Et oui, une nouvelle Ereri ! Je n'ai pas pu résister. Je sais, c'est mal – mais ma fiction JeanEren est assez difficile à écrire/imaginer puisque je n'ai pas l'habitude, et pour dire vrai, je n'ai jamais lu de fanfic centrée sur leur pairing. Et puis Ereri m'obsède tellement qu'il fallait bien. Ce soir, j'attendais mon bus avec une amie sur un banc, sous l'arrêt en centre ville, et le soleil tapait fort. Puis je regardais les bus passer, encore et encore, avec ces gens dedans, immobiles, les yeux qui fixent le vide derrière la vitre. Et quand je suis enfin entrée dans mon bus, j'ai senti qu'il fallait que je l'utilise. Le bus est un endroit hyper inspirant et j'aime bien m'imaginer mes personnages assis là, à ma place, à regarder le paysage défiler avec des écouteurs dans les oreilles. Puis m'est venue l'idée de Passengers. Je change de décor, j'en prends un moderne et que je connais bien, chose que je fais tous les jours – sauf ces jours, là, où je décide d'aller au lycée en poney volant – et je prends une approche totalement différente. Ne vous fiez pas au résumé, c'est vraiment mal expliqué. Et non l'histoire ne se passera pas d dans ce bus. Au début, je voulais n'écrire que ces moments où Eren et Levi s'y croisent, puis apprennent à se connaître, mais j'ai bien trop envie d'explorer en profondeur alors vers la suite de l'histoire – si elle tient – je les sortirai du bus. Rating M parce qu'on sait jamais. Et le début sera essentiellement constitué de pages très courtes, vraiment. Parce qu'au début on ne fait pas trop attention aux gens, jusqu'à ce que ça prenne suffisamment d'importance. Beusoux.
La journée s'achevait péniblement et Eren luttait pour rester éveillé. Il était dix-sept heures passé, bientôt dix-huit, mais le soleil était toujours bien présent, et la chaleur qu'il diffusait était difficile à ignorer. Debout, retenant l'envie grandissante de s'asseoir quelque part ou de s'adosser à l'abri de bus, il attendait l'heure de rentrer chez lui, et Mikasa, raide à ses côtés, ne disait pas un mot. C'était un de ces soirs où ils étaient trop fatigués pour parler, et leurs journées respectives avaient été désastreuses. Eren s'était encore battu avec Jean, il avait supporté les anecdotes intellectuelles d'Armin toute la journée, et comme si ça ne suffisait pas, il venait de réaliser que son travail scolaire tombait à l'eau. Non, c'était même pire – il ne voyait pas dans quelles mesures il parviendrait à s'en sortir. Quoiqu'il en soit, quand le bus arriva au coin de la rue, et accéléra jusqu'à freiner à leur hauteur, Eren plongea la main dans la poche de son jean pour attraper sa carte de bus et son téléphone. Ecouteurs dans les oreilles, il avait les moyens d'échapper au monde et au vacarme étourdissant qui en émanait, aussi prit-il soin de monter le volume quand les portes s'ouvrirent devant lui. Un inconnu, puis Mikasa montèrent sans bruit, un vague « bonjour » aux lèvres, et Eren suivit le mouvement.
Eren était fatigué. Fatigué des gens, de leur manière d'être, fatigué de lui-même tout autant. Lui et ses impulsions irrépressibles, lui et ses pensées vagabondes, lui et sa manière trop intense de ressentir les choses. Comme Mikasa s'était assise sur une place à deux, vers le fond du bus, il la suivit machinalement et s'installa à ses côtés, ses affaires en main. Une fois assis, il posa son sac à dos à ses pieds et fit mine de chercher une nouvelle musique à écouter. Evidemment, il n'en avait rien à faire, mais il devait se trouver quelque chose pour s'occuper – parce qu'il n'avait nulle part où poser ses yeux fatigués. Eren décida finalement de se laisser aller contre le dossier de son siège le bus était quasiment vide et il pouvait prendre ses aises. Alors il laissa un soupir s'échapper d'entre ses lèvres et pencha la tête vers l'arrière.
Il avait trop de choses à penser. Les cours, le lycée, ses amis, Mikasa, son père lunatique… Non, vraiment trop. Et comme si ça ne suffisait pas il devait prendre ce bus matin et soir, aux mêmes heures, croiser les mêmes gens, et supporter les mêmes regards ennuyants. Hear You Me de Jimmy Eat World commença à résonner dans ses écouteurs et immédiatemment, Eren sentit ses forces l'abandonner. Il n'avait plus envie de lutter contre les choses de la vie, même moindres, qui l'empêchaient de se libérer totalement. Certes, il était content de ce qu'il avait – un foyer, un toit, des amis, la chance d'avoir une vie plutôt agréable, dans l'ensemble. Ce n'était pas le paradis mais il était conscient qu'il y avait pire. Seulement, il manquait toujours cette étincelle, celle à laquelle il pensait quand une musique comme celle-là était tout ce qu'il pouvait entendre.
Mikasa lui donna un léger coup de coude et lui proposa d'un geste imperceptible une barre chocolatée, mais Eren se contenta d'hocher négativement la tête et sa sœur reposa l'une des deux barres qu'elle avait sorties. La seconde d'après, Eren avait déjà posé ses yeux autre part. Il était bras nu, c'était début Avril et étonnamment, il faisait aussi chaud qu'en été. Les gens ne s'en plaignaient pas, certes – mais c'était lourd à supporter quand la fatigue, en plus, venait l'accabler. Le bus freina brusquement, manquant de le faire heurter le siège devant lui, mais il se rattrapa à temps d'une main.
C'est là qu'il le vit. Lui, l'inconnu pas si inconnu, l'homme aux airs mystérieux, assis nonchalamment sur une place à quatre, jambes croisées, décontracté, comme s'il n'y avait personne autour. Il était vêtu d'un costard impeccable et qui devait sûrement lui coûter cher, et un cartable de cuir était posé à ses côtés. Sa cravate – d'un rouge saisissant – lui entourait le cou comme des chaînes, et son pantalon, sa chemise et sa veste noirs lui donnaient des airs presque torturés. C'était peut-être le cas. Ses yeux glissèrent jusqu'à son visage et premièrement, Eren constata qu'il était pâle, très pâle. L'homme semblait avoir la trentaine, environ, il débutait sa vie et commençait à peine à la savourer du moins c'était ce que s'était dit Eren. Assis en face l'un de l'autre mais à une bonne distance – et séparés par des sièges vides – il pouvait aisément voir chaque mouvement qu'il esquissait. Son pied suspendu en l'air dont la pointe bougeait machinalement comme une manie nerveuse ses doigts qui cherchaient sans cesse à agripper quelque chose ses sourcils baissés avec lassitude et ses yeux, dont il ne distingua pas la couleur de si loin, étaient inlassablement posés sur ce qu'il tenait dans les mains : un téléphone portable, et à en juger par son aspect, il devina qu'il s'agissait d'un iPhone. Sûrement le dernier sorti après tout, ce type n'avait pas l'air d'avoir de problèmes de ce côté-là.
Il poussa un second soupir et alors qu'il s'apprêtait à baisser la tête vers son propre téléphone pour établir le contraste incroyable entre leurs deux conditions, il décida de l'examiner davantage. Il avait une chevelure noire de jais, si sombre qu'il était difficile d'appeler ça 'brun', et sa raie sur le côté balayait les deux parties de ses cheveux de part et d'autre de cette dernière, les pointes des mèches rebelles retombant de manière insolente sur son front. L'homme avait des écouteurs, lui aussi, mais il ne semblait pas écouter de la musique – c'était peut-être quelque chose d'important, pour son boulot ? Peu importe. Eren détourna les yeux et se mit à fixer la vitre, soudain lassé à l'idée d'observer le paysage évoluer derrière la vitre. A ses côtés, Mikasa lisait un livre tout en mangeant sa barre chocolatée, dans un silence intenable, et Eren songea que les trajets de bus étaient définitivement ce qu'il détestait le plus.
