[Je ne suis pas la créatrice du Voyage de Chihiro, ni n'est affiliée à aucun de ses créateurs ou distributeurs. Je ne tire aucun profit de cette production, autre que celui de m'améliorer et de m'amuser.]

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{J'ai corrigé les chapitres précédents ! Voir ma note d'auteur à la fin du chapitre pour les détails.}

07 – Balcon

Pour ce qui lui semblait être la centième fois, Kohaku huma le vent, mais il ne sentait que la puanteur des hommes. Rien. Rien du tout. Il en pleurerait. Pourquoi ce genre de poisses n'arrivaient qu'à lui ? Pourtant, il aurait dû renifler ne serait-ce qu'un relent de la trace qu'il cherchait. Il pouvait sentir la magie du sceau de Zeniba dans tout son être, jusqu'au bout de ses poils immaculés. Alors pourquoi ne trouvait-il pas le triple imbécile qui le portait ?

Quand le dragon avait entendu pour la première fois Yubâba évoquer le nouvel élève de sa sœur jumelle, il avait sentit une pointe de jalousie. Il avait originellement voulu être l'apprenti de Zeniba, qui avait la réputation d'être plus puissante que son professeur, mais la sorcière du marais avait refusé et il avait du se rabattre sur cette propriétaire de bain aussi vaine que cupide. Mais quand il avait comprit que ce fameux Kaonashi n'était nul autre que l'esprit malin qui avait envahis les bains, il s'était sentit soulagé. Il ne l'avait vu qu'une fois, quand il était venu chercher Chihiro après avoir été guéri de la malédiction. Il l'avait trouvé indigne de son intérêt. La seule raison qui aurait pu pousser la prestigieuse Zeniba à le prendre sous son aile était que cela énerverait prodigieusement sa sœur jumelle.

Et Yubâba en avait été passablement agacée. Kaonashi lui avait fait perdre une fortune (d'après elle) en réparation et en dédommagements. Il était donc devenu son ennemi juré, et elle l'aurait éliminé de la surface de la terre si elle l'avait revu, si bien qu'il ne leur avait jamais rendu visite. Kohaku avait presque oublié son existence.

Jusqu'à ce qu'il se rende compte que ce fantôme de pacotille s'était enfuit avec le sceau. Il l'avait poursuivit avec acharnement à travers le monde des esprits, mais il était arrivé trop tard : le fugitif était passé dans le monde des humains et avait fermé le passage derrière lui. Et quand Kohaku avait enfin réussi à percer son chemin de force, en usant le la magie de l'air et de l'eau dont il était le maître, il avait perdu la trace de sa proie.

Depuis, il n'avait pas fait de progrès.

Il prit sa forme humain et se posa sur un balcon. Il se sentait passablement énervé par toute la situation. Le simple fait qu'un esprit auquel tout manquait, même un visage, tenait tête à un être comme lui, un dragon, lui semblait risible. Il n'avait pas habituellement tendance à se considérer supérieur juste à cause de sa race, mais dans ce cas, tout indiquait qu'il aurait dû surpasser son adversaire.

Et pourtant, il lui courait encore après, et la piste se refroidissait chaque jour qu'il laissait glisser entre ses doigts.

Mais si ce soir, il cherchait sa cible avec tant d'acharnement que la fatigue commençait à lui jouer des tours, ce n'était pas parce qu'il craignait manquer de temps, mais pour oublier la personne qu'il avait rencontré plus tôt.

Chihiro.

Elle aussi, il l'avait presque oubliée. Combien de temps s'était-il écoulé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu, déjà ? Quelque chose comme quatre ans, non ? Il ne s'en souvenait plus précisément. Il avait été tellement absorbé par son apprentissage auprès de Yubâba et les divers sales boulots qu'elle lui donnait que la jeune fille, quoique bien plus jolie (même quand elle avait dix ans) lui était totalement sortit de la tête. Quand il l'avait reconnu, il avait eut l'impression de s'être fait frapper par une montagne, tellement le choc avait été grand.

Pendant un moment, il avait vraiment cru qu'elle l'avait vu aussi, qu'elle était encore capable de voir les esprits même de retour dans le monde des humains. Il n'avait jamais entendu parler de mortels qui échappait au monde des esprits, parce que ceux qui le faisaient ne rencontraient miraculeusement aucun esprit, mais il espérait qu'elle avait conservé la capacité à interagir avec lui.

Il avait d'abords cru qu'elle faisait semblant d'avoir besoin de rentrer chez elle – peu importe que ce c'était que ce test dont elle parlait – afin de se se retrouver seule avec lui. Mais une fois qu'elle avait quitté cet endroit plein de chat, il avait commencé à douter. Non seulement elle ne l'avait pas regardé une seule fois, mais elle ne l'avait pas attendu. Il était clair, à la façon dont elle tentait de filer entre les passants en poussant son pas à la limite de la course, qu'elle n'avait pas l'intention de se laisser suivre. Il avait commencé à la suivre seulement de loin, depuis les airs, avant de l'approcher de nouveau là où elle ne risquerait pas de passer pour une folle aux yeux de ses congénère.

Mais elle n'avait pas répondu à ses appels.

L'horrible doute qui avait flotté près de lui, prêt à lui broyer le cœur à la moindre ouverture, avait foncé sur lui et l'avait percuté de plein fouet : elle ne pouvait percevoir sa présence. Elle était redevenue comme les autres humains, inerte, intouchable. Il lui avait presque prit la main, juste pour la sentir, mais il n'avait pas osé. Si elle ne pouvait le voir, cela aurait voulu dire qu'il serait passé directement au travers d'elle, sans qu'elle en soit affectée. Et il ne s'en sentait pas la force de voir quelque chose comme ça arriver.

Il l'avait regardé disparaître chez elle. Pendant un instant, elle s'était arrêté à la barrière devant sa maison, et avait semblé hésiter : c'est à ce moment là qu'il lui avait silencieusement dit au revoir. Puis, il avait tourné les talons.

Il était plus affecté par cette découverte qu'il ne voulait l'admettre. Il se souvenait qu'il devait avoir fait une sorte de promesse à la jeune fille, quelque chose qui devait ressembler à « je te retrouverais plus tard », mais qu'il avait à moitié oublié, depuis le temps. Il n'aurait pas revu Chihiro, il serait probable qu'il n'y aurait jamais repensé. Mais le destin avait décidé qu'ils croiseraient de nouveau sa route aujourd'hui. Peut-être n'était-ce pas un hasard. Peut-être devait-il essayer de trouver un moyen de communiquer avec elle. Après tout, elle connaissait ce monde. Elle aurait peut-être une idée où trouver le sceau.

Et il se souvenait encore des sentiment qu'il avait éprouvé pour elle. C'était celle qui lui avait rendu son nom, ce nom qu'il n'avait cessé de se répéter pour ne plus jamais l'oublier depuis qu'elle l'avait deviné, tout au long de son apprentissage auprès de Yubâba.

L'aimait-il encore ?

Il se s'appuya contre la barrière du balcon et se pencha pour contempler la rue en contrebas. Il ne savait pas vraiment. Il l'avait aimé – d'un sentiment plus pur qu'il ne s'en était cru capable – mais elle avait changée. Il l'avait vu dans son regard. Elle avait grandit, elle avait perdu ce courage presque aveugle qui l'avait animé quand il l'avait rencontrée. Il avait l'impression d'avoir vu une personne qui ressemblait à la fille de ses souvenirs, plutôt que celle qui lui avait sauvé la vie.

Il soupira profondément. Chihiro avait peut-être été le seul moment de sa vie où il avait espéré un meilleur destin que le sien, mais elle symbolisait aussi un rêve impossible. Elle était sans doute mieux là où il l'avait laissée.

Oubliée.

§

- Je refuse que tu partes.

Chihiro croisa les bras sur sa petite poitrine et prit un air obstinée. Kao lui rendit un regard qu'elle supposait surprit, mais elle ne céda pas.

Ils se tenaient tous les deux dans la chambre de la jeune fille, après le repas, et Kaonashi venait de suggérer la possibilité qu'il parte, avec comme motif toutes les difficultés qu'il causait par sa simple présence. Elle, assise sur son lit, lui, au bureau, ils s'évaluaient lentement, comme deux gladiateurs prêt à s'affronter dans l'arène de la parole.

- Mais je dois le faire. Haku est venu presque jusqu'à la porte de la maison. S'il s'était approché davantage, il aurait sentit mon odeur, et il m'aurait trouvé. Et là, il t'aurais vu comme une complice, et il aurait pu te faire du mal… » L'esprit misait sur le pitoyable pour la faire plier. Son ton, bien que toujours aussi ténu, avait le notes de la plainte.

- Mais il ne t'a pas trouvé. Il m'a suivit, mais il a renoncé à m'appeler quand je ne réagissais pas. Je ne pense pas qu'il reviendra à la charge. » En vérité, elle espérait plus qu'elle ne le pensais, mais elle ne pouvait pas dire cela. « Tu seras plus en danger si tu sors que si tu restes ici.

- Mais je te mets en danger. Si je sors, il se peux que je trouve une bonne cachette jusqu'à ce que je me retrouve avec une odeur complètement nouvelle, comme je te l'avais dit. Après, je suis sûr qu'il n'aura aucun moyen de me trouver, et toi, tu n'auras pas couru plus de risques que nécessaires.

Même si le raisonnement de l'esprit semblait logique, elle refusait de s'avouer vaincue. Elle secoua la tête. Il était vrai que Kohaku pouvait être dangereux, s'il s'avérait qu'il avait vraiment blessé ou tué Zeniba, et elle serait aveugle de dire qu'elle n'avait pas peur de lui. Mais il y avait une faille.

- C'est trop tard maintenant. Je ne l'ai pas vu une fois, ce serait louche si tout à coup de pouvais le voir. Je vais devoir faire comme s'il n'était pas là à chaque fois que je le croise de toute façon. » Elle laissa son ton s'adoucir un peu, et regarda Kaonashi avec un sourire. « Je suis en sécurité aussi longtemps qu'il ne sait pas que je vois les esprits, et, depuis le temps, j'ai apprit à les ignorer. Sinon on me prendrait pour une folle.

- Et s'il me trouve, moi, chez toi ? Tu ne pourras pas faire semblant de ne rien voir. S'il connaît les Kaonashi ne serait-ce qu'un peu, il sais qu'on ne peut pas rentrer quelque part sans avoir été invité.

- Alors je me battrais avec toi.

Kao mit trois longue secondes pour absorber ce qu'elle venait de dire.

- Quoi ? » Sa voix grinça comme un violon mal accordé quand il tenta de l'élever, et les mains sortirent de sa cachette sous son manteau noir. Il les serra en deux poings sur ses genoux, et reprit d'un ton contrôlé. « Mais tu ne peux te battre contre lui ! C'est un puissant magicien, et un dragon. Ou alors, peut-être… » Il laissa le silence se prolonger.

- Peut-être quoi ?

- Peut-être qu'il t'aimes encore et ne voudrait pas te de faire de mal. » Comme à chaque fois qu'il parlait d'amour, le sujet semblait douloureux pour l'esprit. Chihiro se demanda brièvement s'il avait de mauvais souvenirs par rapport à cela.

Elle sentit l'ombre d'une culpabilité la ronger. Si Kohaku l'aimait encore, contrairement à elle, elle devait lui avoir causé beaucoup de chagrin en l'ignorant comme elle l'avait fait. Elle chassa vivement ces sentiments, avait de se concentrer de nouveau sur le présent.

- Ce n'est pas la question. On ne sais pas ce que Kohaku a fait à Zeniba, mais s'il essaye de voler le sceau, je ne pense pas que ce soit pour ne pas l'utiliser. Il pourrait causer beaucoup de mal autour de lui avec une telle puissance. Et je ne le laisserais pas faire.

- Mais…

Elle ne le laissa pas continuer.

- Et je ne veux pas être seule.

Il la fixa quelque instants, avant de baisser la tête, l'air désolé. Elle se sentit rougir en se rendant compte qu'elle avait parlé sans réfléchir, mais ne flancha pas.

- Chihiro… » Il semblait désolé, comme s'il devait lui annoncer qu'elle avait une maladie mortelle. « Tu ne sais pas ce que tu dis.

- Je sais parfaitement ce que je dis ! » Pour montrer sa résolution, la jeune fille se leva de son lit, et prit l'air le plus décidé qu'elle put. Elle devait montrer qu'elle était forte. « Je veux que tu restes, sinon je mourrais d'inquiétude. Comment veux-tu que je me sente tranquille alors que je ne sais pas si tu es encore vivant ? Tu es mon ami, Kao.

L'esprit rassembla ses poings contre sa poitrine, et secoua la tête lentement.

- Je ne suis pas digne d'un tel titre.

- N'importe quoi. Bien sûr que si ! Tu te soucis tout le temps de moi, parfois plus que mes propres parents. Avec tout le mal que tu te donnes, je serais bien ingrate de ne pas t'appeler ainsi.

Il continua de secouer la tête.

- Non, ce n'est pas ça… » Il se leva à son tour. Il était beaucoup plus grand qu'elle, mais elle lui trouva quelque chose de vulnérable dans sa façon de bouger. « Je suis désolé, mais… Je ne peux pas…

C'est alors qu'il se détourna d'elle et prit soudainement la fuite en direction de la porte.

- Kaonashi ? » Appela-t-elle. Elle lui couru après sans réfléchir.

L'esprit eut juste le temps de baisser la poignée avant qu'elle ne le rattrape. Elle saisit sa main et la tira vers elle avant qu'il ne puisse s'échapper, et ils restèrent un instant face à face. Elle pouvait entendre son souffle laborieux sous son masque.

- Ne me regarde pas... » Geignit-il.

- Quoi ? Kao, qu'est ce qui ne va pas ?

- Je ne suis qu'un horrible monstre… Je suis la dernière personne qui mérite d'être ton ami.

- Mais de quoi tu parles ?

- Il y a quatre ans, j'ai… j'ai... » Il arracha sa main de la prise de la jeune fille et couvrit son masque de ses avant-bras, comme s'il allait s'envoler. Il recula, toujours en continuant de balancer sa tête de droite à gauche. « Je suis désolé ! Je n'aurais jamais dû te tromper comme je l'ai fait ! » De nouveau, sa voix déviait dans les aigus tandis qu'il l'élevait.

Elle eut soudainement très peur, une peur irrationnelle, qui vibrait sourdement dans sa poitrine.

- Qu'est ce que tu veux dire ?

Il répondit depuis derrière ses bras d'une voix faible.

- Que je n'aurais jamais dû t'approcher… Pas après ce que je t'ai fait. Je… Je ne comprends pas comment tu peux me pardonner au point de m'appeler ton ami… Mais cela me montre seulement à quel point je t'ai trompé.

- Je ne te comprends pas, Kao. Depuis tout à l'heure, tu me raconte des trucs dont je n'ai aucune idée. Voudrais-tu t'expliquer, à la fin ? Qu'est ce qui s'est passé il y a quatre ans ? » Une pointe de panique perçait déjà dans la voix de la jeune fille.

Il n'eut aucune réaction, et pendant un instant, elle cru qu'il n'allait pas répondre tout en se préparant au pire. Pourquoi avait-il tenté de s'enfuir ? Pourquoi ne répondait-il pas à ses questions ?

- Chihiro ? » Appela la voix de son père depuis les tréfonds de la maison. « Qu'est ce qui se passe ? Pourquoi tu cries comme ça ?

Pendant un instant, cela lui fit bizarre d'entendre son père se soucier d'elle, puis elle se rendit compte qu'elle avait peut-être élevé la voix plus haut qu'elle ne l'avait cru. Elle eut besoin d'un instant pour se creuser la tête avant de trouver une idée.

- Désolé, je lis un livre qui me passionne vraiment !

- Ah, c'est bien. Ne te couche pas trop tard, d'accord ?

Elle ne répondit pas, devinant qu'il devait sûrement déjà penser à autre chose. Son regard retomba sur Kao, dont un des œils peints sur son masque apparaissait maintenant à moitié depuis derrière son coude. Ce fut lui qui reprit en premier la parole.

- Ce serait mieux si tu me laissais partir sans poser de questions. Tu ne me reverrais plus jamais, je te le promets.

Elle soupira. L'interlude avait relâché une bonne partie de la tension entre eux, et elle sentait qu'il y avait maintenant la place pour une conversation normale. Mais cela ne voulait pas dire que la communication était plus facile entre eux.

- Mais de quoi parles-tu, à la fin ? » Elle se creusa la tête. Il avait mentionné la première qu'ils s'étaient rencontré, à Aburaya, il y a quatre ans. Peut-être que c'était ça. « Est-ce que c'est à propos de la fois où tu as détruit les bains ? Ou la fois où tu m'as poursuivit ?

Kao baissa les bras, avant de fixer le sol. Il donnait de nouveau cette impression de fragilité, et elle se rendit compte que c'était de la honte qui se dégageait de lui. Il avait des remords à propos de quelque chose. Mais quoi ?

- Si seulement, » souffla-t-il. « Si seulement ce n'était que ça.

- Écoute, on va faire ça calmement. Et si on s'asseyait et que tu me disais tout depuis le début ?

Il leva la tête et la contempla un moment.

- Je ne sais pas si… C'est correcte de te dire ce genre de choses. Tu risques… D'être dégoûté.

Chihiro ne répondit rien, mais reprit place sur son lit. Après quelques secondes d'hésitation, l'esprit l'imita en choisissant la chaise. Ils se jaugèrent quelque secondes, avant que la jeune fille ne reparte à l'assaut de la forteresse.

- Donc ce n'est pas à propos de la fois où tu m'as couru après, ou la fois ou tu m'as offert de l'or.

En entendant le dernier mot, Kaonashi eut un sursaut, et s'agita nerveusement sur sa chaise. Elle sentit tout de suite qu'elle avait touché un nerf sensible, et se pencha légèrement en avant, curieuse, avant de pousser un peu plus loin ses recherches.

- C'est à propos de l'or ? » Il lui avait dit, elle s'en souvenait encore, qu'il ne l'offrait à personne d'autre. Du peu qu'elle savait de lui, il était probable qu'il culpabilise uniquement parce qu'il n'avait pas respecté cette parole. Il avait tendance à se blâmer pour trois fois rien.

Il la regarda en silence pendant un moment, presque au point de la rendre mal à l'aise, avant de lui répondre doucement, presque avec soulagement.

- Tu ne t'en es pas rendu compte ?

Elle fronça les sourcils. De nouveau cette peur irrationnelle qui gigotait à la limite de sa perception. Il y avait un détail qui lui manquait, une pièce de puzzle qui ne demandait qu'à être mis en place, mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.

- Rendu compte de quoi ?

- Que… C'est une longue histoire.

- On a le temps.

Il s'agita légèrement, clairement mal à l'aise. Elle apprenait à reconnaître ses émotions. Elle apprenait à le connaître tout court aussi. Elle hésita un sourire pour lui montrer qu'elle était prête à écouter ce qu'il avait à dire – surtout qu'il en avait gros sur le cœur.

- Je… Je pourrais dire que ça à commencé sur le pont, quand je t'ai vu la première fois. J'étais vraiment content de voir que quelqu'un faisait attention à moi, c'est pour cela que je t'ai aimée tout de suite. » Il se rendit soudainement compte de ce qu'il venait de dire. « P-pas « aimer » dans ce sens-là ! Plutôt, hun… Les autres me laissaient indifférent, mais tu valais la peine que je me souvienne de ton visage. Et puis, comme tu t'es retourné et que tu m'as regardé, je pouvais rentrer dans l'enceinte d'Aburaya. On dit souvent que nous, Kaonashis, nous ne pouvons rentrer quelque part sans avoir été invités, mais on ne se rend compte à quel point il est facile de le faire. Parfois, le simple fait de regarder en arrière suffit.

Chihiro hocha la tête lentement. Ce pouvait-il que le conseil que lui avait donné Kohaku, le jour où elle était partie, soit lié à ça ? Que, si elle avait regardé en arrière, elle aurait invité le monde des esprits dans sa vie humaine ?

La voix discrète de Kao interrompit ses spéculations.

- Puis, tu m'as invité à rentrer pour m'abriter de la pluie. Ce qui m'a le plus surprit, c'est que tu n'attendais rien en échange, tu es juste partie en laissant la porte ouverte. Normalement, j'aurais cru à un piège, mais pas avec toi. Je te faisais déjà confiance. Et… je voulais vraiment me rapprocher de toi. Je te sentais différente de tout ce que je connaissais. Je ne savait pas ce qu'était un humain, parce que j'ai oublié mon ancienne vie, mais je crois que… que je te reconnaissais quand même un peu. C'est difficile de mettre des mots dessus.

« Je suis rentré, et j'ai commencé à explorer les bains. J'étais vraiment curieux, je n'avais jamais vu une telle activité auparavant. Je voulais en faire partie. J'avais passé tellement de temps à observer depuis le côté, ignoré, laissé dans la pluie, dans le vent, condamner à observer depuis la fenêtre des mondes dont auxquels je n'appartenais pas, mais où se trouvaient tous les autres. Et toi aussi, tu en étais un rouage, tu fonctionnait avec le reste. Je voulais devenir toi. »

Il frissonna légèrement, comme si ces souvenirs évoquaient déjà quelque chose de sombre, auquel il ne voulait toucher.

- Je voulais… je voulais t'absorber.

Était-ce cela qui le tracassait ? Elle l'avait déjà deviné. Après avoir apprit ce qui était arrivé aux autres esprits quand ils s'étaient approchés trop près de Kao, ce n'était pas sorcier. Pourtant, elle avait stoïquement fait face, quand elle avait du comparaitre devant lui. Elle avait seulement tenu parce que son esprit, à l'époque, était occupé par le souvenir d'un certain dragon, sinon, il était probable qu'elle se serait enfuit en courant comme les autres à l'idée de se faire manger.

- En ces temps-là, je n'agissait que par instinct, et j'en avait un, très fort, qui ne voulait sentir qu'une chose, ton corps chaud en sécurité dans ma poitrine. Je ne comprenais pas à quel point cela pouvait sembler… effrayant, mais, d'une certaine façon, ça aurait été ma façon de te remercier, en te protégeant du monde extérieur. Et le voyait que ce monde n'était pas très tendre avec toi. Il y avait cet homme qui refusait de te donner des plaquettes, et tu devais travailler très dur pour nettoyer cette cuve puante alors que les autres se moquaient secrètement de vous… J'admets que je te voulais pour moi, mais je te promets que cela n'allait pas plus loin que l'envie de t'éloigner de ces gens que je trouvais de plus en plus cruels.

Chihiro hocha lentement la tête. Elle pouvait comprendre les sentiments de l'esprit, mais pas ce qu'il trouvait tellement honteux qu'il se trouvait indigne d'être son ami.

- J'ai fini par renoncer à t'attirer en moi avec des cadeaux quand tu refusas les tickets. J'aurais tellement voulu que tu les acceptes, j'avais tellement espéré… Mais c'était presque ridicule de ma part. Puis, j'ai compris qu'avec de l'or, je pourrais attirer n'importe qui, et j'ai avalé la grenouille.

Il fit une pause. Chihiro pouvait presque l'entendre avaler sa salive, et comprit que ce qu'il lui avait expliqué ne pouvait être que le début de quelque chose de bien pire.

- Je n'avais jamais réussit à avaler qui que ce soit auparavant, même si j'en avait envie. Je me sentais puissant, plein d'un nouveau savoir, même avec une forme plus définie et une voix. J'ai apprit tellement de choses en quelque secondes que ma tête tournait. Je me sentais surpuissant, vraiment. Et je possédais une quantité de nouveaux désirs. Je voulais me gaver, je voulais dominer tout le monde. Je voulais te dominer, toi. Je ne te voulais plus comme avant. Avec de l'or, je pouvais acheter assez pour remplir tous mes nouveaux désirs. Je pouvais donc t'acheter, toi.

« Je t'ai oublié un moment, trop absorbé par tout ce qui se passait. Je me sentais lourd, bourré, mais je ne pouvais m'arrêter, je ne savais pas comment faire. Puis, quand je t'ai revu, spontanément, je t'ai offert de l'or, pour t'avoir. Pas pour t'absorber. Pour t'avoir.

Chihiro ne voulait pas comprendre ce qu'il voulait dire. Elle refusait de comprendre, refusait d'accepter. Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de le fixer. Elle revivait le moment, elle aussi. Son inquiétude pour Kohaku. La masse de Kaonashi qui la surplombait. Son vague sentiment de dégoût en le voyant si massif, alors qu'elle l'avait connu discret, élégant. Son odeur de graisse et de bouffe, qui se transformait en puanteur. Ses efforts pour rester poli avec lui alors qu'elle n'avait qu'une envie, c'était de s'enfuir.

- Ce n'était pas anormal, je l'avais aussi apprit. En tant que visiteur, j'avais le droit de le faire de nombreux clients le faisaient. Mais cela ne le rendrait pas plus juste. Cela ne le rendait pas plus acceptable.

- Rendait quoi acceptable ? » Demanda-t-elle sans réfléchir.

- Le fait… Le fait d'acheter ta virginité.

§

{Quelque chose de marrant avec moi, c'est quand j'annonce quelque chose, je veux toujours faire exactement le contraire. Ici, j'ai dit dans le dernier chapitre qu'il n'y en aurait plus avant un moment, avant de publier celui-là trois deux jours plus tard. Comme par miracle, je trouve le temps. Bon, j'admets aussi que j'ai eut beaucoup de chance (et un peu moins de sommeil), parce qu'en temps normal, je n'aurais vraiment pas pu avoir un tel rythme d'écriture.

Donc, je ne sais pas quoi vous annoncer pour le prochain chapitre. Peut-être dans un mois, peut-être dans deux jours. Qui sait ?

J'ai aussi relu cette fanfiction depuis le début, par curiosité, et je n'en étais pas très fière. J'ai donc décidé d'éditer mes textes, reformuler, corriger, mettre en page. Si vous lisez ça, c'est que c'est déjà terminé.

Et voici le chapitre qui donne son T à Loin du Cœur. Je vous rassure que je ne vais pas aller beaucoup plus loin que ça, en tout cas en ce qui concerne le contenu sexuel. En plus, comme c'est implicite dans le film (au japon, les bain chauds était populaire pour la prostitution des femmes qui y travaillaient), alors on ne peut pas vraiment m'accuser de « pervertir » l'œuvre originale, en donnant à un esprit innocent des désirs qu'il n'a pas.

En espérant vous revoir la prochaine fois,

Clayem.}