[Je ne suis pas la créatrice du Voyage de Chihiro, ni n'est affiliée à aucun de ses créateurs ou distributeurs. Je ne tire aucun profit de cette production, autre que celui de m'améliorer et de m'amuser.]

§

{Je décris les flash-back en me servant d'une version anglaise du film comme référence, donc il se peut qu'il y ait des variations dans les tournures de phrases.}

08 - Souvenirs

Le silence tomba sur la chambre. Elle ne pouvait le regarder en face. Il avait eut raison : elle n'avait pas envie de savoir. Elle n'avait pas envie de connaître le désir qui glissait dans l'ombre de l'esprit comme un serpent suintant de venin. Elle n'avait pas envie de connaître les pensées murmurantes qui rampait derrière son masque. Mais les mots était sur la table, et elle ne pouvait plus faire l'idiote. C'est comme s'il venait de déposer une tête fraichement coupée au centre de la pièce. Elle n'avait pas envie de la regarder, mais son odeur de mort flottait entre eux et empoisonnait l'air.

Elle ouvrit la bouche, inspira, mais la révélation avait dévorée ses cordes vocales. Quelque part dans le corridor, le tic tac de leur horloge rompait l'immobilité de l'air. Même la poussière suspendue dans les derniers rayons du soir n'osait bouger, pendant un instant qui s'étirait horriblement lentement.

- Pardon, » murmura Kao.

Elle resserra ses lèvres. Ses yeux bruns volèrent dans sa direction, mais n'eurent la la force de se poser sur sa silhouette voûtée. Combien de distance y avait-il entre la perversité de l'esprit et elle ? Quatre ans ? Deux ans ?

Quelques mètres ?

Et en même temps, il semblait si timide, fragile, comme une bougie qui brillait seule dans la nuit. Elle le voyait lutter contre le souffle indifférent du vent froid, seul dans sa misère, seul dans les remords. L'image s'imposa à elle naturellement, et au début elle ne sut d'où elle venait. Quand elle comprit, tout s'éclaira en elle, un barrage dont elle avait ignoré l'existence jusque là se fractura et les flots d'une immense tristesse l'inonda.

Elle sentit les larmes monter tandis qu'elle trouvait enfin la force de le regarder. Quand il vit ses grands yeux brillant, il se leva précipitamment. Une expression de peine se voila son masque.

- Je suis désolé…

Il fit un petit pas en direction de la porte, écrasé par l'immense culpabilité qu'il ressentait. Instantanément, le cœur de la jeune fille vola vers lui, elle criait intérieurement qu'il devait rester. En même temps, sa vision était en train de se troubler, la douleur qu'elle n'avait jamais ressentit luttait pour sortir à flot.

- Kao… Non, reste, » força-t-elle au travers de sa gorge obstruée. Il ne pouvait pas la laisser. Pas maintenant. S'il partait, elle devrait de nouveau refouler toute cette peine en elle, parce qu'il était la seule personne avec qui elle voulait pleurer.

Quelque chose dans sa voix le fit changer d'avi. Il s'immobilisa, regarda en arrière, vers elle. Elle sentit son regard s'attarder sur elle au travers des trous béants de son masque, et un instant la peur revint, la peur d'être coincée avec un monstre. Mais il n'en était pas un.

Lui aussi était seul.

Elle tendit la main vers lui, incapable de prononcer un autre mot, tandis qu'elle luttait pour retenir les sanglots qui l'étouffait. Mais il ne bougea pas, interdit, incapable de faire autre chose que de la regarder. Si loin d'elle, distant de toutes les différence que peuvent deux vies vécues dans deux mondes opposés, et pourtant si près, bien plus près qu'elle ne l'avait cru. Leur cœurs battaient dans la même tempête.

Elle craqua, rassemblant ses paumes contre son visage et laissa libre cours à sa peine. Ses pleurs étaient faits de silence, le silence entre deux inspirations, le silence entre deux sanglot, le silence entre eux deux. Elle se sentait trembler de partout, intérieurement, comme un échafaudage dont on avait brisé les attaches et qui penchait, près à s'écrouler.

Kao la rattrapa gentiment, passant ses bras autour de ses épaules tandis qu'il prenait place à côté d'elle. Aucune chaleur ne traversait ses habits, mais il était ferme, il était là, palpable, réconfortant dans sa solidité. Quand elle se laissa aller et posa sa joue contre son épaule, elle sut qu'il n'irait nulle part tant qu'elle aurait des larmes à pleurer.

Elle ferma les yeux, et oublia le monde. Elle avait mal, terriblement mal, une peine qu'elle avait fuit toute sa vie sans même connaître son existence.

C'était une douleur faite d'une montagne de petits riens, comme toutes les peinea qui pèsent lourd dans la poitrine mais auxquelles on s'habituent. Un sourire non rendu. Un câlin trop pressé. Une distance dans le regard. Encore et encore, chaque jour, chaque heure, chaque seconde. Un meurtre à la petite cuillère.

Elle ne savait pas si ses parents voulaient d'elle. Ils n'avaient jamais eut un autre enfant après elle, et le doute l'avait assaillie plus d'une fois. Mais elle l'avait toujours repoussé, comme ses parents repoussaient doucement toutes ses tentatives pour les aimer. Pendant des années, elle leur avait donné tout l'amour qu'elle pouvait. Petite fille, elle avait asséché mille feutres et noircis un million de feuilles, qu'elle avait déposée encore et encore au pieds de la tour de glace de sa mère. Elle s'était épuisé à essayer de sauter dans les bras indifférent de son père. Elle avait ris, elle avait pleuré, et à chaque fois, elle ne perçait pas le masque posé sur leurs visages. Elle avait été mise au monde seule, affreusement seule. Et le pire, c'est qu'avec le temps elle s'était habituée à cela.

Mais cela ne voulait pas dire que cela faisait moins mal.

Quand elle avait entendu l'histoire de Kao, comme il avait marché dans le monde des esprits pendant une éternité d'indifférence, elle avait lu sa propre histoire entre les lignes, et pour la première fois, elle avait été obligée de la regarder en face. Cela lui avait fait un choc. Et cela avait ouvert les portes avec une telle violence que tout le reste avait été repoussé loin de sa conscience.

Sur l'épaule de l'esprit, elle pleura les milles baiser qu'elle n'a jamais eut, les peines et les joies qu'elle n'a jamais partagé. Elle pleura le silence des repas et le vide des regards. Elle pleura tout ce qu'elle n'a jamais eut, tout ce qu'elle n'aura jamais. Et elle savait que chaque larme qui quittait ses yeux allait rejoindre un être qui connaissait la même peine. Kao savait ce que c'était d'être seul, seul avec les battements solitaires de son cœur pour toute compagnie.

Après un moment, elle sentit l'apaisement la réchauffer, comme une couverture moelleuse. C'était ainsi. Elle n'avait pas eut tout ce qu'elle aurait pu avoir, et elle devait vivre avec. Au bout d'un moment, seuls lui resta de léger tremblements tandis qu'elle était appuyé les yeux fermé contre l'esprit.

Une main qui l'entourait la quitta soudainement et elle entendit le discret froufrous de cheveux. Puis elle sentit Kao changer de position, gentiment, et deux lèvres tièdes et douces se posèrent sur le front de la jeune fille. Surprise, elle ouvrit les yeux, seulement pour se retrouver nez à nez avec la texture noire et légèrement translucide qui couvrait son torse. Elle n'osait lever les yeux, même quand une longue mèche brune et aussi soyeuse qu'un souffle de vent glissa sur son front et vint lui chatouiller le bout du nez.

- Le fait… Le fait d'acheter ta virginité.

Le murmure revint à ses oreilles, obsédant comme le sifflement d'une vipère prête à la mordre. Son venin brillait à la limite de la conscience de Chihiro, tandis que la peur rampait le long des côtes de sa cage thoracique.

§

Haku était en danger.

Cette seule pensée occupait son esprit, énorme, envahissante, obsédante. Haku pouvait mourir à tout instant, et elle ne serait pas là pour l'aider, comme il l'avait aidé, elle, une simple humaine égarée. Elle avait vu le sang, elle avait vu les oiseaux de papier, et elle avait vu le regard du dragon qui avait fracassé les dortoirs. Haku était en danger, et il se trouvait dans les appartements de Yubâba.

Elle poussa au travers de la foule, haletante. Un invité important était là, sûrement celui dont lui avait parlé Lin auparavant, mais Chihiro ne lui accorda même pas un regard. Trouver un chemin, elle devait trouver le chemin jusqu'à Haku. Il était en danger.

Enfin, au travers des uniformes des bains et des têtesplus larges que la normale, elle aperçu l'ascenseur qui semblait l'attendre, ouvert et inoccupé. Elle poussa plus fort contre la foule qui la retenait prisonnière, jusqu'à déboucher sur un espace libre. Plus que quelques mètre…

Elle heurta un vigile de plein fouet, s'enfonçant dans sa masse de muscle (et de graisse) avant même de pouvoir voir son visage. L'esprit-grenouille lui attrapa les mains et la tira en arrière pour la regarder de face, sans la lâcher. Sa prise était si étroite autour du poignet de la jeune fille qu'elle sut qu'elle devait avoir enfreint une règle des bains.

- Hey, qu'est ce que tu fais ? » croassa-t-il.

- Je vais en haut !

- Non, tu ne montera pas ! » Son regard alla du visage pressant de la fille à sa petite main, qu'il tenait dans la sienne. « Hun ? Ah ! Du sang !

Il la lâcha, et déguerpit sans demander son reste, en quête de quelque chose pour se laver. Elle devait trouver un autre chemin, et vite, avant de se faire attraper de nouveau. Elle se retourna, mais ne rencontra que les rangés de visage de la foule qui s'était encore densifiée. Tous tenait une boite entre les mains et avaient les yeux brillants d'espoire. S'enfoncer là-dedans lui ferait perdre trop de temps. Elle fit volte-face, le cœur battant à cent à l'heure.

Elle glissa un peu sur le parquet ciré quand elle s'arrêta. Un invité qui devait être très important car très massif se tenait au milieu du chemin, précédé par Chihiyaku, le responsable des bains sous Yubâba, qui semblait passablement énervé.

- Sort du chemin ! Notre invité va passer !

Le yeux de Chihiro volèrent entre le visage de son supérieur, puis celui de l'être qui le suivait. Elle sentit une pointe de familiarité en voyant le masque blanc, avant de le reconnaître et de se tendre brusquement. L'esprit qui lui avait donné un coupon pour les bains. Elle devait être polie avec lui, surtout ne pas faire honte parce qu'elle était une humaine.

- Merci de m'avoir aidé avant, » dit-elle en s'inclinant respectueusement.

- Ne lui parle pas, espèce d'humain pu… Hey ! » cria Chihiyaku, avant d'être soulevé par le col et jeté de côté comme un vulgaire sac de patates. Quelques esprits poussèrent des cris surpris à la soudaine démonstration de force de leur invité.

Un silence de mort tomba sur l'assemblée. Chihiro vit l'invité se pencher en avant, vers elle. Depuis deux jours qu'elle se trouvait dans le monde des esprits, elle avait déjà apprit à ne pas juger d'après ses standards de beauté leurs formes étranges, mais elle ne put s'empêcher de s'étonner en comparant l'être discret qu'elle avait fait rentrer dans les bains et celui qui se tenait devant elle.

Avant, elle avait eut l'impression qu'il avait été fait de verre, translucide et lisse, d'un seul mouvement des pieds à la tête. Maintenant, ses contours étaient bombés et se chevauchaient comme des bourrelets de graisse. Avant, l'obscurité en suspension derrière son masque s'estompait doucement en descendant. Maintenant, elle formait des arabesques étranges, comme de l'encre suspendu dans un bocal d'huile. Avant, son masque semblait doux au toucher et avait la brillance d'un bois de qualité soigneusement laqué de blanc. Maintenant, il ressemblait à du plastique, et Chihiro avait l'impression qu'il était couvert de transpiration sous une touffe de cheveux ternes et dégoutants.

Il tendis ses deux larges battoirs vers elle. Personne n'osait faire un son. Elle se tenait parfaitement immobile, mais ne voulait que partir. Trouver Haku.

- E… e... » La voix n'était d'un souffle contre des cordes vocales estropiées. « E.

Soudainement, les mains furent pleines de pépites d'or, au point de déborder. Quelques éclats de métal tombèrent par terre avec un tintement sec, métallique, froid. La foule s'émerveilla de leur éclat, poussant des exclamations de stupeur, et Chihiro elle-même fut surprise. Comment avait-il fait pour en faire apparaître autant en si peu de temps ?

- E… e… e.

Il tendit les bras vers elle par à-coup, faisant tinter son offrande. Elle leva les yeux sur son masque. Il voulait qu'elle prenne l'or ?

Haku était en danger.

Elle secoua la tête sans même réfléchir, sans même s'en rendre compte. Dans la foule, on cria de stupéfaction. Tout le monde les regardait, mais Chihiro ne s'en rendait même pas compte. L'invité recula, comme si elle l'avait mordu. Son sourire retomba.

Elle avait besoin du temps qu'elle était en train de gaspiller.

- Je n'en veux pas, mais merci, » déclara-t-elle sans la moindre hésitation dans la voix.

- E… e ! » supplia l'esprit. Ses mains tremblaient, faisant dégringoler quelques pépites sur le sol.

- Je suis désolé, mais je suis vraiment pressée. » Elle le contourna en courant. Sans un regard. Une cascade de tintement lui apprit que tout l'or tombait de ses doigts tremblants. Toute la foule massée autour d'eux se rua en avant, et elle eut juste le temps de se faufiler dans en allée en passant entre les employés criants et jurants pour arriver les premiers

Haku était en danger. Elle allait le sauver.

§

Elle repoussa. Brutalement. Elle venait de revivre la scène si vivement, l'inquiétude, la crainte, qu'elle tremblait. Elle recula sur le lit, cherchant des yeux une arme, quelque chose pour se défendre. La révélation qu'elle avait trainée hors des lèvres invisibles derrière son masque avait jailli depuis un coin de la pièce pour lui enfoncer un poignard dans le dos alors qu'elle l'avait presque oubliée. Avant, elle avait refusé de comprendre, comme elle n'avait pas pu le regarder en face, mais maintenant elle ne pouvait plus fuir.

Elle ne trouva rien d'assez solide pour se défendre, et finit par se tourner vers lui. La peur battait dans ses oreilles comme un tambour de guerre. Il avait de nouveau baissé son masque qui affichait une expression qu'elle ne prit pas la peine de déchiffrer. Elle se ramassa sur elle-même, prête à l'attaquer s'il faisait un mouvement trop brusque.

Il y eut deux secondes de silence. Puis, un murmure s'éleva depuis sous le masque.

- Je comprends.

D'un seul élan, il se tourna vers la porte, l'ouvrit, et disparut dans la pénombre du couloir.

§

Des esprits s'échappèrent, affolées, depuis derrière le coin du couloir. Dans leur panique, deux des trois glissèrent sur le sol soigneusement ciré, manquant de tomber. Celles qui attendaient de donner des plats les regardèrent passer avec un mélange d'effroi et de dédain à leur conduite erratique, indigne des dignes servantes des bain mais en même temps révélatrice de la frayeur que causait leur hôte.

- Il ne fait que de grossir ! » s'écria l'une d'entre elle à ses camardes, la peur poussant sa voix dans les aiguës, avant de continuer sa fuite.

- J'ai peur… » avoua une jeune femme qui gardait une tête de porc.

- Je ne veux pas être mangée, » geignit sa voisine en réponse.

- C'est elle, » les avertit une troisième en envoyant un regard meurtrier dans la direction où fuyait les servantes effarouchées.

Immédiatement, toute l'attention des femmes qui patientaient les bras chargés de nourriture se tournèrent vers elle, hostile. Pourtant, elle n'y accorda aucune attention tandis qu'elle remontait la longue file d'esprit alignés le long des murs. Le silence se fit total, attirant même l'attention de musiciennes dans une pièce adjacentes qui firent glisser un panneau pour pointer curieusement de la tête.

L'hostilité se mua en émerveillement quand certaines des servantes se rendirent compte qu'il n'y avait aucune peur dans son regard. Elle marchait seule, sans trembler, sans avoir l'air de reculer, stoïque, impassible.

Elle devait être totalement inconsciente.

Chihiro ignora les rangées de visage autour d'elle. Elle ne marchait pas seule. Bou était perché sur son épaule, avec l'oiseau-mouche qui veillait sur lui, et elle emportait aussi la vision de Haku qui se débattait dans son agonie sanglante, juste avant qu'il ne recrache le sceau. Elle devait faire cela rapidement, afin d'aller s'excuser à Zeniba le plus vite possible.

Prévenu par un homme-grenouille posté au à l'angle du couloir, Chihiyaku accouru, ses pieds nus s'entrechoquant mollement avec le sol dur alors qu'il se précipitait. En tournant, il faillit se heurter à la jeune fille. Elle leva les yeux vers son visage gras et légèrement paniqué.

- Sen ! Dieu merci, Yubaba n'arrivera pas à le retenir beaucoup plus longtemps…

Comme pour illustrer, le bruit de plusieurs plats que l'on fracassait par terre l'interrompit, les faisant sursauter tous les deux. Ils se tournèrent ensemble vers la fine paroi de bois peint qui laissait filtrer tout les sons, tandis que la voix de Yubâba luttait pour couvrir le tumulte.

- Il n'y a aucune raison de s'énerver, je suis sûre qu'ils finiront par la trouver quelque part…

- Où est Sen ? » Répondit une voix surnaturelle. Le fragile panneau coulissant vibra distinctement sous un choc. « Je veux Sen !

La Sen en question n'était soudainement plus aussi confiante. Bouche bée, elle ne pouvait plus bouger, et ce fut Chihiyaku qui la poussa en avant d'une main sur son dos.

- Dépêche-toi ! Par là ! » La pressa-t-il en quand il sentit qu'elle résistait un peu. Elle pouvait sentir, au travers du tissu de son uniforme, qu'il tremblait de peur.

Quand il la lâcha, elle s'immobilisa immédiatement. Son cœur battait la chamade, elle avait les mains moites. Pressé d'en finir, le manageur s'approcha de la paroi et s'y plaqua, avant de murmurer dans la fissure entre les deux.

- Madame, Sen est ici maintenant.

- Enfin ! » La sorcière fit coulisser le panneau avec une telle brusquerie que la jeune fille en ressentit un courant d'air. Le manageur bondit en arrière, surprit, mais Yubâba l'ignora et se tourna vers la pièce derrière elle, tout sourire. Sen ne pouvait y voir, en raison de la silhouette massive de la propriétaire des bains, mais une puanteur de nourriture trop riche et de graisse agressa imméditement ses narines. « Sen est arrivée,monsieur. Elle sera à vous dans quelques secondes.

Quand elle se retourna, une furie à peine contrôlé apparut sur son visage. Puis, tout ce que Sen eut le temps de percevoir, c'était ses immenses yeux à quelques centimètres des siens et son nez tout aussi grand qui s'enfonçait sans merci dans sa frêle poitrine.

- Il est en train de tout détruire, ça nous coute une fortune. Donc soit très gentille avec lui et suce-lui tout l'or que tu peux…

En voyant sa maitresse, l'ancien Yubâ-bird s'envola, surprit, avant de s'approcher et de soulever Bou pour la lui présenter. En voyant cela, elle se recula, stupéfaite.

- Chu ! » S'écria Bou, plein de joie à la vue de sa mère.

- Ew ! Qu'est ce que cette souris dégoutante fait ici ?

Sen comprit soudainement. Si quelqu'un pouvait briser le sort sur son fil, c'était bien Yubâba. Son regard vola entre la sorcière et le garçon prisonnier d'un corps de rongeur. Même si elle n'était pas prête à lui avouer qu'elle avait été dans ses appartements.

- Hun ? C'est votre… Est-ce qu'il n'a pas l'air familier ? » Demanda-t-elle.

- Familier ? » Son expression se transforma en dégout. « Ne soit pas stupide. » La sorcière posa une de ses larges mains sur le dos de la jeune fille et la poussa en avant. « Maintenant, rentre.

La porte s'ouvrit devant Sen et elle fut jeté directement dans la salle. Elle trébucha, mais se rattrapa à temps et leva les yeux. Ce qu'elle vit lui glaça le sang.

- Voici Sen, » déclara Yubâba de sa voix la plus mielleuse depuis la porte. Elle quitta la pièce avec un claquement des deux panneaux coulissants.

- Est-ce que ça ira pour Sen, toute seule là-dedans ? » L'intéressé pouvait encore entendre la voix étouffée de Chihiyaku au travers de la paroi.

- Tu veux prendre sa place ? » Répliqua celle, venimeuse, de sa patronne.

- Hun ? » répondit-il, horrifié.

La propriétaire renifla dédaigneusement.

Elle enregistra l'échange d'une oreille, tandis qu'elle reprenait difficilement le contrôle des battement fous de son cœur. Elle s'assit sur ses chevilles avec un visage impassible, présentant une mine digne d'une servante d'Aburaya.

L'être était devenu énorme, visqueux, comme une masse de chaire en putréfaction. Il a surplombait de toute sa graisse, il puait de toute la nourriture qu'il avait forcé dans son gosier entrouvert et rose et coulant d'une bave aussi épaisse que de la cire. De fragiles pattes noirs le supportait, mais elles peinaient pour maintenir toute cette horreur instable immobile. Sous lui, comme une litière, s'étendait un chaos multicolore de plats renversés et de nourriture répandue partout. Un chaos multicolore de déchets.

Mais elle ne pouvait détacher ses yeux du masque tendu vers elle. Elle avait vu les bains en entiers se plier à ses désirs, il était entouré de toute la nourriture qu'il voulait et il avait l'argent nécessaire pour en acheter encore plus s'il le désirait. Et pourtant, sous la moppe de cheveux bruns et sale posé sur le sommet de ce qu'elle supposait être sa tête, elle ne pouvait lire que de la douleur.

Curieusement, elle sentit un écho résonner en elle, mais elle l'ignora.

Il bougea difficilement, son masque tordu en un hurlement silencieux, tandis que sa seconde bouche, béante, se mit à sourire de toutes ses dents.

- Goûte ça… » D'entre le gâchis monumental à ses pieds, il souleva un bol intacte, remplit de petits lapins écorchés au milieux d'une garniture de salade presque trop verte, tandis que d'autres objets tombaient à chacun de ses mouvements. « C'est délicieux.

Il se mordit la lèvre et avala sa salive avec peine. Elle pouvait entendre le bruit depuis où elle était assise , tandis que le liquide blanchâtre qui s'échappait de ses lèvres boursouflés descendait dans les profondeurs obscures de son gosier. Il reposa le bol, et passa à autre chose.

- Tu veux de l'or ? Je ne le donne à personne d'autre.

Sur son épaule, Bou recula prudemment, mais elle ne bougea pas. Le monstre – le Kaonashi, avait dit Lin – se rapprocha lentement, perché sur ses longue pattes d'amphibien. Cette fois, même le masque souriait vers elle, et de son corps gluant s'échappa une poignée de matière indéfinie, qui atterrit par terre avec un bruit moite.

- Rapproche-toi, Sen, » berça-t-il doucement. « Qu'est-ce que tu voudrais ? Nomme le seulement…

- Je voudrais partir, monsieur. » Sa voix ne tremblait pas. Elle n'avait pas peur. Elle devait rester calme, afin de partir le plus vite possible, et depuis deux jours qu'elle se trouvait dans le monde des esprits, sa laideur n'était qu'une question de degré. « Il y a un endroit où je dois aller le plus rapidement possible.

Il se recula, l'air menaçant, comme si elle l'avait frappé.

- Vous devriez retourner d'où vous venez, Yubâba ne veut plus de vous dans la maison des bains.

Il sursauta en replia sa tête, faisant apparaitre des bourrelets ondulant autour de son cou. L'expression peinée revint sur son visage.

- Où est votre maison ? N'avez-vous pas de famille ou d'amis ?

- Non. » Il rentra son masque à l'intérieur de lui-même. La graisse gonflait autour du point de pression comme de la vase gluante. « Non ! Je suis seul… Je suis seul.

Sen sentit un pincement au cœur qu'elle ne put définir, un écho en elle-même, mais elle l'oublia subitement quand le Kaonashi fit un pas en avant. Elle sauta sur ses pieds, et se recula. Ce qu'avait dit les servantes, dans le couloir, lui revenait à l'esprit, et elle le vit soudainement comme un monstre. Un monstre capable de lui faire du mal. De la tuer.

- Mais alors, que voulez-vous ?

- Je veux Sen... » D'entre les bourrelets de la créature, apparut un œil peint et une touffe de cheveux. « Je veux Sen ! » Le masque émergea entièrement de la masse gluante. « Prends l'or ! Prends-le !

Une main plongea sur elle, portant d'énorme morceau du métal brillants. La chaire gliante se pressa contre son cou, son mensonge, et la surface froide comme la mort du métal contre ses lèvres.

- Est-ce que tu vas me manger ? » Demanda-t-elle

- Prends-le ! » Comme des faux, les droits se courbèrent et emprisonnèrent sa tête dans un prise visqueuse. Une horrible odeur de putréfaction envahis son nez...

§

… Et se réveilla en sueur quatre ans plus tard dans son lit avec la vision cataclysmique du monstre gravé sur sa rétine. Il lui était arrivée de revivre cette scène dans ses rêves, mais jamais aussi intensément.

Elle tremblait de tous ses membres, dévastée, l'adrénaline pulsant dans ses veines comme si elle venait réellement de courir pour sauver sa vie, et son souffle était court, incapable de se reprendre. Un cauchemar. C'était juste un cauchemar. Un cauchemar qu'elle avait vécu.

Elle se redressa, haletante, et s'assis sur le bord de son lit, face à sa fenêtre, et essaya de respirer lentement pour calmer les battements frénétiques de son cœur. La lune ne perçait pas au travers d'une couche de nuages opaques qui colmatait le ciel, et sa chambre avait cette lueur irréelle qu'on perçoit seulement quand nos yeux ont été plongé dans le noir pendant des heures.

- ...soit très gentille avec lui et suce-lui tout l'or que tu peux...

- Je veux Sen !

Elle frissonna. Des brides de son rêves la hantait encore, avec une nouvelle signification derrière les mots. Ils avaient tous été au courant, sauf elle, depuis le début. Peut-être que Lin ne lui en avait pas parlé car elle la jugeait trop jeune pour le faire ? Peut-être qu'elle n'y avait-t-elle tout simplement pas pensé ?

Elle comprenait mieux certaines choses maintenant. Pourquoi certaines femmes l'avait regardé avec stupéfaction quand elle s'était livrée d'elle-même, par exemple. Des détails qui n'avaient eut aucune importance sur le moment, mais qui la frappait à présent avec une netteté terrifiante. Dire qu'elle avait permis à un tel être de s'approcher d'elle. De rentrer dans sa maison ! Elle serra les bras autour d'elle tandis que une sueur froide glissait le long de sa colonne vertébrale.

Elle comprenait mieux son obstination, à présent…

Elle écarquilla les yeux, surprise. C'est vrai qu'il l'avait prévenue. Depuis le début, il lui avait semblé hésitant, près à partir à toute vitesse, s'éloigner d'elle dès qu'il voyait qu'il la gênait. Il s'était même enfuit quand il l'avait touché pour la rassurer et qu'il avait cru qu'il la dérangeait. Sans parler de sa réaction quand elle avait commencé à le presser sur le sujet de ce qu'il avait fait il y a quatre ans…

Plus elle revivait les derniers jours, plus elle se rendait compte qu'elle ne pouvait pas seulement prendre en compte les évènements qui s'était déroulés à Aburaya. Il portait clairement la culpabilité de ses actes, et chaque fois qu'il la voyait, il ne s'en souvenait que plus cruellement. Il avait changé, il avait apprit.

Mais c'est toujours la même personne qui a essayée de payer pour ta virginité, regrets ou pas, lui murmura une voix sournoise dans son esprit. C'est lui qui t'a poursuivit dans tout Aburaya, et tu l'as littéralement vu vomir ses tripes. Comment croire que ce n'est pas un monstre horrifiant après tout ce qu'il a vécu ? C'est peut-être sa véritable nature, et il pourrait y retourner à tout moment. Ce n'est pas une bonne idée. Pas une bonne idée du tout.

Mais il n'était justement pas dans son état normal, protesta une autre part d'elle. Il avait été seul pendant si longtemps, il ne savait rien du monde, et il portait en lui d'autres esprits qui le poussait à en vouloir toujours plus. Tu voyait bien comment il souffrait. Tu le voyait sur son masque quand il te parlais. Tu le lisais dans ses yeux. Quand il t'as saisit pour te forcer à prendre l'or, tu as comprit qu'il était terriblement malade, malade de toute cette nourriture qu'il ne cessait de se forcer à manger, comme Haku quand il avait avalé le sceau et la malédiction qui allait avec. C'est pour cela que tu lui as donné le médicament de l'esprit de la rivière alors que tu l'avais prévu pour tes parents.

Et il avait recraché les employés qui l'influençait dans le mauvais sens. Et après, elle avait découvert un être très différent, timide, serviable, docile. Il n'avait plus de raison de faire peur. Quand il était rentré dans les bains, il avait été comme un enfant, ignorant de tout, des règles, ne cherchant qu'à se rapprocher d'elle parce qu'elle l'intriguait. Ce n'était qu'en contacte avec la perversion qui se tapissait dans les replis les plus noirs des êtres que cela avait mal tourné.

Elle saisit une mèche entre ses cheveux et la fit tourner entre la pulpe de ses doigts. Oui, c'était ainsi qu'il fallait le regarder. Depuis qu'il était revenu, il n'avait pas montré une seule fois un comportement qui aurait pu ressembler à celui de ce jour fatal, il y a quatre ans.

Elle n'avait pas de raison de le craindre.

Cette conclusion la soulagea immensément, ce qui la surprit, puisqu'elle ne s'était pas rendue compte qu'elle avait un poids sur la poitrine. Elle sourit, amusée. Elle s'était déjà attachée à l'esprit plus que ce qu'une simple révélation pouvait détruire, elle qui, comme ses parents, avait du mal à faire des liens. C'était comme avec Lin quand elle l'avait prit sous son aile. Cela avait juste fait tilt, et puis c'était bon.

Lin… Il faudrait qu'elle lui rende visite un jour. Est-ce qu'elle aussi devait coucher avec des esprits pour quelques pièces ? Chihiro ne l'espérait pas.

Mais pour le moment, elle avait d'autre priorités en tête. Il fallait qu'elle retrouve Kao, et vite, pour lui dire qu'elle lui pardonnait, qu'elle comprenait tout maintenant. Il fallait qu'elle trouve une façon de neutraliser Kohaku en le maintenant loin du sceau.

L'urgence de la situation s'imposa lentement.

Où pouvait bien être Kao ?

§

{Si je devais désigner un seul chapitre, parmi tous les chapitres de cette histoire, que j'appellerais réellement fastidieux, ce serait celui-là. Passer son temps en flash-back sur le film et en réflexions sur le présent… J'ai aussi largement cédé à mon péché mignon : la description, surtout sur les souvenirs.

Mais c'était important. J'ai interprété dans le film que Kao devait ressentir des sentiments forts envers Chihiro, mais je ne voulais pas avoir un KaChi qui fermais simplement les yeux sur les agissements de notre esprit en noir, choisissant la solution de facilité. Ce chapitre, c'est en quelque sort la purification définitive de son nom. Maintenant, il n'a plus rien à se faire pardonner, et c'est tant mieux.

Je sais que je vous ai fait attendre longtemps pour quelque chose qui ne va pas forcément satisfaire tout le monde. Peut-être que si Chihiro lui avait mit une claque avant de lui tenir quitte, cela aurait été plus amusant, mais je tenais aussi à présenter un cheminement intérieur. C'est une Hurt/Comfort, après tout.

En espérant vous revoir la prochaine fois,

Clayem.}