Désolée de ma lenteur, je suis débordée, épuisée, j'ai mon oral blanc bientôt et il s'est passé tellement de trucs côté personnel que j'ai du mal à tout concilier. Dans deux semaines (non, moins) je suis en vacances donc hourra, hein. Bon ce chapitre se concentre plus sur la suite, autrement dit quand Eren et Levi doivent se dire au revoir. C'est long pour un truc aussi court (je me comprends) mais les scènes hors-bus seront généralement aussi importantes que ça, parce que les circonstances l'obligent. J'alternerai scènes hors-bus et scènes bus. Bon. J'espère que c'est pas trop horrible, excusez-moi.
Le plus gênant fut sans aucun doute de dire au revoir. Eren connaissait à peine ce type et ils ne s'étaient jamais réellement dit au revoir. L'expérimenter était quelque chose d'assez effrayant, mais excitant à la fois, comme à peu près tout ce qui touchait à cet homme. Il avait un effet vivifiant sur Eren, qui faisait de sa carapace fatiguée et adolescente un enfant attentif et alerte à chaque bruit et geste. C'était d'un point de vue, assez comique, mais d'un autre, il semblait s'éveiller un peu plus à chaque seconde et c'était plutôt fascinant. Cependant, dans l'instant, Eren n'avait d'autre idée que de rester planté sur le seuil de sa porte, les joues rouges et sa main grattant nerveusement l'arrière de son crâne, comme si c'était une technique suffisante pour l'apaiser – en vain. Levi l'avait bien remarqué, et derrière son air ennuyé, s'en amusait profondément. Le gamin n'avait pas l'habitude des relations humaines, de ce qu'il en voyait, et encore moins « de ce genre-là », si tant était qu'il y avait un genre à étiquetter sur la leur, et si tant était même qu'ils avaient une relation quelconque. Bien sûr, ils en avaient une, mais singulière et indéfinissable, si bien qu'Eren n'avait pas encore trouvé les mots pour se confier à ses amis, ni n'avait laissé entendre à Jean qu'il allait suivre un inconnu jusque dans son appartement sans avoir d'assez fortes raisons de le faire. Mais Eren faisait ce qui lui passait par la tête, toujours, sans réfléchir ni attendre, et c'était ce qui faisait toute son immaturité. D'un autre côté, il semblait bien plus sincère que le reste du monde réuni.
"Bon…" commença Eren comme pour tirer sa dernière balle. Il était temps de s'en aller, il le savait, le sentait, et les vinyles qu'il tenait sous son bras gauche commençaient à lui faire mal. Cependant, Levi demeurait inanimé, l'observant comme si c'était au gamin de le guider vers l'au revoir. De toute évidence, il profitait de l'embarras d'Eren.
Levi lutta difficilement contre le sourire moqueur qui déjà naissait sur ses lèvres, et avant qu'il n'ait pu ajouter quoi que ce soit, son téléphone s'alluma dans la poche de son pantalon. Eren baissa aussitôt les yeux vers l'endroit qui semblait s'animer comme un animal, et il n'eut pas besoin de plus pour deviner qu'on l'appelait sur son téléphone. D'une main habile, Levi glissa ses doigts dans sa poche pour en sortir son coûteux téléphone et Eren eut tout juste le temps de voir le visage de l'inconnu, le blond du bus de l'autre fois, s'afficher sur l'écran, avant que Levi ne porte l'appareil à son oreille – et son sourire était encore là. Il ne quitta pas des yeux le gamin alors qu'un mot pourtant si simple ne suffit pas à cacher combien il s'amusait. "Erwin."
Eren sentit sa poitrine se serrer à l'entente du prénom de l'inconnu. Ainsi s'appelait-il, alors. Etaient-ils… ? Non, quelle idée ! Et de toute manière ça ne le regardait pas. Pourquoi diable en aurait-il quelque chose à faire ? Eren rougit de plus belle, incapable de le cacher à Levi qui sentit ses propres lèvres s'étirer davantage – c'était pire qu'un chat et une souris, sauf qu'aucun d'eux ne bougeait. La souris ne fuyait pas et le chat ne pourchassait pas ; tout était là, dans leur regard. Levi avait l'air calme et réjoui à la fois, et la combinaison des deux était singulière. Eren entendit à peine la voix de quelqu'un, à l'autre bout du fil, mais il s'imaginait sans mal cet Erwin bouger lentement ses lèvres à chacun de ses mots destinés à Levi. Une lueur de jalousie s'alluma dans sa poitrine, comme si quelque part, Erwin n'avait pas le droit de faire ça.
Stupide.
Et stupide gamin.
Une vague d'agacement naquit sur le visage de Levi et l'adolescent se redressa, attentif à chacun de ses gestes, mots ou regards. "Hey, espèce d'abruti," commença Levi et d'abord, le brun pensa qu'il s'adressait à lui – son coeur s'accéléra alors qu'il se demandait légitimement s'il avait fait quelque chose de mal. Mais les yeux de Levi fixaient le vide, quelque part entre le mur derrière Eren et l'ascenseur. "Arrête de dire de la merde comme ça." Aucun doute possible, Levi s'adressait à celui qui l'avait appelé – Erwin, en somme – et il n'y avait pas plus de raisons de douter que Levi était définitivement quelqu'un de grossier. Il savait se montrer classe, à sa manière, mais Eren ne put s'empêcher de sentir à moitié gêné, à moitié amusé par son attitude. Levi était comme un grand gamin dont les mots avaient gardé cette honnêteté adolescente et presque outrageuse. Si Eren ne s'était pas senti aussi intrus, il en aurait peut-être ri.
Levi posa derechef ses yeux sur l'adolescent, immobile et crispé sur le seuil de la porte. Quelque part, il s'attendait à ce que le gamin s'en aille de lui-même, sans s'encombrer de la conversation téléphonique de Levi qui, peut-être, durerait plus que prévu – mais non, le gamin restait là, planté sur ses deux pieds comme un arbre en pleine croissance. Quand il sentit que le gamin ne s'en irait pas jusqu'à ce qu'il lui en donne l'ordre, ou du moins, lui fasse un signe, il poussa un long soupir et jura de nouveau à l'adresse de son interlocuteur, à l'autre bout du fil. Honnêtement, il ne savait même pas s'il voulait que le gamin reste encore une seconde de plus. Quoiqu'il en soit, il fallait bien qu'il agisse.
"Petit-ami ?" demanda Eren du bout des lèvres, si bas que Levi dut lire sur celles-là. Il ne put s'empêcher de noter combien le gamin eut l'air gêné, tout de suite après son élan d'audace, et le rouge qui déjà envahissait ses joues lui procura une satisfaction extrême, qu'il souligna par un sourire dont on ne savait pas s'il était moqueur ou simplement amusé. Eren ne savait pas ce qu'il l'avait poussé à lui demander une chose pareille, aussi personnelle, alors qu'au fond, ils se connaissaient "à peine", ni ce qui aurait pu lui faire croire qu'il était plus attiré par la gent masculine ; mais il l'avait demandé, et au fond de lui, l'image d'une main collée sur la sienne était ancrée, trop profondément pour qu'il puisse l'ignorer. Quelque chose lui disait qu'ils n'étaient pas de simples amis, ou du moins, qu'ils étaient des amis avec une relation un peu moins conventionnelle que prévu.
Eren détourna les yeux. Levi murmura quelque chose tout bas, sans doute à l'adresse d'Erwin, mais il ne put comprendre ni entendre. Levi jura un peu plus fort, puis marmonna quelques mots d'un ton qui indiqua à Eren qu'il s'agissait de la fin de leur conversation. Il fut soulagé de voir les yeux de Levi se poser sur lui à nouveau, et se redressa instantanément. La réponse qu'Eren attendait toujours était la seule chose qui le retenait cloué au sol, ici-même. Il avait la sensation qu'il aurait déjà pris ses jambes à son cou si la curiosité monstrueuse qui lui dévorait les tripes ne l'empêchait pas d'esquisser le moindre geste, et jusqu'à ce que Levi ne le lui ordonne, respirer semblait difficile.
"Tu comprendras quand tu seras plus grand." Eren pensait qu'il allait simplement recevoir cette phrase banale et devoir s'en contenter, sans pour autant apaiser l'envie violente de lui poser des questions – et que Levi fermerait la porte derrière lui sans un mot de plus. Il était peut-être allé chez lui, mais c'était simplement dans un cadre musical, et l'échange de disques étaient bien la seule chose qui pouvait bien les lier désormais. Le gamin n'était sûrement pas là pour un interrogatoire. Mais, étonnamment, celui-là ne ferma pas la porte et s'écarta pour attraper, accrochée au porte-manteau mural, sa veste de business, lisse et impeccable, d'un noir insondable, avant de l'enfiler dans un geste expert. Une seule plus tard à peine, et il s'avançait sur le seuil, forçant Eren à faire marche arrière. L'adolescent pensa qu'il allait lui faire quelque chose, n'importe quoi, et s'y préparait – mais il ne se passa rien et le bruit familier de la porte qui se ferme retentit derrière Levi.
Eren regarda l'homme qui lui faisait face, s'étonnant à chaque fois de leur différence de taille, qui ne l'avait frappé que peu de temps auparavant. Et malgré sa petite taille, Levi avait une stature impressionnante, pas imposante, mais forte, sans l'ombre d'un doute. Tout chez lui transpirait la puissance et la force. Même son regard avait une intensité qu'il n'avait, à certains moments, pas la capacité de soutenir. Pour faire court, Eren n'avait jamais rencontré quelqu'un comme lui, ni même quelqu'un lui ressemble, de près comme de loin. Il était le coup de fouet de la réalité, douloureuse mais bénéfique, et la bouffée d'oxygène, toxique pourtant.
"Qu'est-ce vous faites ?"
Un instant, Eren eut l'impression, folle, certes, mais pas déplaisante, que Levi le raccompagnait jusque chez lui. Le coeur battant, ses attentes durent se voir sur son visage, car quand Levi lui jeta un coup d'oeil curieux, il haussa un sourcil avant de lui adresser son éternel rictus.
"À ton avis, gamin." Pause – Eren n'ajouta pas un mot. En réalité, il était incapable de dire ce que Levi faisait, et l'espoir fou que cet homme prenne la peine de le mener jusqu'à sa maison persistait encore douloureusement dans sa poitrine. "Je sors de chez moi." Et comme pour accompagner ses dires, qui n'aidèrent d'ailleurs pas Eren à comprendre, il sortit de sa poche de pantalon un paquet de cigarettes. Levi fumait ? Il ne se rappelait pas l'avoir vu fumer. Mais en notant qu'il ne savait pas tant que ça sur l'homme qui lui faisait face, Eren rougit de plus belle.
Mais alors qu'il pensait qu'il ne pourrait pas être plus rouge, il avait tort.
"Quoi ?" fit-il, amusé. "Tu pensais que je te raccompagnais chez toi comme si c'était notre premier rendez-vous ?"
Eren ne répondit pas, trop embarrassé pour s'en donner la peine, mais Levi insistait, posant ses yeux sur l'adolescent sans les bouger une seule seconde. Ils étaient toujours plantés devant le seuil de la porte et Eren, décidé à éviter son regard, l'entendit soupirer tandis qu'il se dirigeait vers les marches de l'escalier. Au bout d'une ou deux marches descendues, sa voix s'éleva dans le couloir. "Et de toute manière gamin, ce n'est pas comme ça que je les fais, les premiers rendez-vous."
Son coeur éclata, sans trop savoir pourquoi. Levi n'avait rien dit de particulier – ou alors l'avait-il insinué ? Peut-être bien. Il ne savait pas. Chaque mot prononcé par cet homme était une raison d'arrêter de respirer, de douter, et de toujours se demander à quel point il était sérieux. Eren faisait les trois en même temps et il avait l'impression qu'il allait mourir d'épuisement, incapable de tenir le rythme. Parler avec Levi était pire qu'une course d'endurance ; il fallait non seulement essayer de comprendre, mais donner l'impression qu'il comprenait réellement. Raté, de toute évidence. Quoiqu'il en soit, les mots de Levi laissaient entendre qu'il n'avait pas repoussé l'idée d'être son petit-ami, simplement la nature de leur rendez-vous, et son coeur partit si vite qu'il fut incapable de le retenir. Le rouge était resté bloqué à ses joues, ancré comme une teinte naturelle, et il se contenta de suivre timidement Levi à l'extérieur du bâtiment.
Levi ne prit pas la peine de lui tenir la porte, et Eren avait bien compris qu'il n'avait rien d'un gentleman. Tant pis, d'une certaine manière, il le préférait ainsi. Le brusquer lui ferait du bien, il le savait. Alors il laissa faire et une fois le pied dehors, ressentit un brin de panique. Il allait encore devoir se creuser la tête pour lui dire au revoir. Un simple mot aurait suffi, et il aurait pu s'éloigner – il était néanmoins sûr que Levi ne prendrait pas la peine de le retenir ni même, peut-être, de lui répondre. Mais il restait quand même là, restant trop longtemps pour partir sans être embarrassé, mais ne restant pas assez longtemps pour se sentir réellement présent. Il était comme témoin, impassible, regardant avec tout le naturel du monde Levi sortir une cigarette du paquet et la porter à ses lèvres dangereuses.
La tenant entre ses lèvres, il posa des yeux joueurs sur l'adolescent. "T'en veux une, gamin ?" Eren eut, pour toute réponse, une réaction que Levi avait bien sûr prévue à l'avance, et il le soupçonna d'avoir posé la question exprès. Ses yeux s'ouvrirent grand et il s'empressa de repousser son offre d'un signe de la main, ignorant le mieux qu'il put le sourire moqueur qui s'affichait sans honte sur le visage du plus âgé. Sa cigarette trembla dans le processus, avant qu'il ne s'immobilise et qu'elle ne fasse de même. Puis il porta un briquet jusqu'à sa cigarette et l'alluma en silence.
Et là, le destin lui prouva, une fois de plus, qu'il n'était pas doté d'une langue très maligne ni fûtée, et pour la énième fois, regretta les mots qui passèrent la barrière de ses lèvres.
"Fumer tue," fit-il remarquer.
Silence. Levi posa sur lui des yeux stupéfaits, immenses, incrédules. Eren tortilla son t-shirt d'une main discrète, mais le geste était difficilement imperceptible. Il semblait aussi à l'aise qu'un motard dans un salon de thé. Puis, finalement, et brisant la quiétude reposante de la nuit qui tombait, son rire résonna. Cette fois, c'était un rire sincère, et Eren en aurait presque été fier s'il n'avait pas été causé par sa maladresse presque candide. Non, définitivement candide. Il agissait tellement différemment en présence de l'inconnu que c'en était presque effroyable.
"Tu n'es pas sérieux," souffla l'autre en deux rires. "C'est tout ce que tu trouves à me dire ?"
Non seulement Eren se maudissait d'avoir sorti une connerie pareille, mais il se maudissait davantage d'autoriser Levi à l'enfoncer dans son malaise. C'était clairement amusant à ses yeux de voir l'adolescent prendre mille et unes couleurs et virer d'un extrême à l'autre, hésitant à tantôt prendre la fuite et tantôt chercher pour un peu plus, même s'il ne savait pas exactement quoi. Il était loin de la sécurité de leurs courtes conversations, coupées entre deux écouteurs qui les reliait comme un fil fragile. Il était démuni et seul, et il n'y avait aucun bus pour détourner l'attention de Levi. Aucun bus pour prendre les jambes à son cou et oublier.
Eren lâcha son t-shirt pour porter sa main à sa nuque, qu'il fit mine de gratter nerveusement, et Levi se fit silencieux tout en ramenant la cigarette entre ses lèvres. Quand il expira, de la fumée s'extirpa de sa bouche et Eren fut pris dans la contemplation maladroite du spectacle qu'il lui offrait.
"Et par pitié," ajouta l'autre, "tutoie-moi. Je ne suis pas ton putain d'ancêtre."
Cette remarque lui réchauffa presque aussitôt le coeur, à l'idée que Levi ne considérait pas leur différence d'âge comme énorme. Elle était même insignifiante. Enfin, ça n'empêchait pas ce dernier de le prendre pour un gamin, comme son surnom le soulignait, et c'était quelque chose qui dérangeait profondément Eren. Sa fierté ne serait indemne, et chaque minute qui passait était une lutte silencieuse, en son sein, opposant la voix audacieuse qui lui disait d'impressionner Levi coûte que coûte, et celle, sage et parfois lâche, de ne rien faire et laisser couler. Il oscillait irrémédiablement entre les deux, sans jamais parvenir à se décider de quelle attitude adopter. Mais celle qui semblait convenir le mieux, même s'il détestait ça, c'était la sienne. Juste lui.
Eren ne répondit rien, cependant, parce qu'il ne savait pas quoi à répondre à ça. Il nota la requête dans un coin de sa tête et fit mine de chercher à s'en aller – mais c'était tellement imperceptible qu'il avait simplement l'air de ne pas tenir en place. Levi l'observait sans rien dire, savourant sa cigarette et le silence du gamin, mais étonnamment, celui-là n'était pas embarrassant. Pas autant qu'Eren l'aurait cru.
Décidant sûrement qu'il était temps d'arrêter de tourner autour du pot, Levi soupira une nouvelle fois et attrapa sa cigarette pour la tenir entre son majeur et son index. Eren ne put bien sûr pas s'empêcher de remarquer à quel point le geste était séduisant. Nonchalant et presque rebelle, d'une certaine façon, mais séduisant quand même. Levi émanait ce charme dont il était lui-même absolument dépourvu.
"Bon, gamin. Ce n'est pas que tu m'ennuies mais j'ai quelqu'un à aller voir." Et sur ce, il se redressa, jeta sa cigarette à ses pieds et l'écrasa sous sa chaussure qui avait dû coûter plus que toutes ses paires réunies. Eren s'attarda légèrement sur les paroles de Levi, rassuré d'apprendre qu'il était plus une distraction qu'un ennui supplémentaire, néanmoins l'attitude de Levi portait toujours à le croire et ça le déstabilisait dangereusement.
Levi s'avança, passa à côté de lui, et s'éloigna dans la rue. Eren se retourna à moitié pour le suivre des yeux, à la fois surpris de ne récolter aucun au revoir, et soulagé de sentir ses poumons se remplir à nouveau, libérés de l'emprise des yeux de Levi. Mais quelques pas plus tard, Levi balança sa main au-dessus de sa tête, à l'attention d'Eren, et joignit son majeur et son index en un geste nonchalant. C'était sa manière de le saluer, et c'était tout ce dont avait besoin Eren.
Pensif, il regarda l'ombre se fondre dans la nuit tombante, et son allure d'homme en costard ne cessait de heurter celle du rebelle qu'il semblait être tout au fond de lui. Quel gâchis qu'un homme aussi las de la société s'abandonne aux règles de cette dernière. C'était quelque chose qu'au fond, il admirait.
Eren resserra les disques contre sa poitrine, réajustant son bras autour d'eux, supportant péniblement leur poids, qui était étonnamment lourd. Puis il se retourna, alla dans la direction opposée, et s'autorisa un bref sourire. Ses joues étaient encore rouges.
Le lendemain, Eren se retrouva seul à son arrêt de bus. Il n'y avait personne d'assis sur le banc, du moins, personne qu'il aurait voulu croiser. Il n'y avait pas ce soupir las et cet air ennuyé, ni cette odeur de cigarette ou ce pied, enveloppé dans une chaussure hors de prix, qui se balançait inconsciemment dans le vide, de haut en bas.
Eren dut retenir à grand peine la déception qui lui enserrait la gorge. Il aurait voulu se convaincre que ça lui était égal, mais il savait pertinemment qu'il avait tort. Et pire encore, il commençait à désapprouver. Parce qu'il avait passé la nuit précédente à s'imaginer la main d'Erwin sur celle de Levi, le regard ennuyé de celui-là croisant nonchalamment celui de l'autre, et leurs bouches se rencontrant de manière presque trop naturelle. Levi n'avait toujours pas répondu à sa question.
Au fond de lui, il gardait l'espoir aveugle qu'Erwin n'était pas cette personne spéciale. Qu'à la tombée de la nuit, Levi était allé voir quelqu'un d'autre. Et la sensation brûlante de la jalousie laissa presque une marque sur sa poitrine, là où son coeur battait trop vite pour qu'il puisse réellement se convaincre que ça n'avait pas d'importance.
Parce que ça en avait.
