[Je ne suis pas la créatrice du Voyage de Chihiro, ni n'est affiliée à aucun de ses créateurs ou distributeurs. Je ne tire aucun profit de cette production, autre que celui de m'améliorer et de m'amuser.]
§
{Par ici, il commence à faire beau – et je crois que ça se sent dans ce chapitre.}
05 – Jardin
Ce dimanche-là fut pour Chihiro un de ces jours où on se réveille d'un coup. Alors que le cadran de son réveil marquait sept heures vingt-trois, elle ouvrit les yeux et fixa le plafond, aussi éveillé que si quelqu'un lui avait jeté un sceau d'eau froide à la figure. Il lui fallut pourtant trente secondes d'incertitudes pour se rappeler pourquoi elle dormait dans la chambre d'ami, et dix autres pour se souvenir de tous les évènements de hier. Elle se tourna ensuite sur le côté, fixa le jour naissant qui perçait au travers des rideau de soie, et soupira.
Elle avait mit des heures pour s'endormir, le soir d'avant, trop occupée à fouiller des souvenirs vieux de quatre ans. Elle avait beau se dire qu'elle n'amenait rien de bon en essayant d'analyser les évènements depuis longtemps passés, qu'elle avait de toute façon essayé de faire un trait sur eux symboliquement en changeant de chambre, rien à faire, ils l'attendaient à chaque recoin des méandres de son esprit. Elle s'était tout particulièrement attardée sur Yubâba, en essayant de distinguer ce qui aurait pu la pousser à demander une telle chose à son apprenti, mais avait rapidement renoncé : elle savait que l'on changeait beaucoup avec le temps.
Elle avait ensuite essayé de trier les évènements de la journée, mais avant de pouvoir en tirer une quelconque conclusion, elle avait été emporté par la fatigue. Puis, trou noir jusqu'au matin, pas une seule trace de rêve jusqu'à ce qu'elle reprenne pied dans la réalité.
Elle commença à se demander ce que faisait Kaonashi. Elle avait bien envie de le voir lancer un nouveau sortilège. Elle se leva, et s'habilla pour la journée. Elle n'avait pas vraiment l'intention d'aller quelque part, alors elle choisit des vêtements sans y faire attention dans sa garde-robe limitée, en privilégiant le confort. Puis, après une petite réflexion (elle avait un invité, après tout), elle préféra des jeans et haut moins flottants après une douche rapide pour effacer les soucis de la nuit.
Elle descendit à la cuisine sur la pointe des pieds, pour ne pas réveiller ses parents encore au lit. Elle savait qu'elle était tranquille jusqu'à huit heure et demi, puisque c'était à cette heure que sa mère réglait son réveil les jours fériés.
Malgré le fait qu'elle traversa toute la maison, elle ne vit pas de trace d'un certain grand timide. En mettant de l'eau à chauffer, elle se demanda où pouvait-il bien être, et s'il allait bien. Ce qu'elle avait entendu hier soir l'inquiétait. Et si Kohaku l'avait retrouvé alors qu'il ne s'y attendait pas ? Elle frissonna en l'imaginant gravement blessé, abandonné quelque part, loin de tout secours… Elle secoua la tête pour chasser cette vision et se rassura en se disant que l'esprit était sûrement resté dans la maison.
En allant chercher un bol, elle regarda par la fenêtre, et elle sentit son cœur faire un bond dans sa cage thoracique quand elle reconnu la silhouette près de la cabane. Spontanément, elle ouvrit la fenêtre et l'appela.
- Kaonashi !
Il tourna sa face lunaire dans sa direction, et un sourire apparut sur son masque. Elle le lui rendit, soulagée de voir qu'il n'avait visiblement rien.
- Tu veux que je te fasse quelque chose à manger ? » elle demanda.
Il hocha la tête, fendit les herbes hautes dans la direction de la baie vitré du salon, et quelque secondes plus tard, elle entendit cette dernière coulisser. Elle remarqua que la bouilloire avait finit de chauffer l'eau, et la versa dans la théière. Elle ouvrit ensuite la boîte à pain, et commença à couper quelques tranches.
Elle l'entendit entrer dans la pièce et s'agiter. Lorsqu'il ouvrit le frigo, elle se retourna, et le vit sortir la boîte des œufs. Il la posa à côté des plaques chauffantes, et se mit à fouiller les placards.
- Kaonashi ? Qu'est ce que tu fais ?
- Hum ? » Il se retourna, le placard ouvert devant lui.
- Qu'est ce que tu fais ? »
- Une omelette. Vous ne pouvez pas manger que du pain, non ?
- Mais… » voulu-t-elle protester, avant de se taire, embarrassée. Elle n'avait pas l'habitude qu'on veuille s'occuper d'elle, donc encore moins l'habitude de refuser. Est ce que cela l'offenserait si elle disait non ?
Il la contempla encore un moment, attendant qu'elle continue sa phrase, avant de se rendre compte qu'elle n'allait pas le faire et de se retourner. Il ouvrit plusieurs placard, trouva une poêle et les épices. Pour ces dernière, il les porta tous à son masque, et Chihiro se demanda pourquoi les examinait-il d'aussi près. Il en mit deux de côté et commença brisa son premier œuf sur le bord de son récipient.
Se rendant compte qu'elle l'avait fixé, elle retourna précipitamment à son pain, qu'elle coupa vigoureusement. Puis, elle sortit de quoi mettre dessus, comme de la confiture, du miel et de la pâte à tartiner au chocolat. Ce n'était pas très japonais, mais ses parents n'aimaient pas trop les traditions, plus occidentaux qu'elle ne l'aurait voulu.
Les pots semblaient grandement intriguer Kaonashi. Abandonnant un moment son omelette, il en ramassa un et le souleva à la hauteur de ses yeux (ce qui était assez haut). La jeune fille, tout en faisant mine de chercher quelque chose dont elle n'en avait pas besoin dans le placard, le surveillait du coin de l'oeil, intriguée par son comportement. Ce qu'elle vit la stupéfia.
Peut-être qu'il croyait qu'elle ne le regardait pas, parce qu'il ouvrit le pot, plongea un doigt dedans, le posa,et porta son autre main à son masque pour le soulever.
Elle se retourna brusquement pour être sûr d'avoir bien vu. Il sursauta et le rabaissa immédiatement, laissant une trace de confiture à la framboise sur son faux visage. Maintenant, elle savait que ce n'était pas le vrai, parce qu'il y en avait un autre dessous. Elle avait juste vu qu'il avait une peau pâle et une bouche parfaitement humaine, aux lèvres rosées, mais ses soupçons étaient confirmés.
- Tu as un visage ? » s'écria-t-elle.
Il la fixa sans répondre, ses deux mains posé résolument sur sa face lunaire comme pour empêcher la jeune fille de le lui arracher. Il finit par secouer la tête de droite à gauche.
- Bien sûr que tu en as un, je l'ai vu. Pourquoi essayes-tu de le cacher ?
- Je n'ai pas... » il commença de sa voix faible, avant de se taire un moment. « Pardon… Je ne peux pas le montrer.
- Pourquoi ?
- Parce que… Je… Je n'ose pas…
Il se détourna d'elle, fixant quelque chose sur le mur. Le silence dura encore un moment, avant que Chihiro n'abandonne. Elle ne pensait pas qu'il y avait de mauvaises intentions derrière ce refus. Elle soupira, avant de remarquer un détail qui la fit sourire de nouveau.
- Tu as mis de la confiture de framboise sur ton masque. » Apparemment, l'esprit était toujours aussi gourmand que dans ses souvenirs.
Il leva la main pour la toucher, mais ne réussit qu'à l'étaler encore plus. La jeune fille soupira.
- Attend, je vais te chercher un chiffon.
Elle alla en pêcher un dans l'évier, avant de le lui apporter et de le porter à son masque. Il le lui prit gentiment des mains avant qu'elle ne puisse l'atteindre, et commença à frotter du mauvais côté.
- Attends, laisse-moi faire, tu ne vas jamais y arriver comme ça, » dit-elle en le lui reprenant. En deux temps trois mouvements, la tâche était partie, et elle se recula. « Écoute, je te promets que je n'ai pas vu grand-chose. Mais est ce que tu as un visage complet, là-dessous ? Depuis toujours ?
- Pas vraiment… Juste depuis quelques mois. Mais… je n'aime pas trop quand on le regarde. Ça me gêne… Même si je sais que c'est ridicule. Zeniba-sensai me le dit souvent.
C'était donc ça. Chihiro ne comprenait pas vraiment en quoi ça pouvait l'embrasser, mais s'il le disait, elle devait respecter.
Il reporta son regard sur elle, avant de se tourner vers l'omelette et de rajouter les épices qu'ils avait sélectionné auparavant, tandis qu'elle mit les affaires sur la table. Quand il se retourna, elle entendit de la surprise dans son chuchotement :
- Vous ne voulez pas manger dehors ?
Elle lui jeta un regard interrogatif.
- Manger… Dehors ? » Ce n'était pas que l'idée ne lui plaisait pas, c'était qu'elle lui semblait étrange. Même si ses parents avaient acheté une maison avec un jardin, ils n'y passaient pas de temps du tout – il n'y avait qu'à voir l'état de la pelouse pour s'en rendre compte. Elle ne l'avait vu qu'une fois complètement tondue, et c'était il y a une éternité, pour fêter une promotion de sa mère avec tous leurs amis. « Pourquoi pas ?
- Il fait très beau, vous verrez.
- Kaonashi ?
- Oui ?
- Est ce que tu pourrais… arrêter de me vouvoyer ? Ça me fait vraiment bizarre, parce que j'ai l'impression que tu es plus vieux que moi.
Il se tourna et la fixa quelque secondes, avant de hoche lentement la tête.
- Merci, » répondit-elle.
Ils ramassèrent ensemble les affaires et les portèrent dehors. Chihiro sentait à peine le vent, alors que le soleil réchauffait sa peau doucement. L'air sentait un peu la ville, mais il s'y mêlait l'odeur de la végétation et la promesse d'une belle journée. Quelques instants plus tard, Kaonashi apporta l'omelette fumante sur une assiette, et la posa. Ils s'installèrent l'un en face de l'autre.
- Bon appétit.
- Bon appétit.
Il mangèrent en silence, mais un silence plus complice que gêné. L'omelette était vraiment délicieuse.
§
Elle rangeait les boîtes des épices tandis que Kaonashi faisait la vaisselle lorsqu'elle détecta le pas pesant de son père sur les escaliers. Cela ne fit pas tilt tout de suite, mais elle se rendit rapidement compte que des couverts qui se lavaient tous seules ne risquaient pas de réjouir son père. Elle se rua en avant pour prendre la place de l'esprit, se glissant sous son bras pour se placer devant lui et lui prendre son travail des mains sans réfléchir d'avantage. Il se recula, mais resta derrière elle. Elle pouvait presque le sentir, malgré son manque de chaleur corporelle.
- Bonjour papa, » dit-elle sans regarder son père, mal à l'aise, quand elle sentit qu'il était dans la pièce.
- Bonjour Chihiro. » Il bailla. « Bien dormi ?
- Oui, oui, » mentit-elle. Elle espérait de tout son cœur que son père n'allait pas remarquer qu'il y avait deux couteaux et trois assiettes, bien plus qu'elle n'aurait pu utiliser pour manger un simple petit déjeuné.
Il passa à côté d'elle et commença à se préparer son propre repas, tandis que sa femme venait derrière lui. Apparement, ils ne remarquaient rien d'anormal. Elle se détendit légèrement, jusqu'à ce qu'elle sentit des doigts froids frôler sa nuque.
Elle se figea lorsque Kaonashi se mit a jouer avec les mèches de ses cheveux libres, effleurant de temps en temps la peau de son cou. Son toucher aussi léger qu'un papillon la fit frissonner, mais elle ne retourna pas, pour ne pas avoir l'air étrange au yeux de ses parents.
Après quelque secondes, il s'arrêta, et n'y tenant plus, elle tourna la tête pour le voir quitter la cuisine. Elle croisa ensuite le regard de sa mère et baissa la tête vers son travail sans oser faire de commentaire. C'était rare que la jeune fille attrape le regard de la femme, et cela la perturbait. Pendant un instant, elle se demanda si sa mère se doutait de quelque chose, mais elle chassa cette possibilité. Tant qu'elle ne voyait pas l'esprit, il n'y avait aucun risques.
Elle termina de ranger leurs affaires et sortit de la cuisine pour aller le retrouver, curieuse à propos de son départ. Apparement, il n'était pas dans le salon ou au rez-de-chaussé, alors elle monta et le trouva en train de sortir de son ancienne chambre.
Avait-il fouillé ses affaires ? Le pincement d'inquiétude qu'elle ressentit était plus instinctif que réel, puisqu'elle avait si peu qu'elle ne possédait rien à cacher. Il lui adressa un sourire chaleureux et s'avança vers elle. Au dernier moment, sa main émergea, et il lui tendit un élastique violet. Elle le reconnu tout de suite.
- C'est…
- J'ai vu que tu ne l'avais pas mis, » répondit-il. Il déposa ensuite son ancien cadeau dans la main de la jeune fille.
Elle sentit une pincée de culpabilité. Elle avait oublié ce cadeau dans un de ses anciens tiroirs, alors qu'il avait été fait par ses amis pour elle. Elle baissa les yeux, un peu honteuse, en le mettant dans ses cheveux. Au moins, parmi toutes les choses dont je me suis débarrassée au travers des années, je l'ai gardé. Et je le portait énormément jusqu'à il y a six mois, et c'est Ayumi qui m'a conseillé d'en changer.
Et puis, encore une fois, Kaonashi veillait sur elle. Si cela avait été quelqu'un d'autre, elle aurait trouvé le geste un peu prétencieu – tu n'as pas mis mon cadeau – elle devinait qu'il n'y avait pas une telle intention derrière ce geste. Au contraire, elle n'était pas habituée à une telle gentillesse.Était-ce parce qu'elle avait moins de personne que les autres pour veiller sur elle qu'elle ne savais pas réagir, ou était-il spécialement attentif à ses besoins ? Elle lui posa spontanément la question.
- Kaonashi, pourquoi es-tu si gentil avec moi ?
- Gentil ? » répéta-t-il dans son habituel murmure. « Je… je ne suis pas spécialement gentil, je crois… C'est toi qui est gentille avec moi… Tu étais la première.
- Tu me l'as déjà dit.
Il dressa soudainement la tête, attentif. Chihiro le sentit après lui avec la chaire de poule qui grouillait soudainement sur sa peau, et regarda autour d'elle sans pouvoir mettre des mots dessus. La seconde d'avant, l'atmosphère était calme, même paisible, alors que maintenant, l'air crépitait presque tellement il était dense.
Chihiro ne comprenait pas ce qui avait changé, mais elle reconnaissait très bien la peur qui faisait battre son cœur. Elle l'avait rencontré pour la première fois juste en dehors du chemin creux. Les mots de l'esprit ne firent que de confirmer son doute :
- La barrière est cassée. » Elle sentit une peur identique à la sienne dans sa voix.
Le silence se prolongea de plusieurs seconde, interminable. La jeune fille joignit ses mains sur son torse, et se sentit frissonner. Kohaku est ici, elle réalisa. Maintenant qu'elle se trouvait devant le fait accomplit, elle se rendait compte qu'elle n'avait aucune idée à propos de la marche à suivre. Que devait-elle faire si elle le croisait dans la rue ? Fuir ? L'ignorer ? Lui parler comme si c'était un ami ?
Elle sentit une main rassurantes sur son épaule, et elle leva les yeux pour voir que Kaonashi s'était rapproché d'elle. Elle se rendit compte, en regardant dans ses yeux, à quel point elle venait d'avoir des pensées égoïstes. La voilà qu'elle ne faisait que de songer à sa petite personne, alors que l'esprit risquait peut-être sa vie à présent. Elle se força à trouver un peu de courage dans les tréfonds de son être, et rendit son regard avec résolution. Ce n'était pas l'heure de trembler. Il fallait agir, et vite.
- Qu'est ce qu'on doit faire ?
- Il faut que je trouve un moyen de cacher le sceau… et de me cacher aussi. Il ne faut pas qu'il le découvre avant tout. Attaquer Zeniba comme ça… » sa voix se changea en un murmure presque menaçant. « Jamais je ne lui pardonnerais.
- Tu crois qu'elle est… vaincue ? » Chihiro avait faillit dire morte. Mais Kaonashi l'entendit quand même.
- Je… Je ne sais pas… Mais je ne crois pas. Ce n'est pas possible, n'est-ce-pas ?
Chihiro sentit à quel point il avait besoin d'y croire. Elle pencha sa tête jusqu'à ce que son front touche presque le torse de l'esprit, avant de se rendre compte qu'elle avait voulu le toucher pour le rassurer. Elle s'immobilisa avant de déclarer d'une petite voix :
- Je suis sûre qu'elle a survécu. Une fois qu'il a vu qu'elle n'avait pas ce qu'il cherchait, il n'avait pas de raisons de la tuer… en admettant qu'il l'ai vaincue. Et Yubâba n'assassinerait jamais sa propre sœur, même si elle est cupide comme pas deux. Zeniba est peut-être blessée, mais elle sera rapidement sur pied.
- Puis, elle viendra ici, et on trouvera une solution tous ensemble, » renchérit-il. « Pour le moment, je dois juste me cacher, et tout ira bien. Il ne me trouvera pas… Il ne trouvera pas le sceau. Jamais.
- Jamais, » répéta Chihiro doucement.
Ils restèrent un moment en silence. Malgré la résolution qu'elle montrait dans sa voix, Chihiro n'était pas du tout convaincue. Que faire s'ils se retrouvaient face au pire ? La question tournait en rond dans sa tête, obstinante comme une chanson dont les mots collaient à la mémoire sans les notes. Et s'il arrivait du mal à Kaonashi ?Il semblait qu'il ne pouvait pas faire trois pas sans chambouler l'univers de la jeune fille, mais elle commençait vraiment à s'attacher à sa gentillesse. Elle n'osait le toucher, mais dans son cœur, elle s'accrochait déjà à lui comme à un radeau au milieu d'un océan d'indifférence. Elle ne voulait pas le perdre.
- Je crois que je vais partit» demanda-t-il gentiment. Sa main se souleva de son épaule vers sa joue, et leva son visage vers lui. « Maintenant qu'il est ici, ça risque d'être dangereux pour toi…
- Reste ! » cria-t-elle spontanément. Elle sentit le rouge gagner ses joues, tandis qu'elle s'expliquait avec précipitation « Je… je serais trop inquiète si tu partais. Si tu peux te cacher ici, alors pourquoi partir ? Si tu sors, il risque de te voir.
Elle l'entendit inspirer, mais les mots ne sortirent pas. Elle n'avait jamais vu ses yeux aussi larges, et supposa qu'il devait être au moins aussi surprit qu'elle de la spontanéité de sa réponse. Puis, les marques noirs de son masque redevinrent normales, et il lui adressa un sourire.
- D'accord, je vais rester… si tu insiste tant.
- Je… je n'insiste pas ! » protesta-t-elle, horriblement embarrassée. « Je disais juste que c'est la meilleure solution pour toi.
- Sûrement. Je te fais confiance, Chihiro, » répondit-il doucement.
§
- Où est ce que tu va dormir ? » demanda Chihiro, pensive. Elle avait amené ses devoirs de mathématique sur la table de la terrasse pour travailler dans un endroit agréable, mais le temps était trop beau pour qu'elle puisse se concentrer. Elle s'était laissé à observer Kaonashi à côté d'elle, qui avait rassemblé des tiges et qui les tressaient habilement. « Je suis désolée de t'avoir fait dormir dans la cabane le premier soir.
- Est ce que ça te dérange si je m'installe sur le canapé, alors ? Je ne dors pas autant que les humains de toute façon, donc je me mettrais au lit après vous et je me lèverais avant vous, » répondit-il sans ralentir la danse de ses longs doigts.
- Tu pensais dormir sur le canapé ? Mais alors, où as-tu dormi hier soir ?
- Dans la cabane.
- Hein ? » Elle revit Kaonashi près de la cabane, ce matin, avant qu'elle ne l'appelle. Il avait donc dormi de nouveau dans cette petite hutte horrible ?
- Oui, je ne voulais pas m'installer quelque part où je n'aurais pas le droit…
- Mais tu aurais dû me demander, si tu voulais dormir sur le canapé.
- Tu dormais déjà…
- Tu aurais dû me réveiller, » insista-elle. Elle se souvint qu'elle avait justement eut du mal à trouver le sommeil.
- Je ne voulais pas te priver de sommeil. Tu en as plus besoin que moi…
- Mais je ne peux pas te laisser dans la cabane… » une pensée la frappa brusquement. « Kaonashi… est ce que tu as mangé autre chose que ce que je t'ai donné ?
- Non… Mais je n'avais pas faim, je te promets. C'est comme le sommeil. J'en ait pas autant besoin que les humains.
Chihiro avala sa salive. Elle ne le comprenais pas vraiment. L'idée que quelqu'un puisse se soucier à ce point de quelqu'un d'autre lui était étrange. Il n'avait peut-être pas autant de besoins qu'un autre, mais sa principale préoccupation semblait être de ne pas la déranger.
- Tu devrais demander plus. Tu n'as pas à avoir peur de me réclamer quelque chose. J'ai dit que je t'invitais, c'est ma responsabilité de veiller à ce que tu te sentes bien ici.
- Je… Je suis désolé. J'ai pas l'habitude. Avec Zeniba-sensei... » Il fit une courte pause, comme si ce nom lui avait fait physiquement mal. « Avec Zeniba-sensei, je devais sans cesse m'occuper d'elle, veiller à ce que tout se passe bien dans la maison. C'était ma seule façon de la remercier pour tout ce qu'elle faisait. C'est pour ça que… ça me fait un peu bizarre de devoir demander. Et je n'ai pas particulièrement besoin de plus, alors…
Il arrêta son tissage et posa un instant ses poignets sur la table, pataud. Chihiro sentit un élan de compassion devant sa triste mine. Elle voulu poser sa main sur le poignet, approcha ses doigt, mais les retira lorsqu'elle se rendit compte qu'elle allait le toucher. Elle ne se sentait pas très à l'aise à cette idée, bien que de ce qu'elle avait vu, il n'avait pas de problèmes à s'approcher d'elle.
Le vent soufflait doucement dans l'herbe haute, et les arbres au loin froufroutaient. Un petit esprit des plantes passa sur la terrasse, s'arrêta un instant pour lever un œil inquisiteur vers les occupant de la table, avant de continuer sa route comme si de rien n'étais.
Tout semblait si paisible. La jeune fille n'arrivait pas à s'imaginer qu'un dangereux dragon errait dans la ville, probablement à la recherche de celui qui se trouvait tranquillement assit à côté d'elle. Elle n'arrivait même pas à imaginer que ce dernier était traqué, à en juger par son attitude. Peut importe ce qu'elle s'était imaginée lorsqu'elle avait apprit que Kohaku était dans le même monde qu'eux, elle ne s'était certainement pas attendu à ça.
Elle sursauta quand sa mère tira la porte coulissante. Encore une fois, la jeune fille loua le ciel que sa mère fut incapable de voir l'esprit à côté d'elle, mais cela n'empêcha pas de ressentir un élan de culpabilité lorsqu'elle se demanda si elle avait le droit de l'inviter comme elle le faisait.
- Chihiro, téléphone. Ayumi.
Et sa génitrice disparut de nouveau dans les profondeurs de la maison. Sa fille soupira, soulagée qu'elle ne se fut pas attardé. Bien que ses parents n'avait aucuns moyens de se rendre compte qu'elle était accompagnée, à chaque fois qu'ils la surprenait avec lui, elle avait l'impression de se faire prendre en flagrant délit.
Puis elle se rappela qu'Ayumi n'était pas de nature patiente.
- Je reviens, Kao', » lança-t-elle sans se rendre compte qu'elle avait raccourcis son nom dans sa précipitation. Elle rentra dans la maison. Comparé à la lumière qui inondait le jardin, l'habitation était bien sombre, et elle trouva à tâtons le téléphone décroché.
- Allo ?
- Allo Chihiro ? C'est toi ?
- Oui, qu'est ce qu'il y a ?
- Ça te dirait de sortir ce soir ? Yui m'a parlé d'un bar à chat TROP CHOU et je voulais aller le voir. J'ai entendu dire que les chats son plus actifs le soir, alors il faut qu'on aille voir ça !
- Ce… ce soir ?
- Ouais, ce soir ! Tu viendras ?
- Heu…
Elle ne savais pas quoi répondre. Elle voulais passer du temps avec Kaonashi, non pas parce qu'elle trouvait sa présence particulièrement intéressante (enfin, d'après ce qu'elle voulait croire), mais parce qu'elle croyait l'avoir beaucoup délaissé, surtout au début, et qu'elle voulait compenser. Mais elle ne pouvait pas répondre à son amie qu'elle n'osait pas venir parce qu'elle avait invité une sorte de fantôme noir avec un masque blanc et un visage dessous (ce dernier détail la choquait encore)à rester chez elle, et qu'elle devait lui tenir compagnie. Ce serait sans doute la dernière excuse qu'elle donnerait à Ayumi avant que cette dernière la prenne pour une folle et se mette à l'éviter.
Elle abandonna donc l'idée.
- Il faut que je demande à ma mère… Et on est quand même dimanche, on a l'école demain.
- Si tu pars de chez toi à cinq heures, on sera de retour à sept, t'inquiète pas. Mais va demander à ta mère, maintenant, comme ça je peux savoir.
- Heu… D'accord, attend. » Chihiro éloigna le combiné de son oreille et le couvrit de sa main. « PAPA ? » cria-t-elle dans l'escalier.
- Oui, Chihiro ? » répondit la voix étouffé de son paternel depuis son bureau.
- Est-ce que je peux aller avec Ayumi jusqu'à sept heures ? Elle veut me montrer quelque chose en ville !
- Oui oui, Chihiro…
La jeune fille savait qu'elle n'avait plus besoin de demander à sa mère, maintenant : cette dernière avait probablement entendu la conversation, tapis quelque part dans la maison comme un carpeau attendant qu'une mouche passe à sa porté. Elle reposa le téléphone contre son oreille.
- Il a dit oui.
- Parfait. On y va, alors ? On se retrouve à ton arrêt de bus à cinq heures
- Le bus passe toujours à cinq heures dix. » Chihiro leva les yeux, pour voir Kaonashi debout devant la porte du salon. La tête penchée sur le côté, il semblait intriguée par ce qu'elle faisait.
- C'est ce que je voulais dire. Allez, à toute.
- Heu… » distraite par la soudaine apparition de l'esprit et son regard insistant, elle hésita un instant avant de retrouver ses mots. « Ouais, c'est ça, à toute.
Ayumi raccrocha, et la jeune fille reposa le combiné.
- Qu'est ce que c'est ? » il demanda, curieux.
- Quoi, ça ? Un téléphone. » Chihiro se rendit compte qu'il n'en avait peut-être jamais vu. « Tu parle dedans à d'autre gens, et il t'entends, puis ils te répondent.
- Comment ça marche ?
- Heu… En fait je ne sais pas vraiment.
- Avec de la magie ?
Maintenant, elle comprenait où il voulait en venir. En temps qu'apprenti sorcier, il était surement intéressé par tout ce qui pouvait se rapporter à la magie.
- Non, juste avec de l'électricité. C'est une sorte d'énergie, mais pas de la magie.
- Ah.
Elle ne releva pas. Il sortit juste sa petite tresse d'herbe et continua à l'assembler comme si de rien n'était. Chihiro se demanda comment lui annoncer la nouvelle.
- Kao... » Elle se reprit. Il avait suffit qu'elle raccourcisse son nom une fois pour que ça lui vienne plus naturellement que son son vrai nom. « Kaonashi, à propos de ce soir…
- Qu'est ce qu'il y a ?
- Je vais sortir avec une amis. Ça ne te dérange pas ?
- Non.
Apparemment, il acceptait mieux qu'elle sorte qu'elle-même. Elle avait un peu de mal à croire que l'annonce serait si facile.
Ce fut portant lui qui reprit la parole.
- Chihiro, heu…
Il s'arrêta de tresser, et leva son masque vers elle. Elle sentit que lui aussi avait une demande sur le cœur.
- Oui ?
- J'aime bien quand tu m'appelles Kao. Est ce que tu pourrais le faire plus souvent ?
Elle se retint de sourire à pleine dent. Elle avait eut peur de l'offenser en prenant la liberté de raccourcir son nom, même par accident, et elle était soulagée qu'il n'en soit pas dérangé.
- Bien sûr, Kao.
§
{Tout d'abord, j'ai besoin de faire une annonce importante auquel je n'ai pas pensé dans ma dernière notre d'auteur. J'ai beaucoup de choses à faire en ce moment, je ne suis donc pas très libre pour écrire cette fanfiction… Ce n'est pas que je n'ai pas envie, c'est juste que je n'ai pas le temps. Je n'ai rien de précis concernant ma régularité de publication, mais sachez juste que cela va prendre long. Je pense que c'est juste une période de l'année comme ça, après ça sera plus rapide.
J'ai raccourcis le nom de Kaonashi ! Depuis le temps que ça me démangeait. Je sais que le nom de Kaonashi veut dire « sans visage », mais j'ignore ce que veux dire Kao (si ça veut dire quelque chose). J'aurais pu le surnommer Kaon, mais c'est un nom plus féminin, donc je ne l'ai pas pris. Et même si je ne l'ai pas affirmé haut et sort, j'espère avoir bien montré que cet esprit est plus masculin que féminin, rien que dans sa carrure. De plus, il y a de très forte indications que Kaonashi préfère les filles aux garçons dans le film (même si ce n'est pas un indice décisif), mais j'en parlerais plus dans un prochain chapitre.
En parlant de mon manque de connaissance du japonais, il es probable qu'on vouvoie pas au Japon de la même manière qu'en France. Dans ce cas, on peut remplace tous les « vous » pas la forme de politesse d'usage dans ce cas précis. Je ne sais qu'une seule chose, c'est que le système de politesse des japonais est très compliqué, et je ne me sentais pas le courage de m'aventurer sur un tel terrain. J'ai déjà du mal pour le français…
J'ai remarqué que Kaonashi donne toujours l'impression de ne rien faire quand Chihiro le trouve quelque part. Il regarde l'horloge, les murs de la cabane… Je suppose qu'il a passé quand même des années (avant les évènements du film) à ne rien faire, donc ça va…
J'espère que vous avez passé un bon moment,
Clayem.}
