- « Devant tant de pertinence, je ne peux que m'incliner face au fait que notre mère ait fait de toi le dieu de la communication » répondit un Wolfgang qui se voulait caustique
- « Moui je sais ! » lui répondit Lito pas du tout concerné par l'ironie de son frère « Je trouve que mettre les bons mots aux bons endroits est un travail digne du dieu que je suis, surtout avec un frère comme toi » continua-t-il pendant qu'il le contournait pour venir se poster devant lui.
Wolfgang évita son regard, sentant poindre dans les recoins de son esprit la prochaine remarque de Lito
- « Mon frère est amoureux ! je n'allais quand même pas laisser passer ça ! Ca se fête merde quoi ! »
Il fit mine de se jeter sur Wolfgang lorsque celui ci l'arrêta d'un doigt en plein élan.
- « Se fête ?! Lito ! Ce sont mes pensées ! Les miennes ! A moi ! C'est déjà assez difficile de trouver un peu d'intimité dans notre connexion pour que tu en fasses les choux-gras. Alors je veux bien qu'on fasse la fête mais silencieusement et à deux. »
- « Ca va être compliqué … » fit une Krysten entièrement nue, en plongeant la main dans le pot que Lito serrait contre lui comme un doudou pour attraper un épi de maïs.
Wolfgang leva les yeux au ciel de désespoir.
- « C'est pas moi qui l'ai appelé » s'écria Lito en signe d'apaisement pour Wolfgang avant de poursuivre à l'attention de sa sœur « Et d'ailleurs tu pourrais au moins faire l'effort de te vêtir quand tu rends visite à tes frères. C'est dingue ça ! »
- « Dans mon cas » répondit Krysten à l'attention de Wolfgang « il n'avait aucun besoin de m'appeler. Au moment où tu as posé tes yeux sur ses lèvres … hummmm … Mon Eros a vibré si fort que j'en ai brûlé tous mes vêtements. J'ai beau être Aphrodite et avoir goûté à toutes les formes de l'amour, celui qui te consume est … » elle ne termina pas sa phrase
Wolfgang referma les yeux, l'embarras et le désespoir commençaient à le submerger
- « … Ceci dit, je serai discrète » dit elle plutôt « enfin je vais essayer … mais à mon avis, ton plus gros problème est notre cher Hermès. »
- « C'est faux ! » rétorqua Lito
- « Arrête ! tu essaies de noyer le poisson avec moi pour éviter qu'il ne voie ça » arguât elle en lui tirant la langue avant de tourner la tête. « Peut être que Wolfie va t'arracher ta langue »
Leur connexion les projeta tous dans le salon où Lito avait convoqué une tea-party pour discuter du « cas de Kalagang » comme il les avait baptisé.
Aminata, Dani et Félix étaient assis en tailleur sur le sofa et commentaient à grands cris l'occasion que Wolfgang avait laissé filer d'embrasser Kala avant qu'Hébé ne vienne ruiner le moment.
Hernando assis un peu plus loin, sirotait tranquillement une tasse de café en écoutant ses comparses babiller.
Quand le groupe aperçut Wolfgang, ils s'immobilisèrent la mine déconfite, et bredouillèrent des bribes incohérentes à propos d'une conversation qu'ils essayaient de monter de toute pièce.
Wolfgang souffla.
- « Combien encore ? » demanda-t-il simplement à Lito en se passant la main dans les cheveux
- « Très peu de personnes en fait … » commença ce dernier.
- « Tu ferais mieux de demander qui l'ignore encore. Parmi nous, rassure toi, personne! » répondit Dionysos dans sa tête « En tout cas félicitations ! Un drame shakespearien comme je les aime ! Mon aïeul le marquis de Sade s'en retournerait dans sa tombe si il le pouvait. Elle est d'une splendeur à couper le souffle. J'ai proposé d'organiser une fête pour célébrer les choses mais on m'a envoyé bouler … »
- « Pas tout le monde ! » intervint Yulian « moi j'étais plus que partant. Tes bacchanales sont mémorables. Le vin donnerait un sacré coup de main à notre cher frère Mr Wolfgang-je-ne-cherche-pas-de-relation-Bogdanov, et puis une vraie bouffée d'air frais, compte tenu de la merde dans laquelle nous nageons, serait plus que bienvenue! »
- « Hum … pas faux » ! répondit Capheus, qui venait d'apparaître, en piquant un épi de maïs dans le pot que Lito couvait toujours amoureusement « mais avant, comme dans toutes les histoires d'amour, il doit séduire la jeune femme, et lui confesser ses sentiments »
- « Ohhhh mon dieeuuuuu ! » s'écria Lito en refilant le pot d'épis de maïs à Capheus qui le rattrapa de justesse « je vois tout à fait la scène et j'entends la musique d'ici !» poursuivit-il au comble de l'excitation.
Wolfgang s'enfonça davantage dans le fauteuil où il était apparut, laissa tomber son front entre les mains, et expira tout l'air de ses poumons. Il avait envie de pleurer de désespoir.
En matière de discrétion, Lito était une plaie.
- « Si le destin a frappé de son sceau cette histoire, je crois… » les interrompit Hernando en déposant sereinement sa tasse « que c'est à eux d'en dessiner les contours et d'en écrire les pages. Après tout, il n'y a pas de scénario pré-écrit pour une histoire d'amour. Il n'y en a jamais eu et il n'y en aura jamais. Pour une raison toute simple. C'est que tout comme l'art l'amour doit rester libre … ».
