[Je ne suis pas la créatrice du Voyage de Chihiro, ni n'est affiliée à aucun de ses créateurs ou distributeurs. Je ne tire aucun profit de cette production, autre que celui de m'améliorer et de m'amuser.]
§
{D'après moi, Kaonashi est inadapté socialement, d'où le fait qu'il a souvent des réactions qui peuvent sembler bizarres, dans le film et dans cette fanfiction.}
04 – Chambre
Chihiro avait encore les doigts sales lorsqu'elle poussa le portail de sa maison. Elle espérait que sa mère n'était pas dans les parages : à partir de la porte, on pénétrait dans un sanctuaire dont toute saleté était bannie. Être vue dans cet état pourrait réveiller des questions auquel sa fille devrait mentir et des réprimandes qu'elle devait supporter.
Cette fois, elle ne se posa pas de questions sur ce qu'elle devait faire. Elle ouvrit la porte et la tint pour laisser passer Kaonashi. Pourtant, il s'approcha lentement, visiblement pas très sûr de la démarche à suivre.
- Vous êtes sûr que vous voulez que... je rentre ? » Il s'arrêta devant l'entrée.
- Tu es le bienvenu ici.
- Mais hier... Vous n'aviez pas exprimé un tel désir... du moins pas à mon égard. Ce que je peux d'ailleurs comprendre, après ce que j'ai fait il y a quatre ans. Je vous suis infiniment... reconnaissant d'avoir ouvert pour moi la porte de votre cabane afin que je puisse m'abriter, et je pense que c'est encore meilleur endroit pour moi. Quand je demandais à rester, je ne songeait nullement à autre chose.
Elle garda le silence un moment, le regardant de haut en bas. Il fit mine de se retourner et de prendre le chemin du jardin, mais elle ne lui laissa pas ce loisir.
- Est-ce que ce sont mes parents ? » demanda-t-elle. « Tu n'as pas envie de rentrer à cause d'eux ?
- Oh, non, non, je n'oserais jamais suggérer une telle chose. Du peu que j'en ait vu, vos parents sont des gens très respectables. Non, je n'ai pas à me plaindre d'eux. Je disais juste que je comprends votre... réticence à me laisser entrer, et que vous n'avez pas besoin de vous forcer à mon compte.
- Ah... Mais ça ne me dérange pas que tu rentre. Je t'invite.
Il resta un moment en silence, avant de s'incliner respectueusement.
- Votre générosité me touche profondément... Je ne saurais comment vous remercier.
- Peut-être... En disant juste merci ? » suggéra-t-elle timidement.
Il releva la tête, la scruta un instant, et les bords de sa bouche se relevèrent.
- Merci, Chihiro.
Il se redressa entièrement, et la passa. Il était juste assez petit pour ne pas se cogner, elle remarqua avec amusement. Elle songea qu'elle pourrait peut-être finir par s'habituer à sa façon de parler. Malgré la quantité de paroles inutiles, le message de fond essayait toujours de rester respectueux envers elle. Cela lui donnait une impression d'importance. Peu importe, après tout, si elle avait l'impression qu'il dressait un mur de politesse entre eux à chaque fois qu'il ouvrait la bouche.
Combien d'autres personne accordait autant d'importance à ses sentiments ? Elle referma la porte d'un air pensif. Surement pas ses parents. Ils avaient tendance à considérer qu'on ne pouvait être malheureux lorsqu'on avait tous les objets auquels ont pouvait rêver, ce avec quoi elle n'était pas d'accord depuis sa rencontre avec Bou, le bébé géant de Yubâba. Ses amies ? Elle n'en était pas si sûre. Yui et Sakuko ne la connaissaient pas si bien que cela, et Ayumi... Chihiro l'adorait, mais n'en était pas toujours écoutée.
Elle retira ses chaussures, puis leva les yeux vers son invité. Il observait avec curiosité – enfin, elle supposait que c'était de la curiosité – ce qu'il y avait autour de lui.
Elle devait se débarbouiller, se rappela-t-elle, avant que sa génitrice ne mettre sa main à la manucure parfaite sur elle.
- Heu... » Chuchota-elle, attirant immédiatement l'attention de l'esprit. « Suis-moi.
Elle monta les escaliers rapidement, et l'entendit grimper derrière. Curieusement, il semblait assez pesant, contrairement à ce qu'elle avait imaginé. Il était quand même à moitié transparent. Elle se serait plutôt attendue à ce qu'il s'envole lorsque le vent soufflait trop fort.
Elle hésita devant la porte fermé de sa chambre chambre un moment, mais finalement, se ravisa. Elle ne se sentait pas assez en confiance pour la le lui montrer tout de suite. Peut-être plus tard, lorsqu'elle aurait eut plus de temps pour s'habituer à l'idée. Elle posa son sac à côté de la porte, et se tourna vers lui.
- Attends juste un moment dans le couloir... Je reviens.
Et elle s'échappa dans la salle de bain, se lava les mains et passa un torchon sur ses genoux. La boue encore humide partait aisément, à son grand soulagement.
- Chihiro ? C'est toi ? » appela la voix de sa mère depuis le rez-de-chaussé.
La jeune fille l'entendit montrer les escaliers. Elle jeta en vitesse le bout de tissu souillé dans le linge sale avant qu'elle ne soit prise en flagrant délit et sortit sa tête de la salle de bain.
- Oui, c'est moi, je suis là. Qu'est ce qu'il y a ?
Sa mère mit le cap sur elle, mais ce qu'elle vit ensuite intrigua la jeune file. Kaonashi, qui de tenait sagement debout devant la porte de la chambre, là où elle l'avait laissé, glissa avec précipitation sur le côté, pour ne pas rentrer en contacte avec sa mère. Elle fronça les sourcils, perplexe. Pourquoi s'écarter ? Les humains qui ne voyaient pas les esprits passaient simplement au travers.
Elle n'eut pas le temps d'approfondir sa réflexion.
- Chihiro, tu retarde le repas. C'est pourtant clair : tu rentres, tu mets la table, on mange. Allez, viens, tu es déjà en retard, c'est ton père qui a travaillé pour toi.
- Ah, maman, je suis désolé...
Sa mère croisa les bras, l'air passablement ennuyée par ses excuses.
- Viens. On discutera de ça plus tard.
À contrecoeur, la fille dû suivre la mère. En passant devant Kaonashi, elle lui jeta un regard navré, auquel il répondit en hochant la tête et en haussant les épaules.
Il fallu un moment, exactement le temps qu'il lui prit pour arriver à la cuisine, pour se rendre compte de ce qui clochait.
Depuis quand avait-il des épaules ?
§
Apparemment, il avait passé le temps en comptant les secondes. En tout cas, c'est l'impression qu'eut Chihiro en remontant au premier étage et en voyant Kaonashi posté devant l'horloge. Elle se sentit immédiatement coupable de l'avoir fait attendre en prenant un dessert. Elle n'avait même pas eut vraiment envie de ce flan...
Ce qu'elle ne s'avouait qu'à moitié, c'était que la perspective de le faire rentrer dans sa chambre, lui, un esprit, alors que seuls ses parents et sa meilleur amie l'avait vue, l'angoissait. C'était intime, une chambre, même si elle allait en changer aujourd'hui.
Dès qu'elle posa le pied sur le pallier, il se tourna vers elle, tout sourire. Elle lui répondit timidement, nota qu'elle n'avait en effet jamais remarqué ses épaules qui paraissait dépassaient de chaque côtés de son masque, puis évita de le regarder. Elle se dirigea droit sur sa porte. Elle ne faisait que de chicaner, elle tenta de se convaincre.
Elle l'ouvrit et y rentra, s'assurant d'un coup d'oeil que tout était en ordre. Puis, elle se tourna vers lui, alors qu'il hésitait encore dans le couloir.
- Je vais en changer aujourd'hui, » elle annonça de brut en blanc.
- Quoi donc ?
- De chambre. Je vais changer de chambre. Je suis désolé de ne pas pouvoir t'accueillir correctement...
Il baissa lentement la tête, comme si elle venait de le réprimer.
- Non, c'est moi qui abuse de votre hospitalité... Je suis un… rustre malappris. Je vous force la main alors que vous avez tant de choses à faire. Je devrais... m'éclipser.
Elle sentit une pointe d'agacement la tirailler. Elle savait qu'il voulait juste être gentil, et il y arrivait bien, mais au bout d'un moment, ses grands mots et ses milles délicatesses la gonflait.
- Je n'ai pas besoin de tes excuses, il y en a trop.
Il releva la tête, surprit de son changement de ton, et la contempla quelques instants, avant de se raviser.
- D'accord. Je... J'ignorais que cela pouvait vous déranger.
Enhardie par son acceptation, elle osa pousser le bouchon un poil plus loin.
- Et est ce que tu pourrais baisser le niveau de tes phrases d'un ton ? Je suis pas philosophe.
- Oh, vous voulez dire, parler plus... Simplement ?
- Oui.
- Je... Je ne voulais pas me comporter de manière impolie avec vous... Je ne voulais pas faire mauvaise impression. Je suis déso... » Il se reprit juste à temps.
Elle lui adressa sourire pour lui montrer qu'elle ne lui en voulait pas, et se mit au travail.
Elle ne possédait pas grand-choses. Elle transporta tout à la main, déménageant ses vêtements depuis son placard à la commode de la chambre d'amis - sa nouvelle chambre maintenant. Respectueusement, Kaonashi se posta juste en dehors de son ancienne chambre, à peine en dehors du chemin, et la regardait faire, sans oser demander de l'aider pour ne pas la déranger.
Elle sentait son regard sur sa nuque lorsqu'elle descendait le couloir, les bras chargés, et ne pouvait détourer les yeux de lui lorsqu'elle remontait. À chaque passage, elle avait de plus en plus conscience de lui. D'abords, ce fut son odeur, différente de celle qu'elle avait sentie ce matin et qui lui rappelait celle de la maison de Zeniba. Puis, ce fut sa présence, qui semblait grandir lentement. Et enfin, elle remarqua qu'elle s'arrangeait inconsciemment pour rester plus de temps qu'elle n'en avait besoin en dehors de son champs de vision.
Elle n'aurait pas dû l'inviter à rentrer. Elle aurait dû se dire qu'après tous, ses problèmes ne la concernait pas, aurait dû rester silencieuse et le regarder partir. Elle aurait eut mauvaise conscience, mais rien d'aussi oppressant que cette observation continue. Du moins, c'est ce qu'elle tenta de croire, mais elle-même doutait de son raisonnement. Comment refuser alors qu'il demandait si peu avec tant d'espérance ?
Elle apporta son dernier chargement d'affaires et commença à ranger. Peu de temps après, elle entendit le plancher du couloir craquer sous son poids, et il apparut à moitié dans l'embrasure de la porte. Elle le devinait du coin de l'oeil, parfaitement immobile, suivant ses moindres gestes de ses yeux peints.
Elle se rendit soudainement compte qu'elle avait peur. Peur de lui, de son immobilité, de son anormalité, de son passé, de sa politesse excessive. Et surtout, elle avait peur de la façon qu'il avait de la regarder. Elle pouvait sentir son coeur frissonner dans sa poitrine, et l'adrénaline pulser dans ses veines. Il semblait attendre quelque chose d'elle, mais quoi ?
Elle se leva et se dirigea vers la fenêtre, regardant dehors au travers du rideau de soie orange sans voir la ville qui s'étendait devant elle. Instinctivement, elle le prit entre le pouce et l'index, et en apprécia la texture, mais cela ne lui fit pas oublier le regard fixé sur elle. Elle se tendit sensiblement lorsqu'elle l'entendit rentrer dans la chambre.
- Chihiro ? » sa voix semblait déchirer le silence, malgré sa douceur. « Comment… euh… est ce que ça va ?
Elle le regarda avec surprise par-dessus son épaule. Il se souciait de ce qu'elle sentait ? Elle ne savait pas vraiment quoi répondre. Personne ne lui demandait jamais comment elle allait autrement que par politesse.
- Je… Je vais bien, je crois.
- Et avec Haku ? Je sais que vous êtes… proches. » Il insista légèrement sur le dernier mot, ce qui fit dresser l'oreille à la jeune fille. Est ce que qu'elle venait d'entendre de… la colère ?
- Je crois que… C'est vrai que c'est un choc d'apprendre ce qu'il a fait. Mais je suis sûre que ce n'est pas sa faute ! Que c'est Yubâba qui lui a demandé de faire ça ! Le Kohaku que je connais…
Elle s'arrêta, parce que la première chose qui lui vint à l'esprit fut la fois où il est revenu au bains après avoir volé le sceau de Zeniba. Quelle preuve avait-elle pour appuyer l'innocence du dragon ? Elle sentit son coeur battre douloureusement dans sa poitrine lorsqu'elle se rendit compte qu'elle le connaissait peut-être encore moins qu'elle l'avait cru. Elle se détourna de la fenêtre, et recula jusqu'à s'assoir sur le lit.
Kaonashi, en voyant sa réaction, s'approcha timidement d'elle, avant de s'agenouiller à côté d'elle. Il avança sa main, mais n'osa la toucher sa large paume se posa sur les draps à côté d'elle.
- Chihiro, » l'appela-t-il doucement. « Ne vous en faites pas. Il vient pour moi uniquement. S'il passe, il ne vous fera pas de mal. Peut-être que ce serait même une occasion de le revoir ?
- Ce n'est pas ça ! C'est juste que… je croyais le connaître. Je croyais… je ne sais pas ce que je croyais, mais je ne pensais pas qu'il serait capable de blesser Zeniba… ou de l'attaquer. Je croyais... Je ne pensais pas… je ne sais plus où j'en suis. Je ne sais même plus si… cela fait juste tellement longtemps depuis la dernière fois que je l'ai vu...
Elle s'arrêta net quand elle sentit les longs doigts de l'esprit sur sa joue. Ils glissèrent, froid mais sec, sur la courbe de sa joue et s'immobilisèrent lentement.
- Personne ne pouvait savoir ce qui allait se passer. Il a même surprit Zeniba, qui le voyait plus que moi, à chaque fois qu'elle allait rendre visite à sa sœur. C'est vrai que ça ne lui ressemble pas, d'attaquer quelqu'un subitement, sans aucune raison. Et cela ne ressemble pas à Yubâba de lui ordonner une telle chose. Mais c'est la seule explication possible. Mais je suis aussi touché que toi par la nouvelle… Je pense savoir ce que tu ressens, et ce n'est pas facile. Mais tu es forte, Chihiro, tu es très forte.
Elle releva la tête, surprise. Même à genoux, il la surplombait de quelque centimètres, son masque penché vers elle et un sourire rassurant au lèvres. Elle pouvait sentir son odeur, celle qu'elle avait retrouvé ce matin dans le bol de cassoulet. Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais elle ne trouva pas les mots, touchée par la sympathie de l'esprit
Deux secondes eurent le temps de passer avant que l'expression de ce dernier ne change. Son sourire retomba, ses yeux s'agrandirent légèrement et il se releva précipitamment.
- Pardon ! Je ne voulais pas…
Il se tourna et partit pratiquement en courant sans en ajouter plus, laissant une jeune fille un peu perdue. Elle leva sa propre main, et caressa sa joue, où de longs doigts avaient laissé une trace fraiche.
§
- Alors, Chihiro, ta nouvelle chambre te plait ? Tu l'as arrangée comme il faut ? » demanda son père en levant le nez de son bol de nouille.
La jeune fille sortit brusquement de sa rêverie. Elle soupait avec ses parents, mais elle s'était laissée aller, dans le silence habituel de cette table, à penser à son invité, qui n'avait pas réapparu de la journée après s'être enfuit. Elle avait tout fait pour le garder loin de son esprit, mais à chaque fois qu'elle s'était trouvée un moment de calme, son cerveau avait naturellement vogué en direction de la haute silhouette sombre.
- Oui Papa. Elle est très bien. Très… grande. » Elle allait dire vide, mais elle ne pensait pas que ce commentaire serait bien prit, même si vide était ce qu'elle cherchait. Vide comme une page blanche. Vide comme un nouveau départ.
- Bien bien, » il commenta.
- Tu passera l'aspirateur dans ton ancienne chambre ce soir, » dit sa mère.
- Oui.
- Il est sous l'escalier.
- Je sais.
La conversation ne fut pas poussée plus loin. La famille rangea ensemble la table peu de temps après, et Chihiro put s'esquiver après avoir hésité un « bonne nuit » qui reçu comme réponse qu'un grognement indistinct de son paternel.
Elle était attendue dans sa chambre.
Kaonashi se trouvait près de la fenêtre, à contempler les voiture qui passait dans la nuit en bas de la pente devant chez elle, et dont les phares commençaient à percer le soir. Il se trouvait nimbé d'une aura d'or dans le soleil couchant, mais l'obscurité qui le composait semblait plus noire que jamais. Chihiro hésita à l'entrée de sa chambre, intimidée par l'air sombre qui se dégageait de lui. Jamais il ne lui avait paru aussi peu humain qu'à ce moment-là.
Puis il se retourna, en quand il la vit, il lui adressa un sourire presque timide. Il s'inclina ensuite respectueusement.
- Je m'excuse… J'ai sincèrement honte de mon comportement de cet après-midi. Je n'aurais pas dû vous toucher ainsi, sans votre permission, et j'aurais dû m'excuser immédiatement après, au lieu de m'enfuir.
Chihiro garda le silence quelque instants. Donc, s'il était partit, c'est parce qu'il avait eut honte de l'avoir touchée ? Elle se sentit sourire, et un rire discret lui échappa. Il releva la tête en l'entendant, visiblement intrigué par sa réaction.
- Tu n'as pas à avoir peur d'avoir réagit ainsi… Je ne pense pas que c'était déplacé. C'était même… gentil.
- Vraiment ? » il fit un pas en avant, et ses mains surgirent de sa silhouette pour se joindre devant ce qu'elle supposait était son torse. Elle se força à ne pas reculer lorsqu'il s'avança à porté de bras. Sa haut silhouette la dominait complètement, mais elle savait qu'il ne possédait aucune mauvais intention. « Cela ne vous a vraiment pas dérangé ?
- Non… Non, tu voulais me réconforter.
Il avança un main vers elle. Elle se détourna un peu par réflexe, surprise par son geste, mais se laissa faire. Il caressa lentement du dos des doigts sa joue, depuis la mâchoire à la pommette. Encore une fois, son contact ne dégageaient aucune chaleur, mais leur texture ferme restait agréable. Elle n'osa bouger, le fixant dans les yeux. Il cessa le contacte comme il l'avait commencé : sans prévenir. Et elle ne savait comment réagir, donc elle le fixa avec mille questions dans les yeux.
- Ta peau est douce… » il expliqua, comme s'il se rendait brusquement compte que sa réaction pouvait avoir l'air bizarre.
- Je… je dois me brosser les dents. » Elle le contourna et disparut dans la salle de bain.
§
Elle se gicla de l'eau à profusion sur son visage, avant de contempler son visage dégoulinant dans la glace. Elle ne voulait pas sortir de la salle de bain pour le voir de nouveau. Il apportait juste trop de questions. Quand elle croyait qu'elle l'avait comprit, il se passait toujours quelque chose qui remettait toutes ses suppositions en question. Et à force de se faire balancer de droite à gauche, elle commençait à en avoir un peu marre. Après avoir été trop lointain, il devenait trop proche, envahissant même. Elle restait avant tout une jeune fille japonaise, et elle n'était pas vraiment habituée à ce qu'on la touche.
Mais… Il était trop tard pour faire autrement. Elle devait serrer les dents et faire face. Elle se regarda dans les yeux avec résolution, avec le genre d'expression qu'elle supposait qu'un héros adoptait avant un grand combat, et sortit de la salle de bain.
Elle trouva son invité assit à son bureau, dos à elle, en train de trafiquer. Elle s'approcha silencieusement, et regarda par-dessus son épaule (maintenant qu'il en avait, autant en profiter). Ce qu'elle vit la laissa bouche bée.
Elle reconnu presque tout de suite le sceau d'or que Kohaku avait recraché le jour où il était rentré blessé et poursuivit par des centaines de papier volants. Il flottait à quelques centimètre de la table, entouré d'une légère aura argentée. Deux cercles concentriques, formés de fils de lumière aussi fins que des cheveux, tournaient lentement autour. Kaonashi plaçait ses mains de chaque côté de la formation, paumes tournés vers le haut, et semblait si absorbé par sa tâche qu'il ne percevait même pas la présence de la jeune fille. D'ailleurs, elle ne voulait pas le déranger, fascinée par ce qu'elle identifia comme de la magie.
Au bout d'un moment, l'aura s'obscurcit, les fils disparurent, et le sceau se posa délicatement sur la table. Il tourna son masque dans sa direction, et elle retrouva la parole.
- Tu es magicien ?
- Pas vraiment… Je suis juste l'apprenti de Zeniba. Elle a commencé à m'apprendre peu de temps après que je suis arrivé chez elle, même si je ne parlais pas encore à l'époque.
En entendant ça, Chihiro sentit son coeur se lancer dans un sprint tellement elle trouvait cela merveilleux. Qui ne serait pas excité à l'idée de voir de la vrai magie en action ?
- C'est incroyable ! Pourquoi ne m'as-tu rien dit ?
- Je… je suis désolé… Je n'y ait pas pensé… Je ne suis qu'un débutant, et je ne fais rien de bien spectaculaire.
- Tu n'as vraiment pas besoin de t'excuser pour ça, » répondit rapidement l'humaine, qui était plus intéressé par ce qu'elle avait vue que par les manières de l'esprit. « Qu'est-ce que tu fais avec le sceau de Zeniba ? Je croyais qu'elle l'avait protégé par un enchantement pour que personne d'autre ne puisse s'en servir.
- Elle l'a annulé pour de me le donner, avant que Haku ne vienne et ne… » il s'interrompit et baissa la tête.
- Oh… Je suis sûre qu'elle est encore vivante. Elle ne se ferait pas tuer comme ça, non ? » Penser que Kohaku pouvait tuer quelqu'un remplissait sa bouche d'un goût amer. Elle se força à penser à autre chose. « Quelle sorte de sort lançais-tu avant ?
Il releva la tête. Lui aussi semblait vouloir passer à un autre sujet.
- Je ne lançais rien du tout, je ne faisais que d'entretenir le sort qui bloquait le passage vers l'autre côté. J'ai déjà essayé ce matin de m'y rendre pour le faire sur place, mais avec le magicien, peut-être Haku, qui faisait pression de l'autre côté, c'étais dur de faire quoi que ce soit. J'ai pourtant essayé, et je me suis évanoui … Puis, vous m'avez trouvé.
- Ah oui, je m'en souviens. Donc là, tu jetais le même sort, mais à distance ?
- C'est ça, oui. Et je me servais aussi de la puissance contenu dans le sceau.
- Je vois.
Chihiro avait terriblement envie de lui demander de lancer un sort pour elle, mais elle n'osait pas. Elle ne voulait pas lui donner l'impression qu'il était une sorte de bête de cirque. A la place, elle orienta la conversation vers quelque chose de plus inquiétant, mais elle devait savoir.
- Est ce que le sort tiendra toujours ?
Il la contempla un moment en silence, et elle pouvait sentir à quel point sa question dérangeait l'esprit. Il détourna le regard après un moment, fixant un point sur le mur derrière elle pour lui répondre.
- Non, il n'est pas invincible. Je ne suis qu'un débutant dans les arts de la magie, et Haku a deux fois plus d'expérience que moi en plus d'être doué et de ses dons naturels. C'est un esprit puissant en lui-même, alors que je suis partit de rien. Même aidé du sceau, je ne peux pas créer quelque chose qu'il ne peux détruire. Alors, à moins qu'il ne renonce, il finira par passer. Mais… Cela ne veux pas dire qu'il va me trouver.
- Comment cela ?
- Comment expliquer… Par exemple, il y a quatre ans, quand j'ai avalé du personnel du bain, j'ai intégré leur personnalité, vous vous souvenez ?
- Oui… » Chihiro tenta de ne pas se montrer trop appréhensive quand elle se rappela des évènements qui s'étaient déroulés à Aburaya, mais la simple évocations des côtés les plus effrayant de Kaonashi – cette capacité à amplifier les parts les plus sombres d'un système – ramenait des souvenirs plutôt désagréables.
- C'est parce que je n'avais pas vraiment d'identité propre. Zeniba m'a expliqué qu'on m'avait probablement volé mes souvenirs et mon apparence il y a longtemps alors que j'étais un simple fantôme qui s'était perdu sur le chemin de l'au-delà. C'est la même histoires pour tous les Kaonashis, et Yubâba fait quelque chose de similaire en prenant les noms des gens qu'elle engage. J'essayais donc de retrouver mon identité en intégrant une communauté, n'importe laquelle, et c'est tombé sur Aburaya. Surtout que je voulait aussi v... » il s'interrompit brutalement dans son explication, et secoua la tête. « Je voulais vraiment m'intégrer au bains le plus vite possible, alors j'ai avalé un des membres, dont j'ai absorbé le savoir et le caractère. Tout ça pour dire que je suis très sensible à ce qui m'entoure, parce que c'était comme cela que je formais ma personnalité. Enfin, maintenant que j'ai vécu aussi longtemps avec Zeniba, j'ai appris à ne pas me laisser influencer si facilement. Mais il y a des chose que je ne peux par rendre indépendantes, comme mon odeur, et je compte sur ça.
Chihiro, à vrai dire, avait été perdu depuis un moment dans son explication de trois kilomètres. Elle tenta de rassembler les éléments importants.
- Donc… Si tu est ce que tu es, c'est à cause de ce qui t'entoure ?
- C'était. Je suis un peu plus indépendant, à présent.
- Mais… C'est comme si tu absorbais ce qu'il avait autour de toi, c'est ça ? Quand tu avale quelqu'un, tu absorbe qui il est, sa personnalité, et tout ?
- C'est cela, oui. C'est pour moi la façon la plus rapide, mais le simple fait de rester quelque part me permet de m'imprégner de l'atmosphère de l'endroit.
- Et comment est ce que ça va t'aider à échapper à Kohaku ?
- Comment penses-tu qu'il va essayer de me retrouver ?
- Je ne sais pas… Tu as dit quelque chose à propos de l'odeur, non ?
- Principalement avec son odorat. Hors, l'odeur que j'ai corresponds à celle de mon environnement, elle change si je change d'endroit. Donc s'il reste assez longtemps coincé par ma barrière…
- … quand il passera, il ne pourras plus te trouver ?
- Exactement.
Elle n'osa le lui demander ce qui se passait s'il arrivait à passer trop tôt. Une autre question vint déranger la jeune fille, et elle la posa à la place.
- Mais que te veulent-ils ? Il se peut que Yubâba en veuille à Zeniba pour je ne sais quoi, mais pourquoi te poursuivre ?
- Parce qu'ils n'en avaient pas après Yubâba, mais ce sceau. » Kaonashi attrapa le sceau d'or entre ses longs doigts et l'éleva au niveau des yeux de Chihiro. « Zeniba l'a hérité de ses parents à leur mort. Il est tellement puissant que Yubâba à reçu les bains en entiers en contrepartie.
L'humaine visualisa les gigantesques bains, et tout le personnel qui y travaillait. Penser que ces quelques centimètre d'or valait autant lui fit tourner la tête. Pas étonnant que Kohaku serait prêt à le poursuivre dans le monde des humains pour ça.
- C'est… énorme.
- Oui. Et c'est pour cela que je devais fuir, et que ma maîtresse à retenu Haku. Si cela n'avait pas été pour ce trésor, je serais resté pour aider.
- Mais qu'est ce que Yubâba ferait avec ? Elle est très puissante elle-même.
- Je ne sais pas. Rien n'est clair dans cette histoire, à part le fait que quelque chose, quelque part, à très mal tourné, et que quoi qu'il arrive, il faut à tout prix garder le sceau hors de porté de Haku. Ce sceau est bien trop puissant pour arriver entre les mains d'un... assassin. Ou même d'un voleur.
Les dernière paroles de Kaonashi sonna comme un glas, et envoya un frisson dans la moelle épinière de l'humaine. Elle n'osa rompre le silence qui vint après, regardant nerveusement par la fenêtre assombrie. Elle se sentait mal à l'aise, comme si le dragon avait le pouvoir d'étendre ses griffes au travers du portail et de la lacérer.
En quatre ans, il a l'air d'avoir tellement changé… Que s'est-il passé, Kohaku ?
- Je pense que je vais me retirer pour la nuit. Je ne voudrais pas vous déranger…
Il fit disparaître sa main et le sceau sous son voile et se leva pour quitter la chambre, mais il n'avait même pas atteint la porte qu'elle l'appela :
- Kaonashi !
Il se retourna, et la contempla. En vain, elle chercha les mots pour lui dire qu'elle avait peur, qu'elle voulait savoir s'il resterait dans les parages et s'il pouvait la protéger s'il se passait quelque chose, mais ils se cachèrent loin de ses lèvres, et tout ce qu'il resta fut un léger « bonne nuit. »
- Bonne nuit à vous aussi, Chihiro.
Et il partit.
{Je voudrais spécialement remercier Tigrou19 pour son soutien continu. Tes critiques sont toujours de précieux conseil pour moi et je progresserais dans le noir total sans elles.
J'ai eut beaucoup de mal pour ce chapitre. Ce n'est jamais agréable de devoir se battre à tous les carrefours pour avancer, surtout contre ses propres mots. C'était le dernier moment pour décider si c'était une KaChi ou une HaChi.
Le second serait plus facile à faire que le premier, parce que Haku est un personnage génial en lui-même (qui n'aime pas les dragons ?), mais j'avais commencé cette fanfiction avec l'idée de faire le premier paring, je ne pouvais me résoudre à laisser Kaonashi. J'aurais fait tout ce travail pour rien !
A part cela, j'espère que je n'ai perdu personne en chemin. Je n'aime pas écrire les chapitres explicatifs, pas parce qu'ils ne sont pas idéal pour l'action, mais parce que j'ai l'impression que les dialogues se dénaturent si j'y force sans délicatesse toutes les informations dont j'ai besoin pour construire l'intrigue. Je préfère nettement les donner au fur et à mesure qu'on avance, mais ce n'est pas toujours possible, et ce n'est pas très facile pour le lecteur de les rassembler en cours de route.
J'espère que malgré tout mon blabla, je reste de bonne compagnie,
Clayem.}
