'était suffisant de ce côté.
Par contre, pour le voisin de devant, elle était tranquille. Elle entendait distinctement le rythme de la chanson qu'il écoutait sans même devoir faire attention. Elle n'aurait jamais cru qu'elle serait un jour contente de voir que quelqu'un avec de la musique à fond dans son casque.
Kaonashi ne semblait pas aussi agité qu'elle. Les mains sagement serrés sur ses genoux, il se tenait bien droit sur son siège et semblait être heureux d'être assit là, sans avoir besoin de parler.
- Pourquoi es-tu ici ? » Elle chuchota. Il se tourna vers elle, mais elle n'aurait pu dire s'il était surprit, ennuyé ou amusé. Elle n'arrivait pas à lire l'expression de son masque.
- En ce moment, Zeniba-sensei ne peut malheureusement pas me garder chez elle, alors je suis venu dans le monde des humains. J'espère que je ne vous ait pas dérangé pour cette première nuit ; mon arrivé... importune n'a pas dû être des plus... agréables. Je vous demande de pardonner…. ma maladresse.
- Ah. » Honnêtement, Chihiro ne savait pas quoi répondre face à ce filet continu le politesse. Personne de sa connaissance ne s'exprimait avec autant de précautions que l'esprit. Il cherchait souvent des mots, mais visait toujours un vocabulaire élevé. Ce qui amena sa seconde question. « C'est Zeniba qui t'a apprit à parler ?
- Elle m'a beaucoup aidé, oui. Ainsi, je ne suis plus restreint à seulement écouter, mais aussi à... interagir, bien que ma voix ne soit pas encore au point, et que je dois toujours prendre mes précautions.
- Pas... au point ?
- Oui. Elle a encore besoin de mûrir, et j'ignore combien temps qu'elle prendra pour s'ajuster parfaitement, mais je suis assez... optimiste sur ce sujet.
- Tu veux dire que Zeniba t'a donnée une voix ? Avec de la magie ?
- Non, mais elle a joué un grand rôle dans son… acquisition.
Un ralentissement du véhicule les avertirent qu'il allait bientôt recueillir de nouveaux passagers. Par timidité surement, Kaonashi se tut et regarda autour de lui avec incertitude. Sa compagne de voyage ouvrit la bouche pour l'encourager à continuer, mais les portes s'ouvrirent et quelques élèves de son école montèrent. Elle préféra remettre la question à plus tard, et faire comme si elle se trouvait seule à sa place en regardant distraitement dehors.
§
- Mademoiselle Ogino ? La prochaine fois, vous ferez plus attention à mon cours. Je ne peux malheureusement pas vous forcer à être une élève modèle tous les jours, mais ce sera de la matière pour le test.
Chihiro arracha son regard de la fenêtre en rougissant, tandis que les rangées de devant se tournait vers elle, certains narquois, d'autres par curiosité, et d'autres juste parce que tout le monde la regardait. Elle se sentit rougir, mal à l'aise d'avoir été mise en avant - surtout de cette façon. Elle récoltait habituellement plus d'approbations que reproches de la part des professeurs.
- N'oubliez pas de relire vos notes pour la prochaine fois, » prévint le maître d'école, en vain maintenant que la cloche avait sonnée. « Ce cours n'est pas difficile, à condition que vous connaissez bien les bases...
Chihiro rangea rapidement ses affaires, et s'approcha de la fenêtre et regarda le portail de l'école, seulement pour constater le vide de la place à côté de la grille. Elle sentit la déceptions poindre, ainsi qu'une pointe de curiosité. S'il ne se trouvait pas là où elle l'avait laissé ce matin, où se trouvait-il ? Connaissait-il d'autres personnes en ville, et leur rendait-il visite ? Ou avait-il décidé qu'il avait passé assez de temps avec elle ? Elle supposait que pour lui, cela devait être une visite de courtoisie, mais elle le voyait rentrer sans dire au revoir. Et elle avait tant de questions à lui poser...
- Chi-chan, à quoi tu pensais comme ça ? » Demanda Ayumi. La jeune fille pencha la tête sur le côté pour appuyer sa question. « Normalement, tu n'est jamais dans la lune aussi longtemps
- Euh... À rien en particulier, sûrement un peu de fatigue. Que vas-tu faire ce weekend ? Quelque chose avec ton frère ?
- Oui ! Je vais l'emmener faire un tour en vélo dimanche. Il aime aller le long de la rivière, donc je pense qu'on fera ça, ce sera assez reposant. Et puis je vais travailler, comme ça je serais tranquille pour la semaine prochaine. Et toi ? Qu'est ce que tu vas faire ?
- Rien de particulier. Je ne sais pas si je vais avoir la visite d'un ami aujourd'hui.
- Quelqu'un que tes parents ont invité ?
- Non... C'est quelqu'un que je connaissais avant de m'installer ici et que je n'ai pas revu depuis. Mais je ne sais pas s'il viendra vraiment.
- Oh, donc il a ton âge. Tu crois qu'il est devenu beau ?
- Hein ? Pourquoi ?
- J'ai bien entendu quand tu as dis un ami, et non une. T'imagine s'il est devenu trop beau et qu'il tombe amoureux de toi ?
Chihiro songea à Kaonashi. On ne pouvait ni dire qu'il avait son âge, ni le décrire comme beau. Son masque pouvait éventuellement être un objet d'ornement (même cela l'inquiéterait si elle le voyait accroché quelque part), mais elle ne balançait pas trop pour les grands tubes noirs qui possédaient peut-être des visages.
Quand à l'idée qu'il tombe amoureux d'elle… C'était vraiment trop bizarre pour qu'elle se mette à y penser.
- Tu délire, Mi-chan. Ça ne se passe pas comme ça dans la vie.
- Mais imagine ! Ce serait tellement romantique !
- Et s'il est moche et qu'il tombe amoureux de moi ? » demanda-t-elle rien que pour la contredire.
- Ben tu t'arrangeras pour qu'il ne te revoit plus. S'il viens de Tokyo, ça ne doit pas être compliqué.
Chihiro attrapa son sac, pensive, préférant ne pas relever le commentaire superficiel d'Ayumi. Elle ne reprit pas la parole avant d'être sortie du bâtiment scolaire, songeuse. Qu'allait-elle donc faire cet après-midi ? Si elle revoyait Kaonashi, elle pourrait lui poser toutes les questions qu'elle voulait, savoir ce que devenait les autres… Le souvenir d'un certain dragon lui revint à l'esprit. En temps normal, elle évitait de penser à lui. Elle avait déjà passée des journées entières à le faire, et elle ne pouvait pas passer sa vie à songer à quelqu'un qu'elle connaissait à peine. Oui, il lui avait sauvé la vie plusieurs fois, et elle l'avait délivré, mais à part ça, elle ne connaissait rien de lui. Peut-être ce que Zeniba avait dit que c'est son amour qui avait brisé sa malédiction, mais cela faisait si longtemps qu'elle l'attendait qu'elle n'était même plus sûre de ce qu'elle ressentait.
§
Elle plissa les yeux, incertaine de ce qu'elle avait vue. Elle se leva à demi de son siège d'autobus, en essayant de regarder par-dessus une butte d'herbe. Elle se trouvait à un arrêt de chez elle, mais elle pressa le bouton stop sans réfléchir. Elle sauta du car et se mit à descendre la colline d'un pas rapide, sans toutefois courir, pour ne pas attirer l'attention.
Elle s'immobilisa devant un chemin de gravier envahis par l'herbe sauvage et qui plongeait dans un bois dense. Sur sa droite la surplombait un arbre de bonne taille, avec à ses pieds des dizaines de petites maisons de pierre couvertes de mousse.
Son cœur se serra. Elle reconnaissait cet endroit. La route, maintenant dissimulée par une végétation opaque, repoussait toute circulation, et les feuilles qui poussait bas formait un rideau épais et sombre, mais c'était bien la même route que ses parents avaient emprunté lorsque son père l'avait pris pour un raccourcis. Elle hésita avant de s'avancer plus loin.
Elle était déjà revenue ici dans l'espoir de trouver de nouveau le passage qui menait au monde des esprits, mais elle avait remonté le chemin en vain, seulement pour découvrir qu'il s'enfonçait dans les bois sans jamais donner sur la veille construction rouge et le tunnel. Elle n'avait non plus jamais revu les statues de pierres qui semblaient leur indiquer le chemin la première fois.
- Kaonashi ? » Elle appela timidement. « Kaonashi, tu es là ?
Comme si le son de sa voix avait éveillé une force qui la dépassait, elle se sentit brusquement faible dans les genoux, incapable de faire un pas de plus. Un sentiment oppressant lui tomba dessus, comme l'aurait fait une couverture étouffante. Elle ne ressentait pas un pressentiment ; son corps percevait physiquement l'immobilité d'orage dans l'air solidifié. Instinctivement, elle croisa les bras, et ses ongles se plantèrent dans la chaire de ses biceps sans qu'elle ne s'en rende compte.
Trente longues secondes passèrent en tremblant, tandis que ses yeux restaient fixés sur la pénombre des arbres statufiés. Dans sa tête, les milliers de pattes grouillaient, confus, incapable de fonctionner clairement, agitant des spectres d'idée. Et son cœur battait, dément, faisant trembler ses artères dans sa panique. Elle ne voulait que fuir, et n'attendait qu'un signal pour que sa raison lâche les rênes de la peur.
Elle ferma les yeux et se força à respirer calmement. Elle n'avait honnêtement aucune idée de ce qu'elle ressentait, mais elle était sûre et certaine d'avoir vu Kaonashi en train de remonter le chemin depuis le bus. S'il retournait à son monde, elle voulait le revoir une dernière fois avant.
Même si c'était juste pour s'excuser.
Ce fut la pensée qu'il progressait peut-être déjà le long du tunnel sombre qui la décida à combattre vaillamment son pressentiment et à continuer en avant.
Les deux premiers pas furent une épreuve, mais ceux qui suivirent en découlèrent plus facilement. À l'orée de la forêt, elle s'interdit fermement de faire une pause pour ne pas risquer de rebrousser chemin. Même si ce fut un gros effort de volonté lorsqu'elle aperçu le chemin, ou plutôt ce qu'il en restait. De près, la seule chose qui distinguait l'ancienne route était l'absence d'arbres plus imposants et le vague contour d'anciennes ornière, car tout le reste avait disparut sous une épaisse couche de végétation. Résolue, elle souleva son sac comme pour s'en faire un bouclier et blinda sa volonté en se disant que ce n'était pas le moment de flancher.
Immédiatement, ses mollet à peine protégés par les chaussettes hautes de son uniforme furent effleurés par des feuilles baladeuses. Elle voyait des tas de petites bêtes sauter et voler à son approche, et espérait de tout son cœur qu'aucune d'entre elles ne piquaient. Les branches caressaient ses cheveux en les griffant à moitié, avides. De plus, elle ne voyait pas plus loin que quelques mètres devant elle, avec la pénombre et la vie végétale qui proliférait.
Mais elle continua.
Graduellement, ses chaussures s'enfonçaient à chaque pas dans un sol de plus en plus mou. Elle baissa les yeux, surprise, et aperçu le reflet discret de la boue entre ses pieds. Surement un reste de la pluie d'hier qui n'avait eut le temps de sécher, raisonna-t-elle avant de continuer. Elle pensa au lac qui apparaissait la nuit dans le monde des esprits, mais elle le chassa de sa tête avec inquiétude. L'eau ne pouvait pas être en train d'envahir le monde des humains, non ? Ce serait absurde.
Pourtant, elle trouvait l'air trop humide, même pour une forêt, et ses contactes avec les plantes autour d'elle lui laissaient des baisers baveux sur sa peau. Ses vêtement lui collaient déjà à la peau - et cela ne faisait que trente secondes qu'elle s'avançait sous le couvert des arbres. Quand elle allait ressortir, elle allait avoir besoin d'une serviette.
Elle scruta en vain les trous dans la végétation autour d'elle, en quête de ce qu'elle cherchait. En vain, parce qu'elle trébucha sur lui avant de le voir.
Pour la seconde fois en vingt-quatre heure, elle s'étala dans le l'herbe haute trempée et en émergea dégoulinante. Sauf que cette fois, ses poignets et ses genoux étaient couverts de boue. Mais la propreté venait d'être reléguée au dernier rang de ses soucis.
- Kaonashi ! » Elle s'agenouilla à côté de lui, son cartable oublié là où il était tombé. L'esprit était étendu sur le dos, parfaitement immobile, le masque tourné vers les ciel invisible au travers de la voûte touffue. Une tâche de lumière tombé d'un trou dans cette dernière dansait le long de la marque de sa joue gauche. « Kaonashi, tu es blessé ?
Elle tendit les bras pour le soulever, mais hésita au dernier instant. Elle n'avait jamais touché l'esprit d'elle-même auparavant - même quand elle avait dix ans. Est-ce que ses bras le traverserait si elle essayait ?
Mais elle ne pouvait le laisser là. Elle s'était comporté envers lui comme une ingrate, et il l'avait remercié pour le peu qu'elle lui avait donné. Il ne lui avait pas beaucoup parlé, mais c'était la personne (si on pouvait l'appeler une personne) lui avait témoigné le plus de respect de toute sa vie. Et elle voulait absolument lui parler...
Elle n'eut pas le temps de rassembler ses pensés. Il tourna légèrement la tête se son côté, et un sourire quasi imperceptible étira sa bouche peinte.
- Sen, » il souffla. « Sen, que fais-tu ici ?
- Kaonashi, tu vas bien ? » Instinctivement, les mains de la jeune fille se réfugièrent sur sa propre poitrine, comme effarouchées d'avoir été si près de sa forme sombre. Elle remarqua après coup qu'il l'avait tutoyé.
- Je me porte comme toujours... Chihiro. » Le ton poli était revenu, et elle ne put s'empêcher d'y trouver quelque chose de froid comparé au ton simple qu'il avait utilisé auparavant. Il eut un instant de réflexion. « Je m'excuse, mais il me semble que vous avez trébuché sur moi ?
- Euh... Oui. Je te cherchais, et je ne t'ai pas vu. Je suis désolée...
- Ne vous excusez pas. » Il se redressa sur son séant, et elle entrevit un peu de son bras. Sa partie inférieur se plia, de sorte qu'il se trouva en tailleur. Même assit, son faciès lunaire la surplombait. « C'est à moi de le faire. Je ne suis qu'un impotent...
- Mais non, faut pas dire ça. » Elle ignorait ce que voulait dire impotent, mais elle supposait que cela devait être une façon polie de dire incapable. « Euh... Par exemple, le cordon que tu as fait tiens toujours et ça fait quatre ans que tu me l'as donné. Enfin, que Zeniba me l'a donné, mais c'est toi qui l'a fait, non ?
- Vous l'avez toujours ? J'aurais pensé que...
La forêt toute entière se mit soudainement à froufrouter, prise de vie. Un souffle chaud et humide glissa sur le dos de Chihiro, envoyant des frissons le long de son échine. Son cœur s'éveilla dans sa poitrine, et se remis à galoper. Même si sa raison avait enregistrée qu'elle ne sentait que du vent, ses entrailles savaient que ce qui décoiffait ses cheveux était une haleine – l'haleine de quelque chose qu'elle ne voulait pas rencontrer. Elle se ramassa sur elle-même, fixant le sol.
Une main ferme lui saisit le poignet et l'aida à se relever. Elle fut surprise de voir que c'était Kaonashi, qui se trouvait déjà debout. Son regard surprit glissa sur les doigts qui l'enserraient. Elle ne les avait jamais vraiment regardé, mais elle ne se souvenait pas d'avoir remarqué à quels point ils semblaient humain. Ils étaient froids, mais doux, et la serrait aussi délicatement que si elle avait été faite de verre.
Elle n'eut le temps de pousser son observation, puisqu'il les retira, et son bras tout entier disparut.
- Nous ne pouvons rester ici plus longtemps.
Il se détourna brusquement et fendit les herbes hautes vers une zone plus claire sur l'horizon végétal qui indiquait la sortie de la forêt. Elle mis deux secondes à reprendre ses esprits, puis se pencha, ramassa son sac et le suivit.
- Qu'est ce qui se passe ?
- Je m'en excuse, mais les explications doivent attendre. Je vous promets que ce n'est qu'une question de temps avant que vous sachiez tout, » il souffla en tournant la tête.
Une seconde fois, le vent se leva, encore plus humide qu'avant. Mais cette fois, au-dessus du chuchotement des feuilles, elle pouvait presque entendre autre chose.
Elle s'arrêta, mais ne se retourna pas. Ne regarde pas en arrière, fit une voix qui remontait du fond de sa mémoire. Le souffle se calma quelques secondes après.
Elle continua, les yeux fixés sur le dos de Kaonashi, devant elle, jusqu'à ce qu'ils sortirent de la forêt.
Une fois à l'air libre, elle accéléra, malgré ses chaussures et ses chaussettes gorgées d'eau, jusqu'au niveau de son compagnon. Ils firent quelques pas en silence, mais lorsqu'ils grimpèrent sur le bitume, elle ne put retenir ses questions plus longtemps.
- Qu'est ce que c'était ? Ce vent, ça venait du mondes des esprits, non ?
- C'était quelqu'un qui tentait de passer dans ce monde. Cela fait depuis tôt ce matin qu'il essaye - d'où mon impolitesse lorsque je vous ait quitté avant que vous soyez levé. Je le suis rendu compte de ma maladresse seulement après vous avoir laissé à l'entré de votre école. Je vous demande de me pardonner pour ma... rudesse.
- Qui était-ce ? » Franchement, elle se fichait de ses excuses - l'adrénaline qu'elle venait de sentir la faisait encore légèrement trembler.
- Je vous avouerais que j'hésite sur son identité. Il se pourrait que ce soit Yubâba en personne, il est plus probable que j'ai affaire à son apprenti, Ha...
- ...Kohaku ? Kohaku essaye de venir dans le monde des humains ? » Alors comme ça, après toutes ces années, le dragon venait la retrouver ! Est ce lui qu'elle avait entendu sur le chemin ? « Pourquoi ne peut-il pas passer ?
- Parce que j'ai posé une barrière pour refermer le passage.
- Quoi ? Mais pourquoi ? Kaonashi, il faut aller l'enlever tout de suite ! Il viens pour me trouver, comme il m'avait promis !
- Non. » L'esprit s'arrêta de marcher. « Non, je regrette, mais il ne doit pas passer. » Il se tourna vers elle, et elle s'arrêta aussi. Pour la première fois, elle sentait non pas le regard vide des yeux noirs du masque, mais bel et bien la brûlure de prunelles. Il y avait quelqu'un derrière la surface blanche, quelqu'un avec un cœur battant rageusement. « Il viens me chercher.
Chihiro se fichait de savoir si quelqu'un la voyait en train de parler au vide maintenant. Ce n'était pas possible. Kaonashi devait s'être trompé.
- Tu ne comprends pas ! Quand on s'est quitté, avant que je revienne ici, il m'a promis qu'il me retrouverait. Qu'il allait revenir.
- C'est vous qui ne savez pas ! » Chihiro prit un pas en arrière, choqué. La voix de l'esprit était montée brusquement, sortant de sa cachette avec colère, en crissant et déraillant comme un ivrogne. « Yubâba a trahis sa sœur, et a envoyé Kohaku l'attaquer ! Zeniba-sensei m'a demandé de partir, parce que je n'étais pas à la hauteur pour l'affronter ! » L'esprit baissa la tête à cette évocation, et ses prochains mots reprirent leur ton habituel. « Même si je sais que je n'était pas à la hauteur, je regrette d'avoir fuit. De n'être pas resté là pour résister... Même un peu. De protéger Zeniba-sensei du mieux que je pouvais.
Chihiro n'aurait pas été aussi choquée, elle aurait pouffé après l'avoir entendu crier comme un adolescent muant. Mais elle ne put rejouer ses mots dans sa tête dans l'espoir d'en saisir un autre sens que celui qu'elle avait comprit. Parce que ce n'était pas possible, non ?
- Kohaku a... Tué Zeniba ?
- Je l'ignore. Mais elle m'a priée de fuir, alors je ne sais pas si... si elle pensait s'en sortir.
- Tu rigole ?
Il ne répondit pas. Une voiture tourna au coin de la rue, et Chihiro fit mine de chercher quelque chose dans son sac jusqu'à ce qu'elle passa. Ses mains tremblaient alors qu'elle écartait ses affaires de ses doigts encore humides. Lorsqu'elle releva les yeux, il se retourna et reprit le chemin. Elle pressa le pas pour revenir à sa hauteur.
- Je n'arrive pas à le croire. Il m'avait dit qu'il quitterait Yubâba après avoir connu son prénom. Et qu'il viendrait me retrouver...
- Il ne l'a pas quitté. Il est resté auprès d'elle, et elle lui a tout apprit de la magie, d'après ce que j'entendais de Zeniba-sensei. Puis, un soir, elle vu quelque chose avec sa magie. Elle m'a dit que je devais partir, qu'il venait pour nous trouver.
- Et tu es venu ici...
- Oui.
- Pourquoi ?
- Parce que... Je sais que c'est égoïste de ma part, mais... » Sa voix, déjà faible, s'éteignit en une longue hésitation. Il fit quelque pas en silence avant qu'il ne reprenne. « Vous êtes la première personne a avoir été gentille avec moi. Même en vous retournant simplement, sur le pont... Vous êtes celle qui a fait le plus attention à moi aussi longtemps que je m'en souvienne. Pour cela, je vous serais éternellement reconnaissant... Du fond de mon cœur.
Elle le regarda avec surprise. Avait-il été si misérable que le simple regard d'une inconnue était la meilleur chose qui lui était arrivée ? Elle avait juste été intriguée, petite fille perdue dans un monde de monstre, sans se rendre compte des conséquences du simple fait de se retourner. Elle n'avait jamais comprit le dernier conseil de Kohaku, mais elle commençait à croire qu'il y avait peut-être plus de signification dans ce simple geste qu'elle ne l'aurait cru.
- Et... » La voix de l'esprit se chargeait maintenant d'un regret quasi palpable, alors qu'il avançait tête baissée. « Vous n'avez cessée d'être gentille avec moi jusqu'au bout. Même quand j'avais fait d'horribles choses aux autres, et que... » Les prochains mots sortirent si bas que Chihiro ne les entendit presque pas. « Que je voulais vous faire des choses encore pires. Pour avoir même osé faire de telles… atrocités, je devrais être banni du votre présence à tout jamais. Vous aviez le droit de reculer avec dégout devant moi, de me traiter de tous les noms... Mais vous ne l'aviez pas fait. Alors, je vous en prie. Encore une fois, je sais que c'est égoïste. Je sais que je ne devrais pas faire une telle requête... Mais même s'il y a un espoir que vous acceptez, je serais comblé.
- Qu'est ce qu'il y a ? Quelle requête ?
- Je voudrais... » Il s'arrêta, et Chihiro fit de même. « Je voudrais rester encore un moment à vos côtés. Pas longtemps, si tel est votre désir, une nuit peut-être, mais que je puisse puiser la force dont j'ai besoin dans votre gentillesse envers moi. Je vous en prie...
À ces mots, elle sentit sont cœur faire un bond dans sa poitrine. Non pas à cause de la nature de la requête, mais dans la façon dont elle avait été dite. Il y avait quelque chose de si fragile et si fort dans sa voix, tans d'hésitation et pourtant tant d'espoir dans sa demande, qu'elle ne pouvait pas s'empêcher d'être touchée par ses mots. Elle resta en silence, à le regarder, essayant de percer à jour le personnage devant elle. Elle le sentait si vulnérable, si désireux de rester avec elle, et pourtant il mettait tant distance entre eux avec sa politesse, ses manières et ce vouvoiement qui dressait un mur à chaque fois qu'il lui parlait.
Qui se cachait vraiment sous le masque de Kaonashi ?
- Je suis désolé... » continua-t-il après quelques secondes de silence. « Je comprends que c'est trop demander… Je vais cesser de vous importuner.
- Non, non… Non, reste.
{Je sais que pour certaines choses, je prends un virage à 180 degrés comparé aux fanfictions habituelles sur le Voyage de Chihiro (je tiens à préciser que je ne parle que de celles que j'ai lues). Le simple fait que Chihiro a des amies et qu'elle a envie de rester dans le monde des humains en est une. Une autre est qu'il ne s'écoule « que » quatre ans, alors qu'habituellement on a une Chihiro qui va plus sur la vingtaine. Et une dernière, sans doute la plus importante, est qu'elle n'est pas sûre de ses sentiments pour Kohaku.
En parlant de Kohaku, je tiens juste à signaler que Kaonashi l'appellera Haku et Chihiro Kohaku.
Donc, je disais sans doute que la situation peut sembler un peu moins romancée. Bien sûr qu'à la fin du film, on veux voir Chihiro avec Kohaku ! Moi aussi ! Mais je veux aussi explorer un chemin moins « tentant », d'où tous les éléments qui peuvent apparaître un peu bizarre à première vue. Même moi, parfois je me dis que je cours droit au mur. Mais c'est là l'aventure. Et franchement, si je ne prenais pas des risques quand j'écris, je ne produirais que des histoires mort-nées.
J'espère avoir contribué à rendre votre journée un peu plus agréable,
Clayem.}
