[Je ne suis pas la créatrice du Voyage de Chihiro, ni n'est affiliée à aucun de ses créateurs ou distributeurs. Je ne tire aucun profit de cette production, autre que celui de m'améliorer et de m'amuser.]
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{Le 'café à chat' que j'évoque dans ce chapitre se base sur le principe des 'Neko Cafés' (merci tigrou19 pour l'information) mais comme je n'ai sut leur nom qu'après avoir écrit ce chapitre, je ne voulait pas vraiment faire des recherches et réécrire.}
6 – Café
Pendant un moment, Chihiro cru que sa meilleure amie l'avait oubliée. Celle qui voyait les esprits descendit du bus sur le trottoir, pas très rassurée par cette sortie qu'elle avait acceptée de faire sans grande motivation. Elle songea à Kaonashi, qui l'avait accompagnée jusqu'à la porte d'entré et qui était resté sur le porche pour la regarder partir. Maintenant qu'elle se trouvait seule en ville, à attendre une amie qui aurait dû être là, elle se rendit compte qu'elle aurait préféré rester tranquillement chez elle à regarder la télé.
Elle regardait autour d'elle nerveusement, pas très sûre de ce qu'elle devait faire. Est-ce que Ayumi l'attendait déjà au café ou était-elle en retard ? Chihiro n'espérait pas que la première possibilité soit la bonne, parce que cela voudrait dire qu'elle devait aller la retrouver, et elle avait compté sur la noiraude pour l'amener au bon endroit.
Finalement, Ayumi tourna tranquillement au coin de la rue et lui fit signe de la main. Chihiro lui répondit timidement, soulagée de ne pas avoir à se lancer dans une exploration approfondie de la ville. Les deux jeunes filles se rapprochèrent l'une de l'autre et la brune se surprit à sourire. Quoiqu'elle puisse penser, un moment avec Ayumi était toujours un bon moment.
- Salut ! » lança cette dernière. « Alors, on y va ?
- Oui, allons-y.
- Tu vas voir, Yui m'a dit qu'ils avait eut des chatons adorables récemment.
Sur cela, la noiraude se tourna dans la direction d'où elle était arrivée et Chihiro n'eut d'autre choix que de la suivre. Elles n'eut pas de mal à adopter le pas rapide de son amie, même si elle ne se sentait pas aussi impatiente qu'elle d'arriver. Elles s'enfoncèrent toutes les deux dans la masse tiède de la ville en fin d'après-midi. Déjà, les néons des publicités et des enseignes s'allumaient, en une pâle imitation de l'illumination multicolore des rue nocturnes japonaises. Elles vivaient dans une petite ville, mais cela n'empêchait pas les rues commerçantes de se parer de leurs plus beaux atours une fois le soleil couché.
Elles marchaient l'une à côté de l'autre. Ayumi parlait de sa balade à vélo avec son frère, mais à vrai dire Chihiro n'écoutait pas vraiment. Son esprit était encore à la maison, avec Kaonashi. Les derniers évènements n'était pas pour la rassurer. Elle craignait que Kohaku ne le débusque et ne le blesse alors qu'elle ne se trouvait pas là.
La foule, au fur et à mesure qu'elles traversaient le centre-ville, se densifiait sensiblement. Bientôt, Chihiro marchait derrière son amie pour ne pas heurter les gens, et les deux avançaient sans parler.
C'est alors qu'elle le vit.
Il apparut d'un coup, au détour d'une épaule, comme tant d'autre visages. Ce qui attira les yeux de la jeune fille, ce fut ses cheveux verts foncés qui retombaient, raides et dense, sur ses épaules. Pendant une fraction de secondes, elle détailla son visage sans le reconnaître, guidée par un vague sentiment de familiarité, puis la réalisation la frappa comme un poing dans la figure.
Les iris verts du dragons croisèrent son regard. Elle détourna le sien immédiatement, comme s'il l'avait brûlé.
La peur, la même peur insidieuse qui l'avait possédé devant le chemin menant au monde des esprits, serra sournoisement sa cage thoracique. Jusqu'à présent, il y avait encore une chance que ce ne soit pas Kohaku qui avait traversé de l'autre côté, même si elle n'avait pas vraiment considérée une autre possibilité. Maintenant, elle se trouvait face au fait accomplit.
Peut-être qu'il ne l'avait pas reconnu. Cela faisait quatre ans qu'ils ne s'étaient pas vus, et elle avait elle-même mit un instant pour mettre un nom sur son visage. Elle avait changée, tout comme lui. Elle tenta de se remémorer la brève vision qu'elle avait eut de lui. Il avait vieillit. Son visage déjà fin s'était encore affiné et il avait grandit, mais il avait toujours cette même peau pâle et lisse comme une surface de verre et cette expression impénétrable qu'elle observait plus jeune quand il vaquait aux les affaires de Yubâba.
Petit à petit, elle sentit la peur battre la retraite. Kohaku avait été un flash dans la foule, rien de plus. Il ne la poursuivait pas. Peut-être – elle sentit son cœur s'envoler à cette idée – qu'il ne l'avait pas reconnu. Elle l'espérait de tout son cœur. Elle ne se sentait pas prête à faire face à ces prunelles vertes.
Quelques minutes de marche plus tard, Ayumi poussait la porte d'un café de taille modeste, et dont la vitre était couverte par une immense affiche avec un chat porte-bonheur tricolore dessus. Chihiro s'y engouffra avec gratitude. Une fois caché dans le café, elle se sentit bien plus en sécurité. Le soulagement qu'elle ressentit en y entrant fut la première chose qu'elle remarqua. Elle avait l'impression d'être à l'abris.
- Bonjour mesdames ! » Les accueillit une vois aiguë. Les filles se tournèrent dans la direction la voix, et virent une petite femme, un peu ronde, aux yeux très bridés. Elle ressemblait elle-même à un chat. « Je peux faire quelque chose pour vous ?
- C'est la première fois qu'on vient ici... » s'avança Ayumi. Elle regarda autour d'elle avec excitation. Elle s'amusait déjà.
Les deux jeunes filles étaient rentrés dans un petit vestibule vitré, qui faisait devait faire office de sas quand la seconde porte était fermée afin d'empêcher les chats de vadrouiller en ville. Le café en lui-même était petit et atypique Des coussins et des tables basses posé sur un tatami avaient été disposés de façon à ce que les clients – enfin, pour être plus précis, les clientes – puisse interagir avec les félins qui déambulaient librement. Sur les murs étaient épinglés des photos des chats, vedettes incontestables de l'endroit. Une petite porte fermé d'un rideau menait dans l'arrière-boutique, et les fenêtres était couverte d'affiches tournées vers l'extérieur, de sorte que la lumière douce qui baignait l'endroit venait en majeure partie des lampes rondes suspendues au plafond.
- Alors donnez-moi vos manteaux… Par-ici.
Les deux amies retirèrent leur vestes et les donnèrent à la dame. Elle les prit sur un bras, avant de leur présenter de l'autre une table. Les deux filles s'inclinèrent respectueusement en remerciement et prirent place.
Immédiatement, un chat assez imposant au poil blanc moucheté de brun vint se frotter contre les jambes d'Ayumi en quête que caresse. Elle lui en accorda une avec hésitation, et ne put réprimer un sourire lorsque la fourrure soyeuse vibra doucement sous ses doigts. Chihiro, nettement plus calme mais encore un peu secouée, prit la carte posé sur la table et en commença la lecture. Elle avait envie d'un thé ou d'une tisane après un tel choc.
Après avoir disparut dans son arrière-magasin avec les manteaux, la propriétaire revint en trottinant à sa place, sur une chaise. Un somptueux chat blanc sauta gracieusement sur ses genoux, et elle la caressa avec tendresse. Se rendant compte qu'elle avait été en train de la fixer, Chihiro baissa de nouveau les yeux vers les choix proposés. Il lui fallait un thé, un bon thé…
Dans sa vision périphérique, elle vit la porte d'entrée s'ouvrir, quelqu'un rentrer et la fermer derrière lui. La propriétaire se leva, mais elle se rassit, sans saluer le nouveau venu. Intriguée, Chihiro leva de nouveau les yeux, mais elle les baissa sans attendre.
Il les avait suivit.
Ses mains tremblaient. Il l'avaitreconnue. Malgré les quatre ans et le fait qu'il n'était jamais venu la retrouver, il se souvenait d'elle. Elle ne savait pas si elle se sentait horrifiée ou touchée par le fait qu'il avait identifié son visage. Elle son coeur battait dans sa poitrine. Allait-il lui parler ? Et que faire s'il s'adressait à elle ? Elle se força à lire la carte, mais n'en comprenait pas un mot. Elle se força à inspirer et à expirer, lentement. Elle ne pouvait pas se permettre de paniquer, pas maintenant. Elle devait penser à Kao. Elle ne devait pas le trahir. Elle ne pouvait pas le trahir. Elle serra des poings.
- Qu'est ce que tu prends, Chi-san ?
Chihiro leva les yeux vers son amie, un peu surprise. Elle se rendit compte que Kohaku devait être invisible au yeux d'Ayumi, sinon elle lui aurait donné un coup de coude dès que le dragon aurait passé la porte d'entré. Un cœur d'artichaud comme elle ne pouvait s'empêcher de remarquer tous les garçons qui passaient.
- Je ne sais pas… Je pensais prendre un thé.
- Un thé ! Ça va bien coller à l'ambiance.
Le dragon choisit ce moment pour mettre les nerf de Chihiro à l'épreuve, en tirant un coussin du pied et en s'installant à la table devant elle. Elle se força à ne pas le regarder, même si elle était cruellement conscience de son moindre mouvement. La peur affinait sa perception : elle avait l'impression de sentir la moindre molécule d'air contre sa peau.
- Chi-san, ça va ? Tu semble pâle.
- Ah bon ? » Elle se sentait tellement angoissée qu'elle aurait frappé Ayumi pour avoir fait une telle remarque devant Kohaku, rendant son trouble évident – au cas où il ne l'aurait pas déjà remarqué.
Il était évident qu'Ayumi ne voyait pas le garçon au cheveux verts assit devant elles, sinon elle aurait fait une remarque, et Chihiro s'y attendait à moitié, étant donné qu'elle était la seule des deux à voir les êtres surnaturels. Elle devait donc s'en tenir à la règle qu'elle s'était établie dans ces moments-là : faire comme si les esprits où les être invisibles au commun des mortels n'existaient pas, pour ne pas passer pour folle.
Elle sentit ses nerf se détendre. Ça, elle savait faire. C'était comme d'habitude. Pas de quoi s'inquiéter, elle remplissait ce rôle à merveille.
- Je crois que c'est parce que je ne sais pas comment réagir… C'est la première fois que je viens dans un endroit pareil, » répondit-elle finalement du ton le plus tranquille dont elle était capable.
- Je suppose que c'est comme un café normal…
Ce fut ce moment que choisit un chat pour daigner s'intéresser à Chihiro. Il renifla sa cuisses, avant de lui sauter sur les genoux d'un seul mouvement. Puis, il se tourna vers elle et la regarda d'un air qui disait clairement : « Caresse-moi ». Elle aurait sourie si elle avait eut le courage. Elle posa avec hésitation sa main sur la tête de l'animal.
- Je crois que je vais prendre un thé à la mente. Je ne suis pas une grande fan du thé, mais pour une fois... » réfléchit à voix haute Ayumi.
- Moi aussi, alors, » répondit Chihiro. Elle venait de lire la liste, mais n'aurait pas pu mentionner un seul nom même si elle l'aurait voulu.
- Alors on peut commander… madame ?
La gérante se leva et s'approcha d'elles avec un sourire doux.
- Oui ?
- On aimerait deux thé à la mente, s'il vous plait, » demanda poliment la noiraude.
La femme inclina brièvement la tête et se volatilisa avec un sourire dans l'arrière-boutique. Chihiro consacra toutes son attention au chat sur ses genoux, tout en essayant vainement d'oublier le garçon assit directement devant elle. Elle pouvait presque sentir les yeux qui ne la quittait pas. Que pouvait-il bien lui vouloir ? Ce n'était pas elle qui avait ce qu'il voulait, non ?
- Chihiro ?
Elle sursauta et regarda Ayumi. Cette dernière semblait visiblement intriguée par l'attitude inhabituelle de la jeune fille, et la fixait attentivement, comme si elle essayait de percer son secret.
- Tu es méga tendue… Tu es sûre que ça va ? On dirait que tu vas t'enfuir en courant à tout moment.
- Non… Non, pas du tout ! C'est joli ici, et super calme. » Chihiro sentait bien qu'elle racontait n'importe quoi, mais ses lèvres bougeaient presque toutes seules. « C'est juste que demain il va y avoir un test en mathématique et je ne sais pas si je suis prête du tout ! Ce serait vraiment ennuyeux pour ma moyenne…
- Mais… On a pas mathématique lundi…
- Je voulais dire, après-demain ! On a mathématique après-demain, avec un test… » Honnêtement, Chihiro n'en avait aucune idée, mais ce n'était pas sa première priorité pour le moment.
- C'est vrai… » Apparemment, Ayumi commençait à se souvenir de quelque chose qui allait dans la même direction que ce que brodait sa meilleure amie. « Et dire que j'avais complètement oublié ! Bon sang, il va falloir que je rentre un peu plus tôt pour m'y mettre sinon je ne vais jamais y arriver ! » Elle aussi commençait à paniquer légèrement.
La brune n'arrivait pas à croire qu'elle soit tombé juste à propos du test, avant de se souvenir que c'est ce qu'elle avait révisée toute la journée, un détail qu'elle avait oublié dans sa panique. Elle avait eut de la chance. Elle retint ses yeux juste avant qu'ils n'aillent la trahir se posant sur le garçon devant elle.
- Tu veux quand même rester ? » Demanda Ayumi, soucieuse.
- Je ne sais pas… Est ce que tu n'as vraiment rien fait ? » Son instinct de conservation lui criait qu'elle devait supplier Ayumi de rentrer réviser pour qu'elle puisse s'éloigner le plus possible de cet endroit, mais cela pourrait sembler louche aux yeux de Kohaku.
- Rien du tout…
- Alors je crois que c'est mieux qu'on vienne une autre fois... » Chihiro sentit un immense soulagement envahir sa poitrine à l'idée qu'elle pouvait partir. Elle n'en demandait pas plus. « On doit dire à la propriétaire qu'on ne reste pas.
La noiraude le leva rapidement, sans même approuver la proposition de sa meilleurs amie. Elle aussi paniquait intérieurement, mais pas pour les mêmes raisons que Chihiro. Cette dernière eut juste le temps de se mettre debout et de la suivre.
Ayumi poussa le rideau qui cachait l'arrière-boutique, et la femme qui les avaient accueillies apparut, en train d'attendre patiemment devant une bouilloire que l'eau soit chaude. Elle leva la tête et eut l'air surprise de leur entrée.
- Je suis sincèrement désolé, mais j'ai bien peur qu'on ne puisse rester plus longtemps... » Ayumi s'inclina avec précipitation après sa déclaration, et Chihiro l'imita, un peu mal à l'aise. Cette dernière n'aimait pas vraiment sortir du lot, contrairement à sa meilleure amie qui n'en avait pas peur.
En se baissant, elle remarqua qu'un autre chat était là, la fixant paisiblement, perché sur une pile de coussins supplémentaires. Elle l'observa avec curiosité, avant de se rendre compte que ce félin avait deux queues. Un esprit, peut-être le gardien des lieux. Elle n'était pas supposé le voir. Elle détourna les yeux avec précipitation, et détailla la petit pièce. Il n'y avait rien d'intéressant ici, à part les fournitures nécessaire au bon fonctionnement d'un petit café comme celui-là et une dizaines de panthères au mur sur lequel pendait les vestes des jeunes filles, entre autres.
- Ce n'est pas un problème, mesdemoiselles, je n'ai pas encore préparé le thé, » Après son moment d'étonnement, la femme retrouva son sourire bienveillant. Elle se leva délicatement, décrocha leurs manteaux et les leurs tendit, que les deux amies reprirent, soulagées qu'elle ne leur en veuille pas pour leur départ prématuré. « J'espère vous revoir bientôt.
- Nous aussi, madame. Nous reviendront dès que possible, » promit Ayumi. « Bonne soirée !
- Bonne soirée, » répéta Chihiro.
- Bonne soirée, » termina la femme.
Les deux filles se retournèrent. Chihiro laissa un instant ses yeux vagabonder sur la salle et remarqua la haute silhouette de Kohaku qui se levait, mais, par chance, il ne regardait pas dans sa direction. Elle ne lui laissa pas le loisir de la repérer qu'elle l'avait vu, et détourna la tête, seulement pour croiser les yeux ambrés du gardien des lieux.
Tricolore, il (ou plutôt elle, à en juger pas sa couleur) s'était posté près de la porte et semblait poliment attendre qu'elles sortent. Légèrement plus grand qu'un vrai chat, sa fourrure parfaitement propre et en bonne santé, elle observait les moindre gestes de Chihiro, visiblement intriguée par la jeune fille. Cette dernière évita de la fixer en passant près d'elle, et sortit précipitamment à la suite de son amie.
- Ça te dérange si je ne te raccompagne pas à l'arrêt ? Je suis un peu nerveuse à propos de ce test… » Ayumi semblait plus anxieuse qu'elle le disait en demandant cela.
Chihiro se rendit soudainement compte qu'il était probable que le dragon se mette à la suivre. Sa première impulsion fut d'insister pour que la noiraude vienne avec elle, mais c'était égoïste de vouloir une chose pareille.
- Non, rentre le plus vite possible. Je vais faire de même.
- D'accords… Alors à demain !
Les deux filles se firent la bise, et partirent dans des directions opposés. Auparavant, Ayumi avait fait un détour pour rejoindre son amie, mais elle prenait maintenant le chemin le plus court.
Chihiro se retrouva seule. Elle sentit un doigt de peur glacé lui parcourir le dos, et se mit en route.
§
Elle avait marché d'un pas si rapide jusqu'à l'arrêt de bus que les muscles de sa cuisse la lançaient encore un peu quand elle descendit de ce dernier, pas très loin de chez elle. Mais cela en valait la peine, puisqu'elle n'avait pas vu l'ombre d'un certain garçon au cheveux verts, et espérait que cela en resterait ainsi jusqu'à ce qu'elle passe la porte de chez elle. Peut-être l'avait-elle semé en chemin, et avec un peu de chance elle ne le croiserait plus.
La route se teignait d'orange dans la lumière du soleil couchant, tandis que son ombre s'allongeait de trente mètres sur le bitume devant elle. Débarrassé du poids de l'angoisse, elle se sentait légère comme un ballon d'hélium. Seul persistait une pointe de remords d'avoir du mentir à sa meilleure amie, mais elle savait que cela n'allait pas durer. Cela faisait si longtemps qu'elle cachait qu'elle pouvait voir les esprits qu'elle en avait l'habitude à présent.
Son cœur fit un bond de deux mètres lorsqu'elle entendit quelque chose atterrir derrière elle. Immédiatement, ses entrailles savaient ce que c'étaient, et elle du faire un incroyable effort de volonté pour ne pas se retourner ou partir en courent. Elle avait presque oubliée que Kohaku pouvait voler.
Elle vit son ombre se projeter près de la sienne sur le bitume, déformée par l'angle de l'astre du jour, mais qu'elle aurait reconnu ente mille. Elle ne s'était jamais autant concentrée pour marcher sans se presser. La dernière fois qu'elle avait été suivie par Kaonashi n'avait rien à voir avec ce moment-là. Elle avait l'impression d'être poursuivie par les flammes de l'Enfer.
- Chihiro ?
Elle grimaça quand elle entendit sa voix, mais sinon ignora miraculeusement son appel et continua d'avance comme si de rien n'était. Une voiture descendit la route et la passa avec un chuintement blasé, cachant un instant leurs ombres. Quand elles réapparurent, la jeune fille sentit la peur revenir à la charge avec une intensité de blizzard : Kohaku était juste derrière elle. Elle se trouvait à deux doigt de craquer et de partir en courant. La seule barrière qui l'empêchait de le faire était de savoir que Kao l'attendait à la maison. Si elle courrait, elle se trahirait inévitablement, et l'esprit avec. Elle ne pouvait pas faire ça. Pas à lui. Elle s'était promise qu'elle le protégerait du mieux qu'elle pouvait.
- Chihiro, » répéta-t-il. Cette fois, il n'y avait plus de question dans sa voix : soit elle répondait, soit elle ne répondait pas.
Elle continua de marcher, incapable de détacher ses yeux de l'ombre de Kohaku, elle continua de l'ignorer, incapable de s'échapper. Elle le vit tendre la main pour la toucher, mais elle ne sentit jamais le contacte. Il s'arrêta, tandis qu'elle continuait sans même regarder derrière elle. Tandis qu'elle avançait, elle voyait de moins en moins son ombre, jusqu'à ce la sienne fut seule sur le bitume.
Elle arriva devant chez elle, et posa sa main sur le portail et fit une pause. Non, elle ne devait pas regarder en arrière. C'est Kohaku lui-même qui le lui avait apprit. Surtout, ne pas regarder en arrière.
Elle ouvrit la barrière, traversa son jardin et rentra chez elle.
Une fois à l'intérieure, elle repoussa la lourde porte avec un soupir de soulagement, et s'accorda quelques secondes pour simplement reprendre son souffle dans l'entré obscure. Elle pouvait sentir la tension s'évaporer et ses battements de cœur se calmer lentement. Elle pressa son dos contre le battant et se laissa glisser jusqu'à ce que ses joues furent pressées contre ses genoux.
Elle avait envie de pleurer.
Quatre ans. Elle avait attendu quatre ans pour ce moment, et quand elle le revoyait enfin, elle ne pouvait même pas lui dire qu'elle était heureuse de le voir. Elle avait décidé de laisser ce passé s'en aller, mais elle avait l'impression que hier seulement, elle traversait le tunnel en direction de la voiture familiale. Si seulement il n'avait pas attaqué Zeniba, ou obéit à Yubâba, peu importe ce qui s'était vraiment passé, elle aurait pu lui adresser un sourire en croisant son regard dans la foule. Elle aurait pu rester dans le café, à se réjouir secrètement qu'Ayumi ne pouvait pas voir celui qui était assis en face d'elles. Elle aurait pu se retourner sur le chemin, et lui répondre que cela faisait longtemps.
Mais cela avait été impossible. Face à lui, elle n'avait eut d'autre choix que de se réfugier lâchement dans la fuite. Elle avait fait comme s'il n'était pas là, et elle se sentait misérable pour ça.
- Chihiro ? » Demanda une voix aussi légèrement qu'un souffle de vent.
Elle leva les yeux. Pendant un instant, elle distingua à contrejour une silhouette noire et massive, mais la seconde d'après cette vue se troubla et une grosse perle humide glissa le long de sa joue.
- Chihiro !
La silhouette se précipita en avant, se mit à son niveau et posa doucement une main froide sur un de ses genoux. Elle frissonna au contacte. Au travers de ses larmes, elle pouvait distinguer la face lunaire qui se penchait vers elle, et laissa échapper un petit sanglot étouffé. C'était plus fort qu'elle. Le soulagement et la tristesse se mêlaient si bien qu'elle n'aurait pu dire où se terminait l'un et où commençait l'autre.
Quelque chose de tiède et dur s'appuya contre son front, et elle mit un instant pour se rendre compte que c'était Kao. Elle n'avait qu'à lever les yeux pour contempler les tâches peintes de son masque, à quelque centimètres du bout de ses cils. Même si le geste était un peu intrusif, il était bienvenu car entièrement bienveuillant.
- Qu'est ce qui s'est passé ? » La voix de Kao n'était qu'un filet de son à peine perceptible. « Pourquoi pleures-tu, Chihiro ?
Elle ouvrit la bouche, mais ce ne fut qu'une cascade de souffle qui lui prit la gorge, tandis que les larmes imposaient leur propre rythme à la jeune fille. Elle brisa le contacte et enfouit sa tête entre ses genoux, tout en tentant vainement de se calmer. Deus larges mains froides lui caressaient le dos avec douceur, attendant patiemment qu'elle se puisse de nouveau parler.
La crise s'éteignit petit à petit, comme une flamme mourante, et même si des frissons persistait encore entre les côtes de Chihiro, elle pouvait parler. Sa voix était à peine au-dessus du niveau habituel de l'esprit tandis qu'elle débita son histoire.
- Je l'ai vu, il était là… Kohaku était là. » Elle sentit les mains s'immobiliser sur ses omoplates quand elle prononça le nom maudit. « Je l'ai croisé en ville, puis il nous a suivit, mais j'ai fait comme si je ne le voyait pas. J'ai dit que j'avais besoin de réviser, et avec Ayumi, on est rentée tout se suite, mais il me suivait toujours, en volant. Et dans la rue, juste avant la maison… Il a appelé mon nom. J'avais tellement peut qu'il se rende compte que je le voyait vraiment, j'ai cru que j'allais m'enfuir en courant. Il m'a presque touché… Mais il ne l'a pas fait. Il l'aurait fait, j'aurais hurlé.
Un long silence suivit son histoire, et Chihiro finit par lever la tête. Le masque de l'esprit était encore plus illisible que d'habitude. Elle sentit un pincement au cœur en voyant cela, et guetta se réponse avec crainte.
- Tu étais en danger… A cause de moi, » commenta-t-il doucement. « Jamais je n'aurais dû rester ici.
- Ne part pas. » Les mains de la jeune fille s'avancèrent pour agripper les plis sombres de son torse, mais passèrent au travers de la barrière comme si elle tentait d'agripper de l'air. Elle la recula comme si elle avait été brûlée, et avant qu'elle ne se rende compte qu'elle venait de traverser le manteau de l'esprit, ses doigts furent délicatement recueilli entre deux paumes froides.
- Mais, si je n'étais pas ici, tu aurais pu lui parler. Je sais que… Je sais que c'est quelqu'un de spécial pour toi. Je t'ai vu quand... » La voix de Kao s'éteignit comme une flamme soufflé pendant un instant. Il reprit avec plus d'assurance. « Je t'ai vu quand il est venu te chercher chez Zeniba-sensei. Ton sourire. Comment tu l'as prit dans tes bras. Et puis, quand je suis devenu son apprenti, Zeniba-sensei m'a expliqué comment tu as brisé sa malédiction. Je sais que… Je sais que… » Chihiro l'entendit inspirer lentement, comme s'il allait dire quelque chose qu'il regretterait ou qu'il redoutait. « Je sais que tu l'aimes.
Elle n'eut rien à répondre pendant un moment. Elle fixa un moment les mains de l'esprit qui tenaient la sienne.
Puis elle sut.
- Je l'aimais. Ça fait si longtemps… Je ne sens plus la même chose envers lui. Autrefois, je croyais qu'il était l'amour de ma vie, qu'on allait être heureux ensemble pour toujours. Il suffisait qu'il vienne me chercher. Mais je ne peux plus le croire, pas après ce qu'il a fait. » Elle sentit un immense poids quitter sa poitrine, un poids dont elle ignorait l'existence. « J'ai changé, et lui aussi. À moins que... je ne l'ai jamais connu.
Il ne répondit pas, mais sa prise autour de sa main devint plus étroite. Elle lui adressa un sourire, sans vraiment savoir pourquoi elle souriait. Elle se sentait heureuse, la tête légère. Elle avait définitivement laissé derrière elle les chaînes qui la retenaient dans un passé qui n'avait plus lieu d'être.
- Chihiro ? C'est toi ? » Appela sa mère.
En l'entendant, la jeune fille retira sa main et se leva précipitamment, tandis que Kao se mit de côté pour la laisser enlever ses chaussures. La maîtresse de maison apparut dans l'encadrement de la porte. Ses cheveux étaient emprisonnés dans un chignon étroit et sa tenue impeccable, malgré le plumeau qu'elle tenait qui indiquait qu'elle devait être en train de faire le ménage.
- Chihiro ! » Appela-t-elle. « Tu devrais prévenir quand tu rentre. Surtout si tu n'es pas à l'heure dite.
- Je suis rentrée en avance.
Sans un autre commentaire, ou sans même donner l'impression qu'elle avait entendu, la femme retourna à ses occupations, laissant sa fille sans un autre regard. Chihiro haussa les épaules. Il semblait que sa mère n'avait pas entendu qu'elle parlait toute seule, sinon elle lui en aurait fait la remarque. L'entré n'était pas l'endroit le plus discret pour parler à son ami invisible l'esprit en vadrouille. Elle monta les escaliers, en sachant pertinemment qu'il serait sur ses talons.
Elle laissa un instant sa pensée vadrouiller vers le moment où sa main avait passé au travers de Kao. Elle était sûr qu'il n'était pas vide comme un drap flottant dessous. Elle avait vu une partie de son visage, ainsi que ses mains et ses bras. Mais à quoi ressemblait-il vraiment ?
Encore une fois, elle repoussa ce moment à plus tard.
§
{Ce chapitre n'était pas supposé paraître avant un moment. C'est juste que hier, je me suis sentie une envie de l'écrire. J'ai volé deux heures de mon travail, et j'ai aligné 3'000 mots d'un coup. Ça m'a fait du bien ! Ce n'est pas la seule histoire que j'écris, mais c'est la seule où je me fixe une une telle longueur pour chaque chapitre (environs 4'000 mots).
Mais ce n'est pas parce que j'arrive par miracle à publier un chapitre que je vais y arriver une seconde fois. Je n'ai plus qu'un mois à tenir avant d'être libre comme l'air. Je sais que ce n'est pas la meilleure idée du monde, surtout que beaucoup risque d'oublier l'intrigue entre-temps (dont moi) mais je n'ai pas le choix. C'est la vie…
J'espère que je ne suis pas en train de précipiter les sentiments amoureux. Je n'ai pas envie de donner l'impression que tout à coup, dans le cours de l'action, paf, Chihiro est amoureuse, Kaonashi aussi, allez, ils se marient et eurent beaucoup d'enfants. Mais c'est pas facile. Est-ce que je réussit ou est-ce que je tombe dans le panneau ? C'est à vous de me le dire, si cela vous chante.
En espérant vous revoir la prochaine fois,
Clayem.}
